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Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Come Prima
Come Prima

Après avoir lu Senso dans la même journée, "Come Prima" m'a semblé être une sorte de premier jet du même auteur. Il y a là les ingrédients qu'il a reprit dans sa BD suivante, à savoir deux personnes liées ensemble le temps d'un trajet/d'une nuit, la question de la famille, de la paternité, le tout dans une ambiance de l'Italie sous la chaleur, évoquant le passé. Maintenant, si j'ai vu des similitudes dans le procédé, les deux œuvres sont différentes, bien sur. Si je dis que je vois dans "Come Prima" une sorte de premier jet, c'est que j'ai été un peu moins touché par cette BD que par Senso. Sans doute que cela à à voir avec le sujet, ou alors que je m'attendais à certains rebondissements du récit (la révélation après l'accident notamment). Sans doute aussi que cette histoire de frère opposé par le temps et qui se rejoignent dans leurs blessures passées qu'ils doivent maintenant refermer ne me parle pas beaucoup. J'ai l'impression de passer plus facilement sur les histoires concernant le retour dans sa contrée natale, bien que je sois très chauvin de mon Alsace natale. Mais en dehors de ces appréciations personnelles, j'ai adoré le fait que l'histoire révèle petit à petit les implications de chacun dans ce passé, la découverte de ce qui s'est joué au départ du frère, le pourquoi. Le fait de voir en flashback progressif comment tout s'est dessinée est une super idée, donnant progressivement toutes les informations nécessaire à cette compréhension. Pour l'ensemble, je laisse ma note à 4, mais un 4 un peu plus petit que Senso qui m'a plus touché personnellement. Cette histoire ne m'a pas non plus laissée insensible et j'ai beaucoup aimé la lire. Alfred sait décidément faire des choses qui me plaisent, qui me donnent envie d'y revenir et d'approfondir encore sa biographie.

21/09/2023 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Slava
Slava

Même si je n'ai pas été totalement charmé par cette BD, je lui reconnais sans peine son originalité, la densité de son scénario et sa bonne tenue tant graphique que narrative. Le contexte est intéressant puisqu'il nous plonge dans la Russie des années Eltsine, une Russie à peine sortie de l'ère soviétique et qui semble partir à vau-l'eau de toute part. Dans ce cadre, nos deux héros profitent de la situation pour piller d'anciennes bâtisses soviétiques abandonnées mais ils vont être finalement rattrapés par la situation bien plus terre à terre d'un village de mineurs qui veut sauver sa mine et son usine. Le héros, Slava, est vite convaincu de leur venir en aide, notamment grâce au charme de Nina, dont la beauté n'égale que la force de son caractère. Mais ce sera bien plus compliqué de motiver son partenaire, Lavrine, nettement plus cupide et sans scrupule. Cette plongée dans la Russie de l'époque est particulièrement réussie. Elle présente un caractère fantasmé, avec de grandes étendues enneigées et leurs bâtisses désertées, et une ambiance d'aventure entre grands espaces de la campagne et salons corrompus de la grande ville. L'intrigue est dense, soutenue par une poignée de protagonistes à la personnalité aussi marquée qu'intéressante. Le héros est presque le plus creux d'entre tous, simple ancien artiste frustré reconverti en pillard honteux. On appréciera davantage le caractère indépendant de la jolie Nina, la force de la nature imbibée d'alcool qu'est son père, ou encore et surtout le fameux Lavrine et sa passion semi-comique pour l'argent et les magouilles commerciales, pourtant bien piètre criminel comparé aux mafieux et futurs oligarques qu'on voit tirer les ficelles au-dessus de lui. Graphiquement, le style de Pierre-Henry Gomont m'a rappelé celui de Christophe Blain, pour un résultat convaincant, aussi plaisant à l'œil qu'à la lecture. Il m'a manqué une petite touche de je ne sais pas quoi pour être complètement transporté par le récit et charmé par son ambiance, mais j'ai beaucoup apprécié cette série qui aura de plus l'avantage de se terminer en trois tomes seulement.

