Les derniers avis (32289 avis)

Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle
Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle

Hop ça part dans mes favoris ! J'ai vraiment passé un bon moment, la lecture est agréable sur ce format de 4 cases par page, pour la lecture numérique c'est un vrai régal. Un Tome 2 ou une fin un peu plus longue m'aurait bien plu, il y avait du potentiel :)

14/10/2023 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série A quoi pensent les russes
A quoi pensent les russes

"We share the same biology, regardless of ideology But what might save us, me and you Is if the Russians love their children too" Difficile de ne pas penser au titre de Sting (40 ans déjà !) lorsqu’on observe les vieux réflexes soviétiques d’un Poutine qui, sous sa belliqueuse présidence, a relégué aux oubliettes les accords START, signés en 1991 entre Gorbatchev et Bush père. Alors que la guerre en Ukraine, cette fameuse « opération spéciale », semble ne plus vouloir en finir avec ses atroces crimes de guerre perpétrés inlassablement par le susnommé, tsar sanglant de ce début de millénaire, ceux qui pensent que « les Russes aussi aiment leurs enfants » auront forcément envie de se plonger dans le nouvel album de Nicolas Wild, auteur de talent qui a fait du reportage dessiné sa marque de fabrique. Atypique dans sa présentation, d’abord par son format à l’italienne qui vient contredire sa densité, l’album ne se lit pas aussi vite qu’on pourrait le croire. Et ce n’est pas le seul trompe-l’œil puisque l’objet est également un faux N&B (il comporte maintes touches de couleur), avec des personnages à l’apparence majoritairement humaine mais quelques autres affublés de têtes d’animaux dont le personnage central, Chat, « la fixeuse aux pattes de velours » représentée en chat (logique, non ?). Peut-être une manière pour Wild, inconsciente ou non, de nous inviter à ne pas se fier aux apparences (lui-même dissimulant un reporter derrière le masque d’artiste), dans ce gigantesque pays où l’on aurait tendance à croire que la propagande poutinienne a colonisé les esprits… Parce que comme on s’en doute, l’auteur avait besoin d’une « fixeuse », ne pouvant guère se promener librement pour interroger qui bon lui semblait dans un tel contexte, même si Saint-Pétersbourg, son point d’atterrissage en Russie, ressemble plus aujourd’hui à n’importe quelle ville occidentale qu’à la Leningrad de l’ex-URSS. En apparence seulement, bien sûr… et notre frenchie va s’en rendre compte très vite, puisqu’au fil de ses rencontres plus ou moins aléatoires, il constatera que la répression a redoublé à l’encontre des opposants politiques et de tous ceux qui ne rentrent pas dans le rang depuis le début de la guerre. Il y a par exemple Anna, la jeune artiste et activiste LGBT, Elena, « la grand-mère de l’opposition », ancienne professeur d’arts plastiques et devenue célèbre sur les réseaux à force de se faire embarquer au poste, mais aussi Loubna, la « chanteuse patriote », rencontrée par hasard via sa mère dans le train vers Moscou. Consciente d’une certaine mainmise du maître du Kremlin sur les médias, la maman semble pourtant accepter la situation, peu encline à s’exprimer (par peur, déni ou indifférence ?), tandis que Loubna, qui adore chanter du Lara Fabian, veut rejoindre l’armée si elle ne réussit pas dans la musique. Son rêve ultime : acquérir sa datcha « en lisière de forêt »… Ainsi, Nicolas Wild ira promener ses guêtres autour de la capitale russe, avec une escapade dans la lointaine Bachkirie, notamment dans le petit bourg de Paris (Parij), fondé à l’époque napoléonienne ! Notre globe-trotter va ainsi rencontrer des citoyens russes pour tenter d’ausculter l’état d’esprit ambiant dans ce contexte particulier, avec à la clé quelques anecdotes amusantes ou surprenantes. « Kaboul Disco » semble déjà bien loin, le trait est plus affiné, le ton plus grave. C’est clair, les temps ont changé. Nicolas Wild a abandonné les saillies potaches (et ironiques aussi) pour un humour plus dilué, plus en phase avec une réalité qui ne peut guère prêter à rire. Quand l’auteur évoquait l’Afghanistan en 2005, les Talibans avaient été chassés de la capitale même si leur pouvoir de nuisance était resté intact, mais néanmoins il s’agissait bien d’une parenthèse « enchantée » avant leur retour désastreux d’il y a deux ans. D’un point de vue graphique, Wild a également introduit une touche artistique en intégrant des reproductions (en couleur) de peintures (celles d’Elena, la fameuse grand-mère citée plus haut, ainsi qu’un portrait de la poétesse Anna Akhmatova par le peintre ukrainien Natan Altman) voire ses jolies dédicaces évoquant Jean Cocteau ! A la manière d’un Emmanuel Guibert, il insère également des photos et documents divers, produisant ainsi une agréable sensation de variété formelle. Ce docu instructif se conclut sur le mégalo-projet édifiant de Poutine plombé par le Covid, le « Parc des patriotes ». On n’en dira pas plus, mais cette dernière image nous fait ressortir consternés de cette lecture, à l’image de Nicolas Wild qui se sépare de sa fixeuse comme s’il venait d’avaler à lui tout seul une marmite entière de bœuf Strogonov. Au final, on n'est pas vraiment sûr de ce que pensent les Russes, mais on constate qu’ils n’en pensent pas moins et que surtout, ils ne sont pas si différents de nous, Européens…. Et s’il le fallait, cet ouvrage ne fait que prouver que le docu-BD, plus furtif et donc, d'une certaine manière, plus redoutable pour les puissants, n’a plus grand chose à envier aux traditionnels reportages photographiques, écrits ou audiovisuels.

