Merlusse est un des premiers titres mis en BD dans la nouvelle collection pilotée par Scotto et Stoffel sur les œuvres de Pagnol. Titre peu connu, ce n'est pas un roman mais un scénario des années 30, il paraît entre La Gloire de mon Père et Topaze un sacré défi !
Je ne connaissais pas du tout l'histoire et j'ai été favorablement surpris malgré un graphisme qui m'a moyennement séduit.
J'ai l'impression que Pagnol s'est amusé à revisiter le conte de Noël de Dickens dans une sorte de miroir inversé amusant. Merlusse est l'anti Scrooge même si au début il y a des points de ressemblance. Surtout le scénario de Pagnol prend plaisir aux contrepieds ( On est pas loin du Vélodrome non?).
Dans un lycée Thiers que Pagnol connaît bien, un groupe d'élèves se retrouve seul pour une veillée de Noël dans un dortoir surveillé par le terrrible Blanchard alias Merlusse ancien du Tonkin à la balafre digne du plus grand des pirates. Sauf que ces enfants sont tous issus de parents très riches.
Riches mais délaissés et on ne peut qu'avoir de la sympathie pour ces gamins oubliés qui compensent par des blagues potaches. Scrooge le richissime avait eu besoin d'une vraie leçon pour lui ouvrir le cœur pas Merlusse petit prof méridional.
Un conte qui rebondit sur celui de Dickens bien plus subtil qu'il n'y paraît pour aller au-delà des apparences. Scotto et Stoffel délivrent un scénario très fluide et de plus en plus intéressant au fil de la lecture.
J'ai moins accroché au graphisme de Dan que celui de Tanco (pour d'autres opus). Toutefois Dan réussit bien le personnage sévère de Merlusse. De plus il y a la difficulté de proposer une ambiance de Marseille l'hiver dans un espace clos. . C'est presque contre nature en comparaison des ambiances lumineuses des campagnes environnantes.
Je pousse un peu ma note malgré cette réserve graphique mais ce fut une découverte agréable dans une collection que j'apprécie de plus en plus.
3.5
J'ai bien aimé cet album même si comme l'indique si bien Ro, la fin est un peu frustrante. J'aurais aimé que des éléments du scénario soient plus développé et aussi voir ce que va faire le héros après avoir apprit toutes ses choses. On dirait presque une longue introduction à une série, mais c'est censé être un one-shot.
En tout cas, malgré ce coté frustrant, l'album est très bon. Le scénario est captivant. Je me suite tout de suite identifié au personnage principal qui comme moi découvrait une nouvelle culture à la fois captivante et intrigante. On voit aussi que le héros semble avoir des choses à cacher et ce mystère rend le scénario encore plus passionnant.
Le dessin est simple et efficace avec une belle coloration.
Attention, sujet explosif !
Jusqu’où iront-ils ? L’attaque de l’armée israélienne contre la prison à ciel ouvert qu’est Gaza, attaque qui s’apparente de plus en plus à un génocide, prendra-t-elle fin un jour ? C’est la question que tout le monde se pose, au-delà des opinions… Alors que plus le temps passe, que plus les promesses de Netanyahou de ramener les derniers otages israéliens sains et saufs et de détruire le Hamas apparaissent comme une vaste escroquerie, les États-Unis et l’Europe font preuve d’un silence assourdissant et d’une quasi bienveillance à l’égard de la politique militaire de l’État juif. Lassé de se sentir impuissant, comme tous ceux que la situation révolte, Joe Sacco vient de publier « Guerre à Gaza », un ouvrage corrosif d’une trentaine de pages pour nous livrer sa vision des choses.
Le plus talentueux des bédéistes-reporters ayant souvent traité de la situation dans cette région du monde, avec notamment Palestine et "Gaza 1956", il avait assurément la plus grande légitimité pour s’exprimer sur les massacres conduits par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou depuis les attentats du 7 octobre 2023. Ouvrage réalisé dans l’urgence, « Guerre à Gaza » est d’un format qui le rapproche d’un fascicule, mais où l’auteur dit exactement tout ce qui lui pèse sur le cœur concernant ce conflit, sans nul doute le plus grave depuis la création de l’État hébreu en 1956.
L’auteur semble avoir trempé sa plume et son pinceau dans l’acide pour exprimer une rage dopée par son impuissance face à la tragédie qui frappe Gaza et ses habitants, mais aussi sa révolte vis-à-vis de l’hypocrisie de son pays, les États-Unis (derrière lesquels s’abrite l’Europe, soit dit en passant), qui n’ont cessé d’envoyer de l’aide armée au gouvernement israélien depuis le début des bombardements, qui ont déjà fait plus de 30.000 victimes civiles. Au-delà du principal dirigeant concerné, Netanyahou, autant dire que Joe Biden en prend pour son grade. Son image de papy-gâteau (parfois plus gâteux que gâteau, il faut bien le dire) est violemment étrillée par Sacco, qui le montre sous un jour des plus cyniques en dénonçant les hypocrisies et la mauvaise foi de la Maison blanche, lorsque son porte-parole John Kirby annonce sans rire que les USA « pourraient aussi revendiquer le titre de principal bienfaiteur humanitaire ».