21/09/2023 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série Saint-Elme
Saint-Elme

Voilà déjà trois ans que notre duo d'auteurs avait marqué les esprits avec le magnifique L'Homme gribouillé. Cette nouvelle collaboration semble s'inscrire dans la même veine : une enquête centrée autour des croyances locales de bleds un peu paumés. Alors, bienvenue à Saint-Elme, petite bourgade de montagne dont l'essentiel de l'économie tient à l'usine d'eau de source tenue par la famille Sax, qui règne en magnat local. Franck Sangaré, détective privé débarque à Saint-Elme pour retrouver un jeune fils de bonne famille disparu depuis plus de 3 mois ; il va y retrouver Madame Dombre qui connaît bien les lieux et les gens pour lui servir d'assistante. On suit également Morba, un black embarqué dans un trafic mystérieux dont la transaction va tourner au drame ; ce dernier va se retrouver à fuir en compagnie d'une jeune fille inconnue retenue prisonnière... Enfin, les présentations de la famille Sax se fait au travers de leurs rapports brutaux et sans filtres, comme taillés à la serpe et qui laissent présager de leurs "bonnes relations" avec le reste de la population locale... Ce premier tome va donc se construire autour de ces trois pôles narratifs pour tisser petit à petit les ramifications qui vont les relier. Si ce premier tome introductif ne fait d'une certaine façon que poser des questions et installer le mystère, le décor est planté et les personnages posés pour mieux nous mettre l'eau à la bouche... Car côté mystère Serge Lehman connaît son travail et maîtrise la narration, quant au graphisme de Frederik Peeters, il magnifie cette histoire grâce à son graphisme toujours aussi fourmillant de détails et un encrage marqué. Si le noir et blanc qui avait prévalu dans L'Homme gribouillé, Peeters a ici opté pour une mise en couleur très peps et acidulée, qui, passé la surprise des premières planches, propose des ambiances sombres qui accentuent le mystère ambiant. Voilà donc un premier tome très réussi, dont le seul défaut réside en la frustration qu'il impose ayant terminé d'avaler ces quelques 80 pages... Les dés sont jetés, reste à savoir ce que la suite va nous réserver... *** Tome 2 *** Cool ! Voilà un tome deux qui ne se sera pas fait attendre ! C'est toujours une joie pour moi de replonger dans les univers concoctés par notre duo d'auteurs, et j'avais hâte de retrouver l'atmosphère pesante et poisseuse de Saint-Elme ! Après le carnage chez nos trafiquants locaux, il faut maintenant faire le ménage. Le Derviche doit donc faire appel au réseau de nettoyage de la famille Sax... Franck Sangaré se retrouve pour le coup en situation critique et la couverture de son amie Ombre est quant à elle très compromise. Ça sent le brûlé au pays de l'eau plate ! On est vite replongé dans ce petit monde d'embrouilles et de secrets de famille ou de bled paumé. Chaque personnage semble garder quelques cartes dans sa manche, avec toujours en arrière plan cette impression de passé plus ou moins trouble. Ajoutez à cela un "grand secret" qui semble être le fil rouge de ce récit mais qui reste en filigrane pour le moment, et on peut dire que côté mystères on est plutôt servis ! C'est d'ailleurs le seul reproche que l'on pourrait faire à ce tome, qui, s'il fait avancer le récit, pousse peut être un peu trop doucement ses pions. On arrive à la fin de l'album avec quelques réponses, certes, mais surtout davantage de questions sans qu'on ait l'impression qu'il se soit passer énormément de choses. Alors oui, les lignes bougent et l'échiquier s'ébranle, mais on reste sur notre faim au bout de ces 80 pages. Frustration quand tu nous tiens ! Il ne nous reste donc plus qu'à prendre notre mal en patiente en attendant que la suite arrive, en espérant que le troisième tome soit à la hauteur ! Mais le cliff hanger de fin d'album semble très prometteur, alors croisons les doigts ! *** Tome 3 *** Aahhh ! Welcome back to St Elme ! un p'tit verre d'eau pour se mettre en jambe ? Voilà que le frère de Franck rentre dans la partie ! Notre enquêteur est en effet dans une très mauvaise posture après ses dernières découvertes ; Dombre, inquiète pour lui après sa disparition contacte donc son frère Philippe qui débarque à St Elme pour le sortir de ce mauvais pas. Et comme dirait l'autre, la famille c'est sacré ! Pas touche ! Car le Philippe ne fait pas dans la dentelle ! (pour notre plus grand plaisir ! :D ) Du côté de la famille Sax les choses se compliquent aussi, chacun poussant ses pièces en pensant maîtriser la partie qui se joue. Tout le monde n'en sortira pas grandi... voire vivant. Ce troisième opus garde le rythme, la tension montant d'un cran encore et accroche tout autant le lecteur. Voilà un thriller qui pour l'instant tient toutes ses promesses. Serge Lehman en habile conteur sait nous tenir en haleine, le talent graphique de Frederik Peeters faisant le reste. Vivement la suite ! *** Tome 4 *** Ahhhh enfin la suite !!! Que c'est bon de replonger dans cet univers ! Hypnotique, cette série à la colorisation si singulière et au scénario envoutant ne nous laisse pas le temps de souffler, ou tout juste quelques pages, le temps de se replonger dans l'ambiance et l'atmosphère de St Elme, jolie petit station de montagne bien policée en surface, véritable nid de vipère si on commence à gratter un peu le vernis. Et après, tout s'accélère ! Les pièces du "grand puzzle" de ce thriller commencent à s'imbriquer, la trame commence à prendre de l'épaisseur et les différents fils tissés entre les personnages prennent sens. Les personnages que nous a composé Serge Lehman sont vraiment ahurissants et le dessin très cinématographique de Frederik Peeters leur donne une prestance et une force dans chacun de leur rôle. Que ce soit la bêtise, la cruauté, la peur, l'intelligence ou la naïveté, notre brochette de personnages nous propose une belle palette, mais pas toujours reluisante de nos contemporains. Ajoutez à cela une petite touche de fantastique, et vous avez là une série qui ne pourra que ravir les amateurs du genre !

