En effet, c'est un titre qui parvient à tirer son épingle du jeu. Je partage l'avis de Spooky là-dessus. Bon, les dialogues sont parfois un peu tarte au point qu'à un moment, je me suis dis que les auteurs devaient être jeunes, à plus forte raison parce qu'ils me semblent avoir saisi un truc de l'époque. Mais en fait pas du tout : les mecs sont des quarantenaires.
Mais qu'entends-je par "saisir un truc de l'époque" ? En fait, le réchauffement climatique est au cœur des préoccupations de nos jeunes héros. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle ils ont été "choisis". Or je suppose qu'en ayant 15 ans aujourd'hui, il est difficile de ne pas y penser. J'imagine que cette perspective d'un effondrement prochain est un facteur non négligeable de stress. Il suffit de voir ce qui s'est passé avec la petite Greta T... Et puis les auteurs évoque également la question du genre à travers l'un des personnages ; c'est en l'occurrence un peu collé artificiellement au scénario, mais avec cette animalisation des personnages, ça prend un sens. Oui, il y a de bons trucs dans cette BD, un peu dans l'esprit de Epiphania de Ludovic Debeurme.
Enfin, graphiquement, il y a de chouette pages muettes, dessinées dans un style différent des personnages. Mais les pages moins narratives sont très bonnes également, et la mise en couleur, bien qu'un peu terne, est réussie.
Ce qui s'appelle une bonne surprise !
Un album qui fait voyager dans une Turquie fin XVIIe siècle. Reimena Yee est originaire de Kuala Lumpur en Malaisie, elle travaille actuellement à Melbourne en Australie, elle a commencé dans le web comics avec Seance tea party avant de sortir ce comics aussi disponible sur le web. Une artiste aux mutifacettes.
Pour commencer, les deux livres sont très beaux, de beaux objets.
Le dépaysement est total grâce aux magnifiques dessins qui dégagent ce parfum du Moyen-Orient avec ses couleurs chaudes et ses lignes simples, claires et précises, appuyés par une mise en page dans un style oriental. Immersif.
Une histoire qui reste classique mais la forme narrative singulière apporte un plus indéniable. Elle prend souvent le temps d'approfondir les sujets en faisant parfois plusieurs sauts temporels sur une simple planche dans le premier volume ou reprenant des fables d'Ésope pour introduire un chapitre dans le second. Un roman graphique où vient se greffer le fantastique avec la présence d'un djinn et la transformation de Zeynel en vampire, mais aussi l'historique avec une description minutieuse de cette fin de siècle. On va suivre la vie de Zeynel et Ayse, lui, était promis à une vie d'érudit, elle, veut devenir une marchande de tapis sur Constantinople. De cette rencontre va naître un immense amour et Zeynel va mettre de côté sa vie toute tracée pour soutenir son épouse dans son projet, une complémentarité qui fera d'eux une référence dans les marchands de tapis. Un voyage qui commence à Usak pour se poursuivre à Constantinople et se terminer en Angleterre, ça parle d'amour, des liens familiaux, d'amitié, du pardon et de la religion. L'islam transpire tout le long du récit, un islam de tolérance, très loin des clichés extrémistes. Un très bon moment de passé avec pour point d'orgue : jusqu'où iriez-vous par amour ? Seriez-vous prêt à pardonner à celui qui est la cause de tous vos maux ?
Un récit qui m'a touché avec, je le répète, sa narration singulière et sa touche de poésie. Un glossaire, en début des deux d'albums, qui reprend la traduction de certains mots turques. Très pratique.
Un très, très bon moment de lecture.
Un diptyque sur l'amour, la tolérance, le deuil et l'ouverture d'esprit.
Je recommande évidemment.
J'aime beaucoup les séries qui comble (un peu) mon ignorance. C'est le cas du sujet choisi par Frantz Duchazeau. L'auteur nous révèle un peintre quasi inconnu du grand public. Pourtant Lazare Bruandet ne s'est pas contenté d'une "peinture officielle" mais a choisi d'explorer des voies novatrices qui seront reprises au XIXème siècle dans la représentation des paysages.
