"Play with fire" nous propose le témoignage puissant de son autrice Nicoz Balboa sur ses interrogations, ses errements, ses doutes incessants et sur son long chemin caillouteux de la recherche de son identité sexuelle.
Armée de son talent de dessinatrice qui lui permet d'exercer dans le tatoo, Nicoz Balboa nous redessine le long fleuve tumultueux de ses expériences et de sa quête identitaire. D'abord en couple avec un homme, dont elle aura une fille adorée, elle (re)découvre assez vite son attirance pour les femmes. Son coming out ne se fait pas du jour au lendemain, et ses questionnements son légions avant qu'elle ne franchisse le pas. S'ensuit alors la découverte de cette nouvelle sexualité dans laquelle elle s'épanouit, mais les relations compliquées pointent aussi le bout de leur nez ; qu'elles soient géographiques, caractérielles ou tout simplement parce que ses partenaires se cherchent aussi, les raisons ne manquent pas pour envenimer la situation... D'autant que Nicoz continue de se chercher aussi s'interrogeant profondément sur "son" genre... Heureusement ses ami(e)s et sa fille forgent un socle solide sur lequel elle sait pouvoir compter, même si parfois les déconvenues sont rudes !
Tel un carnet de voyage ou un journal intime, cet album d'un peu plus de 200 pages qui surprendra certainement certains par sa forme et d'autres pour son fond, demande à être apprivoisé. Tel un voyage qui vous transforme, Nicoz Balboa nous livre ici un témoignage juste, parfois drôle, parfois cruel sur son cheminement personnel. Son trait minimaliste, limite expressionniste, qui renvoie à son talent de tatoueuse, illustre à merveille cette quête de sens, de genre et de liberté.
A découvrir !
Max et Moritz, 2 vilains garnements irrécupérables, déroulent dans des petites histoires où il n'y pas vraiment de morale (on applaudit lorsqu'ils se prennent une fessée par le boulanger et la fois d'après les rôles s'inversent). Peut-être nous échappe-t-elle car ces histoires ont été écrites avant le 20ème siècle où le grivois et la drôlerie étaient de tradition, dans la lignée des héros Rabelaisiens ou encore des compagnons Renart et Ysengrin.
Un livre que j'ai découvert très jeune en allemand gothique donc incompréhensible. Mais les images se mettaient en mouvement et mon imagination comblaient les vides. Quel plaisir donc quand j'ai pu les relire en français et revoir les 2 chenapans briochés (oui encore le boulanger, il m'avait marqué).
Max et Moritz, ce sont donc des icônes à la lisière des contes illustrés de la bande dessinée, des histoires délicieusement drôles d'un quotidien passé, dessiné de manière dynamique, en rondeur et coloré, focalisé sur les personnages et l'action (seraient-ce des pièces de type comedia dell'arte, sommes-nous dans un théâtre?). L'ancêtre évident des livres pour enfant de Tomi Ungerer donc n'hésitez pas à sauter le pas.
La biographie fictive d'une cascadeuse chinoise qui tente sa chance à Hong-Kong.
Je ne suis pas un grand spécialiste de ce cinéma, mais le peu que je sais m'indique que ce que raconte le récit est réaliste. On va voir la pauvre cascadeuse se faire mal par moment vu que les conditions de tournages ne sont pas les mêmes qu'à Hollywood, elle est frustrée de ne jouer que des méchantes et elle va finir exploité par un producteur sans scrupule. J'imagine que les fans de cinéma made in Hong-Kong vont capter pleines de références que je n'ai pas vu. En tout cas, les seuls que j'ai comprises sont celles avec le producteur véreux qui est clairement une référence au vrai producteur Joseph Lai, une des figures récurrents dans les chroniques de Nanarland (avec même des références à son exploitation de l'acteur américain de série B Richard Harrison et au mystérieux incendie qui a touché son studio).
Le récit est très bien contenté, l'héroïne principale est attachante et j'ai bien aimé suivre son parcours fictif même si la fin me semble un peu trop exagérée. On voit que l'auteur aime ce cinéma même s'il n'a aucun problème pour montrer le coté glauque de cette industrie. La narration est fluide et le dessin est très bon. Il est très dynamique et les couleurs sont superbes.
Valérian et Laureline font partie de mes héros favoris. Leurs aventures m’ont régalé plus jeune et il m’arrive encore de les relire (je souligne car ce n’est pas le cas d’autres héros bien plus célèbres).
Cette revisite, concoctée par un Larcenet des grands jours, m’a plus que ravi. Nous ne sommes pas sur une simple déclinaison de nos héros spatio-temporels, l’auteur mélange son univers à celui de Mezières et Christin. Au final, une réussite, je prends mon pied à chaque lecture.
Lors de ma 1ère lecture, je m’étais fait avoir par le petit twist final, cette idée me plaît bien, un rien iconoclaste. J’aime beaucoup comment Larcenet utilise le matériau de base pour proposer sa version, de l’aventure humoristique mâtinée de Chez Francisque (pas ce que je préfère de l’auteur mais ici ça passe bien), l’utilisation des Shingouzs est juste magique, et nous voyons que très peu nos 2 héros finalement, ce qui ne m’a pas déplu, ni manqué, l’histoire fonctionnant très bien sans.
Au dessin, on retrouve son trait Bill Baroud, efficace et humoristique, de sacré bonnes bouilles. Mais ce dernier est sublimé par les couleurs de Jeff Pourquié, franchement réussies, elles participent grandement au plaisir de lecture.
A noter qu’une petite vingtaine d’auteurs (Dumontheuil, Trondheim, Libon, Edika, Cosey, Petillon …) ont participé à l’album, bien malin à celui qui saura identifier sans faute leurs apparitions.
Voilà un chouette hommage à la série mère, sous forme de faux pastiche.
J’adore.
