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Couverture de la série Cité 14 - Saison 1
Cité 14 - Saison 1

Pour un gros lecteur et collectionneur de bds comme moi, il est rare de découvrir une série dont il était totalement passé à côté. Outre ce plaisir déjà non négligeable quand cette découverte est brillante c'est encore mieux. Pour être franc, cela fait longtemps qu'une série bd surtout écrite et dessinée par des français ne m'avait pas autant enthousiasmé. J'ai dévoré la première intégrale en une soirée et j'ai couru dès le lendemain matin acheter la deuxième qui fut lue le soir même. Le gloubi boulga concocté par les auteurs m'a rassasié comme rarement. Il n'est pas facile de réussir une alchimie entre différents genres sans que cela paraisse indigeste, parodique ou vain. Le tour de force des auteurs est d'avoir créé un univers cohérent à travers cette cité 14 qui semble être la cité de tous les possibles. Des personnages humains côtoient des personnages anthropomorphes. Des aliens échoués sur cette planète vivent pour la plupart dans un ghetto qui n'est pas sans rappeler celui du film District 9. On croise des chats qui lévitent et hypnotisent, un superhéros superméchant, un gangster cerf unijambiste, un crapaud mafieux et ses sbires têtards, des tueurs grabataires et séniles, un éléphant déformé etc. L'univers décrit est un mélange de polar à la Dick Tracy, un hommage à la Sf de sérieB , de comics de superhéros. On trouve même une tour gigantesque dont l'architecture totalement folle n'est pas sans évoquer les œuvres de Schuiten et Peeters. Devant tant de folies, on pourrait craindre que les auteurs aient oublié de mettre un fil conducteur ou qu'ils ne sachent pas vers ou faire aller leur histoire. Et bien non malgré les différentes orientations prises par l'histoire, tout est maitrisé et on peut considérer que l'histoire est bien conclue avec la fin de la seconde intégrale bien qu'on espère une suite dans ce merveilleux univers. Jusqu'ici il n'y avait que les comics comme Bone ou ceux de Kirkman qui me semblaient avoir réussi à tirer des histoires lisibles d'univers si barrés. En conclusion un véritable coup de coeur. 4.5/5

06/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Durango
Durango

En tant que fan de western hollywoodien et spaghetti, je ne peux que conseiller cette splendide création de Swolfs que je place un cran en-dessous de Blueberry, mais à l'égal des meilleures BD western comme Comanche, Buddy Longway ou Mac Coy. La bande est fortement influencée par le western italien et surtout le personnage de l'étranger au cigarillo qu'incarnait ce bon vieux Clint dans les films de Sergio Leone : pistolero solitaire peu loquace et quasi énigmatique qui use de son arme d'une façon redoutable, chapeau à large bord qui cache un regard ténébreux, barbe de 3 jours, aspect crasseux...bref, une série de clichés qui sont repris de façon magistrale par un dessinateur au mieux de sa forme, alors que c'était sa première grande série. Tout semble inspiré par Clint, puisque Durango venge son frère Harry comme le faisait Clint dans "l'Homme des hautes plaines". Graphiquement, le dessin de Swolfs est proche de celui de Giraud, en plus vigoureux; il profite du travail accompli par Gir et Hermann sur leurs séries, en intégrant l'univers du western spaghetti très à la mode encore au début des années 80, avec des cadrages, un découpage, un ton cinématographiques, et des codes bien précis qui donnent indéniablement une ambiance; il ne manque plus que la musique de Morricone. Le premier épisode, "Les Chiens meurent en hiver" est quasiment un décalque du "Grand Silence", western étrange de Corbucci, interprété par J.L. Trintignant et Klaus Kinski dans un décor neigeux; Swolfs reprend l'idée et donne la physionomie de Kinski au méchant qui s'oppose à Durango. Par la suite, d'autres personnages auront des visages d'acteurs, et l'on guette les clins d'oeil (tel celui de l'album "Piège pour un tueur" où l'on aperçoit la silhouette d'Eastwood avec son poncho). Il n'est pas étonnant que Thierry Girod ait repris cette série, il a dû d'ailleurs s'en inspirer pour créer sa propre série Wanted, au ton très proche. Croyez-moi, les amateurs du genre ne seront pas déçus avec Durango, c'est une très belle collection à constituer, un vrai plaisir à lire et à relire.

