Les derniers avis (32289 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Quelques Mois à l'Amélie
Quelques Mois à l'Amélie

Bon, le récit est peut-être plus proche d'un 3.5 mais je note large parce que j'ai été porté par l'ambiance. Ce récit de vieil écrivain sans succès et sans inspiration semble redondant avec plusieurs autres récits déjà mis en BD. Et pourtant ça marche, notamment dans la découverte progressive des personnages et leur sentiments. J'ai eu du mal à appréhender le récit, surtout au début, puis progressivement je me suis laissé embarquer dans cette promenade décousue dans le temps qui explore les petites histoires individuelles. La fin m'a surprise parce que je ne m'attendais pas à une révélation et cette idée de laisser l'ensemble sur une fausse conclusion, qui laisse ouverte toutes les possibilités et les mystères me convient. C'est surtout que servi par un dessin qualitatif sans être particulièrement brillant, le récit est un bon exemple du pouvoir de la littérature sur nos vies. J'aime le fait qu'on découvre à la fin l'impact réel de ce qu'un roman peut offrir à d'autres personnes. Et c'est clairement ce pour quoi je lis, je suis donc touché par le propos. Pas la BD de l'année, mais elle se fait efficace sur ce qu'elle raconte et résonne comme un message positif sur l'impact de la littérature sur nos vies. J'aime bien, sans aller à dire que j'en raffole. Un bon moment de lecture.

20/10/2023 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Otto (par Charles Nogier)
Otto (par Charles Nogier)

Derrière ce titre palindromique se cache une histoire multiple et d'une sensibilité rare qui cheville le lecteur à son corps. Tout passe par le dessin, splendide. Et pour cause : elle est muette. Otto, c'est l'histoire a priori banale d'un chien et de sa fugue. Otto, c'est un dessin d'une beauté saisissante qui restitue à merveille les mouvements, les expressions, les atmosphères, les sentiments. On sent les odeurs, celle de la terre s'imbibant de pluie, celle de la charogne que les corbeaux se disputent, celle des fleurs et des bêtes. Parmi les sentiments exprimés ou ressentis, et qui forment ici comme un cercle vertueux, c'est celui de liberté qui domine, emportant le récit et imprimant son rythme hirsute. Comme le chien, le lecteur affronte les éléments et fait de multiples rencontres. Il traverse le doute, peut-être, la solitude, surement. Il explore, médite, contemple. Il gambade et vit sa journée de chien en jouissant de cette liberté retrouvée. Otto, c'est une ambiance nimbée du bleu tendre des souvenirs. La nostalgie imprègne chaque page. Nostalgie de l'enfance avant tout. Elle habite ce livre et s'incarne de manière fugitive dans la silhouette de ce petit garçon. Il est à la fois l'auteur et ses souvenirs, mais aussi le lecteur qui aussi bien se rappelle et espère une issue favorable. Ce lien d'amitié qui unie l'enfant au toutou contient la tension dramatique. Rien n'est dit, tout est suggéré par la seule force de la peinture. J'ai aimé partager cette escapade et ressors de ma "lecture" (il faudrait dire voyage) très touché émotionnellement. Bien plus que je ne l'aurais cru. Il est cool ce chien, Otto...

20/10/2023 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série Le Passeur (Lowry)
Le Passeur (Lowry)

Oh là, c'est du lourd. Voici donc l'adaptation d'un classique de la SF américaine, à savoir The Giver, de Lois Lowry. C'est une œuvre à ranger aux côtés de La Servante Ecarlate et Soleil vert. Elle nous conte donc l'histoire de Jonas, un adolescent élevé dans une société complètement policée, où l'individualisation est très réduite, et qui va donc tenter de s'en extraire pour vivre une autre vie, après avoir connu de nouvelles sensations sous la houlette du passeur en titre. C'est très malin, la montée des sensations de l'adolescent est subtile mais imparable. C'est P. Craig Russell, grand nom des comics, qui dirige de main de maître cette adaptation, s'entourant de deux collaborateurs pour certaines séquences et les couleurs, qui ont une importance primordiale. L'ensemble est d'une densité rare, finement transmise par la traduction ciselée de l'émérite Patrick Marcel. La couverture ne paye pas de mine, mais elle illustre un passage essentiel du récit, dans lequel Jonas va tenter de changer son destin. Difficile d'en dire plus sans spoiler, mais l'ensemble est d'un niveau presque exceptionnel. Fans de dystopies et d'anticipation, ce récit est fait pour vous.

