Perso j'ai vraiment aimé la lecture de ce roman qui s'appuie sur le personnage hors norme d'Alicia Alonso. Premier point avec cette série nous sommes très loin de la biographie hagiographique de la danseuse étoile cubaine.
On peut même un peu chicaner sur la partie jeunesse de la danseuse par rapport à sa bio officielle. Le scénario d'Eileen Hofer a choisi un autre angle d'attaque qui m'a beaucoup plu. La thématique de la "réappropriation d'une culture d'élite"p89 (par le peuple) reste l'épine dorsale du récit.
Le ballet de danse classique est le symbole même de l'image d'une culture bourgeoise voire aristocratique réservée à un petit nombre. J'ai trouvé vraiment intéressant de montrer cette culture de la danse enracinée dans un Cuba contemporain post Castro. Ma culture de danse est si faible que je ne sais pas si les autrices s'appuient sur une réalité mais je trouve le sujet orignal et peu visité.
Les passages de danse classique sont assez rares car les autrices préfèrent au récit hagiographique convenu des bio officielles un récit plus aigre-doux d'une société cubaine en mutation. Entre dénonciation d'un régime totalitaire basé sur la délation et la sympathie pour une population résiliente et pleine de vitalité , de couleur et de soleil les autrices trouvent un bon équilibre tout au long du récit.
Il y a même plusieurs passages remplis d'un humour gentil très plaisant. Les autrices se permettent même d'égratigner l'image du mythe Alicia . Est-ce à juste titre ou pas je ne saurais y répondre.
J'ai bien aimé le graphisme type crayons de couleur proposé par Mayalen Goust. C'est fluide et léger comme une arabesque. Les scènes de danse classique ou de cabaret sont vraiment aériennes et élégantes. Les extérieurs de La Havane sont réussis mais malheureusement trop rares à mon goût.
Cela donne envie d'y faire un tour.
Une lecture récréative très plaisante.
Ouch, cette lecture est violente. Mais elle est aussi incroyable, tant par le propos que par le recul dont l'autrice à su faire preuve dans son récit.
La BD traite de la relation de Sophie Lambda avec Marcus, un acteur parisien qu'elle a rencontré et avec laquelle elle file le parfait amour. Jusqu'au drame ... Si le sujet de la BD est clair dès le début, je dois dire que vivre la relation de l'intérieur est horrible. Le dessin, la colorisation et la pagination joue sur la violence de ce qu'elle subit, verbale et mentale. La relation s'arrête vite, d'ailleurs, heureusement pour elle (enfin, vite ...) mais il est facile d'imaginer ce qu'aurait pu être une telle relation étalée sur le temps long. Un véritable cauchemar que l'autrice nous fait vivre de l'intérieur pendant la première moitié du livre, avant de passer à une deuxième partie explicative.
Et cette dernière est excellente, très complète et cernant son sujet. Il y a bien des passages techniques, mais la vulgarisation est assez incroyable. Je n'a jamais été arrêté par le propos et la lecture est toujours fluide, c'est remarquable ! D'ailleurs ce passage permet de remettre à plat bien des choses, mais aussi pour l'autrice de montrer comment une telle relation peut arriver. Comme souvent, les pires connards sauront trouver leurs proies ... La BD est une excellente mise en relation avec tout ce que des femmes (et des hommes) peuvent vivre. La violence de ces relations détruit sans doute bien plus de choses que l'on imagine.
Maintenant, cette BD est aussi une douloureuse piqure de rappel : des acteurs que l'on apprécie peuvent être la pire des merdes humaines. Récemment une grosse vague de dénonciation de ces comportements ont eu lieu à propos des Youtubeurs, des grands noms de la télé, de l'Eglise sont révélés, mais la BD est une excellente façon de se rappeler qu'aucune classe sociale, aucun métier n'est épargné par les connards. L'acteur que vous appréciez est peut-être ce genre d'ordure.
A titre personnel, j'ai reconnu complètement dans cette BD la relation qu'une amie à moi a pu avoir, il y a quelques années. Elle s'en est sortie, heureusement, et plutôt bien, mais je pense que de savoir que les ventes de "Tant pis pour l'amour" sont constantes indique bien que le sujet est d'actualité, brulante d'ailleurs. L'autrice à fait un travail que je comparerais sans retenue à celui de Lou Lubie, et je pense qu'il est désormais essentiel de l'avoir fait. Ce n'est qu'une histoire, pas une thèse, pas un développement social du manipulateur. Mais c'est déjà énorme, c'est suffisant pour beaucoup qui pourront se reconnaitre, c'est crucial pour des milliers de gens non-touchés qui pourront peut-être le détecter dans leurs entourages. Et enfin, c'est sans doute salutaire que des gens ayant lu cette BD se remettent en question, parce qu'une remise en question n'est jamais mauvaise mais pourrait bien améliorer la vie des autres. Et rien que pour ça, cette BD mérite d'être lue.
Une réussite totale, en ce qui me concerne.
D'or et d'oreillers est une adaptation du roman du même nom de Flore Vesco, un roman qui a reçu plusieurs prix, dont celui du prix sorcières 2022. De sorcellerie, il sera question.
