Les derniers avis (7619 avis)

Par Phoenix
Note: 5/5
Couverture de la série Backhome
Backhome

Salut à Tous les BDtheque ! Comment ça va? Voici mon premier avis sur ce site. J'espère qu'il vous plaira. Sinon, n'hésitez pas à me dire ce qui ne va pas. Critique en deux parties. Une par tome. Comme c'est la première fois que je critique une série dans sa globalité, j'ai fais avec les moyens que je connaissais. PARTIE 1: DES MONSTRES, DU COURAGE ET DES LIENS... Ann et Adam, Frères et Sœurs (Tiens! Encore une histoires sur les frères et sœurs! Mais d'une manière bien différente, cette fois!) semblent avoir perdus leurs parents. Cela commence par un déménagement. Puis une ellipse. Très vite, l'Histoire prend une dimension Horreur/Fantastique (qui pousse au renouveau) assez agréable. Des gros plans sur des parties du visage, tellement expressif! Apparemment, Ann est arrivée dans une ville fantôme "Woscastle" et elle se fait agresser par des Ombres et sauver par un groupe de soldats, qu'elle va rejoindre sur le champ de bataille. Un côté "Road Trip" ... (Je vous laisse la surprise pour certains trucs...) Cela me fait penser à un croisement entre Walking Dead et Resident Evil !! Le personnage du "God Father" avec son bras mécanique. Des inspirations empruntés à Alien. Un petit côté Flip! Si ce avait été un Film j'aurais eu peur ! Mais le côté d'être "acteur" (lecteur) de se visualisation ça atténue les Frissons. J'ai aussi pensé à la "Berserker" de Gears of War. Une bonne mise en scène. J'AI BESOIN D'UN MIRACLE !! (2) PARTIE 2 Un soldat s'explique "Un miracle... J'ai besoin d'un miracle" avant de tirer contre son camp. Il veut protéger son Fiston en Stase atteint par Le Virus. Virus qui créé des hordes de monstres combattus par les forces de l'ordre. Un scientifique soulève de ne pas tuer un certains spécimen qui pourrait être la clé de leur réussite, mais les porteur de flingues le fume quand même. Flash back avec emphases sur le passé de Ann et Adam, enfant, se jurant de toujours veiller l'un sur l'autre. Ce qui est la définition de la famille. Ann devient (ou s'imagine?) un monstre humain. Le côté horreur est bien réussi. Avec le temps. Un scénario complexe qui fait réfléchir. Finalement, Ann meurt dans le monde où elle est un monstre et se réveille dans un autre auprès de son Frangin. Des combats 100% féminins. Puis Thomas (le méchant qui met tout le monde d'accord!) perd son Fils Caleb qu'il avait mis en stase et à partir de là il décide de tuer tout le monde. Alors que Thomas tabasse deux personnages importants de la série (en étant à moitié monstre) les vrais monstres s'attaquent collectivement à Lui. Preuve qu'ils ont encore un peu d'intelligence, l'un d'eux leur intime de fuir. Je n'appellerais plus ces monstres ainsi car ils ont quelque chose d'humain ce sont des Ombres... Mais Thomas semble muter encore et devenir une bête horrible. J'ai été un peu ému sur la fin... Au final, ce méchant, "Thomas" était très seul dans son entreprise... Ann retrouve un Foyer. En piteux état, mais c'est le sien. LE MOT DE LA FIN Typiquement le genre de manga qu'on note 5/5 car on a rien à Lui reprocher, mais ça ne veut pas dire que c'est un coup de coeur non-plus. Au Revoir! A+ Phoenix ++

20/05/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Légendes des Méga-cités
Légendes des Méga-cités

