Pour un peu, je mettrais bien 5 étoiles... A défaut, je mets un gros coup de cœur... comme Noirdésir précédemment...
Frank est un sacré drôle d’animal, qui vit dans une drôle de maison dans un drôle de pays. Il côtoie de drôles de créatures, il lui arrive plein de drôles de trucs, et ça donne de drôles de gags. Pourtant, c’est drôle, car on ne trouve pas ça forcément drôle, mais on peut occasionnellement avoir de drôles de fou-rires. Et si vous trouvez ça drôle, le mieux c’est encore de le lire… Vous n’avez rien compris ? C’est normal, moi non plus.
Avant « Frank », je ne me souviens pas avoir eu autant de difficultés pour évaluer une œuvre, quelle qu’elle soit. C’est réellement un drôle d’OVNI qui m’est tombé dans les mains (merci au frérot - Grogro - au passage), et des OVNIS j’en ai lu quelques uns, mais celui-ci surpasse tous les autres ! Le problème, c’est que la plupart du temps, c’est qu’on ne comprend pas grand-chose (ou alors c’est juste moi qui suis hermétique), on ne sait pas au juste si ces histoires courtes sont destinées à faire rire ni à quoi s’attendre tant cela va loin dans le « what the fuck », à un tel point que cela en devient fascinant…
Le dessin de Jim Woodring y est sans doute pour beaucoup. Le personnage principal, Frank donc, est une sorte d’animal familier anthropomorphe, assez indéfinissable (un chien, un chat ou une souris, on ne sait pas trop), dans un style cartoonesque oscillant entre Mickey Mouse et Tex Avery au premier abord, donc plutôt avenant, mais avec une touche underground quand on y regarde de plus près. Frank vit en pleine cambrousse, dans une petite maison très étrange, avec des ouvertures mais sans porte ni fenêtres, et un toit en forme de dôme orientalisant. Il n’a pas donc pas de voisins, mais un bestiaire bizarre vit dans les parages. A commencer par cet « homme-porc », qui se déplace à quatre pattes et évoque la caricature d’un banquier de Wall Street, bouffant tout ce qui lui tombe sous le groin. Puis, par ordre d’apparition, une poule conique, une créature pseudo-féline en forme de niche, un clone de Frank à quatre pattes et avec une tête deux fois plus grosse, un démon cornu à face de croissant de lune, filiforme et toujours hilare. Il ne s’agit ici que des créatures récurrentes, mais on verra également apparaître au fil des pages une foultitude d’êtres improbables, hybrides et protéiformes.
Quant à la narration… on s’attend à une flopée de gags, mais ce ne sont pas vraiment des gags, ni même des gags absurdes, c’est quelque chose qui se situe bien au-delà de l’absurde… on se surprend à être saisi de fou-rires qu’on ne pourrait même pas expliquer, parce qu’en plus on n’est pas toujours très sûr de ce qu’on a vu… N’espérez donc pas y trouver du sens, j’ai moi-même essayé et j’ai bien vite renoncé… car Woodring est un pur extraterrestre qui prend un malin plaisir à aller là où on ne l’attend pas, son Frank étant à envisager comme une sorte de Mickey nonchalant qui se serait égaré dans le pays des merveilles d’une Alice sous acide…
Jim Woodring est une sorte de démiurge qui, à partir de son cerveau génialement malade, invente un nouvel univers aux paramètres très différents du nôtre et nous embarque dans sa folie bonhomme et faussement fun. Woodring déconcerte, Woodring déstabilise, Woodring fracasse les codes avec jubilation, en mixant l’apparente bienveillance de son chien-chat un peu bébête et la goguenardise de son démon au rictus figé. A l’image de son homme-porc déboulant dans un jeu de quilles, il bouscule nos repères les plus rassurants, traverse les miroirs, dérange le monde ordonné tel que nous le connaissons. A cette vieille question : « qui sommes-nous, où allons-nous », lui se contente de répondre : « Nulle part ». Traduction : notre monde physique n’a aucun sens, il n’est construit que sur une illusion qui nous rassure et sert de cache-misère à notre insignifiance.
Au final, on n’en revient pas d’avoir dévoré avec un tel ravissement cet objet sans objet, à l’étrange pouvoir captivant, faisant ressurgir des flashs visuels de l’enfance, telles ces images qui nous intriguaient quand on était môme d’autant qu’on ne les comprenait pas très bien. « Frank » mérite véritablement d’être redécouvert avant d’être englouti à jamais sous les sables. C’est un monument de pataphysique poétique, une expérience unique, totalement lysergique.
