Après la formidable saga de Go West réalisée avec Greg, Derib impose seul un nouveau héros de western en 1973. Ce trappeur pacifique épousant une belle indienne qui va ensuite mener une vie isolée dans les contrées sauvages des Rocheuses m'a immédiatement emballé dans le journal Tintin ; mon intérêt pour le peuple indien qui fut décimé et humilié par les Blancs, et mon amour de la nature ne pouvaient que s'accorder avec cette histoire de grands espaces, et dès sa création, la série va connaitre un prodigieux succès auprès des lecteurs, détrônant Ric Hochet qui occupa longtemps la première place lors des référendums.
Véritable ode à la nature sauvage et apologie du peuple indien, cette série affirme la vision humaniste de son auteur qui peut en même temps déployer sa passion pour les chevaux. La particularité qu'aucune autre Bd n'avait fait jusqu'alors, c'est que les personnages vieillissent au fil des récits, et s'étoffent ; chaque aventure même si elle a son final propre, s'enchaîne avec la suivante, la série est évolutive : trappeur solitaire au début, Buddy sauve Chinook, une jeune squaw sioux, il l'épouse et tous deux s'installent dans une cabane de rondins au sein d'un paysage superbe, puis c'est la naissance d'un fils, Jérémie, d'une fille, Kathleen, et l'amour de Buddy et Chinook devient à chaque fois plus fort. Le western devient familial, les enfants grandissent, les parents mûrissent et traversent des épreuves qui renforcent leurs liens, un équilibre affectif s'établit qui passe par l'initiation aux valeurs mais aussi par le conflit intérieur, car Jérémie, en tant que métis, doit supporter le fardeau de la différence, déchiré par l'opposition des deux ethnies dont il est issu.
Quelques autres personnages attachants apparaissent tels le trappeur Slim-le-Borgne, le frère de Chinook, Daim Rapide, leur père Ours Debout, César ou encore la belle Nancy. Cette fresque devient de plus en plus réussie au fil des années, elle se déroule aux premiers temps de la conquête de l'Ouest, à une époque où l'homme blanc n'a pas encore trop envahi l'espace, les Indiens y vivent relativement en paix, le pays n'est pas totalement civilisé, c'est le temps des trappeurs. Pour les Longway, c'est la confrontation avec la nature, à la dure vie quotidienne, mais aussi parfois avec le racisme et la haine. Tout ceci crée une sorte de lien affectif avec le lecteur. La progression de la série est remarquable, certains épisodes sont plus forts que d'autres, et la tension dramatique culmine vers son arrêt définitif dans les derniers albums.
La réussite réside aussi dans le graphisme et la technique narrative : le dessin semi-caricatural des premiers épisodes fait très vite place à un réalisme total, la mise en page s'écarte de la formule traditionnelle en 3 ou 4 strips horizontaux, préférant les gros plans, les images dans l'image, les cases de différents formats ; les grands décors sont exaltés par des cadrages larges ou des pleines pages, de même que Derib développe l'insert pour amplifier un détail (Cosey qui sera son assistant, utilisera aussi cette technique dans Jonathan), et on la retrouve fréquemment en BD de nos jours. L'image est ainsi privilégiée, le texte se fait discret, d'autant plus que les débuts de la bande sont très influencés par le film Jeremiah Johnson où Robert Redford campait un trappeur isolé dans une solitude neigeuse, sans trop de dialogues. Le style de la mise en page est souvent cinématographique, aussi, quel beau western ça ferait à l'écran.
L'action est lente, poétique, avant d'être brusquement réveillée par une scène dramatique. Le texte étant réduit à l'essentiel, la lecture peut se faire rapidement, mais on y revient ensuite en s'attardant sur chaque dessin ou sur la mise en page toujours efficace. Il y a aussi beaucoup de tendresse et d'émotion, ainsi qu'un grand respect pour les coutumes indiennes et l'homme rouge en général. Voici donc un western évolutif qui compte parmi les plus grands fleurons du genre, une de mes Bd fétiches qui fut une des premières grandes lectures adultes lorsque j'étais ado, c'est donc une belle collection à garder précieusement dans sa biblio, une série indémodable.
Il n’y a pas photo, Dimitri Planchon est un génie. Prodige de la narration, prince de l’humour (caustique mais tout en finesse) et virtuose du roman-photo qu’il égratigne au passage voire qu’il déglingue allégrement.
Artiste au sein de l’équipe du magazine Fluide Glacial, il me faisait rire mais je n’avais pas lorgné du coté de ses albums (la faute peut-être à la laideur de la couverture du tome 1 de Blaise). Après avoir acheté puis lu le premier volume, que j’ai plus qu’adoré, je revint avec empressement le lendemain chez mon libraire acheter les deux tomes suivants afin de compléter cette trilogie hors-normes.
Le style graphique de Planchon est vraiment particulier : il mélange collages photos et dessins réalistes traditionnels et les mixe entre eux, les retouche pour en faire un résultat unique (si quelqu’un connaît un auteur similaire utilisant les mêmes procédés artistiques en bande-dessinée, merci de m’en faire part, je suis plus que preneur !!!). Il confectionne avec soin des petites historiettes toutes reliées entre elles. Prenant souvent le même personnage et se contentant simplement de lui faire hausser un sourcil ou entrouvrir la bouche. Et ça fonctionne ! Il donne vie à ses personnages avec quelques petites astuces toutes simples d’expressions faciales ou la position d’une main. Ils ont ce petit coté poupée de ventriloque ou bien marionnette de ventriloque assez marrant. Ce magicien de Planchon réussit l’impossible en leur donnant vie grâce à d’infimes détails.
Certaines grimaces suffisaient à me faire m’esclaffer. Le procédé utilisé parait à première vue simpliste, amateur ou maladroit mais je pense que c’est voulu et c’est quant même plus comique quand il y a un coté puéril. Le style s’améliore nettement sur le troisième volume.
La galerie de figurants déployée est magnifiquement riche et variée. On les retrouve avec plaisir au fur et à mesure de l’ »épopée » de Blaise. Nous les revoyons donc avec délice vieillir dans les tomes suivant le premier opus et leurs physiques, leurs personnalités, leurs apparences vestimentaires évoluent de manière tout à fait logique et crédible.
Par exemple, le meilleur ami des parents de Blaise , qui était chauve (ou rasé) au début de la trilogie, revient dans le deuxième tome avec une espèce de grosse moustache de camionneur (qu’il semble arborer fièrement) puis dans le troisième épisode avec une coiffure pour le moins étrange et des grosses lunettes blanches (il a aussi gardé sa superbe moustache). Sa compagne affichant constamment un sourire figé et forcé éprouve plus de mal dans le dernier volet à garder celui-ci (manque d’endurance face à des événements tragiques où elle peine à jouer la comédie?).
La grand-mère, mère de Jacques (le père de Blaise), ne semble pas prendre une ride sur toute la saga. ; du moins ça ne se voit pas. Du premier au dernier épisode elle semble tout le temps avoir le même âge. Personnage très drôle de cette grand-mère réac’ voire même « facho » selon les dires de son propre fils, Jacques. Elle possède une particularité anatomique assez rigolote. Effectivement, elle a un œil plus haut que l’autre si l’on regarde bien. Je ne m’en étais pas rendu compte instantanément mais en analysant plus en avant les expressions faciales, la trouvant bizarre mais ne sachant pourquoi, je me suis rendu compte de cette singularité qui m’a beaucoup fait rire.
Et le fameux Blaise évolue peu, aussi bien physiquement que spirituellement.
COMMENTAIRE DU VOLUME UN :
Blaise est un petit garçon de huit ans, vivant avec ses parents, des « humanistes » de gauche intellos sur les bords. Il assiste impuissant à leurs discussions aberrantes sur la guerre, la politique (une dictature nait sous leur yeux) et des people. Le titre de la série est volontairement trompeur puisque nous ne voyons ou apercevons Blaise que très rarement. Il n’est qu’un prétexte pour mettre en valeur toute une galerie de personnages annexes.
Ses parents, la plupart du temps, se contentent de l’ignorer, oubliant même jusqu’à son anniversaire ou ne l’entendant pas lorsqu’il réclame avec insistance que l’on arrête la voiture pour qu’il puisse aller vider sa vessie. Toute ressemblance avec des personnes réelles ne serait donc pas que pure coïncidence.
Jacques et Carole (on ne connaît leurs noms seulement que dans le troisième tome), prétendument humanistes et « cools », se révèlent au fur et à mesure d’une étroitesse d’esprit insupportable.
La vieille institutrice de Blaise est également savoureuse. A moitié à la masse et sénile avec sa tête de tortue et ses grosses lunettes en cul de bouteille.