Duchazeau choisit de placer ce tempérament éruptif au milieu de la tourmente de 1793. Cela crée une tension dramatique forte entre le meurtre de sa femme dans un accès de jalousie alcoolique et ses confrontations aux bandes de milices ou de soldats qui profitent d'une impunité criminelle.
Ce chaos politique loin de ses idéaux de 89, fait surgir tous les aspects du personnage parfois rebutant et souvent attendrissant dans une faiblesse héritée de son enfance.
Le texte est très travaillé en témoigne la liste des ouvrages qui ont inspiré Duchazeau. Il y a beaucoup de remarques prêtées à Bruandet qui aident à comprendre l'approche conceptuelle du peintre sur les masses et les détails.
Les éléments fictionnels sont bien intégrés dans la logique du personnage ou de l'époque et le déroulé du récit est vraiment plaisant.
Le trait de Duchazeau propose de se mettre dans l'ambiance de la pensée de Bruandet ou souvent "un simple croquis est plus ressemblant qu'un portrait". L'auteur n'alourdit pas son dessin de trop de détails. Il préfère la dynamique de la gestuelle sans toutefois amoindrir les expressions des intervenants.
Evidemment Duchazeau introduit moult paysages forestiers inspirateurs du peintre.
Une bonne lecture vraiment intéressante et originale dans cette thématique de l'art dans une période aussi instable.
Comme d'autres lecteurs, j'ai été touché par cette BD tout en douceur et sans une parole. Béatrice vit tout les jours comme le même, enfermé dans une vie routinière dont elle semble prisonnière. Et voila ce sac rouge, qui attire l'œil de Béatrice autant que du spectateur par cette couleur si notable. Que contient il ? Une promesse de bonheur, une damnation éternelle ?
J'ai beaucoup aimé cette histoire tout en douceur et retenue, c'est sans paroles parce qu'il n'y en a pas besoin. Et j'aime ces images chargées qui font ressentir le son sans rien écrire, l'abondance de détails qui accrochent l'œil et font comprendre la modernité étalé dans toute la ville. Le jeu des couleurs, des regards, on comprend tout ce qui est dit sans rien prononcer. C'est le genre de BD que je prend surtout plaisir à lire, à relire et à contempler à nouveau.
L'histoire est simple et belle, suffisamment prenante pour que je plonge dedans et pas non plus trop complexe pour que je sorte facilement de celle-ci.
Ce genre de BD me plait particulièrement, surtout pour ce magnifique dessin qui traverse les pages et nous envoute. Une très belle lecture que je recommande !
J'ai bien aimé cette lecture, sorte de portraits d'une jeunesse dans un petit patelin de France. Par certains côté, j'y ai trouvé un air de Je mourrai pas gibier même si le déroulé est franchement différent.
C'est un trio de personnages plutôt bon, avec cette jeune femme caissière qui a la sensation de passer à côté de sa vie, ce jeune redoublant qui rate sa scolarité et s'en fiche, cet autre jeune passionné de train et admiratif de l'aérotrain. Sous les rails de béton jamais utilisé (mais ô combien photogéniques !) leur vie est plan-plan, entre sorties dans la gravière, petits larcins, sortie en boite … Et arrive une jeune fille, pétillante de vie, qui met tout ce petit monde en émoi.
Soyons honnête, j'avais vu venir gros comme une maison les mensonges de la jeune fille, mais j'ai vraiment l'impression que l'auteur à tout fait pour ça. Par contre la deuxième partie est plus surprenante et la montée en tension est bien menée, jusqu'à la fin qui culmine à un point inattendu. J'ai trouvé que cette explosion finale avait été bien amenée, faisant de ce point de l'histoire la cristallisation de tout ce qui a eu lieu avant : les frustrations, les humiliations, la rage, la haine. C'est une vengeance, une juste vengeance, mais une vengeance aveugle. L'auteur joue habillement ses cartes pour ne pas faire une fin trop facile et fleur bleue, surtout qu'il y a une grinçante ironie dans la lettre finale (à propos du gars aux dreadlocks). Une belle manière de montrer que c'est surtout une question de situation. Un commentaire sociale pas dénuée d'intérêt, je trouve.
