Les derniers avis (31941 avis)

Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série Sauvage ou la sagesse des pierres
Sauvage ou la sagesse des pierres

Cet album ressemble à un pari pour Vide Cocagne. C'est en effet un récit de plus de 200 pages, qui oscille sans cesse entre le récit intimiste et le livre-univers, qui propose une plongée dans l'âme humaine en même temps qu'une sorte d'initiation à la nature. C'est bien sûr une histoire profondément écologiste, ou plutôt naturaliste, un thème cher à Thomas Gilbert (Oklahoma Boy, Bjorn le Morphir), qui trace une trajectoire très particulière dans la bande dessinée. Laissée à elle-même après un accident en forêt, l'héroïne décide de retourner aux racines, de ne faire qu'une avec la nature. Mais celle-ci est multiple, complexe, et n'est peut-être pas prête à l'accueillir. Sans compter que ses démons restent avec elles. Le récit est vraiment prenant, plein de sensualité, et l'on ressent avec Sauvage tous les effets de la nature : le soleil sur la peau, l'herbe qui grandit quand on se couche dedans, la faim qui nous tenaille... En revanche très peu de peur, la nature est plutôt bienveillante, ou plutôt douce. Graphiquement Gilbert s'est totalement lâché dans ce gros opus, on sent qu'il a pris beaucoup de plaisir à dessiner de superbes paysages de forêts, de retenues d'eau, de cascades, de pentes herbues... L'ensemble est nerveux, très dynamique, débridé, avec ce trait charbonneux et intense. Un vrai plaisir.

15/06/2017 (modifier)
Couverture de la série The Shadow Hero
The Shadow Hero

En 1944, en plein “âge d'or” des comics et durant la Seconde Guerre mondiale, un certain Chu Hing créa un éphémère personnage de super-héros appelé La Tortue Verte. Ce héros ne vécut que le temps de cinq aventures avant de disparaître. Mais il présentait la double originalité d'agir aux côtés des Chinois en lutte contre l'envahisseur nippon, et aussi d'être (probablement) le premier super-héros chinois. Probablement, car l'auteur se garda soigneusement de dévoiler son visage et ses origines… La première aventure de cette Tortue Verte de 1944 est reproduite en fin de l'album et on comprend un peu pourquoi la série est tombée dans l'oubli, tant elle aligne les poncifs et les facilités des comics de guerre, censés délivrer un message patriotique et dénigrer l'ennemi japonais : le héros et ses amis sont courageux et nobles, leurs ennemis fourbes et cruels, les rebondissements téléphonés… Toujours est-il que 70 ans plus tard, Gene Yang, lui même descendant d'immigrés chinois, a redécouvert le personnage et a décidé de le faire revivre en lui donnant un visage, une identité et un passé. Dans cette mini-série, nous assistons à la naissance du super héros connu sous le nom de « la Tortue Verte », sobriquet un peu ridicule et loin d'inspirer la terreur, reconnaissons-le. Ce détail donne le ton. Tout en restant fidèle aux éléments de la série d'origine, le scénariste instille une solide dose d'humour qui donne à son récit un ton léger et résolument moderne. Comment un jeune homme normal (sauf que sa peau devient rose et fluorescente quand elle est mouillée) choisi-t-il de se promener dans Chinatown vêtu d'un slip et couvert d'un cape sur laquelle figure une tortue ? Dans les Watchmen, Alan Moore nous explique que les encapés en collants sont des individus frustrés, psychopathes, à l'égo surdimensionné… Yang a une réponse tout aussi freudienne : si le jeune Hank devient un super héros, c'est parce que sa mère a décidé qu'il en serait un et qu'elle est particulièrement têtue ! Ses débuts sont hésitants et il multiplie des déboires dignes d'un Kick-Ass, d'autant plus que le zèle maternel lui cause autant de torts que les méchants qu'il est censé combattre. C'est avec beaucoup de dérision que l'auteur transforme ce garçon falot en véritable héros. Certaines scènes sont très drôles, et je comprends pourquoi son récit lui a valu un Eisner Award en 2015. Sonny Liew se charge du dessin. Lui aussi est d'origine asiatique, puisqu'il est né en Malaisie. Pour ce que je connais du genre, son style s'inspire de la tradition du manhua, que j'ai personnellement découvert avec la trilogie Une vie chinoise ; c'est un peu caricatural, avec des traits au pinceau qui donnent du volume aux personnages. Mais on sent aussi qu'il est tout imprégné de la culture des comics, et ses ambiances penchent aussi vers Le Spirit de la grande époque, celui d'Eisner himself. C'est original, dynamique, souvent beau, dans un style qui réussi à se faire remarquer au milieu de la production pléthorique des récits de super héros. Ce Shadow Hero est donc une belle découverte, qui m'a fait passer un bon moment de lecture, avec quelques tranches de franche rigolade. Je ne pense pas qu'une suite soit prévue, mais je la suivrais volontiers.