Le poste de télévision , délivrant ses débilités quotidiennement, est à lui seul un personnage puisqu’il est omniprésent dans la réalité de nos héros et influence ces derniers dans leur façon de voir la vie. Les passages télévisuels permettent de faire des petites respirations dans le récit notamment avec la star de football Dabi Doubane (élue ou auto-proclamée la « personnalité préférée des français) invité sur tout les plateaux télé, donnant des leçons de morale à tout va et vantant les mérites du nucléaire ou d’un fast-food dans des spots publicitaires. La petite famille assiste stoïquement ou avec ironie par le biais de la télévision, aux changements radicaux de la société qui les entoure (guerres et mise en place d’un régime totalitaire dans leur propre pays clairement annoncée par le chef d’état).
L’auteur dénonce avec finesse, talent et humour les dérives paranoïaques et
sécuritaires d’une société qui se prétend libre mais qui se complait dans une quotidienneté radicalement opposée aux valeurs qu’elle clame. L’hypocrisie et les contradictions des protagonistes est ici démasquée.
COMMENTAIRE DU VOLUME DEUX :
Blaise est désormais devenu un adolescent boutonneux mal dans sa peau et tourmenté par ses questions existentielles (ça tourne presque exclusivement autour du cul ou de l’image qu’il voudrait renvoyer aux autres). Plus présent que dans le premier album mais toujours autant victime du dur monde injuste qui l’entoure. Les personnages ont évolué et de nouveaux font leur apparition comme le professeur de mathématiques. Très drôle avec son attitude sévère qui par exemple, intimide ses élèves n’osant pas répondre à un problème bien qu’ayant la réponse (on en a tous eut un comme ça !).
Le paysage télévisuel a lui aussi changé et encore une fois employé pour aérer l’histoire. Les programmes sont devenus encore plus crétins qu’auparavant (un rapport avec la nouvelle dictature mise en place ?) et ce grâce à un prétendu intellectuel invité de toutes les émissions, allant du journal télévisé à l’émission de télé-réalité à la mode ; le fameux Pierre-André de Sainte-Odile. Se qualifiant d’esprit libre mais faisant de la lèche comme c’est pas permis au président et évitant habilement tout les pièges vicelards tendus par le journaleux qui l’interviewe. Son look, sa coiffure de « penseur libre » et sa philosophie manipulatrice m’ont immédiatement fait penser à bernard henry-levy. Un autre personnage trône en maître dans le petit écran : Inspecteur Strauss ; parodie de Derrick. Rediffusé encore et encore et malgré tout regardé (ou vu) par la majorité des personnages de ce tome deux, et ce même s’ils disent tous ne pas aimer. Toute ressemblance avec des personnes réelles ne serait donc pas que pure coïncidence.
Planchon dénonce le culte de l’apparence qui se fait au détriment de la spiritualité, les idées reçues et préjugés, les hommes politiques, les réactionnaires, les médias et leurs stars.
COMMENTAIRE DU VOLUME TROIS :
Blaise est désormais un adulte. Devenu aussi manichéen que son père mais ayant gardé son coté timide et son profil d’éternelle victime qui me séduisaient tant chez lui.
Son père a pris un gros coup de vieux et est devenu un monstre d’égoïsme, de manipulation sournoise et d’hypocrisie.
Je ne peux pas dire grand-chose de dernier opus de crainte de faire un vilain spoil. Je peux toutefois dire que ce volet est beaucoup plus sombre et dramatique que les deux volets précédents.
Les programmes télévisuels sont désormais des films à caractère pornographique, passant aux heures de grandes écoute mais étant néanmoins censurés partiellement afin de ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes téléspectateurs.
Ce tome parait plus abouti graphiquement et la finesse des détails est flagrante.
Des couleurs flashys dissimulent habilement un malaise quotidien grisâtre et monotone. Un monde où règnent la dictature et la guerre, paraissant être la normalité et ne plus choquer personne.
CONCLUSION FINALE DE LA SERIE :
Petit Blaise va faire le dur apprentissage de la vie au détriment de son innocence. Bien que la série porte son nom, il n’en est aucunement le personnage principal mais plutôt le faire-valoir pour montrer un univers glauque camouflés par les effets de manches humoristiques astucieux de son auteur, Dimitri Planchon. Dur de rester innocent et naïf comme l’était Blaise au seuil de son existence lorsqu’on est cerné par un ramassis d’hypocrites, manipulateurs et égoïstes. Même ses propres parents le malmènent, le transformant ainsi d’un petit gamin introverti qu’il était, tétanisé par les conversations effarantes des « grandes personnes » en un être sans avenir et aussi vil que ses « créateurs ».
Un humour grinçant et corrosif tout en finesse, brillante satire de notre société occidentale, Blaise est une œuvre totalement subversive si ‘l’on se donne la peine de gratter la couche de vernis. Assurément une bande-dessinée qui ne laissera personne indifférent car bousculant gentiment son lecteur ainsi que les codes traditionnels du récit.
Nous rigolons de bon cœur pour au final nous apercevoir avec un certain dégout que c’est de nos propres défauts que nous nous moquons, couchés là, sur le papier.
Une question me turlupine : « Mais à quoi peut donc ressembler une dédicace de Dimitri Planchon ? »
Allez, pour mon 50ème avis sur le site, je m'offre Astérix ! Que dire sur le petit Gaulois qui n'a pas encore été dit ? je ne voudrais pas trop répéter ce que les autres posteurs ont dit. C'est incontestablement pour moi une BD de référence, celle avec laquelle j'ai grandi, celle qui m'a appris à aimer la Gaule et les Gaulois, à connaître les noms de villes romaines (Condate, Lutèce, Burdigala, Durocortorum...eh oui, ils étaient tous authentiques).
Plus de 50 ans après sa création, c'est le plus gros succès éditorial de la BD francophone (et même française qui s'affranchit de toute belgitude), qui a vendu environ 325 millions d'albums (un Astérix tire aujourd'hui à 3 millions rien que pour la France, plus de 7 millions en Europe. Et pourtant, en 1961, Dargaud ne tire le premier album qu'à 6000 exemplaires, Goscinny et Uderzo étaient bien fébriles, car ce premier épisode est encore gauche, le dessin approximatif, les personnages mal définis, les éléments ne sont pas en place, puis peu à peu le succès s'installe, le second album, "la Serpe d'or", bien qu'encore mal dessiné, est tiré à 20 000 exemplaires.
Astérix est donc devenu un héros majeur, voire même un véritable emblème national, les raisons de ce succès sont multiples:
- la bande est une savante réécriture de l'Histoire qui mise sur le chauvinisme, des gags judicieux, des mises en boîte follement drôles, des clins d'oeil suggestifs, des anachronismes volontaires, des pastiches référencés et des parodies subtiles où l'humour de Goscinny fait mouche (le combat des Belges contre César, avec Astérix en pointe sur le dialogue d'un poème de Victor Hugo, ''L'expiation'', est un détournement bien trouvé, ou encore la partie de cartes à Massilia, beau clin d'oeil à Pagnol).
- la bande se joue de l'Histoire, car les Romains sont grotesques, ridicules, de vraies têtes à baffes dont Obélix raffole.
- les trognes à gros nez, surtout celles des Romains, très savoureuses (Ballondebaudrus ou Romeomontaigus...), sans oublier les noms rigolos.
- la fibre patriotique retentit, surtout avec "le Bouclier Arverne", avec l'évocation de Vercingétorix; Astérix, c'est la revanche des Gaulois contre l'envahisseur romain. Et ça fait ressurgir tous les côtés franchouillards avec dérision, symbolisant ainsi un esprit français, qui étrangement fonctionne bien à l'étranger (nombreuses traductions), surtout en Allemagne où la bande connaît son plus gros tirage après la France; c'est assez étonnant quand on songe aux difficultés de traduction dans certaines langues de cet esprit gaulois, donc de cet esprit français, voire même cocardier.
- le duo complémentaire parfait entre le héros champion du bien et le livreur de menhirs amateur de sangliers; Obélix au départ était le faire-valoir, mais il est vite devenu héros associé.
- la lecture à plusieurs niveaux: en effet, les allusions gosciniennes et certaines subtilités sont souvent adressées aux adultes, les enfants appréciant la drôlerie des personnages et l'aspect visuel. La bande fait rire toutes les générations, toutes les classes sociales. Les enfants peuvent aussi apprendre l'Histoire antique d'une façon amusante avec les formules latines, les noms de villes, les dieux...tout est bien exact.