Ce qui m'a plu aussi, c'est l'utilisation de l'aérotrain : un projet raté, vieux et envahissant, comme la vie de ces jeunes peut sembler ratée. On a les questions de pression de genre, les pressions au travail, la misère sociale … Le propos se veut assez sombre, malgré un dessin et un début qui font plus coloré et frais que le ton final. Sous des faux airs de BD sympa, le récit se veut comme une histoire tragique.
La BD mérite une petite lecture, je dirais qu'on est sur un 3.5 que je note à la hausse pour la note global !
Connaissant un peu MAM et son talent pour l'utilisation très poussée de la narration par et avec le dessin. Avant de me plonger dans la série des Julius Corentin Acquefacques je me suis décidé à lire quelques uns de ses albums et "Le dessin" paraissait idéal : pas trop long et visiblement plus accessible.
Et franchement, je commence à apprécier MAM ! Son style est reconnaissable de loin, surtout avec ses fameuses têtes qui me semblent toujours très carrées, ou encore son trait noir épais, jouant sur les ombres. En commençant le récit, je pensais naïvement qu'il avait abandonnée ses prétentions de dessins tarabiscotés en tout sens pour en extraire une signification nouvelle et surprendre le lecteur. J'avais l'impression de seulement voir un hommage à l'art et l'inspiration, le lien entre deux personnes et une allégorie de la profondeur de celui-ci. Puis la fin est arrivé, et là j'ai retrouvé le MAM que je connais.
Ce qui est fort, c'est à quel point l'auteur peut jouer narrativement sur le dessin. Et la fin est à la fois belle dans la narration et formidable dans la préparation. Un petit tour de magie que je n'avais largement pas vu venir mais qui fait franchement plaisir. D'autant que le récit se conclue à nouveau sur ce rappel à l'amitié et la passion de l'art que se sont partagés les deux amis. Une belle BD, un peu trop vite lue avec ces grandes cases qui sont rapidement parcourue, mais quel plaisir visuel et narratif. MAM est un auteur qui se joue des codes narratifs de BD pour en extraire une nouvelle façon de raconter, toujours surprenante. Je n'ai pas adhéré à toute ses BD mais il a un savoir-faire que je ne peux qu'admirer.
Enfant j'ai toujours rêvé devant les cartes de géographie. Imaginer de vastes étendues inconnues et quasi vides m'a toujours fait voyager par l'esprit.
J'ai pu réaliser quelques-uns de mes rêves de globe-trotter mais je suis loin du modèle de Sylvain Tesson. Toujours est-il que j'apprécie particulièrement ce type de récit aventurier.
Si le séjour de Tesson dans le grand Nord présente des côtés extrêmes le récit montre comment l'auteur a tout fait pour la réussite de sa période d'ermitage. Son but n'est pas une recherche suicidaire de ses limites (sauf pour la vodka) mais la volonté de redevenir pleinement libre de son temps.
Cela présuppose une pensée contemplative et méditative qui cherche à retrouver un sens en dehors des conventions sociales. Toutefois Tesson n'est pas dupe, il remet souvent en question la légitimité de son action. Il ne rejette ni les rencontres ni les conventions puisqu'il adopte les us de ses très rares voisins.
Virgile Dureil arrive à bien synthétiser la pensée et les questionnements de Sylvain à travers une voix off précise et peu envahissante. Cela produit une narration fluide et dynamique qui rend la lecture agréable. Dureil installe son lecteur devant une fenêtre d'où l'on peut rêver ce chant du monde. La référence à Giono est appropriée dans ce retour à un contact à une nature belle et insoumise.