Le dessin de Joe Sacco accompagne avec véhémence cette dénonciation de ce qui apparaît de plus en plus comme un crime contre l’humanité. La violence de certains passages très réalistes — le plus souvent des images d’immeubles dévastés ou de ruines — est parallèlement transcendée par un onirisme féroce, qui n’en est pas moins une injonction adressée aux puissants de ce monde à réfléchir sur leur inaction, laquelle s’apparente dans le cas présent à de la complicité. On aimerait croire que le choc de ces images pourrait produire l’électrochoc escompté des cerveaux… Pour mieux décrire le malaise qui le ronge, l’auteur se met en scène au sortir d’un cauchemar paranoïaque, culpabilisant d’avoir contribué à financer par ses impôts une bombe décimant des enfants gazaouis, tout en constatant la politique sociale désastreuse dans son propre pays.
Ce qui semble également ulcérer Joe Sacco est que « dans le monde d’aujourd’hui, dire que l’on veut arrêter un génocide est considéré comme un discours de haine. Tandis que diffamer ceux qui veulent l’arrêter est un discours rémunéré. » Un postulat que l’on peut parfaitement vérifier dans la France de Macron, où la présidente de l’Assemblée elle-même n’hésite pas à afficher un pin’s du drapeau israélien, et où ceux qui émettent la moindre critique vis-à-vis de la politique d'Israël sont rapidement ostracisés, quand ils ne sont pas purement et simplement taxés d’extrémistes « islamo-gauchistes » voire antisémites par les canaux politico-médiatiques de droite. Pourtant, on se dit que ces ficelles langagières devraient finir par se voir tant elles ressemblent à des cordes grossières. En attendant, tant qu’il y aura des voix pour s’élever contre cette situation, on se dit que l’espoir reste permis.
A ce titre, Monsieur Sacco, comme les rares voix qui cherchent à se faire entendre — on peut évoquer Dominique de Villepin, tout récemment —, si l’on exclut ceux dont le discours est déjà habilement décrédibilisé, mérite toute la reconnaissance des citoyens du monde qui croient encore aux forces humanistes de progrès et du vivre ensemble. A l’inverse de nos hypocrites démocraties pour qui de lucratives politiques d’armements peuvent bien justifier des barbaries occasionnelles et localisées contre des « animaux humains ». Et parce qu’on ne peut parler ni de génocide ni de légitime défense, Sacco, de façon à la fois ironique et désabusée, propose cet oxymore approprié : « auto-défense génocidaire ». Afin peut-être d’alimenter la réflexion au sein de chaque camp, à défaut de les réconcilier…
J'avais déjà lu cette BD il y a quelques temps, mais la relecture fut aussi intéressante qu'amusante. Sous une histoire de singes et de religions, personne n'est dupe comme lecteur : c'est bel et bien de l'humanité dont il est question. De l'humanité toujours plus bête dans sa foi ...
L'auteur développe un propos clairement militant, et dans le sens de l'agnosticisme. La BD, sous couvert de moments humoristiques, reste résolument sombre. Son final en est la preuve la plus éclatante. D'autre part, c'est bien une noirceur qui imprègne le récit, celle du reflet de notre propre bêtise. Le récit s'approche grandement de la religion par un prisme catholique, plus à même d'être compris par un lecteur occidental, et c'est tant mieux. Les métaphores sont évidentes, les références sont claires, les images limpides.
L'auteur joue de son dessin pour ajouter au propos. Ce sont des environnements grands mais vides, dans lesquels les singes prennent toute la place, tandis que l'hiver reste présent la majeure partie du récit. C'est pas subtil dans le traitement des saisons (l'hiver du malheur, le printemps de l'espoir ...) mais c'est parfois bon de laisser la subtilité au vestiaire.
Parce que mine de rien, la BD a une critique acide mais juste. Il y a des personnages pour lesquels j'ai été triste, une fin franchement noire et amère, mais surtout une série de dernières planches qui ajoutent une petite blague qui n'en est pas une, débordant du récit pour faire une vraie réflexion sur la religion. Si même Dieu nous estimes trop con ...
La BD est impeccable dans son traitement, dans le déroulé et dans son propos. C'est le genre que j'adore parce que le message est fort mais nécessaire, un peu à l'instar de Ce qu'il faut de terre à l'homme, détournant une histoire pour en faire une fable sur un sujet, où la fin tente d'extrapoler le propos. Efficace, donc, juste et pertinente, je trouve que cette BD est excellente.
PS : j'ajouterais juste que pour une BD sur la religion, elle ne se contente pas d'être bêtement anti-religieuse, la toute fin le montrant bien, mais appelle les croyants à arrêter de lever leur mains pour prier et plutôt se sortir les doigts pour agir. Mais surtout pour réfléchir et ne pas suivre bêtement le premier prêcheur qui passe. Un message qui est aussi pertinent pour les religions que pour pleins d'autres croyances ...
Je découvre le travail de Benoit Vidal – tout du moins en matière de roman-photo – et c’est plutôt une lecture agréable.
En particulier il réussit très bien son mélange de photos (sa grand-mère prise sous tous les angles lorsqu’il l’interroge, quelques lieux divers, un platane, etc.) et de documents d’époque (fin XIXème, début XXème, jusqu’à aujourd’hui : cartes postales, gravures, journaux, photos, tableaux, etc.). Le rendu est chouette, dynamique, il ne se contente pas d’aligner des photos et d’improviser ensuite le texte, il y a de réels efforts de mise en pages, de construction, et le côté hétéroclite de l’ensemble m’a plu.
