Dutreix est un auteur que j’aime bien, et j’ai déjà pu apprécier plusieurs de ses albums. J’aime aussi son dessin, reconnaissable entre mille – que je retrouve aussi avec plaisir chaque semaine dans le Canard enchainé. Un trait caricatural fin, fluide et agréable, propice à un humour sympathique.
J’étais curieux de voir ce que cela pouvait donner sur une histoire longue. Eh bien c’est plutôt réussi. L’histoire se laisse lire agréablement, pour son aspect polar un rien décalé. Mais aussi pour son humour jamais hilarant, mais globalement réussi.
Dutreix se met en scène, et nous présente un duo de grands parents à la fois dérangés et machiavéliques. Croyant voir dans ceux qui les visitent des espions ou des agents de la Gestapo (ils se croient encore vivre durant l’occupation), ils les dézinguent, et c’est leur petit fils Romain qui doit faire le service après-vente et se débarrasser des corps. S’ensuivent de nombreux quiproquos, bien amenés, non seulement amusants, mais qui dynamisent l’intrigue.
J’attends de voir la suite et conclusion dans l’album suivant, mais pour le moment c’est un très bon millésime de Dutreix, une sorte de vaudeville noir un peu loufoque.
Bandit, Cœur-joie, Élysées 64-83, Fracas, Vent Vert, La fuite des heures, Jolie Madame, Monsieur
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Ce tome contient la biographie de Germaine Cellier (1909-1976), une parfumeuse française. Son édition originale date de 2023. Il a été réalisé par Béatrice Egémar pour le scénario, et par Sandrine Revel pour les dessins et les couleurs. Ce tome comprend cent-vingt-neuf pages de bande dessinée. La dessinatrice a également illustré Grand Silence (2021) de Théa Rojzman. Le tome se termine avec un dossier intitulé Les coulisses de la création comprenant une postface de la scénariste d’une page, les références des citations reproduites dans le livre, une bibliographie, quatre pages sur la phase préparatoire de réalisation d’une planche, l’interview fictive de Germaine Cellier par Olivier David de l’Osmothèque en deux pages de bande dessinée, une petite chronologie (non exhaustive) des parfums de germaine (une page), une recette de l’eau pétillante à réaliser soi-même, un glossaire de quelques mots de parfum de cinquante-cinq termes.
Dans les rayons des parfumeries, on trouve encore en bonne place des parfums créés il y a cinquante ans. Beaucoup de leurs créateurs sont tombés dans l’oubli. Parmi eux, une créatrice. Elle s’appelait Germaine Cellier. Comment est-elle devenue parfumeuse. Tout commence à Bordeaux le 26 mars 1909 avec la naissance de Germaine, fille de Jeanne et Georges Cellier. Dans son enfance, son père prend l’habitude de lui lire des extraits du Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas. Mais en août 1914, Georges est mobilisé. Durant son service, sa fille demande à sa mère, quand papa revient. Le père finit par revenir, avec deux béquilles, blessé à la guerre. Après la période de convalescence, il repart. Jeanne se retrouve dans l’obligation de mettre sa fille en pension. Germaine va donc séjourner chez les sœurs : elle y retrouve sa cousine Catherine. Celle-ci est assez délurée et inventive, et elle indique à Germaine qu’elle sait où sœur Monique range les provisions de biscuits. Le soir-même, les deux petites filles se rendent à la réserve de biscuits et elles se font prendre la main dans le sac. Catherine n’est jamais à court d’idées : un midi, elle dépose une grenouille dans son assiette à soupe, juste avant que la sœur ne la serve à la louche. La réaction des fillettes est partagée entre l’amusement et la désapprobation. Les sœurs décident que Catherine doit être exorcisée. La jeune fille trouve ça très excitant : elle demande à Germaine de lui dire si elle voit le diable sortir de son corps. L’exorcisme se déroule, sans manifestation visible.
En 1921, les Cellier ont déménagé à Étampes. Germaine a douze ans. Dans la maison, Germaine va dire bonjour à Jacqueline qui tient un nouveau-né dans ses bras. Elle demande à le tenir dans ses bras, et elle le sent, trouvant qu’il sent bon. Elle demande si tous les bébés sentent comme ça : la réponse est positive et la fillette saute de joie en criant qu’elle a une petite sœur. Plus tard, la petite famille effectue une promenade en bord de mer, et Germaine sent des œillets de mer, distinguant plusieurs senteurs.
Une couverture bien sympathique avec sa verdure, ce beau visage idéalisé, et les trois touches faisant penser à trois griffes d’un célèbre mutant griffu. Bien sûr, rien à voir avec une lutte contre le mal, plutôt une biographie bien sage passant en revue la vie d’une parfumeuse dans un ordre sagement chronologique, entremêlant sa formation et sa vie professionnelle, avec sa vie personnelle essentiellement au travers de ses relations familiales et mondaines et de ses amours. Le lecteur découvre ainsi tout ce à quoi il peut s’attendre : la vie d’enfant, les études, le premier emploi et la compétence qui permet à Germaine Cellier d’être remarquée, de pouvoir créer son premier parfum, et les succès qui suivront, associée à de grands couturiers. La narration visuelle s’avère douce à la lecture. Une palette de couleurs de type pastel, avec un parti pris essentiellement naturaliste. Un mode de représentation avec un degré significatif dans les détails descriptifs, rendant chaque personnage à la fois avenant et un peu lisse, avec également une direction d’acteurs de type naturaliste. La dessinatrice gère la densité d’informations visuelles dans les accessoires et les décors, avec une forme d’épuration simplificatrice : un usage régulier de camaïeux en fond de case, une représentation sélective des meubles et des accessoires, ces derniers parfois en ombre chinoise, pour une lecture agréable et facile.