Citoyen dans la ville police de Megacity One - Il s'agit d'une histoire complète et indépendante, en couleurs, se déroulant à Mega-City-One dans l'univers partagé du Judge Dredd qui fait plusieurs apparitions. Elle est parue initialement en 1990, dans "Judge Dredd Megazine" 1.01 à 1.07, écrite par John Wagner, l'un des scénaristes historique de Judge Dredd, et dessinée et peinte par Colin MacNeil (qui a continué à illustrer des histoires de Dredd comme Fourth faction). L'histoire s'ouvre sur 2 illustrations pleine page : Judge Dredd marche sur un drapeau américain ensanglanté dans la première, drapeau qui recouvre un cadavre (deuxième image). En même temps les cases de texte contiennent le flux de pensée de Dredd s'achevant par une maxime dont il a le secret : la Justice a un prix ; ce prix, c'est la liberté. le ton est donné : il s'agit d'une tragédie. La cellule d'après indique qu'il s'agit d'une histoire d'amour. Elle est racontée du point de vue de Bennett Beeny, un fils d'immigrant, jeune enfant lorsqu'il assiste à la naissance d'America Jara (son amour d'enfance) que son père prénomme ainsi en l'honneur de la nation qui l'a accueilli en tant qu'immigrant. Bennett raconte dans quelles circonstances il a pris conscience pour la première fois de l'existence des juges, et en quoi sa réaction a été fondamentalement différente de celle d'America. En grandissant, Bennett et America ont choisi des voies différentes dans la société. En 1990, la probabilité de voir Judge Dredd adapté en film se rapproche de plus en plus et les responsables éditoriaux estiment que le temps est venu qu'il dispose de son propre magazine. Dans l'introduction, John Wagner explique qu'il avait été choisi pour écrire l'histoire principale de ce magazine qui devait avoir un ton plus "adulte" ou "mature" que 2000AD. Il explique également que contrairement à son habitude de travail, America est un scénario qu'il a composé dans le détail du début jusqu'à la fin (par opposition à son habitude se laisser porter dans une autre direction au fur et à mesure de l'écriture complète du scénario). Il ajoute qu'il s'agit de l'une de ses histoires préférées de Judge Dredd. À la lecture, il apparaît que Dredd n'est pas le personnage principal, mais plus l'incarnation du système judiciaire totalitaire de ce futur. le personnage principal est bien ce jeune homme timide Bennett Beeny (qui ne se transforme pas en superhéros dans le courant de l'histoire). John Wagner met en scène 2 individus attachés par de forts liens affectifs qui prennent des chemins différents dans la vie, entre l'un qui refuse de plier sous le joug de ce système aliénant, et l'autre qui connaît la réussite à l'américaine. Il transforme cette histoire d'amour en une métaphore sur le cauchemar sécuritaire. Si le premier rôle féminin s'appelle America, Wagner se garde bien d'en faire l'incarnation de l'Amérique. Il a même le bon goût de ne pas abuser des phrases à double sens jouant sur le mot America pour désigner le personnage, où le lecteur pourrait comprendre qu'il parle du pays. Tout en finesse, Wagner ne donne pas non plus de leçon. Bennett Beeny est un individu attachant dans sa normalité, sympathique dans sa réussite sociale et le contentement qui en découle. Mais il n'en devient pas un héros à proprement parler car pour le lecteur de 2000AD America serait plutôt l'héroïne en refusant l'ordre établi. Mais là aussi, Wagner parvient à introduire un degré de complexité dans le personnage qui évite qu'elle ne se transforme en une rebelle romantique. John Wagner emmène le lecteur dans une tragédie qui s'émancipe de la dichotomie bien / mal pour une vision plus amère et plus réaliste des individus. La qualité du récit doit également beaucoup aux illustrations de Colin MacNeil. Les 2 premières pleines pages en contreplongée montrent un Judge Dredd sinistre et écrasant, comme la justice cinglante qu'il incarne. le choix des couleurs se révèle étonnant et personnel combinant du jaune vif avec des teintes plus sombres. Tout du long du récit, le lecteur va découvrir des illustrations qui semblent passer d'un registre à un autre, sans transition progressive. Ainsi l'image d'après montre une vue du ciel d'un petit quartier de Mega-City-One avec des couleurs très sombres, et des formes détourées par des lignes de couleurs claires. La scène d'après est plongée dans les tons orange, la suivante commençant sur la même page dans des tons violet. le contraste est saisissant. Pour la scène suivante, MacNeil utilise les couleurs pour transcrire celles de la réalité de manière naturelle. Puis arrive un autre dessin pleine page aux couleurs acidulées de l'enfance, pour un tableau terrible d'un juge impressionnant un jeune enfant, à vie, pour qu'il se tienne tranquille dans la peur des juges. Ce dessin est à la fois comique du fait des couleurs vives, et terrible du fait du traumatisme psychologique infligé sciemment. L'histoire s'achève sur une autre pleine page : le casque d'un juge en très gros plan formant presque une composition conceptuelle si elle était sortie de son contexte, à nouveau avec une composition chromatique provocatrice très réussie. La force graphique de cette histoire en 62 pages ne se limite pas à des compositions chromatiques pleines de personnalité. MacNeil s'avère aussi convaincant qu'il dessine de jeunes enfants, une cité futuriste, ou les silhouettes imposantes intimidantes des juges. Il adapte sa composition de page en fonction du récit passant sans coup férir d'une illustration pleine page, à une page comportant 15 cases dans un montage haché rendant compte de la violence et de la rapidité de l'action. À l'issue de ces 62 pages, le lecteur a la sensation d'avoir lu un roman complet du fait de la densité narrative qui pourtant passe toute seule, sans surcharge d'information dans les textes ou dans les images. America est une histoire à part dans la mythologie de Judge Dredd. Elle constitue un drame très humain face à une société normalisatrice qui ne supporte pas les écarts ou les divergences d'opinion. Elle se suffit à elle-même et forme un récit poignant sur les relations humaines, et les ambitions ou convictions de l'individu, avec des images qui restent longtemps en mémoire, tout en étant entièrement au service de la narration. Exceptionnel, indispensable.

20/05/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Last American
Last American