19/10/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Atar Gull ou le destin d'un esclave modèle
Atar Gull ou le destin d'un esclave modèle

J'avais lu il y a un long moment la BD, sans être particulièrement marquée, et une relecture récent m'a finalement convaincu de ses qualités. En plus d'une bonne adaptation, c'est surtout une BD bien menée par le duo au dessin et au scénario, un dessin précis de Brüno, simple mais efficace pour tout montrer, tandis que le scénario se joue sur les codes narratifs pour conter une vengeance menée tout aux longs des années. Le gros hic de la BD, à mon sens imputable au matériau de base, est ce découpage en deux parties, première avec les négriers et seconde avec les plantations. Ces deux parties pas forcément bien reliées ont surtout comme inconvénient de ne pas présenter les choses de façon claire : Atar Gull est anecdotique dans la première partie et centrale dans la deuxième. Le début est surtout une histoire de négriers et de confrontation en mer. Mais en dehors de ce petit défaut, l'histoire est surprenante. Atar Gull devient l'incarnation de la vengeance de toutes ces personnes déportées, traitées en bétail et privées de toute humanité. La violence du propos (une femme qui se fait broyer le bras dans une machine est ensuite fouettée pour avoir abimé le "matériel") est dans tout les aspects et Atar Gull n'est qu'une némésis désincarnée. Là où le propos est intéressant, c'est que le maitre de la plantation n'est pas foncièrement un mauvais homme, en tout cas moins que d'autres qui sont présentés, mais est un humain détestable tout de même par ce qu'il fait. C'est une bonne matérialisation de ceux qui n'ont pas l'impression d'être des ordures mais maintiennent un système qui l'est. Complice par passivité, en somme. Une BD qui permets de se remémorer la violence de ce que fut ce système, et bien que Atar Gull soit finalement dans une vengeance aveugle, la fin nous montre l'aveuglement de tout ceci. Une BD bien dure, mais excellente.

19/10/2023 (modifier)
Couverture de la série Emkla
Emkla

Ça démarre comme dans le village de Night Shyamalan... Interdiction de quitter le village sous peine d'activer la colère de l'EMKLA (Esprit qui se manifeste fréquemment au travers d'une nuée d'oiseaux). Cette entité "punitive" semble régir l’équilibre entre les hommes et la nature/les animaux. Notre héroïne n'en a que faire, marre de cette société patriarcale et de ces règles, elle veut découvrir "le monde". Les problématiques environnementales se retrouvent au coeur de nombreuses BD actuelles (e.g. Rain). Et notre fameux village ne va pas y échapper: Forte chaleur, manque d'eau et donc de récolte (e.g. nourritures), comportement animal et humain en conséquence déréglés! Le village va en devenir cauchemardesque et du coup invivable. Notre Héroïne franchira donc le pas et partira sur les traces de sa mère.....vers la lumière.......Eh bien non! Ne vous fiez pas au beau dessin arrondi, ce livre est sombre, très sombre et ne s'adresse point à un public enfantin. Ca n'ira que de mal en pis! Si vous êtes un pessimiste de nature, ce livre est fait pour vous!

18/10/2023 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série RIP
RIP

Une série incontournable pour les amoureux de polar noir et de films comme "Buffet froid" (il me vient à l'esprit car vu récemment). On y rencontre une bande de bras cassés, caricaturaux à souhait, traînant leurs misères et leurs tares mais cachant bien leur jeu, les filous ! Chaque tome suit le quotidien d'un des protagonistes et on jubile de voir les histoires se croiser et se recroiser au fil des tomes. Avant d'attaquer celui qui vient de sortir, on prend plaisir à relire tous les précédents pour s'immerger à nouveau au milieu de ces requins prêts à tout pour dissimuler leurs secrets. Un gros pouce levé pour la colorisation qui colle parfaitement à l'ambiance poisseuse. Je ne trouve vraiment rien à redire c'est un sans-faute, à la condition d'évidemment apprécier ce genre. ---------------- Mise à jour après lecture des 2 derniers tomes: Le soufflé retombe un peu. On continue d'aborder les points de vue différents mais sans grosse intrigue supplémentaire ou parallèle. L'effet de surprise est peut-être passé et la série se termine sur un personnage qui n'est finalement pas le plus intéressant. Mais je conserve la note car les premiers tomes feront le bonheur de tous ceux découvrant cette série de caractère.