14/10/2023 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série Et à la fin, ils meurent
Et à la fin, ils meurent

L'ouvrage débute ainsi : « Spoiler alert : dans les contes originaux, aucun ne se termine par « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Aucun prince ne s’appelle « prince charmant » et d’ailleurs, certains sont carrément craignos. » Comment ça ? On nous aurait menti ? Que nenni, on ne nous a pas menti, on nous nous l’a simplement fait à l’envers au fil du temps ! C’est ce que nous démontre avec brio Lou Lubie dans cette BD par ailleurs très rigolote. La jeune autrice va notamment s’employer à démonter « les archétypes de Disney » qui d’une certaine manière ont déformé (et américanisé) le propos des contes que l’on connaît. La plupart ont des origines européennes (Grimm et Perrault, ou encore Basile) mais… si l’on remonte le temps, trouveraient leur source en Chine ou en Inde, par exemple avec « Cendrillon », qui a traversé 1.200 ans pour nous parvenir de l’Empire du milieu. Cela étant, nombre de contes ont été transmis oralement depuis la nuit des temps (avec souvent plusieurs versions selon leur région d’origine), pour être ensuite figés sous une forme écrite définitive, perdant sans doute au passage un peu de leur authenticité. Mais quand Lou Lubie tacle Walt Disney et les versions édulcorantes de ses dessins animés, ce n’est pas juste pour faire genre. Nombre de contes traditionnels comportent leur lot de meurtres, de sang et d’inceste, ne sont guère romantiques mais parallèlement moins sexistes. A sa décharge toutefois, Disney avait trouvé le moyen de les remettre au goût du jour par le support animé. Problème : il les a vidés de leur contenu en leur associant un propos quelque peu mièvre, en particulier « Blanche neige et les sept nains », « Cendrillon » et « La Belle au bois dormant ». Les derniers films des studios Disney, qui ont survécu à la mort de leur créateur, intègrent cependant une approche plus féministe, sans toutefois revenir vers la nature authentique du conte. Au fil des pages, l’autrice va ausculter les contes sous tous ses aspects (psychanalytique, sociologique, sexuel, religieux…) et nous rafraîchir la mémoire en livrant pour certains la « vraie » version (écrite ou orale) d’histoires passées à la moulinette hollywoodienne. Bref, c’est très complet, bien documenté et plutôt passionnant, avec un humour décalé qui fait mouche et empêche de tomber dans le sérieux, même si le sujet est sérieux ! Le dessin minimaliste et vif de Lou Lubie donne beaucoup de punch à cet essai bien structuré et très réussi. « Et à la fin, ils meurent », bien loin d’être une charge ironique contre les contes, s’avère davantage un hommage sincère et respectueux, malgré les procès qui leur sont intentés à l’aune des évolutions sociétales et de la rationalité de notre époque, qu’il s’agisse des versions disneyennes ou non. Lou Lubie nous le rappelle, « les contes sont partout ! » : à travers le cinéma, la mode, les romans, les séries, les jouets et bien sûr… la BD. Et de citer le psychanalyste Bruno Bettelheim, qui affirme que « les contes de fées préparent inconsciemment l’enfant au monde qui l’attend ». Pour l’autrice, ils « sont bien plus que des histoires naïves pour enfants », mais « notre patrimoine littéraire, notre héritage culturel, les origines de notre imaginaire. » Message transmis.