Le spectacle doit continuer. - Ce tome constitue un récit complet et indépendant de tout autre. Il comprend les 4 épisodes, initialement parus en 1990/1991, coécrits par Alan Grant & John Wagner, dessinés, encrés et mis en couleurs par Mick Mahon. Cette histoire est parue à l'origine dans le label Epic Comics de Marvel, une branche adulte créée sur le modèle de Heavy Metal, l'homologue du magazine Métal Hurlant français. Ce recueil commence par une introduction en texte d'une page, écrite par Mick McMahon, sur l'impact psychologique de la crainte d'une guerre nucléaire quand il était jeune. Dans une chambre souterraine, un appareillage technologique arrive au terme de sa mission : réveiller un soldat américain cryogénisé 20 ans plutôt. En 2019, le 4 juillet (date symbolique), le caisson se vide de ses fluides. 3 robots, dotés de parole et d'intelligence, arrivent dans la salle du caisson pour assister au réveil et aider le soldat. Able et Baker sont les 2 robots chargés des tâches militaires, allant de la logistique à la bataille, en passant par la conduite de véhicule. Charlie est chargé de l'assistance personnelle à Ulysses Pilgrim et de maintenir son moral. Il s'exprime de manière joyeuse, avec un discours émaillé de références à la culture populaire américaine, surtout télévisuelle. Pilgrim ne regagne pas connaissance tout de suite. du coup Able et Baker le secouent un peu pour le stimuler. Ayant repris ses esprits, Ulysses Pilgrim se plaint de continuer à ressentir le froid jusque dans ses os. Néanmoins, il est bientôt prêt à sortir à l'extérieur après avoir eu la confirmation qu'une guerre nucléaire a eu lieu. Il demande aux robots qui en est sorti vainqueur, et comprend vite que les circonstances de son réveil indiquent que ce n'est pas les États-Unis. C'est donc forcément l'ennemi. Après avoir été armé de pied en cape par Able & Baker, le Commandant de l'Apocalypse (c'est son grade officiel) sort à l'extérieur, flanqué des 3 robots. Il découvre un paysage désolé, et un ciel cramoisi comme s'il avait absorbé le sang des victimes de la guerre. Ils montent tous les 4 à bord d'un énorme tank sur chenilles et commencent à se diriger vers la ville la plus porche. Ils ne croisent pas âme qui vive. Pilgrim observe les cadavres dans les voitures qui jonchent l'autoroute. Il remarque que les occupants portaient des vêtements très chauds, comme s'ils devaient se protéger de l'hiver nucléaire. Pilgrim se demande ce que sont devenus Barbara et Tony, sa femme et son fils. En 1982, Jim Shooter décide de créer une branche plus adulte au sein de l'éditeur Marvel. Avec l'aide d'Archie Goodwin et Al Milgrom, ils lancent d'abord un magazine appelé Epic Illustrated, puis quelques histoires complètes dans la ligne Graphic Novel de Marvel, et enfin des miniséries et des séries comme Moonshadow, Blood: A tale, ou encore Dreadstar, The Bozz Chronicles, et même des projets de superhéros trop particuliers comme Elektra: Assassin, ainsi que des partenariats avec des créateurs comme Moebius ou Clive Barker. Lorsqu'arrive cette histoire post-apocalyptique, le lecteur commence par se dire que l'éditeur profite de l'engouement du lectorat américain pour les auteurs anglais (la British Invasion initiée par Alan Moore, Neil Gaiman, ou encore Grant Morrison), et qu'il a juste débauché Alan Grant & John Wagner (le duo qui écrit les aventures de Judge Dredd dans 2000 AD à l'époque) et Mike McMahon, dessinateur à la forte personnalité graphique, connu pour avoir illustré Judge Dredd et Sláine: Warrior's dawn également dans les pages de 2000 AD. La couverture est assez étrange avec ce soldat à l'uniforme composite (avec des guêtres ?), une main énorme, tirant sur un ennemi invisible. Cette réédition est de très bonne qualité réussissant à rendre les tonalités des couleurs, sans impression boueuse. L'introduction de Mick McMahon permet de bien saisir l'intention des auteurs : évoquer l'angoisse d'une apocalypse nucléaire, catastrophe jugée très probable pendant la Guerre Froide (1947-1991), ayant traumatisé des générations entières par l'idée hallucinante que le genre humain a créé lui-même des armes assez puissantes pour se détruire (et même plusieurs fois), et par des spots télévisés expliquant que faire en cas d'alerte de guerre nucléaire. le label Epic Comics indiquait qu'il ne s'agirait pas d'un simple récit de survie après la guerre, et la nationalité des auteurs indiquait (et indique encore) que la nation des États-Unis n'en ressortirait pas forcément grandie. Il vaut mieux avoir conscience de ce contexte éditorial pour pouvoir apprécier le récit. En effet Ulysses Pilgrim sort du bunker flanqué des 3 robots et il parcourt du terrain à bord de son tank en constatant la dévastation et l'absence de tout être vivant. Et c'est à peu près tout pour l'intrigue. Il faut également un temps d'adaptation pour les dessins. Mick McMahon aime bien les traits droits et les oreilles décollées. Mick McMahon réalise lui-même sa mise en couleurs dans des teintes assez sombres, rendant compte de l'impression crépusculaire des environnements post-apocalyptiques. Il semble travailler à la peinture directe, avec des couleurs plutôt unies, sans dégradés tels que l'aquarelle peut le permettre. Il porte les variations de luminosité en détourant des zones sur les surfaces concernées, et en y appliquant une nuance plus claire ou plus foncée. L'effet est parfois surprenant car sur les visages, ces surfaces sont détourées à angle droit, formant souvent des rectangles, ce qui se marie mal avec le relief d'une figure par exemple. Néanmoins, il ne s'agit pas non plus d'aplats d'une couleur uniforme. le lecteur distingue de de petites variations qui produisent un effet de texture sur les surfaces. L'artiste accentue cette impression de texture avec des traits souvent très fins, parfois un peu gras pour marquer les plis des étoffes ou de la peau. le résultat est à nouveau parfois étrange, surtout sur la peau, avec de nombreux petits traits secs, pas forcément bien jointifs, dont l'extrémité peut déborder un tout petit peu de l'autre trait sur lequel elle vient mourir, comme si le dessinateur avait tracé ça vite fait et n'avait pas voulu souhaiter peaufiner après coup. le résultat est également assez étrange pour les visages, dont la peau semble ne pas être élastique de la même manière partout, subissant des plis sur des lignes droites. le lecteur observe que McMahon exagère aussi discrètement quelques détails anatomiques comme la pliure au niveau du poignet (à angle droit bien marqué) ou la taille des cuisses, et les oreilles systématiquement décollées. D'un autre côté ces caractéristiques graphiques permettent de bien rendre compte de la nature mécanique des robots, sans que jamais le lecteur ne puisse y voir des simulacres ou des ersatz d'êtres humains. le tank est incroyablement massif et les dessins montrent qu'il peut effectivement passer partout, écraser tous les obstacles présents sur son chemin, à commencer par les carcasses de voitures. Ainsi dessinée, la végétation devient bizarre, transcrivant son évolution malsaine sous l'influence des radiations et de l'hiver nucléaire. À plusieurs reprises, Mick McMahon s'éloigne d'une représentation trop littérale, ce qui permet à certains éléments de prendre une dimension plus conceptuelle, comme les squelettes présents dans le paysage, ou les pierres sur le sol ou dans l'air. En fait, l'artiste représente des boules irrégulières semblant de nature rocheuse, présentes aussi bien sur le sol que tombant dans l'air. le lecteur suppute que pour ces dernières il s'agit de flocons imbibés de cendre, ce qui leur donne cette étrange apparence. En liant les 2 (pierres & flocons) de manière visuelle, le dessinateur donne à voir un environnement en déliquescence dont des parties se désagrègent et tombent sous les yeux du lecteur. Il est possible qu'il faille un petit temps d'adaptation au lecteur pour se faire à l'esthétique particulière des dessins de Mick McMahon, mais la narration visuelle reste claire et facile à suivre. Alan Grant & John Wagner n'ont pas facilité la tâche de l'artiste car eux aussi ont recours à des métaphores visuelles plus ou moins subtiles pour raconter leur histoire. Parmi les moins subtiles, il y a la vision de cet aigle ayant subi des mutations et s'acharnant sur une charogne pour se nourrir, soit une métaphore appuyée des États-Unis (dont l'aigle est le symbole) se nourrissant de ce qu'il a détruit. Dans le deuxième épisode, il y a également une scène hallucinante dans laquelle les cadavres semblent revenir à la vie pour se lancer dans une comédie musicale sur les bienfaits de la mort par irradiation atomique. le lecteur se rend compte que la dimension un peu abstraite des dessins permet de faire passer cette scène, sans qu'elle ne soit ridicule ou outrée, juste grotesque et particulièrement sarcastique et macabre. Les coscénaristes mettent en scène un homme finalement très normal. Ils ont pris soin d'en faire un soldat, ce qui semble logique pour qu'il puisse survivre dans un tel environnement, et d'expliquer comment il a été choisi et ce qui l'a convaincu d'accepter. Ils montrent que ce n'est pas un surhomme et que ses talents de guerrier ne lui permettent pas de faire face à la désolation de ces États-Unis après la bombe. Ulysses Pilgrim a été contraint et forcé d'accepter d'être le survivant en subissant cette cryogénisation et il n'est pas devenu un surhomme pour autant, ou capable de gérer l'ampleur du désastre et l'absence de survivants. Ils introduisent un contrepoint comique par le biais de Charlie, le robot qui cite des accroches de séries télévisuelles. Pour le reste, Ulysses Pilgrim découvre la réalité de ce monde après la guerre. Grant & Wagner évoquent les horreurs attendues, les cadavres laissés sur place, les autoroutes encombrées par les voitures des habitants essayant de fuir, les fourmis comme seule espèce ayant survécu aux radiations, les zones encore irradiées, la statue de la Liberté décapitée, les phases de dépression d'Ulysses Pilgrim en tant que seul survivant. Les coscénaristes manient également l'allusion et la métaphore avec plus ou moins de légèreté. le lecteur sourira plus aux références de Charlie s'il dispose d'une culture des années 1970/1980, sinon il ne pourra que subodorer l'existence de ces références, en en découvrant une qu'il saisit (comme celle au Magical mystery tour, des Beatles) et des artefacts technologiques d'une autre époque (comme un lecteur de cassette audio). Ils mettent en scène les particularités culturelles des États-Unis soit de manière directe (la première action d'Ulysses Pilgrim est de s'armer jusqu'aux dents avant de sortir), soit de manière métaphorique avec l'aigle malformé, soit de manière plus imagée (comme le tank qui écrase tout sur son passage, comme l'armée), soit encore sous forme de visions (comme cette comédie musicale interprétée par des cadavres). Parfois ils y vont lourdement : la naissance d'Ulysses Pilgrim le jour de la mort de John Fitzgerald Kennedy, l'exécution des détenus dans une prison, les présidents des États-Unis au Paradis, Pilgrim en train de s'en prendre à Dieu, etc. En découvrant l'action principale de chaque épisode, le lecteur se demande même s'ils savaient bien où ils allaient dès le début, ou s'ils ont improvisé une ou deux péripéties au fur et à mesure. Le tome se clôt avec les paroles de l'hymen américain dans un contexte qui leur donne un autre sens, et le lecteur éprouve la sensation de sortir d'un mauvais rêve. Bien qu'il se demande encore si les expérimentations dans un autre bunker étaient bien nécessaires au récit, il a vécu un songe étrange, un cauchemar rendant bien compte de l'angoisse générée par l'éventualité d'une guerre nucléaire, de l'environnement ravagé et impropre à la vie. Il a également eu droit à une tragédie pour un individu incapable d'appréhender l'énormité de la situation, et à une critique pénétrante d'un pays qui se positionne comme le plus grand de la planète, même si certains propos sont plus appuyés que d'autres. Il a découvert un récit très personnel, tant pour la narration visuelle que pour la suite des péripéties, mettant en scène un individu ayant les caractéristiques d'un héros d'action, se retrouvant complètement inadapté et inefficace dans des circonstances que la seule raison ne permet pas d'appréhender.

