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Couverture de la série Black Dog - Les Rêves de Paul Nash
Black Dog - Les Rêves de Paul Nash

Comme Alix je n’ai pas forcément tout saisi. Mais avec ce genre d’œuvre j’accepte aisément de laisser des questions sans réponse. Ne pas comprendre n’empêche en effet pas d’être « pris » par une œuvre, qu’elle nous transporte – jusqu’où ? Inspiré de la personne et des œuvres de Paul Nash, cet album permet surtout à McKean de laisser libre cours à son imagination. On est ici embarqué dans un univers très poétique (textes et images), auquel j’ai été sensible. Il faut dire que le travail de McKean est ici mis en valeur par un format très très grand. Cela permet d’apprécier toutes les techniques qu’il utilise. En effet, on a droit à des dessins – avec des styles différents, une colorisation très changeante aussi –, de la peinture, des collages, le tout se mariant très bien. Surréalisme, expressionnisme et cubisme se succèdent, et donnent une vision de la guerre où parfois seule la folie permet de sortir de l’horreur quotidienne. Un album parfois plus livre illustré que BD, que j’ai davantage regardé que lu. Mais c’est une agréable découverte. Note réelle 3,5/5.

04/12/2024 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5
Couverture de la série Alan Turing
Alan Turing

Malgré cette couverture assez quelconque, difficile de ne pas ouvrir cette BD. Turing est une légende, et il y a deux ans, il se trouve que j'étais à Manchester, devant le monument célébrant sa mémoire. Bien m'en a pris puisque j'ai été enthousiasmé par le dessin d'Aleksi Cavaillez. Si ses lignes noires ne font pas dans l'épat', qu'est-ce que c'est soigné ! Réduit à la simple expression d'un trait crayeux, il donne une assise forte à cette histoire, et à un personnage qui ne l'est pas moins. On pourra toujours ergoter sur les visages tous assez peu dissemblables (ce n'est cependant pas très gênant au cours de la lecture), mais Cavaillez a de l'or dans les doigts, c'est indéniable. Au passage, je réalise que c'est lui qui avait déjà illustré la BD sur Célestin Freinet que je m'étais promis de lire (sans en avoir eu l'opportunité jusqu'à présent - un truc de plus à mettre sur la To Do List). Bref ! Pour le reste, même si j'émettrais quelques réserves sur le scénario, c'est une bonne BD qui se lit d'une traite (même si parfois on s'attarde un peu trop dans l'anecdotique). Je m'attendais néanmoins à quelque chose de moins poétique. Notez que je n'ai absolument rien contre la poésie, bien au contraire, mais connaissant un peu l'homme (Alan Turing) et son œuvre, j'aurais aimé quelque chose de plus historique, et de plus scientifique. Or, les scénaristes passent relativement brièvement sur son invention (la fameuse machine qui a permis le décryptage d'Enigma) et le titre de sauveur du monde qu'il est en droit de recevoir. En tout, c'est à peine une trentaine de pages sur 250 que comporte cette BD qui lui est consacrée. Cela aurait à mon sens mérité qu'on y consacrât d'avantage de temps, car sans lui encore une fois, l'Europe serait probablement tombée aux mains des nazis, et ce n'est pas moi qui le dis. (au passage, le film Imitation Game s'étend quant à lui un peu trop sur l'aspect technique et néglige certains éléments biographiques qui auraient pour le coup mérités d'être mis en perspective. Rhooooo, il est jamais content celui-là, hein ?) Turing était gay, et il a à ce titre été traité comme un chien et ne reçut pour toute reconnaissance de son travail qu'un traitement médical immonde censé le détourner de ses penchants "contre nature", et il était difficile de passer toute cette affaire sous silence. Au contraire, il était nécessaire de le faire. Mais je trouve dommage de réduire le personnage à une "simple" histoire de sexualité qui aurait tout aussi bien pu être celle d'un quidam lambda. Son homosexualité prend un peu trop de place. Non pas que ça me pose problème, loin de là, mais cela relève à mon sens de la sphère intime, et j'aurais probablement écrit exactement la même chose s'il se fut agit de sexualité hétérosexuelle (purée ! je ne sais pas ce que j'ai avec la concordance des temps aujourd'hui !). Par exemple, j'ai adoré Anora, le dernier film de Sean Baker, mais les scènes de cul du début prennent beaucoup trop de place, et il s'agit bien là d'hétérosexualité... Bref ! Nulle homophobie de ma part, mais faut être un peu prudent en ce moment avec ce sujet. Revenons à nos moutons : Turing est tout sauf un quidam lambda, il est encore une fois THE sauveur du monde, en même temps que le père de l'informatique ! Et puis pas un mot non plus (ou alors cela m'a échappé) sur son affection pour Blanche Neige et la fameuse pomme... Mais à part ça, il y a de bonnes choses, voire de très bonnes choses, telles les dernières pages où on voit notre homme sombrer dans les hallucinations sans aucun doute dues à la "thérapie de conversion" que le tribunal lui a infligée. Ce Alan Turing est une excellente alternative à une biographie écrite en offrant à la fois un panorama assez complet de qui il fut, mais également de quoi se rincer l'œil graphiquement parlant.