06/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Chevalier Ardent
Chevalier Ardent

Avec ce héros crée en 1966, François Craenhals, déja connu pour les séries Pom et Teddy puis Les 4 As, pouvait rivaliser avec le Prince Valiant d'outre-atlantique. Probablement ma fascination et mon intérêt pour le médiéval et la chevalerie viennent de Chevalier Ardent que j'ai découvert dans Tintin, c'était l'un de mes héros préférés avec Bernard Prince, Tounga, Michel Vaillant, Olivier Rameau puis Buddy Longway... toute une époque de Bd au ton héroïque et aventureux, et aux belles qualités humaines. En Europe, les bandes médiévales réalistes étaient moins nombreuses dans les années 60 qu'elles ne le sont maintenant, sauf dans les petits formats comme Ivanhoe, Oliver, Lancelot ou Ogan.... Craenhals lance donc Ardent de Walburge, qui dans les premiers épisodes, est un "damné fol", un jouvenceau ayant tous les défauts de l'adolescence, effronté, audacieux, obstiné et fier ; la bande saura très justement faire évoluer le personnage au fur et à mesure qu'il prend de l'âge. Dans un Moyen Age de Table Ronde, il grandit, s'assagit et connaît l'amour courtois auprès de la douce Gwendoline, fille du roi Arthus. Leur amour devient plus fort au fil des années, mais Arthus voit d'un mauvais oeil cette idylle, il la tolère cependant en éprouvant la loyauté d'Ardent qui accomplit des missions dans de lointaines contrées, et pour le garder soumis à son autorité, Arthus lui offre le grand fief ardennais de Rougecogne, faisant ainsi d'Ardent son plus puissant vassal. Au fil des épisodes, dont les meilleurs sont incontestablement les 3 premiers ("le Prince Noir", "Les Loups de Rougecogne", "la Loi de la steppe"), Craenhals décrit ces démêlés entre Ardent et ce roi tout puissant, adepte des combines politiques ambiguës, au sein d'ambiances tendues et fantastiques, avec notamment l'apparition d'êtres étranges comme le mage Thamatos ; un cap est d'ailleurs franchi en 1970 avec l'épisode "le Secret du roi Arthus", et cet aspect un peu tourmenté culmine avec des épisodes comme ''Les cavaliers de l'Apocalypse'' ou ''Le Passage'', où le découpage en pleine page très travaillée exprime le cauchemar. La série ira en même temps vers un aspect de plus en plus fantastique, après quelques épisodes de transition un peu fades. De plus, et c'est là toute la subtilité de la série, au contraire des autres Bd médiévales comme Jhen (Xan), Vasco ou Les Aigles décapitées, Chevalier Ardent évolue dans un Moyen Age totalement fictif, sans aucune référence à des événements réels, et aucun personnage historique célèbre n’apparaît ou n'est cité ; le Prince Noir qui donne son titre au premier récit, n'est pas le grand prince anglais fils d'Edouard III que l'on connaît, mais un seigneur félon imaginaire. Seuls le contexte d'époque, les décors et les costumes empruntent au Moyen Age. Malgré ça, c'est une des plus belles réussites du genre qui exploite une chevalerie pleine de loyauté, de vertus, mais aussi de cruauté ; cet élément est étrangement bien présent dès le début, alors que la bande paraissait dans un journal pour jeunes, mais je crois qu'au fil des années, Craenhals a voulu toucher un public un peu plus âgé. Les intrigues sont recherchées et passionnantes, le dessin nerveux et soigné. Une série aujourd'hui recherchée et bien cotée, je la recommande vivement.

05/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Les 7 vies de l'épervier
Les 7 vies de l'épervier