4.5
Joe Hill, peu connu avant cette série (et c'est tant mieux car cela a évité un sticker racoleur sur les couvertures), a concocté un scénario bien huilé qui déroule ces 6 tomes comme sur du velours: le tome 1 sert à poser les bases, le 2 lance l'intrigue, le 3 accélère sur l'action etc. jusqu'au dernier tome qui pose une fin qu'on ne saurait avoir imaginée tant les possibilités offertes par cet univers sont nombreuses. En optant pour le fantastique pur, les auteurs ont sans doute dû décevoir des lecteurs ayant pris à cœur la psyché des personnages qui deviennent soudainement plus binaires, mais c'est un parti-pris, sans doute boosté par le patrimoine génétique de Stephen King.
Des cliffhangers de fou, des relances de donne grâce aux clés qui rendent les intervenants une fois invincibles et puis subitement vulnérables. Car oui, le vilain paraît, grâce à sa volonté surhumaine, avoir tous les atouts dans sa poche mais se retrouve acculé avant de mieux rebondir. De l'autre côté, la famille Locke et la bande lycéenne, se soudent petit à petit après l'acceptation des forces et faiblesses de chacun. Que ce soit Tyler le costaud, Bode le fantasque ou Scot le dandy, chacun se mettra à nu lors de cette balade sans retour.
Concluons par le dessin que l'on peut aimer ou non (comics oblige) mais dont la mise en page parfois très Art Nouveau ne que faire l'unanimité. Beaucoup d'inventivité sans incompréhensibilité, beaucoup de détails sans fouillis. Oui, vraiment au top sur ce coup-là.
Une série qui mérite pleinement d'entrer dans le best of des comics.
J'ai un défaut, en matière de lecture, je résiste rarement à la tentation de feuilleter la fin des albums, ou des séries, avant même d'avoir tout lu. Il n'est donc pas rare que certains effets du récit tombent à plat. Mais pour cette fois-ci, pas question que ça arrive. J'étais déterminé à lire d'une traite cette série dont j'avais plusieurs albums chez moi depuis longtemps, mais que je n'ai complétée que dernièrement, et que j'attendais donc de lire depuis un moment. Je commence donc le premier tome, le lit, ne comprend pas tout mais ai bien envie de lire la suite. Et là, je me rends compte que j'avais classé les bds de la série dans l'ordre décroissant. Je venais de lire l'intégralité du tome 6, et donc la conclusion de la série, sans avoir du tout lu les précédents tomes.
Autant dire que ma lecture a parfois été embrouillées, puisque je connaissais déjà certains personnages, ou ce qui allait leur arriver, et ça m'a enlevé un peu de sel à la lecture. D'habitude, je ne me spoile qu'une partie de l'intrigue, un point culminant, mais il reste toujours des zones d'ombres qui s'éclaircissent au fur et à mesure. Là, c'était un peu différent, je conaissais déjà toute la fin et ses détail. Sans compter qu'il y a pas mal de sauts dans le temps et de flashbacks qui m'ont encore plus fait douter de la chronologie de la narration.
Mais j'ai quand même beaucoup apprécié ma lecture, preuve de la réussite du duo Nury-Vallée pour cette histoire qui conte la vie de Joseph Joanovici, immigré qui fit fortune avant la guerre puis pendant, avant de terminer en disgrâce et sans le sou.
L'histoire est passionnante, elle permet de se replonger dans le contexte historique de la 2e guerre mondiale a travers les yeux d'un homme assez peu scrupuleux, mais qui se retrouve en vrai danger et qui fait tout pour échapper à son funeste destin. L'ambivalence du personnage principal est très bien rendue, avec d'un côté des actes souvent très égoïstes et parfois criminels et de l'autre des instants de prise de conscience et une volonté d'aider les autres, ou de sauver sa peau coûte que coûte. Difficile de ne pas comprendre ceux qui font de lui un salaud fini comme difficile de ne pas comprendre ceux qui le érigent en héros.
L'histoire de cet homme est passionnante, mais elle est aussi extrêmement bien racontée. Nury s'y connait pour dire de bonnes histoires, et il n'y a pas grand chose à redire sur la narration, peut être sur les sauts dans le temps dans les derniers albums mais vu que je n'ai pas lu dans l'ordre c'est peut être juste moi que ça a un peu perdu. C'est passionnant, on voit bien l'évolution de la personnalité du héros, et la différence entre cruelle froideur et moments de prise de conscience de ce qu'il est en train de devenir.
J'ai bien aimé cette ambivalence des personnages qui ne sont pas tout blancs ou tout noirs. Joseph est présenté comme ayant des côtés bons parfois, et le "petit juge de Melun", au contraire, alors qu'il sert une cause à priori juste, celle de la justice, est présenté avec des côté plus obscurs et s'assombrit au fur et à mesure du récit. Pareil pour les autres personnages, ils sont tous plutôt bien construits et intéressants, même si évidemment certains sont plus secondaires que d'autres et donc moins profonds, comme Lucie Fer qui est essentiellement le soutien de Joseph ou son frère qui le soutient coûte que coûte puis s'en détache. Mais ils restent tous intéressants et il n'y a pas un personnage ou je me suis dit que son développement était pas terrible.
Quant au dessin, c'est celui de Vallée. Il est comme d'habitude très bon, mais je note une différence avec les deux autres bds que j'ai lues de lui, à savoir Katanga et Tananarive. "Il était une fois en France" est antérieur à ces deux bds, et le style de Vallée n'en était pas au même stade de maturité.
Et j'avoue que je ne sais pas exactement ce que je préfère. Ce style là est plus réaliste (surtout pour ce qui concerne les têtes des personnages) et, pour un récit "historique", ce n'est pas plus mal. A l'inverse, le style "nouveau" de Sylvain Vallée est plus marqué et plus reconnaissable, mais les têtes particulières de certains personnages atténuent un peu ce côté réaliste. Mais au moins maintenant on reconnait tous les personnages alors que dans "Il était une fois en France" j'ai parfois eu un peu de mal.