14/10/2023 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Blanche-Neige, Rouge Sang - Chronique vampirique
Blanche-Neige, Rouge Sang - Chronique vampirique

Une grosse claque que cette adaptation d'une nouvelle de Neil Gaiman par la talentueuse Colleen Doran. Premièrement, la partie graphique est à tomber par terre. Un dessin soigné où les détails foisonnent dans un style art nouveau et gothique du plus bel effet. Il s'en dégage une atmosphère glaçante qui convient parfaitement à ce récit terrifiant. La mise en page est immersive et les couleurs dans des tons froids sont superbes. Envoûtant. Deuxièmement, la revisite de ce conte de Blanche-Neige est remarquable, elle va suivre la trame de l'œuvre originale mais en inversant les rôles tout en y ajoutant une touche de vampirisme. On va avoir droit à la gentille marâtre et à la méchante princesse. Un récit captivant que je n'ai pu lâcher avant la dernière page. Une narration avec juste la voix off de la reine, celle-ci donne ce ton si singulier au récit. Un conte à ne pas mettre dans toutes les mains. Le sang va couler, l'ambiance est sombre et certaines scènes et phrases ne sont pas pour les enfants. J'ai adoré ce comics, le seul point négatif : sa faible pagination, 49 planches sur les 88 du bouquin. Un gros dossier en fin d'album sur les notes de Colleen Doran avec de nombreux croquis, on y apprend que Neil Gaiman a jeté son œil sur le travail de celle-ci. Un merveilleux moment de lecture. Je recommande chaudement aux amateurs du genre. Je n'ai plus qu'à attendre "Chivalry", toujours une adaptation d'une nouvelle de Neil Gaiman.

13/10/2023 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série L'Épouvanteur
L'Épouvanteur