20/05/2024 (modifier)
Couverture de la série La Neige était sale
La Neige était sale

J'ai déjà été séduit par plusieurs créations de Fromental (Le Coup de Prague, Miss Chat) dans des genres différents mais là je trouve qu'il s'est surpassé. De Simenon je connais ses romans parus chez Gallimard et bien sûr Maigret en version TV. "La neige était sale" est donc une découverte et malgré les excellents avis j'ai commencé ma lecture sans apriori. Fromental a fait un travail extraordinaire dans l'équilibre quasi parfait du texte off de Simenon, de ses dialogues et de la narration graphique de Yslaire. Comme le souligne l'auteur il y a beaucoup de l'intime familial de Simenon dans le personnage de Frank. Fromental réussit la prouesse de nous faire comprendre les mécanismes qui ont permis l'éclosion de ce chef-d'œuvre. Yslaire nous fait voyager dans une ambiance totalitaire sans distinction politique mais qui imprègne l'atmosphère du quasi huis clos dans laquelle se cloitre Frank. L'excellente postface de Fromental nous ouvre les yeux sur la parenté de l'œuvre avec L'Etranger de Camus. Frank est le stéréotype du personnage qui vit hors de soi. Il reste dans l'indifférence totale de son environnement et des conséquences de ses actions qui sont pour lui sans signification. L'étude psychologique que proposent les auteurs est très fine, à la fois dans son intelligence textuelle mais aussi dans son aspect physique soigné mais impersonnel. Un tout petit geste final lui permettra de réintégrer la communauté humaine. Je n'ai pas tari d'éloge sur le travail de Fromental mais je peux reprendre les mêmes félicitations pour le graphisme de Yslaire. Le travail sur les détails de l'appartement/bordel est exceptionnel. Chaque objet de la cuisine, de la chambre ou du salon renvoie à une ambiance de marché noir en période de pénurie. Les extérieurs nous font voyager à travers de nombreuses capitales d'Europe Centrale sans que l'on sache où poser nos valises Est ou Ouest ? Enfin Frank avec sa gueule d'amour de 18 ans se trouve dans une galerie de caricatures plus ou moins repoussantes à l'exception des jeunes filles. Une lecture marquante par son excellence dans presque tous les domaines pour un réel hommage au talent du romancier belge.