04/12/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Borges - Le Labyrinthe de l'infini
Borges - Le Labyrinthe de l'infini

Comment imaginait-il son rédempteur ? - Ce tome contient une évocation biographique de l’écrivain Jorge Luis Borges (1899-1986). L’édition originale en langue espagnole date de 2017 en Colombie. Il a été réalisé par Õscar Pantoja pour le scénario, par Nicolás Castell pour les dessins et les couleurs. La traduction a été effectuée par Benjamine des Courtils, et l’adaptation française par Emmanuel Proust. Il compte cent-trente-cinq pages. 1926, la maison de la rue Tronador : Anglaise, innombrable et un ange. Jorge Luis Borges et sa petite sœur Norah Lange arrivent à pied de nuit vers une grande demeure. Elle fait observer que les lumières sont éteintes, il en déduit qu’ils sont sûrement sortis. Elle propose de passer par la porte de derrière. La porte du sous-sol est béante : ils y descendent, bien que Jorge ait des problèmes de vue. Ils remontent à l’intérieur par l’escalier. Il n’y a personne, Norah se demande ce qu’elle va pouvoir se mettre. Elle rétorque à son frère que c’est la réception la plus élégante du mois, elle doit porter quelque chose de spécial. Il ne l’écoute que distraitement, il admire la maison, elle est devenue son refuge. Elle va se préparer et elle choisit une belle robe de soirée verte. Pendant ce temps-là, il observe les livres dans la bibliothèque, puis il prend une photographie de de sa sœur dans un cadre, posée sur une étagère. Elle revient dans la pièce, magnifique dans sa tenue de soirée. Elle lui demande comment il la trouve, il répond qu’elle est un ange. Il lui propose d’aller à pied à la soirée. Il aime bien se promener dans Buenos Aires, ses rues ressemblent à de vieux patios, mais c’est elle qui l’inspire. Il pense que tout écrivain a une muse, un univers dont il s’inspire. Elle rétorque que ce n’est pas elle, elle écrit aussi, et elle ne veut inspirer personne. Ils reprennent leur marche. Jorge et Norah arrivent à l’adresse où se tient la soirée. Ils rentrent dans la demeure. Dans la grande salle, le poète Girondo se tient debout devant l’assemblée attablée et il fanfaronne : La littérature est un prétexte ! Une imposture ! Ce qui compte, c’est vivre, jouir, bomber le torse. Il continue : il est un ivrogne, et aussi un génie, mais un génie avant tout. Norah demande à son frère de lui présenter le poète, ce qu’il fait. Elle est sous le charme. Après quelques verres et de la musique, Girondo et Norah sortent et prennent la voiture du poète. Jorge les voit partir et il reste en arrière. 1900, la bibliothèque du père. Le tout jeune Jorge est sur les genoux de sa mère, qui tient un livre. Son père indique à Jorge que voilà où est sa place dans cette maison, il sera écrivain, dans le meilleur des cas ils le seront tous les deux. Quelques années plus tard, le jeune Jorge va prendre un tome dans la bibliothèque : Les Aventures de Huckleberry Finn, de Mark Twain. Il lit le livre posé sur une table, avec à côté une assiette de gâteaux et une boisson chaude. Sa petite sœur vient lui demander ce qu’il est en train de faire. Il répond qu’il veut traduire un conte, l’histoire d’un prince et d’une hirondelle, écrit par Oscar Wilde. Elle aime bien cet auteur. Un peu plus tard, elle revient lui demander d’arrêter de lire, pour aller jouer avec Quilos et Moulin-à-vent, leurs deux amis imaginaires. Découvrir un écrivain par une bande dessinée biographique : une proposition aguichante, surtout si les auteurs s’aventurent un peu au-delà d’un déroulé chronologique factuel, et mettent en lumière le lien entre la vie et l’œuvre de l’auteur. Les titres des dix chapitres montrent en effet une chronologie légèrement réarrangée : 1926 La maison de la rue Tronador, 1900 La bibliothèque du père, 1954 Un coucher de soleil singulier, 1927 La blessure infinie, 1934 L’hôtel à Adrogué, 1934 Le rêve, 1939 La divine comédie, 1944 L’univers infini, 1960 Les grands-mères, 1960 La bibliothèque. Les auteurs font en sorte que Jorge Luis Borges soit immédiatement identifiable du début à la fin, quel que soit son âge. D’un autre côté, le lecteur ressent rapidement que la narration s’appuie sur une connaissance préalable de l’écrivain. Les auteurs n’évoquent pas son œuvre, ni par ses titres d’ouvrage, ni par leurs thèmes. Il vaut mieux disposer d’une connaissance superficielle de son recueil Fictions (1944, et des nouvelles Tlön Uqbar Orbis Tertius, Les ruines circulaires, La Bibliothèque de Babel), et le recueil L’Aleph (1967, en particulier les nouvelles La demeure d’Asterion, L’Aleph), pour saisir certains passages comme celui sur le Minotaure, l’obsession pour les bibliothèques, ou encore le concept de possibilités infinies. Pour autant, le lecteur ne se sent pas trop intimidé pour débuter sa lecture. Les auteurs ont choisi de mettre en exergue une citation très explicite sur leur approche de la vie de l’auteur, en s’appuyant sur ses propres mots : En définitive, toute littérature est autobiographique, tout est poétique lorsqu’il est question de destin et qu’il se laisse entrevoir. D’un certain point de vue, ils montrent des moments clé de la vie de Jorge Luis Borges : sa relation possessive avec sa sœur Norah et l’abandon qu’il ressent quand elle vit sa vie à elle. Les différentes bibliothèques qui ont laissé une marque indélébile dans son esprit, influençant son imaginaire à jamais, à commencer par celle de son père. La liberté de son imagination en inventant deux amis imaginaires avec sa sœur, et en inventant des aventures avec eux. Les vacances familiales dans la pampa. Le jouet Kaléidoscope. La cécité qui s’installe progressivement. En revanche, il faut être familier de sa biographie pour reconnaître une bibliothèque municipale quand il y travaille en 1938, puis la bibliothèque nationale quand il en devient le directeur en 1955. Toujours de ce premier point de vue, la narration visuelle facilite l’accès au récit. L’artiste réalise des dessins descriptifs et réalistes. Il utilise un trait de contour assez fin, et assuré pour détourer chaque forme. Il s’investit dans la représentation des environnements pour leur donner une réelle consistance : les différentes habitations, aussi bien vues de l’extérieur que les pièces en intérieur. Le lecteur regarde aussi bien cette grande maison avec un étage que l’ameublement de son salon, une vue du ciel du quartier de Buenos Aires traversé à pied que la décoration de la grande salle ou se tient la réception donnée en l’honneur de Girondo, les automobiles garées dans la rue, le tigre dans sa cage, une grande gare avec une ligne de tramway devant, le paysage ouvert et désertique de la pampa, les quais bondés d’une gare, une armurerie où Borges va acheter un revolver, l’intérieur d’une voiture de tramway, l’immense salle de lecture de la bibliothèque nationale, etc. Les personnes sont également représentées de manière