Tome 2 :
Rien de plus à ajouter sur ce tome par rapport au précédent. La seule différence porte sur l’introduction de la couleur sur une bonne partie des histoires, qui laisse dubitatif au début parce qu’on pouvait estimer que le noir et blanc se suffisait à lui-même. Mais une fois encore, Woodring joue avec les codes des « kids comics » pour mieux les saper. Ces couleurs gaies et pétillantes, qui correspondent à un univers enfantin très sucré, accentuent encore le décalage. Elles ne sont là que pour berner leur monde, le nôtre, qui étouffe parfois sous l’amoncellement de conventions et de conformisme. Laissez-vous porter par Frank, lâchez prise avec ce drôle d’énergumène, et surtout ne soyez pas trop surpris si vos gosses se l’accaparent…
Avec cet album, les auteurs s’inspirent d’un arrière-plan tout ce qu’il y a de réel : l’interdiction faite aux criminels sexuels (pédo-criminels en l’occurrence) dans certains États des États-Unis (comme ici la Floride) de se trouver à moins de 300 mètres d’un lieu où se trouvent des enfants, de signaler leur présence et leur « pédigrée », ce qui entraine un violent ostracisme et les pousse à se regrouper dans des endroits comme le village de Contrition, qui devient une prison à ciel ouvert.
A partir de la mort d’un membre de cette communauté de parias (suicide ? meurtre ?), une journaliste locale va enquêter, et faire basculer l’histoire vers un polar classique (mais où la police est quasi absente de l'enquête proprement dite), avec une construction en flash-backs qui livre peu à peu les clés de l’histoire – même si la fin est ouverte concernant l’un des protagonistes.
Vers la fin certains personnages introduisent des questionnements intéressants, comme ceux tournant autour des bourreaux « ordinaires » (comme l’avait étudié l’historien Browning à propos de certains membres des Einsatzgruppen), autour des sévices perpétrés par des soldats américains sur des prisonniers à Abou Graïb. Et bien sûr la question non pas du pardon, mais de la « fin » de la peine. Et la question d’une éventuelle récidive.
Les auteurs sont espagnols, mais ils dépeignent très bien l’envers du décor américain, des magazines people et du mythe de la réussite individuelle, autour d’une catégorie de laissés pour compte – mais finalement aucun personnage ne semble s’épanouir à Contrition, n’y est venu volontairement. De la journaliste qui doit hypothéquer sa barraque (et bousille son mariage déjà plombé par le cumul des boulots et l’échec du couple dans un précédent commerce) aux parias condamnés/libérés/mais en résidence surveillée et à l’écart, en passant par les flics (le commissaire déclare même que « si les policiers qui sont sous ses ordres étaient doués, ils ne seraient pas ici »).
C’est donc assez glauque, très noir. Et le dessin accentue cet état de fait. Non seulement par l’utilisation du Noir et Blanc, mais aussi par le rendu un peu « baveux » : même ici rien n’est net, clair et propre…
Note réelle 3,5/5.
Je me range complètement aux louanges des précédents aviseurs.
P-H Gomont est devenu en l’espace de quelques albums un auteur à suivre quasi les yeux fermés, la promesse systématique d’un excellent moment, il m’a toujours surpris positivement de par sa réalisation et les sujets choisis.
Slava ne déroge pas à la règle, une lecture de haute volée. J’ai hâte de connaître la suite de cette trilogie.
Graphiquement, c’est de mieux en mieux, l’auteur améliore encore son style, coloré et fluide. Un dessin vivant, j’aime le rendu de ses mises en page avec l’absence de trait noir autour de ses cases.
L’histoire n’est pas en reste, on explore les années post chute mur de Berlin. On va découvrir une Russie confrontée à l’ultra libéralisme du jour au lendemain, via le parcours de quelques personnages hauts en couleur, parmi tant d’autres j’ai particulièrement savouré celui de Dimitri Lavrine.
J’ai été complètement emporté d’entrée de jeu, j’ai adoré la construction de l’album et la voix off de Slava.
Un album au Top !!
MàJ tome 2 :
2 albums au Top !!
J’ajoute un coup de cœur à cette série. J’admire la qualité d’écriture de l’auteur ainsi que sa patte graphique, il y a tout ce que j’aime dedans, flamboyance, dépaysement, densité, noirceur et légèreté … un plaisir de retrouver ces personnages russes.
MàJ tome 3 :
Ça y est Slava c’est fini.
Je dois avouer que le début de la série m’a plus parlé avec ce petit côté Kusturica. La fin sera bien moins insouciante que les débuts et surprendra sans doute un peu moins.
Une trilogie bien menée qui met vraiment l’âme russe à l’honneur.
Hâte de découvrir le prochain projet de l’auteur.
Les strips sont essentiellement centrés sur un petit chat noir, Bludzee donc, même si d’autres personnages – y compris quelques monstres improbables – font quelques apparitions. Quasiment pas de décors, tout est minimaliste.
Nous observons donc ce chat, qui rêvasse, qui réfléchit, parfois s’angoisse (une porte mal fermée, des bruits inquiétants venant de l’extérieur, tout seul dans son appart, laissé désœuvré par son maître, Bludzee panique parfois), mais qui surtout semble s’emmerder ! Et donc il cherche à s’occuper, en regardant par la fenêtre, en surfant sur le web, etc.
La multiplication des personnages qui pénètrent dans l’appartement, les saynètes se déroulant à l’extérieur, permettent à Trondheim de se renouveler.