L’auteur a interviewé sa grand-mère, Pauline donc, qui lui raconte la vie d’une autre vieille femme, de sa fille, tout au long du siècle. Au travers de ce récit, c’est aussi sa grand-mère que Vidal découvre et met en avant (d’ailleurs, il fait régulièrement des pauses pour analyser le récit, les témoignages, qu’il questionne, de façon intéressante). Et c’est aussi une certaine histoire de France qui nous est donnée à voir, l’évolution d’une société, au travers de la vie de quelques anonymes. On a même droit à une vision de l’intérieur des terres du débarquement de Normandie sur la fin !
Une lecture plaisante. La mise en page et l’iconographie permettent de pallier au manque de consistance de certains passages, aux détails un peu personnels et pas toujours captivants : mais au final, c’est une chouette lecture. Merci encore aux éditions Flblb d’éditer ce genre d’ouvrage hors norme.
Note réelle 3,5/5.
Si on peut bien reconnaitre un talent (parmi d'autres) à Lewis Trondheim c'est cette maîtrise des anti-héros. Etant tombé à court de nouveaux Donjons, je me suis lancé dans cette nouvelle série fantasy qui est régulièrement vue comme un classique mais pas un classique de la fantasy, entendons nous bien.
On reconnait évidemment la patte de Trondheim avec les personnages animaliers et cet humour grinçant et absurde. C'est entre autres ce que je venais chercher et j'ai été servi. J’étais aussi curieux de voir comment il allait renouveler ce genre qu’il maîtrise si bien. Et clairement, Ralph Azham ne m'a pas déçu.
Ralph, anti-héros par excellence, est un personnage à la fois agaçant et attachant. Ce qui le rend si captivant, c’est qu’il ne cherche pas à plaire. Il traîne sa nonchalance et son sarcasme avec une certaine désinvolture, un peu comme s’il était en décalage permanent avec les attentes de son monde. C’est un peu le loser de l’histoire, mais un loser auquel on s’attache, d'autant plus qu'il évolue, passant du jeune sarcastique désabusé à quelqu’un de plus mature, plus conscient de ses responsabilités. Ce développement donne de la profondeur à un récit qui pourrait autrement se contenter d’être léger.
Le dessin de Trondheim, avec ses lignes simples et ses personnages expressifs, fonctionne bien dans cet univers de fantasy. Brigitte Findakly, à la colorisation, sublime vraiment le tout avec des palettes qui varient selon les moments d’émotion ou d’action. Ce n’est pas du grand art, mais ça donne une vraie identité visuelle à la série, un côté accessible.
Et comme d'habitude, ce sont les dialogues qui font particulièrement mouche. Chaque réplique est bien sentie, souvent drôle, avec ce petit côté décalé qu’on attend de Trondheim. L’univers est aussi bien pensé, avec ses artefacts magiques, ses pouvoirs bizarres et une trame de fond qui touche à des thèmes plus sérieux comme la politique, la religion et le pouvoir. On sent que Trondheim aime jouer avec les codes du genre, sans pour autant trop s’y attarder.
Cela dit, quelques longueurs se font sentir à certains moments, et certaines intrigues secondaires traînent un peu. Parfois, on a l’impression que les rebondissements s’enchaînent trop vite, sans vraiment donner le temps de creuser certains aspects de l’histoire. Mais dans l’ensemble, on ne s’ennuie pas vraiment, et la série parvient à maintenir un bon équilibre.
Ce n’est pas le chef-d’œuvre du siècle, mais c’est une lecture agréable, divertissante, et parfois même touchante. Si vous aimez les univers un peu barrés où l’anti-héros a toute sa place, vous trouverez probablement votre bonheur ici.
Je connaissais le duo Rimbaud-Verlaine, un peu comme tout le monde, mais n'avait jamais entendu parler du trio Rimbaud-Verlaine-Nouveau. On se retrouve ici plongé au cœur de la vie de ces poètes, à une période particulièrement intense, marquée par les tensions, les voyages, et bien sûr, la création du manuscrit des Illuminations. Et le moins que l'on puisse dire est que l'on y plonge bien. Dytar et Bollée parviennent à rendre compte de cette fougue et de l’aspect chaotique de leur existence, tout en évitant le piège de l’hagiographie (que je redoutais vraiment au départ).
Visuellement, c’est beau. Dytar a un vrai talent pour capturer des ambiances. Contrairement à Noirdesir, j'ai bien aimé le choix des deux ou trois bandes horizontales qui découpent les pages permettent de suivre simultanément les parcours des protagonistes.
Côté scénario, l’histoire est bien construite, même si on ne peut pas dire qu’elle révolutionne le genre. On est sur une biographie romancée, mais c’est fait avec subtilité. La mise en lumière de Germain Nouveau, souvent oublié au profit de ses deux compères plus célèbres, est un vrai plus. Le récit met en avant ses doutes, son retrait progressif de la scène littéraire, contrastant avec l’intensité de Rimbaud et Verlaine.
Une très bonne manière de découvrir ou redécouvrir ce trio.
Et dire que j'ai failli passer à côté de l'oeuvre de Jean-Marc Rochette parce que je n'ai pas accroché de prime abord avec son dessin en feuilletant cette BD parmi tant d'autres en librairie. Après la lecture de Le Loup qui m'a totalement conquis, j'ai attaqué ce récit personnel qui raconte son parcours d’adolescent à Grenoble, fasciné par l’escalade et les sommets des Alpes. Il y décrit comment, lassé par les cours du lycée, il trouve dans la montagne une échappatoire et une vocation qui façonneront une partie de sa vie.