14/06/2017 (modifier)
Par Jérem
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Favorite
La Favorite

Un jeune garçon, élevé comme une fille par des grands-parents bourgeois et misanthropes, vit cloitré dans le manoir familial, caché du monde. Derrière ce script un peu « fait-divers », se cache un roman graphique magnifiquement orchestré par Matthias Lehmann. Dès le début de la lecture de ce volumineux album, on est immédiatement accroché par la vivacité de la mise en page, la puissance du récit et la grande maitrise narrative de l’auteur. L’histoire est absolument passionnante de bout en bout, portée par des personnages soignés, à la psychologie complexe. Le trait de Lehmann, original et inspiré, donne parfaitement le change à l’intrigue sombre et un brin claustrophobique. La Favorite est très, très bel album qui deviendra sans aucun doute l’un des immanquables du site. Et un très grand bravo à l’auteur !

14/06/2017 (modifier)
Par ArzaK
Note: 4/5
Couverture de la série Marshal Bass
Marshal Bass

Marshal Bass, premier shérif noir de l'histoire de l'ouest est chargé d'infiltrer un gang d'anciens esclaves affranchis qui sème la terreur dans tout l'Arizona. Il devra faire face à la méfiance du charismatique et cruel Milord, le chef blanc de la bande. Western à la violence assumée, Marshall Bass est d'une efficacité narrative et d'un impact visuel qui n'est pas sans rappeler la grande époque du western spaghetti. C'est cru, et le ton du scénario convient parfaitement au dessin de Kordey qui évoque toujours Richard Corben tout en ayant sa personnalité propre.

14/06/2017 (modifier)
Par ArzaK
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Idéal Standard
Idéal Standard

Le neuvième art est un art de l'essentiel. L'auteur ne peut pas s'y étendre sur des centaines de pages comme le romancier, il faut couper, éluder, suggérer ce qui se passe entre les cases. On reproche parfois à la bd d'être trop réductrice, d'user de personnages à la psychologie stéréotypée et de raccourcis scénaristiques. C'est qu'il est difficile de faire entrer la complexité du monde dans de petites cases. Il faut dès lors reconnaître aux meilleurs auteurs le talent de savoir dire plus avec moins, d'aller à l'essentiel tout un suggérant dans le détail. Cette impérieuse contradiction me semble parfaitement illustrée par "Idéal standard" d'Aude Picault. Voici une bande dessinée romanesque et psychologique sans récitatif, dont le graphisme, le découpage, le côté épuré des décors vont à l'essentiel mais n'oublient pas ces détails qui donneront corps au récit et à la psychologie de son héroïne : le sous-entendu d'une parole, le caractère métaphorique d'une situation, l'attitude contradictoire d'un personnage, un décadrage, la subtile ellipse temporelle entre deux cases...  Cette histoire de célibataire en pleine crise de la trentaine ne passionnera sans doute pas à priori tout le monde, mais n'importe quel amateur de bd devrait sans peine reconnaître à Aude Picault une haute maîtrise de cet équilibre difficile entre le détail et l'essentiel qui lui permet de dépasser son sujet et d'avoir un vrai propos. On n'a pas ici affaire à un ultime avatar du Journal de Bridget Jones, on n'est pas dans la comédie romantique de base, "Idéal standard" met en scène avec force les contradictions de la femme occidentale postmoderne et sa difficulté à trouver l'épanouissement personnel, tiraillée sans fin entre idéal féministe et conformité sociale. 

14/06/2017 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
Couverture de la série Désintégration - Journal d'un conseiller à Matignon
Désintégration - Journal d'un conseiller à Matignon

J'ai toujours un petit faible pour les bds qui racontent une expérience politique sans doute pour l'avoir vécu dans ma jeunesse dans une autre vie faite d'espoir et au contact d'un homme politique ayant eu l'ambition de se présenter tout récemment à une élection présidentielle. Il est arrivé la même douche froide à l'auteur qui va se confronter avec la réalité du pouvoir et de ses arcanes qu'il faut bien maîtriser pour faire passer un projet. Il se rendra compte que les attaques les plus féroces proviennent de votre propre camp. L'analyse qui est faite de la vie politique est bonne surtout pour quelqu'un venant de la société civile. Cela se rapproche un peu de la bd Quai d'Orsay que j'avais grandement apprécié mais avec l'humour en moins. On va s’intéresser à l’action du gouvernement de Jean-Marc Ayrault sous la présidence de François Hollande. On sait ce qu'il est advenu de ces deux hommes par la suite. Pourtant, les faits sont si récents (période couverte 2013-2014 avec un petit saut en 2016 à la fin). Les thèmes de prédilections évoqués sont l'intégration sociale d'où le titre qui va à contre-pied. Et dire que c'était un gouvernement soi-disant de gauche... Pour ceux qui s'intéressent à la politique, cela sera véritablement passionnant. Les amateurs de vieilles bds datant des années 60 et 70 devront impérativement s'abstenir de préférence car ils ne sont pas prêts à affronter la modernité de notre monde et ni à comprendre ses méandres et sa complexité. J'ai beaucoup aimé le travail des auteurs qui ne font pas dans la concession tout en restant juste et avec une pointe d'humilité qui les honorent.

