Avis n°500, il faut donc une Bd exceptionnelle, je l'ai trouvée. Après le Moyen Age, l'Antiquité grecque et romaine est ma seconde période historique préférée, autant dire que je suis très attentif à la démonstration de Dufaux et Delaby. D'abord, il y a le magnifique travail de Delaby sur les couvertures d'albums, qui par leur aspect choc et superbe, interpellent le quidam.
Dufaux, c'est un scénariste inconstant qui peut produire du mauvais comme Conquistador (Glénat) et du très bon comme ici. Une fois qu'on a mis le nez dans cette Bd, on a vraiment du mal à la lâcher, tant c'est prenant. Cette somptueuse série atteint des sommets dès ses débuts dans le traitement, le dialogue, et surtout le dessin de Delaby ; quels progrès depuis ses premières séries Bran et L'Etoile Polaire. Son trait à la fois puissant et raffiné, précis et travaillé, renforce la vision très crue de la Rome antique vue par Dufaux. Une vision sans complaisance et très noire sur les luttes de pouvoir, qui selon l'historien Michael Green, "fera connaître l'Antiquité romaine plus vite et sans doute mieux que tous les livres d'Histoire".
D'ailleurs, en la lisant, et malgré les bonnes connaissances que j'ai de cette période romaine, je ne pouvais m'empêcher de compulser mes encyclopédies pour approfondir tel fait évoqué ou éclairer tel personnage. Car c'est bien là le but des auteurs : montrer les intrigues de palais, les assassinats, empoisonnements, trahisons, compromissions qui déchirent la famille impériale ; on pénètre dans les arcanes de la politique où se jouent les complots sordides, l'avidité du pouvoir et l'ambition effrénée des principaux acteurs, en tête Agrippine qui empoisonne son époux, l'empereur Claude, pour placer sur le trône son fils Néron dont elle veut faire un pantin derrière lequel elle régnera. Mais Néron, malgré ses 17 ans, se dresse contre la cupidité démesurée de sa mère et entame un début de règne placé sous le sceau du sang, car on apprend aussi en lisant cette saga romaine, que la vie humaine n'avait à cette époque que bien peu de prix.
Si tout ceci était narré d'une façon encyclopédique, ça ne tiendrait pas, et la réussite des auteurs réside dans la façon habile de présenter ces faits et ces personnages en fournissant en même temps un excellent divertissement, il faut que le lecteur soit passionné par une intrigue qui tient le coup et une ambiance attractive ; ce but est atteint.
Il n'y a pas de vrai héros au sens propre du terme dans la série, plutôt des anti-héros dont chacun a sa part de noirceur, que ce soit Britannicus, Acté, Pétrone, Sénèque, Poppée, Tigellin, Othon, Galba, Locuste... tous authentiques, au contraire du personnage-titre Lucius Murena, ami de Néron qui ne joue finalement qu'un rôle assez secondaire, tout au moins dans le 1er cycle ; par la suite, il sera moins falot et s'étoffera, et c'est Néron qui porte tout le récit. Les autres personnages fictifs sont des esclaves ou des gladiateurs comme Draxius, Balba le Nubien ou le féroce Massam....qui dans certaines scènes violentes, pimentent une action basée sur la réalité historique, mais ponctuée de nombreux trous que les auteurs comblent habilement par une imagination plausible.
La rythmique du récit se ressent parfois d'un léger aspect didactique, car les auteurs s'appuient sur des ouvrages sérieux qu'ils citent en fin d'album, suivis d'un glossaire pour éclairer le lecteur ; cet aspect est cependant indispensable si le néophyte veut bien comprendre le fonctionnement de cette Rome impériale, où les séquences de palais alternent avec des scènes de combat de gladiateurs, ou d'autres franchement érotiques mais jamais gratuites, car servant l'intrigue. Malgré l'aspect documenté, les auteurs ont commis quelques erreurs au début qu'ils ont vite réparées.
Depuis 15 ans, "Murena" s'est imposée comme l'une des meilleures séries de bande dessinée réaliste, et a redonné ses lettres de noblesse au péplum tout comme Gladiator l'a fait au cinéma. Elle véhicule un tourbillon de mort, de sang et de passions réellement fascinant auquel il est difficile de résister. A lire absolument.
A travers neuf chapitres, McCloud, tel un chercheur obstiné en quête de son Graal, a tenté d’élaborer une théorie générale en se basant sur une observation approfondie des techniques liées à ce mode d’expression, en intégrant les études sémiologiques précédentes, notamment celles de son aîné Will Eisner. Mais il l’a présentée sous forme de cases, une façon ludique et originale (et au fond tellement logique) de rendre ses thèses, assez pointues il faut le dire, accessibles à chacun. Cela lui permet par ailleurs de justifier sa croyance selon laquelle la BD est un média aux possibilités illimitées…
Notre homme a ainsi confectionné sur une période de quinze années un ouvrage érudit et complexe avec une passion communicative, faisant preuve d’une remarquable pédagogie, car certaines de ses thèses, qui pourraient apparaître au premier abord rébarbatives, deviennent limpides et excitantes grâce à une mise en page talentueuse dans laquelle les dessins répondent parfaitement aux textes, implémentation convaincante de ses propres théories. L’auteur évoque également les autres formes artistiques (cinéma, peinture, littérature) afin de montrer que toutes sont reliées d’une façon ou d’une autre à la bande dessinée, celle-ci représentant non pas un art hybride, mais un point de convergence où texte et image sont mêlés. Cet art populaire fut discrédité dès ses débuts car s’adressant à un jeune lectorat et rappelant trop la publicité tapageuse qui émergeait au même moment dans le monde occidental.