09/10/2021 (MAJ le 21/09/2023) (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Reckless
Reckless

Et encore une petite pépite de notre trio de choc Brubacker/Phillips père & fils qui se lance dans une nouvelle série dont les tomes ont l'air de pouvoir se lire indépendamment. Cette fois-ci pas de flic ou de truand à proprement parler, mais un ex agent infiltré du FBI, Ethan Reckless (d'où le nom de la série), qui s'est reconverti comme homme de main indépendant pas vraiment déclaré après avoir tout plaqué. Un problème dont on ne peut faire part à la police ? Un numéro de téléphone et Ethan prend ou non l'affaire en main moyennant finance. Cela fait maintenant des années qu'il fonctionne comme ça, alliant tranquillement ces "missions" à sa passion pour le cinéma et le surf. Mais le passé n'est jamais complètement enterré et va venir frapper à sa porte pour le replonger dans la partie la plus sombre de ses souvenirs. A ne pas respecter les règles qu'on s'est fixé, on finit souvent dans la merde... Encore une fois, Ed Brubacker nous concocte un scénario puissant autour de personnages charismatiques et travaillés. La psychologie de ses personnages assied la trame de son récit en tissant un caneva dont le motif final ne nous est révélé que par touches subtiles pour mieux nous péter à la gueule à la fin. Sean et Jacob Phillips n'ont plus qu'à coucher sur le papier personnages et ambiances qui transpire de cette trame : c'est rudement efficace ! Pauvre de nous petits français qui allons devoir attendre la traduction des tomes à venir déjà parus outre-Manche ! Vivement la suite ! *** Tome 2 *** Ahhh enfin le second opus de cette série qui a démarré sur les chapeaux de roue ! C'est avec plaisir que nous voilà replongé dans le quotidien mouvementé d'Ethan Reckless au coeur des années 80'. Tel un conteur confirmé, Ethan nous relate sa rencontre avec la belle bibliothécaire Linh Tran qui va bien évidemment le conduire sur des sentes troubles et périlleuses. Au détour d'un film partagé avec sa belle dans le cinéma que possède Ethan, Linh vire au blanc en reconnaissant à l'écran sa soeur Maggie disparue voilà huit ans... Ethan se lance donc sur les minces traces existantes pour retrouver la soeur de Linh et va rapidement se retrouver engoncé dans une affaire bien sombre et licencieuse comme seule Hollywood en a le secret. Les cadavres vont commencer à sortir des placards, les témoins à finir six pied sous terre et le souffle de la faucheuse se fait pressant aux oreilles de notre détective... Notre dream team d'auteurs apparait de plus en plus rôdée et efficace en nous proposant des récits toujours aussi captivants et creusant toujours aussi loin pour interroger la noirceur de la nature humaine. Les personnages sont toujours aussi bien approfondis et impeccablement insérés dans des contextes marquants, ce qui permet au lecteur une immersion rapide et hypnotique. Ne reste plus qu'au duo Phillips de coucher ça sur le papier avec leur patte reconnaissable et toujours aussi efficace pour nous régaler une nouvelle fois. Vivement le prochain tome ! *** Tome 3 *** Wow ! Voilà un troisième tome qui loin de s'enliser dans le confort d'une trame pépère et toute tracée, nous colle une bonne torgnole et appuie là où ça fait mal ! Ethan Reckless se retrouve donc à enquêter sur un magnat de l'immobilier intouchable de Los Angeles. A côté de cela il tente de recoller les morceaux avec son amie Anna ; depuis un