Le lecteur se laisse bien volontiers emmener par cette narration sympathique et douce, s’attendant à découvrir quelques moments clé dans la vie de Germaine Cellier qui feront d’elle cette parfumeuse d’exception : une enfance et une adolescence qui mènent tout naturellement à ce qu’elle va devenir une sorte de prophétie auto-réalisatrice, un accomplissement préprogrammé, puisque les autrices réalisent cet ouvrage presque cinq décennies après le décès de leur sujet. Il y a un peu de cela au début : le talent déjà présent pour ressentir toutes les nuances de senteur dans une fleur (en l’occurrence des œillets des sables), l’esprit anticonformiste ou de rébellion de sa cousine qui laissera des traces à Germaine et l’amènera à ne pas s’en tenir aux pratiques habituelles et aux dogmes en matière de conception de parfum. Pour autant cette approche académique porte rapidement ses fruits. Pour commencer, les autrices vont plus loin qu’un don inné permettant à la parfumeuse d’être un génie : elles montrent qu’elle réalise des études dans une école privée, avec une scène de travaux pratiques. Puis elle rentre en tant qu’employée dans l’entreprise Justin-Dupont, à Argenteuil, société qui vient de fusionner avec Roure-Bertrand fils, une société grassoise bien connue pour ses huiles essentielles. L’artiste la représente en train de travailler dans les différents laboratoires, avec des dessins descriptifs à la composition allégée, tout en contenant les éléments techniques aisément reconnaissables qui rendent chaque endroit concret et consistant.
Dans la postface, la scénariste explique comment lui est venue l’envie de réaliser une bande dessinée sur cette créatrice de parfum et comment les conditions nécessaires se sont présentées. Lors de ses recherches préparatoires, elle a donc : Cherché une biographie pour en savoir davantage sur Germaine Cellier avec, comme en ont toujours les auteurs, une vague envie d’écrire sur elle, de la mettre en scène dans un futur roman, pourquoi pas ? Vaine recherche, car personne n’avait écrit la biographie de Germaine. Elle a heureusement trouvé un article de Vanity Fair écrit par sa nièce, mais c’était quasiment tout. Elle a lu beaucoup d’articles parlant de ses créations, ça oui, mais sur sa vie, sur elle, si peu de choses. Ce qui semble dont être une biographie facile repose sur un travail préparatoire significatif pour réaliser une première. Par ailleurs, le lecteur observe que les éléments techniques et le contexte historique se trouvent dans chaque page, discrets et solides. Il peut relever des termes techniques, majoritairement passés dans le vocabulaire courant, placés de sorte à être intelligibles même si on ne le connaît, sans avoir à aller consulter le glossaire en fin de volume. S’il a déjà eu l’occasion de s’intéresser à cette période de l’histoire de France, il relève également des noms emblématiques, notamment celui de Paul Poiret (1879-1944) dont la carrière a été évoquée par Philippe Dupuy dans Ne pas peindre (2019). Ainsi la parfumeuse croise ou travaille pour Christian Caillard (1899-1985), Eugène Dabit (1898-1936, L’hôtel du Nord), Robert Denoël (1902-1945), Jean Oberlé (1900-1961), Christian Boussus (1908-2003), Christian Bérard (1902-1949), Boris Kochno (1904-1990), Pierre Balmain (1914-1982), et bien d’autres.
Ainsi, ces éléments nourrissent la biographie qui devient plus qu’une simple succession de faits, mis en images. La narration visuelle donne à voir la jeune fille, puis l’adolescente et la femme dans de nombreux environnements différents : les laboratoires où elle travaille bien sûr, une salle de classe, un dortoir, le pavillon des parfums à l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes en 1925, des soirées mondaines, l’entrée des troupes militaires allemandes dans Paris en juin 1940, la visite d’Adolf Hitler à Paris le vingt-trois juin 1940, un match de tennis de Christian Boussus au tournoi de Roland-Garros (Grand prix de France) en juillet 1944, des repas familiaux, etc. En refeuilletant la bande dessinée, le lecteur se rend compte que l’artiste utilise de nombreux autres outils de la bande dessinée intégrés organiquement dans les pages : quelques dessins en pleine page, avec parfois Germaine représentée à plusieurs reprises dans différentes positions, une vision onirique pour évoquer l’effet sa manière d’interpréter les différentes nuances d’un parfum, un diagramme en forme de pyramide à trois étages pour l’explication relative aux notes de fonds, notes de cœur et notes de tête, un facsimilé de projection sur écran pour le film Hôtel du Nord, un facsimilé de dépliant vantant les mérites d’être une mère (Avec ce slogan véridique : La femme coquette sans enfants n’a pas sa place dans la cité, c’est une inutile.), et bien sûr les différents flacons de parfum qui forment un art à part entière, une dizaine de robes créées par Pierre Balmain pour autant de collections.
Au premier abord, les autrices ont réalisé une biographie à la forme sage et accueillante, très accessible et très agréable à lire. À la lecture, il s’avère que la narration visuelle porte le contenu avec élégance et une réelle densité, aussi bien pour le naturel des personnages, que pour la reconstitution historique et métier. Le récit établit l’importance de Germaine Cellier dans la création de parfums, contextualisant les accomplissements professionnels de cette femme, sans les rendre miraculeux, ni les minimiser.
Le premier sens d’antipode est géographique. S’il s’agit généralement du point opposé à l’autre bout du globe, l’antipode était aussi une créature anthropomorphe imaginaire qui avait les pieds tournés vers l’arrière, une représentation faite à une époque où l’on pensait encore que la Terre était plate ! C’est avec cette image que démarre le récit, révélant l’état d’esprit entretenu par ce qu’on n'appelait pas encore l’Occident vis-à-vis des terres inconnues, et ce bien avant la conquête des Amériques, augurant du mépris pour les populations natives que les conquérants allaient bientôt soumettre avec la plus grande violence, en leur déniant toute humanité.
Concocté par David B. et Eric Lambé et basé sur des faits historiques, « Antipodes » s’avère une lecture atypique non dénuée de charme. L’auteur de L'Ascension du Haut Mal, chef d’œuvre autobiographique qu’on ne présente plus, a chaussé ici sa casquette de scénariste. Pour le dessin, il s’est adjoint les services d’Eric Lambé, co-lauréat quelque peu oublié du Fauve d’or en 2017 pour Paysage après la bataille, une œuvre boudée par le public, probablement pour son côté abscons et austère.
Avec « Antipodes », on se rapproche beaucoup plus des codes traditionnels de la bande dessinée pour offrir au lecteur un récit fluide et accessible se déroulant dans un Brésil où les Blancs en sont au début de leur emprise sur ce vaste pays. C’est par les yeux d’un personnage hors normes et quelque peu lunaire, Nicolas, que l’on va découvrir à quoi pouvaient ressembler les interactions entre des Européens en « mission civilisatrice » et la tribu locale réputée pour son cannibalisme.