J'aime beaucoup cette manière authentique de raconter la montagne. Rochette ne se contente pas de dessiner des paysages, il nous fait ressentir la rudesse des sommets, l’exaltation de l’ascension, mais aussi la proximité de la mort, toujours présente à chaque faux pas.
Le style de Rochette est parfois brut, sans fioritures, mais il capture à merveille l’essence de la montagne : immuable, dangereuse, mais terriblement attirante. Les teintes bleues et blanches dominent, évoquant la pureté des glaciers et le ciel infini, tandis que les personnages, presque secondaires face à l’immensité, sont représentés avec une simplicité touchante.
Le récit est un mélange de souvenirs d’ascensions, de rêves brisés et de moments d’euphorie. À travers l’histoire de Rochette, c’est toute une génération d’alpinistes qu’on entrevoit, avec leurs défis, leurs doutes, mais aussi leur soif de liberté et d’absolu. Il y a une sincérité dans cette quête de soi-même à travers la montagne, qui m’a beaucoup touché. On ressent cette tension constante entre l’appel du sommet et le danger, entre la passion et la réalité.
Rochette ne cherche pas à enjoliver son récit, au contraire, il expose ses failles, ses moments de faiblesse, ce qui rend cette histoire encore plus humaine et accessible.
Un gros coup de coeur donc qui fait suite à Le Loup et avant de poursuivre avec La Dernière Reine
Philippe Charlot livre un scénario divertissant, plein de verve, où les dialogues assez truculents s’enchaînent avec fluidité. Eric Hubsch, au dessin, donne vie à cette époque avec un trait semi-réaliste, caricatural juste ce qu’il faut, qui apporte une légèreté bienvenue à une intrigue qui aurait pu basculer dans le graveleux.
Le traitement du roi est particulièrement savoureux, oscillant entre majesté et vulnérabilité, rappelant à quel point la grandeur peut se trouver rabaissée par les aléas du corps humain. L’histoire s’appuie sur des faits réels tout en les agrémentant d’une touche de fantaisie, ce qui rend la lecture à la fois instructive et amusante. Le personnage de Geoffroy, en quête d’ascension sociale, est bien croqué, même si son parcours reste assez classique. Sa vivacité et son habileté à saisir les opportunités sont au cœur du récit, mais son évolution prend un détour un peu attendu, perdant parfois en surprise.
Le dessin, lui, est soigné, avec des décors fidèles à l’époque de Versailles, et une utilisation subtile des expressions des personnages pour renforcer l’humour et le côté cocasse de la situation. Quelques scènes auraient pu bénéficier de plus de détails, notamment dans les moments plus tendus, mais dans l’ensemble, le style graphique sert bien l’histoire. Les pages finales, avec un dossier historique, sont un vrai plus pour ceux qui veulent approfondir les faits relatés dans l’intrigue, notamment sur la fameuse opération du roi et la possible origine française de l’hymne britannique “God Save the King”.
Je suis sorti de ma lecture diverti, mais avec une légère frustration, comme si tout avait été trop rapidement survolé. Cela dit, pour une bande dessinée qui joue sur l’humour historique, Le Royal Fondement remplit parfaitement son rôle, en nous offrant une tranche d’Histoire décalée et bien menée.
Perso j'ai vraiment aimé la lecture de ce roman qui s'appuie sur le personnage hors norme d'Alicia Alonso. Premier point avec cette série nous sommes très loin de la biographie hagiographique de la danseuse étoile cubaine.
On peut même un peu chicaner sur la partie jeunesse de la danseuse par rapport à sa bio officielle. Le scénario d'Eileen Hofer a choisi un autre angle d'attaque qui m'a beaucoup plu. La thématique de la "réappropriation d'une culture d'élite"p89 (par le peuple) reste l'épine dorsale du récit.
Le ballet de danse classique est le symbole même de l'image d'une culture bourgeoise voire aristocratique réservée à un petit nombre. J'ai trouvé vraiment intéressant de montrer cette culture de la danse enracinée dans un Cuba contemporain post Castro. Ma culture de danse est si faible que je ne sais pas si les autrices s'appuient sur une réalité mais je trouve le sujet orignal et peu visité.
Les passages de danse classique sont assez rares car les autrices préfèrent au récit hagiographique convenu des bio officielles un récit plus aigre-doux d'une société cubaine en mutation. Entre dénonciation d'un régime totalitaire basé sur la délation et la sympathie pour une population résiliente et pleine de vitalité , de couleur et de soleil les autrices trouvent un bon équilibre tout au long du récit.
Il y a même plusieurs passages remplis d'un humour gentil très plaisant. Les autrices se permettent même d'égratigner l'image du mythe Alicia . Est-ce à juste titre ou pas je ne saurais y répondre.
J'ai bien aimé le graphisme type crayons de couleur proposé par Mayalen Goust. C'est fluide et léger comme une arabesque. Les scènes de danse classique ou de cabaret sont vraiment aériennes et élégantes. Les extérieurs de La Havane sont réussis mais malheureusement trop rares à mon goût.
Cela donne envie d'y faire un tour.
Une lecture récréative très plaisante.