Bref, quoi qu'il en soit, le dessin ici est très bon, même si j'aime bien quand les dessinateurs ont leur patte, leur petit truc particulier, et donc j'aime bien le chemin pris par le dessin de Vallée récemment.
Je conseille donc évidemment cette bd pour ceux qui seraient passés à côté.
Je ne sais pas si c'est le style de Serge Lehman qui ressemble beaucoup de celui de Frederik Peeters ou s'il a fait exprès de s'en approcher ici, mais j'ai vraiment cru lire un album du seul Peeters. J'y retrouve en effet pour commencer un décor plus ou moins Suisse comme cet auteur, la même originalité un peu étrange de ses scénarios, et surtout ce côté légèrement dérangeant, avec ses personnages en partie malaisants et une ambiance que je ressens comme étant moite, bizarre, avec des accents volontiers proches de David Lynch, en plus charnel dans le graphisme. Autant c'est une originalité que je loue dans les œuvres de Peeters, autant je n'y accroche en général pas toujours car elle me met mal à l'aise et m'empêche de me sentir proche des protagonistes.
J'ai donc ressenti ce léger malaise à la lecture de cette série mais en même temps une vraie curiosité. L'intrigue ne se laisse strictement pas deviner et bien malin qui saura prévoir les péripéties et retournements de situation nombreux qu'elle comporte. Elle laisse planer un voile de mystère qu'elle dévoile peu à peu pour laisser apparaitre de nouvelles inconnues intrigantes. Elle est rythmée et claire malgré ses nombreux personnages et changements de lieux. Et comme dans les bons scénarios, on réalise qu'il peut arriver n'importe quoi aux personnages qu'on pensait être des héros théoriquement destinés à s'imposer et à survivre. Et évidemment, il y a le dessin de Peeters qui est toujours aussi maitrisé et intense.
Du coup, malgré le léger malaise que me fait ressentir cette BD, j'ai été accroché par son intrigue et l'envie de savoir la suite, notamment après la page finale du second tome qui laisse enfin apparaitre le fameux frère du détective, visiblement au cœur de toute l'intrigue.
Cette bande dessinée fait partie des toutes premières publiées par une nouvelle maison d'édition, Black river, spécialisée dans le comics.
Une adaptation d'une nouvelle de Neil Gaiman qui a remporté le prix Hugo de la meilleure nouvelle courte en 2004. Je découvre l'intrigue avec ce comics.
Une histoire inclassable qui fait se mélanger l'univers de HP Lovecraft avec son Cthulhu et celui de Arthur Conan Doyle avec son Sherlock Holmes. Je ne peux pas trop en dire, il faut garder les effets de surprises.
Un détective ou plutôt enquêteur consultant et un vétéran de retour d'Afghanistan décident de s'installer ensemble à Baker Street. Notre couple ainsi formé ne va pas tarder à se mettre à l'ouvrage suite à un horrible assassinat digne de Jack l'éventreur, mais ici le sang a une couleur vert émeraude.
Un scénario remarquable, ici, ni de Sherlock Holmes, ni de docteur Watson (quoique), mais nos protagonistes possèdent leurs caractéristiques (pouvoir de déduction, art du déguisement, flegme britannique....) sur fond de fantastique lovecraftien. Une combinaison réussie qui vous surprendra avec une reine Victoria comme vous ne l'avez jamais vue. J'ai été happé dès les premières planches par cette histoire extra-ordinaire.
Les références fantastiques ne se limitent pas seulement à celles ci-dessus et vous pourrez le vérifier avec les affiches publicitaires glissées avant chaque chapitre.
Les auteurs ont conservé les phrases de Neil Gaiman, un choix gagnant.
Son seul reproche, sa faible pagination, les 80 pages se dévorent trop rapidement.
Un dessin qui retranscrit magnifiquement un Londres sous l'époque victorienne bien aidé par de superbes couleurs.
Un trait vif, acéré et dynamique.
Du beau travail.
Une lecture vraiment plaisante.
J'attendais un tome consacré à Clovis dans cette collection, ça me manquait, je le désirais autant que certains autres, le voila enfin, et contrairement à César ou François Ier, celui-ci ne m'a pas déçu. Je suis tellement passionné par ce règne et ce personnage emblématique de l'Histoire de France, et je suis si fasciné par cette époque mérovingienne en Gaule que j'ai lu beaucoup d'ouvrages, je connais donc très bien cette période.
A l'instar de Vercingétorix, Clovis le roi des Francs, a été hissé au rang de héros national par les historiens de la IIIème République et utilisé à des fins politiques et d'orgueil national car son image possède une forte charge symbolique.
Il est évident qu'il tient une place indéniablement importante dans l'Histoire de France, et ce pour plusieurs raisons :
- il fut le premier roi chrétien de France (enfin, la Francie qui n'était pas encore tout à fait la France mais qui allait le devenir).
- il a tracé son chemin à la force du poignet et de sa francisque, car au départ il n'était qu'un roitelet de souche germanique qui a émigré à l'ouest, et qui va devenir le roi des Francs saliens, avec un code (le Wergeld) et des lois strictes malgré l'aspect encore barbare et agité de ces guerriers.
- il balaie les décombres de ce qu'il reste de la présence romaine en Gaule, symbolisée par Syagrius ; son nom est évoqué dans l'album, mais je regrette qu'on ne le voit pas, car lorsque Alaric renvoie Syagrius enchaîné à Clovis par crainte de lui déplaire, Clovis aurait dit "Alaric a peur de moi, voila qui est bien. Qu'on le garde", puis il aurait murmuré "Qu'on l'égorge". Cet épisode est significatif de la puissance du roi des Francs qui utilisait la crainte pour asseoir son pouvoir face à ses ennemis.
- il fonde la dynastie des Mérovingiens qu'il étendra quasiment sur toute la Gaule.
- il choisit pour capitale Paris.
- il accepte le baptême chrétien à Reims par l'évêque Rémi car il comprend vite ce que représente l'Eglise, ce qui conditionnera tous les sacres des rois de France à Reims.