Dans un premier temps capturé par les Tupinambas, qui avaient prévu de s’en nourrir, celui-ci sera finalement adopté par ces derniers, séduits par ses mélopées enchanteuses. Quant à Nicolas, s’il est issu du camp des envahisseurs, il aura tôt fait d’adopter leurs coutumes, prenant plaisir à déambuler dans le plus simple appareil. Mais sa bienveillance totalement désintéressée ne l’empêchera pas d’être accusé de paganisme et puni par Villegagnon, le très catholique gouverneur de la région.
Le dessin d’Eric Lambé recèle un charme naïf et désuet, évoquant les précurseurs de la bande dessinée du XIXe siècle, tels Rodolphe Töpffer ou, au début du XXe, Winsor McCay, voire dans une certaine mesure les peintures du Douanier Rousseau pour les scènes dans la jungle. La discrète touche de modernité est à rechercher dans la mise en couleur, avec en particulier ce violet décalé d’une brillance obscure, un rien psychédélique.
En évoquant la brève présence des Français dans le Brésil du XVe siècle, bientôt chassés par les Portugais, ce récit donne à David B. l’occasion de déplacer la perspective historique en relativisant la « sauvagerie » de ces Indiens du Brésil, car si ceux-ci consommaient de la chair humaine (estimant par ailleurs que ceux qui la mangeaient crue étaient des sauvages !), ils étaient un peuple paisible à la physionomie avenante, vivant en harmonie avec les éléments, loin de l’image d’Epinal du barbare primitif. Et comme on le verra, leurs « proies » promises au festin semblaient accepter leur sort avec philosophie. La sauvagerie n’était-elle pas plutôt le fait des colonisateurs, qui n’hésitaient pas à massacrer ces peuples quand ils ne voulaient pas collaborer ? Cela étant, David B. ne fait pas non plus dans le mythe rousseauiste du bon sauvage. Dans ce livre, on découvre que les Tupinambas, dès lors qu’ils étaient menacés, n’hésitaient pas à se défendre de la façon la plus sanglante, peu importe que l’attaquant soit l’Homme blanc ou une tribu adverse. Recourant à un humour subtil, l’auteur en profite pour tacler la religion des conquérants, adeptes des conversions forcées, face à des Indiens qui eux, « ne cherchent à convertir personne », confortant la décision de Nicolas à vivre parmi eux.
Si l’on retrouve la fascination de David B. pour les scènes de bataille, celui-ci puise également dans la mythologie de ces peuples pour introduire une part d’onirisme, avec ce « dieu défiguré » que l’on pouvait voir en creusant un trou dans la terre et qui avait le pouvoir de vous entraîner vers les antipodes si vous ne preniez garde où vous posiez le pied.
Cette fiction historique, au titre judicieux par le fait qu’elle décrit les rapports entre deux mondes aux antipodes l’un de l’autre, se termine par un constat en demi-teinte. Le rapprochement de deux cultures trop différentes a de fortes chances d’être compromis par divers obstacles, que ce soit la langue ou les mœurs, mais de l’échange il en restera toujours quelque chose. Non pas un enrichissement matériel qui resterait vain, mais « a contrario » un gain de l’ordre de l’impalpable, un apport spirituel qui changerait notre façon de voir le monde et d’accepter les différences. Doté d’une belle édition avec une couverture toilée pour le côté rétro, « Antipodes » s’avère globalement une lecture très plaisante avec une immersion bienvenue dans un univers peu habituel mais plutôt envoûtant.
Voilà un bel album tout en sensibilité et en mélancolie. Le dessin est accompagné d'une colorisation aux tons peu variés, globalement assez sombre : noir, gris clair, gris foncé et quelques teintes de rouge... Triste ? comme cette histoire de frère et soeur, orphelins, séparés pendant la guerre. Mais malgré cette palette de couleurs monotone au premier abord, le dessin illumine bel et bien l'histoire.
La jeune fille va grandir, sans jamais cessé de penser à son frère. L'espoir de le retrouver l'anime sincèrement. Elle lui écrit de nombreuse lettres. Ce sont d'ailleurs ces correspondances qui racontent le récit, car, par ailleurs celui-ci est assez peu bavard. Au gré des lettres et des flashbacks on découvre la vie de ces deux jeunes enfants frappés par l'horreur de la guerre.
C'est poétique et mélancolique, et parfois le rythme est un peu lent, voire même assez mou. Mais si on aimerait que l'histoire avance un peu plus vite, c'est aussi parce qu'on est pressé d'en connaitre la fin... qu'est devenu le petit garçon ? Se retrouveront-il ? Et si on est pressé c'est bien qu'on s'est attaché aux personnages, que leur destinée ne laisse pas indifférent.
Un album qui se lit tout seul, le ton est juste, sensible, et le dessin sert de belle manière l'histoire.
Perso j'aime bien ce nouvel opus de la collection Glénat/Mickey, le dix-septième. Un opus qui revient aux fondamentaux car on y retrouve tous les ennemis traditionnels de Mickey. Les auteurs installent nos héros dans une atmosphère SF qui oscille entre Star Trek et le 5eme élément. D'ailleurs la mise en couleur sur des planches "pointillées" va dans le sens d'un hommage aux vieilles séries américaines de SF. Comme les autres auteurs Nicolas Pothier remplit parfaitement le cahier des charges de la maison mère. Les bons et les méchants sont très facilement identifiables , à l'ancienne sans ambiguïté. Avec un récit aussi classique, Pothier tire son épingle grâce à beaucoup d'humour gentil autour d'innombrables jeux de mots qui travaillent sur le vocabulaire à sens multiple. C'est peut-être très bon enfant mais j'ai bien aimé les constructions qui amènent à ces dialogues humoristiques. C'est accessible à un très large public qui peut se familiariser avec les homonymes ou calembours non vulgaires.
Derrière sa présentation vintage le dessin de Johan Pilet reste moderne et dynamique avec un Mickey et un Pat inhabituels Un visuel classique qui reprend beaucoup de codes anciens de la SF.
Une lecture pour tous très distrayante même si je suis un converti de cette collection.
Encore un bon cru 2024.
Un nectar corsé, qui tient longtemps en bouche, issu de deux cépages de qualité. Un Lou Lubie que toutes les bonnes librairies exposent en bonne place en rayonnage, et une nouvelle arrivée dans le domaine du neuvième art : Solen Guivre.