Comme toujours Trondheim arrive avec des « riens » à faire naître l’intérêt du lecteur. L’ensemble – assez copieux ! – est inégal, et il faut sans doute lire cet album (joliment présenté, maquette à l’italienne chouette pour cette collection Shampoing) en picorant de-ci-de-là. Mais ça reste une lecture agréable, on sourit très souvent aux réactions de Bludzee, ou aux conséquences parfois inattendues desdites réactions.
Note réelle 3,5/5.
J'apprécie énormément le travail de Néjib. Sans avoir l'air d'y toucher, c'est un dessinateur qui justement touche sa bille. Je l'ai découvert avec Stupor Mundi qui m'avait enchanté par l'originalité de son trait mais surtout de son histoire.
Cette nouvelle BD est apparemment autobiographique. Il s'agit d'une tranche d'enfance, l'ultime tranche d'enfance en vérité, juste avant de basculer dans l'adolescence, vécue par son frère en Tunisie, et qui s'achève avec le dernier été avant son départ pour la France. Si le récit n'est pas particulièrement marquant de par les événements décrits, il est néanmoins superbement raconté, et se concentre sur l'essentiel. C'est pour ma part tout à fait le genre de chose que j'affectionne. Mais c'est surtout graphiquement qu'il tire son épingle du jeu. Tout d'abord, la mise en page ne comporte aucune marge, et seul un mince trait sépare les cases entre elles, ce qui permet au regard d'être tout entier englouti dans l'ambiance, et au lecteur d'être embarqué dans le rythme fou imposé par le personnage de Smurfeddine, qui est à la fois le meneur et la tête brulée de la bande. Et bien entendu, tout cela est illustré de main de maitre. Vraiment j'adore ce dessin très vivant qui permet de faire une économie de mots (de la vraie BD quoi !), et tout autant le partie pris de colorisation qui ajoute ici un dynamisme incroyable dans les scènes clefs, ou nous immerge tout entier dans l'émotion qui traverse les protagonistes.
Un très bon récit sur l'enfance que je ne peux que conseiller aux amateurs.
La BD s'ouvre sur une étrange tranche de vie. L'attention du lecteur est premièrement intriguée par ce style graphique singulier, d'une rondeur toute enfantine proche d'un Bryan Lee O'Malley (notamment connu pour Scott Pilgrim), fait de couleurs très tranchées, accentuées par un contour noir.
A l'instar du cinéaste David Cronenberg, Aurélien Maury installe petit à petit le malaise. Avec une grande efficacité, certes parfois dépourvue de finesse (l'épisode inaugural du crabe est sur ce point assez grossier), mais relevant d'un talent certain, il joue ici du décalage improbable et déstabilisant entre une intrigue nauséeuse et un style graphique enfantin, s'appuye là sur une narration au rythme incertain du fait de la raréfaction du texte et de l'importante taille de ses cases : plus qu'ailleurs, le lecteur peut choisir d'accélérer sa lecture ou de s'arrêter pour contempler les pages, de survoler puis dans la foulée de revenir en arrière. Ce perpétuel doute quant à la vitesse de lecture à adopter, génère un sentiment de liberté sournoisement obscurci par un léger inconfort assez intéressant.
Le malaise grandit à mesure que l'on s'attache à l'héroïne. Nous sommes désireux de poser sur ce bien étrange animal en détresse le même regard bienveillant qu'elle, tout en calfeutrant notre conviction que le conjoint n'a pas foncièrement tort en le désignant répugnant. Le fantastique continue de s'inviter dans le récit, accentuant notre malaise, nous faisant douter de la lucidité de l'une, craindre que l'horreur ne s'invite dans un crescendo final terriblement jubilatoire. Nos plus vils espoirs se concrétiseront !
Si l'on peut regretter une tournure de l'intrigue d'une certaine manière prévisible, puisqu'usant de figures déjà vues au cinéma ici ou là, l'on ne peut que se réjouir de l'admirable montée en tension. Voici un auteur à découvrir, à suivre !
Malgré mon ignorance de l'œuvre des sœurs Brontë et de leur roman phare Jane Eyre j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de cette adaptation très moderne. C'est d'ailleurs le propre des grandes œuvres de pouvoir traverser les époques avec des mises en scène multiples sans perdre de leur force.
La mise en scène de l'autrice Brosh Mc Kenna est réussie. Sa narration est très fluide et dynamique. Les rebondissements de l'intrigue sont bien positionnés ce qui rend le lecteur assez facilement captif du récit. La lecture se fait d'un trait avec un réel plaisir de découvrir où va nous mener la très sympathique Jane.
Cela part dans une ambiance pauvre bergère et prince charmant ou la Belle et la Bête au choix pour bifurquer vers une voie inattendue et moins convenue. La fin en happy end ( encore que) serait décevante mais elle reste ouverte. J'ai de plus apprécié des dialogues d'un très bons niveaux ce qui renvoie à une œuvre littéraire de grande qualité.