L'Épouvanteur est une série américaine de romans jeunesse de dark fantasy. Son concept se rapproche beaucoup de celui du Sorceleur d'Andrzej Sapkowski, dans une version plus destinée aux adolescents, sans les sanglants combats à l'épée et les intrigues politiques. Les épouvanteurs sont en effet chargés de contrôler et détruire les créatures fantastiques qui s'en prennent aux humains, à savoir les sorcières et autres gobelins. Et comme les sorceleurs, ils sont dotés de quelques pouvoirs mais surtout d'une solide érudition. Et comme eux ils sont aussi nécessaires que rejetés par la populace. Le narrateur et héros, Thomas Ward, commence ses aventures au moment où il entame tout juste son apprentissage auprès de son nouveau maître. Il va encore devoir faire ses preuves... et survivre également car le métier d'épouvanteur est plein de dangers. Cette adaptation est dessinée par Benjamin Bachelier dans son style reconnaissable, un trait épais et charbonneux réalisé en couleurs similaires au fusain. Un style qu'il partage un peu avec Jean-Claude Götting à mes yeux, les deux ayant d'ailleurs travaillé dans le domaine de l'illustration jeunesse. C'est un graphisme qui n'offre que peu de détails et de clarté mais qui impose une ambiance réussie soulignant la peur et la menace qui rôdent dans ce récit. Il semble probable que chaque tome de cette série adapte un roman entier. C'est appréciable car cela offre une histoire assez dense au long des 80 pages de l'album, avec une intrigue bien rythmée qui accroche le lecteur. J'y ai apprécié la justesse du ton, le sentiment de danger qui se dégage, mais aussi l'intelligence du héros qui est réfléchi, commet quelques erreurs mais les répare avec soin. Sa psychologie est également bien développée : on le voit tout d'abord effrayé, puis conscient de ses capacités mais également peu motivé à devenir épouvanteur, et finalement on comprend le cheminement qui l'amène à prendre ses responsabilités malgré le risque mortel que cela implique. Et sa relation avec la jolie Alice est également intéressante, là aussi très mature pour un récit jeunesse. C'est un récit de fantasy qui n'apporte pas énormément de surprise mais c'est une lecture très agréable, intelligente et bien menée dont je lirai la suite avec plaisir.

13/10/2023 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Gotham City - Année un
Gotham City - Année un

L’histoire de « Gotham city : année un » se déroule 2 générations avant l’apparition de Batman et est supposée expliquer (en partie) les origines du mal qui finira par ronger Gotham City. J’ai trouvé ce lien un peu capillotracté et superficiel, et j’ai surtout apprécié cette histoire pour ce qu’elle est : un polar noir traditionnel, dans la lignée des albums de Brubaker et Phillips… et je me suis régalé ! Les 4 premiers chapitres sont rondement menés, mais les évènements semblent un peu trop prévisibles… et puis les chapitres 5 et 6 relancent complètement l’intrigue à coup de révélations inattendues et retournements de situation logiques et bien amenés. Le ton est sombre et assez violent, et la mise en image est réussie et retranscrit parfaitement l’ambiance polar de l’intrigue. Voilà, je ne comprends pas trop l’intérêt d’avoir intégré cette superbe enquête à l’univers de Batman, mais j’ai néanmoins passé un excellent moment de lecture !

13/10/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Undercurrent
Undercurrent

Très joli manga que celui-ci. Tout en lenteur et en douceur, il explore des thématiques du couple et du lien, dans une ambiance posée qui prend son temps. J'adore ce genre de lecture ! Déconseillée aux personnes amatrices de tension et d'action, ici tout est lent, comme la vie. L'histoire de Kanae est simple, mais prend le temps de dérouler tout son propos. Son mari à disparu, elle embauche un détective privé pour le retrouver. Elle a un nouvel employé dans son établissement de bain. Et puis voila … L'histoire a une véritable conclusion, très bien faite à mon sens, mais c'est surtout le déroulé qui importe. On découvre Kanae petit à petit et c'est son histoire qui est essentielle : comment elle se reconstruit après ce deuil, ce qu'elle découvre sur elle-même et sur les autres. Le manga comporte quelques personnages pas dénués d'intérêt, entre le nouvel employé, le vieux qui traine et le détective privé, moteur de la transformation de Kanae. J'ai beaucoup aimé ce dernier personnage, nonchalant et bon vivant, qui sait redonner le sourire. Une sorte de petite étincelle qui rallume la flamme. Globalement, l'histoire est surtout intéressante pour l'ambiance : les bains, les relations sociales, la réflexion … Tout est posé, mais jamais chiant. C'est une lecture introspective, qui invite à nous demander à quel point on connait les autres et surtout soi-même. J'ai été pris dans l'histoire et l'ambiance, jusqu'aux quelques révélations finales sans importance, à ce stade. Il y a la question des relations humaines mais aussi de la communication, de nos vies. Qu'en restera-t-il au final ? Je suis sous le charme de ce manga, qui a posé une ambiance qui reste à la fin. C'est planant et posé, le genre qu'on apprécie de déguster dans une atmosphère calme, un petit morceau de musique sans paroles en fond sonore. Je me le relirais bientôt, ça c'est sur.