20/05/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Mad présente Sergio Aragonès
Mad présente Sergio Aragonès

L’inénarrable Sergio Aragones et son humour chaleureux - Ce recueil regroupe des gags humoristiques (essentiellement sous forme de strips de 3 ou 4 cases) réalisés par Sergio Aragonés (scénario et dessins) en noir & blanc (une dizaine de pages en couleurs en fin de volume) pour le magazine humoristique MAD. Une page sur deux, le lecteur retrouve également de nouveaux "marginals" (des petits dessins apposés dans les marges de l'ouvrage). Comme le titre l'indique, le lecteur aura le plaisir de lire des blagues de Sergio Aragonés regroupées par décennie : 1960, 1970, 1980, 1990, 2000. Au fil des années, Aragonés se spécialise dans une rubrique intitulée "The MAD look at..." étant thématique et tournant en dérision tout ce qui passe par la tête d'Aragonés à commencer par la course à l'espace (pour sa toute première participation à MAD) jusqu'à la réalité de la récession économique pour la dernière de ce tome. C'est ainsi que le lecteur verra défiler des thèmes variés tels que le football américain, les éboueurs, Batman (dans les années 1960), les monstres de cinéma, le mariage, les requins, King Kong, Star Wars (dans les années 1970), les parcs d'attraction Disney, un camp d'entraînement de terroristes (toujours dans les années 1970), un centre commercial à l'approche de Noël, l'obésité, le baseball, les dinosaures, les tatouages, les OVNI, le harcèlement sexuel, les piercings, le racisme, Las Vegas, Harry Potter, la chirurgie esthétique, les mères, l'infidélité conjugale, la sécurité dans les aéroports, et bien d'autres encore. Le magazine de MAD est créé en 1952 par Harvey Kurtzman, il incarne une tradition humoristique aux États-Unis depuis cette époque, avec des valeurs politiques et sociales à ses débuts, perdues en cours de route au profit d'un humour plus potache destiné essentiellement aux adolescents et aux jeunes adultes. Mais à son arrivée, Aragonés apporte un humour 100% visuel et essentiellement apolitique, sans aucun texte, si ce n'est un panneau ou une enseigne de temps à autre. Dès la première double page consacrée à la conquête spatiale, les particularités du style d'Aragonés apparaissent. En termes de forme des personnages, il est adepte des silhouettes exagérées, avec un gros nez et une partie médiane assez arrondie. Au fil des décennies il est possible d'assister à une lente évolution vers des formes plus agréable à regarder (ajustement des proportions et trait plus délié) et à une amélioration des expressions des visages. En fonction de l'objet du strip, Aragonés peut également avoir recours à des silhouettes filiformes, ou à la musculature exagérée (pour un regard sur les clubs de gym par exemple). Même dans ces cas là, le visage reste exagéré, avec des traits simplifiés pour ne garder que le plus signifiant. Les illustrations d'Aragonés appellent naturellement un examen plus détaillé. D'un coté, il dessine avec ce qui pourrait être un stylo bille : toujours la même épaisseur de trait, aucune variation, de très rares aplats de noir (vraiment une exception). Ce parti pris donne des dessins vite lus, très faciles à assimiler, avec une sorte de légèreté due à l'absence de surfaces noires compactes. En lecture rapide, on a l'impression de voir plutôt des personnages rapidement esquissés, des croquis vite faits. Mais très rapidement il apparaît que la densité d'information visuelle est plus élevée que ne le laisse croire l'apparence. Quels que soient le contexte et les personnages, le lecteur a la surprise de constater qu'il n'est jamais en présence d'un individu générique, ou d'un décor passepartout. En prenant au hasard, à chaque fois, le personnage présente des singularités qui le rendent unique. Même lorsqu'il dessine un groupe de 4 militaires en uniforme, chacun a une silhouette spécifique, une posture différente, un visage de forme différente. Derrière l'apparence expéditive des dessins se trouve une capacité exceptionnelle à créer toute sorte d'individus, tous particuliers et tous familiers. Il en va de même pour les tenues vestimentaires, les accessoires et pour les décors. Ce qui frappe également, c'est qu'Aragonés croque avec la même habilité et la même justesse chaque objet, chaque élément de décor. Sous des dehors de croquis rapide, il retranscrit avec pertinence et intelligence chaque élément qu'il s'agisse d'un rideau de douche (à la fixation fonctionnelle), un cockpit d'avion avec les bonnes commandes à leur place, une pompe à essence avec son pistolet en état d'utilisation, une cave à vins dans un restaurant, l'agencement de l'arrière boutique d'un fast-food, une table d'opération dans un hôpital, etc. Mine de rien ces petits détails contribuent à ce que le lecteur puisse s'immerger instantanément dans chaque lieu, aux cotés de chaque personnage. Il s'avère qu'il est tout aussi habile à reproduire l'apparence de personnages de fiction connus telle cette troupe de gugusses qui ne sont autre que les Ghostbusters. D'un point de vue graphique, Sergio Aragonés estomaque le lecteur lorsqu'il se lance dans une double page bourrée à craquer de détails. C'est donc le cas de ce camp d'entraînement pour terroriste, mais aussi de ce centre commercial à la veille de Noël. Il est possible de passer un quart d'heure à explorer chaque centimètre carré de cette illustration pour découvrir détail après détail, ainsi que les activités d'environ 200 personnages différents. Cela dénote un sens exceptionnel de l'organisation spatiale pour que tout reste lisible malgré la densité hallucinante d'informations. le lecteur se lance alors dans une lecture qui peut rappeler ces livres où il faut retrouver un personnage perdu dans une illustration d'envergure (par exemple Où est Charlie ?). Petite cerise sur le gâteau : Aragonés est capable de glisser Groo ou Rufferto (son chien) au détour d'une case, comme ça discrètement. Et l'humour dans tout ça ? Sergio Aragonés pratique un humour débordant d'humanisme, évitant la moquerie ou la méchanceté. D'un certain coté, cette compilation d'une énorme quantité de gags peut finir par devenir fade. Voilà un monsieur qui refuse l'humour qui tâche, les attaques sous la ceinture, le pointage du doigt d'un individu ou d'une catégorie d'individu et qui débite du gag à raison de 4 à 6 par page pendant 250 pages. C'est sûr que lu d'une traite ou même en 4 ou 5 fois, il s'installe un sentiment d'engourdissement qui fait perdre le goût de chaque blague. Il est vrai aussi que certains gags sont très basiques. Un marginal parmi tant d'autres : un monsieur s'enfuit d'une boutique de tatouage quand il découvre que le tatoueur est une armoire à glace. Seule l'exagération de la pantomime transforme la situation en gag. Mais pris un par un chaque gag recèle un trésor d'inventivité et d'expressivité. Il y a par exemple ce vendeur d'automobiles qui voit arriver des parents avec leur grand fils. Chaque personne dispose d'un phylactère dans lequel le lecteur découvre le modèle de voiture auquel il pense ; ils sont tous différents. Ils repartent bien sûr avec le modèle que le vendeur avait décidé de leur fourguer. En 2 cases, Aragonés a raconté une petite histoire sur les envies de chacun et la réalité économique. Dans les 2 premières décennies, il utilise également un dispositif irrésistible : dépeindre une scène avec des personnages et représenter leurs ombres en train de se conduire comme ils souhaiteraient vraiment se conduire ("The shadow knows", jeu de mot sur le slogan d'un personnage de pulp). Au fil des pages, le lecteur aura également la surprise de voir apparaître en creux l'évolution de la société américaine. Dans les années 1960, l'image de la femme dans la société était essentiellement celle de la mère au foyer, ce qui va évoluer au fil des gags et des décennies. Il y aura également le passage en revue de plusieurs phénomènes de mode ou d'événement de nature culturelle : Woodstock, la conservation du patrimoine architectural, les rejets de polluants en rivière, Jaws de Steven Spielberg, Star Wars, la génération hippie convertie au capitalisme, le service militaire, les jeux olympiques, le harcèlement sexuel, la libre détention d'armes à feu, les accros aux jeux vidéo, etc. Ce recueil bénéfice également d'un grand format (identique à celui du magazine MAD) et un beau papier épais. Il s'agit donc d'un plaisir de lecture d'une forme différente susceptible de plaire pour plusieurs raisons, en fonction des lecteurs. C'est une occasion exceptionnelle de découvrir le talent d'un monsieur modeste à l'expressivité exceptionnelle : Sergio Aragonés.