J'avais adoré Perez dans son Jim Henson's Tale of Sand injustement sous évalué à mon avis. Ici encore je retrouve la patte du dessinateur nerveuse et tonique. Il y de nombreux plans très ciné ce qui donne une narration visuelle d'un dynamisme équivalent à la narration du texte. Le travail visuel sur les personnalités des acteurs est très abouti dans une ambiance newyorkaise des ultra riches qui rappelle un peu "Le Diable s'habille en Prada" de la scénariste.
Il y a bien quelques planches moins soignées sur le final mais je goûte assez ce trait un peu épais.
Une lecture très agréable et divertissante.
Les gens ne comprennent plus l'ironie.
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Sa parution date de 2023. Il a été réalisé par Courty pour le scénario, et par Evemarie pour les dessins et les couleurs. Il comprend soixante-treize pages de bande dessinée. Il se termine avec trois pages à la manière d’un album-photo, pour des souvenirs de vacances des deux personnages principaux Chaperon Noir & Loup.
De nuit, sur un banc du Love Parc, le Chaperon Noir se demande où elle va dormir cette nuit. Il était une fois dans une contrée lointaine et rose, une damoiselle qu’on appelait Le petit chaperon rouge… avant qu’elle ne grandisse et ne s’habille qu’en noir. Elle n’avait qu’un seul ami. Deux individus s’approchent du Chaperon noir et la saisissent : un singe et un blaireau anthropomorphes. Elle exige qu’ils la lâchent, mais le singe indique qu’ils l’emmènent en prison. Elle change alors complètement d’avis : ils peuvent toujours la lâcher et elle les accompagne de son plein gré, trop contente d’avoir trouvé où dormir pour la nuit. En reprenant depuis le début… Il était une fois dans une grande ville tout aussi lointaine et moins rose… Dans une maison prêtée par Mère-Grand, une damoiselle appelée Chaperon noir. Le narrateur a déjà parlé de son unique ami, extraordinaire… Lui. Chaperon Noir se trouve sur le canapé : les doigts croisés devant sa bouche, elle fixe un verre d’eau avec une intense concentration. Loup sort de la salle de bain en peignoir. Il s’est douché pour se rendre présentable car il se rend aux allocs ce matin. Il se moque d’elle, car elle est en train d’essayer de faire bouillir l’eau du verre par la pensée, en pure perte. Il met son imperméable et ses lunettes de soleil et sort dehors.
Il arrive devant le bâtiment portant l’enseigne Allocations. Dans la file devant lui se trouvent une licorne à la première place, un dragon anthropomorphe, une petite fée flottant au-dessus du sol, et derrière lui un dessinateur avec son carton sous le bras. Un petit lapin avec une montre à gousset dans sa main arrive à sa hauteur. Il lui demande à passer devant lui car il est pressé. Le loup soulève ses lunettes de soleil, tout en se léchant les babines. Il arrive devant la préposée à son guichet, avec encore un morceau dans la bouche et un peu de sang à la commissure des lèvres. Il rentre à la maison, et Chaperon Noir est toujours en pleine concentration sur le canapé en fixant son verre d’eau. Loup lui lance la montre à gousset sur le sommet du crâne en lui disant Cadeau. Elle le morigène : il avait pourtant promis de ne plus le faire en ville. Il lui demande où elle en est avec la télékinésie, et va ouvrir le placard à provisions : cinq étagères pleines de boîtes de conserve de ragoût. Elle met la table. Il ramène la boîte de ragoût réchauffée au bain marie dans une casserole et lui demande pourquoi elle est contente. Elle répond : se taper un gueuleton avec son meilleur pote, le bonheur. Il rétorque que, un, c’est une boîte de ragoût à peine réchauffée, mais pas au lapin, et, deux, il n’est pas son meilleur pote, mais son seul pote.
La quatrième de couverture interpelle le lecteur faisant le constat qu’il a grandi, enchaînant sur le fait que Chaperon, Loup et les autres aussi. Il est temps de savoir ce qu’ils sont devenus. De fait, le lecteur identifie facilement les références aux contes classiques : Chaperon Noir pour commencer, la version adulte de Chaperon Rouge, et bien le Loup. D’ailleurs, ils se mettent à la recherche de Mère-Grand, et le Bûcheron joue un rôle dans cette historie. Sans nommer tout le monde pour ne pas déflorer certaines surprises, il est également possible de citer une jolie blonde surnommée Bouclette qui vit avec Papa Ours (il est confirmé au cours du récit qu’il s’agit bien de Boucle d’Or), le lapin avec sa montre à gousset (le fameux Lapin Blanc, extrait de Les aventures d’Alice au pays des merveilles, 1865, de Lewis Carroll, 1832-1898), les trois petits cochons, la princesse au petit pois, un carrosse en forme de citrouille, sans oublier une licorne. Le lecteur ne s’attend pas à découvrir Peggy et Kermit en heureux propriétaire, les auteurs n’hésitant pas à mélanger les sources. S’il est attentif, il croise Astérix et Bob l’éponge dans la gare ferroviaire en page dix-neuf. Chaperon Noir et Loup vivent ensemble dans la même maison, mais ils semblent faire lit à part, la damoiselle dormant dans le canapé. Les scénaristes évoquent effectivement ce qu’ils sont devenus, en n’hésitant pas à regarder leur passé depuis un autre point de vue que celui qui est passé à la postérité dans la version classique de ces contes.
