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Couverture de la série L'Avare
L'Avare

"L'Avare" de Molière fait partie des pièces de théâtre incontournables et il suffit d'être traité d'Harpagon pour savoir ce que pense de vous en mal votre interlocuteur/rice. Les éditions Vents d'Ouest proposent cette collection Commedia où l'on trouve le texte intégral présenté en BD plus le texte présenté sous forme classique. Je préfère le côté visuel avec la mise en scène. Cela bride peut-être l'imagination mais je trouve que cela fait vivre ce merveilleux texte qui n'a pas pris une ride en plusieurs centaines d'années. Quel plaisir de relire ce texte où Molière fait preuve d'un modernisme sur la liberté des femmes, l'abus d'autorité parental et le rapport maladif que l'on peut avoir avec l'argent. La mise en scène choisit délibérément une vision comique de la pièce, Harpagon qui a un petit air de Louis de Funès, présentant un profil très caricaturé et très expansif. J'apprécie ce graphisme N&B fin, précis, très vif, qui donne une grande vitalité à l'oeuvre. Une lecture très attractive pour les ados qui découvrent d'une façon assez ludique mais aussi pour les adultes qui veulent se replonger dans les grands textes de façon amusante.

20/07/2022 (modifier)
Couverture de la série Charlotte Impératrice
Charlotte Impératrice

J'ai emprunté ces 2 albums dispos en bibli parce qu'en ouvrant l'un d'eux, j'ai vu un dessin magnifique et une époque historique qui avait l'air de m'intéresser, mais sans trop de conviction car je pensais m'y ennuyer. Heureusement, j'avais tort car ce récit pour l'instant hélas incomplet, m'a séduit peu à peu au cours de ma lecture. Je ne pensais pas me passionner pour ces complots politiques autour de Napoléon III et des Habsbourg. D'abord, il m'a fallu un peu de temps pour identifier les personnages au cours des premières pages car rien ne nous renseigne en plat de couverture, il n'y a pas de texte résumant ce qu'on va lire ; j'ai fini par identifier le roi Leopold Ier de Belgique, et le futur Maximilien empereur du Mexique, mais j'ignorais tout de cette Charlotte de Belgique. Les portraits qui se dessinent au fur et à mesure prennent du corps et ont commencé à bien m'intéresser, on découvre un Maximilien qui se révèle un mari faible, décevant et passant son temps dans les bordels, il n'est pas étonnant que son frère l'empereur François-Joseph ne l'ait jamais considéré comme quelqu'un de digne et qu'il ne lui ait confié que des fonctions subalternes, il était carrément le jouet de son frère, et plus tard, il sera le pantin de Napoléon III qui l'utilisera pour l'épisode mexicain. Le tableau de cette Europe impériale entre la puissante famille des Habsbourg à la cour d'Autriche, et la France de Napoléon III est assez juste d'après ce que j'en sais ; Nury mêle adroitement fiction et réalité, mais même en prenant des libertés historiques, on a l'impression que tout est vrai tant c'est bien imbriqué, il est difficile de faire la part du vrai, et après tout tant pis, on se laisse porter par cette narration brillante et toujours prenante. Le personnage de Charlotte est le personnage central, il est très intéressant car tout gravite autour d'elle, et les décisions politiques sont ressenties et analysées par elle, c'est un beau portrait de femme qui passe de petite colombe innocente et émotive protégée par son père et ses 2 frères, à une louve au caractère presque aussi cynique que celui de sa belle-soeur Elisabeth d'Autriche, capable de faire bouffer le petit chien qu'elle a pourtant offert à Charlotte par son puissant molosse. Une image qui est loin de l'image acidulée et romantique de la célèbre Sissi. Le discours de Maximilien à son arrivée au Mexique prouve une nouvelle fois sa faiblesse et son incompétence en tant que souverain puisqu'il réussit à se mettre à dos le clergé et l'armée française qui étonnamment est au service de cet empereur fantoche de façon très relative pour servir la politique de Napoléon III. Comme je le disais au début, le dessin est superbe ; j'aimais bien le graphisme de Matthieu Bonhomme déja dans Le Marquis d'Anaon, mais depuis "l'Homme qui tua Lucky Luke", il a élargi et embelli son trait de façon conséquente ; ici c'est encore plus magnifique, car sur Lucky Luke, même s'il ne cherchait pas à imiter le dessin de Morris, il était quand même tenu de respecter une sorte de filiation. Ici, il verse dans un dessin très réaliste en sublimant les décors, les costumes chatoyants et en retranscrivant parfaitement l'environnement, les fastes et l'atmosphère de ce XIXème siècle. Le trait est aussi précis et beau sur les personnages, soulignant leurs expressions, c'est du très beau travail. Je crois que s'il n'y avait pas eu un dessin de cette qualité, je me serais moins intéressé à cette histoire, j'en connais l'issue, je sais que Maximilien sera exécuté en 1867 et que Charlotte en perdra la raison, mais vivra jusqu'en 1927. Tout ceci sera conté dans la suite. Je dis bravo à cette Bd parce que Nury a réussi à mettre en place un récit captivant à partir d'une histoire de pouvoirs et d'échiquier politique versatile où gravitent des personnages consistants à laquelle je n'attendais qu'un intérêt très relatif.