20/05/2024 (modifier)
Couverture de la série La Fantaisie des Dieux (Rwanda 1994)
La Fantaisie des Dieux (Rwanda 1994)

J'ai profité du triste anniversaire des 30 ans du génocide des Tutsi au Rwanda pour me replonger dans cette page horrible de l'histoire contemporaine. J'ai lu de nombreux documents sur ce génocide depuis 2004 après ma lecture du roman de Patrick de Saint Exupéry. Je ne cherchais donc pas une relecture de faits ou de témoignages que je connaissais déjà en entamant ma lecture. C'est pourquoi j'ai été séduit par ce retour du journaliste en compagnie d'Hippolyte dans un ouvrage qui fait la part belle au silence et à l'indicible. Indicible beauté du lac Kivu et indicible horreur des massacres de Bisesero. Un peu à la manière de Simon Hureau dans Palaces les auteurs nous proposent une sorte de carnet de voyage 20 ans après l'insondable folie meurtrière des Hutus envers leurs compatriotes Tutsi. La différence est que de Saint-Exupéry est devenu un acteur premier du dévoilement de la vérité. En effet c'est son action journalistique qui a conduit la formation de la Mission parlementaire sur le Rwanda qui a conclu à "des dysfonctionnements institutionnels" (français) quant à l'action de la politique française. C'est le sens que je donne aux deux premières planches du livre qui suivent la terrible citation de Mitterrand. Comme le souligne les auteurs les millions de français ne peuvent être tenus pour responsables puisque les prises de décisions ont été prises en tout petit comité hors du contrôle parlementaire loin du peuple. Ensuite les auteurs reviennent sur les lieux que le journaliste a couverts, à savoir la zone de Bisesero dans la ZHS (zone humanitaire sûre). Le récit est sobre et ne se veut pas polémique car tout a été déjà dit des centaines de fois sur les actions des uns et les réponses des autres. Les témoignages sont peu nombreux car les survivants furent très rares, méfiants et souvent en position de faiblesse. Ce n'est pas le moindre des paradoxes que le témoignage le plus choquant soit celui de l'instit qui a tué les 2/3 de ses élèves. Témoignage rare sur le vif d'un homme qui croyait parler à des oreilles amies. A ce propos je me permets une anecdote. Au TPIR les grands juristes ont fait témoigner une JF qui avait été violée et contaminée par le SIDA par des autorités de sa province. Puis elle fut renvoyée au village stigmatisée et abandonnée sans soin alors que ses tortionnaires étaient soignés dans les confortables cellules du tribunal. Alors oui, percer ce silence fut une gageure. C'est bien le principal intervenant de la série, celui qui envahit les souvenirs et la faiblesse de notre aveuglement. Hippolyte prête son trait avec une grande humilité sans voyeurisme ni sensationnalisme. Ses peintures tentent l'impossible d'exprimer l'inavouable. 20/30 ans après la beauté du lac Kivu se rit de la folie des hommes et place la série dans l'émotion de bout en bout. Une lecture pour la mémoire des victimes du silence qui m'a profondément touché.