13/10/2023 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Frontier
Frontier

Plus qu’un simple « space opera », ce consistant one-shot s’apparente à une expérience immersive pour le moins singulière. Une sorte de nouvelle « frontière » dans la SF. Nous avons là une œuvre au long cours, comme expliqué dans l’annexe en fin d’ouvrage où l’on découvre que les premiers croquis d’études sur l’univers et les personnages remontent à 2013 ! Guillaume Singelin n’est pas un nouveau venu dans la bande dessinée : il est l’auteur notamment de P.T.S.D., co-auteur avec Aurélien Ducoudray de The Grocery, et « membre permanent » du novateur Label 619 au sein de Rue de Sèvres, lequel a publié l’album en question. « Frontier » est un miroir à plusieurs faces. D’abord un miroir physique de notre système solaire, où hormis la Terre, les planètes portent un autre nom : Junon pour Mars, Vesta pour Jupiter, Minerve pour Vénus… mais aussi un miroir temporel, une projection futuriste de notre monde actuel avec son système économique mortifère où la conscience écologique semble avoir reculé au profit de la cupidité, celle des grandes compagnies énergétiques que l’on ne connaît que trop bien sur notre plancher des vaches (à lait) en ce début de millénaire. Ce que Singelin nous montre de la colonisation de l’Espace n’est guère reluisant. Et même si elles conservent des endroits encore inviolés par la main de l’Homme, les planètes sont souillées à cause de l’exploitation minière et leurs orbites grouillent de débris et d’épaves, qui constituent en outre un danger pour les engins spatiaux de toutes sortes. Rien à voir donc avec un univers à la Star Trek un peu lisse, plus éloigné dans le temps et axé sur des problématiques plus métaphysiques. Ici on est dans un concret directement corrélé aux enjeux de notre monde actuel : l’écologie bien sûr mais aussi des thèmes sociaux telles que les conditions de travail et salariales, négligées par les multinationales spatiales aux bénéfices colossaux, bref, rien de bien nouveau sous la galaxie. On ne rentre pas si facilement dans « Frontier », et c’était le cas en ce qui me concerne. L’univers graphique est parfaitement maîtrisé, impressionnant voire admirable, extrêmement riche en détails. Mais Singelin ne cherche pas non plus à en mettre plein la vue, dans le sens où le visuel, dépourvu de couleurs flashy, ne domine pas le propos. D’ailleurs, les premières pages nous évitent les représentations classiques et un peu clichées où flotteraient des vaisseaux spatiaux sur fond de galaxies grandioses. A l’inverse, l’histoire débute sur Terre, dans un centre de recherche islandais (quand bien même on est ici dans un monde parallèle) puis aux abords d’une mine de lithium, ce qui ne constitue guère une invitation au rêve. Dans le hangar jouxtant le centre de recherche, une foule de techniciens s’activent autour d’une sonde spatiale dernière génération. Et c’est peut-être aussi ce qui pourrait rebuter certains, cette abondance de petits personnages « hobbitiens » au visage sommaire qui remplissent les cases, faisant que l’on peut avoir du mal à identifier les protagonistes principaux. C’est le cas avec Ji-Soo comme avec Camina. De même, la transition entre certaines scènes est parfois suggérée, ce qui peut être source de confusion. Et pourtant… Une fois passé l’obstacle d’une lisibilité peu probante au début, on finit par s’habituer au parti pris graphique un rien « claustrophobique » (et néanmoins très plaisant), vraisemblablement dû à la fascination exercée par l’objet duquel émane une certaine puissance narrative. La participation active du lecteur est donc requise, feignasses s’abstenir ! Si l’on a conscience de tout cela et qu’on laisse se faire la décantation, on constatera avec bonheur que le récit trouve peu à peu sa vitesse de croisière pour au final achever de nous conquérir. « Frontier », c’est aussi, en dehors du propos politico-social bien senti, une véritable aventure ainsi qu’une belle histoire d’amitié entre trois êtres attachants que tout sépare a priori (Ji-Soon la scientifique intello, Camina la mercenaire « badass », et Alex, l’ouvrier un peu falot) mais des êtres qui arrivent à un moment de leur vie où ils décident de « renverser la table » et remettre en question leurs choix de vie, hors d’un système aliénant auquel ils avaient fini par (trop bien) s’habituer. Ensemble, ils vont reprendre leur liberté, en tentant d’échapper aux armées privées mandatées par les compagnies minières. Si l’on peut regretter un peu la quasi-absence de contextualisation géopolitique, notamment sur Terre — l’auteur se contentant de décrire les acteurs économiques de l’exploitation spatiale que sont les organismes et les compagnies privées —, cet album s’impose comme une lecture essentielle et inspirante, renouvelant avec pertinence le genre SF dans le neuvième art. Une des BD qui incontestablement marquera l’année 2023 de son empreinte.