De Flore Vesco, je ne connais qu'une autre adaptation en BD, De cape et de mots, et j'avais beaucoup apprécié ce conte pétillant et léger. Ici, ni pétillance, ni légèreté.
De Mayalen Goust, je n'ai lu que Lisa et Mohamed, un album où elle n'a réalisé que la partie graphique et si j'avais aimé son travail, il est ici d'un autre calibre.
Le lord Adrian Handerson cherche à se marier, trois sœurs issues de la bourgeoisie et leur servante, Sadima, se rendent au château. Mais la même épreuve attend chaque prétendante pour espérer épouser le lord.
Un magnifique conte, il commence en empruntant à 'la princesse au petit pois' et à 'Cendrillon'. Mais il va vite bifurquer sur quelque chose de plus sombre, sensuel et terrifiant.
Je suis entré de plein pied, dès la première planche, dans cette histoire qui... Je vais faire mon fainéant, je vais laisser les personnages vous présenter cette BD féministe.
- Une vie d'esclave à écarter les cuisses pour un mari...:
- Vous verrez, demain, à neuf heures cinquante-sept précises, je vous embrasserai. Et je mettrai la langue.
- Je me suis adapté à cette situation. Papa en haut et maman à la cave.
- Quelques jours plus tard, la cave était vide. J'ai compris qu'elle avait réussi à se morceler.
- La mariée ira mal.
- Qu'est-ce qu'on enterre dans une petite fosse ? Un petit enfant... ou un petit chat ?
- Si vous étiez une femme, même fortunée, vous seriez encore prisonnière et contrainte de coucher dans le lit d'un homme que vous n'avez pas choisi.
- Je ne voudrais pas que vous me demandiez comment se passe mes nuits ici et ce que je fais dans mon lit.
- Il faut toujours écouter sa maman.
La partie graphique m'a envoûté, elle dégage une ambiance singulière, un délicieux mélange de gothique avec une pointe de volupté et un soupçon d'épouvante. Le coup de crayon de Goust est précis, expressif et tout en rondeur, les superbes aplats de couleurs apportent aussi beaucoup au plaisir visuel et la mise en page en met plein les yeux.
Regardez la galerie avec ce château à la porte d'entrée en forme de cercueil, ou alors cette ouverture sur la salle à manger qui ressemble à une bouche, où des dents sont prêtes à vous croquer.
Les décors sont magnifiques, Sadima a du sex-appeal et le chat est inquiétant au possible.
Très, très beau !
Pour les aficionados du genre, un conte qui surprendra avec sa touche d'originalité au milieu d'un classicisme dans sa construction. À ne pas mettre dans les mains des plus jeunes.
Vous ne savez pas dépiauter un lapin ? Et bien, vous saurez après cette lecture.
Gros coup de cœur graphique.
J'aime bien la façon dont Fabien Grolleau visite la biographie d'artistes ou de scientifiques célèbres. c'était le cas avec le peintre Chaïm Soutine dans L'Écolier en bleu ou de Henri Matisse dans Tanger sous la pluie. Ici la biographie est plus large que pour les deux précédents puisque Grolleau explore de l'enfance à la mort du grand romancier.
Il y a donc forcément des impasses et des ellipses mais le récit reste très fluide avec une grande cohérence dans la thématique de l'interaction entre réalité et fiction dans la vie de Stevenson. Cela donne une narration particulière qui mêle l'historique, l'aventure et la poésie. Il y a un petit côté Jack London dans la vie de Stevenson la santé en moins.
Sans être un rebelle révolutionnaire, assez courant à l'époque, Stevenson est un modèle d'anticonformisme. Acceptant la misère pour vivre ses aspirations aventureuses et littéraires bravant les convenances en allant chercher une femme mariée plus âgée au bout du monde les auteurs font découvrir un parcours d'une sincérité absolue. Ce parti pris de mélanger l'aventure de la vie du romancier avec la genèse de ses créations qui ont marqué le roman d'aventure est assez déroutant au début de la lecture mais de plus en plus plaisant au fil des pages.
Grolleau fait la part belle aux influences familiales ( bonnes ou mauvaises) qui ont marqué le parcours de Stevenson. On y apprend quelques anecdotes amusantes comme la création de la carte des pirates de Long John Silver. Enfin je trouve que l'auteur a très bien réussit dans son objectif de faire passer le lecteur du monde imaginaire au monde réel en incorporant des pages de poésie( en anglais). J'ai aussi apprécié la place faite à Fanny, l'épouse, à travers les passages de son journal.
Jérémie Royer utilise deux styles graphiques pour différencier Lewis et Fanny. La partie Stevenson fait appel à une ligne claire classique. Cela m'a immédiatement paru comme un hommage supplémentaire au récit d'aventures postérieurs . Certains épisodes pouvant titrer "Châteu noir en Ecosse" ou " Un Fou en Amérique". La partie Fanny tout en jolies aquarelles se concentre sur l'époque des Samoa avec un petit air exotique à la Gauguin. Cela casse le rythme avec des épisodes plus introspectifs.
Une très plaisante lecture pour les fans du grand romancier et au-delà.