- il continue ses conquêtes avec l'assentiment de l'Eglise, et se débarrasse de tous les barbares encore non christianisés (les Alamans à Tolbiac, les Wisigoths d'Alaric à Vouillé...) qui pouvaient lui faire de l'ombre.
- il unifie le pays en mélangeant les coutumes païennes au droit romain.
Comme on le voit, Clovis est à l'origine de plusieurs éléments qui ont bâti ce que sera la future France.
Chef de guerre qui usera de méthodes brutales et d'actes sanguinaires pour imposer son autorité (symbolisés par l'épisode du Vase de Soissons), guerrier et roi avisé, fin politique, Clovis fera aussi allégeance à Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths qui régnait en Italie (et qui épousera une de ses soeurs). A ne pas confondre avec Théodoric Ier, roi des Wisigoths en Espagne et en Aquitaine, qui mourut aux fameux Champs Catalauniques en 451 (défaite d'Attila). Clovis aura aussi l'intelligence d'épouser Clotilde, princesse burgonde catholique.
Ce qu'on connait de Clovis se résume surtout par des faits d'armes, son baptême et le Vase de Soissons, mais nombre de légendes ont été colportées sur lui pour le magnifier, car son règne et ses actes ont été relatés par Grégoire de Tours dans sa célèbre HISTOIRE DES FRANCS, ouvrage écrit 60 ans après la mort de Clovis. Combien de fois l'ai-je lu ? c'est un document précieux, il est capital sur l'organisation du royaume Franc et sur Clovis, mais ce bon Grégoire a "inventé", réinterprété ou arrangé de nombreux faits historiques. L'épisode du vase est sans aucun doute réel, il s'est probablement déroulé dans les conditions qu'on connait, seules les paroles employées diffèrent ; à l'école primaire, j'avais appris "Souviens-toi du vase de Soissons", chez Grégoire de Tours et dans plusieurs monographies sur Clovis, on lit "Ainsi tu fis au vase à Soissons"... tout de suite, c'est moins théâtral. Cet épisode a pu être enjolivé par Grégoire car il est essentiel, il nous renseigne sur la façon dont Clovis se faisait respecter par ses hordes de guerriers mal dégrossis qui ne pensaient qu'au pillage et à s'enivrer à l'hydromel. Dans cet album, les auteurs consacrent 2 pages au vase, je trouve que c'est très bien car ça montre l'autorité de Clovis.
Ainsi, avec tous ces faits légendaires, il était difficile voire casse-gueule pour les auteurs de conter l'histoire de Clovis. En fait, ils ne se sont guère foulés car ils ont repris à 80% ce qu'on voit dans Histoire de France en Bandes Dessinées de Larousse en 1976 ; ils ont pris le parti de raconter les faits en n'occultant pas les épisodes les plus célèbres parce qu'on ne sait à peu près rien d'autre de nouveau sur Clovis, la seule source vraiment valable étant celle de Grégoire de Tours. J'ai lu plusieurs ouvrages sur Clovis et les Mérovingiens, dont la grosse bio de Michel Rouche chez Fayard (1996), ouvrage qui date un peu maintenant, mais tous sont à peu près identiques et s'appuient sur l'Histoire des Francs en tentant bien évidemment de lire entre les lignes.
Dans cet album, le dessin, la narration, la mise en pages et le dialogue sont certes modernes (et même un peu trop modernes, je n'aime pas certaines formules trop 21ème siècle), mais il n'y a rien de vraiment nouveau, les auteurs se contentant de reprendre tout ce qui est connu, y compris la plupart des mots célèbres ("Courbe la tête fier Sicambre, brûle ce que tu as adoré, adore ce que tu as brûlé"). Il y a même une petite erreur chronologique car le mariage avec Clotilde a eu lieu avant la bataille de Tolbiac et non après. Et pourtant j'aime cet album parce que justement, pour un néophyte qui ne connait rien de cette période, il apprendra tout ce qu'il faut savoir sur Clovis. Et puis dans cette collection, il fallait une bio dessinée de Clovis, c'eut été impensable d'occulter un tel personnage historique.
Là dessus, j'aime bien la qualité du dessin, il est très différent et moins policé que sur 3 Souhaits, le trait est épais et chargé, il retranscrit bien cette époque barbare, avec des scènes de combat farouches (un peu hâtives, ça dépend comme on les regarde), et une alternance de cadrages classiques et de double-pages panoramiques, des angles insolites, de même que la représentation et le visage de Clovis me conviennent, je le trouve très viril, plein d'autorité et conforme aux portraits et peintures que l'on connait, bref ça a de la gueule, et il fallait ce genre de dessin pour ce genre de bande. Un bon album.