Bon, je fais le mariole, mais c'est la première fois que je goûte un Lou Lubie.
Elle nous propose une réécriture du mythe d'Orphée et Eurydice et pour le coup, c'est une belle réussite. La trame vertébrale est conservée, par contre quelques modifications y sont apportées et pas des moindres, comme la présence de Pygmalion, elles apportent une nouvelle dimension au mythe. Une intrigue dense et féministe où l'amour sera évidemment au centre du récit, mais des sujets de société vont s'y glisser au fil des pages : la précarité des femmes, le diktat de la beauté, l'indépendance, le droit de choisir l'être aimé et la place de l'art.
Un récit mené de main de maître, une narration fluide et intelligente avec son lot de surprises. J'ai particulièrement aimé la fin (le choix d'Eurydice).
Une revisite moderne de cette tragédie.
Pour Solen Guivre c'est la première incursion dans le domaine de la BD, et c'est grâce à une annonce de Lou Lubie sur Instagram qu'elle a été choisie pour mettre en images cette histoire.
Un dessin au très beau rendu qui convient parfaitement à ce récit mythologique, il est d'une richesse folle, aussi bien dans les décors que pour les costumes des personnages, mais aussi dans la diversité des corps et des visages. J'ai été conquis par la mise en page et par les couleurs numériques.
La visite des enfers est inquiétante à souhait.
De l'excellent travail.
Une très agréable lecture que je recommande, forcément.
Mon 2eme Paul et encore une franche réussite !!
Paul a un travail d'été m’avait déjà agréablement interpellé, mais là l’auteur enfonce le clou.
J’ai retrouvé avec plaisir l’univers de Michel Rabagliati, la période explorée est plus ou moins la même, à savoir son adolescence.
Cette fois, la structure est légèrement différente puisqu’à la place d’une longue histoire nous aurons droit à un ensemble de saynètes/portraits/expériences qui forme petit à petit un beau tableau. Si ce n’est pour le langage, une œuvre pas bien dépaysante (on a tous été jeune) mais il y a eu clairement un truc à ma lecture. Indépendamment les histoires sont sympas mais c’est leur cohésion qui fait tout le sel.
Je tire encore une fois mon chapeau à l’auteur, j’aime l’intelligence de sa narration, sa sincérité, la maîtrise de son dessin (grandement améliorée en 13 ans) et comment avec « rien » il arrive à me passionner. Ses fins d’album sont à chaque fois très réussies.
Je découvre son style sur le tard mais j’en suis assez fan. Plus qu’à lire les autres :)
Passons sur ce titre provocateur et racoleur qui ne ressemble ni à l'esprit de la série ni à la maison Milan. L'histoire qui lui correspond est en outre bien drôle mais un tel titre ne serait probablement pas accepté dans la majorité des pays africains.
Pour le reste Vehlmann et Duchazeau proposent quelques histoires courtes de 4 planches bien dans l'esprit du continent. C'est tonique et diversifié alternant l'humour, la sagesse ou la poésie. Le vocabulaire et l'humour qu'utilisent Vehlmann a une musique très européenne ce qui nuit à la l'authenticité mais ouvre à un plus large public.
Le graphisme très moderne de Duchazeau s'adresse plus à un public adulte à mon avis. Cela produit une narration visuelle très dynamique et bien élaborée assez formatrice pour un public assez jeune. Enfin , je veux souligner une mise en couleur très réussie qui apporte beaucoup à l'ambiance de ces contes.
Une lecture sympathique accessible à un large public.
Oh, c'est dommage, j'aurais sincèrement voulu aimer davantage ce récit.
C'est du très bon, hein, pas de panique, mais c'est typiquement le genre de récit que j'adore et je me retrouve donc déçue de ne trouver qu'un résultat très bon alors que cela aurait pu être excellent.
L'histoire est celle de Charlie employé modèle au sein d'une gigantesque entreprise chargée de "recycler les morts". Tout va pour le mieux dans sa vie jusqu'au jour où un enfant l'appelle pour savoir ce qu'il était advenu de l'âme de sa mère. Ne sachant quoi lui répondre, Charlie va partir en quête de réponse sur ce qu'il advient des âmes après la mort.
Ce n'est pas forcément nouveau, mais j'ai beaucoup apprécié ce contraste entre l'univers très carré et froid d'une entreprise et les questionnements spirituels et plus joyeux autour de la question de l'âme. L'œuvre, comme beaucoup d'œuvres traitant le sujet de la mort, parle en réalité beaucoup de la vie et de ce qui en fait le sel.
Les choix visuels de représenter le monde des vivants en noir et blanc et celui des morts et des âmes par des couleurs vives (et presque chaleureuses) n'est, là encore, pas nouveau mais très bon.
Les dessins de Guarino sont très jolis, d'ailleurs.
Vraiment, ignorez volontiers mon petit ronchonnement de début d'avis, j'ai vraiment bien aimé cet album, j'ai simplement été déçue sur la forme et le changement de ton de la résolution qui aurait pu être étoffée.
Cela reste une œuvre très sympathique.
(Note réelle 3,5)
Comme Alix je n’ai pas forcément tout saisi. Mais avec ce genre d’œuvre j’accepte aisément de laisser des questions sans réponse. Ne pas comprendre n’empêche en effet pas d’être « pris » par une œuvre, qu’elle nous transporte – jusqu’où ?
Inspiré de la personne et des œuvres de Paul Nash, cet album permet surtout à McKean de laisser libre cours à son imagination.
On est ici embarqué dans un univers très poétique (textes et images), auquel j’ai été sensible. Il faut dire que le travail de McKean est ici mis en valeur par un format très très grand. Cela permet d’apprécier toutes les techniques qu’il utilise. En effet, on a droit à des dessins – avec des styles différents, une colorisation très changeante aussi –, de la peinture, des collages, le tout se mariant très bien. Surréalisme, expressionnisme et cubisme se succèdent, et donnent une vision de la guerre où parfois seule la folie permet de sortir de l’horreur quotidienne.
Un album parfois plus livre illustré que BD, que j’ai davantage regardé que lu. Mais c’est une agréable découverte.
Note réelle 3,5/5.