12/10/2023 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Journal Tintin - Spécial 77 ans
Journal Tintin - Spécial 77 ans

Rendant hommage au journal Tintin pour l'anniversaire de ses 77 ans, ce bel et gros album de 400 pages regroupe quelques articles de fond sur le journal et ses auteurs mais surtout environ 350 pages de BD, avec pas moins de 65 histoires courtes et autres gags rendant hommage aux héros du journal, toutes réalisées spécialement pour l'occasion par de grands voire très grands noms de la BD. Ces divers hommages sont de différents types. On y retrouve parfois des épisodes aventureux de plusieurs pages exactement comme les vivaient ces fameux héros d'antan, avec souvent un dessin qui fait exprès de se rendre aussi similaire que possible à celui de l'auteur originel si bien qu'on s'y croirait. Ca donne par exemple des aventures de Blake et Mortimer, de Michel Vaillant, de Bernard Prince ou de Thorgal presque plus vraies que nature. Ou encore des strips de La Tribu Terrible par Fabcaro où on se rend compte qu'il a exactement le même humour que Gordon Bess. Et d'autres fois le dessinateur utilise au contraire sa propre patte graphique donnant un visuel très différent du matériel d'origine mais pas moins talentueux. Ca donne par exemple les gags de Robin Dubois dans le style de Benoit Feroumont qui parait comme une évidence pour reprendre cette série là, ou encore un Clifton en noir et blanc repris par Foerster. Quelques fois, ces aventures se déroulent à la même époque que celles de ces héros et d'autres fois ce sont des aventures de type 20 ans après où les héros ont vieilli ou ont été remplacés par leurs héritiers. On notera d'ailleurs que c'est parfois le vrai auteur de la série qui nous offre ces quelques récits là, reprenant les personnages qui ont fait leur succès dans les pages de Tintin il y a quelques décennies. C'est le cas par exemple de Hermann (Comanche), Cosey (Jonathan), Derib (Buddy Longway) ou encore Crisse (Nahomi). C'est aussi parfois un auteur célèbre pour d'autres séries du même genre qui s'approprie les œuvres de collègues et amis, comme Swolfs, auteur de Durango qui reprend un autre cowboy en la personne de Ringo. Ce sont parfois des reprises sérieuses et d'autres fois des clins d'oeil pleins d'humour, comme notamment les nombreux récits où Boucq s'amuse à intégrer son Jérôme Moucherot comme un cheveu sur la soupe des aventures de personnages célèbres du journal Tintin, celui où Trondheim se moque du fait que Blake et Mortimer ont tant besoin de leurs pavés de textes narratifs et redondants pour raconter leurs histoires, ou encore la version parodique de Luc Orient par Turk, Falzar et Zidrou. On y retrouve aussi quelques hommages directs où l'auteur met en scène les héros qu'il veut célébrer dans des séquences qui reviennent sur leur carrière d'ensemble, comme un remerciement respectueux de l'ancien enfant lecteur devenu bédéiste professionnel. Parmi ceux là je retiens notamment l'hommage à Modeste et Pompon et à Franquin lui-même réalisé par Alix Garin que j'ai trouvé très