- comme dans Tintin ou Lucky Luke, l'une des richesses de cette bande est sa galerie de personnages secondaires tous très typés; d'abord ceux du village gaulois avec des gags récurrents (les poissons d'Ordralfabétix, la voix d'Assurancetourix, les porteurs de pavois d'Abraracourcix, les bagarres , les séances de potion du druide...). Du côté des Romains, César fait des apparitions fréquentes le temps d'être gentiment ridiculisé. Mais le plus intéressant, ce sont les "guest-stars" de chaque album, tels Numérobis, Prolix, Gueuselambix, Jolitorax, Grossebaf, Alambix, Caïus Detritus....et quelques épisodiques comme Falbala ou Epidemaïs et le facteur Pneumatix.
- Comme dans d'autres grosses séries vedettes, chaque aventure est constituée par des éléments immuables et récurrents: l'ouverture sur le village, le départ des héros vers une lointaine contrée, l'épisode amusant des pirates, une bagarre à cause des poissons d'Ordralfabétix, le banquet final, etc.
- la parodie des stéréotypes liés aux particularismes régionaux et nationaux est exagérée mais comporte toujours une part de vérité: les Bretons buveurs d'eau chaude, les Arvernes parlant bougnat, les Massiliens joueurs de pétanque, les Ibères dansant le flamenco, les Grecs au profil légendaire, les Corses susceptibles, les Helvètes fabricants de coucous, les Normands et leur cuisine à la crème, les Belges et leurs carabistouilles.... Et bien-sûr les Gaulois qui sont montrés comme des bons vivants qui mangent bien, qui se disputent mais toujours prêts à rigoler. Tout ça est le fruit de la richesse humoristique de Goscinny.
- le dessin d'Uderzo est en osmose avec son partenaire et ami, très expressif, riche de verve et bien affûté, qui se surpasse dans les décors fouillés de certains monuments (le théâtre de Condate dans Le Chaudron, le palais de César dans Les Lauriers, les édifices grecs dans Les Jeux...) et verse dans la drôlerie suggestive (le nez du Sphinx dans Cléopatre, ou la Statue de la Liberté dans La Grande Traversée). Uderzo fait aussi comme Morris de belles caricatures de célébrités (Lino Ventura en centurion, Chirac en spéculateur acharné, Sean Connery en espion Zérozérosix, Annie Cordy en femme de chef belge, Kirk Douglas en esclave Spartakis...).
Tous ces éléments font qu'après 1965, la bande devient carrément une des lectures préférées des adultes, et non plus du seul public enfantin. On a beau connaître tous les albums par coeur, on les relit toujours avec plaisir, Astérix c'est intemporel, le temps n'a pas de prise sur cette BD, chacun a ses préférés; moi, personnellement, j'aime le Bouclier Arverne, Les Bretons (excellent dans sa description et le dialogue qui se joue de la langue anglaise, c'est bourré d'astuces verbales et de jeux de mots qui sont un rendu extraordinairement drôle de ce peuple), le Tour de Gaule (qui permet de nommer les différentes spécialités de notre beau pays; un album qui marque une étape, le dessin s'affine, les ingrédients sont en place, et c'est l'apparition d'Idéfix), les Belges (tout y est dans les clichés, clins d'oeil, allusions, du plat pays de Jacques Brel jusqu'à l'invention des frites), A. en Corse (où les auteurs ont capté toute l'âme de l'ile de Beauté), et Obélix et Cie (une réussite pour sa caricature de la spéculation économique).
Voila, l'essentiel est dit, je n'épiloguerai pas sur les derniers albums, je serais moins sévère, car Chez Rahazade n'est pas si mal, et en plus, ça fait un pays que nos héros n'avaient pas visité; il reste la Chine qui serait une bonne idée plutôt que faire intervenir des extraterrestres. Par contre, je n'aime guère les films, y compris celui de Chabat, je préfère encore les dessins animés, malgré leurs défauts.
Longue vie aux Gaulois par Toutatis !
En 1981, Neptune édite un bel ouvrage rassemblant dix nouvelles d'Edgar Poe illustrées par cinq dessinateurs (couverture de Corben) et publiées entre 1965 et 1975 dans les magazines de James Warren, surtout Creepy.
Le grand écrivain fantastique américain a toujours fasciné et tenté les illustrateurs, et ici, cette adaptation en BD tient ses promesses grâce aux pointures qui se sont attelées à la tâche. On trouve en effet la signature de Richard Corben sur Le Portrait ovale, Le Corbeau et Ombres; sa vision de l'univers de Poe se révèle poétique, conférant en même temps une force supplémentaire à ces nouvelles qui littérairement sont parfois surchargées de superlatifs. L'alliance entre les couleurs saturées et la mise en page constituée d'une succession de gros plans et d'inserts donne un ton incroyable au "Corbeau".
Berni Wrightson se réserve la plus gothique, la plus torturée et la plus macabre des nouvelles de Poe: le Chat noir, toujours dans son style oppressant, à grands coups de clairs-obscurs et d'ombres, avec une incontestable maîtrise graphique. Personnellement, j'ai toujours adoré son style quand je lisais Creepy ou Fantastik. Bref, c'est du Poe pur jus où l'on frémit.
Reed Crandall, comme Wrightson, travaille lui aussi à la plume, et livre avec le Coeur révélateur (au ton vraiment morbide) et la Barrique d'Amontillado deux récits angoissants, à l'esprit grinçant, même s'il procède à des ajouts. C'est du grand art.
José Ortiz réalise avec vigueur le Puits et le pendule et la célèbre Double assassinat dans la rue Morgue ; son style dynamique hérité des longues années passées à oeuvrer dans les formats de poche pour l'Angleterre ou l'Italie, s'est bien adapté au climat fantastique de la Warren Publishing, il traduit bien l'angoisse insufflée par le génial écrivain.
Seul Isidro Monès et son dessin surchargé sur la Vérité sur le cas de M. Valdemar et Bérénice accuse une légère faiblesse dans cet ouvrage, qui reste dans l'ensemble extrêmement positif. Amis de Poe, vous ne regretterez pas votre achat, ce très bel album de 96 pages étant devenu une véritable pièce de collection.
Baaaaffff !!!! Oulalalalalala... 3 semaines que je suis tombé sur cette BD et que je l'ai lue dans la foulée... et c'est maintenant que j'arrive à régurgiter ce que j'ai pris en pleine poire ! Le duo d'Antoine (Carrion au dessin et Ozanam à la plume) que j'avais déjà trouvé convainquant dans L'Ombre blanche parue il y a peu chez Soleil explose ici pleinement pour nous offrir un one-shot plus que bluffant, tant sur le récit que graphiquement.
Petite perle perdue au milieu de la désertique steppe mongole, ou BD noyée sous la tsunamiesque production mensuelle, cet album a failli échapper à ma curiosité et ne doit son "salut" qu'au bon goût d'un libraire que je ne visite pas plus que ça d'habitude. Comme quoi, changer de crèmerie, ça peut aussi avoir du bon :)
Interpellé par le nom d'Ozanam, j'ai mis un temps à retrouver pourquoi ce duo d'auteurs me disait quelque chose... et j'ai ouvert l'album... [BAMMM]
C'est là que le talent d'Antoine Carrion vous claque. J'suis pas spécialement le genre à tendre l'autre joue, mais là j'avoue, j'me la suis joué SM histoire d'en reprendre plein la gueule !
Rhaaa, rarement un album one-shot m'aura envouté à ce point ! C'est même la première fois que je mets un 5/5 à un album tout frais sorti.
Une fois réussi à s'extirper de l'hypnotique couverture, le coup de crayon, le découpage et la magnifique colorisation vous choppent au colbac pour vous transporter entre steppes, monts et vallées, transes, rêves et cruelle réalité avec en filigrane les traces laissées par l'autre Temudjin, plus connu sous le nom de Gengis Khan. Je n'en dirais pas plus sur l'histoire, je vous laisse tout comme moi le plaisir de la découvrir, comme une nouvelle contrée qu'il va vous falloir traverser...
C'est donc cette fantastique épopée, la naissance de cet autre Temudjin que nous allons suivre. Et Antoine Ozanam le fait avec talent. Cette aventure où le fantastique s'invite par le biais du chamanisme et des légendes, nous immerge dans cette autre planète des steppes mongoles et son mode de vie si éloigné du notre. Mais loin d'être perdu dans ce récit assez intemporel où Légende et Histoire se tirent la bourre, on se sent presque chez soi à courir derrière cette vitale soif de liberté.
Merci donc aux auteurs pour ce GRAND bol d'air pur, d'aventure, de transe et de voyage et cette magnifique invitation à la réflexion sur la prédestination. Je n'oublie pas non plus l'excellent travail de l'éditeur : grand format, qualité de papier et petit supplément sous forme de conte illustré qui clôt à merveille ce petit bijou.
A lire sans faute !
Je suis avant tout surpris quand au nombre d'avis négatifs, voire durs, sur cette oeuvre. Qu'elle soit primée ou non a Angoulême m'importe peu, ce qui m'importe c'est ce qu'elle me fait.