J'ai bien aimé le graphisme de Dureil qui privilégie les espaces restreints aux grandes étendues du lac et des montagnes. Malgré les conditions difficiles l'ambiance autour de la cabane reste chaleureuse. Les scènes de solitude sont habilement équilibrées avec les visites de ses voisins pour rendre cette atmosphère du bonheur recherché par Tesson.
Petite bulle de plénitude qui a une limite puisque le monde extérieur est toujours présent et se rappelle douloureusement à lui.
Une lecture très agréable si vous possédez une tendance au rêve et à la contemplation.
Joseph Conrad fait partie des auteurs romanciers-aventuriers que j'aime lire comme Kessel, London ou Monfreid entre autres.
C'est donc avec confiance que je suis rentré dans la série de Renaud Ferace. J'ai bien été séduit par le début du récit. Férace prend le temps de bien poser la personnalité de Féraud et d'Hubert en même temps que cette ambiance du début de l'Empire.
Le récit est servi par une narration agréable dans un cadre bien structuré. Cela donne un récit à rebondissement qui vaut plus par la psychologie des personnages que par la tension de l'issue des duels que l'on devine immédiatement.
Conrad était l'héritier d'une famille noble Polono-Ukrainienne anti Tsariste ce que l'on perçoit dans sa vision de l'Empereur et de sa Grande Armée. J'ai une réserve sur ce point de vue du brave guerrier sympathique qui envahit l'Europe dans sa mission pacificatrice.
Cette réserve effectuée on retrouve une ambiance balzacienne (Colonel Chabert) dans la fin du récit. C'est très littéraire et bien travaillé tout au long de la série. Toutefois j'ai éprouvé une certaine lassitude à enchaîner ces duels à répétitions.
Le graphisme propose un beau N&B un peu dans une ambiance Corto dans les expressions de ces visages énigmatiques. Toutefois si Féraud reste facilement identifiable tout du long j'ai eu plus de mal avec d'Hubert. De même si les détails des uniformes sont vraiment excellents le manque de couleur nuit un peu à la magnificence des tenues ainsi qu'à la reconnaissance des armées.
Malgré quelques points que j'ai moins aimés cela reste une série vraiment bien travaillée et originale tant sur le scénario que sur le graphisme. 3.5
Très attiré par ce dessin si précis si fin si coloré en premier lieu avec des gros doutes sur l'intérêt de l'histoire. Je craignais que l'héroine tourne en boucle sur ses phantasmes ou autres insécurités. Et finalement non, il y a vraiment une progression du scénario et de ces personnages. Personnellement je ne connaissais rien sur la vie de Anaïs Nin, et grace à cette lecture, j'ai l'impression de l'avoir rencontrée! Et quel personnage!
Je poste un deuxième avis sur ce vieux comics (1965), injustement oublié.
Cet album (The Amazing Spider-Man #26-27) propose la troisième confrontation entre Spider-Man et le Bouffon Vert dont l'identité ne sera dévoilée que bien plus tard (The Amazing Spider-Man #39).
Un scénario classique, un Peter Parker encore étudiant et des personnages secondaires (Gwenn Stacy, Betty Brant, Liz Allan, John Jonah Jameson ...) qui ont bercé mon enfance. Nostalgie quand tu me tiens.
Une narration qui maintient le suspense et n'axe pas tout sur la baston.
Ce comics vaut surtout pour le dessin de Steve Ditko. Un trait qui pourra paraître désuet de nos jours, mais qui selon moi reflète une époque, celle des années 60, dans un style dynamique malgré quelques postures théâtrales et à la mise en page inventive.
Si vous voulez découvrir Steve Ditko, lisez ce comics.
Anecdote : lorsque Ditko quitta la série au numéro 38, lui et Stan Lee ne se parlaient plus depuis plusieurs mois, ils n'étaient pas d'accord sur l'identité secrète du Bouffon Vert.
En bonus, par les mêmes auteurs, les origines du Docteur Strange. Un beau cadeau.