touchant. Et j'ai aussi trouvé amusant l'hommage de Falzar et Miguel Diàz à la série Hugo qui ont osé faire rentrer les Johan et Pirlouit du journal Spirou dans cet hommage à Tintin. Tant d'auteurs et tant d'hommages dans cet épais recueil, on pourrait forcément craindre d'avoir du bon et du mauvais mais en réalité la qualité va du simplement pas mal au franchement bon. Et le dessin est presque toujours d'excellente qualité. Bien sûr certains hommages vous parleront plus que d'autres, qu'il s'agisse de séries que vous lisiez vous-mêmes ou d'auteurs que vous appréciez plus ou moins, et même moi qui me targue d'une grande érudition en matière de BD je ne connaissais pas bien tous les personnages auxquels ces hommages sont rendus donc je n'ai pas toujours su apprécier à leur juste valeur le message de ceux qui les faisaient revivre devant mes yeux. Et à l'inverse, arrivé en fin d'album quand l'ouvrage me rappelle la liste des autres personnages qui sont bien parus dans tintin mais n'ont pas eu la chance d'être repris dans cet ouvrage, je me suis dit que j'aurais beaucoup aimé voire des hommages supplémentaires rendus à plusieurs d'entre eux. Dans tous les cas, c'est un grand et très bel hommage rendu à un journal, à une foule de personnages de BD et à leurs auteurs et à une toute une époque et une ambiance de récit d'aventures et d'humour qui ont marqué l'histoire de la BD franco-belge. Je ne regrette absolument pas mon achat et je le conseille sans hésiter, d'autant que l'objet est d'une très belle qualité physique et que le matériel éditorial est bon.

12/10/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série La Sève
La Sève

Bon, je mets un 4* mais disons que c'est un 3.5* que je veux démarquer de Symposium qui est un cran en-dessous, clairement. Je suis carrément fan de cette collection, qui ne contient pour l'instant que des BD m'ayant plu, et celle-ci ne déroge pas à la règle. En plusieurs histoires courtes, Cheri développe son esthétique et son message sur "la sève", ode au plaisir féminin. Les histoires s'enchainent de façon sympathique, les histoires ont quelques bonnes idées et j'aime la navigation entre fantasme et réalité. Les histoires muettes m'ont un peu moins séduit, plus abstraites me semble-t-il. En tout cas je suis ravi de voir le trait de Cheri évoluer. Moins de visages déformés, moins de sensation d'étrange dans le rendu global, on sent une maitrise plus grande que dans sa précédente œuvre. J'ajouterais que le rendu avec les ombres apporte une touche en plus, là encore mieux maitrisé à mon sens. C'est le genre de BD dont on ressort moins excité qu'émoustillé, mais elle joue finement sur son sujet et l'ensemble est de bon ton. C'est peut-être la moins bonne BD de la collection que j'ai lue jusqu'à présent et pourtant je lui laisse un 4*, poussant à la hausse le 3.5* que j'aurais voulu mettre parce que la BD a de magnifiques visuels et qu'elle sait jouer avec les représentations classiques de la BD érotique. Un bon opus, à déguster comme un apéritif avant d'attaquer du plus costaud.

11/10/2023 (modifier)