A l'inverse de pas mal de gens ici, j'ai été pour ma part subjugué par le dessin, d'une beauté rare. Chaque case est un tableau, j'aime à l'ouvrir pour en admirer les planches (j'ai eu la même sensation pour Ibicus, ou encore le bleu est une couleur chaude).
J'aimes les histoires de vie, mais il n'y a pas que çà, ça parle de relations humaines et çà en parle bien. J'entends des comparaisons avec Kundera, autant je peux m'emmerder sec avec Kundera, autant là j'ai été happé, et ma lecture m'est resté longtemps en tête, autant l'histoire, touchante, que le graphisme.
Je mets un 4,5 (arrondi au dessus), parce que c'est un coup de coeur, et parce que c'est une de mes plus belles lectures de ces dernières années. On a pas l'occasion de voir tous les jours des bds de cette qualité.
N.B : j'aurais aimé voir si les notes auraient été les mêmes si cette BD n'avait pas été primée à Angoulême et si ce prix n'avait pas déchaîné les passions.
Avis après lecture du tome 9
Murena, c'est rebutant de prime abord, mais l'intrigue se met en place en fin de premier tome. Ici, il ne s'agit pas vraiment d'action, on est plus dans la psychologie du personnage et le cynisme des intrigues.
Prenant place dans la Rome antique, sous le règne de Néron, nous suivons les vies et morts de plusieurs protagonistes qui vont se croiser, s'aimer et se déchirer dans un moment charnière du monde, entre le déclin de l'empire romain et l'apparition du christianisme.
La force du récit, c'est de mêler fiction et réalité, en guidant d'une part le lecteur vers une approche documentaire de la période tout en apportant une bonne dose de divertissement à base de violence, de sexe, de trahison et autres retournements de situation astucieux.
Quand le tout est porté par un dessin fin et dynamique, à la beauté esthétisante, on touche au sublime dans le genre, ne souffrant d'aucune baisse de régime jusqu'à présent.
Une bande dessinée qui sort de l'ordinaire, voilà la première pensée qui me vient à l'esprit pour parler de "De Cape et de Crocs".
Les dialogues sont superbes, inspirés du théâtre du 17è siècle sans pour autant être pénible à lire pour ceux qui n'en raffolent pas, et nos héros nous entraînent dans des aventures rocambolesques et bourrées d'humour!
Le dessin pour sa part n'est pas en reste, j'aime beaucoup la colorisation, avec un choix de couleur dominante par page ou double-page qui donne un rendu magnifique.
Si je dois faire un petit reproche à cette série c'est qu'un ou deux albums de la série sont un peu en-dessous des autres pour le scénario(plutôt vers la fin), mais attention, nous parlons ici d'une série qui place la barre très haut à chaque volume!
Dessin: 4.75/5
Scénario: 5/5 (vol 1-7) 4/5 (vol 8-10)
Global: 4.5/5
Je recommande bien-entendu!
Il y a des séries dont la lecture vous laisse un sentiment particulier, vous change, titille votre esprit au point que vous y repensez souvent.
Ca été le cas pour moi avec cette série, véritable coup de coeur.
Pourtant, un peu déçu par Adèle Blanc-Sec du même auteur, qui constituait alors ma seule expérience avec Tardi, je n'attendais pas grand chose de cet album, juste de la curiosité, attisée par les avis favorables du site.
Tout d'abord, la couverture est remarquable, d'un rouge pétant, elle saute au yeux, c'est la couleur du sang, tant versé à cette époque qu'elle en a dégoûté la famille Tardi, père et fils, les deux personnages principaux de ce récit biographique.
Le rouge est présent par petites touches dans cet ouvrage en noir et blanc, ce qui permet de souligner un détail particulier comme un drapeau nazi dans les rues de Berlin par exemple.
J'ai beaucoup aimé la façon dont la narration était menée. L'idée pour l'auteur de se mettre en abyme en tant qu'enfant, aux côtés de son père, tout au long de l'histoire, est fantastique.
On sent bien que Jacques Tardi redécouvre son père dans cet ouvrage, et qu'il a eu une relation très particulière avec ce dernier, René, dont le caractère a été changé par des années de détention, puis par l'absence de reconnaissance, voire un certain dédain envers lui après la guerre.
La richesse de ce témoignage authentique est inestimable. On apprend que les faits, authentiques, retranscrits dans les années 80 par René Tardi sur des cahiers d'écolier, ont été à peine modifiés. On sent que ce travail, mené en famille, a mûri longtemps, comme un bon vin se bonifie.
J'ai donc dévoré cette série, avide que j'étais de savoir ce qui s'était passé dans ces Stalag, au sujet desquels on parle peu, car en effet, de cette guerre, on parle beaucoup des résistants et des camps d'extermination, mais pas de ces camps là, dont les conditions de vie était très rudes elles aussi...
J'ai apprécié le fait que l'humour n'était pas totalement absent de cet ouvrage pourtant pas spécialement gai. J'ai beaucoup aimé l'anecdote de "Hello boy (prononcer bois !)", très drôle, preuve supplémentaire s'il en est besoin, que l'humour est un don permettant parfois de s'évader du quotidien le plus morne.
Amateur d'histoire, cette lecture m'a donné envie d'en savoir plus sur mon propre grand-père. J'ignorais qu'il avait fait toute la guerre dans l'armée française puis l'armée alliée, et son périple a été hallucinant. Je découvre les témoignages concret de cette époque, son livret militaire, sa croix de la guerre du désert, son sarouel, vestige de la progresion des alliés vers le nord est africain.
Cette lecture m'a passionné, changé quelque part, et m'a fait découvrir une facette de ma propre famille que je ne soupçonnais pas.
Inoubliable pour moi...
(213)
En BD réaliste western, il y a Blueberry devant, et juste après, Comanche se hisse pour moi très prés. C'est dommage que cette série ait été un peu sabordée par Hermann qui à l'époque dessinait déjà comme un dieu, pour se consacrer à Jeremiah et d'autres Bd indépendantes, je trouve que Greg aurait dû conclure après 8 albums. Quoi qu'il en soit, c'était une de mes séries préférées dans le journal Tintin, et en fan de western, j'y retrouvais plein d'images cinématographiques.
Hermann va atteindre une perfection avec Comanche, et l'influence de Giraud est totalement assimilée, le trait est ici plus puissant, de même que l'influence du cinéma se reconnaît dans le découpage, les décors et les images cultes (voir la première apparition de Red Dust qui est un clin d'oeil évident à John Wayne dans "la Chevauchée fantastique" ; même posture du gars avec sa winchester et sa selle faisant signe à la diligence).
A la différence des autres grandes séries de l'époque comme Blueberry ou Jerry Spring, Comanche c'est le western de la terre, car c'est d'abord la vie d'un ranch situé près de la bourgade de Greenstone Falls au Wyoming ; l'action tourne donc presque essentiellement autour de cet environnement qu'il faut rendre attractif pour retenir le lecteur. Greg, avec son génie habituel, impose des personnages solidement typés : Comanche est une jeune et jolie métisse qui a hérité de son père le Tripe Six, elle garde longtemps son tempérament farouche qui l'aide à supporter l'adversité. C'est alors qu'apparaît un jour le rouquin frisé Red Dust, sorte de cowboy tête brûlée à la force tranquille, qui a roulé sa bosse un peu partout dans l'Ouest. Très vite subjuguée par cet inconnu très habile au revolver, Comanche lui offre la place de contremaître, et entre eux vont naître des sentiments que Greg sera obligé de réfreiner (on est en 1969, et la série est publiée dans un hebdo pour la jeunesse). Mais Red va en plus acquérir une épaisseur et devenir le vrai héros de la série.
D'autres personnages gravitent autour de ce faux couple pour égayer quelques séquences et donner encore plus de corps aux récits. Après un ton classique centré autour du ranch, Greg décrit un Ouest en pleine mutation, la jeune métisse est récupérée par la bourgeoisie montante et n'a plus rien de la fière rebelle au grand coeur des débuts, de même que Dust est lui aussi happé par le système en développement et devient sheriff de Greenstone Falls qui s'agrandit et reçoit le chemin de fer, il est donc responsable d'une communauté. Cet aspect est très bien démontré au fil des albums, et les derniers récits atteindront ainsi une curieuse ambiguïté.