03/03/2022 (MAJ le 18/10/2023) (modifier)
Par Bruno :)
Note: 4/5
Couverture de la série Garfield
Garfield

Je n'ai lu que quelques albums mais j'avoue que, moi aussi, je suis resté surpris quant à la notoriété dont jouit cette bande. Bon, j'imagine que le côté pépère sans prise de tête ni prétention (de l'auteur, de son graphisme -le running gag des deux pieds gauches !- ou même de la part de ses personnages (!)) doit convenir au tempérament de beaucoup de monde -et surtout aux enfants. Aussi : c'est sans doute TRÈS provocateur, pour un Anglo-Saxon moyen, cette perpétuelle glorification du je-m'en-foutisme et de la paresse... N'empêche : la violence physique du chat à l'égard de son maitre m'a souvent fait rire dans sa gratuité cartoonesque, je dois bien l'admettre ! En fait, je n'ai senti une véritable profondeur de la part de l'auteur qu'au travers des cases les plus tendres -rares ! Celles, notamment, qui expriment une véritable affection pour la gent féline -et canine, parce qu'il y a aussi un chien ! Cette tendresse particulière est aussi présente dans sa peinture tragico-hilarante de la solitude affective de John, infortuné propriétaire de "la montgolfière orange", comme il nomme lui-même son chat. L'énormité de sa balourdise incorrigible ne le dispute qu'à la profondeur de son désespoir, à certains moments ; et on ne peut que s'émouvoir -en s'esclaffant !- quand on le voit hurler : " SONNE ! " à son téléphone obstinément silencieux, un vendredi soir... Si John avait été le centre de l'histoire, il ne fait aucun doute que l'exploration de ses affres existentielles aurait donné plus de corps à l’œuvre de Jim Davis ; mais il était sûrement plus vendeur -à l'époque et probablement encore aujourd'hui- de faire du gag avec un chat obèse plutôt que de disserter sur la solitude moderne... J'ajouterai néanmoins qu'il n'est pas nécessaire de n'avoir que du chef-d’œuvre à se mettre sous la dent : un peu de demi-mesure créative fait aussi du bien à l'âme, quand elle est décomplexée.

17/10/2023 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5
Couverture de la série Les Aventures de Philip et Francis
Les Aventures de Philip et Francis

J'ai toujours eu peur d'ouvrir cette parodie de Blake et Mortimer. D'une part, la saga de Jacobs fait partie des sagas les plus cultes de mon enfance, et d'autre part, j'ai souvent du mal avec cette volonté de désacraliser une icône, d'en détruire l'image simplement pour en tirer quelques rires. Mais force est de reconnaître que Veys et Barral font cela très bien. Pas parfaitement, mais très bien ! Le dessin de Barral reprend assez bien les codes jacobsiens, de manière bien moins rigoureuse, mais tout-à-fait appropriée au ton des récits. On y retrouve en tous cas toute l'essence des bandes dessinées initiales, et ce d'autant plus qu'il s'amuse parfois à aller chercher des cases entières des albums précédents (qui sont d'ailleurs intégrés à la chronologie de cette parodie, comme si ces récits prenaient place après). Mais ce qui fait vraiment le sel de cette saga, ce sont les scénarios de Veys, qui s'y entend à merveille pour reprendre les codes narratifs de Blake et Mortimer et les pervertir savamment de manière à instaurer un humour souvent très craquant, qui n'est pas loin de hisser cette saga au rang de classique instantané, à mes yeux. On se prend à rire (voire à exploser de rire !) un nombre de fois suffisamment raisonnable pour pardonner les gags trop gros ou trop convenus qui surviennent par moments. De fait, si quelques baisses de régime font souffrir le récit (notamment des allusions trop évidentes comme celle à Orange mécanique dans le tome 3), Pierre Veys réussit à si bien susciter notre sympathie qu'on n'a qu'une envie, c'est de continuer à tourner les pages pour retrouver l'hilarité qui nous a saisi juste avant. Et ce qui est bien, avec cette trilogie, c'est qu'à chaque coup, ça marche.