Chaperon Noir n’a rien fait de sa vie et glande sur le canapé, en réussissant très bien à ne pas sortir de la maison, son record sans mettre le nez dehors : deux ans au début du récit, et Loup ne sortant qu’une fois par mois pour aller toucher les allocs. Difficile de les prendre comme des modèles. D’ailleurs, leur quête consiste à retrouver Mère-Grand pour qu’elle leur octroie un nouveau logement, gratuit, juste au titre des liens de la famille : pas très moral comme conte. Les aléas de la disparition de la grand-mère vont quand même les mettre dans une position de héros, bon, plutôt des anti-héros, et à prendre une balle. Toutefois la comparaison avec les autres personnages de conte tourne plutôt à l’avantage du loup et du chaperon : la vie conjugale de la pauvre Boucle d’Or ne l’a pas amenée au bonheur escompté, ou encore la fratrie des trois petits cochons s’avère dysfonctionnelle. D’une certaine manière, chaque personnage de conte a conservé le trait de caractère dominant qui était mis en avant, par exemple le comportement carnivore de Loup qui continue à manger des lapins, fussent-ils dotés de conscience. Les auteurs s’en amusent dans leur comportement, ainsi que par quelques remarques bien senties. Chaperon Noir n’hésite pas à traiter Mère-Grand de vieille biche (à prononcer avec l’accent anglais). La femme du Bûcheron qui accuse Mère-Grand d’être une coqueuse d’hommes, à trainer toute la journée en pantoufles pour aguicher son mari. Loup qui se rappelle le bon vieux temps quand Chaperon Noir portait encore le nom de Chaperon Rouge et qu’elle était tellement serviable à faire les livraisons pour tout le monde, comportement que Chaperon Noir qualifie de gros pigeon. Loup qui surnomme les trois petits cochons en les appelant Pim, Pam et Poum. Le petit poucet qui accuse sa mère de l’avoir abandonné.
La dessinatrice nourrit également la tonalité humoristique avec des éléments visuels comiques. En page d’ouverture, le Love Parc est parsemé de petits cœurs dans sa décoration architecturale. Même le banc public comporte deux petits cœurs évidés dans son dossier. L’armoire dans la cuisine contient des boîtes de conserve d’un seul et unique modèle, produisant un effet de monotonie désespérante. Elle s’amuse bien avec un pont improbable à structure métallique pour la voie ferrée. Dans les pages suivantes, les modes de locomotion des deux personnages principaux deviennent franchement improbables : un petit canot tiré par un grand poisson, un sidecar accroché à un tandem où pédalent deux kangourous, une sorte de bateau à aube accroché à un ballon dirigeable de type zeppelin (le Love Boat bien sûr), sans oublier la maison dans laquelle se déroule la confrontation finale et le dénouement.
L’artiste s’amuse tout autant avec les personnages. Impossible de résister à la dégaine du Chaperon Noir avec survêt à capuche noir orné d’une tête de mort, son short en jean avec revers, et ses clopes, sans oublier ses moues blasées et son manque de joie de vivre. Le loup est dessiné de manière plus exagérée : un individu filiforme, anthropomorphe, avec longue gueule, quelques dents acérées apparentes, sans oublier ses lunettes de soleil, il fume également et son sourire est ravageur. Les personnages de conte et les créatures fantastiques ont perdu leur aura de mythe pour une apparence plus pragmatique qui n’est pas à leur avantage : Boucle d’Or et son air ahuri trahissant le fait qu’elle n’ait pas la wifi à tous les étages, les lapins qui n’ont jamais conscience que Loup est un prédateur, la pauvre licorne qui se prend un pierre dans l’arrière-train et qui ne peut croire qu’il existe une personne qui ne l’aime pas, le nain avec sa capuche qui lui masque le regard et son comportement revêche, la princesse au petit pois fort mécontente de sa mauvaise nuit, etc. Le lecteur sent que les auteurs se sont bien amusés à pointer un défaut de caractère chez les uns et les autres, à les ramener parmi le commun des mortels, mais sans pour autant les humilier ou les massacrer.
Le lecteur sent qu’une belle complicité existe entre les deux auteurs, avec un sens de l’humour entre dérision et indignation d’être parfois pris pour des pigeons. Impossible d’oublier l’incroyable addition qui leur est présentée au restaurant en terrasse, leur imputant le coût de leur menu à chacun, le vin et l’eau, mais aussi le coût de la nappe, des couverts, de la panière à pain, des chaises et même de l’addition. Le lecteur se laisse facilement emmener pour accompagner Loup et Chaperon dans leur périple : une dynamique de récit qui a fait ses preuves, alliant une enquête, un voyage et un mystère. Ils dosent avec habileté les éléments très banals et les composants d’un conte au service de deux individus qui ne se laissent pas faire par les circonstances ou les individus plus ou moins mal intentionnés, plus ou moins benêts, mais dont l’objectif reste de trouver un toit pour pouvoir glander tranquillement dans la vie.