13/06/2017 (modifier)
Par yaglourt
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série One-Punch Man
One-Punch Man

La grande originalité de ce manga est qu'il dynamite les codes stricts du shonen. Là où normalement le héros progresse lentement et péniblement, Saïtama (le fameux "one-punch man") est absurdement fort ("OP" - overpowered) dès le départ, et ceci sans avoir rien fait de spécial à part quelques exercices physiques classiques (ça fait partie du gag). D'ailleurs cette surpuissance est devenue un problème pour lui, il regrette le frisson des combats, il s'ennuie dans son métier (son "hobby", selon lui) de héros. Autre exemple : à l'inverse d'un héros de shonen qui par son charisme se fait entourer d'amis fidèles, Saïtama est un solitaire qui aime la discrétion et la tranquillité (tout juste tolère-t-il la présence d'un disciple car celui-ci paie le loyer et fait le ménage !). L'absurdité de ce personnage est un moteur de l'humour de ce manga, mais il faut aussi ajouter toute une galerie de super-héros et de monstres tous aussi ridicules les uns les autres, que ce soit leur apparence, leur patronyme ou leurs pouvoirs. Ce sont ces super-héros secondaires et souvent intéressants qui donneront lieu à des combats sympathiques (du moins qui ne se règlent pas en un coup !). Quant au dessin de grande qualité, il est réalisé par un mangaka de tout premier ordre (Murata). Bref un anti-shonen qui ne se prend pas du tout au sérieux, et ça fait du bien. Je conseille d'aller voir aussi l'adaptation animée qui est à la hauteur du manga.

12/06/2017 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série The Valiant
The Valiant

Pour ma part, après avoir lu plusieurs séries issues de ce multivers Valiant, c'est celle-ci qui trouve le plus grâce à mes yeux. En effet elle se montre plutôt rythmée, intelligente, dense sans être bavarde, et contient cette dimension dramatique que les super-héros ont hérité de la langue shakespearienne. Matt Kindt et Jeff Lemire tiennent bien leur personnage principal, et lui adjoignent habilement les autres personnages de l'univers. La patte de Paolo Rivera est vraiment très agréable, on sent une véritable énergie s'en détaher, bien aidé il est vrai par son frère, Joe. Bref, à lire.

12/06/2017 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
Couverture de la série On fera avec
On fera avec

Les réflexions philosophiques sur le sens de la vie de Manu Larcenet m'ont toujours touché. Il se livre totalement et cela peut plaire ou pas au public toujours assez tranché le concernant. On peut certes trouver cela assez égocentrique dans un genre réflexions tourmentées d'un auteur qui se cherche et qui a besoin d'une thérapie grand public. Je retrouve le style que j'avais déjà entrevu dans Presque. Certes, ce sont des oeuvres de jeunesse mais qui sont déjà assez mâtures dans l'âme. Par la suite, il va juste perfectionner son trait pour être moins brouillon et minimaliste. L'oeuvre est faussement légère. La lecture est plutôt rapide et rythmée. On ne s'ennuie pas comme d'habitude. On sent déjà une certaine forme de noirceur qu'on retrouvera plus tard dans Blast par exemple ou Le Rapport de Brodeck. C'est un auteur bourré de talent qui saitt incontestablement bien montrer ou plutôt bien illustrer ses pensées les plus intimes ce qui n'est pas donné à tout le monde. A noter que j'ai lu une réédition datant de 2017 qui m'a permis de ne pas passer à côté.

11/06/2017 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Ulysse
Ulysse

3.5 Une adaptation des aventures d'Ulysse qui sent bon les années 70 avec ses pages souvent psychédéliques ! C'est vraiment le genre d'oeuvre où soit on embarque dans le délire des auteurs, soit on passe à coté et en s'enfuit ferme. Je pourrais comprendre que, par exemple, un lecteur de mon âge lise cet album et trouve que cela a mal vieilli. Personnellement, j'ai embarqué dans cette adaptation de l’Odyssée où on retrouve un mélange de mythologie grec, de science-fiction et d'érotisme. Le scénario est prenant et j'aime particulièrement le récit avec les sirènes que j'ai trouvé assez original. Lob était vraiment un génial scénariste disparu trop-tôt. Le dessin de Pichard est bon, quoique je ne trouve pas que ses femmes nues soient particulièrement sexy.

11/06/2017 (modifier)