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Les Ambassadeurs
En effet, c'est un titre qui parvient à tirer son épingle du jeu. Je partage l'avis de Spooky là-dessus. Bon, les dialogues sont parfois un peu tarte au point qu'à un moment, je me suis dis que les auteurs devaient être jeunes, à plus forte raison parce qu'ils me semblent avoir saisi un truc de l'époque. Mais en fait pas du tout : les mecs sont des quarantenaires. Mais qu'entends-je par "saisir un truc de l'époque" ? En fait, le réchauffement climatique est au cœur des préoccupations de nos jeunes héros. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle ils ont été "choisis". Or je suppose qu'en ayant 15 ans aujourd'hui, il est difficile de ne pas y penser. J'imagine que cette perspective d'un effondrement prochain est un facteur non négligeable de stress. Il suffit de voir ce qui s'est passé avec la petite Greta T... Et puis les auteurs évoque également la question du genre à travers l'un des personnages ; c'est en l'occurrence un peu collé artificiellement au scénario, mais avec cette animalisation des personnages, ça prend un sens. Oui, il y a de bons trucs dans cette BD, un peu dans l'esprit de Epiphania de Ludovic Debeurme. Enfin, graphiquement, il y a de chouette pages muettes, dessinées dans un style différent des personnages. Mais les pages moins narratives sont très bonnes également, et la mise en couleur, bien qu'un peu terne, est réussie. Ce qui s'appelle une bonne surprise !
Le Marchand de tapis de Constantinople
Un album qui fait voyager dans une Turquie fin XVIIe siècle. Reimena Yee est originaire de Kuala Lumpur en Malaisie, elle travaille actuellement à Melbourne en Australie, elle a commencé dans le web comics avec Seance tea party avant de sortir ce comics aussi disponible sur le web. Une artiste aux mutifacettes. Pour commencer, les deux livres sont très beaux, de beaux objets. Le dépaysement est total grâce aux magnifiques dessins qui dégagent ce parfum du Moyen-Orient avec ses couleurs chaudes et ses lignes simples, claires et précises, appuyés par une mise en page dans un style oriental. Immersif. Une histoire qui reste classique mais la forme narrative singulière apporte un plus indéniable. Elle prend souvent le temps d'approfondir les sujets en faisant parfois plusieurs sauts temporels sur une simple planche dans le premier volume ou reprenant des fables d'Ésope pour introduire un chapitre dans le second. Un roman graphique où vient se greffer le fantastique avec la présence d'un djinn et la transformation de Zeynel en vampire, mais aussi l'historique avec une description minutieuse de cette fin de siècle. On va suivre la vie de Zeynel et Ayse, lui, était promis à une vie d'érudit, elle, veut devenir une marchande de tapis sur Constantinople. De cette rencontre va naître un immense amour et Zeynel va mettre de côté sa vie toute tracée pour soutenir son épouse dans son projet, une complémentarité qui fera d'eux une référence dans les marchands de tapis. Un voyage qui commence à Usak pour se poursuivre à Constantinople et se terminer en Angleterre, ça parle d'amour, des liens familiaux, d'amitié, du pardon et de la religion. L'islam transpire tout le long du récit, un islam de tolérance, très loin des clichés extrémistes. Un très bon moment de passé avec pour point d'orgue : jusqu'où iriez-vous par amour ? Seriez-vous prêt à pardonner à celui qui est la cause de tous vos maux ? Un récit qui m'a touché avec, je le répète, sa narration singulière et sa touche de poésie. Un glossaire, en début des deux d'albums, qui reprend la traduction de certains mots turques. Très pratique. Un très, très bon moment de lecture. Un diptyque sur l'amour, la tolérance, le deuil et l'ouverture d'esprit. Je recommande évidemment.