Les enquêtes d'une inspectrice de la gendarmerie d'Aubagne, lieutenant au moment du premier album.
Alors qu'elle est sensée être en vacances avec sa fille, elle apprend qu'on a retrouvé la trace d'une jeune femme disparue des années auparavant et dont elle a pris l'enquête à cœur. Elle se rend immédiatement en Corse où la femme a eu un accident, sa voiture étant tombée dans un ravin sans qu'on ait retrouvé son corps. Au vu du reste d'une liasse de billets laissée au sol, les gendarmes se doutent qu'il y a un lien avec le grand banditisme local mais la piste est complexe... et laisse peu d'espoir de retrouver la disparue en vie. D'autant que l'enquêtrice a encore sa fille sur les bras puisqu'elle a absolument insisté à venir avec elle.
La BD est dessinée par Toni Cittadini dont le trait souple et lâché rappelle le style de Christian Rossi. Il offre des planches semi réalistes bien faites et claires à la lecture, d'autant que le travail de la coloriste les met bien en valeur. Ses décors corses sont en outre beaux et dépaysants.
L'intrigue est une enquête policière tout ce qu'il y a de plus classique. Le cadre et les personnages lui donnent toutefois la touche de sympathie qu'il lui faut pour rendre le récit prenant et agréable. Les protagonistes et leurs dialogues sont emplis d'humanité, soulignée par la relation difficile entre la lieutenant et son collègue corse, ou encore entre elle et sa fille. Les fils de l'enquête se mêlent un peu, l'aspect criminel venant parasiter la recherche de la disparue, mais tout se tient et c'est plaisant. J'ai juste eu un peu de mal ne pas confondre les identités des deux suspects principaux dont les patronymes corses se ressemblaient un peu trop pour le continental que je suis.
Alors que je ne suis pas amateur de polar, j'ai pris plaisir à lire cette enquête, à suivre ses protagonistes et à essayer de deviner ce qu'il allait se passer.
Note : 3,5/5
Pour l'ancien fan de Star Wars que j'étais, j'ai lâché l'affaire à l'épisode 7, cette BD me permet de replonger dans mon adolescence avec mon premier Star Wars au cinéma : Le retour du Jedi et mes lectures dans Titans (Lug) avec Carmine Infantino au dessin.
Un album qui met en évidence toute la pugnacité de George Lucas pour arriver à sortir son film, Star Wars, en 1977.
On va évidemment découvrir toutes les embûches qui vont se mettre sur la route de George Lucas, et elles seront très nombreuses, mais ce qui m'a marqué le plus c'est la complémentarité du couple Lucas. George est introverti, alors que son épouse Marcia est plus exubérante, elle sera le pilier sur lequel il pourra s'appuyer avec ses bons conseils et son soutien inconditionnel. N'est-il pas dit que "derrière chaque grand homme se cache une femme" ?
Cet album met aussi en lumière tout le génie de cet homme avec une vision du cinéma qui va révolutionner le genre de la science-fiction.
Une narration captivante, sans temps mort pour un excellent moment de lecture.
Très instructif.
La partie graphique est très agréable. Un dessin expressif et fluide associé à une mise en page réussie.
Du bon travail.
Je recommande.
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Frank
Pour un peu, je mettrais bien 5 étoiles... A défaut, je mets un gros coup de cœur... comme Noirdésir précédemment... Frank est un sacré drôle d’animal, qui vit dans une drôle de maison dans un drôle de pays. Il côtoie de drôles de créatures, il lui arrive plein de drôles de trucs, et ça donne de drôles de gags. Pourtant, c’est drôle, car on ne trouve pas ça forcément drôle, mais on peut occasionnellement avoir de drôles de fou-rires. Et si vous trouvez ça drôle, le mieux c’est encore de le lire… Vous n’avez rien compris ? C’est normal, moi non plus. Avant « Frank », je ne me souviens pas avoir eu autant de difficultés pour évaluer une œuvre, quelle qu’elle soit. C’est réellement un drôle d’OVNI qui m’est tombé dans les mains (merci au frérot - Grogro - au passage), et des OVNIS j’en ai lu quelques uns, mais celui-ci surpasse tous les autres ! Le problème, c’est que la plupart du temps, c’est qu’on ne comprend pas grand-chose (ou alors c’est juste moi qui suis hermétique), on ne sait pas au juste si ces histoires courtes sont destinées à faire rire ni à quoi s’attendre tant cela va loin dans le « what the fuck », à un tel point que cela en devient fascinant… Le dessin de Jim Woodring y est sans doute pour beaucoup. Le personnage principal, Frank donc, est une sorte d’animal familier anthropomorphe, assez indéfinissable (un chien, un chat ou une souris, on ne sait pas trop), dans un style cartoonesque oscillant entre Mickey Mouse et Tex Avery au premier abord, donc plutôt avenant, mais avec une touche underground quand on y regarde de plus près. Frank vit en pleine cambrousse, dans une petite maison très étrange, avec des ouvertures mais sans porte ni fenêtres, et un toit en forme de dôme orientalisant. Il n’a pas donc pas de voisins, mais un bestiaire bizarre vit dans les parages. A commencer par cet « homme-porc », qui se déplace à quatre pattes et évoque la caricature d’un banquier de Wall Street, bouffant tout ce qui lui tombe sous le groin. Puis, par ordre d’apparition, une poule conique, une créature pseudo-féline en forme de niche, un clone de Frank à