Je fais un blocage avec les oeuvres de Baudoin car j'ai vraiment été ennuyé voire rebuté par certains de ses récits autobiographiques et je n'aime pas du tout son dessin. Son trait semi-lâché et son encrage charbonneux (sale) me déplaisent fortement. Du coup, je partais dans l'idée que je n'allais pas aimer cet album et je l'ai lu dans cette optique.
Et effectivement je n'aime toujours pas le dessin. Par contre l'histoire a su m'emporter et me toucher. C'est une histoire triste et belle qui réussit malgré tout à dégager une part d'optimisme qui donne le sourire. Elle présente une poignée de très beaux moments, certains qui laissent émaner de la poésie et d'autres qui frappent par leur humanité et la foi que du plus sombre de la vie peut se dégager la lumière. La fin m'est parue légèrement abrupte mais j'ai su m'en contenter alors que je craignais de rester sur l'impression d'un récit un peu vain.
Bref j'ai eu une très agréable surprise en lisant cet album que je croyais ne pas aimer.
Dans une époque où les dieux Nordiques régnaient sur un monde créé par l'amour, son équilibre en est entaché par une sombre convoitise, l'Or. Elle vous octroie la toute puissance mais avec une regrettable contrepartie, celle de l'amour, la capacité à aimer ainsi que ses émotions sous toutes ses formes.
Nous suivons un jeune enfant où le destin des dieux repose sur ses épaules. Ces dernières sont fragiles, car ce jeune inconnu est né orphelin... par chance recueilli par "Mime" un humanoïde des profondeurs de ce monde. Puis ses épaules s'endurcissent au fil de l'aventure, par les différents évènements tragiques qu'il rencontre, comme la mort et la trahison. Le tout avec un destin plutôt flou et démotivateur, car ce jeune prodige a comme mission d'affronter le détenteur de cette fameuse Or.
Cette oeuvre n'a pas été facile à appréhender sur ma première lecture, car le scénario a été bien structuré en nous révélant les informations au fur et à mesure de l'aventure. Par contre arrivé au dernier tome de la série, avec une des plus belles conclusions que j'ai pu lire en tant que bédéphile, cela m'a fait ressentir une certaine frustration de n'avoir pas saisi les subtilités lors de ma lecture. Ce qui m'a motivé à relire une seconde fois cette BD, avec la plus grande admiration. J'adore trouver un plaisir à mieux appréhender une oeuvre par sa profondeur grâce à une seconde lecture.
Pour les dessins de notre cher Alex, ses planches m'ont émerveillé au fur et à mesure de ma lecture, avec de superbes doubles pages pour l'introduction du titre de chaque tome. Nous retrouvons des plans contemplatifs car cette histoire vit avec seulement quelques personnages, ce qui nous permet de nous y attacher davantage.
J'ai vraiment été ravi d'avoir pu découvrir pour la première fois un titre de cet auteur. Cela me présage de nouvelles découvertes sur une autre de ses créations.
Je note un peu large, mais je trouve que le documentaire tape assez juste dans son propos. Il s'agit d'un condensé de podcasts qui ont été mis en images, chacun parlant de guyanais exilés en métropole et de leurs rapports avec la Guyane. C'est assez loin de mes préoccupations, donc, et pourtant je suis franchement surpris du résultat.
Ce qui m'a plu, c'est que l'ensemble déborde du simple cadre de narration de trajectoire de vie, qui devient souvent un écueil lorsqu'elles ne font pas écho à notre propre vie. Ici, il y a une volonté de dépasser ce simple postulat, sans doute en choisissant les histoires, pour parler aussi de la Guyane, ce département mystérieux pour les métropolitains, et souvent oubliés de tous.
C'est ce que j'ai surtout retiré de l'ensemble : à quel point la Guyane est une sous-partie de la France dont tout le monde semble s'en fiche. Hôpitaux, universités, travail, tout semble manquer pour une jeune génération Guyanaise qui ne demande qu'a rester sur place. La métropole est parfois attirante, mais souvent une nécessité pour tout le monde sur place. Et commence le ballet des voyages, chers et longs, l'exil dans un autre continent, un autre climat. Il ressort de la plupart des témoignages un réel amour de la Guyane, l'envie que beaucoup auraient de rester sur place et développer le département, aller plus loin. Des volontés contrariées par l'inaction politique et un grand désintérêt des français pour leur collègues nationaux.
Le dessin est assez basique, même s'il met bien en lumière les couleurs, la faune et la flore de l’Amérique du sud, ainsi que la lumière typique des tropiques. Il sait cependant s'effacer pour que la lecture soit fluide. C'est le genre de documentaire pas forcément indispensable mais que je trouve efficace. Ça donne envie d'aider la Guyane, d'une façon ou d'une autre, et je pense que c'est déjà une très bonne chose.
Contrairement à "1984" de Orwell aux nombreuses adaptations BD/Comics il me semble que c'est la première adaptation du célèbre roman de Huxley "Le Meilleur des Mondes" (Brave New World). Pourtant BNW est toujours considéré comme un sommet de la littérature de langue anglaise. Personnellement ce fut une lecture de lycée aujourd'hui très lointaine.