réaliste, sans exagération anatomiques, si ce n’est des silhouettes parfois un peu allongées. La mise en couleurs montre un monde un peu terne, ou plutôt un peu assombri, à l’exception de belles journées ensoleillées comme à la campagne pour les vacances, ou en pleine rue. D’un autre point de vue, le récit de cette vie porte la marque des thèmes principaux de l’écrivain, y compris des éléments fantastiques. Le mode de représentation du dessinateur se prête très bien à ces éléments : l’imagination des enfants alors qu’ils accompagnent leurs deux amis imaginaires, la révélation de la nuée infinie des anges alors que Jorges s’apprête à se suicider, le cadavre du Minotaure dans son labyrinthe, la découverte de la cité des immortels et d’Argos, l’apparition de Norah en plein désert, la vision de l’Aleph, la perception de l’immensité de l’univers par Jorge Luis encore enfant. Ainsi les auteurs réussissent à faire apparaître le lien organique entre la vie de l’auteur et son œuvre, la nature autobiographique de celle-ci. D’une certaine manière, ils mettent en lumière quelques-unes de ses sources d’inspiration, illustrant le fait que personne ne crée à partir de rien, tout en faisant également ressortir le caractère unique de ce que l’écrivain a fait de ces matériaux. D’une autre manière, il est possible de considérer que les auteurs sont partis à rebours : en ayant connaissance de l’œuvre de Jorge Luis Borges, ils interprètent les éléments biographiques connus pour leur faire porter un sens prédéterminé. Par ce truchement, ils font ressortir les circonstances de la vie qui leur semblent avoir le plus de poids sur l’individu qu’est Borges. Cela amène le lecteur à considérer ces circonstances à s’interroger sur leurs conséquences, sur l’impact qu’elles auraient pu avoir sur sa propre vie. Le lien très fort qui unit Jorge Luis à sa petite sœur, jusqu’à la voir comme sa muse, et à devenir possessif. La valeur que son père donne aux livres au travers de la taille imposante des meubles de sa bibliothèque aux étagères chargées de livres, empreinte psychique et émotionnelle renforcée par les propos de sa mère. La perception que la vie ne tient qu’à des détails, qu’elle pourrait être différente, partir dans de nombreuses autres directions si les circonstances étaient différentes. Dans le même temps, cela implique que le déroulement de la vie vécue écarte toutes ces autres potentialités, qu’il convient de découvrir ce cheminement unique comme au travers d’un labyrinthe. Les auteurs parviennent même à faire ressentir le trouble généré par la répétition des caractères MCV : chaque lettre pouvait influencer la suivante, et la valeur de MCV sur la troisième ligne de la page 23 n’était pas la même que si elle se trouvait sur la première ligne de la page 71… Pour évoquer la vie de Jorge Luis Borges, les auteurs prennent le parti de partir des éléments contenus dans son œuvre, pour interpréter sa biographie à travers ses thèmes de prédilection. S’il n’est pas familier de l’œuvre de l’écrivain, le lecteur pourra rester dubitatif devant des scènes dont certains éléments semblent parachutés, avec une narration visuelle parfois planplan. S’il connaît quelques-uns des thèmes de l’écrivain, le lecteur ressent immédiatement une familiarité avec cet éclairage qui fait sens, et la cohérence de la narration visuelle lui apparaît, tout à fait adaptée pour mettre sur le même plan les faits concrets et la vie intérieure de l’écrivain.