Le succès rejaillit sur Hermann, mais en 1982, il décide de se consacrer à des séries plus personnelles ; repris par Rouge, la série perd un peu en aura, mais le tout forme un ensemble d'une grande richesse, très plaisant à lire, n'hésitez pas un instant, c'est de la grande BD, surtout les 4 premiers albums qui forment un cycle tout à fait prodigieux.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Buddy Longway
Après la formidable saga de Go West réalisée avec Greg, Derib impose seul un nouveau héros de western en 1973. Ce trappeur pacifique épousant une belle indienne qui va ensuite mener une vie isolée dans les contrées sauvages des Rocheuses m'a immédiatement emballé dans le journal Tintin ; mon intérêt pour le peuple indien qui fut décimé et humilié par les Blancs, et mon amour de la nature ne pouvaient que s'accorder avec cette histoire de grands espaces, et dès sa création, la série va connaitre un prodigieux succès auprès des lecteurs, détrônant Ric Hochet qui occupa longtemps la première place lors des référendums. Véritable ode à la nature sauvage et apologie du peuple indien, cette série affirme la vision humaniste de son auteur qui peut en même temps déployer sa passion pour les chevaux. La particularité qu'aucune autre Bd n'avait fait jusqu'alors, c'est que les personnages vieillissent au fil des récits, et s'étoffent ; chaque aventure même si elle a son final propre, s'enchaîne avec la suivante, la série est évolutive : trappeur solitaire au début, Buddy sauve Chinook, une jeune squaw sioux, il l'épouse et tous deux s'installent dans une cabane de rondins au sein d'un paysage superbe, puis c'est la naissance d'un fils, Jérémie, d'une fille, Kathleen, et l'amour de Buddy et Chinook devient à chaque fois plus fort. Le western devient familial, les enfants grandissent, les parents mûrissent et traversent des épreuves qui renforcent leurs liens, un équilibre affectif s'établit qui passe par l'initiation aux valeurs mais aussi par le conflit intérieur, car Jérémie, en tant que métis, doit supporter le fardeau de la différence, déchiré par l'opposition des deux ethnies dont il est issu. Quelques autres personnages attachants apparaissent tels le trappeur Slim-le-Borgne, le frère de Chinook, Daim Rapide, leur père Ours Debout, César ou encore la belle Nancy. Cette fresque devient de plus en plus réussie au fil des années, elle se déroule aux premiers temps de la conquête de l'Ouest, à une époque où l'homme blanc n'a pas encore trop envahi l'espace, les Indiens y vivent relativement en paix, le pays n'est pas totalement civilisé, c'est le temps des trappeurs. Pour les Longway, c'est la confrontation avec la nature, à la dure vie quotidienne, mais aussi parfois avec le racisme et la haine. Tout ceci crée une sorte de lien affectif avec le lecteur. La progression de la série est remarquable, certains épisodes sont plus forts que d'autres, et la tension dramatique culmine vers son arrêt définitif dans les derniers albums. La réussite réside aussi dans le graphisme et la technique narrative : le dessin semi-caricatural des premiers épisodes fait très vite place à un réalisme total, la mise en page s'écarte de la formule traditionnelle en 3 ou 4 strips horizontaux, préférant les gros plans, les images dans l'image, les cases de différents formats ; les grands décors sont exaltés par des cadrages larges ou des pleines pages, de même que Derib développe l'insert pour amplifier un détail (Cosey qui sera son assistant, utilisera aussi cette technique dans Jonathan), et on la retrouve fréquemment en BD de nos jours. L'image est ainsi privilégiée, le texte se fait discret, d'autant plus que les débuts de la bande sont très influencés par le film Jeremiah Johnson où Robert Redford campait un trappeur isolé dans une solitude neigeuse, sans trop de dialogues. Le style de la mise en page est souvent cinématographique, aussi, quel beau western ça ferait à l'écran. L'action est lente, poétique, avant d'être brusquement réveillée par une scène dramatique. Le texte étant réduit à l'essentiel, la lecture peut se faire rapidement, mais on y revient ensuite en s'attardant sur chaque dessin ou sur la mise en page toujours efficace. Il y a aussi beaucoup de tendresse et d'émotion, ainsi qu'un grand respect pour les coutumes indiennes et l'homme rouge en général. Voici donc un western évolutif qui compte parmi les plus grands fleurons du genre, une de mes Bd fétiches qui fut une des premières grandes lectures adultes lorsque j'étais ado, c'est donc une belle collection à garder précieusement dans sa biblio, une série indémodable.
Blaise
Il n’y a pas photo, Dimitri Planchon est un génie. Prodige de la narration, prince de l’humour (caustique mais tout en finesse) et virtuose du roman-photo qu’il égratigne au passage voire qu’il déglingue allégrement. Artiste au sein de l’équipe du magazine Fluide Glacial, il me faisait rire mais je n’avais pas lorgné du coté de ses albums (la faute peut-être à la laideur de la couverture du tome 1 de Blaise). Après avoir acheté puis lu le premier volume, que j’ai plus qu’adoré, je revint avec empressement le lendemain chez mon libraire acheter les deux tomes suivants afin de compléter cette trilogie hors-normes. Le style graphique de Planchon est vraiment particulier : il mélange collages photos et dessins réalistes traditionnels et les mixe entre eux, les retouche pour en faire un résultat unique (si quelqu’un connaît un auteur similaire utilisant les mêmes procédés artistiques en bande-dessinée, merci de m’en faire part, je suis plus que preneur !!!). Il confectionne avec soin des petites historiettes toutes reliées entre elles. Prenant souvent le même personnage et se contentant simplement de lui faire hausser un sourcil ou entrouvrir la bouche. Et ça fonctionne ! Il donne vie à ses personnages avec quelques petites astuces toutes simples d’expressions faciales ou la position d’une main. Ils ont ce petit coté poupée de ventriloque ou bien marionnette de ventriloque assez marrant. Ce magicien de Planchon réussit l’impossible en leur donnant vie grâce à d’infimes détails. Certaines grimaces suffisaient à me faire m’esclaffer. Le procédé utilisé parait à première vue simpliste, amateur ou maladroit mais je pense que c’est voulu et c’est quant même plus comique quand il y a un coté puéril. Le style s’améliore nettement sur le troisième volume. La galerie de figurants déployée est magnifiquement riche et variée. On les retrouve avec plaisir au fur et à mesure de l’ »épopée » de Blaise. Nous les revoyons donc avec délice vieillir dans les tomes suivant le premier opus et leurs physiques, leurs personnalités, leurs apparences vestimentaires évoluent de manière tout à fait logique et crédible. Par exemple, le meilleur ami des parents de Blaise , qui était chauve (ou rasé) au début de la trilogie, revient dans le deuxième tome avec une espèce de grosse moustache de camionneur (qu’il semble arborer fièrement) puis dans le troisième épisode avec une coiffure pour le moins étrange et des grosses lunettes blanches (il a aussi gardé sa superbe moustache). Sa compagne affichant constamment un sourire figé et forcé éprouve plus de mal dans le dernier volet à garder celui-ci (manque d’endurance face à des événements tragiques où elle peine à jouer la comédie?). La grand-mère, mère de Jacques (le père de Blaise), ne semble pas prendre une ride sur toute la saga. ; du moins ça ne se voit pas. Du premier au dernier épisode elle semble tout le temps avoir le même âge. Personnage très drôle de cette grand-mère réac’ voire même « facho » selon les dires de son propre fils, Jacques. Elle possède une particularité anatomique assez rigolote. Effectivement, elle a un œil plus haut que l’autre si l’on regarde bien. Je ne m’en étais pas rendu compte instantanément mais en analysant plus en avant les expressions faciales, la trouvant bizarre mais ne sachant pourquoi, je me suis rendu compte de cette singularité qui m’a beaucoup fait rire. Et le fameux Blaise évolue peu, aussi bien physiquement que spirituellement. COMMENTAIRE DU VOLUME UN : Blaise est un petit garçon de huit ans, vivant avec ses parents, des « humanistes » de gauche intellos sur les bords. Il assiste impuissant à leurs discussions aberrantes sur la guerre, la politique (une dictature nait sous leur yeux) et des people. Le titre de la série est volontairement trompeur puisque nous ne voyons ou apercevons Blaise que très rarement. Il n’est qu’un prétexte pour mettre en valeur toute une galerie de personnages annexes. Ses parents, la plupart du temps, se contentent de l’ignorer, oubliant même jusqu’à son anniversaire ou ne l’entendant pas lorsqu’il réclame avec insistance que l’on arrête la voiture pour qu’il puisse