16/05/2024 (modifier)
Couverture de la série Femmes de réconfort (esclaves sexuelles de l'armée japonaise)
Femmes de réconfort (esclaves sexuelles de l'armée japonaise)

Il est des séries qui peuvent bouleverser notre vision de l'histoire. L'œuvre de l'auteure coréenne Jung Kyung-a en fait partie à mon avis. Son reportage sur les esclaves sexuelles de l'armée japonaise est extrêmement précis en se basant sur plusieurs témoignages poignants. Ces témoignages renforcent le côté émotionnel mais un côté plus froid mais raisonnable s'appuyant sur des documents, des archives et des jugements donnent à l'ouvrage le sérieux d'une thèse de doctorat. L'enjeu n'est pas mince car les gouvernements successifs du Japon ont toujours refusé de reconnaître le côté systémique de l'organisation criminelle de mise en esclavage sexuel de dizaines de milliers de femmes pour les besoins sexuels de son armée. Le témoignage du capitaine-gynécologue Aso en poste en Chine puis dans le Pacifique montre que cette organisation s'étendait à travers tous les territoires occupés et que les jeunes filles (certaines avaient 11 ans) étaient considérées comme "du matériel militaire" dont l'approvisionnement était prioritaire. Un bref passage sur le massacre de Nankin complète la destruction de la haute image de l'armée impériale. C'est un point qui me fait toujours réagir quand je lis les nombreuses séries francobelges ou mangas qui font allusion aux nobles faits d'armes des officiers ou soldats japonais. Toutefois l'œuvre ne s'arrête pas à la dénonciation de ces faits criminels. Il y a en arrière-plan une vraie réflexion sur la sexualité d'une armée en campagne. Le chapitre final sur l'occupation du Japon par les GI's et la multiplication des MST parmi les soldats est édifiant. Le graphisme est une tâche ardue dans ce type d'ouvrage. Le trait comme souvent est minimaliste mais suffisant pour créer une ambiance lourde. La construction alterne avec bonheur des périodes de fictions crédibles laissant la parole aux victimes et des épisodes plus didactiques exposant les tenants juridiques et systémiques du dossier. L'œuvre est une mine d'informations qui n'ont rien perdues de leur actualité. Une lecture très recommandable pour s'interroger sur la justice ou la représentation d'une période dramatique.

15/05/2024 (modifier)
Couverture de la série Les Vieux Fourneaux
Les Vieux Fourneaux

Une bd qui éveille, qui détend, qui fait rire, qui fait pleurer, wow ... prodigieux. Rien que pour son côté éducatif habilement amené, je recommande. Du reste, tout a été dit.

13/05/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Dieu-Fauve
Le Dieu-Fauve

"Le Dieu Fauve" est paru en mars 2024 aux éditions Dargaud. Cet ouvrage marque la seconde sortie ce mois-ci du prolifique scénariste Fabien Vehlman (Seuls, Green Manor…), après son précédent album La Cuisine des ogres publié chez Rue de Sévres. Pour "Le Dieu Fauve", Vehlman s'associe au talentueux dessinateur espagnol Roger, connu pour son travail remarquable dans le domaine de la bande dessinée. Ensemble, ils nous offrent un récit captivant et visuellement époustouflant, ainsi qu’une plongée dans une narration très particulière, dont je reparlerai un peu plus bas ! Cette bd nous transporte à l’époque imaginaire du Déluge : une ère lointaine évoquée dans les textes anciens de l'humanité. On débute en suivant Sans-Voix, un jeune singe orphelin, déterminé à prouver sa valeur à son clan en chassant le redoutable 'longue-gueule', un vieil alligator vicieux. Mais alors que Sans-Voix parvient à trouver sa place au sein du clan, il assiste, complétement impuissant au massacre de sa famille par les guerriers d’un Empire déchu, qui le capturent et le dressent à devenir un redoutable guerrier sacré, un 'Dieu-Fauve'. Animé par une obsession brûlante de vengeance, Sans-Voix se prépare à affronter ses bourreaux, quel qu'en soit le prix. Ce qui est passionnant avec la narration de "Dieu Fauve" c’est que l’histoire est découpée en chapitre et est conçue comme un récit choral. Chaque chapitre se concentre sur un personnage différent. L'histoire débute en suivant le singe Sans-Voix, dont le chapitre se clôt tragiquement avec le massacre de son clan. À partir de là, on suit les protagonistes humains : Athanael, le poète, la Grande Veneuse, guerrière impitoyable, et Awa, ancienne esclave qui est moins innocente qu’il n’y parait. Ce qui rend cette narration passionnante, c'est sa construction non linéaire. Les personnages secondaires d'un chapitre deviennent les principaux d'un autre, offrant des perspectives différentes sur une même histoire. L'intelligence de cette narration réside dans sa capacité à révéler les éléments de l'histoire au compte-gouttes. Chaque chapitre apporte de nouveaux éclairages, faisant évoluer notre compréhension de l'intrigue et des personnages. C'est un véritable jeu de puzzle où les pièces s'emboîtent progressivement pour former un tableau complexe et captivant. Le dessin de "Le Dieu Fauve" ne m'a pas réellement plu, pour être honnête. Le style semi-réaliste de Roger puise son inspiration dans la rudesse du graphisme propre à certains comics américains. Les traits sont nets, les personnages (surtout Sans-Voix, dans le début du récit), sont représentés avec une expressivité saisissante, soulignant ainsi l'intensité des émotions qu'ils traversent.... mais malgré tout, bon... il semblerait que ce ne soit pas ma tasse de thé ! Les couleurs, ternes et sombres, renforcent l'atmosphère oppressante et tragique qui imprègne l'ensemble de l'œuvre. Ce choix chromatique crée un parallèle frappant avec la dureté des situations vécues par les protagonistes, renforçant ainsi l'impact émotionnel sur le lecteur. Le découpage, bien que parfois un peu difficile à suivre sur certains plans, est soigneusement conçu pour ne pas égarer le lectorat. L'histoire est structurée de manière à ce que le lecteur retrouve rapidement ses repères, notamment lors des passages d'un protagoniste à un autre. Cette alternance de narrations permet de maintenir un rythme dynamique tout en offrant une perspective variée sur l'intrigue Cette histoire trahit certaines obsessions qu’on retrouve dans d’autres œuvres de Fabien Vehlman comme Jolies Ténèbres, Green Manor ou Seuls, dans une moindre mesure : la dureté du monde et des rapports humains, l’insignifiance des rapports de force, le fait qu’un simple événement peut tout faire basculer en un instant. Un peu comme dans un Game of Thrones, où personne n’est jamais réellement à l’abris, ’est une histoire sévère qui questionne notre humanité, notre rapport à la cruauté, la « justesse » de nos actions… Mais malgré tout, Fabien Vehlman n’oublie jamais de faire germer des graines de poésie de ci, de là, qui nous aident à supporter la violence de certains passages. Au final, on est face, ici, à un récit furieux, empreint d'une poésie sauvage, qui explore les thèmes de la violence de la nature, de la lutte pour la survie et de la frontière floue entre l'homme et l'animal.