C'est donc avec curiosité que je me suis plongé dans la série de Fred Fordham malgré une couverture qui ne m'engageait pas trop. Le scénario semble suivre d'assez près l'œuvre originale ( que je n'ai pas relue). J'ai immédiatement été captivé par la narration de ce texte puissant. Fordham rentre immédiatement dans la thématique phare de ce récit dystopique: le conditionnement des masses. L'auteur traduit à merveille l'originalité du récit, à savoir que la civilisation qui suit le conflit dévastateur donnerait l'eau à la bouche de plus d'un: "Orgie par ci, orgie par là".
Dans une société infantilisée hédoniste, sans vieux ni maladie ni morts (ou alors cachés) la jouissance immédiate et sans réflexion est le meilleur gage de stabilité sociale. Le texte source date de 1931 et Frodham réussit à montrer comment certaines thématiques ont fait leur chemin: naissance in vitro, culture hédoniste du corps, Consumérisme effréné, société qui se coupe de tout ce qui est vieux, humains mais aussi culture et histoire.
La série invite à penser sur le danger d'un concept comme "Du passé faisons table rase" cher à de nombreuses idéologies mortifères du siècle dernier. Dans ce passé oublié se trouve aussi tout ce qui a fait la grandeur de l'humanité comme les œuvres complètes de William Shakespeare où John "le Sauvage" apprends à lire et forme sa pensée subversive.
D'ordinaire je serais assez réticent sur le graphisme proposé par Fordham sauf qu'ici ces visages figés et si peu expressifs collent parfaitement au récit. Malgré une société quasi fondée sur des clones, les personnages sont bien identifiables et la lecture visuelle agréable. La mise en couleur un peu fade et pâle traduit à merveille l'ambiance d'un société aseptisée comme un laboratoire.
Une belle lecture qui permet de (re)découvrir un sommet de la littérature du siècle dernier.
J'avais adoré #Nouveaucontact de Duhamel, j'ai donc lu cette BD avec une petite attente à retrouver l'auteur que j'ai tant apprécié. Et franchement, ça a été le cas ! Duhamel nous brosse un portrait de petite vieille accrochée à sa falaise malgré le danger, opposé à un maire qu'elle n'hésite pas à brocarder vertement devant tout le monde. Ajouté à cela sa folie, sa cécité et son chat qu'elle nourrit bien trop, et nous avons un personnage haut en couleur pour une histoire qui promet de bons gags.
C'est ce que nous avons d'ailleurs, une histoire globalement humoristique mais qui sait jouer la carte de l'émotion aussi. La fin est émouvante mais se tient vis-à-vis du reste, avec d'ailleurs toujours quelques phrases qui font mouche niveau gag. J'aime bien l'idée de cette fin ouverte assez inattendue mais qui marche. En soi, la BD n'a rien d'exceptionnelle, mais je trouve qu'elle dégage quelque chose de positif et de joyeux. C'est la même sensation que j'avais eu à la lecture de #Nouveaucontact, l'auteur arrivant à nous faire une histoire assez inattendue dans le déroulé et dans la résolution, avec un sentiment positif au final. C'est simple, mais personnellement j'apprécie beaucoup. Duhamel a également un coup de crayon qui convient parfaitement à ce type d'histoire. Je ne sais pas trop ce qu'il va proposer par la suite, mais je vais être preneur de ses prochains albums !
Tome 2 :
J'ai pu emprunter le deuxième tome, et ça passe toujours autant. C'est moins amusant et pêchu que le premier, même si ça ne manque pas d'action et qu'on est clairement dans un récit aux personnages haut en couleur. Le propos est bien différent, avec les petites villes dont les maires sont parfois dépassé, le populisme d'une extrême-droite, le passé de la côte Normande et quelques blagues potaches au milieu. C'est de l'ordre du plaisir de lecture, une distraction qui continue le volet précédent, sans grand plus.
Le duo Ram V / Andrade, qui nous avaient déjà régalé avec Toutes les morts de Laila Starr, remettent ça avec « Le Dernier Festin de Rubin », un album finalement assez similaire.
Similaire par sa thématique, d’abord. On retrouve une histoire très humaine, qui nous fait réfléchir sur le sens de la vie, sur l’importance de profiter de chaque instant, de créer (que cela soit de l’art ou de la cuisine) sans but lucratif.
Et puis il s’agit une fois de plus d’une lettre d’amour de Ram V pour son pays d’origine, l’Inde… sa culture, ses mythes (Rubin est un Rakshasa, un démon de la mythologie hindoue), et surtout sa cuisine. La quête de Rubin pour devenir le prochain Anthony Bourdain (un chef cuisinier américain connu) est un véritable voyage culinaire. Chaque chapitre nous présente un ingrédient ou une recette traditionnelle (le thé Masala chai, le piment Hari mirchi, le Raan à la chèvre). Les recettes détaillées s’intercalent d’ailleurs dans les planches, ce qui peut surprendre, mais le procédé est original, intéressant, et m’a souvent mis l’eau à la bouche !