aller vider sa vessie. Toute ressemblance avec des personnes réelles ne serait donc pas que pure coïncidence. Jacques et Carole (on ne connaît leurs noms seulement que dans le troisième tome), prétendument humanistes et « cools », se révèlent au fur et à mesure d’une étroitesse d’esprit insupportable. La vieille institutrice de Blaise est également savoureuse. A moitié à la masse et sénile avec sa tête de tortue et ses grosses lunettes en cul de bouteille. Le poste de télévision , délivrant ses débilités quotidiennement, est à lui seul un personnage puisqu’il est omniprésent dans la réalité de nos héros et influence ces derniers dans leur façon de voir la vie. Les passages télévisuels permettent de faire des petites respirations dans le récit notamment avec la star de football Dabi Doubane (élue ou auto-proclamée la « personnalité préférée des français) invité sur tout les plateaux télé, donnant des leçons de morale à tout va et vantant les mérites du nucléaire ou d’un fast-food dans des spots publicitaires. La petite famille assiste stoïquement ou avec ironie par le biais de la télévision, aux changements radicaux de la société qui les entoure (guerres et mise en place d’un régime totalitaire dans leur propre pays clairement annoncée par le chef d’état). L’auteur dénonce avec finesse, talent et humour les dérives paranoïaques et sécuritaires d’une société qui se prétend libre mais qui se complait dans une quotidienneté radicalement opposée aux valeurs qu’elle clame. L’hypocrisie et les contradictions des protagonistes est ici démasquée. COMMENTAIRE DU VOLUME DEUX : Blaise est désormais devenu un adolescent boutonneux mal dans sa peau et tourmenté par ses questions existentielles (ça tourne presque exclusivement autour du cul ou de l’image qu’il voudrait renvoyer aux autres). Plus présent que dans le premier album mais toujours autant victime du dur monde injuste qui l’entoure. Les personnages ont évolué et de nouveaux font leur apparition comme le professeur de mathématiques. Très drôle avec son attitude sévère qui par exemple, intimide ses élèves n’osant pas répondre à un problème bien qu’ayant la réponse (on en a tous eut un comme ça !). Le paysage télévisuel a lui aussi changé et encore une fois employé pour aérer l’histoire. Les programmes sont devenus encore plus crétins qu’auparavant (un rapport avec la nouvelle dictature mise en place ?) et ce grâce à un prétendu intellectuel invité de toutes les émissions, allant du journal télévisé à l’émission de télé-réalité à la mode ; le fameux Pierre-André de Sainte-Odile. Se qualifiant d’esprit libre mais faisant de la lèche comme c’est pas permis au président et évitant habilement tout les pièges vicelards tendus par le journaleux qui l’interviewe. Son look, sa coiffure de « penseur libre » et sa philosophie manipulatrice m’ont immédiatement fait penser à bernard henry-levy. Un autre personnage trône en maître dans le petit écran : Inspecteur Strauss ; parodie de Derrick. Rediffusé encore et encore et malgré tout regardé (ou vu) par la majorité des personnages de ce tome deux, et ce même s’ils disent tous ne pas aimer. Toute ressemblance avec des personnes réelles ne serait donc pas que pure coïncidence. Planchon dénonce le culte de l’apparence qui se fait au détriment de la spiritualité, les idées reçues et préjugés, les hommes politiques, les réactionnaires, les médias et leurs stars. COMMENTAIRE DU VOLUME TROIS : Blaise est désormais un adulte. Devenu aussi manichéen que son père mais ayant gardé son coté timide et son profil d’éternelle victime qui me séduisaient tant chez lui. Son père a pris un gros coup de vieux et est devenu un monstre d’égoïsme, de manipulation sournoise et d’hypocrisie. Je ne peux pas dire grand-chose de dernier opus de crainte de faire un vilain spoil. Je peux toutefois dire que ce volet est beaucoup plus sombre et dramatique que les deux volets précédents. Les programmes télévisuels sont désormais des films à caractère pornographique, passant aux heures de grandes écoute mais étant néanmoins censurés partiellement afin de ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes téléspectateurs. Ce tome parait plus abouti graphiquement et la finesse des détails est flagrante. Des couleurs flashys dissimulent habilement un malaise quotidien grisâtre et monotone. Un monde où règnent la dictature et la guerre, paraissant être la normalité et ne plus choquer personne. CONCLUSION FINALE DE LA SERIE : Petit Blaise va faire le dur apprentissage de la vie au détriment de son innocence. Bien que la série porte son nom, il n’en est aucunement le personnage principal mais plutôt le faire-valoir pour montrer un univers glauque camouflés par les effets de manches humoristiques astucieux de son auteur, Dimitri Planchon. Dur de rester innocent et naïf comme l’était Blaise au seuil de son existence lorsqu’on est cerné par un ramassis d’hypocrites, manipulateurs et égoïstes. Même ses propres parents le malmènent, le transformant ainsi d’un petit gamin introverti qu’il était, tétanisé par les conversations effarantes des « grandes personnes » en un être sans avenir et aussi vil que ses « créateurs ». Un humour grinçant et corrosif tout en finesse, brillante satire de notre société occidentale, Blaise est une œuvre totalement subversive si ‘l’on se donne la peine de gratter la couche de vernis. Assurément une bande-dessinée qui ne laissera personne indifférent car bousculant gentiment son lecteur ainsi que les codes traditionnels du récit. Nous rigolons de bon cœur pour au final nous apercevoir avec un certain dégout que c’est de nos propres défauts que nous nous moquons, couchés là, sur le papier. Une question me turlupine : « Mais à quoi peut donc ressembler une dédicace de Dimitri Planchon ? »
Astérix
Allez, pour mon 50ème avis sur le site, je m'offre Astérix ! Que dire sur le petit Gaulois qui n'a pas encore été dit ? je ne voudrais pas trop répéter ce que les autres posteurs ont dit. C'est incontestablement pour moi une BD de référence, celle avec laquelle j'ai grandi, celle qui m'a appris à aimer la Gaule et les Gaulois, à connaître les noms de villes romaines (Condate, Lutèce, Burdigala, Durocortorum...eh oui, ils étaient tous authentiques). Plus de 50 ans après sa création, c'est le plus gros succès éditorial de la BD francophone (et même française qui s'affranchit de toute belgitude), qui a vendu environ 325 millions d'albums (un Astérix tire aujourd'hui à 3 millions rien que pour la France, plus de 7 millions en Europe. Et pourtant, en 1961, Dargaud ne tire le premier album qu'à 6000 exemplaires, Goscinny et Uderzo étaient bien fébriles, car ce premier épisode est encore gauche, le dessin approximatif, les personnages mal définis, les éléments ne sont pas en place, puis peu à peu le succès s'installe, le second album, "la Serpe d'or", bien qu'encore mal dessiné, est tiré à 20 000 exemplaires. Astérix est donc devenu un héros majeur, voire même un véritable emblème national, les raisons de ce succès sont multiples: - la bande est une savante réécriture de l'Histoire qui mise sur le chauvinisme, des gags judicieux, des mises en boîte follement drôles, des clins d'oeil suggestifs, des anachronismes volontaires, des pastiches référencés et des parodies subtiles où l'humour de Goscinny fait mouche (le combat des Belges contre César, avec Astérix en pointe sur le dialogue d'un poème de Victor Hugo, ''L'expiation'', est un détournement bien trouvé, ou encore la partie de cartes à Massilia, beau clin d'oeil à Pagnol). - la bande se joue de l'Histoire, car les Romains sont grotesques, ridicules, de vraies têtes à baffes dont Obélix raffole. - les trognes à gros nez, surtout celles des Romains, très savoureuses (Ballondebaudrus ou Romeomontaigus...), sans oublier les noms rigolos. - la fibre patriotique retentit, surtout avec "le Bouclier Arverne", avec l'évocation de Vercingétorix; Astérix, c'est la revanche des Gaulois contre l'envahisseur romain. Et ça fait ressurgir tous les côtés franchouillards avec dérision, symbolisant ainsi un esprit français, qui étrangement fonctionne bien à l'étranger (nombreuses traductions), surtout en Allemagne où la bande connaît son plus gros tirage après la France; c'est assez étonnant quand on songe aux difficultés de traduction dans certaines langues de cet esprit gaulois, donc de cet esprit français, voire même cocardier. - le duo complémentaire parfait entre le héros champion du bien et le livreur de menhirs amateur de sangliers; Obélix au départ était le faire-valoir, mais il est vite devenu héros associé. - la lecture à plusieurs niveaux: en effet, les allusions gosciniennes et certaines subtilités sont souvent adressées aux adultes, les enfants appréciant la drôlerie