04/12/2024 (modifier)
Par Alex_WT
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Sombre Sel
Sombre Sel

En tant que scénariste de cette BD, je conseille cet ouvrage aux adeptes d'histoires d'aventure avec une pointe de fantastique. Le personnage principal est Eryn, une jeune femme à la recherche de son frère disparu. L'intrigue est sous forme d'enquête, où vous accompagnerez Eryn dans son périple à travers un mystérieux village et son inquiétante mine de sel. C'est en explorant les profondeurs de cette mine qu'Eryn découvrira l'étrange minerais de Sombre Sel ! Cette BD a été développée sur le thème des ombres qui existent tout autour de nous. Que ce soient les ombres imaginaires, celles tapies dans les recoins les plus obscurs, ou encore les ombres enfouies en chacun de nous… Ce qui nous nuit le plus est parfois en nous-même, et le plus effrayant est souvent ce que l'on ne peut voir... Le récit de la BD permet d’explorer différentes facettes de ce thème grâce au mystère qui plane autour du Sombre Sel... Les planches sont réalisées par Nicolas en technique traditionnelle, c'est-à-dire que tout est fait sur papier, avec les dessins au crayon et la couleur à l'aquarelle. Le premier tiers des planches de la BD est en couleurs, et le reste est en noir et blanc (toujours à l'aquarelle). C'est un choix graphique pour mettre en valeur certains aspects de la narration de la BD. Bonne lecture ! Alexandre

04/12/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Par la force des arbres
Par la force des arbres

Voila une histoire originale, je dois bien dire ! Sur un récit autobiographique, la BD est une petite bouffée de paix, de sérénité qui invite à arrêter la course contre le temps et de se poser, attendre et observer. Vivre, surtout. L'histoire semble classique de prime abord : un paysan ruiné par un système agricole dont la stupidité au dernier degré semble toujours aller plus loin, qui se retrouve tout à coup face à lui-même et proche du suicide, et qui décide de monter dans un arbre plutôt que se descendre. Et pourtant, la BD est plus proche d'un récit comme L'Oasis qui propose justement de s'arrêter, regarder les merveilles de la nature qui nous entourent et se poser des questions sur notre mode de vie. Le récit est donc lent, puisque l'action est inexistante et consiste surtout à observer tout comme lui ce qui l'entoure, avec des petits retours-arrière sur son parcours de vie. Le dessin contribue à cette lenteur contemplative, avec force de représentations arboricole et botanique. C'est le genre de BD qu'il faut lire lorsqu'on aime l'introspection, le temps qui s'écoule lentement et l'observation minutieuse de ce qui nous entoure. J'ai beaucoup aimé ce récit, qui raconte comment un homme, juste avant le confinement, à senti le besoin de se couper des hommes et repenser sa vie. Je comprends tout à fait cet homme, ses doutes et ses questions (même si nos vies sont très différentes). C'est une BD qui incite à lever le pied dans sa vie, a se rendre compte de notre impact sur la nature qui nous environne et surtout à repenser notre mode de vie. Le genre de BD dont la lecture fait du bien, que je ne peux que vous recommander.

03/12/2024 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5
Couverture de la série La 3e Kamera
La 3e Kamera

Découverte et achetée un peu par hasard en librairie, voilà un achat que je ne regrette pas ! J'ai d'abord été très séduit par le dessin de Rodier, que je trouve très élégant, bien tracé sans excès de réalisme. C'est tout à fait agréable à voir, et compense légèrement la dureté du sujet. Le sujet en question a le mérite d'être traité sous un angle original. Au lieu de nous immiscer dans une énième histoire de Shoah sans grande originalité, Cédric Apikian réussit à nous captiver pour un thème qu'on connaissait très peu. En cela, la mission est amplement réussie, et on ne décroche jamais de cette bande dessinée aussi belle que passionnante. Restent quelques défauts relativement mineurs, mais bien existants. Notamment, j'ai eu parfois beaucoup de mal à distinguer les personnages entre eux, ou à me souvenir qui était qui, la faute à une galerie de personnages "trop" vaste. L'autre défaut étant inhérent au genre du récit choral mis en oeuvre ici. Le scénario est conçu comme un fascinant puzzle, mais il m'est arrivé occasionnellement de m'y perdre un peu. Bien sûr, rien de catastrophique, mais cela a parfois légèrement affecté ma fluidité de lecture. Cela dit, si la fluidité en était parfois affectée, cela n'a jamais enlevé l'intérêt que j'ai porté à cette bande dessinée très intéressante qui a, en outre, le mérite de se clore sur un dossier historique franchement solide. Bref, une jolie découverte, qui suscite bien des émotions au fur et à mesure qu'on avance dans le récit.