Le Peintre hors-la-loi
J'aime beaucoup les séries qui comble (un peu) mon ignorance. C'est le cas du sujet choisi par Frantz Duchazeau. L'auteur nous révèle un peintre quasi inconnu du grand public. Pourtant Lazare Bruandet ne s'est pas contenté d'une "peinture officielle" mais a choisi d'explorer des voies novatrices qui seront reprises au XIXème siècle dans la représentation des paysages. Duchazeau choisit de placer ce tempérament éruptif au milieu de la tourmente de 1793. Cela crée une tension dramatique forte entre le meurtre de sa femme dans un accès de jalousie alcoolique et ses confrontations aux bandes de milices ou de soldats qui profitent d'une impunité criminelle. Ce chaos politique loin de ses idéaux de 89, fait surgir tous les aspects du personnage parfois rebutant et souvent attendrissant dans une faiblesse héritée de son enfance. Le texte est très travaillé en témoigne la liste des ouvrages qui ont inspiré Duchazeau. Il y a beaucoup de remarques prêtées à Bruandet qui aident à comprendre l'approche conceptuelle du peintre sur les masses et les détails. Les éléments fictionnels sont bien intégrés dans la logique du personnage ou de l'époque et le déroulé du récit est vraiment plaisant. Le trait de Duchazeau propose de se mettre dans l'ambiance de la pensée de Bruandet ou souvent "un simple croquis est plus ressemblant qu'un portrait". L'auteur n'alourdit pas son dessin de trop de détails. Il préfère la dynamique de la gestuelle sans toutefois amoindrir les expressions des intervenants. Evidemment Duchazeau introduit moult paysages forestiers inspirateurs du peintre. Une bonne lecture vraiment intéressante et originale dans cette thématique de l'art dans une période aussi instable.
Béatrice (Mertens)
Comme d'autres lecteurs, j'ai été touché par cette BD tout en douceur et sans une parole. Béatrice vit tout les jours comme le même, enfermé dans une vie routinière dont elle semble prisonnière. Et voila ce sac rouge, qui attire l'œil de Béatrice autant que du spectateur par cette couleur si notable. Que contient il ? Une promesse de bonheur, une damnation éternelle ? J'ai beaucoup aimé cette histoire tout en douceur et retenue, c'est sans paroles parce qu'il n'y en a pas besoin. Et j'aime ces images chargées qui font ressentir le son sans rien écrire, l'abondance de détails qui accrochent l'œil et font comprendre la modernité étalé dans toute la ville. Le jeu des couleurs, des regards, on comprend tout ce qui est dit sans rien prononcer. C'est le genre de BD que je prend surtout plaisir à lire, à relire et à contempler à nouveau. L'histoire est simple et belle, suffisamment prenante pour que je plonge dedans et pas non plus trop complexe pour que je sorte facilement de celle-ci. Ce genre de BD me plait particulièrement, surtout pour ce magnifique dessin qui traverse les pages et nous envoute. Une très belle lecture que je recommande !
Les Lumières de l'Aérotrain
J'ai bien aimé cette lecture, sorte de portraits d'une jeunesse dans un petit patelin de France. Par certains côté, j'y ai trouvé un air de Je mourrai pas gibier même si le déroulé est franchement différent. C'est un trio de personnages plutôt bon, avec cette jeune femme caissière qui a la sensation de passer à côté de sa vie, ce jeune redoublant qui rate sa scolarité et s'en fiche, cet autre jeune passionné de train et admiratif de l'aérotrain. Sous les rails de béton jamais utilisé (mais ô combien photogéniques !) leur vie est plan-plan, entre sorties dans la gravière, petits larcins, sortie en boite … Et arrive une jeune fille, pétillante de vie, qui met tout ce petit monde en émoi. Soyons honnête, j'avais vu venir gros comme une maison les mensonges de la jeune fille, mais j'ai vraiment l'impression que l'auteur à tout fait pour ça. Par contre la deuxième partie est plus surprenante et la montée en tension est bien menée, jusqu'à la fin qui culmine à un point inattendu. J'ai trouvé que cette explosion finale avait été bien amenée, faisant de ce point de l'histoire la cristallisation de tout ce qui a eu lieu avant : les frustrations, les humiliations, la rage, la haine. C'est une vengeance, une juste vengeance, mais une vengeance aveugle. L'auteur joue habillement ses cartes pour ne pas faire une fin trop facile et fleur bleue, surtout qu'il y a une grinçante ironie dans la lettre finale (à propos du gars aux dreadlocks). Une belle manière de montrer que c'est surtout une question de situation. Un commentaire sociale pas dénuée d'intérêt, je trouve. Ce qui m'a plu aussi, c'est l'utilisation de l'aérotrain : un projet raté, vieux et envahissant, comme la vie de ces jeunes peut sembler ratée. On a les questions de pression de genre, les pressions au travail, la misère sociale … Le propos se veut assez sombre, malgré un dessin et un début qui font plus coloré et frais que le ton final. Sous des faux airs de BD sympa, le récit se veut comme une histoire tragique. La BD mérite une petite lecture, je dirais qu'on est sur un 3.5 que je note à la hausse pour la note global !