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Merlusse
Merlusse est un des premiers titres mis en BD dans la nouvelle collection pilotée par Scotto et Stoffel sur les œuvres de Pagnol. Titre peu connu, ce n'est pas un roman mais un scénario des années 30, il paraît entre La Gloire de mon Père et Topaze un sacré défi ! Je ne connaissais pas du tout l'histoire et j'ai été favorablement surpris malgré un graphisme qui m'a moyennement séduit. J'ai l'impression que Pagnol s'est amusé à revisiter le conte de Noël de Dickens dans une sorte de miroir inversé amusant. Merlusse est l'anti Scrooge même si au début il y a des points de ressemblance. Surtout le scénario de Pagnol prend plaisir aux contrepieds ( On est pas loin du Vélodrome non?). Dans un lycée Thiers que Pagnol connaît bien, un groupe d'élèves se retrouve seul pour une veillée de Noël dans un dortoir surveillé par le terrrible Blanchard alias Merlusse ancien du Tonkin à la balafre digne du plus grand des pirates. Sauf que ces enfants sont tous issus de parents très riches. Riches mais délaissés et on ne peut qu'avoir de la sympathie pour ces gamins oubliés qui compensent par des blagues potaches. Scrooge le richissime avait eu besoin d'une vraie leçon pour lui ouvrir le cœur pas Merlusse petit prof méridional. Un conte qui rebondit sur celui de Dickens bien plus subtil qu'il n'y paraît pour aller au-delà des apparences. Scotto et Stoffel délivrent un scénario très fluide et de plus en plus intéressant au fil de la lecture. J'ai moins accroché au graphisme de Dan que celui de Tanco (pour d'autres opus). Toutefois Dan réussit bien le personnage sévère de Merlusse. De plus il y a la difficulté de proposer une ambiance de Marseille l'hiver dans un espace clos. . C'est presque contre nature en comparaison des ambiances lumineuses des campagnes environnantes. Je pousse un peu ma note malgré cette réserve graphique mais ce fut une découverte agréable dans une collection que j'apprécie de plus en plus.
Le Visage de Pavil
3.5 J'ai bien aimé cet album même si comme l'indique si bien Ro, la fin est un peu frustrante. J'aurais aimé que des éléments du scénario soient plus développé et aussi voir ce que va faire le héros après avoir apprit toutes ses choses. On dirait presque une longue introduction à une série, mais c'est censé être un one-shot. En tout cas, malgré ce coté frustrant, l'album est très bon. Le scénario est captivant. Je me suite tout de suite identifié au personnage principal qui comme moi découvrait une nouvelle culture à la fois captivante et intrigante. On voit aussi que le héros semble avoir des choses à cacher et ce mystère rend le scénario encore plus passionnant. Le dessin est simple et efficace avec une belle coloration.
Guerre à Gaza
Attention, sujet explosif ! Jusqu’où iront-ils ? L’attaque de l’armée israélienne contre la prison à ciel ouvert qu’est Gaza, attaque qui s’apparente de plus en plus à un génocide, prendra-t-elle fin un jour ? C’est la question que tout le monde se pose, au-delà des opinions… Alors que plus le temps passe, que plus les promesses de Netanyahou de ramener les derniers otages israéliens sains et saufs et de détruire le Hamas apparaissent comme une vaste escroquerie, les États-Unis et l’Europe font preuve d’un silence assourdissant et d’une quasi bienveillance à l’égard de la politique militaire de l’État juif. Lassé de se sentir impuissant, comme tous ceux que la situation révolte, Joe Sacco vient de publier « Guerre à Gaza », un ouvrage corrosif d’une trentaine de pages pour nous livrer sa vision des choses. Le plus talentueux des bédéistes-reporters ayant souvent traité de la situation dans cette région du monde, avec notamment Palestine et "Gaza 1956", il avait assurément la plus grande légitimité pour s’exprimer sur les massacres conduits par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou depuis les attentats du 7 octobre 2023. Ouvrage réalisé dans l’urgence, « Guerre à Gaza » est d’un format qui le rapproche d’un fascicule, mais où l’auteur dit exactement tout ce qui lui pèse sur le cœur concernant ce conflit, sans nul doute le plus grave depuis la création de l’État hébreu en 1956. L’auteur semble avoir trempé sa plume et son pinceau dans l’acide pour exprimer une rage dopée par son impuissance face à la tragédie qui frappe Gaza et ses habitants, mais aussi sa révolte vis-à-vis de l’hypocrisie de son pays, les États-Unis (derrière lesquels s’abrite l’Europe, soit dit en passant), qui n’ont cessé d’envoyer de l’aide armée au gouvernement israélien depuis le début des bombardements, qui ont déjà fait plus de 30.000 victimes civiles. Au-delà du principal dirigeant concerné, Netanyahou, autant dire que Joe Biden en prend pour son grade. Son image de papy-gâteau (parfois plus gâteux que gâteau, il faut bien le dire) est violemment étrillée par Sacco, qui le montre sous un jour des plus cyniques en dénonçant les hypocrisies et la mauvaise foi de la Maison blanche, lorsque son porte-parole John Kirby annonce sans rire que les