certain temps, celle-ci a pris ses distances avec lui mais cette relation amicale manque cruellement à Ethan. Cette nouvelle affaire va être l'occasion de se retrouver et de retravailler ensemble. Décidément, notre trio d'auteurs n'a pas fait dans la dentelle et n'a pas ménagé notre pauvre Ethan ! Lui qui essayait de se la couler douce avec une petite affaire tranquille à régler de temps en temps, va mettre le doigt dans un engrenage qui va faire couac, et pas qu'un peu ! Si j'avais apprécié le deuxième tome de la série, je l'avais trouvé un peu en deçà du premier. Là, avec ce nouveau tome, on replace la barre on top et on est pas loin de demander de l'aide pour qu'on nous ferme la bouche qu'on a gardé béante depuis un paquet de page (la bave n'est pas loin...). Les Philipps et Brubaker signent là un album upercut, construit de façon intelligente, nous proposant une intrigue tout aussi prenante que surprenante. Voilà décidément une série qui s'affirme et qui ne fait que confirmer tout le talent de ses auteurs. *** Tome 4 *** Voilà un album centré cette fois sur le personnage secondaire de Anna. Ethan étant parti mener une affaire à San Francisco, elle décide d'accepter une affaire pour son compte. C'est en effet une ex star du cinéma d'horreur qui lui demande d'enquêter sur le manoir dont elle a hérité et qu'on dit maudit ou hanté ainsi que sur la disparition de son chien... Il n'en fallait pas plus pour titiller la curiosité de notre jeune cinéphile ! Mais forcément, l'enquête de routine va rapidement déraper. L'idée de mettre Ethan sur la touche pour cet album est très bonne. Elle permet de mettre la focale sur Anna, un personnage complexe et charismatique de cette série. Au fil des tomes l'histoire et la psychologie des personnages s’étoffe et nous dévoile ce qui compose cette relation singulière entre ces deux protagonistes. Pour autant, si l'intrigue est bonne et toujours aussi bien ficelée, j'ai trouvé ce tome moins percutant que les autres. Il faut dire que les trois premiers tomes avaient placé la barre très haut ! Pour le coup j'ai hâte de lire le prochain tome qui nous racontera justement ce que faisait Ethan à San Francisco pendant qu'Anna se dépatouillait de son manoir hanté. *** Tome 5 *** Ahhh !!! Là je retrouve l'énergie et la fougue des premiers tomes ! Et surtout, un Ethan égal à lui même, c'est à dire toujours prêt à franchir la ligne rouge. Ethan se retrouve donc à San Francisco pour une enquête. Un de ses voisins, devenu ami au fil des événements, lui demande de lui rendre la pareille ; la copine de son fils a disparu et ce dernier est très inquiet. Mais s'il retrouve assez rapidement la trace de cette dernière, Ethan ne s'attendait pas au bourbier dans lequel il va se retrouver avec cette enquête... Notre trio d'auteurs montre une nouvelle fois tout le talent dont il est capable en produisant un cinquième tome toujours plus noir et cynique. Les fêlures de notre protagoniste éclatent de nouveau au grand jour, construisant ce personnage profondément border line, dont les accès de violence ne donnent pas dans la dentelle. Voilà encore une fois un récit haletant, qui semble malheureusement annoncer une pause dans la série, les auteurs ayant sans doute aussi un peu envie de produire autre chose. Dommage pour nous, pour autant, la série ne semble pas enterrée, ils reviendront sans doute faire reprendre du service à Ethan ; espérons que cela soit le plus tôt possible !