Après le coup d'éclat des Passagers du vent, la revue Circus publie en 1982 ce qui va devenir une Bd culte, d'une incontestable qualité, un véritable sommet du genre historique, une série-phare chez Glénat. Le récit présente de nombreux personnages, dont le pilier est Ariane de Troïl, elle admire les exploits d'un mystérieux justicier baptisé l'Epervier. Autour de cette trame simple, les auteurs Cothias et Juillard font progresser leur histoire en brassant plusieurs thèmes : défense de la cause paysanne, aspect ridicule de la fatuité des nobles, fin de règne d'un roi jouisseur et inconstant aussi bien en amour qu'en politique (Henri IV), ton érotique latent où ce roi se montre goguenard dans des scènes paillardes bien illustrées par le trait limpide et souple de Juillard qui réussit ainsi à créer une atmosphère, aidé bien-sûr par son scénariste Cothias qui brosse un tableau cruel et coloré de cette époque agitée de l'Histoire. Celui-ci travaille en profondeur les psychologies de plusieurs personnages, qu'ils soient authentiques ou fictifs, et transforme le tout en une véritable tragédie shakespearienne dont les pions sont savamment mis en place. A cela s'ajoute la richesse du dialogue qui conforte l'esprit de cette époque justement restituée. Certes, de grands évènements historiques sont montrés, tel l'assassinat du roi par Ravaillac, mais les auteurs ne se complaisent pas dans une Histoire boursouflée de détails et insufflent une bonne dose de romanesque, malgré une narration complexe voire confuse qui peut surprendre au premier abord. On assiste à des scènes violentes ou horribles qui donnent une force peu commune et une authenticité à cette Bd, et auxquelles le lecteur que j'étais à l'époque n'était pas encore habitué ; j'en étais resté aux bandes académiques du journal Tintin. Le prequel Masquerouge crée avant "Les 7 vies de l'épervier" pour un public plus jeune (publié entre 1980 et 1982 dans Pif-Gadget), pourra aider à éclaircir certains épisodes restés dans l'ombre. En revanche, des nombreuses séries dérivées, seule Plume aux vents qui est la suite directe, en 4 albums, sera très attendue par les fans. Malgré un dessin et une colorisation très années 80 que certains lecteurs plus jeunes critiqueront, il faut avouer que même 30 ans après, cette formidable saga tient encore la route, parce qu'elle est d'une étoffe des grandes séries, et qu'elle ne pouvait que séduire un vieil amateur d'Histoire de France comme moi. La souplesse du trait de Juillard est remarquable notamment dans les beaux décors architecturaux, et les anatomies féminines aux formes toujours opulentes. Bref, Les 7 vies de l'épervier reste un must absolu pour tous les amateurs d'aventures historiques, et j'en redemande tellement que j'ai lu en suivant toutes les séries dérivées (même si elles ne sont pas toutes de qualité), et surtout la suite directe "Plume au vent", à laquelle succédera bientôt une 3ème époque. Une série exceptionnelle et incontournable.

04/06/2013 (modifier)
Par Erik
Note: 5/5
Couverture de la série Voyage aux îles de la Désolation
Voyage aux îles de la Désolation

Dans cette bande dessinée, Emmanuel Lepage nous conte la rotation du « Marion-Dufresne ». Il s’agit en fait d’un navire ravitailleur des bases scientifiques des terres australes, entre les îles de La Réunion, Tromelin, Amsterdam, Saint-Paul, Kerguelen et Crozet. Le Marion-Dufresne, affrété par l’Institut Paul-Emile Victor, est à la fois un paquebot, un pétrolier, un porte-conteneurs et un navire océanographique. Les très beaux dessins d’Emmanuel Lepage mettent en valeur la beauté et l’étrangeté des paysages et surtout les relations humaines qui se nouent entre les participants au voyage, aux métiers très différents : marins, médecins, biologistes, mécaniciens, logisticiens, météorologistes, etc. Je m’attendais à connaître un état de désolation mais c’est plutôt un enchantement que recèlent ces bouts d’îles au bout du monde qui paraissent encore préservés de l’activité humaine intensive. Visiblement, le genre documentaire va très bien à l’auteur dont j’ai lu récemment Un printemps à Tchernobyl. La démarche semble être la même : voyager pour comprendre et pour témoigner. Le message subliminal que l’œuvre véhicule : la préservation d’une nature intacte. Entre carnet de voyage et bd, l’auteur nous fait découvrir l’histoire des lieux, des hommes et des espèces animales ou végétales vivant dans des conditions extrêmes. C’est un travail plus qu’honorable. Du dépaysement garanti avec une richesse du détail et des dessins. La fraîcheur australe va nous emporter…

03/06/2013 (modifier)
Par jul
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Avant l'Incal
Avant l'Incal