USA « pourraient aussi revendiquer le titre de principal bienfaiteur humanitaire ». Le dessin de Joe Sacco accompagne avec véhémence cette dénonciation de ce qui apparaît de plus en plus comme un crime contre l’humanité. La violence de certains passages très réalistes — le plus souvent des images d’immeubles dévastés ou de ruines — est parallèlement transcendée par un onirisme féroce, qui n’en est pas moins une injonction adressée aux puissants de ce monde à réfléchir sur leur inaction, laquelle s’apparente dans le cas présent à de la complicité. On aimerait croire que le choc de ces images pourrait produire l’électrochoc escompté des cerveaux… Pour mieux décrire le malaise qui le ronge, l’auteur se met en scène au sortir d’un cauchemar paranoïaque, culpabilisant d’avoir contribué à financer par ses impôts une bombe décimant des enfants gazaouis, tout en constatant la politique sociale désastreuse dans son propre pays. Ce qui semble également ulcérer Joe Sacco est que « dans le monde d’aujourd’hui, dire que l’on veut arrêter un génocide est considéré comme un discours de haine. Tandis que diffamer ceux qui veulent l’arrêter est un discours rémunéré. » Un postulat que l’on peut parfaitement vérifier dans la France de Macron, où la présidente de l’Assemblée elle-même n’hésite pas à afficher un pin’s du drapeau israélien, et où ceux qui émettent la moindre critique vis-à-vis de la politique d'Israël sont rapidement ostracisés, quand ils ne sont pas purement et simplement taxés d’extrémistes « islamo-gauchistes » voire antisémites par les canaux politico-médiatiques de droite. Pourtant, on se dit que ces ficelles langagières devraient finir par se voir tant elles ressemblent à des cordes grossières. En attendant, tant qu’il y aura des voix pour s’élever contre cette situation, on se dit que l’espoir reste permis. A ce titre, Monsieur Sacco, comme les rares voix qui cherchent à se faire entendre — on peut évoquer Dominique de Villepin, tout récemment —, si l’on exclut ceux dont le discours est déjà habilement décrédibilisé, mérite toute la reconnaissance des citoyens du monde qui croient encore aux forces humanistes de progrès et du vivre ensemble. A l’inverse de nos hypocrites démocraties pour qui de lucratives politiques d’armements peuvent bien justifier des barbaries occasionnelles et localisées contre des « animaux humains ». Et parce qu’on ne peut parler ni de génocide ni de légitime défense, Sacco, de façon à la fois ironique et désabusée, propose cet oxymore approprié : « auto-défense génocidaire ». Afin peut-être d’alimenter la réflexion au sein de chaque camp, à défaut de les réconcilier…
Le Crépuscule des Idiots
J'avais déjà lu cette BD il y a quelques temps, mais la relecture fut aussi intéressante qu'amusante. Sous une histoire de singes et de religions, personne n'est dupe comme lecteur : c'est bel et bien de l'humanité dont il est question. De l'humanité toujours plus bête dans sa foi ... L'auteur développe un propos clairement militant, et dans le sens de l'agnosticisme. La BD, sous couvert de moments humoristiques, reste résolument sombre. Son final en est la preuve la plus éclatante. D'autre part, c'est bien une noirceur qui imprègne le récit, celle du reflet de notre propre bêtise. Le récit s'approche grandement de la religion par un prisme catholique, plus à même d'être compris par un lecteur occidental, et c'est tant mieux. Les métaphores sont évidentes, les références sont claires, les images limpides. L'auteur joue de son dessin pour ajouter au propos. Ce sont des environnements grands mais vides, dans lesquels les singes prennent toute la place, tandis que l'hiver reste présent la majeure partie du récit. C'est pas subtil dans le traitement des saisons (l'hiver du malheur, le printemps de l'espoir ...) mais c'est parfois bon de laisser la subtilité au vestiaire. Parce que mine de rien, la BD a une critique acide mais juste. Il y a des personnages pour lesquels j'ai été triste, une fin franchement noire et amère, mais surtout une série de dernières planches qui ajoutent une petite blague qui n'en est pas une, débordant du récit pour faire une vraie réflexion sur la religion. Si même Dieu nous estimes trop con ... La BD est impeccable dans son traitement, dans le déroulé et dans son propos. C'est le genre que j'adore parce que le message est fort mais nécessaire, un peu à l'instar de Ce qu'il faut de terre à l'homme, détournant une histoire pour en faire une fable sur un sujet, où la fin tente d'extrapoler le propos. Efficace, donc, juste et pertinente, je trouve que cette BD est excellente. PS : j'ajouterais juste que pour une BD sur la religion, elle ne se contente pas d'être bêtement anti-religieuse, la toute fin le montrant bien, mais appelle les croyants à arrêter de lever leur mains pour prier et plutôt se sortir les doigts pour agir. Mais surtout pour réfléchir et ne pas suivre bêtement le premier prêcheur qui passe. Un message qui est aussi pertinent pour les religions que pour pleins d'autres croyances ...