20/07/2022 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Le Premier Meurtre (Les Mysteres du Meurtre)
Le Premier Meurtre (Les Mysteres du Meurtre)

Tiens, j'ai oublié de noter cette BD que je possède depuis des années ! Je l'ai surtout prise parce que je suis devenu fan de Neil Gaiman et de sa façon de raconter les histoires qui en fait, selon moi, un des meilleurs conteurs de ces dernières années. L'histoire est une adaptation d'une nouvelle présente dans l'un de ses recueils (Miroirs et fumées, excellent recueil par ailleurs), écrit à la base pour une émission radiophonique. Je me permets de le préciser, parce qu'on sent ce côté "raconté" dans le ton du récit. Ce n'est pas du tout dérangeant, au contraire, d'autant que cela sert le récit raconté par deux protagonistes successifs. L'histoire m'a bien plu à la première lecture, mais plus encore à la deuxième, lorsque j'ai compris les interactions entre les deux histoires. Ce qui est agréable, c'est que rien n'est clairement énoncé, juste laissé en compréhension au lecteur. L'histoire prend ainsi un autre sens, en lien avec le récit principal, et qui est assez dur. Mais le récit se concentre surtout sur l'histoire du premier meurtre, histoire totalement inventée par Gaiman et qui exploite la mythologie chrétienne pour son compte. L'histoire est une enquête dont le dénouement importe peu, alors que tout le propos autour du meurtre (mobile et conséquence) est parfait. C'est une relecture de la Genèse et des histoires bibliques, avec un propos sur Dieu mais aussi sur le meurtre. J'ai beaucoup aimé la façon dont l'histoire s'insère parfaitement dans les mythes sans les tordre vicieusement ou les contester. Une parfaite intégration, qui résonne avec le final. Le dessin n'est pas franchement beau ni très réussi, malgré quelques idées de visuels plutôt bien trouvé. J'ai aussi aimé quelques têtes, notamment le vieux clochard, qui a une douceur et une "gueule" qui lui vont à merveille. C'est dommage que certaines cases soient si petites, et que l'ensemble manque un peu de décors ou de remplissage dans le fond. Une BD qui m'a beaucoup plu, l'adaptation est réussie et retranscrit très bien l'histoire. J'aime bien la façon dont cette BD permet de découvrir un aspect du travail de Neil Gaiman, avec sa passion des conteurs et des histoires racontées par les protagonistes, mais aussi le mélange de mythologie et de contemporain. Une bonne introduction pour découvrir l'auteur !

19/07/2022 (modifier)
Couverture de la série Waco Horror - Elisabeth Freeman, l'infiltrée
Waco Horror - Elisabeth Freeman, l'infiltrée

