Les derniers avis (32292 avis)

Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série Le grand A
Le grand A

Une BD qui m'a agréablement surpris. Un documentaire qui retrace l'implantation de Auchan à Noyelles- Godault en 1972 à nos jours (2016), juste à côté d'Henin-Beaumont, ville tristement célèbre pour être le fief de Marine Le Pen, mais aussi la ville où je suis né, enfin Henin-Liétard avant qu'elle ne fusionne avec Beaumont en 1971. Nous sommes donc dans le Pas-de-Calais (62) et non dans le Nord (59), il existe une forte rivalité entre les deux départements. Les derbys entre le LOSC et le RC Lens sont chauds/bouillants. Et justement, nous avons un scénariste, Xavier Bétancourt, né à Lille (la bourgeoise) en 1968 et un dessinateur, Jean-Luc Loyer, né à Hénin-Beaumont (l'ouvrière) en 1964, ils ont su mettre la rivalité sportive de côté pour nous pondre une chouette BD. J'ai eu plaisir à retrouver notre dessinateur lors de ma lecture puisqu'il intervient en tant que personnage, en faisant ressurgir une partie de son passé. Ce grand A est le plus grand hypermarché de France lors de son inauguration. Les auteurs ont réalisé un gros travail de recherche et donnent la parole aussi bien à l'hypermarché qu'aux commerçants du centre ville qui subissent de plein fouet cette nouvelle concurrence, bien qu'on sente où balance leur cœur. Le monde politique est lui aussi sur le devant de la scène. Et cet ensemble montre bien que tout n'est pas noir ou blanc. C'est aussi une étude de la population du bassin minier avec ses vagues successives de migrations, des polonais jusqu'aux maghrébins. Elle ne montre pas toujours une belle image de ses habitants (cassos et raciste). Petite anecdote [ mes grands-parents avaient fait la leçon à ma mère et à son frère, "surtout pas de polacks dans la famille", ils n'ont pas écouté et mes grands-parents n'ont jamais regretté d'avoir une brue et un gendre polonais ]. La peur de l'étranger et des préjugés. Une narration bien structurée en mode ping-pong, du présent à plusieurs époques du passé, jusqu'à la période Phénicienne. Une lecture enrichissante avec un zeste d'humour qui m'a replongé dans ma lointaine jeunesse. J'aime bien le style de Loyer, clair, précis et lisible. Une colorisation qui joue avec les époques et les lieux pour ne pas nous perdre. Du beau travail. Une lecture recommandable.

19/09/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série J'ai vu les soucoupes
J'ai vu les soucoupes

Excellente BD documentaire, très bien réalisée et d'utilité publique ! L'auteure a fait une prouesse de réflexion sur soi, d'analyse de son passé et de lucidité sur ce qu'on a pu être. J'ai souvent regardé des vidéos sur l'ufologie sans jamais avoir basculé dedans (merci les sceptiques qui se sont emparés du sujet sur Youtube !) et je comprends totalement la vie de l'auteure. C'est une combinaison assez classique qui fait glisser les gens vers les phénomènes surnaturels dont les ovnis ne sont qu'un pendant : difficulté familiale, sociale, scolaire, angoisse, solitude, besoin de réconfort et d'être rassuré. Souvent couplé à d'autres difficultés (matérielles et financières, crise familiale ou deuil …) on se retrouve embrigadé dans des croyances diverses qui nous rassurent et nous donnent un sentiment de contrôle sur le monde. Cette présence rassurante, souvent intangible, immatérielle ou fantasmée, c'est ce qui nous empêche de recevoir en pleine face le monde et ce qu'il peut être pour beaucoup. L'histoire ici contée semble somme tout banale, une fille ordinaire en proie à des difficultés et qui s'invente un monde extraordinaire pour fuir une réalité ordinaire. Ce qui est prenant, c'est de voir à quel point la société a permis l'émergence de telles idées et la propagation de masse que celles-ci ont connue grâce à la télévision notamment. Je pense qu'elle a raison de se demander ce que cela donnerait avec les réseaux sociaux. Le complotisme gagne du terrain chaque jour, il est important de montrer ce genre de témoignage qui parle avant tout de l'humain derrière ces gens qui "croivent", comme dit "Complot facile pour briller en société". J'ai surtout eu en tête, en lisant cette BD, les mots d'un youtubeur spécialisé dans la vulgarisation de ce genre (Défékator) : il faut d'abord voir derrière un complotiste une personne en souffrance. Se prendre dans la gueule que cette réalité fantasmée est fausse, ça fait mal. Et vivre dans notre monde peut faire mal aussi, normal qu'on chercher à y échapper. Par l'alcool, la drogue, une passion démesurée, un fantasme personnel, un extraterrestre, on échappe un peu au poids de la réalité. La BD parle du phénomène ovni en remontant la longue suite d'écrivains, conférenciers, présentateurs et polémistes qui ont alimentés ce fantasme en France mais aussi dans le monde et le nombre est effarant. On se rend assez peu compte de leur présence sans être dans les milieux concernés, et le poids qu'ils peuvent avoir. La dérive sectaire et les théories racistes se multiplient à cet égard, alimentant des xénophobies bien réelles pouvant parfois déborder dans la vie réelle. On se souviendra de l'invasion du Capitole suite à la défaite de Trump ... Résonnant comme un témoignage mais décortiquant l'ensemble précisément, analysant le tout sous un jour méthodique et remontant aux sources du problème, Sandrine Kerion livre une puissante œuvre documentaire, qui permets de se rendre compte qu'il n'est pas à notre avantage de critiquer bêtement un complotiste. Il est important de les considérer comme ce qu'ils sont : des êtres humains qui pensent un peu trop fort que ça puisse être vrai. Puissant, méthodique, prenant.