07/10/2021 (MAJ le 21/09/2023) (modifier)
Couverture de la série Noir Métal
Noir Métal

Le dessin de Loyer est simple et très lisible. Je lui reprocherais juste un manque de détails et des visages aux traits parfois presque effacés. Mais, cette remarque liminaire évacuée, la lecture de cet album est très fluide, agréable, sur un sujet « sérieux ». Le documentaire est mené par des auteurs originaires de la région, intéressés par les luttes sociales (Loyer a publié plusieurs albums, surtout sur le milieu minier). Leur connaissance du sujet et leur sincérité ne font aucun doute, et sont un atout pour rendre ce documentaire à la fois intéressant et facile à lire. Il éclaire en tout cas le cynisme dont font preuve les multinationales (et leurs actionnaires), mais aussi l’apathie, pour ne pas dire la complicité dont elles bénéficient au niveau des « politiques » (ceci n’étant pas pour rien dans la récupération du FN du dégoût ouvrier – jusqu’à ce que, eux-mêmes au pouvoir, montrent qu’ils n’agissent pas autrement, mais c’est un autre sujet). La petite chronologie et le petit épilogue en fin d’album confirment bien tout ça, ainsi que le fait que tous les frais de dépollution, de « traitement social » sont à la charge du contribuable. Personne n’est poursuivi pour empoisonnement, et jamais la fermeture de l’usine (qui met dans la merde ouvriers, familles, commerçants, bref, toute une région) n’est qualifiée de violente. La violence, c’est quand les ouvriers protestent ou cassent du matériel : instructif ce reportage télé (TF1) dénonçant les ouvriers polluant un cours d’eau en balançant de rage du matériel dedans, alors que ça fait 100 ans que l’usine pollue et met en danger la vie des habitants sans que cela ne soit dénoncé ni poursuivi ! Le documentaire est équilibré, et montre bien aussi que les ouvriers, pourtant premières victimes de la pollution, ont d’abord considéré comme ennemis et traitres ceux qui voulaient poursuivre en justice l’entreprise pour pollution, car leur gagne-pain était menacé en cas de fermeture (et les actionnaires jouent évidemment de tout ça, les victimes devenant ainsi les accusés). Un énième documentaire sur le même sujet, mais il est bien fait, sincère. Même si, hélas, on peut penser que la financiarisation de l’économie, l’éloignement des centres de décision des salariés, ne va faire qu’aggraver à l’échelle planétaire le phénomène observé ici, dans le nord de la France. Note réelle 3,5/5.

20/09/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Senso
Senso

Je suis totalement client de ce genre d'histoire, c'est ma came sans aucun doute. Je suis surtout client de la façon dont l'histoire développe par petites touches son propos, la façon dont Alfred dépouille progressivement son personnage de tout les artifices au cours d'une journée qui ne semble pas en finir jusqu'au stade où celui-ci se retrouve devant les réalités de sa vie. Le récit embarque tout en douceur, partant d'un homme avec un train en retard, puis progressivement tout s'empile pour lui faire passer une mauvaise journée. Un mariage, une chambre non retenue, une erreur de date, la perte de son bagage … Jusqu'à ce que, dépouillé de tout, il se retrouve embarqué de force dans le mariage, fait une rencontre et accepte de se laisser aller, un peu. L'histoire brasse de nombreux thèmes, que ce soit sur la vieillesse, la famille, le travail, mais présente aussi divers personnages que j'ai bien aimé. Nerveux ou déprimés, violents ou emmerdeurs, ils sont présentés différemment au fur et à mesure du récit, dévoilant ce qu'ils ont plus en profondeur alors que la nuit s'étend. J'ai beaucoup aimé cette sensibilité, cette retenue dans l'histoire. Rien n'est clairement dit, c'est laissé à la compréhension du lecteur. Jamais cryptique mais jamais explicite dans son propos, l'histoire se finit sur une note très touchante, comme l'a souligné Alix, sur la question de sa place dans la vie de sa fille. Le résultat est brillant, à mon sens, surtout lorsque j'ai vu avec un grand sourire les dernières pages et qui est ce fameux couple. C'est le genre de choses que j'apprécie de lire parce qu'il y a plus que ce qui est dit et qu'il y a surtout une très jolie chose, une sorte de poésie de l'ensemble qui se déroule sous nos yeux. J'ai lu pas mal de BD d'Alfred, et je dois bien dire que je suis de plus en plus émerveillé par la qualité des histoires qu'il nous donne. La tonalité est bien souvent différente, mais ici le ton résolument poétique et onirique s'accorde avec la forme, donnant une lecture simple mais juste, qui résonne chez moi comme elle doit résonner chez une personne plus âgée, avec des raisons sans doute différentes. La BD est une réussite totale. Je suis sous le charme.