Son trait est volontairement neutre et schématique pour renforcer l’aspect ludique et pour pouvoir toucher tous les publics, respectant le principe selon lequel plus le dessin est simple, plus l’identification est facile. On atteint des sphères de réflexion métaphysique inattendues, et on réalise que la bédé est bien plus qu’un art mineur, rôle auquel certains préfèrent la voir cantonnée, comme s’il ne s’agissait encore que d’un ado turbulent. Pour autant, McCloud sait rester humble et rappelle toujours que ce qu’il avance n’est jamais que le fruit de ses réflexions et dit demeurer ouvert au débat si quiconque devait contester ses propos.
Tout amateur de BD qui se respecte devrait avoir « L’Art invisible » dans sa bédéthèque. Une œuvre unique et inédite, un essai illustré brillant, indiscutablement brillant.
Loin des sentiers battus et bâtés... l'intelligence et la finesse de cette BD en font un objet de délectation tant dans l'humour que dans la profondeur philosophique !
Ce n'est pas l'intrigue ou une action trépidante qui sont ici l'intérêt... ni la virtuosité graphique (pour tout ça il y a foule partout ailleurs...).
Cette BD est un objet complet et il faudra être indulgent avec ceux qui n'auront pas compris, le propos étant de mettre en situation l'absence de la mémoire et de ce que cela engendre comme situation délirante (et drôle).
Le graphisme et le traitement sont adaptés au ton... Le dessin et la chromatique semblent dénués d'intérêt mais rien n'est plus faux ; ils sont précisément l'expression de la vacuité désertique et désolée de la pauvreté du monde quand la mémoire en est retirée...
Ce qui devient intéressant à mesure que la lecture avance, c'est la ressemblance étrange que ces situations ont avec la réalité de nos sociétés...
Le genre cape et d'épée retrouve ses lettres de noblesse avec cette splendide série dont le talent des 2 créateurs l'a même hissée au rang de best-seller chez Dargaud. Desberg conte en effet les aventures d'un beau ténébreux en butte aux intrigues politico-religieuses du Vatican dans la Rome des années 1750. Les dessins de Marini sont absolument superbes, l'osmose est parfaite entre eux qui ont déjà travaillé sur L'Etoile du Désert, mais ici, Marini se surpasse avec un trait clair, aux belles couleurs qui flirte par endroits avec l'aquarelle, et aux riches décors.
Pourtant, cette Bd trahit son aspect ultra commercial par sa longueur et la multiplicité trop répétitive de ses rebondissements, alors que l'histoire aurait pu être bouclée en 6 tomes. C'est tout à fait dans la lignée de la série de films Angélique marquise des anges, de la pseudo-Histoire bien troussée, mais à qui il manque un peu de profondeur. On va pas bouder son plaisir, car c'est quand même bien plaisant de suivre ce héros charismatique à beau physique et bouc bien taillé, sachant manier l'épée et appréciant les jolies femmes. On y succombe même, c'est ce que j'ai fait.
La bande se lit assez vite, il y a peu de dialogues, le rythme est rapide, on y revient, ce qui laisse le temps d'admirer le cadrage très étudié et le dessin de Marini aux beaux contours. Le méchant est particulièrement réussi ; Hitchcock disait qu'un héros était bon quand le méchant était réussi, et là c'est le cas. Ce malfaisant et venimeux cardinal Trebaldi est l'ennemi redoutable qu'on aime haïr, il n'hésite pas à tuer de ses propres mains pour arriver à échafauder ses plans machiavéliques. C'est un personnage au physique dur et sec, qui fait froid dans le dos, mais qui en même temps, met le héros plus en valeur, leur affrontement ayant ainsi plus de force.
Ce dernier va découvrir ses origines au fil du récit, et le reste des personnages secondaires sont suffisamment forts pour qu'on s'y intéresse : Méjaï l'empoisonneuse égyptienne, la belle Anséa, le Hussard, gros acolyte qui est souvent d'un précieux secours, Rochnan, le capitaine des moines guerriers aux sinistres masques constituant la garde de Trebaldi...
Une fort belle Bd donc, destinée à un public très large, et devenue comme quelques autres chez Dargaud (Murena, Blacksad, Aldébaran....) un nouveau classique qui renouvelle habilement le genre cape et d'épée, prouvant que les vieilles recettes fonctionnent toujours.
Marcel Gotlib est un géant de la BD francophone, un must absolu de la BD d'humour dont le nom est synonyme de sacrées tranches de rigolade. Dès ses débuts, on a senti chez lui des qualités d'auteur comique indiscutable. En 1965, il entre au journal Pilote où Goscinny l'accueille à bras ouverts et anime avec lui Les Dingodossiers, chronique loufoque où ils abordent de nombreux sujet variés. Fin 1967, Goscinny débordé, lâche Gotlib et l'encourage à créer ses propres histoires.