17/10/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Hot dreams
Hot dreams

Surprenante BD de près de 300 planches, composée d'histoires courtes en tout sens. L'auteur a développé ses histoires dans des magazines sur des années et personnellement je suis assez fan de ce qu'il a produit ici. Notons tout de suite qu'il y a de l'humour, même beaucoup d'humour dans ces pages. Personnellement, l'histoire commençant par "Docteur, j'ai besoin de votre aide. J'ai de gros problèmes de virilité" ce à quoi le docteur répond "Achetez vous un 4x4", je ne l'avais pas vu venir. Mais je tiens à souligner que l'auteur distille tout de même certains messages sympathique sur la question sexuelle (le souci de la taille du sexe, la beauté des lèvres, l'origine de notre plaisir …). C'est un plaisir de lire des messages certes simples mais essentiel à entendre. Il y a plusieurs parties, chacune sur un thème précis même si plusieurs d'entre eux se retrouvent au fur et à mesure. L'auteur parvient miraculeusement à se renouveler régulièrement, exercice difficile dans les histoires courtes tournant autour du sexe. Mais les fantasmes sont bien représentés et surtout j'aime le réalisme qu'il pose régulièrement dans ses histoires. On a des gens qui bandent mou, des précoces, des fantasmes qui se révèlent décevants… C'est plus réaliste que ça en a l'air (j'ai pas dit non plus que c'est du documentaire, bien sur). Et entre les chutes humoristiques qui m'ont fait rire (mais franchement rire) et les histoires plutôt bien tournée, j'ai vraiment l'impression d'être en face d'une très bonne BD de cul. Si le dessin reste dans un noir et blanc assez classique et que je trouve qu'encore une fois il y a une certaine forme universelle de corps représenté, on a tout de même droit à quelques audaces, pas forcément osées mais déjà bienvenue. Disons que pour un recueil de 60 histoires, il y a du renouvellement dans les pratiques et c'est déjà agréable. Une BD qui plaira aux polissons mais aussi aux amateurs d'humour, puisqu'ils n'en manqueront pas au fil des pages !

17/10/2023 (modifier)
Couverture de la série Championzé - Une histoire de Battling Siki
Championzé - Une histoire de Battling Siki

C’est l’histoire, le triste destin d’un illustre oublié, qui aurait pu être un héros sportif et populaire, et qui n’a finalement fait qu’illustrer une certaine bêtise et le racisme de l’époque (la première moitié du XXème siècle). Émergeant par hasard des colonies françaises africaines (du Sénégal plus particulièrement), gamin d’abord puis adulte, Battling Siki est ballotté par les hasards des rencontres, multiplie petits boulots et humiliations, jusqu’à devenir boxeur. Un bon, voire très bon boxeur. De taille à défier les plus grands champions, et à les battre. Oui, mais il est noir. Et qu’un Noir mette KO sur un ring un Blanc, à l’heure des zoos humains, c’est inacceptable, un Blanc moins fort qu’un nègre, qu’un « singe ». Et c’est le début de la déchéance, jusqu’au final glauque. Tous les passages où les politiques, les médias, les organisateurs de combats cherchent à truquer les combats, ou à salir Siki ou diminuer sa victoire, avec des explications vaguement scientifiques, oscillent entre loufoquerie et grotesque hypocrisie (et ça aurait des airs drôles si le racisme crétin ne détruisait pas autant d’hommes et de femmes à l’époque – certains en sont restés à ce stade aujourd’hui hélas…). La narration est très fluide, agréable. Et j’ai aussi bien aimé le dessin, qui use d’un beau Noir et Blanc charbonneux, entre le crayonné ou la carte à gratter pour le rendu. Pas très fouillé, mais diablement efficace et là aussi fluide. Une lecture recommandable, y compris si la boxe ne vous intéresse pas, l’essentiel est ailleurs.

17/10/2023 (modifier)