20/09/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série These Savage Shores
These Savage Shores

Je ne savais pas du tout à quoi m'attendre en m'attelant à ce récit et j'ai été franchement surpris de la nature du récit, du ton, de la forme et du fond. C'est pas souvent que j'ouvre une BD qui me surprend et me transporte, avec une histoire qui semble receler surtout un fond acerbe et critique. Non, vraiment, je dois bien dire qu'on est là dans une totale réussite ! Le récit reprend la figure du vampire, mythe qui sert de métaphore à tant de choses qu'il serait difficile aujourd'hui de les lister. Du séducteur d'Anne Rice au vampire dangereux de Bram Stocker, le vampire est le pouvoir de séduction, l'animalité humaine, l'altérité merveilleuse, la peur d'un ancien ou d'un nouveau monde, le combat de la foi, la sexualité hors-norme … Il est ce qu'on veut bien en faire, et tout le monde le reprend à sa sauce. Et c'est exactement ce que fait ce récit, qui reprend le mythe du vampire de façon assez classique mais l'intègre au récit pour parler d'autre chose. Car si le récit parle de combat de créature mythologique dans l'Inde du XVIIIè siècle, il est avant tout un récit politique nullement déguisé. Entre clans rivaux, guerre de rois et de seigneurs locaux, débarquement de l'Inde et sa fameuse compagnie orientale, plus prompte à sortir le fusil que tendre la main, c'est un pan de l'histoire du continent indien qui sert de décor aux personnages supportant la narration. Ces personnages sont intéressant par ce qu'ils sont, mais surtout par ce qu'ils incarnent. Je ne me lancerais pas dans le détail, qui prendrait trop de place pour une simple critique, mais entre l'animalité humaine, le conflit et la violence, la transmission de générations et bien sur l'arrivée de l'européen dans un jeu politique déjà compliqué. Je dois dire d'ailleurs que l'européen en prend pour son grade ! Les vampires me semblent symboliser ces puissants européens qui se pensent immortels et intouchables, certain de leur bien fondé et prêt à piller le monde sans scrupules. J'ai bien aimé le fait de montrer ces personnages souffrir et mourir, presque étonné de pouvoir être tués de façon si simple. Le récit est épistolaire en partie, chacune des lettres donnant une voix à un personnage. C'est une très bonne manière de différencier chacun par un ton, une façon de parler et une façon de comprendre les autres. J'aime le procédé, qui permets de réellement donner corps aux personnages, à leurs dilemmes et interrogations. J'ajouterai juste que j'adore le personnage de Bishan, monstre ou humain, créature immortelle qui subit ce qu'il se passe et peine à trouver une place dans ce monde qui change. J'ai adoré son développement et ses interventions, il est juste parfait ! Le récit trouve d'ailleurs une fin qui arrive à être à la fois heureuse et triste, puisque la victoire est éphémère et que la finalité sera celle que l'on connait. La marchandisation de tout est en route, et elle ne s'arrêtera pas comme ça. Une très bonne fin qui laisse un gout amer après avoir tout vu, mais qui se conclut sur une promesse de renouveau et d'avenir. Un joli message pour des temps comme les nôtres ! Je digresse beaucoup mais je décerne le coup de cœur à cette BD. Elle est excellente, bien menée, aux thématiques claires et fortes, servi par un dessin tout en beauté et une écriture aux petits oignons ! Recommandé, franchement recommandé !

20/09/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Comment aborder les filles en soirées
Comment aborder les filles en soirées