Enfin, le style graphique ressemble beaucoup à celui de Laila Starr. On retrouve le trait détaillé de Andrade, les couleurs chaudes, le découpage très horizontal…
Un album original au possible, et un excellent voyage culinaire.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Alicia - Prima Ballerina Assoluta
Perso j'ai vraiment aimé la lecture de ce roman qui s'appuie sur le personnage hors norme d'Alicia Alonso. Premier point avec cette série nous sommes très loin de la biographie hagiographique de la danseuse étoile cubaine. On peut même un peu chicaner sur la partie jeunesse de la danseuse par rapport à sa bio officielle. Le scénario d'Eileen Hofer a choisi un autre angle d'attaque qui m'a beaucoup plu. La thématique de la "réappropriation d'une culture d'élite"p89 (par le peuple) reste l'épine dorsale du récit. Le ballet de danse classique est le symbole même de l'image d'une culture bourgeoise voire aristocratique réservée à un petit nombre. J'ai trouvé vraiment intéressant de montrer cette culture de la danse enracinée dans un Cuba contemporain post Castro. Ma culture de danse est si faible que je ne sais pas si les autrices s'appuient sur une réalité mais je trouve le sujet orignal et peu visité. Les passages de danse classique sont assez rares car les autrices préfèrent au récit hagiographique convenu des bio officielles un récit plus aigre-doux d'une société cubaine en mutation. Entre dénonciation d'un régime totalitaire basé sur la délation et la sympathie pour une population résiliente et pleine de vitalité , de couleur et de soleil les autrices trouvent un bon équilibre tout au long du récit. Il y a même plusieurs passages remplis d'un humour gentil très plaisant. Les autrices se permettent même d'égratigner l'image du mythe Alicia . Est-ce à juste titre ou pas je ne saurais y répondre. J'ai bien aimé le graphisme type crayons de couleur proposé par Mayalen Goust. C'est fluide et léger comme une arabesque. Les scènes de danse classique ou de cabaret sont vraiment aériennes et élégantes. Les extérieurs de La Havane sont réussis mais malheureusement trop rares à mon goût. Cela donne envie d'y faire un tour. Une lecture récréative très plaisante.
Tant pis pour l'amour, ou comment j'ai survécu à un manipulateur
Ouch, cette lecture est violente. Mais elle est aussi incroyable, tant par le propos que par le recul dont l'autrice à su faire preuve dans son récit. La BD traite de la relation de Sophie Lambda avec Marcus, un acteur parisien qu'elle a rencontré et avec laquelle elle file le parfait amour. Jusqu'au drame ... Si le sujet de la BD est clair dès le début, je dois dire que vivre la relation de l'intérieur est horrible. Le dessin, la colorisation et la pagination joue sur la violence de ce qu'elle subit, verbale et mentale. La relation s'arrête vite, d'ailleurs, heureusement pour elle (enfin, vite ...) mais il est facile d'imaginer ce qu'aurait pu être une telle relation étalée sur le temps long. Un véritable cauchemar que l'autrice nous fait vivre de l'intérieur pendant la première moitié du livre, avant de passer à une deuxième partie explicative. Et cette dernière est excellente, très complète et cernant son sujet. Il y a bien des passages techniques, mais la vulgarisation est assez incroyable. Je n'a jamais été arrêté par le propos et la lecture est toujours fluide, c'est remarquable ! D'ailleurs ce passage permet de remettre à plat bien des choses, mais aussi pour l'autrice de montrer comment une telle relation peut arriver. Comme souvent, les pires connards sauront trouver leurs proies ... La BD est une excellente mise en relation avec tout ce que des femmes (et des hommes) peuvent vivre. La violence de ces relations détruit sans doute bien plus de choses que l'on imagine. Maintenant, cette BD est aussi une douloureuse piqure de rappel : des acteurs que l'on apprécie peuvent être la pire des merdes humaines. Récemment une grosse vague de dénonciation de ces comportements ont eu lieu à propos des Youtubeurs, des grands noms de la télé, de l'Eglise sont révélés, mais la BD est une excellente façon de se rappeler qu'aucune classe sociale, aucun métier n'est épargné par les connards. L'acteur que vous appréciez est peut-être ce genre d'ordure. A titre personnel, j'ai reconnu complètement dans cette BD la relation qu'une amie à moi a pu avoir, il y a quelques années. Elle s'en est sortie, heureusement, et plutôt bien, mais je pense que de savoir que les ventes de "Tant pis pour l'amour" sont constantes indique bien que le sujet est d'actualité, brulante d'ailleurs. L'autrice à fait un travail que je comparerais sans retenue à celui de Lou Lubie, et je pense qu'il est désormais essentiel de l'avoir fait. Ce n'est qu'une histoire, pas une thèse, pas un développement social du manipulateur. Mais c'est déjà énorme, c'est suffisant pour beaucoup qui pourront se reconnaitre, c'est crucial pour des milliers de gens non-touchés qui pourront peut-être le détecter dans leurs entourages. Et enfin, c'est sans doute salutaire que des gens ayant lu cette BD se remettent en question, parce qu'une remise en question n'est jamais mauvaise mais pourrait bien améliorer la vie des autres. Et rien que pour ça, cette BD mérite d'être lue. Une réussite totale, en ce qui me concerne.