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Mamie n'a plus toute sa tête
Dutreix est un auteur que j’aime bien, et j’ai déjà pu apprécier plusieurs de ses albums. J’aime aussi son dessin, reconnaissable entre mille – que je retrouve aussi avec plaisir chaque semaine dans le Canard enchainé. Un trait caricatural fin, fluide et agréable, propice à un humour sympathique. J’étais curieux de voir ce que cela pouvait donner sur une histoire longue. Eh bien c’est plutôt réussi. L’histoire se laisse lire agréablement, pour son aspect polar un rien décalé. Mais aussi pour son humour jamais hilarant, mais globalement réussi. Dutreix se met en scène, et nous présente un duo de grands parents à la fois dérangés et machiavéliques. Croyant voir dans ceux qui les visitent des espions ou des agents de la Gestapo (ils se croient encore vivre durant l’occupation), ils les dézinguent, et c’est leur petit fils Romain qui doit faire le service après-vente et se débarrasser des corps. S’ensuivent de nombreux quiproquos, bien amenés, non seulement amusants, mais qui dynamisent l’intrigue. J’attends de voir la suite et conclusion dans l’album suivant, mais pour le moment c’est un très bon millésime de Dutreix, une sorte de vaudeville noir un peu loufoque.
Germaine Cellier - L'Audace d'une parfumeuse
Bandit, Cœur-joie, Élysées 64-83, Fracas, Vent Vert, La fuite des heures, Jolie Madame, Monsieur - Ce tome contient la biographie de Germaine Cellier (1909-1976), une parfumeuse française. Son édition originale date de 2023. Il a été réalisé par Béatrice Egémar pour le scénario, et par Sandrine Revel pour les dessins et les couleurs. Ce tome comprend cent-vingt-neuf pages de bande dessinée. La dessinatrice a également illustré Grand Silence (2021) de Théa Rojzman. Le tome se termine avec un dossier intitulé Les coulisses de la création comprenant une postface de la scénariste d’une page, les références des citations reproduites dans le livre, une bibliographie, quatre pages sur la phase préparatoire de réalisation d’une planche, l’interview fictive de Germaine Cellier par Olivier David de l’Osmothèque en deux pages de bande dessinée, une petite chronologie (non exhaustive) des parfums de germaine (une page), une recette de l’eau pétillante à réaliser soi-même, un glossaire de quelques mots de parfum de cinquante-cinq termes. Dans les rayons des parfumeries, on trouve encore en bonne place des parfums créés il y a cinquante ans. Beaucoup de leurs créateurs sont tombés dans l’oubli. Parmi eux, une créatrice. Elle s’appelait Germaine Cellier. Comment est-elle devenue parfumeuse. Tout commence à Bordeaux le 26 mars 1909 avec la naissance de Germaine, fille de Jeanne et Georges Cellier. Dans son enfance, son père prend l’habitude de lui lire des extraits du Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas. Mais en août 1914, Georges est mobilisé. Durant son service, sa fille demande à sa mère, quand papa revient. Le père finit par revenir, avec deux béquilles, blessé à la guerre. Après la période de convalescence, il repart. Jeanne se retrouve dans l’obligation de mettre sa fille en pension. Germaine va donc séjourner chez les sœurs : elle y retrouve sa cousine Catherine. Celle-ci est assez délurée et inventive, et elle indique à Germaine qu’elle sait où sœur Monique range les provisions de biscuits. Le soir-même, les deux petites filles se rendent à la réserve de biscuits et elles se font prendre la main dans le sac. Catherine n’est jamais à court d’idées : un midi, elle dépose une grenouille dans son assiette à soupe, juste avant que la sœur ne la serve à la louche. La réaction des fillettes est partagée entre l’amusement et la désapprobation. Les sœurs décident que Catherine doit être exorcisée. La jeune fille trouve ça très excitant : elle demande à Germaine de lui dire si elle voit le diable sortir de son corps. L’exorcisme se déroule, sans manifestation visible. En 1921, les Cellier ont déménagé à Étampes. Germaine a douze ans. Dans la maison, Germaine va dire bonjour à Jacqueline qui tient un nouveau-né dans ses bras. Elle demande à le tenir dans ses bras, et elle le sent, trouvant qu’il sent bon. Elle demande si tous les bébés sentent comme ça : la réponse est positive et la fillette saute de joie en criant qu’elle a une petite sœur. Plus tard, la petite famille effectue une promenade en bord de mer, et Germaine sent des œillets de mer, distinguant plusieurs senteurs. Une couverture bien sympathique avec sa verdure, ce beau visage idéalisé, et les trois touches faisant penser à trois griffes d’un célèbre mutant griffu. Bien sûr, rien à voir avec une lutte contre le mal, plutôt une biographie bien sage passant en revue la vie d’une parfumeuse dans un ordre sagement chronologique, entremêlant sa formation et sa vie professionnelle, avec sa vie personnelle essentiellement au travers de ses relations familiales et mondaines et de ses amours. Le lecteur découvre ainsi tout ce à quoi il peut s’attendre : la vie d’enfant, les études, le premier emploi et la compétence qui permet à Germaine Cellier d’être remarquée, de pouvoir créer son premier parfum, et les succès qui suivront, associée à de grands couturiers. La narration visuelle s’avère douce à la lecture. Une palette de couleurs de type pastel, avec un parti pris essentiellement naturaliste. Un mode de représentation avec un degré significatif dans les détails descriptifs, rendant chaque personnage à la fois avenant et un peu lisse, avec également une direction d’acteurs de type naturaliste. La dessinatrice gère la densité d’informations visuelles dans les accessoires et les décors, avec une forme d’épuration