Les derniers avis (32322 avis)

Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Essex County
Essex County

« Essex County » est un roman graphique pure souche, racontant la vie de divers personnages d’une région agricole de l’Ontario. Le ton est morose, les drames familiaux abondent et les personnages sont tous un peu misérables. Ce genre d’histoire me plait beaucoup, et les évènements ont réussi à me toucher et m’émouvoir, même si j’accepte tout à fait que ce n’est pas la tasse de thé de tout le monde. C’est une œuvre de jeunesse de Lemire (qui lui valut une nomination pour « l’Harvey Award » du meilleur nouveau talent en 2008), mais la maitrise narrative est déjà là. Les 3 histoires peuvent se lire indépendamment, mais forment un tout, avec plusieurs destins qui s’entrecroisent. Un petit arbre généalogique en fin d’album permet au lecteur de recoller les morceaux si besoin est. On reconnait bien le style graphique de l’auteur, même si le trait est encore hésitant, et que les couleurs aquarelles qui sont devenues sa marque de fabrique manquent un peu. On ne retrouve pas non plus les touches de fantastique de ses œuvres plus récentes. Un « roman graphique » un peu déprimant et traditionnel, mais qui a su me captiver et me toucher.

25/07/2022 (modifier)
Couverture de la série Tassili - Une femme libre au néolithique
Tassili - Une femme libre au néolithique

Je suis entièrement d'accord avec l'avis d'Alix sur les limites romanesques de la vision féministe des auteurs quant aux aspirations de la belle Djané. Pour autant je suis plus généreux dans ma notation. En effet le sujet est aride et très scolaire. Le texte est abondant, d'un niveau élevé et concentrant de nombreuses thématiques qui sont apparues sur un temps long. Pour pouvoir intéresser le/la lecteur/rice pendant 115 pages sans risquer le décrochage, il fallait bien introduire de l'intensité dramatique avec des thématiques modernes qui peuvent questionner aujourd'hui encore. D'autant plus que si l'on peut douter d'une telle formation de la pensée chez Djané et Doro aucune preuve scientifique n'est là pour prouver le contraire non plus. Sur des sujets aussi universels et naturels que le bonheur, l'amour et la liberté, l'esprit des penseurs antiques s'est toujours montré fécond. Alors pourquoi pas chez une jeune fille particulièrement douée et observatrice. Surtout le scénario de Maadiar restitue bien le conflit entre le cadre de survie qui guide le clan et l'aspiration individuelle de Djané. Je trouve ce point de vue intéressant car il a traversé les âges. De plus j'ai bien aimé le graphisme de Fréwé avec ses rouges qui mêlent l'animal des épidermes de la famille de Djané au minéral des grès rouge de la Tassili-n-Ajjer. Les scènes animalières sont vraiment réussies et Fréwé plante une ambiance naturelle paisible et bucolique. L'ouvrage est aussi une invite à visiter le Musée National de la Préhistoire en complément des visites de Lascaux. Il faut bien sûr lire l'excellente postface de madame Pauline Rolland, la conservatrice, qui éclaire d'un point de vue scientifique les différentes problématiques de la BD, particulièrement le sujet du climat. J'ai beaucoup aimé cette série.

24/07/2022 (modifier)
Par Solo
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ar-Men - L'Enfer des enfers
Ar-Men - L'Enfer des enfers

Ahhh Emmanuel Lepage, il ne faut décidément pas louper ses créations. Même si le sujet principal reste Ar-Men, phare érigé à l'extrémité Ouest de l'île de Sein en Bretagne, n'allez pas penser qu'il n'y ait que ça à retenir, oh que non! En réalité, l'auteur nous fait voyager à travers les âges pour mettre en lumière toute une histoire régionale. La prise de recul offerte par la narration nous permet d'apprendre plein de choses. Mais ne pensez toujours pas que c'est juste une BD-docu! Toutes ces histoires sont des aventures, inspirantes et extraordinaires, dont il faut en extraire l'essence et les faire confronter entre elles pour saisir tout l'intérêt du bouquin. Après, c'est du Lepage tout craché (tout bisou plutôt, parce-que je l'adore) : pour une 4ème découverte de cet auteur, il est encore et toujours question du rapport entre l'Homme, son histoire, son orgueil face à la nature, la nature elle-même et ce que l'individu pourrait tirer de tout cela, à commencer par le lecteur. On retrouve aussi ce travail de mémoire, cette volonté de partager des connaissances et de nous faire grandir. Bref, ce sont des thèmes ancestraux et éternels qui permettent à Lepage, je trouve, d'avoir des BD intemporelles et à portée universelle. La petite chose en deçà que j'ai en tête, c'est mon intérêt porté sur le personnage principal. J'ai l'habitude de lire Lepage se mettre en scène et structurer ses pensées. Ici, nous suivons Germain, personnage fictif. Le ton est donc forcément plus impersonnel, ce qui m'a fait prendre quelques distances. Et même si j'ai beaucoup d'intérêt pour les solitaires, je n'ai pas été convaincu dans l'absolu, trouvant cette partie d'histoire trop accessoire ou sous-exploitée. On commence à connaître le gaillard: si Lepage avait eu l'opportunité de vivre 30 jours dans le phare par exemple, il se serait mit en scène j'en suis sûr, et le récit aurait été autrement grandiose! Et par-dessus tout, je suis toujours ébahi par la magnificence du dessin, qui nous fait rendre compte de la fragile ou dévastatrice beauté de ce qui nous entoure. Lepage m'émerveille par ses planches absolument somptueuses. Comment ne pas voir, même ressentir, le fracas des vagues contre le phare, ces tempêtes sur le récif, ces oiseaux virevoltant au-dessus des rochers indissolubles, ces plans larges avec l'océan pour seul horizon... La notion d'émerveillement est toujours là graphiquement, moins scénaristiquement (aussi parce-que nous ne retrouvons pas l'œil de l'auteur, cf. paragraphe précédent). C'est intelligent, sensible, immersif et contemplatif. Du Lepage comme on aime. Ca s'achète les yeux fermés.