J'avais déjà lu cette fameuse série il y a longtemps. Sous la forme de la 1ère édition de l'intégrale (2000, 2001 ?). Dans une brocante j'ai retrouvé les 6 tomes à 10 euros !!! Je me suis donc empressé de les acheter et les ai lus d'une traite. Eh bien c'est vraiment très bon. C'est vrai que cette série a moins de renommée que son illustre ainée mais c'est tout de même un sacré morceau de SF jodorowskienne. L'histoire est vraiment prenante mais moins mystique et avec un peu moins d'envergure cosmique mais c'est du tout bon. Les dessins sont très bons, ils arrivent à maturité dès le 3ème album et le style du 6ème (le dernier) préfigure les technopères (les pirates). J'ai noté pendant la lecture de ces 6 tomes beaucoup d'éléments ultra modernes pour l'époque (début des années 90) préfigurant le basculement de notre societé vers une ère de plaisir de masse lobotomisé : - les personnages ont des écrans sur leurs sortes de e-pads retransmettant la télé. - le peuple boit du " cocafol dark". Comment ne pas penser au Coca 0 ou à la boisson énergisante dark dog. - Le peuple est accro à la télévision et l'arrêt des programmes crée chez eux une réelle crise de manque. Comme pour les réseaux sociaux type facebook. Les références à la drogue sont omniprésentes dans cette bd, Jodo et Janjetov ont sûrement été de grands consommateurs. En plus de la multitude de drogues futuristes consommées par les personnages, il y a des allusions partout dans chaque coins des images (mdma, acid ... ) et également des clins d'oeil à la culture techno qui va avec, alors en plein boum (TB303 écrit sur un mur, une boite à rythme synthétiseur de sons culte dans le milieu de l'acid house de cette époque). Je mets ça sur le compte de Janjetov. Et puis l'un des "méchants" principaux n'est-il pas le pouvoir techno-techno ? Pour ce qui est du scénario, j'adore. Le personnage de Louz est magnifique. On passe d'une fille à papa aristo complètement cynique et cruelle mais qui ne s'en rend pas vraiment compte. Puis à cause des évenements elle se met à changer pour devenir plus humaine et réellement amoureuse de John Difool. C'est simple mais beau et très émouvant car ce dernier ne la reconnaitra plus quand il se fera effacer la mémoire par le pouvoir techno techno. Bon après je ne vais pas revenir sur tous les élements qui m'ont plu, il y en a trop (les homéoputes, le prez qui change de corps, le présentateur bouffon ultra cynique et sadique, les terroristes anarchos-psychotiques ...) A lire tout de même après l'Incal originel.

03/06/2013 (modifier)
Par Jérem
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Quartier lointain
Quartier lointain

C’est à l’issue de la deuxième lecture que j’ai pu apprécier toute la richesse de cette BD. Graphique d’abord. Les dessins sont certes magnifiques mais c’est la représentation du Japon d’antan qui est le plus impressionnant. Taniguchi reconstitue avec brio et réalisme cette époque en proposant nombre de décors et paysages urbains. Thématique ensuite. Loin de se complaire dans la contemplation comme dans certaines de ses autres productions, l’auteur aborde de très nombreux thèmes. Les figures du père et de la mère sont extrêmement travaillées. Je ne connais pas la vie de Taniguchi mais je ne serais pas étonné qu’il ait intégré beaucoup d’éléments autobiographiques. Par ailleurs, il s’intéresse au déterminisme familial (le héros se comporte comme son père) et aux difficultés à faire des choix. Tout ça sonne juste et ne gêne en rien le rythme et l’intérêt de l’histoire. Narratif enfin. Le récit, très dense, est absolument bouleversant, sans pathos ou manichéisme. L’histoire est passionnante. Le fait de revivre son adolescence est un fantasme courant et Taniguchi exploite intelligemment ce postulat de départ pour permettre à son héros de comprendre l’homme décevant et triste qu’il est devenu. Quartier lointain est définitivement une BD culte. A découvrir absolument !