Dès 1968, apparaît la RAB dans le n°429 de Pilote, je m'en souviens parfaitement, et depuis je suis devenu accro à cette double page à chaque livraison de mon Pilote. Gotlib va appliquer le même principe que dans Les Dingodossiers avec cette rubrique fourre-tout où il se démarque de l'humour goscinnien en versant dans la parodie la plus destructrice avec une audace de plus en plus grande. C'était risqué à la fin des années 60 de faire ça dans un journal pour ados, mais encore considéré pour la jeunesse ; seulement Goscinny y croyait et le laissait libre. Chaque interview que j'ai vue de Gotlib, il ne tarit pas de remerciements envers ce rédac-chef de génie qui lui a fait confiance, on sent le grand respect que porte Gotlib à Goscinny.
Délaissant le concept du héros récurrent (qui était pourtant une mode établie à cette époque), Gotlib crée cependant quelques personnages qui reviennent fréquemment et qui sont devenus indissociables de ces saynètes hilarantes, tels Newton et sa pomme, le savant Burps, le Petit Chaperon Rouge, l'inénarrable coccinelle....et même Gotlib lui-même qui se met souvent en scène.
Son dessin très expressif qui combine habilement la caricature et le trait réaliste vise des cibles aussi diverses que les contes de notre enfance, l'actualité, le cinéma, la télé, la BD elle-même dont les personnages sont passés à la moulinette ; les parodies de films restent parmi les plus réussies. Les cases sont très remplies, fourmillent de petits détails amusants qui font qu'on peut relire même longtemps après ces historiettes loufoques, et y faire de nouvelles découvertes. Influencé comme Goscinny, par la revue Mad, Gotlib en a assimilé le style de comique absurde mais en l'adaptant à un public bien Français qu'il a su conquérir et élargir. Maître de l'humour décalé, il a ainsi durablement influencé plusieurs générations d'auteurs et séduit autant de lecteurs, ses albums étant régulièrement réédités.
La RAB a conservé une extraordinaire audience surtout auprès d'un lectorat étudiant et lycéen, elle n'a pas vieilli (à part quelques références un peu datées) et a su accrocher les nouvelles générations tout en régalant les "anciens" comme moi qui y prennent encore du plaisir, et ceci en dépit de certains gags inégaux, mais l'ensemble reste génial. Avec cette bande, Gotlib est certainement l'auteur qui a le plus contribué à sortir la BD de son ornière de presse juvénile où elle était enfermée depuis ses origines ; c'est la figure de proue de l'humour pour adultes.
A consommer sans modération.
On touche là ce qui est très certainement , de l'avis de nombreux fans, la meilleure période de Batman : 1967-1969, un peu plus de 2 ans où Neal Adams a hissé le Caped Crusader à des sommets graphiques, faisant de lui un héros emblématique de la culture U.S.
Adams lui donne une nouvelle dimension, accentuant sa dureté, son besoin de vengeance, et introduisant un fantastique macabre basé sur la peur, la nuit et l'aspect urbain du mal. Visant plus le contenu de la bande que l'apparence du héros, Adams rendit Batman au domaine de la nuit, la cape gonflée par le vent, les oreilles longues et pointues de sa cagoule accentuant la longueur et la sévérité du visage, reprenant ainsi les aspects de la chauve-souris qui doit inspirer la crainte à ses ennemis. Pour Adams, Batman ne pouvait pas marcher simplement dans la rue, il devait voler dans le ciel de Gotham grâce aux ailes de sa cape, retrouvant sa violence et ses angoisses.
Pour arriver à ce résultat, Adams refusa le découpage et la structure traditionnelle des planches, introduisant dans ses dessins un dynamisme et un esthétisme qui conjuguait à la fois le style fulgurant d'un Kirby et la beauté formelle d'un Infantino. La seule contrainte était d'associer Batman avec d'autres héros. Son association la plus intéressante sera celle qu'il formera avec Green Arrow.
Il n'est pas étonnant que Tim Burton se soit un peu inspiré de l'univers tourmenté insufflé par Neal Adams pour son film en 1989. Et c'est peut-être à cause d'Adams que Batman, second grand super-héros de la BD américaine, est devenu sans doute plus que Superman, le véritable symbole de la comic book culture, par son côté justicier désabusé et complexe donnant vie à toute une mythologie fascinante.
Comme je l'ai dit dans mon avis sur Les Chroniques de Conan, c'est Buscema qui en 1973, a redonné à Conan une étonnante vigueur au personnage en forçant sur l'aspect plus musculeux, sur une imagerie plus maléfique, et en dessinant des femmes troublantes à la beauté ensorcelante. Tout ce qu'a touché Buscema, il l'a transformé en pépite, il n'y a qu'à voir ce qu'il a fait sur le Surfer d'Argent.
Son style nerveux et policé a fait merveille sur Conan, excellant à faire évoluer le héros dans son monde chaotique rempli de rois cupides, de sorcières, de peuples farouches, de cités étranges et de pierres mystiques, et quand en plus il est encré par Alcala, c'est à se mettre à genoux. En même temps, Buscema introduit un érotisme latent dans ses planches, on est dans les années 70, les moeurs se relachent.
De tous les dessinateurs de Conan, Buscema a toujours été mon préféré (comme je le crois de nombreux fans), bien plus que Barry Smith, ou même Gil Kane ; je lisais ses épisodes dans les albums brochés grand format édités par Lug, entre 1975 et 1983, et c'est ceux-là qui ont inspiré John Milius pour son adaptation ciné avec Schwarzy. Ce sont ceux que l'on retrouve dans cette Anthologie, un véritable must. Si vous devez lire du Conan, il faut d'abord lire cette Anthologie avant les Chroniques, qui elles reprennent les épisodes surtout de Barry Smith diffusés dans les pockets Arédit.