19/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Des canards trop bizarres
Des canards trop bizarres

J'ai bien aimé cette petite série pour les 5/8 ans. Même si le thème de la différence et de la tolérance a été beaucoup exploité depuis quelque temps, c'est fait avec beaucoup d'intelligence par les auteures. Premier point positif du récit, la bonne éducation invite à l'ouverture à l'autre et à sa découverte même si c'est parfois irritant. Ensuite on est toujours le bizarre de quelqu'un. Enfin la vraie richesse est dans le partage des moments qui nous rendent heureux. C'est la belle morale d'un scénario très accessible pour les enfants même si un accompagnement des parents ne peut pas faire de mal dans la compréhension fine. Le graphisme de Sara Varon dans une ligne claire toute ronde et douce est un vrai bonheur pour le regard des petits. Gwendoline est très tradi mais n'empêche pas sa rencontre avec Elvis bien rockeur et artiste. Le graphisme très expressif sert à montrer qu'il faut dépasser les apparences. Une lecture sympa pour les plus jeunes avec une belle morale. 3.5

19/09/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Primo Levi
Primo Levi

La Bd est essentielle au devoir de mémoire et cela justifie en partie ma note. Parce que sur la question purement personnelle, j'aurais été plus proche du 3, puisque la BD ne va pas assez loin selon moi dans certains aspects de la vie de Primo Levi, et ces manques se font sentir si vous avez déjà étudié un peu la vie de l'auteur. J'ai eu l'occasion de travailler sur Primo Levi au cours de mes années de fac, notamment sur son livre "Les naufragés et les rescapés", livre pendant de "Si c'est un homme" avec une complétion tant sur les survivants que sur la question de la mémoire. Ce fut l'occasion de me pencher sur sa vie en général y compris la suite des camps et de son premier livre, et découvrir ce que cette BD présente : le travail qu'il accomplit suite à son retour, à savoir informer, diffuser et empêcher l'horreur de tomber dans l'oubli. La BD parle de cette intervention en école, mélangeant ainsi la vie dans les camps et la vie ensuite. C'est chargé en émotion et le dessin contraste ces deux vies en montrant l'horreur de ce que purent être ces camps. La violence passe aussi dans l'émotion que Primo Levi montre en évoquant ses souvenirs, les personnes qu'il a côtoyé et surtout la pure chance qu'il a eut, seule explication de sa survie. Les bémols que je met à cette Bd sont au nombre de deux : l'absence de développement de la vie de Primo Levi dans une Italie fasciste avant sa participation à la résistance. Cette vie préalable justifie aussi l'implication forte de Primo Levi par la suite. Il restera marqué par son parcours dans le camp de la mort, mais aussi par l'Italie fasciste et antisémite contre laquelle il n'aura de cesse de se battre, notamment en mentionnant souvent le fascisme comme un danger potentiel qui peut revenir. L'autre souci, à mon gout, c'est l'absence de développement de la fin de vie de Primo Levi. Je comprends qu'il n'est pas nécessaire de parler de sa mort, mais du contexte qui l'entoure : apparition des négationnistes, Henri Rocques et sa fameuse thèse, Faurisson et ses déclarations … Le contexte des années 80 voit émerger fortement les critiques envers les survivants, critiques teintées d'antisémitisme et politisé avec Israël. Ces affaires ont fortement marqué Primo Levi qui a eut beaucoup de périodes sombres et dépressives consécutives à ces nouveaux extrémismes. Je pense que l'intégrer aurait été une bonne chose puisque cela développe la pensée de Primo Levi, à savoir que les extrêmes sont toujours là. Et de voir l'extrême droite actuellement au pouvoir en Italie ne fait que renforcer cette peur … Donc voila, une BD intéressante mais j'aurais voulu un peu plus. Je suis conscient de pinailler parce que je connais la vie de Primo Levi et que j'ai pu étudier le contexte autour, contexte qui est passionnant et sans doute à prendre en compte, mais la BD est déjà bien suffisante pour des personnes découvrant sa vie. On va rester sur un 4* et ça passe !