31/05/2013 (modifier)
Par Erik
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Bleu est une couleur chaude
Le Bleu est une couleur chaude

C'est incroyable que je sois passé à côté de ce roman graphique malgré toutes les bonnes critiques. Je pense qu'il s'agit d'un incontournable qui est presque passé inaperçu. J'ai été véritablement séduit par cette histoire d'amour qui traverse tous les préjugés. Cela a l'air tellement personnel qu'on se demande si l'auteure serait bien Emma. J'ai rarement lu une bd aussi bien réalisée tout en douceur, en harmonie et avec une telle sensibilité jusque dans le graphisme. J'avais peur du bleu notamment du bleu marine, de cet océan où l'on peut se noyer. Cependant, le bleu est également une couleur chaude qui prend tout ce sens en lisant cette magnifique œuvre. J'ai eu la gorge nouée à la fin de cet album. L'amour qu'elles ont éveillé a permis de continuer le chemin, et sans doute de faire comprendre à la société qu'on devait légaliser le mariage gay. C'est une grosse avancée sociale qui se justifie pleinement. Cette œuvre prend une autre dimension dans ce débat. L'utilisation de la couleur bleue tout au long de l'album est franchement ingénieuse. Et pour un premier album, c'est un coup de maître ! Le talent à l'état pur, oui cela existe. Je suis heureux d'avoir découvert ce one-shot puissant et tendre à la fois. Note maximale car un sans faute ! Petit ajout : Voilà que je vois que mon dernier 5 étoiles a été repris par un film qui s’est vu décerné la palme d’or lors du Festival de Cannes 2013 par mon réalisateur préféré qui était président du jury à savoir Steven Spielberg. Je me disais bien qu’il y avait de la matière pour un faire un très bon film. C’est un pied de nez magistral à ceux qui manifestent actuellement contre une loi qui donne des droits aux couples de personnes de même sexe qui s’aiment. J’en suis heureux car cela va faire parler de cette bd qui était passée un peu inaperçu et que j’ai découvert récemment par hasard. Pour ma part, cela faisait des années que je n’avais plus qualifié une œuvre culte. Pour une fois, j’ai eu du flair. Et je ne suis pas visiblement le seul. Le film aurait fait l’unanimité. Il convient maintenant de faire découvrir la bd. Note Dessin: 4.5/5 - Note scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5

24/02/2013 (MAJ le 27/05/2013) (modifier)
Par Jetjet
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Junk
Junk

Vu le beau temps de cet après-midi (La Lorraine c'est sympa souvent en septembre, fin de l'hiver chez nous), j'avais le choix en ce très joli lundi de pentecôte 2013 entre ranger mes bds ou lire ce Junk qui squatte ma table de chevet depuis une semaine ben ni une ni deux le choix était vite fait et sans regret car les deux tomes que regroupe cette intégrale ont été avalé d'un coup ! Alors Bruno j'ai toujours adoré son trait mais alors avec Pothier au scénario, je crois ni plus ni loin qu’il s’agit probablement de son meilleur bouquin ! L’ensemble est génial et prenant tout simplement pour qui apprécie les westerns crépusculaires !!! Difficile de produire un scénario original, pourtant celui-ci propose une intrigue des plus simples mais des plus réjouissantes avec une intrigue à la clé dont seulement les toutes dernières pages proposeront une explication des plus surprenantes à mon sens : séparé depuis plus de 15 ans, un gang d’hors la loi se réunit pour retrouver le trésor d’un officier confédéré qui est à l’origine de leur séparation. Seuls hics : ce trésor n’est qu’un leurre permettant de révéler un traitre et les « héros » au caractère bien embouché ont vieilli d’où leur surnom de « junk » qu’on peut qualifier ici péjorativement d’ « antiquités ». Le premier tome base les retrouvailles d’une bande atypique qui n’aurait pas dépareillé dans la série « Sept » de David Chauvel à l’exception qu’ils ne correspondent pas à ce chiffre mais le graphisme élégant de Bruno assisté de couleurs froides mais inspirées de Laurence Croix sied particulièrement à recréer un cadre neigeux digne du « Grand Silence » de Corbucci. Et c’est tout à fait réussi car cette ode au passé et à l’amitié contient tout ce qu’il faut d’intrigues et de parenthèses du quotidien pour entretenir la curiosité du lecteur. L’ensemble prend un ton drastiquement dramatique dès la fin du premier tome pour recentrer l’action sur le supposé traitre et un autre gang perfide et avide du même butin. De larges scènes de gunfights comme il se doit achèvent de relier le tout avec cohérence et un plaisir jubilatoire constant sur toute la lecture. Les dessins de Bruno changent radicalement avec le style pseudo-réaliste généralement adopté pour les westerns de bande dessinée et ce n’est pas pour me déplaire. Je connaissais l’auteur pour avoir su imprimer un ton afro-américain constant et juste sur ses œuvres précèdentes mais je reconnais qu’il a habilement relevé le défi sur Junk. Ce ne serait rien sans le scénario de Nicolas Pothier suffisamment malin pour tenir en haleine le lecteur par des dialogues subtils rendant l’ensemble des desperados attachants et réalistes. Et la fin est loin d'être décevante, tout juste un peu intrigante et boucle de façon satisfaisante ce joli diptyque dont l'édition au grand format est juste parfaite avec cette excellente idée que d'avoir repris les couvertures des 2 tomes (initiative qui se perd lors des intégrales hélas). Bref un gros coup de coeur pour moi ! Et les couleurs de Laurence Croix sont toujours aussi belles !!! Dire que j'étais passé complètement à côté pour je ne sais quelle raison et que l'indisponibilité du tome 2 (tout du moins dans mes contrées) me privait du plaisir de cette oeuvre donc cette intégrale est tombée à point nommée ! Fans de westerns ou de Bruno, si vous ne connaissez pas ce joli bouquin, il n'y a plus d'excuses ! Chapeau bas aux auteurs !