Le Dessin
Connaissant un peu MAM et son talent pour l'utilisation très poussée de la narration par et avec le dessin. Avant de me plonger dans la série des Julius Corentin Acquefacques je me suis décidé à lire quelques uns de ses albums et "Le dessin" paraissait idéal : pas trop long et visiblement plus accessible. Et franchement, je commence à apprécier MAM ! Son style est reconnaissable de loin, surtout avec ses fameuses têtes qui me semblent toujours très carrées, ou encore son trait noir épais, jouant sur les ombres. En commençant le récit, je pensais naïvement qu'il avait abandonnée ses prétentions de dessins tarabiscotés en tout sens pour en extraire une signification nouvelle et surprendre le lecteur. J'avais l'impression de seulement voir un hommage à l'art et l'inspiration, le lien entre deux personnes et une allégorie de la profondeur de celui-ci. Puis la fin est arrivé, et là j'ai retrouvé le MAM que je connais. Ce qui est fort, c'est à quel point l'auteur peut jouer narrativement sur le dessin. Et la fin est à la fois belle dans la narration et formidable dans la préparation. Un petit tour de magie que je n'avais largement pas vu venir mais qui fait franchement plaisir. D'autant que le récit se conclue à nouveau sur ce rappel à l'amitié et la passion de l'art que se sont partagés les deux amis. Une belle BD, un peu trop vite lue avec ces grandes cases qui sont rapidement parcourue, mais quel plaisir visuel et narratif. MAM est un auteur qui se joue des codes narratifs de BD pour en extraire une nouvelle façon de raconter, toujours surprenante. Je n'ai pas adhéré à toute ses BD mais il a un savoir-faire que je ne peux qu'admirer.
Dans les forêts de Sibérie
Enfant j'ai toujours rêvé devant les cartes de géographie. Imaginer de vastes étendues inconnues et quasi vides m'a toujours fait voyager par l'esprit. J'ai pu réaliser quelques-uns de mes rêves de globe-trotter mais je suis loin du modèle de Sylvain Tesson. Toujours est-il que j'apprécie particulièrement ce type de récit aventurier. Si le séjour de Tesson dans le grand Nord présente des côtés extrêmes le récit montre comment l'auteur a tout fait pour la réussite de sa période d'ermitage. Son but n'est pas une recherche suicidaire de ses limites (sauf pour la vodka) mais la volonté de redevenir pleinement libre de son temps. Cela présuppose une pensée contemplative et méditative qui cherche à retrouver un sens en dehors des conventions sociales. Toutefois Tesson n'est pas dupe, il remet souvent en question la légitimité de son action. Il ne rejette ni les rencontres ni les conventions puisqu'il adopte les us de ses très rares voisins. Virgile Dureil arrive à bien synthétiser la pensée et les questionnements de Sylvain à travers une voix off précise et peu envahissante. Cela produit une narration fluide et dynamique qui rend la lecture agréable. Dureil installe son lecteur devant une fenêtre d'où l'on peut rêver ce chant du monde. La référence à Giono est appropriée dans ce retour à un contact à une nature belle et insoumise. J'ai bien aimé le graphisme de Dureil qui privilégie les espaces restreints aux grandes étendues du lac et des montagnes. Malgré les conditions difficiles l'ambiance autour de la cabane reste chaleureuse. Les scènes de solitude sont habilement équilibrées avec les visites de ses voisins pour rendre cette atmosphère du bonheur recherché par Tesson. Petite bulle de plénitude qui a une limite puisque le monde extérieur est toujours présent et se rappelle douloureusement à lui. Une lecture très agréable si vous possédez une tendance au rêve et à la contemplation.