D'or et d'oreillers
D'or et d'oreillers est une adaptation du roman du même nom de Flore Vesco, un roman qui a reçu plusieurs prix, dont celui du prix sorcières 2022. De sorcellerie, il sera question. De Flore Vesco, je ne connais qu'une autre adaptation en BD, De cape et de mots, et j'avais beaucoup apprécié ce conte pétillant et léger. Ici, ni pétillance, ni légèreté. De Mayalen Goust, je n'ai lu que Lisa et Mohamed, un album où elle n'a réalisé que la partie graphique et si j'avais aimé son travail, il est ici d'un autre calibre. Le lord Adrian Handerson cherche à se marier, trois sœurs issues de la bourgeoisie et leur servante, Sadima, se rendent au château. Mais la même épreuve attend chaque prétendante pour espérer épouser le lord. Un magnifique conte, il commence en empruntant à 'la princesse au petit pois' et à 'Cendrillon'. Mais il va vite bifurquer sur quelque chose de plus sombre, sensuel et terrifiant. Je suis entré de plein pied, dès la première planche, dans cette histoire qui... Je vais faire mon fainéant, je vais laisser les personnages vous présenter cette BD féministe. - Une vie d'esclave à écarter les cuisses pour un mari...: - Vous verrez, demain, à neuf heures cinquante-sept précises, je vous embrasserai. Et je mettrai la langue. - Je me suis adapté à cette situation. Papa en haut et maman à la cave. - Quelques jours plus tard, la cave était vide. J'ai compris qu'elle avait réussi à se morceler. - La mariée ira mal. - Qu'est-ce qu'on enterre dans une petite fosse ? Un petit enfant... ou un petit chat ? - Si vous étiez une femme, même fortunée, vous seriez encore prisonnière et contrainte de coucher dans le lit d'un homme que vous n'avez pas choisi. - Je ne voudrais pas que vous me demandiez comment se passe mes nuits ici et ce que je fais dans mon lit. - Il faut toujours écouter sa maman. La partie graphique m'a envoûté, elle dégage une ambiance singulière, un délicieux mélange de gothique avec une pointe de volupté et un soupçon d'épouvante. Le coup de crayon de Goust est précis, expressif et tout en rondeur, les superbes aplats de couleurs apportent aussi beaucoup au plaisir visuel et la mise en page en met plein les yeux. Regardez la galerie avec ce château à la porte d'entrée en forme de cercueil, ou alors cette ouverture sur la salle à manger qui ressemble à une bouche, où des dents sont prêtes à vous croquer. Les décors sont magnifiques, Sadima a du sex-appeal et le chat est inquiétant au possible. Très, très beau ! Pour les aficionados du genre, un conte qui surprendra avec sa touche d'originalité au milieu d'un classicisme dans sa construction. À ne pas mettre dans les mains des plus jeunes. Vous ne savez pas dépiauter un lapin ? Et bien, vous saurez après cette lecture. Gros coup de cœur graphique.
L'Étrange Voyage de R. L. Stevenson
J'aime bien la façon dont Fabien Grolleau visite la biographie d'artistes ou de scientifiques célèbres. c'était le cas avec le peintre Chaïm Soutine dans L'Écolier en bleu ou de Henri Matisse dans Tanger sous la pluie. Ici la biographie est plus large que pour les deux précédents puisque Grolleau explore de l'enfance à la mort du grand romancier. Il y a donc forcément des impasses et des ellipses mais le récit reste très fluide avec une grande cohérence dans la thématique de l'interaction entre réalité et fiction dans la vie de Stevenson. Cela donne une narration particulière qui mêle l'historique, l'aventure et la poésie. Il y a un petit côté Jack London dans la vie de Stevenson la santé en moins. Sans être un rebelle révolutionnaire, assez courant à l'époque, Stevenson est un modèle d'anticonformisme. Acceptant la misère pour vivre ses aspirations aventureuses et littéraires bravant les convenances en allant chercher une femme mariée plus âgée au bout du monde les auteurs font découvrir un parcours d'une sincérité absolue. Ce parti pris de mélanger l'aventure de la vie du romancier avec la genèse de ses créations qui ont marqué le roman d'aventure est assez déroutant au début de la lecture mais de plus en plus plaisant au fil des pages. Grolleau fait la part belle aux influences familiales ( bonnes ou mauvaises) qui ont marqué le parcours de Stevenson. On y apprend quelques anecdotes amusantes comme la création de la carte des pirates de Long John Silver. Enfin je trouve que l'auteur a très bien réussit dans son objectif de faire passer le lecteur du monde imaginaire au monde réel en incorporant des pages de poésie( en anglais). J'ai aussi apprécié la place faite à Fanny, l'épouse, à travers les passages de son journal. Jérémie Royer utilise deux styles graphiques pour différencier Lewis et Fanny. La partie Stevenson fait appel à une ligne claire classique. Cela m'a immédiatement paru comme un hommage supplémentaire au récit d'aventures postérieurs . Certains épisodes pouvant titrer "Châteu noir en Ecosse" ou " Un Fou en Amérique". La partie Fanny tout en jolies aquarelles se concentre sur l'époque des Samoa avec un petit air exotique à la Gauguin. Cela casse le rythme avec des épisodes plus introspectifs. Une très plaisante lecture pour les fans du grand romancier et au-delà.