21/05/2013 (modifier)
Par Jetjet
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Notre seul ami commun
Notre seul ami commun

Il y a des choses qui vous prennent à la gorge et ne vous quittent plus pendant longtemps, cela fait partie du quotidien à tous, de notre quotidien. Boris Mirroir, un auteur que je ne connaissais pas a souhaité exorciser le sien en couchant de façon pudique mais sans fards non pas son mal être mais son vécu, « son » histoire. Ce n’est jamais larmoyant ni pathétique, c’est tout simplement une tranche de vie terriblement humaine, banale et cruelle à la fois que je ne peux qu’être touché par l’humanité que l’on rencontre au travers des trois tomes de « notre seul ami commun » dont chaque partie foutrement bien chapitrée (les couvertures ainsi que les sous-titres ont leur importance…) se développe à l’aide d’une narration sans paroles ou presque mais avec une mise en scène incroyablement expressive. Si Boris utilise un univers coloré et presque muet avec ce peuple animalier vivant les affres d’un quotidien à peine romancé, c’est pour mieux ouvrir la perception du lecteur à l’univers d’un jeune étudiant introverti préférant se réfugier dans l’alcool et les jeux video afin de s’exprimer et de surmonter la maladie de sa mère. Au hasard d’une lecture limpide et agréable se tisse un drame d’une banalité sans égal mais pourtant bien réaliste. Boris rencontre l’amour charnel, trouve en Mouss un ami qui lui pardonnera tous ses excès, s’amuse, vit mais ne se lamente jamais… Il me faut remonter jusqu’au chef d’œuvre de Darren Aronofsky, « Requiem for a Dream » pour retrouver un récit aussi poignant sur l’incommunicabilité des sentiments et le fossé qu’il engendre. Mieux, « Notre seul ami commun » se débarrasse de tout débordement trash ou malsain par des cases poétiques et des dessins expressifs pour finalement mieux coller à la réalité… Le découpage est à ce titre exemplaire, qu’il s’agisse des différents chapitres avec lexique d’un objet, de ces prologues colorés façon aquarelle ou de l’histoire parallèle du cochon dépanneur dont les seules dernières pages de la conclusion ne laissent aucun doute sur les destins croisés des différents protagonistes… Les diverses références musicales (album Substance de Joy Division), jeux video (Super Nes permettant de « dater » le récit) ou cinéma (j’ai cru reconnaitre des dialogues anglais de Fight Club) ne laissent aucun doute sur l’uppercut que cette œuvre nécessaire et purement indispensable a opéré sur moi. Merci à Spooky d’avoir fait la lumière sur ce récit sorti de nulle part et surtout à l’auteur d’avoir couché une œuvre aussi intime qui réussit pleinement le challenge de distraire autant que d’émouvoir. Un trésor caché que je ne peux que vous inviter à vous imprégner… Tout simplement indispensable et nécessaire.

22/03/2013 (MAJ le 15/05/2013) (modifier)