19/09/2023 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
Couverture de la série Soda
Soda

Une chouette série qui se laisse relire avec plaisir. Le personnage principal, le lieutenant Solomon, expert ès mensonge vis-à-vis de sa maman-gâteau, est à la croisée d'un Bronson ou d'un Eastwood du film Magnum Force, pour le côté musclé-désabusé, et d'un Bruce Willis, pour le côté vannes-débrouille. Physiquement on est plus proche de Lucky Luke, mince et souple mais cogneur et efficace. Efficaces les scénarii le sont également. On suit des enquêtes somme toutes très classiques avec des dialogues bien ciselés mais le rythme repousse toute envie de stopper la lecture en cours de route. Régulièrement, des thèmes un peu plus sérieux (corruption, intimidation, prostitution, vengeance) sont abordés ce qui donne plus d'envergure aux récits et peu servir d'accroche à des ados plus âgés. Le dessin est également accrocheur: du franco-belge des années 70 pour les personnages comme on aime avec des gueules bien distinctes et des mouvements fluides. Pour les cadrages et l'action, c'est parfait on se croit au cinéma à chaque fois. Et puis il y a la ville de NY, qui régulièrement s'accapare le rôle principal et se transforme au gré du temps. Un gros point fort qui ne bloque pas la série dans un espace-temps mais évolue dans différentes époques. Ce qui permet d'assurer de belles suites, miam.

19/09/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série L'Eté Diabolik
L'Eté Diabolik

Après la grosse déception que fut le Une année sans Cthulhu je me suis décidé à tout de même lire cet opus qui semblait avoir fait bien plus l'unanimité. Et en effet, ça a parfaitement mieux marché que l'autre BD. Le dessin est le même et je trouve qu'il colle bien à cette ambiance de l'été dans le sud, avec les couleurs qui flashent dans les yeux et les décors qui se fondent dans la lumière. On sent aussi que l'auteur se fait plaisir dans les représentations des personnages, accentuant des traits du visage pour leur donner une personnalité, comme ce héros à la coupe Beatles ou ce père tout en angle aigus. L'histoire se découpe en deux parties, avec une première qui pose toute les bases de l'histoire et épaissit le mystère, tandis que la seconde révèle l'ensemble dans une fin à la Agatha Christie qui dévoile tout ce qui s'est passé dans l'ordre jusqu'à une dernière révélation que le personnage comprend par lui-même. Si j'étais plus tatillon, je dirais que cette toute dernière révélation est un peu prévisible, en tout cas je l'ai senti venir. Par contre le reste de l'histoire se tient parfaitement bien, alliant différentes trames narratives qui se rejoignent toutes dans un final où la révélation centrale se joue sur quelque chose qui a été posé là depuis le début. Sans faire d'analyse trop poussée, je trouve qu'on est dans une bonne histoire de relations père-fils, explorée par plusieurs personnages. La question du mystère de qui sont nos parents, la violence de certains hommes envers les femmes, mais aussi l'espionnage en temps de guerre froide et l'adolescence. Cette dernière thématique est d'ailleurs abordée de façon plus crédible que dans l'autre BD que j'ai lu du duo, preuve que c'est bien le traitement et non leur talent que je remettais en question. Ici, c'est plus fin dans l'exécution et sans la dernière page qui semble proposer un happy end un peu trop facile (ou au moins le suggère) j'aurais dit qu'on est sur quelque chose d'assez crédible sur cette partie d'adolescence où tout semble difficile et possible à la fois. La BD m'a beaucoup plus, elle contient en elle ce qu'il faut d'intérêt, de mystère et de pistes de réflexion pour que l'ensemble soit un plaisir à lire jusqu'au bout, servi par un dessin agréable et une histoire aux retournements plutôt bien trouvés. Franchement agréable, peut-être pas inoubliable ou indispensable, mais rudement conseillé !