L’Homme serait-il trop plein de certitudes ? Prompt au jugement hâtif ? La bêtise humaine est sans limites et les réflexes racistes ne sont jamais très loin. Voilà ce que nous enseigne cet album à travers l’histoire qui, au départ, commence tranquillement, comme un récit de marins et de capitaine, d’injustice et d’égos mal placés. Mais très vite, on comprend la haine qui habite le capitaine, la haine de l’Anglais, l’ennemi de toujours. Au fil de l’histoire, on découvre son pendant anglais : la haine du Français. Tout cela rappelle de très mauvais souvenirs dans l’histoire dans lesquels les niveaux de stupidité, de haine et de malhonnêteté intellectuelle étaient comparables. Le dessin est superbe et ses couleurs douces et grisâtres - comme le ciel anglais certains jours - donnent le ton : c’est déprimant à souhait. Les acteurs de ce drame brillent par leur bêtise et leur inculture, leur xénophobie et leur aveuglement idiot. Ils ont trouvé un bouc émissaire en la personne d’un singe et vont chercher tous les arguments possibles pour convaincre ceux qui pourraient encore douter que ce singe est bien… un maudit Français. La cruauté de la rumeur, la pression du groupe social, la fabrication d’un coupable idéal… Une belle leçon à méditer…
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Play with fire
"Play with fire" nous propose le témoignage puissant de son autrice Nicoz Balboa sur ses interrogations, ses errements, ses doutes incessants et sur son long chemin caillouteux de la recherche de son identité sexuelle. Armée de son talent de dessinatrice qui lui permet d'exercer dans le tatoo, Nicoz Balboa nous redessine le long fleuve tumultueux de ses expériences et de sa quête identitaire. D'abord en couple avec un homme, dont elle aura une fille adorée, elle (re)découvre assez vite son attirance pour les femmes. Son coming out ne se fait pas du jour au lendemain, et ses questionnements son légions avant qu'elle ne franchisse le pas. S'ensuit alors la découverte de cette nouvelle sexualité dans laquelle elle s'épanouit, mais les relations compliquées pointent aussi le bout de leur nez ; qu'elles soient géographiques, caractérielles ou tout simplement parce que ses partenaires se cherchent aussi, les raisons ne manquent pas pour envenimer la situation... D'autant que Nicoz continue de se chercher aussi s'interrogeant profondément sur "son" genre... Heureusement ses ami(e)s et sa fille forgent un socle solide sur lequel elle sait pouvoir compter, même si parfois les déconvenues sont rudes ! Tel un carnet de voyage ou un journal intime, cet album d'un peu plus de 200 pages qui surprendra certainement certains par sa forme et d'autres pour son fond, demande à être apprivoisé. Tel un voyage qui vous transforme, Nicoz Balboa nous livre ici un témoignage juste, parfois drôle, parfois cruel sur son cheminement personnel. Son trait minimaliste, limite expressionniste, qui renvoie à son talent de tatoueuse, illustre à merveille cette quête de sens, de genre et de liberté. A découvrir !
Max et Moritz
Max et Moritz, 2 vilains garnements irrécupérables, déroulent dans des petites histoires où il n'y pas vraiment de morale (on applaudit lorsqu'ils se prennent une fessée par le boulanger et la fois d'après les rôles s'inversent). Peut-être nous échappe-t-elle car ces histoires ont été écrites avant le 20ème siècle où le grivois et la drôlerie étaient de tradition, dans la lignée des héros Rabelaisiens ou encore des compagnons Renart et Ysengrin. Un livre que j'ai découvert très jeune en allemand gothique donc incompréhensible. Mais les images se mettaient en mouvement et mon imagination comblaient les vides. Quel plaisir donc quand j'ai pu les relire en français et revoir les 2 chenapans briochés (oui encore le boulanger, il m'avait marqué). Max et Moritz, ce sont donc des icônes à la lisière des contes illustrés de la bande dessinée, des histoires délicieusement drôles d'un quotidien passé, dessiné de manière dynamique, en rondeur et coloré, focalisé sur les personnages et l'action (seraient-ce des pièces de type comedia dell'arte, sommes-nous dans un théâtre?). L'ancêtre évident des livres pour enfant de Tomi Ungerer donc n'hésitez pas à sauter le pas.
The Golden Path - Ma vie de cascadeuse
La biographie fictive d'une cascadeuse chinoise qui tente sa chance à Hong-Kong. Je ne suis pas un grand spécialiste de ce cinéma, mais le peu que je sais m'indique que ce que raconte le récit est réaliste. On va voir la pauvre cascadeuse se faire mal par moment vu que les conditions de tournages ne sont pas les mêmes qu'à Hollywood, elle est frustrée de ne jouer que des méchantes et elle va finir exploité par un producteur sans scrupule. J'imagine que les fans de cinéma made in Hong-Kong vont capter pleines de références que je n'ai pas vu. En tout cas, les seuls que j'ai comprises sont celles avec le producteur véreux qui est clairement une référence au vrai producteur Joseph Lai, une des figures récurrents dans les chroniques de Nanarland (avec même des références à son exploitation de l'acteur américain de série B Richard Harrison et au mystérieux incendie qui a touché son studio). Le récit est très bien contenté, l'héroïne principale est attachante et j'ai bien aimé suivre son parcours fictif même si la fin me semble un peu trop exagérée. On voit que l'auteur aime ce cinéma même s'il n'a aucun problème pour montrer le coté glauque de cette industrie. La narration est fluide et le dessin est très bon. Il est très dynamique et les couleurs sont superbes.
Valérian - L'Armure du Jakolass
Valérian et Laureline font partie de mes héros favoris. Leurs aventures m’ont régalé plus jeune et il m’arrive encore de les relire (je souligne car ce n’est pas le cas d’autres héros bien plus célèbres). Cette revisite, concoctée par un Larcenet des grands jours, m’a plus que ravi. Nous ne sommes pas sur une simple déclinaison de nos héros spatio-temporels, l’auteur mélange son univers à celui de Mezières et Christin. Au final, une réussite, je prends mon pied à chaque lecture. Lors de ma 1ère lecture, je m’étais fait avoir par le petit twist final, cette idée me plaît bien, un rien iconoclaste. J’aime beaucoup comment Larcenet utilise le matériau de base pour proposer sa version, de l’aventure humoristique mâtinée de Chez Francisque (pas ce que je préfère de l’auteur mais ici ça passe bien), l’utilisation des Shingouzs est juste magique, et nous voyons que très peu nos 2 héros finalement, ce qui ne m’a pas déplu, ni manqué, l’histoire fonctionnant très bien sans. Au dessin, on retrouve son trait Bill Baroud, efficace et humoristique, de sacré bonnes bouilles. Mais ce dernier est sublimé par les couleurs de Jeff Pourquié, franchement réussies, elles participent grandement au plaisir de lecture. A noter qu’une petite vingtaine d’auteurs (Dumontheuil, Trondheim, Libon, Edika, Cosey, Petillon …) ont participé à l’album, bien malin à celui qui saura identifier sans faute leurs apparitions. Voilà un chouette hommage à la série mère, sous forme de faux pastiche. J’adore.