Encore une série culte des années 80 qui m'a profondément marqué (je possédais d'ailleurs le magnifique poster où les rats se gondolaient en lisant "la Peste" de Camus, couverture de Faces de rat).
La série commence vraiment au tome 3 en quittant définitivement la bichromie sépia des 2 premiers albums qui faisaient en quelque sorte office d'introduction et mettaient en place cet univers glauque et désespéré. Une décharge quelconque, à perte de vue (en bord de mer) où errent ces rats plus ou moins anonymes. La vie ne tient qu'à un fil dans cet univers de désolation et le plus souvent ces pauvres créatures meurent écrasées, intoxiquées, dévorées, charcutées, ébouillantées et je ne sais quoi d'autre. Ptiluc s'en donne à coeur joie. C'est vraiment mais alors vraiment sans pitié. Mais derrière ces histoires archi-cyniques voir trash il y a toujours un fond philosophique, les rats étant des espèces de cobayes de l'espèce humaine, comparables à une fin de civilisation, avec ses psychopathes, ses crédules, ses idéalistes, ses meneurs...
Souvent c'est un objet trouvé (vis, dé à coudre, Rubik's Cube...) utilisé au-delà de sa fonction initiale, de manière pratiquement religieuse parfois, qui est la source de l'histoire et le prétexte d'une parabole sur le pouvoir (comme ce distributeur de bonbons dans les albums 4 et 5). Ou alors cette espèce d'usine mystérieuse où il se passe des choses fascinantes et terrifiantes à la fois (album 7, variation, un chef d'oeuvre absolu, comparable au film Soleil Vert). On est pratiquement dans de la science-fiction apocalyptique, ce qui n'est pas pour me déplaire.
Ces rats sont presque tous sans exceptions complètement drogués, se vautrant avec une satisfaction désespérée dans tout ce qu'ils peuvent trouver ou même fabriquer, préférant toujours ces multiples intoxications à l'absence totale de futur dans cette décharge post-apocalyptique où la mort risque de les attraper à chaque seconde (mouches ultra-agressives, nuages toxiques, mouettes, crabes monstrueux ...). Et puis ce sont surtout eux qui sont dangereux les uns envers les autres, se massacrant pour un oui ou pour un non. Car ces rats sont dans l’ensemble complètement tarés, égoïstes, cruels, terrifiés... Ils me font penser à des clochards, capables de se saigner pour un reste de vin ou 3 clopes. Une vraie fin de civilisation. C'est profondément triste.
Donc c'est une BD ouvertement punk, extrêmement noire et nihiliste, mais également très drôle (ah oui, j'ai oublié de le préciser) et très intelligente. Après réflexion non ce n'est pas spécialement drôle. En fait non pas du tout.
Nette préférence pour les 7 premiers albums, de véritables chefs d’œuvre (albums 2,3,4,5,6 et 7). Après c'est pas mal (albums 9 et 10) mais quelque chose a changé. Il n'y a plus la "magie". Cette subtile harmonie entre le trash, la noirceur, l'humour, l'aventure et la philosophie. C'est toujours aussi philosophique mais moins trash et un peu plus long et ennuyeux. Encore que ces 2 albums (9 et 10) soient tout de même très bons comparés à la suite indirecte (Rat's) qui elle est plutôt mauvaise, carrément moins noire voire plus du tout.
Un jour, je suis tombé par hasard sur les histoires du galopin Calvin, vivant moult aventures avec son tigre en peluche Hobbes. J'ai immédiatement craqué. Je n'apprécie d'habitude pas ces bandes dessinées avec un gag par page, voire pire, un gag par ligne. Calvin & Hobbes est clairement l'exception qui confirme la règle.
De mauvaises idées en têtes ? Hop, une petite page de Calvin & Hobbes pour se requinquer.
Une journée pluvieuse ? Hop, une petite page de Calvin & Hobbes pour voir le soleil.
Une humeur maussade ? Hop, une petite page de Calvin & Hobbes pour avoir le sourire.
Calvin & Hobbes, le remède à de nombreux maux !
Une très bonne série qui s'encrée parfaitement dans son époque et c’est bien ça le plus important. C’est une série qui par son humour et les thèmes qu’elle aborde, parle aux plus jeunes. Mon truc plus jeune c’était Akira Toriyama, Franquin, Peyo… Et maintenant il y a Zep qui a lui aussi un style propre et reconnaissable. Je pense qu’avec le temps cette série va se hisser, peut être y est-elle déjà, au même rang que les Lucky Luke, Les Schtroumpfs et toute la clique. Il y a un vrai phénomène "Titeuf" qu’on ne peut pas ignorer.
Je ne trouve pas les blagues répétitives, il y a un renouvellement constant dans l’humour et ça c’est suffisamment rare pour être appréciable.
L'achat se fera si vous avez grandis, ou pas à l'époque de l'âge d'or de la série. Né fin des années 80 j'entre pleinement dans la catégorie même si j'ai découvert un peu la série sur le tard, fin de l'enfance début adolescence.