Duel
Joseph Conrad fait partie des auteurs romanciers-aventuriers que j'aime lire comme Kessel, London ou Monfreid entre autres. C'est donc avec confiance que je suis rentré dans la série de Renaud Ferace. J'ai bien été séduit par le début du récit. Férace prend le temps de bien poser la personnalité de Féraud et d'Hubert en même temps que cette ambiance du début de l'Empire. Le récit est servi par une narration agréable dans un cadre bien structuré. Cela donne un récit à rebondissement qui vaut plus par la psychologie des personnages que par la tension de l'issue des duels que l'on devine immédiatement. Conrad était l'héritier d'une famille noble Polono-Ukrainienne anti Tsariste ce que l'on perçoit dans sa vision de l'Empereur et de sa Grande Armée. J'ai une réserve sur ce point de vue du brave guerrier sympathique qui envahit l'Europe dans sa mission pacificatrice. Cette réserve effectuée on retrouve une ambiance balzacienne (Colonel Chabert) dans la fin du récit. C'est très littéraire et bien travaillé tout au long de la série. Toutefois j'ai éprouvé une certaine lassitude à enchaîner ces duels à répétitions. Le graphisme propose un beau N&B un peu dans une ambiance Corto dans les expressions de ces visages énigmatiques. Toutefois si Féraud reste facilement identifiable tout du long j'ai eu plus de mal avec d'Hubert. De même si les détails des uniformes sont vraiment excellents le manque de couleur nuit un peu à la magnificence des tenues ainsi qu'à la reconnaissance des armées. Malgré quelques points que j'ai moins aimés cela reste une série vraiment bien travaillée et originale tant sur le scénario que sur le graphisme. 3.5
Anaïs Nin - Sur la mer des mensonges
Très attiré par ce dessin si précis si fin si coloré en premier lieu avec des gros doutes sur l'intérêt de l'histoire. Je craignais que l'héroine tourne en boucle sur ses phantasmes ou autres insécurités. Et finalement non, il y a vraiment une progression du scénario et de ces personnages. Personnellement je ne connaissais rien sur la vie de Anaïs Nin, et grace à cette lecture, j'ai l'impression de l'avoir rencontrée! Et quel personnage!
Spider-Man - Ramenez-moi le Bouffon Vert
Je poste un deuxième avis sur ce vieux comics (1965), injustement oublié. Cet album (The Amazing Spider-Man #26-27) propose la troisième confrontation entre Spider-Man et le Bouffon Vert dont l'identité ne sera dévoilée que bien plus tard (The Amazing Spider-Man #39). Un scénario classique, un Peter Parker encore étudiant et des personnages secondaires (Gwenn Stacy, Betty Brant, Liz Allan, John Jonah Jameson ...) qui ont bercé mon enfance. Nostalgie quand tu me tiens. Une narration qui maintient le suspense et n'axe pas tout sur la baston. Ce comics vaut surtout pour le dessin de Steve Ditko. Un trait qui pourra paraître désuet de nos jours, mais qui selon moi reflète une époque, celle des années 60, dans un style dynamique malgré quelques postures théâtrales et à la mise en page inventive. Si vous voulez découvrir Steve Ditko, lisez ce comics. Anecdote : lorsque Ditko quitta la série au numéro 38, lui et Stan Lee ne se parlaient plus depuis plusieurs mois, ils n'étaient pas d'accord sur l'identité secrète du Bouffon Vert. En bonus, par les mêmes auteurs, les origines du Docteur Strange. Un beau cadeau.