Locke & Key
4.5 Joe Hill, peu connu avant cette série (et c'est tant mieux car cela a évité un sticker racoleur sur les couvertures), a concocté un scénario bien huilé qui déroule ces 6 tomes comme sur du velours: le tome 1 sert à poser les bases, le 2 lance l'intrigue, le 3 accélère sur l'action etc. jusqu'au dernier tome qui pose une fin qu'on ne saurait avoir imaginée tant les possibilités offertes par cet univers sont nombreuses. En optant pour le fantastique pur, les auteurs ont sans doute dû décevoir des lecteurs ayant pris à cœur la psyché des personnages qui deviennent soudainement plus binaires, mais c'est un parti-pris, sans doute boosté par le patrimoine génétique de Stephen King. Des cliffhangers de fou, des relances de donne grâce aux clés qui rendent les intervenants une fois invincibles et puis subitement vulnérables. Car oui, le vilain paraît, grâce à sa volonté surhumaine, avoir tous les atouts dans sa poche mais se retrouve acculé avant de mieux rebondir. De l'autre côté, la famille Locke et la bande lycéenne, se soudent petit à petit après l'acceptation des forces et faiblesses de chacun. Que ce soit Tyler le costaud, Bode le fantasque ou Scot le dandy, chacun se mettra à nu lors de cette balade sans retour. Concluons par le dessin que l'on peut aimer ou non (comics oblige) mais dont la mise en page parfois très Art Nouveau ne que faire l'unanimité. Beaucoup d'inventivité sans incompréhensibilité, beaucoup de détails sans fouillis. Oui, vraiment au top sur ce coup-là. Une série qui mérite pleinement d'entrer dans le best of des comics.
Il était une fois en France
J'ai un défaut, en matière de lecture, je résiste rarement à la tentation de feuilleter la fin des albums, ou des séries, avant même d'avoir tout lu. Il n'est donc pas rare que certains effets du récit tombent à plat. Mais pour cette fois-ci, pas question que ça arrive. J'étais déterminé à lire d'une traite cette série dont j'avais plusieurs albums chez moi depuis longtemps, mais que je n'ai complétée que dernièrement, et que j'attendais donc de lire depuis un moment. Je commence donc le premier tome, le lit, ne comprend pas tout mais ai bien envie de lire la suite. Et là, je me rends compte que j'avais classé les bds de la série dans l'ordre décroissant. Je venais de lire l'intégralité du tome 6, et donc la conclusion de la série, sans avoir du tout lu les précédents tomes. Autant dire que ma lecture a parfois été embrouillées, puisque je connaissais déjà certains personnages, ou ce qui allait leur arriver, et ça m'a enlevé un peu de sel à la lecture. D'habitude, je ne me spoile qu'une partie de l'intrigue, un point culminant, mais il reste toujours des zones d'ombres qui s'éclaircissent au fur et à mesure. Là, c'était un peu différent, je conaissais déjà toute la fin et ses détail. Sans compter qu'il y a pas mal de sauts dans le temps et de flashbacks qui m'ont encore plus fait douter de la chronologie de la narration. Mais j'ai quand même beaucoup apprécié ma lecture, preuve de la réussite du duo Nury-Vallée pour cette histoire qui conte la vie de Joseph Joanovici, immigré qui fit fortune avant la guerre puis pendant, avant de terminer en disgrâce et sans le sou. L'histoire est passionnante, elle permet de se replonger dans le contexte historique de la 2e guerre mondiale a travers les yeux d'un homme assez peu scrupuleux, mais qui se retrouve en vrai danger et qui fait tout pour échapper à son funeste destin. L'ambivalence du personnage principal est très bien rendue, avec d'un côté des actes souvent très égoïstes et parfois criminels et de l'autre des instants de prise de conscience et une volonté d'aider les autres, ou de sauver sa peau coûte que coûte. Difficile de ne pas comprendre ceux qui font de lui un salaud fini comme difficile de ne pas comprendre ceux qui le érigent en héros. L'histoire de cet homme est passionnante, mais elle est aussi extrêmement bien racontée. Nury s'y connait pour dire de bonnes histoires, et il n'y a pas grand chose à redire sur la narration, peut être sur les sauts dans le temps dans les derniers albums mais vu que je n'ai pas lu dans l'ordre c'est peut être juste moi que ça a un peu perdu. C'est passionnant, on voit bien l'évolution de la personnalité du héros, et la différence entre cruelle froideur et moments de prise de conscience de ce qu'il est en train de devenir. J'ai bien aimé cette ambivalence des personnages qui ne sont pas tout blancs ou tout noirs. Joseph est présenté comme ayant des côtés bons parfois, et le "petit juge de Melun", au contraire, alors qu'il sert une cause à priori juste, celle de la justice, est présenté avec des côté plus obscurs et s'assombrit au fur et à mesure du récit. Pareil pour les autres personnages, ils sont tous plutôt bien construits et intéressants, même si évidemment certains sont plus secondaires que d'autres et donc moins profonds, comme Lucie Fer qui est essentiellement le soutien de Joseph ou son frère qui le soutient coûte que coûte puis s'en détache. Mais ils restent tous intéressants et il n'y a pas un personnage ou je me suis dit que son développement était pas terrible. Quant au dessin, c'est celui de Vallée. Il est comme d'habitude très bon, mais je note une différence avec les deux autres bds que j'ai lues de lui, à savoir Katanga et Tananarive. "Il était une fois en France" est antérieur à ces deux bds, et le style de Vallée n'en était pas au même stade de maturité. Et j'avoue que je ne sais pas exactement ce que je préfère. Ce style là est plus réaliste (surtout pour ce qui concerne les têtes des personnages) et, pour un récit "historique", ce n'est pas plus mal. A l'inverse, le style "nouveau" de Sylvain Vallée est plus marqué et plus reconnaissable, mais les têtes particulières de certains personnages atténuent un peu ce côté réaliste. Mais au moins maintenant on reconnait tous les personnages alors que dans "Il était une fois en France" j'ai parfois eu un peu de mal. Bref, quoi qu'il en soit, le dessin ici est très bon, même si j'aime bien quand les dessinateurs ont leur patte, leur petit truc particulier, et donc j'aime bien le chemin pris par le dessin de Vallée récemment. Je conseille donc évidemment cette bd pour ceux qui seraient passés à côté.