simplificatrice : un usage régulier de camaïeux en fond de case, une représentation sélective des meubles et des accessoires, ces derniers parfois en ombre chinoise, pour une lecture agréable et facile. Le lecteur se laisse bien volontiers emmener par cette narration sympathique et douce, s’attendant à découvrir quelques moments clé dans la vie de Germaine Cellier qui feront d’elle cette parfumeuse d’exception : une enfance et une adolescence qui mènent tout naturellement à ce qu’elle va devenir une sorte de prophétie auto-réalisatrice, un accomplissement préprogrammé, puisque les autrices réalisent cet ouvrage presque cinq décennies après le décès de leur sujet. Il y a un peu de cela au début : le talent déjà présent pour ressentir toutes les nuances de senteur dans une fleur (en l’occurrence des œillets des sables), l’esprit anticonformiste ou de rébellion de sa cousine qui laissera des traces à Germaine et l’amènera à ne pas s’en tenir aux pratiques habituelles et aux dogmes en matière de conception de parfum. Pour autant cette approche académique porte rapidement ses fruits. Pour commencer, les autrices vont plus loin qu’un don inné permettant à la parfumeuse d’être un génie : elles montrent qu’elle réalise des études dans une école privée, avec une scène de travaux pratiques. Puis elle rentre en tant qu’employée dans l’entreprise Justin-Dupont, à Argenteuil, société qui vient de fusionner avec Roure-Bertrand fils, une société grassoise bien connue pour ses huiles essentielles. L’artiste la représente en train de travailler dans les différents laboratoires, avec des dessins descriptifs à la composition allégée, tout en contenant les éléments techniques aisément reconnaissables qui rendent chaque endroit concret et consistant. Dans la postface, la scénariste explique comment lui est venue l’envie de réaliser une bande dessinée sur cette créatrice de parfum et comment les conditions nécessaires se sont présentées. Lors de ses recherches préparatoires, elle a donc : Cherché une biographie pour en savoir davantage sur Germaine Cellier avec, comme en ont toujours les auteurs, une vague envie d’écrire sur elle, de la mettre en scène dans un futur roman, pourquoi pas ? Vaine recherche, car personne n’avait écrit la biographie de Germaine. Elle a heureusement trouvé un article de Vanity Fair écrit par sa nièce, mais c’était quasiment tout. Elle a lu beaucoup d’articles parlant de ses créations, ça oui, mais sur sa vie, sur elle, si peu de choses. Ce qui semble dont être une biographie facile repose sur un travail préparatoire significatif pour réaliser une première. Par ailleurs, le lecteur observe que les éléments techniques et le contexte historique se trouvent dans chaque page, discrets et solides. Il peut relever des termes techniques, majoritairement passés dans le vocabulaire courant, placés de sorte à être intelligibles même si on ne le connaît, sans avoir à aller consulter le glossaire en fin de volume. S’il a déjà eu l’occasion de s’intéresser à cette période de l’histoire de France, il relève également des noms emblématiques, notamment celui de Paul Poiret (1879-1944) dont la carrière a été évoquée par Philippe Dupuy dans Ne pas peindre (2019). Ainsi la parfumeuse croise ou travaille pour Christian Caillard (1899-1985), Eugène Dabit (1898-1936, L’hôtel du Nord), Robert Denoël (1902-1945), Jean Oberlé (1900-1961), Christian Boussus (1908-2003), Christian Bérard (1902-1949), Boris Kochno (1904-1990), Pierre Balmain (1914-1982), et bien d’autres. Ainsi, ces éléments nourrissent la biographie qui devient plus qu’une simple succession de faits, mis en images. La narration visuelle donne à voir la jeune fille, puis l’adolescente et la femme dans de nombreux environnements différents : les laboratoires où elle travaille bien sûr, une salle de classe, un dortoir, le pavillon des parfums à l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes en 1925, des soirées mondaines, l’entrée des troupes militaires allemandes dans Paris en juin 1940, la visite d’Adolf Hitler à Paris le vingt-trois juin 1940, un match de tennis de Christian Boussus au tournoi de Roland-Garros (Grand prix de France) en juillet 1944, des repas familiaux, etc. En refeuilletant la bande dessinée, le lecteur se rend compte que l’artiste utilise de nombreux autres outils de la bande dessinée intégrés organiquement dans les pages : quelques dessins en pleine page, avec parfois Germaine représentée à plusieurs reprises dans différentes positions, une vision onirique pour évoquer l’effet sa manière d’interpréter les différentes nuances d’un parfum, un diagramme en forme de pyramide à trois étages pour l’explication relative aux notes de fonds, notes de cœur et notes de tête, un facsimilé de projection sur écran pour le film Hôtel du Nord, un facsimilé de dépliant vantant les mérites d’être une mère (Avec ce slogan véridique : La femme coquette sans enfants n’a pas sa place dans la cité, c’est une inutile.), et bien sûr les différents flacons de parfum qui forment un art à part entière, une dizaine de robes créées par Pierre Balmain pour autant de collections. Au premier abord, les autrices ont réalisé une biographie à la forme sage et accueillante, très accessible et très agréable à lire. À la lecture, il s’avère que la narration visuelle porte le contenu avec élégance et une réelle densité, aussi bien pour le naturel des personnages, que pour la reconstitution historique et métier. Le récit établit l’importance de Germaine Cellier dans la création de parfums, contextualisant les accomplissements professionnels de cette femme, sans les rendre miraculeux, ni les minimiser.