24/07/2022 (modifier)
Couverture de la série Urbex - Pep et Djou, fouineurs de mémoires
Urbex - Pep et Djou, fouineurs de mémoires

Quelle belle surprise que cette petite série naissante. La très jolie Djou et son copain Pep allient la modernité du numérique avec l'amour du patrimoine ancien. Le patrimoine dans son sens le plus large, les bâtiments : fortifications, théâtres chapelles ou bâtisses particulières, mais aussi le patrimoine poétique et surtout un patrimoine humain. "La Captive" rend hommage aux "Zitelli" Corses tandis que " La Nuit de la Trinité" nous éclaire sur les béates du Velay. Deux histoires très peu connues qui ont marqué un coin des Vosges et l'autre un coin du Velay et du Forez. Dom Corrieras mêle très habilement toutes ces informations culturelles, grâce au personnage de Pep, autour d'une véritable intrigue qui tient en haleine. Même si le public visé est plutôt jeune ado, j'ai vraiment été captivé par ces deux histoires qui se passent dans deux très belles régions assez loin des circuits touristiques classiques. Le graphisme de serge Annequin est bon. L'auteur a su choisir et peindre un couple moderne très empathique. On aimerait bien être à la place de Pep, mais son côté poète rêveur est craquant et la gageure est de nous distiller sa science insondable de façon toute naturelle et sans suffisance. Je trouve que c'est très réussi avec un graphisme qui colle à sa personnalité. J'apprécie aussi les couleurs douces et franches. Les paysages sont soignés même s’ils ne sont pas détaillés au maximum. Le rythme est élevé et les récits se lisent vraiment avec plaisir sans temps mort. Quelques pages de documentations en fin d'ouvrages pour approfondir les éléments principaux du récit ou les grandes figures littéraires citées par Pep. Une lecture pour tous vraiment très plaisante.

23/07/2022 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série Lisa et Mohamed
Lisa et Mohamed

Un chouette album. Mohamed, bourru et renfermé, est né en Algérie dans un petit village. C'est la guerre pour l'indépendance, il va aider l'armée française et en échange son village sera protégé. Lisa est une jeune étudiante, elle recherche un logement sur Paris, son petit copain veut l'héberger mais elle refuse, elle veut pouvoir travailler en toute tranquillité. Le fils de Mohamed va lui faire une drôle de proposition, surveiller son père et être logée gratuitement. Un récit sur la tragédie des harkis, des supplétifs de l'armée française, ils seront rejetés par leur pays d'origine et par leur pays "d'adoption". Une narration toute en sensibilité et douceur qui n'occulte aucune des atrocités commises par les deux camps. Un récit sur la tragédie d'un homme aussi, sa difficulté à communiquer de son lourd passé qui ne le laisse pas tranquille. Une narration maîtrisée, la relation entre nos deux protagonistes fonctionne à merveille et la différence de génération est un plus pour faire comprendre ce qu'est un harkis, enfin ce que ressent un harkis. Un dessin simple, lisible et expressif. De jolies couleurs mates. A lire évidemment.

22/07/2022 (modifier)
Couverture de la série Cauchemarrant
Cauchemarrant

J'avise sur la version 1979 qui n'a pas la même couverture et moins de planches que les rééditions 81 et 83. Je pourrais être sévère mais je trouve que le génie ne se compte pas au poids de papier ni au kilomètre de strips. C'est quand même un plaisir rare de retrouver une caricature de Franquin par lui-même en autodérision sur le temps qui passe. Et cette planche de Gaston, battu, torturé, emprisonné, assistant impuissant au viol de Mlle Jeanne par trois soudards avant d'être pendu devant une foule haineuse. Que de monstres, que de monstres ! C'est un grand moment de BD qui vaut les multitudes d'oeuvres insipides et convenues. Je force un peu mais hommage au maître.