Saint-Elme
Je ne sais pas si c'est le style de Serge Lehman qui ressemble beaucoup de celui de Frederik Peeters ou s'il a fait exprès de s'en approcher ici, mais j'ai vraiment cru lire un album du seul Peeters. J'y retrouve en effet pour commencer un décor plus ou moins Suisse comme cet auteur, la même originalité un peu étrange de ses scénarios, et surtout ce côté légèrement dérangeant, avec ses personnages en partie malaisants et une ambiance que je ressens comme étant moite, bizarre, avec des accents volontiers proches de David Lynch, en plus charnel dans le graphisme. Autant c'est une originalité que je loue dans les œuvres de Peeters, autant je n'y accroche en général pas toujours car elle me met mal à l'aise et m'empêche de me sentir proche des protagonistes. J'ai donc ressenti ce léger malaise à la lecture de cette série mais en même temps une vraie curiosité. L'intrigue ne se laisse strictement pas deviner et bien malin qui saura prévoir les péripéties et retournements de situation nombreux qu'elle comporte. Elle laisse planer un voile de mystère qu'elle dévoile peu à peu pour laisser apparaitre de nouvelles inconnues intrigantes. Elle est rythmée et claire malgré ses nombreux personnages et changements de lieux. Et comme dans les bons scénarios, on réalise qu'il peut arriver n'importe quoi aux personnages qu'on pensait être des héros théoriquement destinés à s'imposer et à survivre. Et évidemment, il y a le dessin de Peeters qui est toujours aussi maitrisé et intense. Du coup, malgré le léger malaise que me fait ressentir cette BD, j'ai été accroché par son intrigue et l'envie de savoir la suite, notamment après la page finale du second tome qui laisse enfin apparaitre le fameux frère du détective, visiblement au cœur de toute l'intrigue.
Une étude en émeraude
Cette bande dessinée fait partie des toutes premières publiées par une nouvelle maison d'édition, Black river, spécialisée dans le comics. Une adaptation d'une nouvelle de Neil Gaiman qui a remporté le prix Hugo de la meilleure nouvelle courte en 2004. Je découvre l'intrigue avec ce comics. Une histoire inclassable qui fait se mélanger l'univers de HP Lovecraft avec son Cthulhu et celui de Arthur Conan Doyle avec son Sherlock Holmes. Je ne peux pas trop en dire, il faut garder les effets de surprises. Un détective ou plutôt enquêteur consultant et un vétéran de retour d'Afghanistan décident de s'installer ensemble à Baker Street. Notre couple ainsi formé ne va pas tarder à se mettre à l'ouvrage suite à un horrible assassinat digne de Jack l'éventreur, mais ici le sang a une couleur vert émeraude. Un scénario remarquable, ici, ni de Sherlock Holmes, ni de docteur Watson (quoique), mais nos protagonistes possèdent leurs caractéristiques (pouvoir de déduction, art du déguisement, flegme britannique....) sur fond de fantastique lovecraftien. Une combinaison réussie qui vous surprendra avec une reine Victoria comme vous ne l'avez jamais vue. J'ai été happé dès les premières planches par cette histoire extra-ordinaire. Les références fantastiques ne se limitent pas seulement à celles ci-dessus et vous pourrez le vérifier avec les affiches publicitaires glissées avant chaque chapitre. Les auteurs ont conservé les phrases de Neil Gaiman, un choix gagnant. Son seul reproche, sa faible pagination, les 80 pages se dévorent trop rapidement. Un dessin qui retranscrit magnifiquement un Londres sous l'époque victorienne bien aidé par de superbes couleurs. Un trait vif, acéré et dynamique. Du beau travail. Une lecture vraiment plaisante.
Clovis
J'attendais un tome consacré à Clovis dans cette collection, ça me manquait, je le désirais autant que certains autres, le voila enfin, et contrairement à César ou François Ier, celui-ci ne m'a pas déçu. Je suis tellement passionné par ce règne et ce personnage emblématique de l'Histoire de France, et je suis si fasciné par cette époque mérovingienne en Gaule que j'ai lu beaucoup d'ouvrages, je connais donc très bien cette période. A l'instar de Vercingétorix, Clovis le roi des Francs, a été hissé au rang de héros national par les historiens de la IIIème République et utilisé à des fins politiques et d'orgueil national car son image possède une forte charge symbolique. Il est évident qu'il tient une place indéniablement importante dans l'Histoire de France, et ce pour plusieurs raisons : - il fut le premier roi chrétien de France (enfin, la Francie qui n'était pas encore tout à fait la France mais qui allait le devenir). - il a tracé son chemin à la force du poignet et de sa francisque, car au départ il n'était qu'un roitelet de souche germanique qui a émigré à l'ouest, et qui va devenir le roi des Francs saliens, avec un code (le Wergeld) et des lois strictes malgré l'aspect encore barbare et agité de ces guerriers. - il balaie les décombres de ce qu'il reste de la présence romaine en Gaule, symbolisée par Syagrius ; son nom est évoqué dans l'album, mais je regrette qu'on ne le voit pas, car lorsque Alaric renvoie Syagrius enchaîné à Clovis par crainte de lui déplaire, Clovis aurait dit "Alaric a peur de moi, voila qui est bien. Qu'on le garde", puis il aurait murmuré "Qu'on l'égorge". Cet épisode est significatif de la puissance du roi des Francs qui utilisait la crainte pour asseoir son pouvoir face à ses ennemis. - il fonde la dynastie des Mérovingiens qu'il étendra quasiment sur toute la Gaule. - il choisit pour capitale Paris. - il accepte le baptême chrétien à Reims par l'évêque Rémi car il comprend vite ce que représente l'Eglise, ce qui conditionnera tous les sacres des rois de France à Reims. - il continue ses conquêtes avec l'assentiment de l'Eglise, et