En découvrant cet album et son titre, j’ai un temps pensé qu’il traitait du siège et du massacre qui se sont déroulés dans les années 1990, autour d’une secte d’illuminés. Mais en fait pas du tout, il s’agit d’une autre horreur, liée aux lynchages de Noirs, au début du XXème siècle. Le sujet est violent, mais son traitement est plutôt « doux », presque calme. Du fait du dessin de Stéphane Soularue, et de la colorisation « apaisée ». Mais aussi ce de certains choix, comme celui de montrer indirectement l’extrême violence du lynchage de Jesse Washington. Les photos existantes, qui ont choqué l’opinion à l’époque, sont ainsi seulement évoquées. Mais un très long passage, où une gamine témoin de la scène décrit ce qu’elle a vu, en accompagnant son témoignage de dessins, et d’une rare brutalité ! Cet album est aussi l’occasion pour moi de découvrir le personnage d’Elisabeth Freeman, qui a milité au sein des suffragettes anglaises (sujet exploré dans le précédent album des scénaristes, Jujitsuffragettes - Les Amazones de Londres), avant de faire de même en Amérique. Elle est aussi ici une pionnière du reportage de guerre (et quasi une enquêtrice de haut vol !), car envoyée enquêter sur cette sordide affaire par le journal d’un homme noir engagé, Du Bois (que je connaissais, lui). Beau personnage, de conviction, que cette Elisabeth Freeman, qui se rend compte que toutes les luttes sont liées, et que l’égalité des droits est valable pour les Noirs comme pour les femmes. Dans un dossier et une interview en fin d’album, les auteurs expliquent comment ils en sont arrivés à traiter de ce sujet, et il semblerait qu’ils n’aient pas modifié grand-chose à la personnalité et aux actions de madame Freeman, effectivement un sacré bout de femme et une belle personnalité. Un album intéressant et une lecture recommandée.

19/07/2022 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Batman - The Dark Knight returns
Batman - The Dark Knight returns

S’attaquer à Batman vieillissant est une idée d’emblée intéressante. Il n’est plus seulement question de son passé, de ses traumatismes d’enfance, de ses ennemis qu’il fait enfermer à Arkham, il est question ici de son présent, de ce qu’il est devenu depuis qu’il s’est retiré des affaires, il y a pas mal d’années déjà. Pas facile d’être un vieux super-héros !! Le combat intérieur que se livre Batman, le regard que son majordome porte sur lui et la place de justicier que la société n’a plus envie de lui donner sont autant de questionnements difficiles qui font la grande réussite de cet album. Le dessin de Miller avec ses séries de petites cases est brut et efficace. Personnellement, je n’ai pas totalement adhéré et ça m’a lassé assez vite. A l’inverse, j’ai trouvé excellente l’idée de placer de manière récurrente des débats à la télé qui amènent un niveau de lecture décalé, beaucoup aimé aussi l’ancrage du scénario dans les années 80, sous la présidence de Reagan, avec la guerre froide en arrière-plan. Sur fond de menace de troisième guerre mondiale, Batman a décidé de reprendre son combat contre ses ennemis. Mais cette fois, il veut les détruire. Batman serait-il devenu un criminel ? On retrouve ici Miller poussant jusqu’au bout la logique du scénario qui ne fait plus dans la demi-mesure… La psychologie de Batman est analysée finement, de même que la société, ses dérives et ses névroses. Un album d’une très grande maturité. C’est du sérieux…

19/07/2022 (modifier)
Couverture de la série Atar Gull ou le destin d'un esclave modèle
Atar Gull ou le destin d'un esclave modèle

Atar Gull me fit l’effet d’une petite claque lors de sa sortie. Bruno m’avait déjà conquis mais là il a franchi un palier, sa 1ère collaboration avec Fabien Nury, une association qui fera date et qui perdure. Je ne connais pas l’œuvre originale mais j’ai trouvé cette adaptation très très bonne. Une lecture qui me captive à chaque fois. Pourtant les personnages sont tout sauf attachants, un récit dur de vengeance sur fond de commerce triangulaire. Passionnant de bout en bout, de part son séquençage et finalement ces 2 personnages (l’esclave et le capitaine) bien ancrés dans leur époque. C’est tout sauf manichéen. Une œuvre réussie, réalisée par un tandem de choc.

18/07/2022 (modifier)
Couverture de la série Saveur coco
Saveur coco

Renaud Dillies nous propose une oeuvre particulièrement énigmatique mais très riche en créativité du langage et du graphisme. Deux personnages, Jiri et Polka, déambulent dans un paysage désertique à la recherche d'une hypothétique source qui étancherait leur soif. Ils se retrouvent immanquablement sous un arbre à croiser des individus tous plus foldingues les uns que les autres. Evidemment comment ne pas penser à "En attendant Godot" de Beckett en lisant cette très bonne série de Dillies. Image d'un monde absurde ? métaphore d'une recherche métaphysique ? recherche d'une direction à donner à leur existence ? Je trouve que Renaud Dillies propose et que c'est au lecteur de choisir les réponses qu'il veut apporter. De quelle soif parlent nos deux héros ? Biologique ? Reconnaissance ? Matérielle ? Spirituelle ? Découverte ? Il existe tout de même des richesses qui perdurent dans le désert du monde : l'amitié, la musique et l'humour. Un très beau message. Dillies nous propose un graphisme peu conventionnel. Dès que j'ai ouvert l'ouvrage le travail sur les couleurs m'a captivé. Aucune planche ne ressemble à la précédente. Chaque découpage, chaque présentation est une invite à la découverte et à la rêverie. Pour moi un très bel ouvrage qui donne soif d'approfondissement.