03/12/2024 (modifier)
Couverture de la série Ne lâche pas ma main
Ne lâche pas ma main

Du fait d’une intrigue un peu plus classique, j’ai trouvé cette adaptation légèrement inférieure à « Nymphéas noirs ». Mais juste légèrement, car j’ai quand même pris beaucoup de plaisir à lire ce récit policier, dans lequel j’ai retrouvé nombre des qualités déjà évoquées pour le récit susmentionné. Le dessin est très agréable et bien mis en valeur par une colorisation aux teintes douces. Didier Cassegrain utilise un trait assez caricatural pour ses personnages et multiplie les angles de vue (plongée, contre-plongée, gros plan, vue d’ensemble, etc…) tout en s’autorisant à fausser une perspective pour les besoins d’une mise en scène. Ce style est à la fois accessible au plus grand nombre et suffisamment original pour le sortir de la masse. L’intrigue imaginée par Michel Bussi est prenante malgré certains aspects prévisibles et d’autres peut-être un peu trop tirés par les cheveux. L’ensemble est toutefois cohérent et le suspense demeure entier durant très longtemps. L’adaptation de Fred Duval ne laisse pas le lecteur ressentir les inévitables coupures faite par rapport au roman d’origine. La narration est fluide, les explications claires et le rythme soutenu. Franchement, j’ai bien aimé… mais cela demeure un petit cran en dessous de « Nymphéas noirs »

03/12/2024 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série Revoir Comanche
Revoir Comanche

Recherché par la justice pour des meurtres commis il y a des années, Red Dust espérait finir ses jours tranquillement dans sa cabane forestière de Californie. C’était sans compter l’irruption de cette jeune femme prénommée Vivienne Bosch, qui se prétend historienne et dit vouloir collecter des témoignages de personnes toujours vivantes ayant connu l’âge d’or du Wild West. Mais comment cette dernière a-t-elle pu le retrouver ? Est-elle vraiment animée de bonnes intentions ? Le vieil irlandais vivait pourtant sous un faux nom, oubliant que les fantômes du passé finissent toujours par vous rattraper… Visiblement, Vivienne en sait plus qu’elle ne veut bien le dire en évoquant Comanche, une vieille amie de Red Dust que celui-ci avait autrefois aidé dans son ranch « Triple 6 ». La jeune femme n’ayant pas pu contacter le ranch, propose ainsi à Dust de faire la route avec elle vers le Wyoming… Connu pour son ambitieux projet pluridisciplinaire Melvile, une BD déclinée en spectacle-concert, Romain Renard, artiste touche-à-tout, a décidé ici de rendre hommage à la saga « Comanche » d’Hermann et Greg, née quelques années avant « Jérémiah », en lui donnant une suite en forme d’hommage. Il nous gratifie même de trois titres composés pour l’occasion (Renard est aussi musicien), que l’on peut découvrir à partir du QR code figurant sur l’ouvrage. A l’instar de Melvile, c’est d’abord l’œil qui est attiré par « Revoir Comanche ». L’univers de Romain Renard est unique, littéralement ensorcelant. L’auteur belge sait insuffler une part de mystique dans son dessin, qu’il a cette fois voulu en noir et blanc. Cette Amérique qui sert de cadre à ses histoires est ici intemporelle, antérieure à la conquête de l’Homme blanc — même si on est dans les années 1930 —, et permet à Renard d’évoquer en filigrane la situation des Amérindiens dépossédés de leurs terres et les souillures infligées par les conquérants. Créer ce « sequel » à la série culte de ses compatriotes, considérés comme des maîtres du neuvième art, apparaît ainsi presque comme une évidence. Romain Renard nous comble de ses paysages crépusculaires en clair-obscur. L’ouvrage s’apparente à un road-movie dessiné, grouillant de références au cinéma d’avant-guerre et à la littérature US, celle des John Steinbeck ou des Jim Harrison. De la Californie au Wyoming, Red Dust et Vivienne Bosch vont traverser à bord de leur Ford A plusieurs Etats de l’Ouest sauvage, en passant par le Kansas où sévissait le Dust Bowl à cette époque, donnant lieu à des vues spectaculaires travaillées au numérique. Plus classique et réaliste pour les personnages, le dessin est élégant et les regards particulièrement expressifs. Si le concept pourrait faire un peu cliché, on ne peut nier la beauté de l’objet vis-à-vis duquel il serait difficile de faire la fine bouche. Tout au plus pourra-t-on objecter le classicisme du scénario, qui néanmoins tient la route et réserve un dénouement inattendu, précédant une fin tragique mais d’une poésie touchante. « Revoir Comanche », c’est une histoire de vengeance, un western-thriller lent mâtiné de fantastique où les fantômes qui harcèlent Red Dust, héros sur le retour, sont aussi un peu ceux qui n’en finissent pas de hanter les États-Unis, ce pays des extrêmes qu’on admire pour ses grands espaces et ses romanciers, et que parallèlement on déteste pour son arrogance quasi puérile, échafaudée sur un déni frôlant la névrose, celle du Blanc "civilisateur". Indiscutablement une bande dessinée qui se détache dans la production de cette année.