22/07/2022 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Encyclopédie des débuts de la Terre
L'Encyclopédie des débuts de la Terre

De Isabel Greenberg j’ai beaucoup aimé Les Cent Nuits de Héro mais aussi « Glass Town » (encore non paru en français à l’heure où j’écris ces lignes). Je me suis donc tout naturellement procuré cet album bien noté sur le site, et je ressors ravi de ma lecture. Il ne s’agit certes « que » de contes, mais la narration m’a beaucoup plu, avec cette façon d’imbriquer une histoire dans une autre, sans jamais perdre le lecteur, qui est guidé par le fil narratif du jeune conteur. J’ai apprécié les références aux différentes cultures et mythologies réelles (viking, chrétiens etc.) et les touches d’humour sont bienvenues et de bon goût. Et puis surtout l’autrice fait preuve d’une imagination et d’une créativité époustouflante, y compris au niveau de la mise en image. Un album recommandable, sauf si vous êtes vraiment allergique aux contes.

22/07/2022 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5
Couverture de la série Hommes à la mer
Hommes à la mer

Dernier album d’une excellente trilogie sur la mer, les hommes qui l’affrontent et leurs drames. Mon préféré : Le Loup des Mers. Dans cet album, comme dans les trois autres, c’est la mer qui décide et l’homme finit toujours par se soumettre. Le découpage de cet album en courtes nouvelles est finalement un peu frustrant ; je préfère nettement un seul récit, qui prend le temps de se développer, de proposer des grandes planches de dessins et de belles monochromies. Si la mer est omniprésente, l’album, comme les deux autres, est en fait surtout une histoire d’hommes que les éléments poussent à la limite de leur résistance physique et surtout mentale. Un album émouvant, plein de sensibilité...

22/07/2022 (modifier)
Couverture de la série Chansons de Jacques Higelin en bandes dessinées
Chansons de Jacques Higelin en bandes dessinées

Je suis un grand fan de Jacques Higelin et ce petit ouvrage m'a procuré beaucoup de plaisir à la redécouverte des merveilleuses chansons de l'artiste. Quelle créativité, quel rythme, quelle poésie et quelle inventivité on trouve chez cet artiste vraiment inclassable. Y a-t-il plus drôle et plus décalé que "Attentat à la pudeur" avec une chute d'anthologie "Quel membre et quelle tige ! / Quel litige". Cet exemple montre combien Higelin a su travailler sur les sons, allitérations, assonances, associations improbables, mots compliqués rythmés et scandés, c'est un régal pour l'oreille et pour l'esprit de finesse. Oui mais ici c'est un texte lu ? Objection mon colon ! Les dessins par leurs styles et leurs rythmes collent parfaitement aux univers poétiques et déjantés d'Higelin. Il y en a pour tous. Découvrez "Coup de Lune" et imaginez de la chanter/lire avec vos enfants un soir d’Halloween. Alors vous serez "réunis en grand conciliabule.../Les adeptes les plus selects de la secte des insectes." et ce sera "Champagne" pour vous les "Vampires éblouis par de lubriques vestales". Que d'émotion quand j'entends la fosse du Bataclan chanter en 2007 avec Higelin "Il a du coeur, il aime la vie/ ET LA MORT NE LUI FAIT PAS PEUR" (Pars). Cela me donne le frisson. Pour moi dans cette collection « les chansons de ... en BD » pour le moment c'est l'opus que je préfère. Évidemment à lire en écoutant l'artiste et sa bande.

21/07/2022 (modifier)
Par Ubrald
Note: 4/5
Couverture de la série Shi Xiu
Shi Xiu

Après lecture des quatre premiers tomes. C'est une histoire inspirée de la fameuse pirate Ching Shih qui terrorisa les mers de Chine au début du XIXe siècle. J'ai été agréablement surpris par cette bd que je redoutais démodée style ancienne bd d'aventures ayant mal vieillie. En fait non, pas du tout, c'est juste une très bonne bd d'aventures et de piraterie, j'ai été vite pris par l'intrigue. C'est fluide, les pages se tournent facilement, on a envie de connaître la suite, c'est bien rythmé, l'action est présente (batailles navales, abordages, pillages, duels etc..) ; Il y a aussi une dimension stratégie / politique dans cette bd. Le dessin est parfait pour cette histoire, il est à la fois réaliste et moderne. Je sais que la série est en cours, mais ce quadruplet pourrait très bien se suffire à lui-même et s'arrêter là.

21/07/2022 (modifier)