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Murena
Avis n°500, il faut donc une Bd exceptionnelle, je l'ai trouvée. Après le Moyen Age, l'Antiquité grecque et romaine est ma seconde période historique préférée, autant dire que je suis très attentif à la démonstration de Dufaux et Delaby. D'abord, il y a le magnifique travail de Delaby sur les couvertures d'albums, qui par leur aspect choc et superbe, interpellent le quidam. Dufaux, c'est un scénariste inconstant qui peut produire du mauvais comme Conquistador (Glénat) et du très bon comme ici. Une fois qu'on a mis le nez dans cette Bd, on a vraiment du mal à la lâcher, tant c'est prenant. Cette somptueuse série atteint des sommets dès ses débuts dans le traitement, le dialogue, et surtout le dessin de Delaby ; quels progrès depuis ses premières séries Bran et L'Etoile Polaire. Son trait à la fois puissant et raffiné, précis et travaillé, renforce la vision très crue de la Rome antique vue par Dufaux. Une vision sans complaisance et très noire sur les luttes de pouvoir, qui selon l'historien Michael Green, "fera connaître l'Antiquité romaine plus vite et sans doute mieux que tous les livres d'Histoire". D'ailleurs, en la lisant, et malgré les bonnes connaissances que j'ai de cette période romaine, je ne pouvais m'empêcher de compulser mes encyclopédies pour approfondir tel fait évoqué ou éclairer tel personnage. Car c'est bien là le but des auteurs : montrer les intrigues de palais, les assassinats, empoisonnements, trahisons, compromissions qui déchirent la famille impériale ; on pénètre dans les arcanes de la politique où se jouent les complots sordides, l'avidité du pouvoir et l'ambition effrénée des principaux acteurs, en tête Agrippine qui empoisonne son époux, l'empereur Claude, pour placer sur le trône son fils Néron dont elle veut faire un pantin derrière lequel elle régnera. Mais Néron, malgré ses 17 ans, se dresse contre la cupidité démesurée de sa mère et entame un début de règne placé sous le sceau du sang, car on apprend aussi en lisant cette saga romaine, que la vie humaine n'avait à cette époque que bien peu de prix. Si tout ceci était narré d'une façon encyclopédique, ça ne tiendrait pas, et la réussite des auteurs réside dans la façon habile de présenter ces faits et ces personnages en fournissant en même temps un excellent divertissement, il faut que le lecteur soit passionné par une intrigue qui tient le coup et une ambiance attractive ; ce but est atteint. Il n'y a pas de vrai héros au sens propre du terme dans la série, plutôt des anti-héros dont chacun a sa part de noirceur, que ce soit Britannicus, Acté, Pétrone, Sénèque, Poppée, Tigellin, Othon, Galba, Locuste... tous authentiques, au contraire du personnage-titre Lucius Murena, ami de Néron qui ne joue finalement qu'un rôle assez secondaire, tout au moins dans le 1er cycle ; par la suite, il sera moins falot et s'étoffera, et c'est Néron qui porte tout le récit. Les autres personnages fictifs sont des esclaves ou des gladiateurs comme Draxius, Balba le Nubien ou le féroce Massam....qui dans certaines scènes violentes, pimentent une action basée sur la réalité historique, mais ponctuée de nombreux trous que les auteurs comblent habilement par une imagination plausible. La rythmique du récit se ressent parfois d'un léger aspect didactique, car les auteurs s'appuient sur des ouvrages sérieux qu'ils citent en fin d'album, suivis d'un glossaire pour éclairer le lecteur ; cet aspect est cependant indispensable si le néophyte veut bien comprendre le fonctionnement de cette Rome impériale, où les séquences de palais alternent avec des scènes de combat de gladiateurs, ou d'autres franchement érotiques mais jamais gratuites, car servant l'intrigue. Malgré l'aspect documenté, les auteurs ont commis quelques erreurs au début qu'ils ont vite réparées. Depuis 15 ans, "Murena" s'est imposée comme l'une des meilleures séries de bande dessinée réaliste, et a redonné ses lettres de noblesse au péplum tout comme Gladiator l'a fait au cinéma. Elle véhicule un tourbillon de mort, de sang et de passions réellement fascinant auquel il est difficile de résister. A lire absolument.
L'Art Invisible
A travers neuf chapitres, McCloud, tel un chercheur obstiné en quête de son Graal, a tenté d’élaborer une théorie générale en se basant sur une observation approfondie des techniques liées à ce mode d’expression, en intégrant les études sémiologiques précédentes, notamment celles de son aîné Will Eisner. Mais il l’a présentée sous forme de cases, une façon ludique et originale (et au fond tellement logique) de rendre ses thèses, assez pointues il faut le dire, accessibles à chacun. Cela lui permet par ailleurs de justifier sa croyance selon laquelle la BD est un média aux possibilités illimitées… Notre homme a ainsi confectionné sur une période de quinze années un ouvrage érudit et complexe avec une passion communicative, faisant preuve d’une remarquable pédagogie, car certaines de ses thèses, qui pourraient apparaître au premier abord rébarbatives, deviennent limpides et excitantes grâce à une mise en page talentueuse dans laquelle les dessins répondent parfaitement aux textes, implémentation convaincante de ses propres théories. L’auteur évoque également les autres formes artistiques (cinéma, peinture, littérature) afin de montrer que toutes sont reliées d’une façon ou d’une autre à la bande dessinée, celle-ci représentant non pas un art hybride, mais un point de convergence où texte et image sont mêlés. Cet art populaire fut discrédité dès ses débuts car s’adressant à un jeune lectorat et rappelant trop la publicité tapageuse qui émergeait au même moment dans le monde occidental. Son trait est volontairement neutre et schématique pour renforcer l’aspect ludique et pour pouvoir toucher tous les publics, respectant le principe selon lequel plus le dessin est simple, plus l’identification est facile. On atteint des sphères de réflexion métaphysique inattendues, et on réalise que la bédé est bien plus qu’un art mineur, rôle auquel certains préfèrent la voir cantonnée, comme s’il ne s’agissait encore que d’un ado turbulent. Pour autant, McCloud sait rester humble et rappelle toujours que ce qu’il avance n’est jamais que le fruit de ses réflexions et dit demeurer ouvert au débat si quiconque devait contester ses propos. Tout amateur de BD qui se respecte devrait avoir « L’Art invisible » dans sa bédéthèque. Une œuvre unique et inédite, un essai illustré brillant, indiscutablement brillant.