des personnages et l'aspect visuel. La bande fait rire toutes les générations, toutes les classes sociales. Les enfants peuvent aussi apprendre l'Histoire antique d'une façon amusante avec les formules latines, les noms de villes, les dieux...tout est bien exact. - comme dans Tintin ou Lucky Luke, l'une des richesses de cette bande est sa galerie de personnages secondaires tous très typés; d'abord ceux du village gaulois avec des gags récurrents (les poissons d'Ordralfabétix, la voix d'Assurancetourix, les porteurs de pavois d'Abraracourcix, les bagarres , les séances de potion du druide...). Du côté des Romains, César fait des apparitions fréquentes le temps d'être gentiment ridiculisé. Mais le plus intéressant, ce sont les "guest-stars" de chaque album, tels Numérobis, Prolix, Gueuselambix, Jolitorax, Grossebaf, Alambix, Caïus Detritus....et quelques épisodiques comme Falbala ou Epidemaïs et le facteur Pneumatix. - Comme dans d'autres grosses séries vedettes, chaque aventure est constituée par des éléments immuables et récurrents: l'ouverture sur le village, le départ des héros vers une lointaine contrée, l'épisode amusant des pirates, une bagarre à cause des poissons d'Ordralfabétix, le banquet final, etc. - la parodie des stéréotypes liés aux particularismes régionaux et nationaux est exagérée mais comporte toujours une part de vérité: les Bretons buveurs d'eau chaude, les Arvernes parlant bougnat, les Massiliens joueurs de pétanque, les Ibères dansant le flamenco, les Grecs au profil légendaire, les Corses susceptibles, les Helvètes fabricants de coucous, les Normands et leur cuisine à la crème, les Belges et leurs carabistouilles.... Et bien-sûr les Gaulois qui sont montrés comme des bons vivants qui mangent bien, qui se disputent mais toujours prêts à rigoler. Tout ça est le fruit de la richesse humoristique de Goscinny. - le dessin d'Uderzo est en osmose avec son partenaire et ami, très expressif, riche de verve et bien affûté, qui se surpasse dans les décors fouillés de certains monuments (le théâtre de Condate dans Le Chaudron, le palais de César dans Les Lauriers, les édifices grecs dans Les Jeux...) et verse dans la drôlerie suggestive (le nez du Sphinx dans Cléopatre, ou la Statue de la Liberté dans La Grande Traversée). Uderzo fait aussi comme Morris de belles caricatures de célébrités (Lino Ventura en centurion, Chirac en spéculateur acharné, Sean Connery en espion Zérozérosix, Annie Cordy en femme de chef belge, Kirk Douglas en esclave Spartakis...). Tous ces éléments font qu'après 1965, la bande devient carrément une des lectures préférées des adultes, et non plus du seul public enfantin. On a beau connaître tous les albums par coeur, on les relit toujours avec plaisir, Astérix c'est intemporel, le temps n'a pas de prise sur cette BD, chacun a ses préférés; moi, personnellement, j'aime le Bouclier Arverne, Les Bretons (excellent dans sa description et le dialogue qui se joue de la langue anglaise, c'est bourré d'astuces verbales et de jeux de mots qui sont un rendu extraordinairement drôle de ce peuple), le Tour de Gaule (qui permet de nommer les différentes spécialités de notre beau pays; un album qui marque une étape, le dessin s'affine, les ingrédients sont en place, et c'est l'apparition d'Idéfix), les Belges (tout y est dans les clichés, clins d'oeil, allusions, du plat pays de Jacques Brel jusqu'à l'invention des frites), A. en Corse (où les auteurs ont capté toute l'âme de l'ile de Beauté), et Obélix et Cie (une réussite pour sa caricature de la spéculation économique). Voila, l'essentiel est dit, je n'épiloguerai pas sur les derniers albums, je serais moins sévère, car Chez Rahazade n'est pas si mal, et en plus, ça fait un pays que nos héros n'avaient pas visité; il reste la Chine qui serait une bonne idée plutôt que faire intervenir des extraterrestres. Par contre, je n'aime guère les films, y compris celui de Chabat, je préfère encore les dessins animés, malgré leurs défauts. Longue vie aux Gaulois par Toutatis !
Edgar Poe
En 1981, Neptune édite un bel ouvrage rassemblant dix nouvelles d'Edgar Poe illustrées par cinq dessinateurs (couverture de Corben) et publiées entre 1965 et 1975 dans les magazines de James Warren, surtout Creepy. Le grand écrivain fantastique américain a toujours fasciné et tenté les illustrateurs, et ici, cette adaptation en BD tient ses promesses grâce aux pointures qui se sont attelées à la tâche. On trouve en effet la signature de Richard Corben sur Le Portrait ovale, Le Corbeau et Ombres; sa vision de l'univers de Poe se révèle poétique, conférant en même temps une force supplémentaire à ces nouvelles qui littérairement sont parfois surchargées de superlatifs. L'alliance entre les couleurs saturées et la mise en page constituée d'une succession de gros plans et d'inserts donne un ton incroyable au "Corbeau". Berni Wrightson se réserve la plus gothique, la plus torturée et la plus macabre des nouvelles de Poe: le Chat noir, toujours dans son style oppressant, à grands coups de clairs-obscurs et d'ombres, avec une incontestable maîtrise graphique. Personnellement, j'ai toujours adoré son style quand je lisais Creepy ou Fantastik. Bref, c'est du Poe pur jus où l'on frémit. Reed Crandall, comme Wrightson, travaille lui aussi à la plume, et livre avec le Coeur révélateur (au ton vraiment morbide) et la Barrique d'Amontillado deux récits angoissants, à l'esprit grinçant, même s'il procède à des ajouts. C'est du grand art. José Ortiz réalise avec vigueur le Puits et le pendule et la célèbre Double assassinat dans la rue Morgue ; son style dynamique hérité des longues années passées à oeuvrer dans les formats de poche pour l'Angleterre ou l'Italie, s'est bien adapté au climat fantastique de la Warren Publishing, il traduit bien l'angoisse insufflée par le génial écrivain. Seul Isidro Monès et son dessin surchargé sur la Vérité sur le cas de M. Valdemar et Bérénice accuse une légère faiblesse dans cet ouvrage, qui reste dans l'ensemble extrêmement positif. Amis de Poe, vous ne regretterez pas votre achat, ce très bel album de 96 pages étant devenu une véritable pièce de collection.
Temudjin
Baaaaffff !!!! Oulalalalalala... 3 semaines que je suis tombé sur cette BD et que je l'ai lue dans la foulée... et c'est maintenant que j'arrive à régurgiter ce que j'ai pris en pleine poire ! Le duo d'Antoine (Carrion au dessin et Ozanam à la plume) que j'avais déjà trouvé convainquant dans L'Ombre blanche parue il y a peu chez Soleil explose ici pleinement pour nous offrir un one-shot plus que bluffant, tant sur le récit que graphiquement. Petite perle perdue au milieu de la désertique steppe mongole, ou BD noyée sous la tsunamiesque production mensuelle, cet album a failli échapper à ma curiosité et ne doit son "salut" qu'au bon goût d'un libraire que je ne visite pas plus que ça d'habitude. Comme quoi, changer de crèmerie, ça peut aussi avoir du bon :) Interpellé par le nom d'Ozanam, j'ai mis un temps à retrouver pourquoi ce duo d'auteurs me disait quelque chose... et j'ai ouvert l'album... [BAMMM] C'est là que le talent d'Antoine Carrion vous claque. J'suis pas spécialement le genre à tendre l'autre joue, mais là j'avoue, j'me la suis joué SM histoire d'en reprendre plein la gueule ! Rhaaa, rarement un album one-shot m'aura envouté à ce point ! C'est même la première fois que je mets un 5/5 à un album tout frais sorti. Une fois réussi à s'extirper de l'hypnotique couverture, le coup de crayon, le découpage et la magnifique colorisation vous choppent au colbac pour vous transporter entre steppes, monts et vallées, transes, rêves et cruelle réalité avec en filigrane les traces laissées par l'autre Temudjin, plus connu sous le nom de Gengis Khan. Je n'en dirais pas plus sur l'histoire, je vous laisse tout comme moi le plaisir de la découvrir, comme une nouvelle contrée qu'il va vous falloir traverser... C'est donc cette fantastique épopée, la naissance de cet autre Temudjin que nous allons suivre. Et Antoine Ozanam le fait avec talent. Cette aventure où le fantastique s'invite par le biais du chamanisme et des légendes, nous immerge dans cette autre planète des steppes mongoles et son mode de vie si éloigné du notre. Mais loin d'être perdu dans ce récit assez intemporel où Légende et Histoire se tirent la bourre, on se sent presque chez soi à courir derrière cette vitale soif de liberté. Merci donc aux auteurs pour ce GRAND bol d'air pur, d'aventure, de transe et de voyage et cette magnifique invitation à la réflexion sur la prédestination. Je n'oublie pas non plus l'excellent travail de l'éditeur : grand format, qualité de papier et petit supplément sous forme de conte illustré qui clôt à merveille ce petit bijou. A lire sans faute !