09/05/2024 (modifier)
Couverture de la série Rivages lointains
Rivages lointains

Anais Flogny signe ici sa première bande dessinée. Et le moins que l’on puisse dire c’est que cet album trahi déjà de grandes ambitions scénaristiques et un volonté de façonner des personnages fascinants ! Cet album sort dans la collection Combo, un nouveau label que la maison d’édition Dargaud lance cette année et qui a pour objectif de mettre en lumière le travail d’autrices et d’auteurs différentes, influencés par les mangas, les comics, l'animation, le jeu vidéo et les réseaux sociaux. « Rivages Lointains » raconte l’histoire de Jules Tivoli, un jeune commis, immigré italien vivant dans le Chicago des années 30, en pleine grande dépression (et durant la prohibition). Un jour, Jules fait la connaissance d’Adam Czar, un charismatique (et plus âgé) membre de la pègre locale. Rapidement, de façon fort culotée, Jules va se faire remarquer d’Adam qui, intrigué par le potentiel du jeune homme, le prendra sous son aile. Il entamera avec lui une relation amoureuse passionnée. Suite à une série de règlements de compte Adam et Jules sont contraints de quitter Chicago pour s’installer à New York. Malheureusement, Adam, polonais d’origine, ne parvient pas à intégrer les rangs de la très italienne Cosa Nostra. Qu’à cela ne tienne, il décide de se servir de Jules comme « porte-parole » et ainsi conserver ses privilèges. Jules va toutefois se prêter au jeu et va, progressivement, prendre de l’assurance et gravir lui-même les échelons jusqu’à devenir un membre important de la Cosa Nostra, au grand dam … d’Adam. Cette historie est terriblement bien racontée. A tel point que les presque 230 pages qui la composent se lisent avec une facilité déconcertante. L’autrice, Anais Flogny, a eu la bonne idée de découper son récit en chapitres entre lesquels s’écoulent chaque fois 2 années ou plus. De la sorte, on assiste à la progressive montée en puissance de Jules, à la déchéance du charismatique Adam et surtout à la détérioration de leur romance, le second jalousant petit à petit le premier. Il est aussi très intéressant d’observer comment Anais Flogny construit méthodiquement la psychologie de ses personnages. Cela se ressent tout particulièrement dans le personnage de Jules qui, s’il ne dispose d’aucun « pouvoir » (et ce sens qu’il n’est qu’un commis sans perspective d’avenir) a, dès le début, une force de caractère et une volonté de réussir dans la vie. A tel point que son ascension, son amour pour Adam puis son émancipation de son mentor/amant en sont passionnantes. Il est enfin important de noter la présence du personnage d’Eufrasio, un autre jeune membre de la mafia, flamboyant et tête brulée, que Jules rencontrera à New York et dont il deviendra l’ami. Eufrasio s’inscrit comme un élément perturbateur magnifique. C’est en effet lui qui va semer les premiers éléments de doute que Jules éprouvera vis-à-vis d’Adam et c’est surtout lui qui va amener le personnage à s’affirmer profondément et durablement. De son propre aveu, Anais Flogny tire son inspiration des affichistes et des illustrateurs du début du XXème siècle (René Gruau, Austin Griggs…) mais également d’auteurs et autrices de bandes dessinées comme Cyril Pedrosa ou Kamome Shirahama , un mélange de style intriguant qui, s’il pourrait de prime abord en surprendre certains, se laisse rapidement apprivoiser pour en devenir addictif. Peu de décors, mais des personnages tout en expressivité et dont les moindres haussement de sourcils (aussi infimes soient ils), les moindres rictus, les membres expressions corporelles, trahissent des personnalités fortes. L’ensemble est colorisé dans des tons pales et un peu délavés renforce l’aspect vintage et dangereux du récit et du monde dans lequel évolue les personnages. Cette histoire n’est pas sans rappeler d’autres récits tels que le Parrain, les Affranchis, dont elle aborde, bien évidemment les thèmes. La pauvreté, la petite et la grande criminalité, la montée en puissance d’un personnage d’origines modestes, déterminé, la chute inévitable d’un personnage influent… Loin d’être redondante, la relecture de ces différentes thématiques est, au contraire, passionnante, tant on est curieux et curieuses de voir ce qu’en fait Anais Flogny. L’autrice parvient en effet, grâce à son trait particulier et à la construction de la psyché de ses personnages, à transcender ce type de récit « classique » en y insufflant une dimension (un peu plus) humaine et poignante. En ce sens, la relation homosexuelle entre les deux personnages est un élément tout à fait neuf, dans ce genre d’histoire et peu représenté dans ce genre de milieux mafieux, iconiquement considéré comme très viril. Cela apporte ainsi une touche de douceur mais également de danger à l’ensemble. Avec Rivages Lointains, Anais Flogny ne dynamite pas les codes du récit de gangster, mais le soin qu’elle apporte à sa narration ainsi qu’à la construction de ses personnages font de cet album une relecture moderne et rafraichissante de ce type d’histoire.

09/05/2024 (modifier)