Antipodes
Le premier sens d’antipode est géographique. S’il s’agit généralement du point opposé à l’autre bout du globe, l’antipode était aussi une créature anthropomorphe imaginaire qui avait les pieds tournés vers l’arrière, une représentation faite à une époque où l’on pensait encore que la Terre était plate ! C’est avec cette image que démarre le récit, révélant l’état d’esprit entretenu par ce qu’on n'appelait pas encore l’Occident vis-à-vis des terres inconnues, et ce bien avant la conquête des Amériques, augurant du mépris pour les populations natives que les conquérants allaient bientôt soumettre avec la plus grande violence, en leur déniant toute humanité. Concocté par David B. et Eric Lambé et basé sur des faits historiques, « Antipodes » s’avère une lecture atypique non dénuée de charme. L’auteur de L'Ascension du Haut Mal, chef d’œuvre autobiographique qu’on ne présente plus, a chaussé ici sa casquette de scénariste. Pour le dessin, il s’est adjoint les services d’Eric Lambé, co-lauréat quelque peu oublié du Fauve d’or en 2017 pour Paysage après la bataille, une œuvre boudée par le public, probablement pour son côté abscons et austère. Avec « Antipodes », on se rapproche beaucoup plus des codes traditionnels de la bande dessinée pour offrir au lecteur un récit fluide et accessible se déroulant dans un Brésil où les Blancs en sont au début de leur emprise sur ce vaste pays. C’est par les yeux d’un personnage hors normes et quelque peu lunaire, Nicolas, que l’on va découvrir à quoi pouvaient ressembler les interactions entre des Européens en « mission civilisatrice » et la tribu locale réputée pour son cannibalisme. Dans un premier temps capturé par les Tupinambas, qui avaient prévu de s’en nourrir, celui-ci sera finalement adopté par ces derniers, séduits par ses mélopées enchanteuses. Quant à Nicolas, s’il est issu du camp des envahisseurs, il aura tôt fait d’adopter leurs coutumes, prenant plaisir à déambuler dans le plus simple appareil. Mais sa bienveillance totalement désintéressée ne l’empêchera pas d’être accusé de paganisme et puni par Villegagnon, le très catholique gouverneur de la région. Le dessin d’Eric Lambé recèle un charme naïf et désuet, évoquant les précurseurs de la bande dessinée du XIXe siècle, tels Rodolphe Töpffer ou, au début du XXe, Winsor McCay, voire dans une certaine mesure les peintures du Douanier Rousseau pour les scènes dans la jungle. La discrète touche de modernité est à rechercher dans la mise en couleur, avec en particulier ce violet décalé d’une brillance obscure, un rien psychédélique. En évoquant la brève présence des Français dans le Brésil du XVe siècle, bientôt chassés par les Portugais, ce récit donne à David B. l’occasion de déplacer la perspective historique en relativisant la « sauvagerie » de ces Indiens du Brésil, car si ceux-ci consommaient de la chair humaine (estimant par ailleurs que ceux qui la mangeaient crue étaient des sauvages !), ils étaient un peuple paisible à la physionomie avenante, vivant en harmonie avec les éléments, loin de l’image d’Epinal du barbare primitif. Et comme on le verra, leurs « proies » promises au festin semblaient accepter leur sort avec philosophie. La sauvagerie n’était-elle pas plutôt le fait des colonisateurs, qui n’hésitaient pas à massacrer ces peuples quand ils ne voulaient pas collaborer ? Cela étant, David B. ne fait pas non plus dans le mythe rousseauiste du bon sauvage. Dans ce livre, on découvre que les Tupinambas, dès lors qu’ils étaient menacés, n’hésitaient pas à se défendre de la façon la plus sanglante, peu importe que l’attaquant soit l’Homme blanc ou une tribu adverse. Recourant à un humour subtil, l’auteur en profite pour tacler la religion des conquérants, adeptes des conversions forcées, face à des Indiens qui eux, « ne cherchent à convertir personne », confortant la décision de Nicolas à vivre parmi eux. Si l’on retrouve la fascination de David B. pour les scènes de bataille, celui-ci puise également dans la mythologie de ces peuples pour introduire une part d’onirisme, avec ce « dieu défiguré » que l’on pouvait voir en creusant un trou dans la terre et qui avait le pouvoir de vous entraîner vers les antipodes si vous ne preniez garde où vous posiez le pied. Cette fiction historique, au titre judicieux par le fait qu’elle décrit les rapports entre deux mondes aux antipodes l’un de l’autre, se termine par un constat en demi-teinte. Le rapprochement de deux cultures trop différentes a de fortes chances d’être compromis par divers obstacles, que ce soit la langue ou les mœurs, mais de l’échange il en restera toujours quelque chose. Non pas un enrichissement matériel qui resterait vain, mais « a contrario » un gain de l’ordre de l’impalpable, un apport spirituel qui changerait notre façon de voir le monde et d’accepter les différences. Doté d’une belle édition avec une couverture toilée pour le côté rétro, « Antipodes » s’avère globalement une lecture très plaisante avec une immersion bienvenue dans un univers peu habituel mais plutôt envoûtant.
Les Notes rouges
Voilà un bel album tout en sensibilité et en mélancolie. Le dessin est accompagné d'une colorisation aux tons peu variés, globalement assez sombre : noir, gris clair, gris foncé et quelques teintes de rouge... Triste ? comme cette histoire de frère et soeur, orphelins, séparés pendant la guerre. Mais malgré cette palette de couleurs monotone au premier abord, le dessin illumine bel et bien l'histoire. La jeune fille va grandir, sans jamais cessé de penser à son frère. L'espoir de le retrouver l'anime sincèrement. Elle lui écrit de nombreuse lettres. Ce sont d'ailleurs ces correspondances qui racontent le récit, car, par ailleurs celui-ci est assez peu bavard. Au gré des lettres et des flashbacks on découvre la vie de ces deux jeunes enfants frappés par l'horreur de la guerre. C'est poétique et mélancolique, et parfois le rythme est un peu lent, voire même assez mou. Mais si on aimerait que l'histoire avance un peu plus vite, c'est aussi parce qu'on est pressé d'en connaitre la fin... qu'est devenu le petit garçon ? Se retrouveront-il ? Et si on est pressé c'est bien qu'on s'est attaché aux personnages, que leur destinée ne laisse pas indifférent. Un album qui se lit tout seul, le ton est juste, sensible, et le dessin sert de belle manière l'histoire.
Mickey contre l'alliance maléfique
Perso j'aime bien ce nouvel opus de la collection Glénat/Mickey, le dix-septième. Un opus qui revient aux fondamentaux car on y retrouve tous les ennemis traditionnels de Mickey. Les auteurs installent nos héros dans une atmosphère SF qui oscille entre Star Trek et le 5eme élément. D'ailleurs la mise en couleur sur des planches "pointillées" va dans le sens d'un hommage aux vieilles séries américaines de SF. Comme les autres auteurs Nicolas Pothier remplit parfaitement le cahier des charges de la maison mère. Les bons et les méchants sont très facilement identifiables , à l'ancienne sans ambiguïté. Avec un récit aussi classique, Pothier tire son épingle grâce à beaucoup d'humour gentil autour d'innombrables jeux de mots qui travaillent sur le vocabulaire à sens multiple. C'est peut-être très bon enfant mais j'ai bien aimé les constructions qui amènent à ces dialogues humoristiques. C'est accessible à un très large public qui peut se familiariser avec les homonymes ou calembours non vulgaires. Derrière sa présentation vintage le dessin de Johan Pilet reste moderne et dynamique avec un Mickey et un Pat inhabituels Un visuel classique qui reprend beaucoup de codes anciens de la SF. Une lecture pour tous très distrayante même si je suis un converti de cette collection.