18/07/2022 (modifier)
Couverture de la série La Recomposition des mondes
La Recomposition des mondes

J’avais découvert (et grandement apprécié !) cet auteur avec son Petit traité d'écologie sauvage, dans lequel, en fin du troisième tome, il faisait déjà un bel éloge des ZAD. Je le retrouve ici encore avec plaisir, tant j’ai aimé sa façon de traiter un sujet qui a priori m’intéresse (l’album est centré sur la ZAD de Notre Dame des Landes). Il y a un peu de Marion Montaigne et d’Étienne Davodeau dans sa façon de vulgariser des idées et connaissances, tout en usant d’un militantisme loin d’être rébarbatif. Avec un humour qui parsème les planches, très jolies au demeurant. La lecture est très agréable, et la narration est très bien équilibrée entre les passages loufoques, d’autodérision parfois, et ceux qui sont plus militants ou simplement scientifiques. Une chouette lecture, un documentaire intelligent.

17/07/2022 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5
Couverture de la série En cuisine avec Alain Passard
En cuisine avec Alain Passard

Ça vous dirait un stage en cuisine chez Alain Passart ? Si ça vous tente, c’est ici. C’est ce côté très immersif – super bien rendu par Christophe Blain – qui m’a vraiment plu. Autre point positif, les recettes qui travaillent les légumes de manière originale et subtile et cette recherche permanente de nouvelles saveurs. J’en ai essayé une très simple et… c’était étonnant et très bon. Alain Passart est un personnage qui inspire le calme, la rigueur, l’audace et une créativité sans limite. Totalement investi dans une cuisine originale, il redonne ses lettres de noblesse au légume, improvisant selon son inspiration jusqu’à la perfection. Ça parait presque trop beau pour être vrai ! On trouve dans cet album, des recettes étonnantes et des séquences en cuisine qui débordent d’énergie. Même si on est curieux de découvrir la recette de la page suivante, c’est un peu répétitif. Mais tout ce qui concerne la personnalité d’Alain Passart est vraiment intéressant. De la culture du potager à l’émulsion de radis noir, on suit ce personnage haut en couleurs sans que jamais Christophe Blain n’émette de critique ou n’ait de réserve sur « le héros » de cette aventure culinaire. C’est vraiment un album à la gloire de… Du côté du dessin, j’aime toujours autant ce que fait Blain : rapide, tonique, toujours en mouvement. Il sait particulièrement bien traduire ses pensées, ses hésitations, ses questionnements, ses surprises… mais il reste avant tout un spectateur ébahi par le talent d’Alain Passart qu’il découvre et sous le charme duquel il tombe sans retenue. Plus près du documentaire que de la fiction, ce portrait du grand chef n’en fait pas moins rêver.

17/07/2022 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5
Couverture de la série Jim Hawkins
Jim Hawkins

Si il y a bien un livre à mettre entre toutes les mains, c’est bien « l’ile aux trésors » de Robert Louis Stevenson. C’est un classique de la littérature évidemment. Les aventures tumultueuses du jeune Jim Hawkins et de Long John Silver ont été adaptées au cinéma et aussi en BD. Cette adaptation anthropomorphique est une réussite indéniable et très originale. Cela vaut le détour. Pas de surprises à attendre au niveau scénario – l’histoire est bien celle que l’on connait - mais on se laisse porter par un graphisme subjuguant. Long John Silver est un gorille ahurissant. Jim Hawkins est un lionceau impétueux. Et que dire de Billy Bones sous les traits d’un morse édenté. Juste prodigieux. C’est d’une beauté inouïe. Les personnages et les animaux s’entremêlent. Le dessin est net et fouillé. C’est très très fort avec des animaux très expressifs, très humain en fait. Assurément une réussite visuelle. Je vous souhaite un bon voyage jusqu’à l’ile au trésor. Une surprise de taille vous attend !

16/07/2022 (modifier)