Pauline à Paris
Je découvre le travail de Benoit Vidal – tout du moins en matière de roman-photo – et c’est plutôt une lecture agréable. En particulier il réussit très bien son mélange de photos (sa grand-mère prise sous tous les angles lorsqu’il l’interroge, quelques lieux divers, un platane, etc.) et de documents d’époque (fin XIXème, début XXème, jusqu’à aujourd’hui : cartes postales, gravures, journaux, photos, tableaux, etc.). Le rendu est chouette, dynamique, il ne se contente pas d’aligner des photos et d’improviser ensuite le texte, il y a de réels efforts de mise en pages, de construction, et le côté hétéroclite de l’ensemble m’a plu. L’auteur a interviewé sa grand-mère, Pauline donc, qui lui raconte la vie d’une autre vieille femme, de sa fille, tout au long du siècle. Au travers de ce récit, c’est aussi sa grand-mère que Vidal découvre et met en avant (d’ailleurs, il fait régulièrement des pauses pour analyser le récit, les témoignages, qu’il questionne, de façon intéressante). Et c’est aussi une certaine histoire de France qui nous est donnée à voir, l’évolution d’une société, au travers de la vie de quelques anonymes. On a même droit à une vision de l’intérieur des terres du débarquement de Normandie sur la fin ! Une lecture plaisante. La mise en page et l’iconographie permettent de pallier au manque de consistance de certains passages, aux détails un peu personnels et pas toujours captivants : mais au final, c’est une chouette lecture. Merci encore aux éditions Flblb d’éditer ce genre d’ouvrage hors norme. Note réelle 3,5/5.
Ralph Azham
Si on peut bien reconnaitre un talent (parmi d'autres) à Lewis Trondheim c'est cette maîtrise des anti-héros. Etant tombé à court de nouveaux Donjons, je me suis lancé dans cette nouvelle série fantasy qui est régulièrement vue comme un classique mais pas un classique de la fantasy, entendons nous bien. On reconnait évidemment la patte de Trondheim avec les personnages animaliers et cet humour grinçant et absurde. C'est entre autres ce que je venais chercher et j'ai été servi. J’étais aussi curieux de voir comment il allait renouveler ce genre qu’il maîtrise si bien. Et clairement, Ralph Azham ne m'a pas déçu. Ralph, anti-héros par excellence, est un personnage à la fois agaçant et attachant. Ce qui le rend si captivant, c’est qu’il ne cherche pas à plaire. Il traîne sa nonchalance et son sarcasme avec une certaine désinvolture, un peu comme s’il était en décalage permanent avec les attentes de son monde. C’est un peu le loser de l’histoire, mais un loser auquel on s’attache, d'autant plus qu'il évolue, passant du jeune sarcastique désabusé à quelqu’un de plus mature, plus conscient de ses responsabilités. Ce développement donne de la profondeur à un récit qui pourrait autrement se contenter d’être léger. Le dessin de Trondheim, avec ses lignes simples et ses personnages expressifs, fonctionne bien dans cet univers de fantasy. Brigitte Findakly, à la colorisation, sublime vraiment le tout avec des palettes qui varient selon les moments d’émotion ou d’action. Ce n’est pas du grand art, mais ça donne une vraie identité visuelle à la série, un côté accessible. Et comme d'habitude, ce sont les dialogues qui font particulièrement mouche. Chaque réplique est bien sentie, souvent drôle, avec ce petit côté décalé qu’on attend de Trondheim. L’univers est aussi bien pensé, avec ses artefacts magiques, ses pouvoirs bizarres et une trame de fond qui touche à des thèmes plus sérieux comme la politique, la religion et le pouvoir. On sent que Trondheim aime jouer avec les codes du genre, sans pour autant trop s’y attarder. Cela dit, quelques longueurs se font sentir à certains moments, et certaines intrigues secondaires traînent un peu. Parfois, on a l’impression que les rebondissements s’enchaînent trop vite, sans vraiment donner le temps de creuser certains aspects de l’histoire. Mais dans l’ensemble, on ne s’ennuie pas vraiment, et la série parvient à maintenir un bon équilibre. Ce n’est pas le chef-d’œuvre du siècle, mais c’est une lecture agréable, divertissante, et parfois même touchante. Si vous aimez les univers un peu barrés où l’anti-héros a toute sa place, vous trouverez probablement votre bonheur ici.
Les Illuminés
Je connaissais le duo Rimbaud-Verlaine, un peu comme tout le monde, mais n'avait jamais entendu parler du trio Rimbaud-Verlaine-Nouveau. On se retrouve ici plongé au cœur de la vie de ces poètes, à une période particulièrement intense, marquée par les tensions, les voyages, et bien sûr, la création du manuscrit des Illuminations. Et le moins que l'on puisse dire est que l'on y plonge bien. Dytar et Bollée parviennent à rendre compte de cette fougue et de l’aspect chaotique de leur existence, tout en évitant le piège de l’hagiographie (que je redoutais vraiment au départ). Visuellement, c’est beau. Dytar a un vrai talent pour capturer des ambiances. Contrairement à Noirdesir, j'ai bien aimé le choix des deux ou trois bandes horizontales qui découpent les pages permettent de suivre simultanément les parcours des protagonistes. Côté scénario, l’histoire est bien construite, même si on ne peut pas dire qu’elle révolutionne le genre. On est sur une biographie romancée, mais c’est fait avec subtilité. La mise en lumière de Germain Nouveau, souvent oublié au profit de ses deux compères plus célèbres, est un vrai plus. Le récit met en avant ses doutes, son retrait progressif de la scène littéraire, contrastant avec l’intensité de Rimbaud et Verlaine. Une très bonne manière de découvrir ou redécouvrir ce trio.