02/12/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Vingt-décembre - Chronique de l'abolition
Vingt-décembre - Chronique de l'abolition

Une très bonne bande dessinée sur la fin de l'esclavage dans l'ile de la Réunion. Les faits historiques sont très bien montrés au travers de plusieurs personnages et principalement au travers d'Edmond Albius, un esclave qui a vraiment existé et qui a découvert le procédé de fécondation de la vanille. Évidemment, ce n'est pas lui qui profite de sa découverte, mais les riches blancs de l'ile. Si on est un peu politisé, on ne risque pas d'être surpris par ce qui arrive dans l'ile avec les noirs toujours pauvres après leurs libérations et qui ne reçoivent aucune aide pendant que les anciens propriétaires d'esclaves riches ont droit à des indemnités. Le récit est passionnant même si cela manque un peu d'émotions par moment et que certaines scènes donnent l'impression de suivre un cours d'histoire. Cela ne m'a pas trop dérangé parce que je suis passionné d'histoires et que le dessin est très bon.

02/12/2024 (modifier)
Couverture de la série Vent mauvais
Vent mauvais

C'est une belle surprise qui m'a procuré un agréable moment de lecture détente. C'est un peu comme la série B familiale écrite par Béranger, le héros, il y a 15 ans et sur laquelle il a bâti une notoriété qui s'effiloche. Je pousse un peu ma note mais j'ai le même ressenti que Gaston sur cette sympathique série. Je trouve que Cati Baur nous livre un récit distrayant rempli d'intelligence et de fines observations. En premier lieu, elle prend le risque de critiquer (via la population locale) certains aspects des éoliennes. Toutefois elle ne rentre pas dans les détails (sauf pour les oiseaux) et laisse ses personnages s'embrouiller et manier les amalgames dans leurs critiques. Surtout le roman intimiste s'articule autour de trois personnages très attachants avec un belle personnalité qui va à contre courant du mainstream. Je me suis laissé prendre par le récit qui est très dynamique avec un final ouvert drôle et imprévu. J'ai eu un peu de mal à rentrer graphiquement dans le récit car je trouvais les personnages un peu disproportionnés et figés. Mais cette impression a vite disparu pour laisser place à un vrai plaisir de voie évoluer ce petit monde. Baur en profite pour s'attarder sur des thématiques actuelles: grossophobie ou standardisation de l'apparence et le rejet qui résulte de l'originalité. C'est fluide, bien construit et avec de bons dialogues. Graphiquement l'autrice travaille sur les expressions avec des extérieurs restreints. La mise en couleur vive donne une bonne ambiance à ces extérieurs. Une lecture agréable et rapide pour un bon moment de détente.

02/12/2024 (modifier)