Eurydice
Encore un bon cru 2024. Un nectar corsé, qui tient longtemps en bouche, issu de deux cépages de qualité. Un Lou Lubie que toutes les bonnes librairies exposent en bonne place en rayonnage, et une nouvelle arrivée dans le domaine du neuvième art : Solen Guivre. Bon, je fais le mariole, mais c'est la première fois que je goûte un Lou Lubie. Elle nous propose une réécriture du mythe d'Orphée et Eurydice et pour le coup, c'est une belle réussite. La trame vertébrale est conservée, par contre quelques modifications y sont apportées et pas des moindres, comme la présence de Pygmalion, elles apportent une nouvelle dimension au mythe. Une intrigue dense et féministe où l'amour sera évidemment au centre du récit, mais des sujets de société vont s'y glisser au fil des pages : la précarité des femmes, le diktat de la beauté, l'indépendance, le droit de choisir l'être aimé et la place de l'art. Un récit mené de main de maître, une narration fluide et intelligente avec son lot de surprises. J'ai particulièrement aimé la fin (le choix d'Eurydice). Une revisite moderne de cette tragédie. Pour Solen Guivre c'est la première incursion dans le domaine de la BD, et c'est grâce à une annonce de Lou Lubie sur Instagram qu'elle a été choisie pour mettre en images cette histoire. Un dessin au très beau rendu qui convient parfaitement à ce récit mythologique, il est d'une richesse folle, aussi bien dans les décors que pour les costumes des personnages, mais aussi dans la diversité des corps et des visages. J'ai été conquis par la mise en page et par les couleurs numériques. La visite des enfers est inquiétante à souhait. De l'excellent travail. Une très agréable lecture que je recommande, forcément.
Paul dans le Nord
Mon 2eme Paul et encore une franche réussite !! Paul a un travail d'été m’avait déjà agréablement interpellé, mais là l’auteur enfonce le clou. J’ai retrouvé avec plaisir l’univers de Michel Rabagliati, la période explorée est plus ou moins la même, à savoir son adolescence. Cette fois, la structure est légèrement différente puisqu’à la place d’une longue histoire nous aurons droit à un ensemble de saynètes/portraits/expériences qui forme petit à petit un beau tableau. Si ce n’est pour le langage, une œuvre pas bien dépaysante (on a tous été jeune) mais il y a eu clairement un truc à ma lecture. Indépendamment les histoires sont sympas mais c’est leur cohésion qui fait tout le sel. Je tire encore une fois mon chapeau à l’auteur, j’aime l’intelligence de sa narration, sa sincérité, la maîtrise de son dessin (grandement améliorée en 13 ans) et comment avec « rien » il arrive à me passionner. Ses fins d’album sont à chaque fois très réussies. Je découvre son style sur le tard mais j’en suis assez fan. Plus qu’à lire les autres :)
Dieu qui pue, Dieu qui pète
Passons sur ce titre provocateur et racoleur qui ne ressemble ni à l'esprit de la série ni à la maison Milan. L'histoire qui lui correspond est en outre bien drôle mais un tel titre ne serait probablement pas accepté dans la majorité des pays africains. Pour le reste Vehlmann et Duchazeau proposent quelques histoires courtes de 4 planches bien dans l'esprit du continent. C'est tonique et diversifié alternant l'humour, la sagesse ou la poésie. Le vocabulaire et l'humour qu'utilisent Vehlmann a une musique très européenne ce qui nuit à la l'authenticité mais ouvre à un plus large public. Le graphisme très moderne de Duchazeau s'adresse plus à un public adulte à mon avis. Cela produit une narration visuelle très dynamique et bien élaborée assez formatrice pour un public assez jeune. Enfin , je veux souligner une mise en couleur très réussie qui apporte beaucoup à l'ambiance de ces contes. Une lecture sympathique accessible à un large public.
Les Vies de Charlie
Oh, c'est dommage, j'aurais sincèrement voulu aimer davantage ce récit. C'est du très bon, hein, pas de panique, mais c'est typiquement le genre de récit que j'adore et je me retrouve donc déçue de ne trouver qu'un résultat très bon alors que cela aurait pu être excellent. L'histoire est celle de Charlie employé modèle au sein d'une gigantesque entreprise chargée de "recycler les morts". Tout va pour le mieux dans sa vie jusqu'au jour où un enfant l'appelle pour savoir ce qu'il était advenu de l'âme de sa mère. Ne sachant quoi lui répondre, Charlie va partir en quête de réponse sur ce qu'il advient des âmes après la mort. Ce n'est pas forcément nouveau, mais j'ai beaucoup apprécié ce contraste entre l'univers très carré et froid d'une entreprise et les questionnements spirituels et plus joyeux autour de la question de l'âme. L'œuvre, comme beaucoup d'œuvres traitant le sujet de la mort, parle en réalité beaucoup de la vie et de ce qui en fait le sel. Les choix visuels de représenter le monde des vivants en noir et blanc et celui des morts et des âmes par des couleurs vives (et presque chaleureuses) n'est, là encore, pas nouveau mais très bon. Les dessins de Guarino sont très jolis, d'ailleurs. Vraiment, ignorez volontiers mon petit ronchonnement de début d'avis, j'ai vraiment bien aimé cet album, j'ai simplement été déçue sur la forme et le changement de ton de la résolution qui aurait pu être étoffée. Cela reste une œuvre très sympathique. (Note réelle 3,5)
Black Dog - Les Rêves de Paul Nash
Comme Alix je n’ai pas forcément tout saisi. Mais avec ce genre d’œuvre j’accepte aisément de laisser des questions sans réponse. Ne pas comprendre n’empêche en effet pas d’être « pris » par une œuvre, qu’elle nous transporte – jusqu’où ? Inspiré de la personne et des œuvres de Paul Nash, cet album permet surtout à McKean de laisser libre cours à son imagination. On est ici embarqué dans un univers très poétique (textes et images), auquel j’ai été sensible. Il faut dire que le travail de McKean est ici mis en valeur par un format très très grand. Cela permet d’apprécier toutes les techniques qu’il utilise. En effet, on a droit à des dessins – avec des styles différents, une colorisation très changeante aussi –, de la peinture, des collages, le tout se mariant très bien. Surréalisme, expressionnisme et cubisme se succèdent, et donnent une vision de la guerre où parfois seule la folie permet de sortir de l’horreur quotidienne. Un album parfois plus livre illustré que BD, que j’ai davantage regardé que lu. Mais c’est une agréable découverte. Note réelle 3,5/5.