Fin de chaîne
Loin des sentiers battus et bâtés... l'intelligence et la finesse de cette BD en font un objet de délectation tant dans l'humour que dans la profondeur philosophique ! Ce n'est pas l'intrigue ou une action trépidante qui sont ici l'intérêt... ni la virtuosité graphique (pour tout ça il y a foule partout ailleurs...). Cette BD est un objet complet et il faudra être indulgent avec ceux qui n'auront pas compris, le propos étant de mettre en situation l'absence de la mémoire et de ce que cela engendre comme situation délirante (et drôle). Le graphisme et le traitement sont adaptés au ton... Le dessin et la chromatique semblent dénués d'intérêt mais rien n'est plus faux ; ils sont précisément l'expression de la vacuité désertique et désolée de la pauvreté du monde quand la mémoire en est retirée... Ce qui devient intéressant à mesure que la lecture avance, c'est la ressemblance étrange que ces situations ont avec la réalité de nos sociétés...
Le Scorpion
Le genre cape et d'épée retrouve ses lettres de noblesse avec cette splendide série dont le talent des 2 créateurs l'a même hissée au rang de best-seller chez Dargaud. Desberg conte en effet les aventures d'un beau ténébreux en butte aux intrigues politico-religieuses du Vatican dans la Rome des années 1750. Les dessins de Marini sont absolument superbes, l'osmose est parfaite entre eux qui ont déjà travaillé sur L'Etoile du Désert, mais ici, Marini se surpasse avec un trait clair, aux belles couleurs qui flirte par endroits avec l'aquarelle, et aux riches décors. Pourtant, cette Bd trahit son aspect ultra commercial par sa longueur et la multiplicité trop répétitive de ses rebondissements, alors que l'histoire aurait pu être bouclée en 6 tomes. C'est tout à fait dans la lignée de la série de films Angélique marquise des anges, de la pseudo-Histoire bien troussée, mais à qui il manque un peu de profondeur. On va pas bouder son plaisir, car c'est quand même bien plaisant de suivre ce héros charismatique à beau physique et bouc bien taillé, sachant manier l'épée et appréciant les jolies femmes. On y succombe même, c'est ce que j'ai fait. La bande se lit assez vite, il y a peu de dialogues, le rythme est rapide, on y revient, ce qui laisse le temps d'admirer le cadrage très étudié et le dessin de Marini aux beaux contours. Le méchant est particulièrement réussi ; Hitchcock disait qu'un héros était bon quand le méchant était réussi, et là c'est le cas. Ce malfaisant et venimeux cardinal Trebaldi est l'ennemi redoutable qu'on aime haïr, il n'hésite pas à tuer de ses propres mains pour arriver à échafauder ses plans machiavéliques. C'est un personnage au physique dur et sec, qui fait froid dans le dos, mais qui en même temps, met le héros plus en valeur, leur affrontement ayant ainsi plus de force. Ce dernier va découvrir ses origines au fil du récit, et le reste des personnages secondaires sont suffisamment forts pour qu'on s'y intéresse : Méjaï l'empoisonneuse égyptienne, la belle Anséa, le Hussard, gros acolyte qui est souvent d'un précieux secours, Rochnan, le capitaine des moines guerriers aux sinistres masques constituant la garde de Trebaldi... Une fort belle Bd donc, destinée à un public très large, et devenue comme quelques autres chez Dargaud (Murena, Blacksad, Aldébaran....) un nouveau classique qui renouvelle habilement le genre cape et d'épée, prouvant que les vieilles recettes fonctionnent toujours.