se débarrasse de tous les barbares encore non christianisés (les Alamans à Tolbiac, les Wisigoths d'Alaric à Vouillé...) qui pouvaient lui faire de l'ombre. - il unifie le pays en mélangeant les coutumes païennes au droit romain. Comme on le voit, Clovis est à l'origine de plusieurs éléments qui ont bâti ce que sera la future France. Chef de guerre qui usera de méthodes brutales et d'actes sanguinaires pour imposer son autorité (symbolisés par l'épisode du Vase de Soissons), guerrier et roi avisé, fin politique, Clovis fera aussi allégeance à Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths qui régnait en Italie (et qui épousera une de ses soeurs). A ne pas confondre avec Théodoric Ier, roi des Wisigoths en Espagne et en Aquitaine, qui mourut aux fameux Champs Catalauniques en 451 (défaite d'Attila). Clovis aura aussi l'intelligence d'épouser Clotilde, princesse burgonde catholique. Ce qu'on connait de Clovis se résume surtout par des faits d'armes, son baptême et le Vase de Soissons, mais nombre de légendes ont été colportées sur lui pour le magnifier, car son règne et ses actes ont été relatés par Grégoire de Tours dans sa célèbre HISTOIRE DES FRANCS, ouvrage écrit 60 ans après la mort de Clovis. Combien de fois l'ai-je lu ? c'est un document précieux, il est capital sur l'organisation du royaume Franc et sur Clovis, mais ce bon Grégoire a "inventé", réinterprété ou arrangé de nombreux faits historiques. L'épisode du vase est sans aucun doute réel, il s'est probablement déroulé dans les conditions qu'on connait, seules les paroles employées diffèrent ; à l'école primaire, j'avais appris "Souviens-toi du vase de Soissons", chez Grégoire de Tours et dans plusieurs monographies sur Clovis, on lit "Ainsi tu fis au vase à Soissons"... tout de suite, c'est moins théâtral. Cet épisode a pu être enjolivé par Grégoire car il est essentiel, il nous renseigne sur la façon dont Clovis se faisait respecter par ses hordes de guerriers mal dégrossis qui ne pensaient qu'au pillage et à s'enivrer à l'hydromel. Dans cet album, les auteurs consacrent 2 pages au vase, je trouve que c'est très bien car ça montre l'autorité de Clovis. Ainsi, avec tous ces faits légendaires, il était difficile voire casse-gueule pour les auteurs de conter l'histoire de Clovis. En fait, ils ne se sont guère foulés car ils ont repris à 80% ce qu'on voit dans Histoire de France en Bandes Dessinées de Larousse en 1976 ; ils ont pris le parti de raconter les faits en n'occultant pas les épisodes les plus célèbres parce qu'on ne sait à peu près rien d'autre de nouveau sur Clovis, la seule source vraiment valable étant celle de Grégoire de Tours. J'ai lu plusieurs ouvrages sur Clovis et les Mérovingiens, dont la grosse bio de Michel Rouche chez Fayard (1996), ouvrage qui date un peu maintenant, mais tous sont à peu près identiques et s'appuient sur l'Histoire des Francs en tentant bien évidemment de lire entre les lignes. Dans cet album, le dessin, la narration, la mise en pages et le dialogue sont certes modernes (et même un peu trop modernes, je n'aime pas certaines formules trop 21ème siècle), mais il n'y a rien de vraiment nouveau, les auteurs se contentant de reprendre tout ce qui est connu, y compris la plupart des mots célèbres ("Courbe la tête fier Sicambre, brûle ce que tu as adoré, adore ce que tu as brûlé"). Il y a même une petite erreur chronologique car le mariage avec Clotilde a eu lieu avant la bataille de Tolbiac et non après. Et pourtant j'aime cet album parce que justement, pour un néophyte qui ne connait rien de cette période, il apprendra tout ce qu'il faut savoir sur Clovis. Et puis dans cette collection, il fallait une bio dessinée de Clovis, c'eut été impensable d'occulter un tel personnage historique. Là dessus, j'aime bien la qualité du dessin, il est très différent et moins policé que sur 3 Souhaits, le trait est épais et chargé, il retranscrit bien cette époque barbare, avec des scènes de combat farouches (un peu hâtives, ça dépend comme on les regarde), et une alternance de cadrages classiques et de double-pages panoramiques, des angles insolites, de même que la représentation et le visage de Clovis me conviennent, je le trouve très viril, plein d'autorité et conforme aux portraits et peintures que l'on connait, bref ça a de la gueule, et il fallait ce genre de dessin pour ce genre de bande. Un bon album.
Le Singe de Hartlepool
L’Homme serait-il trop plein de certitudes ? Prompt au jugement hâtif ? La bêtise humaine est sans limites et les réflexes racistes ne sont jamais très loin. Voilà ce que nous enseigne cet album à travers l’histoire qui, au départ, commence tranquillement, comme un récit de marins et de capitaine, d’injustice et d’égos mal placés. Mais très vite, on comprend la haine qui habite le capitaine, la haine de l’Anglais, l’ennemi de toujours. Au fil de l’histoire, on découvre son pendant anglais : la haine du Français. Tout cela rappelle de très mauvais souvenirs dans l’histoire dans lesquels les niveaux de stupidité, de haine et de malhonnêteté intellectuelle étaient comparables. Le dessin est superbe et ses couleurs douces et grisâtres - comme le ciel anglais certains jours - donnent le ton : c’est déprimant à souhait. Les acteurs de ce drame brillent par leur bêtise et leur inculture, leur xénophobie et leur aveuglement idiot. Ils ont trouvé un bouc émissaire en la personne d’un singe et vont chercher tous les arguments possibles pour convaincre ceux qui pourraient encore douter que ce singe est bien… un maudit Français. La cruauté de la rumeur, la pression du groupe social, la fabrication d’un coupable idéal… Une belle leçon à méditer…