En lisant cette BD dont j'avais déjà lu la nouvelle dans l'excellent recueil "Des choses fragiles" de Neil Gaiman, je me suis remémoré pourquoi je dis tout le temps que je trouve cet auteur formidable. Parce qu'avec le pitch de base et ce qu'il y a au début de l'histoire, on serait vite tenté de croire que le récit prend le parti de faire une métaphore de la difficulté de communication entre hommes et femmes. Et pourtant, c'est autre chose qui semble se dessiner sous nos yeux. Le tandem Fábio Moon & Gabriel Bá n'est plus à présenter, leurs comics ayant déjà séduit du monde. Pour autant, j'aime l'idée qu'ils adaptent une nouvelle de Neil Gaiman qui développe un univers à la fois différent de leurs style et en même temps un peu proche. Il y a toujours une part d'étrange et de non conventionnel dans les récits du tandem et celui-ci explore juste un peu plus loin cette thématique. Dans ce but, ils ont accentués d'avantage les moments d'étrangeté picturale, développant un déploiement de couleurs dans les planches et accompagnant le récit avec des dessins qui réhaussent le ton volontairement flou sur ce qu'il se passe. L'histoire est prenante, à la sauce Gaiman. Il aime trouver des idées originales, les développer de façon courte et concise, mais en ne dévoilant pas tout car l'essentiel n'est pas de tout savoir. Ici le récit reste volontairement étrange et ne donne pas l'explication claire et précise pour chaque fille. Mais en même temps il est suffisamment clair pour qu'on appréhende l'importance de ces rencontres. J'avais adoré la nouvelle qui était resté en grande partie dans ma mémoire, mais le récit en BD m'a tout autant plu. Les auteurs arrivent à retransmettre le ton de l'étrange, ce moment où l'on sent que ça bascule. Et que dire de la double lecture "problématique d'adolescent mal à l'aise socialement" et "rencontre étrange qui change ta vie", teinté de tout ce qui peut se dévoiler à nous à cet âge de jeunesse, lorsque l'on est encore ignorant ? A ce titre, son copain qui semble avoir vécu une expérience traumatique (trop mature pour lui peut-être ?) donne un autre pendant à ce récit, tandis que le personnage principal reste sur la poésie qu'il a entendu et qui l'habitera désormais. Amour, rencontre, don, foi, mettez y l'image que vous voulez, et elle marchera. C'est classe de faire ainsi une métaphore qui peut parler au grand nombre. Le seul hic que j'y vois c'est l'utilisation un tant soit peu trop forte de la voix off. Il y a quelques passages où je pense qu'elle aurait pu être retiré, soit parce que le dessin suffisait, soit en renforçant l'idée visuellement. Mais ces moments sont plutôt rare. Une très bonne adaptation d'une excellente nouvelle d'un auteur que j'adore par un duo de talent. Dois-je vraiment préciser que j'ai aimé ?

20/09/2023 (modifier)
Par cac
Note: 4/5
Couverture de la série Les experts
Les experts

Les experts Pipo (le chien) et Cano (le canard) sont deux amis qui nous expliquent plein de choses sous forme de courtes saynètes de 8 planches. Par exemple comment faire de l'art, plutôt contemporain car pas besoin de longues études il suffit de faire n'importe quoi que ce soit en peinture ou sculpture et de raconter une histoire autour, ou encore comment se faire bien voir dans une soirée mondaine, comment faire du sport ou comment faire des blagues. Je trouve ça très drôle avec un dessin faussement naïf qui fait passer les pires atrocités. Anouk Ricard a publié initialement ces histoires dans Professeur Cyclope, un magazine numérique que je découvre qui fut publié par Casterman entre 2013 et 2015 en collaboration avec Arte. Je vois aussi que certaines histoires ont été publiées dans Le Monde. Plus exactement les histoires de Professeur Cyclope sont celles du tome 1 quand celle du Monde font l'objet du tome 2. J'ai trouvé ces dernières légèrement en deçà, elles sont plus courtes et Cano passe plus pour l'imbécile de service alors que Pipo est le donneur de leçons, là où les rôles étaient plus équilibrés dans le premier tome. Bref lisez et riez en tous.

19/09/2023 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Basketful of heads
Basketful of heads

Je commencerai mon avis comme Mac Arthur : « Ah bah, je me suis bien amusé, là ! » « Basketful of heads » est un polar rondement mené, rempli d’humour et à l’intrigue remarquablement construite. Les révélations successives sont toutes logiques, y compris le dénouement final, que j’ai trouvé bien amené et satisfaisant. Le « truc » des têtes décapitées est rigolo et apporte une certaine originalité au récit, sans pourtant y contribuer activement (l’histoire fonctionnerait finalement aussi bien sans). J’ai beaucoup aimé la mise en image, qui retranscrit parfaitement l’ambiance gore et « petit village paumé ». Il a un côté vintage qui me rappelle un peu les histoires d’horreur classiques des magazines « pulp » américains. Un excellent moment de lecture, un album prenant et distrayant, que je recommande chaudement.

19/09/2023 (modifier)