Ailefroide - Altitude 3954
Et dire que j'ai failli passer à côté de l'oeuvre de Jean-Marc Rochette parce que je n'ai pas accroché de prime abord avec son dessin en feuilletant cette BD parmi tant d'autres en librairie. Après la lecture de Le Loup qui m'a totalement conquis, j'ai attaqué ce récit personnel qui raconte son parcours d’adolescent à Grenoble, fasciné par l’escalade et les sommets des Alpes. Il y décrit comment, lassé par les cours du lycée, il trouve dans la montagne une échappatoire et une vocation qui façonneront une partie de sa vie. J'aime beaucoup cette manière authentique de raconter la montagne. Rochette ne se contente pas de dessiner des paysages, il nous fait ressentir la rudesse des sommets, l’exaltation de l’ascension, mais aussi la proximité de la mort, toujours présente à chaque faux pas. Le style de Rochette est parfois brut, sans fioritures, mais il capture à merveille l’essence de la montagne : immuable, dangereuse, mais terriblement attirante. Les teintes bleues et blanches dominent, évoquant la pureté des glaciers et le ciel infini, tandis que les personnages, presque secondaires face à l’immensité, sont représentés avec une simplicité touchante. Le récit est un mélange de souvenirs d’ascensions, de rêves brisés et de moments d’euphorie. À travers l’histoire de Rochette, c’est toute une génération d’alpinistes qu’on entrevoit, avec leurs défis, leurs doutes, mais aussi leur soif de liberté et d’absolu. Il y a une sincérité dans cette quête de soi-même à travers la montagne, qui m’a beaucoup touché. On ressent cette tension constante entre l’appel du sommet et le danger, entre la passion et la réalité. Rochette ne cherche pas à enjoliver son récit, au contraire, il expose ses failles, ses moments de faiblesse, ce qui rend cette histoire encore plus humaine et accessible. Un gros coup de coeur donc qui fait suite à Le Loup et avant de poursuivre avec La Dernière Reine
Le Royal Fondement - L'Histoire vraie de la face cachée du Roi Soleil
Philippe Charlot livre un scénario divertissant, plein de verve, où les dialogues assez truculents s’enchaînent avec fluidité. Eric Hubsch, au dessin, donne vie à cette époque avec un trait semi-réaliste, caricatural juste ce qu’il faut, qui apporte une légèreté bienvenue à une intrigue qui aurait pu basculer dans le graveleux. Le traitement du roi est particulièrement savoureux, oscillant entre majesté et vulnérabilité, rappelant à quel point la grandeur peut se trouver rabaissée par les aléas du corps humain. L’histoire s’appuie sur des faits réels tout en les agrémentant d’une touche de fantaisie, ce qui rend la lecture à la fois instructive et amusante. Le personnage de Geoffroy, en quête d’ascension sociale, est bien croqué, même si son parcours reste assez classique. Sa vivacité et son habileté à saisir les opportunités sont au cœur du récit, mais son évolution prend un détour un peu attendu, perdant parfois en surprise. Le dessin, lui, est soigné, avec des décors fidèles à l’époque de Versailles, et une utilisation subtile des expressions des personnages pour renforcer l’humour et le côté cocasse de la situation. Quelques scènes auraient pu bénéficier de plus de détails, notamment dans les moments plus tendus, mais dans l’ensemble, le style graphique sert bien l’histoire. Les pages finales, avec un dossier historique, sont un vrai plus pour ceux qui veulent approfondir les faits relatés dans l’intrigue, notamment sur la fameuse opération du roi et la possible origine française de l’hymne britannique “God Save the King”. Je suis sorti de ma lecture diverti, mais avec une légère frustration, comme si tout avait été trop rapidement survolé. Cela dit, pour une bande dessinée qui joue sur l’humour historique, Le Royal Fondement remplit parfaitement son rôle, en nous offrant une tranche d’Histoire décalée et bien menée.
Alicia - Prima Ballerina Assoluta
Perso j'ai vraiment aimé la lecture de ce roman qui s'appuie sur le personnage hors norme d'Alicia Alonso. Premier point avec cette série nous sommes très loin de la biographie hagiographique de la danseuse étoile cubaine. On peut même un peu chicaner sur la partie jeunesse de la danseuse par rapport à sa bio officielle. Le scénario d'Eileen Hofer a choisi un autre angle d'attaque qui m'a beaucoup plu. La thématique de la "réappropriation d'une culture d'élite"p89 (par le peuple) reste l'épine dorsale du récit. Le ballet de danse classique est le symbole même de l'image d'une culture bourgeoise voire aristocratique réservée à un petit nombre. J'ai trouvé vraiment intéressant de montrer cette culture de la danse enracinée dans un Cuba contemporain post Castro. Ma culture de danse est si faible que je ne sais pas si les autrices s'appuient sur une réalité mais je trouve le sujet orignal et peu visité. Les passages de danse classique sont assez rares car les autrices préfèrent au récit hagiographique convenu des bio officielles un récit plus aigre-doux d'une société cubaine en mutation. Entre dénonciation d'un régime totalitaire basé sur la délation et la sympathie pour une population résiliente et pleine de vitalité , de couleur et de soleil les autrices trouvent un bon équilibre tout au long du récit. Il y a même plusieurs passages remplis d'un humour gentil très plaisant. Les autrices se permettent même d'égratigner l'image du mythe Alicia . Est-ce à juste titre ou pas je ne saurais y répondre. J'ai bien aimé le graphisme type crayons de couleur proposé par Mayalen Goust. C'est fluide et léger comme une arabesque. Les scènes de danse classique ou de cabaret sont vraiment aériennes et élégantes. Les extérieurs de La Havane sont réussis mais malheureusement trop rares à mon goût. Cela donne envie d'y faire un tour. Une lecture récréative très plaisante.