quatre pattes et avec une tête deux fois plus grosse, un démon cornu à face de croissant de lune, filiforme et toujours hilare. Il ne s’agit ici que des créatures récurrentes, mais on verra également apparaître au fil des pages une foultitude d’êtres improbables, hybrides et protéiformes. Quant à la narration… on s’attend à une flopée de gags, mais ce ne sont pas vraiment des gags, ni même des gags absurdes, c’est quelque chose qui se situe bien au-delà de l’absurde… on se surprend à être saisi de fou-rires qu’on ne pourrait même pas expliquer, parce qu’en plus on n’est pas toujours très sûr de ce qu’on a vu… N’espérez donc pas y trouver du sens, j’ai moi-même essayé et j’ai bien vite renoncé… car Woodring est un pur extraterrestre qui prend un malin plaisir à aller là où on ne l’attend pas, son Frank étant à envisager comme une sorte de Mickey nonchalant qui se serait égaré dans le pays des merveilles d’une Alice sous acide… Jim Woodring est une sorte de démiurge qui, à partir de son cerveau génialement malade, invente un nouvel univers aux paramètres très différents du nôtre et nous embarque dans sa folie bonhomme et faussement fun. Woodring déconcerte, Woodring déstabilise, Woodring fracasse les codes avec jubilation, en mixant l’apparente bienveillance de son chien-chat un peu bébête et la goguenardise de son démon au rictus figé. A l’image de son homme-porc déboulant dans un jeu de quilles, il bouscule nos repères les plus rassurants, traverse les miroirs, dérange le monde ordonné tel que nous le connaissons. A cette vieille question : « qui sommes-nous, où allons-nous », lui se contente de répondre : « Nulle part ». Traduction : notre monde physique n’a aucun sens, il n’est construit que sur une illusion qui nous rassure et sert de cache-misère à notre insignifiance. Au final, on n’en revient pas d’avoir dévoré avec un tel ravissement cet objet sans objet, à l’étrange pouvoir captivant, faisant ressurgir des flashs visuels de l’enfance, telles ces images qui nous intriguaient quand on était môme d’autant qu’on ne les comprenait pas très bien. « Frank » mérite véritablement d’être redécouvert avant d’être englouti à jamais sous les sables. C’est un monument de pataphysique poétique, une expérience unique, totalement lysergique. Tome 2 : Rien de plus à ajouter sur ce tome par rapport au précédent. La seule différence porte sur l’introduction de la couleur sur une bonne partie des histoires, qui laisse dubitatif au début parce qu’on pouvait estimer que le noir et blanc se suffisait à lui-même. Mais une fois encore, Woodring joue avec les codes des « kids comics » pour mieux les saper. Ces couleurs gaies et pétillantes, qui correspondent à un univers enfantin très sucré, accentuent encore le décalage. Elles ne sont là que pour berner leur monde, le nôtre, qui étouffe parfois sous l’amoncellement de conventions et de conformisme. Laissez-vous porter par Frank, lâchez prise avec ce drôle d’énergumène, et surtout ne soyez pas trop surpris si vos gosses se l’accaparent…
Contrition
Avec cet album, les auteurs s’inspirent d’un arrière-plan tout ce qu’il y a de réel : l’interdiction faite aux criminels sexuels (pédo-criminels en l’occurrence) dans certains États des États-Unis (comme ici la Floride) de se trouver à moins de 300 mètres d’un lieu où se trouvent des enfants, de signaler leur présence et leur « pédigrée », ce qui entraine un violent ostracisme et les pousse à se regrouper dans des endroits comme le village de Contrition, qui devient une prison à ciel ouvert. A partir de la mort d’un membre de cette communauté de parias (suicide ? meurtre ?), une journaliste locale va enquêter, et faire basculer l’histoire vers un polar classique (mais où la police est quasi absente de l'enquête proprement dite), avec une construction en flash-backs qui livre peu à peu les clés de l’histoire – même si la fin est ouverte concernant l’un des protagonistes. Vers la fin certains personnages introduisent des questionnements intéressants, comme ceux tournant autour des bourreaux « ordinaires » (comme l’avait étudié l’historien Browning à propos de certains membres des Einsatzgruppen), autour des sévices perpétrés par des soldats américains sur des prisonniers à Abou Graïb. Et bien sûr la question non pas du pardon, mais de la « fin » de la peine. Et la question d’une éventuelle récidive. Les auteurs sont espagnols, mais ils dépeignent très bien l’envers du décor américain, des magazines people et du mythe de la réussite individuelle, autour d’une catégorie de laissés pour compte – mais finalement aucun personnage ne semble s’épanouir à Contrition, n’y est venu volontairement. De la journaliste qui doit hypothéquer sa barraque (et bousille son mariage déjà plombé par le cumul des boulots et l’échec du couple dans un précédent commerce) aux parias condamnés/libérés/mais en résidence surveillée et à l’écart, en passant par les flics (le commissaire déclare même que « si les policiers qui sont sous ses ordres étaient doués, ils ne seraient pas ici »). C’est donc assez glauque, très noir. Et le dessin accentue cet état de fait. Non seulement par l’utilisation du Noir et Blanc, mais aussi par le rendu un peu « baveux » : même ici rien n’est net, clair et propre… Note réelle 3,5/5.