Rubrique-à-Brac
Marcel Gotlib est un géant de la BD francophone, un must absolu de la BD d'humour dont le nom est synonyme de sacrées tranches de rigolade. Dès ses débuts, on a senti chez lui des qualités d'auteur comique indiscutable. En 1965, il entre au journal Pilote où Goscinny l'accueille à bras ouverts et anime avec lui Les Dingodossiers, chronique loufoque où ils abordent de nombreux sujet variés. Fin 1967, Goscinny débordé, lâche Gotlib et l'encourage à créer ses propres histoires. Dès 1968, apparaît la RAB dans le n°429 de Pilote, je m'en souviens parfaitement, et depuis je suis devenu accro à cette double page à chaque livraison de mon Pilote. Gotlib va appliquer le même principe que dans Les Dingodossiers avec cette rubrique fourre-tout où il se démarque de l'humour goscinnien en versant dans la parodie la plus destructrice avec une audace de plus en plus grande. C'était risqué à la fin des années 60 de faire ça dans un journal pour ados, mais encore considéré pour la jeunesse ; seulement Goscinny y croyait et le laissait libre. Chaque interview que j'ai vue de Gotlib, il ne tarit pas de remerciements envers ce rédac-chef de génie qui lui a fait confiance, on sent le grand respect que porte Gotlib à Goscinny. Délaissant le concept du héros récurrent (qui était pourtant une mode établie à cette époque), Gotlib crée cependant quelques personnages qui reviennent fréquemment et qui sont devenus indissociables de ces saynètes hilarantes, tels Newton et sa pomme, le savant Burps, le Petit Chaperon Rouge, l'inénarrable coccinelle....et même Gotlib lui-même qui se met souvent en scène. Son dessin très expressif qui combine habilement la caricature et le trait réaliste vise des cibles aussi diverses que les contes de notre enfance, l'actualité, le cinéma, la télé, la BD elle-même dont les personnages sont passés à la moulinette ; les parodies de films restent parmi les plus réussies. Les cases sont très remplies, fourmillent de petits détails amusants qui font qu'on peut relire même longtemps après ces historiettes loufoques, et y faire de nouvelles découvertes. Influencé comme Goscinny, par la revue Mad, Gotlib en a assimilé le style de comique absurde mais en l'adaptant à un public bien Français qu'il a su conquérir et élargir. Maître de l'humour décalé, il a ainsi durablement influencé plusieurs générations d'auteurs et séduit autant de lecteurs, ses albums étant régulièrement réédités. La RAB a conservé une extraordinaire audience surtout auprès d'un lectorat étudiant et lycéen, elle n'a pas vieilli (à part quelques références un peu datées) et a su accrocher les nouvelles générations tout en régalant les "anciens" comme moi qui y prennent encore du plaisir, et ceci en dépit de certains gags inégaux, mais l'ensemble reste génial. Avec cette bande, Gotlib est certainement l'auteur qui a le plus contribué à sortir la BD de son ornière de presse juvénile où elle était enfermée depuis ses origines ; c'est la figure de proue de l'humour pour adultes. A consommer sans modération.
Batman - Anthologie Neal Adams
On touche là ce qui est très certainement , de l'avis de nombreux fans, la meilleure période de Batman : 1967-1969, un peu plus de 2 ans où Neal Adams a hissé le Caped Crusader à des sommets graphiques, faisant de lui un héros emblématique de la culture U.S. Adams lui donne une nouvelle dimension, accentuant sa dureté, son besoin de vengeance, et introduisant un fantastique macabre basé sur la peur, la nuit et l'aspect urbain du mal. Visant plus le contenu de la bande que l'apparence du héros, Adams rendit Batman au domaine de la nuit, la cape gonflée par le vent, les oreilles longues et pointues de sa cagoule accentuant la longueur et la sévérité du visage, reprenant ainsi les aspects de la chauve-souris qui doit inspirer la crainte à ses ennemis. Pour Adams, Batman ne pouvait pas marcher simplement dans la rue, il devait voler dans le ciel de Gotham grâce aux ailes de sa cape, retrouvant sa violence et ses angoisses. Pour arriver à ce résultat, Adams refusa le découpage et la structure traditionnelle des planches, introduisant dans ses dessins un dynamisme et un esthétisme qui conjuguait à la fois le style fulgurant d'un Kirby et la beauté formelle d'un Infantino. La seule contrainte était d'associer Batman avec d'autres héros. Son association la plus intéressante sera celle qu'il formera avec Green Arrow. Il n'est pas étonnant que Tim Burton se soit un peu inspiré de l'univers tourmenté insufflé par Neal Adams pour son film en 1989. Et c'est peut-être à cause d'Adams que Batman, second grand super-héros de la BD américaine, est devenu sans doute plus que Superman, le véritable symbole de la comic book culture, par son côté justicier désabusé et complexe donnant vie à toute une mythologie fascinante.
Anthologie de Conan le barbare
Comme je l'ai dit dans mon avis sur Les Chroniques de Conan, c'est Buscema qui en 1973, a redonné à Conan une étonnante vigueur au personnage en forçant sur l'aspect plus musculeux, sur une imagerie plus maléfique, et en dessinant des femmes troublantes à la beauté ensorcelante. Tout ce qu'a touché Buscema, il l'a transformé en pépite, il n'y a qu'à voir ce qu'il a fait sur le Surfer d'Argent. Son style nerveux et policé a fait merveille sur Conan, excellant à faire évoluer le héros dans son monde chaotique rempli de rois cupides, de sorcières, de peuples farouches, de cités étranges et de pierres mystiques, et quand en plus il est encré par Alcala, c'est à se mettre à genoux. En même temps, Buscema introduit un érotisme latent dans ses planches, on est dans les années 70, les moeurs se relachent. De tous les dessinateurs de Conan, Buscema a toujours été mon préféré (comme je le crois de nombreux fans), bien plus que Barry Smith, ou même Gil Kane ; je lisais ses épisodes dans les albums brochés grand format édités par Lug, entre 1975 et 1983, et c'est ceux-là qui ont inspiré John Milius pour son adaptation ciné avec Schwarzy. Ce sont ceux que l'on retrouve dans cette Anthologie, un véritable must. Si vous devez lire du Conan, il faut d'abord lire cette Anthologie avant les Chroniques, qui elles reprennent les épisodes surtout de Barry Smith diffusés dans les pockets Arédit.