Mat
Je fais un blocage avec les oeuvres de Baudoin car j'ai vraiment été ennuyé voire rebuté par certains de ses récits autobiographiques et je n'aime pas du tout son dessin. Son trait semi-lâché et son encrage charbonneux (sale) me déplaisent fortement. Du coup, je partais dans l'idée que je n'allais pas aimer cet album et je l'ai lu dans cette optique. Et effectivement je n'aime toujours pas le dessin. Par contre l'histoire a su m'emporter et me toucher. C'est une histoire triste et belle qui réussit malgré tout à dégager une part d'optimisme qui donne le sourire. Elle présente une poignée de très beaux moments, certains qui laissent émaner de la poésie et d'autres qui frappent par leur humanité et la foi que du plus sombre de la vie peut se dégager la lumière. La fin m'est parue légèrement abrupte mais j'ai su m'en contenter alors que je craignais de rester sur l'impression d'un récit un peu vain. Bref j'ai eu une très agréable surprise en lisant cet album que je croyais ne pas aimer.
Siegfried
Dans une époque où les dieux Nordiques régnaient sur un monde créé par l'amour, son équilibre en est entaché par une sombre convoitise, l'Or. Elle vous octroie la toute puissance mais avec une regrettable contrepartie, celle de l'amour, la capacité à aimer ainsi que ses émotions sous toutes ses formes. Nous suivons un jeune enfant où le destin des dieux repose sur ses épaules. Ces dernières sont fragiles, car ce jeune inconnu est né orphelin... par chance recueilli par "Mime" un humanoïde des profondeurs de ce monde. Puis ses épaules s'endurcissent au fil de l'aventure, par les différents évènements tragiques qu'il rencontre, comme la mort et la trahison. Le tout avec un destin plutôt flou et démotivateur, car ce jeune prodige a comme mission d'affronter le détenteur de cette fameuse Or. Cette oeuvre n'a pas été facile à appréhender sur ma première lecture, car le scénario a été bien structuré en nous révélant les informations au fur et à mesure de l'aventure. Par contre arrivé au dernier tome de la série, avec une des plus belles conclusions que j'ai pu lire en tant que bédéphile, cela m'a fait ressentir une certaine frustration de n'avoir pas saisi les subtilités lors de ma lecture. Ce qui m'a motivé à relire une seconde fois cette BD, avec la plus grande admiration. J'adore trouver un plaisir à mieux appréhender une oeuvre par sa profondeur grâce à une seconde lecture. Pour les dessins de notre cher Alex, ses planches m'ont émerveillé au fur et à mesure de ma lecture, avec de superbes doubles pages pour l'introduction du titre de chaque tome. Nous retrouvons des plans contemplatifs car cette histoire vit avec seulement quelques personnages, ce qui nous permet de nous y attacher davantage. J'ai vraiment été ravi d'avoir pu découvrir pour la première fois un titre de cet auteur. Cela me présage de nouvelles découvertes sur une autre de ses créations.
Un billet pour l'exil
Je note un peu large, mais je trouve que le documentaire tape assez juste dans son propos. Il s'agit d'un condensé de podcasts qui ont été mis en images, chacun parlant de guyanais exilés en métropole et de leurs rapports avec la Guyane. C'est assez loin de mes préoccupations, donc, et pourtant je suis franchement surpris du résultat. Ce qui m'a plu, c'est que l'ensemble déborde du simple cadre de narration de trajectoire de vie, qui devient souvent un écueil lorsqu'elles ne font pas écho à notre propre vie. Ici, il y a une volonté de dépasser ce simple postulat, sans doute en choisissant les histoires, pour parler aussi de la Guyane, ce département mystérieux pour les métropolitains, et souvent oubliés de tous. C'est ce que j'ai surtout retiré de l'ensemble : à quel point la Guyane est une sous-partie de la France dont tout le monde semble s'en fiche. Hôpitaux, universités, travail, tout semble manquer pour une jeune génération Guyanaise qui ne demande qu'a rester sur place. La métropole est parfois attirante, mais souvent une nécessité pour tout le monde sur place. Et commence le ballet des voyages, chers et longs, l'exil dans un autre continent, un autre climat. Il ressort de la plupart des témoignages un réel amour de la Guyane, l'envie que beaucoup auraient de rester sur place et développer le département, aller plus loin. Des volontés contrariées par l'inaction politique et un grand désintérêt des français pour leur collègues nationaux. Le dessin est assez basique, même s'il met bien en lumière les couleurs, la faune et la flore de l’Amérique du sud, ainsi que la lumière typique des tropiques. Il sait cependant s'effacer pour que la lecture soit fluide. C'est le genre de documentaire pas forcément indispensable mais que je trouve efficace. Ça donne envie d'aider la Guyane, d'une façon ou d'une autre, et je pense que c'est déjà une très bonne chose.