19/09/2023 (modifier)
Couverture de la série La Marche Brume
La Marche Brume

J’aime la BD (le scoop !!) et je suis ravi de voir qu’elle a encore de beaux jours devant elle. Je fais référence à cette génération d’auteurs qui en quelques albums sont devenus, à mes yeux, des valeurs sûres (P-H Gomont, T. Le Boucher …). Stéphane Fert en fait également partie, même s’il n’est pas systématiquement seul à la barre, j’aime la sensibilité qui se dégage dans le traitement de ses sujets, je trouve qu’il y a toujours un côté féerique. Le tout est systématiquement sublimé par sa patte graphique, aux couleurs si chatoyantes pour mes rétines. Bref vous l’aurez compris, je pars déjà conquis, mais qu’en est t’il vraiment ? Pour qui connaît l’auteur, La marche brume ne surprendra guère, on connait maintenant sa marque de fabrique. Un graphisme inspiré dans une mise en page impeccable, je ne sais pas trop comment expliquer mais j’adhère totalement à son style, malgré la fureur de certaines scènes, ses planches m’apaisent, j’aime m’y perdre, je ressens comme un effet doux thérapeutique. Niveau histoire, on retrouve son amour pour les contes. Cette fois, il se lance dans une série et développe autour de sorcières une fable moderne, subtilement teintée d’un zeste de féminisme et d’écologie. Rien de bien sorcier dans les ingrédients mais un scénario qui n’ira pas dans les lieux communs, un bon début d’aventure, fluide, dense et plein de magie dans sa réalisation. Ce n’est pas mon album préféré de l’auteur, mais c’est toujours vachement bien. Enjoy :)

18/09/2023 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Melvile
Melvile

4.5 Melvile, c'est un univers dans un espace clos. Ce sont 3 tomes tout à la fois émouvant, fantastique, angoissant, intrigant. Un lieu ou plutôt des lieux dont on découvre l'intimité de leurs habitants et de leurs secrets. Ce sont de magnifiques planches aux tons délavés d'un lavis de mélancolie, dépayant des paysages grandioses et des âmes recluses. C'est une bande sonore créée par l'auteur qui colle à merveille à la lecture et multiplie l'immersion. En fait, Melvile c'est Twin Peaks couché sur papier. Et ça c'est le plus grand compliment que je puisse faire.

18/09/2023 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
Couverture de la série Algues vertes - L'Histoire interdite
Algues vertes - L'Histoire interdite

C'est bien cette tendance aux BD d'investigation qui met en lumière au grand public des thèmes dont les ramifications vont loin, à l'instar de Capital & Idéologie, Economix ou le récent Le Monde sans fin. Ils rendent limpides ce qui était avant minutieusement détaillé dans de gros pavés qui finalement peu lisaient jusqu'au bout, ce qui est malheureux lorsqu'il s'agit de scandales impactant le tout un chacun sur le long terme. Ouvrages souvent didactiques, celui-ci propose en paralèlle une trame plus scénarsitique et bien trouvée. C'est le plus qui le distingue des autres. Malheureusement comme les autres, il laissera un goût amer dans la bouche de tous les lecteurs-citoyens car on se doute que la situation risque de perdurer et que bien d'autres scandales ne demandent qu'à éclater au grand jour...

18/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Queenie - La Marraine de Harlem
Queenie - La Marraine de Harlem

J'ai apprécié la lecture de cette série même si je suis toujours un peu réticent devant la mise en vedette des gangsters. Je ferai une exception compte tenu de la personnalité de Stéphanie St Clair alias Queenie née en Martinique dans la grande pauvreté. Elle réussit l'exploit de se faire une place parmi les Luciano et autres Dutch Schultz, légendes du crime New Yorkais. Le scénario d'Aurélie Lévy et Elizabeth Colomba peut se décomposer en deux parties juxtaposées. Une partie biographique plus ou moins romancée sur la jeunesse de Queenie et ses différentes mésaventures, partie qui s'intercale dans une partie thriller qui fait le corps et le suspens du récit. La partie bio installe la personnalité de Stéphanie pour expliquer ses dons pour les affaires et sa carapace construite à partir d'une sexualité malmenée dès son enfance. Le choix des auteures est de ne pas montrer la progression de Queenie dans le monde du crime. Elle profite d'une niche laissée à l'abandon par les gros requins. Le récit prend de l'ampleur et du suspens au moment où les requins deviennent gourmands et affrontent Queenie. De plus le jeu est brouillé par une police corrompue dont on ne connait pas toujours les motivations. Il y a un petit côté "Les Infiltrés" de Martin Scorsese pas désagréable du tout dans la conduite du récit. J'ai beaucoup aimé le N&B très élégant proposé par Elizabeth Colomba. Le trait est fin et précis, les détails (costumes, Club) bien travaillés ce qui rend une atmosphère de thriller très crédible. Une bonne lecture pour connaître ce personnage rendue attachante par les auteures. Un mélange de bio et de thriller bien dosé et très plaisant. Une lecture bien récréative.

18/09/2023 (modifier)