Cinq mille kilomètres par seconde
Je suis avant tout surpris quand au nombre d'avis négatifs, voire durs, sur cette oeuvre. Qu'elle soit primée ou non a Angoulême m'importe peu, ce qui m'importe c'est ce qu'elle me fait. A l'inverse de pas mal de gens ici, j'ai été pour ma part subjugué par le dessin, d'une beauté rare. Chaque case est un tableau, j'aime à l'ouvrir pour en admirer les planches (j'ai eu la même sensation pour Ibicus, ou encore le bleu est une couleur chaude). J'aimes les histoires de vie, mais il n'y a pas que çà, ça parle de relations humaines et çà en parle bien. J'entends des comparaisons avec Kundera, autant je peux m'emmerder sec avec Kundera, autant là j'ai été happé, et ma lecture m'est resté longtemps en tête, autant l'histoire, touchante, que le graphisme. Je mets un 4,5 (arrondi au dessus), parce que c'est un coup de coeur, et parce que c'est une de mes plus belles lectures de ces dernières années. On a pas l'occasion de voir tous les jours des bds de cette qualité. N.B : j'aurais aimé voir si les notes auraient été les mêmes si cette BD n'avait pas été primée à Angoulême et si ce prix n'avait pas déchaîné les passions.
Murena
Avis après lecture du tome 9 Murena, c'est rebutant de prime abord, mais l'intrigue se met en place en fin de premier tome. Ici, il ne s'agit pas vraiment d'action, on est plus dans la psychologie du personnage et le cynisme des intrigues. Prenant place dans la Rome antique, sous le règne de Néron, nous suivons les vies et morts de plusieurs protagonistes qui vont se croiser, s'aimer et se déchirer dans un moment charnière du monde, entre le déclin de l'empire romain et l'apparition du christianisme. La force du récit, c'est de mêler fiction et réalité, en guidant d'une part le lecteur vers une approche documentaire de la période tout en apportant une bonne dose de divertissement à base de violence, de sexe, de trahison et autres retournements de situation astucieux. Quand le tout est porté par un dessin fin et dynamique, à la beauté esthétisante, on touche au sublime dans le genre, ne souffrant d'aucune baisse de régime jusqu'à présent.
De Cape et de Crocs
Une bande dessinée qui sort de l'ordinaire, voilà la première pensée qui me vient à l'esprit pour parler de "De Cape et de Crocs". Les dialogues sont superbes, inspirés du théâtre du 17è siècle sans pour autant être pénible à lire pour ceux qui n'en raffolent pas, et nos héros nous entraînent dans des aventures rocambolesques et bourrées d'humour! Le dessin pour sa part n'est pas en reste, j'aime beaucoup la colorisation, avec un choix de couleur dominante par page ou double-page qui donne un rendu magnifique. Si je dois faire un petit reproche à cette série c'est qu'un ou deux albums de la série sont un peu en-dessous des autres pour le scénario(plutôt vers la fin), mais attention, nous parlons ici d'une série qui place la barre très haut à chaque volume! Dessin: 4.75/5 Scénario: 5/5 (vol 1-7) 4/5 (vol 8-10) Global: 4.5/5 Je recommande bien-entendu!
Moi René Tardi prisonnier de guerre au stalag IIb
Il y a des séries dont la lecture vous laisse un sentiment particulier, vous change, titille votre esprit au point que vous y repensez souvent. Ca été le cas pour moi avec cette série, véritable coup de coeur. Pourtant, un peu déçu par Adèle Blanc-Sec du même auteur, qui constituait alors ma seule expérience avec Tardi, je n'attendais pas grand chose de cet album, juste de la curiosité, attisée par les avis favorables du site. Tout d'abord, la couverture est remarquable, d'un rouge pétant, elle saute au yeux, c'est la couleur du sang, tant versé à cette époque qu'elle en a dégoûté la famille Tardi, père et fils, les deux personnages principaux de ce récit biographique. Le rouge est présent par petites touches dans cet ouvrage en noir et blanc, ce qui permet de souligner un détail particulier comme un drapeau nazi dans les rues de Berlin par exemple. J'ai beaucoup aimé la façon dont la narration était menée. L'idée pour l'auteur de se mettre en abyme en tant qu'enfant, aux côtés de son père, tout au long de l'histoire, est fantastique. On sent bien que Jacques Tardi redécouvre son père dans cet ouvrage, et qu'il a eu une relation très particulière avec ce dernier, René, dont le caractère a été changé par des années de détention, puis par l'absence de reconnaissance, voire un certain dédain envers lui après la guerre. La richesse de ce témoignage authentique est inestimable. On apprend que les faits, authentiques, retranscrits dans les années 80 par René Tardi sur des cahiers d'écolier, ont été à peine modifiés. On sent que ce travail, mené en famille, a mûri longtemps, comme un bon vin se bonifie. J'ai donc dévoré cette série, avide que j'étais de savoir ce qui s'était passé dans ces Stalag, au sujet desquels on parle peu, car en effet, de cette guerre, on parle beaucoup des résistants et des camps d'extermination, mais pas de ces camps là, dont les conditions de vie était très rudes elles aussi... J'ai apprécié le fait que l'humour n'était pas totalement absent de cet ouvrage pourtant pas spécialement gai. J'ai beaucoup aimé l'anecdote de "Hello boy (prononcer bois !)", très drôle, preuve supplémentaire s'il en est besoin, que l'humour est un don permettant parfois de s'évader du quotidien le plus morne. Amateur d'histoire, cette lecture m'a donné envie d'en savoir plus sur mon propre grand-père. J'ignorais qu'il avait fait toute la guerre dans l'armée française puis l'armée alliée, et son périple a été hallucinant. Je découvre les témoignages concret de cette époque, son livret militaire, sa croix de la guerre du désert, son sarouel, vestige de la progresion des alliés vers le nord est africain. Cette lecture m'a passionné, changé quelque part, et m'a fait découvrir une facette de ma propre famille que je ne soupçonnais pas. Inoubliable pour moi... (213)
Comanche
En BD réaliste western, il y a Blueberry devant, et juste après, Comanche se hisse pour moi très prés. C'est dommage que cette série ait été un peu sabordée par Hermann qui à l'époque dessinait déjà comme un dieu, pour se consacrer à Jeremiah et d'autres Bd indépendantes, je trouve que Greg aurait dû conclure après 8 albums. Quoi qu'il en soit, c'était une de mes séries préférées dans le journal Tintin, et en fan de western, j'y retrouvais plein d'images cinématographiques. Hermann va atteindre une perfection avec Comanche, et l'influence de Giraud est totalement assimilée, le trait est ici plus puissant, de même que l'influence du cinéma se reconnaît dans le découpage, les décors et les images cultes (voir la première apparition de Red Dust qui est un clin d'oeil évident à John Wayne dans "la Chevauchée fantastique" ; même posture du gars avec sa winchester et sa selle faisant signe à la diligence). A la différence des autres grandes séries de l'époque comme Blueberry ou Jerry Spring, Comanche c'est le western de la terre, car c'est d'abord la vie d'un ranch situé près de la bourgade de Greenstone Falls au Wyoming ; l'action tourne donc presque essentiellement autour de cet environnement qu'il faut rendre attractif pour retenir le lecteur. Greg, avec son génie habituel, impose des personnages solidement typés : Comanche est une jeune et jolie métisse qui a hérité de son père le Tripe Six, elle garde longtemps son tempérament farouche qui l'aide à supporter l'adversité. C'est alors qu'apparaît un jour le rouquin frisé Red Dust, sorte de cowboy tête brûlée à la force tranquille, qui a roulé sa bosse un peu partout dans l'Ouest. Très vite subjuguée par cet inconnu très habile au revolver, Comanche lui offre la place de contremaître, et entre eux vont naître des sentiments que Greg sera obligé de réfreiner (on est en 1969, et la série est publiée dans un hebdo pour la jeunesse). Mais Red va en plus acquérir une épaisseur et devenir le vrai héros de la série. D'autres personnages gravitent autour de ce faux couple pour égayer quelques séquences et donner encore plus de corps aux récits. Après un ton classique centré autour du ranch, Greg décrit un Ouest en pleine mutation, la jeune métisse est récupérée par la bourgeoisie montante et n'a plus rien de la fière rebelle au grand coeur des débuts, de même que Dust est lui aussi happé par le système en développement et devient sheriff de Greenstone Falls qui s'agrandit et reçoit le chemin de fer, il est donc responsable d'une communauté. Cet aspect est très bien démontré au fil des albums, et les derniers récits atteindront ainsi une curieuse ambiguïté. Le succès rejaillit sur Hermann, mais en 1982, il décide de se consacrer à des séries plus personnelles ; repris par Rouge, la série perd un peu en aura, mais le tout forme un ensemble d'une grande richesse, très plaisant à lire, n'hésitez pas un instant, c'est de la grande BD, surtout les 4 premiers albums qui forment un cycle tout à fait prodigieux.