Le Meilleur des Mondes
Contrairement à "1984" de Orwell aux nombreuses adaptations BD/Comics il me semble que c'est la première adaptation du célèbre roman de Huxley "Le Meilleur des Mondes" (Brave New World). Pourtant BNW est toujours considéré comme un sommet de la littérature de langue anglaise. Personnellement ce fut une lecture de lycée aujourd'hui très lointaine. C'est donc avec curiosité que je me suis plongé dans la série de Fred Fordham malgré une couverture qui ne m'engageait pas trop. Le scénario semble suivre d'assez près l'œuvre originale ( que je n'ai pas relue). J'ai immédiatement été captivé par la narration de ce texte puissant. Fordham rentre immédiatement dans la thématique phare de ce récit dystopique: le conditionnement des masses. L'auteur traduit à merveille l'originalité du récit, à savoir que la civilisation qui suit le conflit dévastateur donnerait l'eau à la bouche de plus d'un: "Orgie par ci, orgie par là". Dans une société infantilisée hédoniste, sans vieux ni maladie ni morts (ou alors cachés) la jouissance immédiate et sans réflexion est le meilleur gage de stabilité sociale. Le texte source date de 1931 et Frodham réussit à montrer comment certaines thématiques ont fait leur chemin: naissance in vitro, culture hédoniste du corps, Consumérisme effréné, société qui se coupe de tout ce qui est vieux, humains mais aussi culture et histoire. La série invite à penser sur le danger d'un concept comme "Du passé faisons table rase" cher à de nombreuses idéologies mortifères du siècle dernier. Dans ce passé oublié se trouve aussi tout ce qui a fait la grandeur de l'humanité comme les œuvres complètes de William Shakespeare où John "le Sauvage" apprends à lire et forme sa pensée subversive. D'ordinaire je serais assez réticent sur le graphisme proposé par Fordham sauf qu'ici ces visages figés et si peu expressifs collent parfaitement au récit. Malgré une société quasi fondée sur des clones, les personnages sont bien identifiables et la lecture visuelle agréable. La mise en couleur un peu fade et pâle traduit à merveille l'ambiance d'un société aseptisée comme un laboratoire. Une belle lecture qui permet de (re)découvrir un sommet de la littérature du siècle dernier.
Jamais
J'avais adoré #Nouveaucontact de Duhamel, j'ai donc lu cette BD avec une petite attente à retrouver l'auteur que j'ai tant apprécié. Et franchement, ça a été le cas ! Duhamel nous brosse un portrait de petite vieille accrochée à sa falaise malgré le danger, opposé à un maire qu'elle n'hésite pas à brocarder vertement devant tout le monde. Ajouté à cela sa folie, sa cécité et son chat qu'elle nourrit bien trop, et nous avons un personnage haut en couleur pour une histoire qui promet de bons gags. C'est ce que nous avons d'ailleurs, une histoire globalement humoristique mais qui sait jouer la carte de l'émotion aussi. La fin est émouvante mais se tient vis-à-vis du reste, avec d'ailleurs toujours quelques phrases qui font mouche niveau gag. J'aime bien l'idée de cette fin ouverte assez inattendue mais qui marche. En soi, la BD n'a rien d'exceptionnelle, mais je trouve qu'elle dégage quelque chose de positif et de joyeux. C'est la même sensation que j'avais eu à la lecture de #Nouveaucontact, l'auteur arrivant à nous faire une histoire assez inattendue dans le déroulé et dans la résolution, avec un sentiment positif au final. C'est simple, mais personnellement j'apprécie beaucoup. Duhamel a également un coup de crayon qui convient parfaitement à ce type d'histoire. Je ne sais pas trop ce qu'il va proposer par la suite, mais je vais être preneur de ses prochains albums ! Tome 2 : J'ai pu emprunter le deuxième tome, et ça passe toujours autant. C'est moins amusant et pêchu que le premier, même si ça ne manque pas d'action et qu'on est clairement dans un récit aux personnages haut en couleur. Le propos est bien différent, avec les petites villes dont les maires sont parfois dépassé, le populisme d'une extrême-droite, le passé de la côte Normande et quelques blagues potaches au milieu. C'est de l'ordre du plaisir de lecture, une distraction qui continue le volet précédent, sans grand plus.
Le Dernier Festin de Rubin
Le duo Ram V / Andrade, qui nous avaient déjà régalé avec Toutes les morts de Laila Starr, remettent ça avec « Le Dernier Festin de Rubin », un album finalement assez similaire. Similaire par sa thématique, d’abord. On retrouve une histoire très humaine, qui nous fait réfléchir sur le sens de la vie, sur l’importance de profiter de chaque instant, de créer (que cela soit de l’art ou de la cuisine) sans but lucratif. Et puis il s’agit une fois de plus d’une lettre d’amour de Ram V pour son pays d’origine, l’Inde… sa culture, ses mythes (Rubin est un Rakshasa, un démon de la mythologie hindoue), et surtout sa cuisine. La quête de Rubin pour devenir le prochain Anthony Bourdain (un chef cuisinier américain connu) est un véritable voyage culinaire. Chaque chapitre nous présente un ingrédient ou une recette traditionnelle (le thé Masala chai, le piment Hari mirchi, le Raan à la chèvre). Les recettes détaillées s’intercalent d’ailleurs dans les planches, ce qui peut surprendre, mais le procédé est original, intéressant, et m’a souvent mis l’eau à la bouche ! Enfin, le style graphique ressemble beaucoup à celui de Laila Starr. On retrouve le trait détaillé de Andrade, les couleurs chaudes, le découpage très horizontal… Un album original au possible, et un excellent voyage culinaire.