Pacush Blues
Encore une série culte des années 80 qui m'a profondément marqué (je possédais d'ailleurs le magnifique poster où les rats se gondolaient en lisant "la Peste" de Camus, couverture de Faces de rat). La série commence vraiment au tome 3 en quittant définitivement la bichromie sépia des 2 premiers albums qui faisaient en quelque sorte office d'introduction et mettaient en place cet univers glauque et désespéré. Une décharge quelconque, à perte de vue (en bord de mer) où errent ces rats plus ou moins anonymes. La vie ne tient qu'à un fil dans cet univers de désolation et le plus souvent ces pauvres créatures meurent écrasées, intoxiquées, dévorées, charcutées, ébouillantées et je ne sais quoi d'autre. Ptiluc s'en donne à coeur joie. C'est vraiment mais alors vraiment sans pitié. Mais derrière ces histoires archi-cyniques voir trash il y a toujours un fond philosophique, les rats étant des espèces de cobayes de l'espèce humaine, comparables à une fin de civilisation, avec ses psychopathes, ses crédules, ses idéalistes, ses meneurs... Souvent c'est un objet trouvé (vis, dé à coudre, Rubik's Cube...) utilisé au-delà de sa fonction initiale, de manière pratiquement religieuse parfois, qui est la source de l'histoire et le prétexte d'une parabole sur le pouvoir (comme ce distributeur de bonbons dans les albums 4 et 5). Ou alors cette espèce d'usine mystérieuse où il se passe des choses fascinantes et terrifiantes à la fois (album 7, variation, un chef d'oeuvre absolu, comparable au film Soleil Vert). On est pratiquement dans de la science-fiction apocalyptique, ce qui n'est pas pour me déplaire. Ces rats sont presque tous sans exceptions complètement drogués, se vautrant avec une satisfaction désespérée dans tout ce qu'ils peuvent trouver ou même fabriquer, préférant toujours ces multiples intoxications à l'absence totale de futur dans cette décharge post-apocalyptique où la mort risque de les attraper à chaque seconde (mouches ultra-agressives, nuages toxiques, mouettes, crabes monstrueux ...). Et puis ce sont surtout eux qui sont dangereux les uns envers les autres, se massacrant pour un oui ou pour un non. Car ces rats sont dans l’ensemble complètement tarés, égoïstes, cruels, terrifiés... Ils me font penser à des clochards, capables de se saigner pour un reste de vin ou 3 clopes. Une vraie fin de civilisation. C'est profondément triste. Donc c'est une BD ouvertement punk, extrêmement noire et nihiliste, mais également très drôle (ah oui, j'ai oublié de le préciser) et très intelligente. Après réflexion non ce n'est pas spécialement drôle. En fait non pas du tout. Nette préférence pour les 7 premiers albums, de véritables chefs d’œuvre (albums 2,3,4,5,6 et 7). Après c'est pas mal (albums 9 et 10) mais quelque chose a changé. Il n'y a plus la "magie". Cette subtile harmonie entre le trash, la noirceur, l'humour, l'aventure et la philosophie. C'est toujours aussi philosophique mais moins trash et un peu plus long et ennuyeux. Encore que ces 2 albums (9 et 10) soient tout de même très bons comparés à la suite indirecte (Rat's) qui elle est plutôt mauvaise, carrément moins noire voire plus du tout.
Calvin et Hobbes
Un jour, je suis tombé par hasard sur les histoires du galopin Calvin, vivant moult aventures avec son tigre en peluche Hobbes. J'ai immédiatement craqué. Je n'apprécie d'habitude pas ces bandes dessinées avec un gag par page, voire pire, un gag par ligne. Calvin & Hobbes est clairement l'exception qui confirme la règle. De mauvaises idées en têtes ? Hop, une petite page de Calvin & Hobbes pour se requinquer. Une journée pluvieuse ? Hop, une petite page de Calvin & Hobbes pour voir le soleil. Une humeur maussade ? Hop, une petite page de Calvin & Hobbes pour avoir le sourire. Calvin & Hobbes, le remède à de nombreux maux !
Titeuf
Une très bonne série qui s'encrée parfaitement dans son époque et c’est bien ça le plus important. C’est une série qui par son humour et les thèmes qu’elle aborde, parle aux plus jeunes. Mon truc plus jeune c’était Akira Toriyama, Franquin, Peyo… Et maintenant il y a Zep qui a lui aussi un style propre et reconnaissable. Je pense qu’avec le temps cette série va se hisser, peut être y est-elle déjà, au même rang que les Lucky Luke, Les Schtroumpfs et toute la clique. Il y a un vrai phénomène "Titeuf" qu’on ne peut pas ignorer. Je ne trouve pas les blagues répétitives, il y a un renouvellement constant dans l’humour et ça c’est suffisamment rare pour être appréciable. L'achat se fera si vous avez grandis, ou pas à l'époque de l'âge d'or de la série. Né fin des années 80 j'entre pleinement dans la catégorie même si j'ai découvert un peu la série sur le tard, fin de l'enfance début adolescence.