Slava
Je me range complètement aux louanges des précédents aviseurs. P-H Gomont est devenu en l’espace de quelques albums un auteur à suivre quasi les yeux fermés, la promesse systématique d’un excellent moment, il m’a toujours surpris positivement de par sa réalisation et les sujets choisis. Slava ne déroge pas à la règle, une lecture de haute volée. J’ai hâte de connaître la suite de cette trilogie. Graphiquement, c’est de mieux en mieux, l’auteur améliore encore son style, coloré et fluide. Un dessin vivant, j’aime le rendu de ses mises en page avec l’absence de trait noir autour de ses cases. L’histoire n’est pas en reste, on explore les années post chute mur de Berlin. On va découvrir une Russie confrontée à l’ultra libéralisme du jour au lendemain, via le parcours de quelques personnages hauts en couleur, parmi tant d’autres j’ai particulièrement savouré celui de Dimitri Lavrine. J’ai été complètement emporté d’entrée de jeu, j’ai adoré la construction de l’album et la voix off de Slava. Un album au Top !! MàJ tome 2 : 2 albums au Top !! J’ajoute un coup de cœur à cette série. J’admire la qualité d’écriture de l’auteur ainsi que sa patte graphique, il y a tout ce que j’aime dedans, flamboyance, dépaysement, densité, noirceur et légèreté … un plaisir de retrouver ces personnages russes. MàJ tome 3 : Ça y est Slava c’est fini. Je dois avouer que le début de la série m’a plus parlé avec ce petit côté Kusturica. La fin sera bien moins insouciante que les débuts et surprendra sans doute un peu moins. Une trilogie bien menée qui met vraiment l’âme russe à l’honneur. Hâte de découvrir le prochain projet de l’auteur.
Bludzee
Les strips sont essentiellement centrés sur un petit chat noir, Bludzee donc, même si d’autres personnages – y compris quelques monstres improbables – font quelques apparitions. Quasiment pas de décors, tout est minimaliste. Nous observons donc ce chat, qui rêvasse, qui réfléchit, parfois s’angoisse (une porte mal fermée, des bruits inquiétants venant de l’extérieur, tout seul dans son appart, laissé désœuvré par son maître, Bludzee panique parfois), mais qui surtout semble s’emmerder ! Et donc il cherche à s’occuper, en regardant par la fenêtre, en surfant sur le web, etc. La multiplication des personnages qui pénètrent dans l’appartement, les saynètes se déroulant à l’extérieur, permettent à Trondheim de se renouveler. Comme toujours Trondheim arrive avec des « riens » à faire naître l’intérêt du lecteur. L’ensemble – assez copieux ! – est inégal, et il faut sans doute lire cet album (joliment présenté, maquette à l’italienne chouette pour cette collection Shampoing) en picorant de-ci-de-là. Mais ça reste une lecture agréable, on sourit très souvent aux réactions de Bludzee, ou aux conséquences parfois inattendues desdites réactions. Note réelle 3,5/5.
Haute enfance
J'apprécie énormément le travail de Néjib. Sans avoir l'air d'y toucher, c'est un dessinateur qui justement touche sa bille. Je l'ai découvert avec Stupor Mundi qui m'avait enchanté par l'originalité de son trait mais surtout de son histoire. Cette nouvelle BD est apparemment autobiographique. Il s'agit d'une tranche d'enfance, l'ultime tranche d'enfance en vérité, juste avant de basculer dans l'adolescence, vécue par son frère en Tunisie, et qui s'achève avec le dernier été avant son départ pour la France. Si le récit n'est pas particulièrement marquant de par les événements décrits, il est néanmoins superbement raconté, et se concentre sur l'essentiel. C'est pour ma part tout à fait le genre de chose que j'affectionne. Mais c'est surtout graphiquement qu'il tire son épingle du jeu. Tout d'abord, la mise en page ne comporte aucune marge, et seul un mince trait sépare les cases entre elles, ce qui permet au regard d'être tout entier englouti dans l'ambiance, et au lecteur d'être embarqué dans le rythme fou imposé par le personnage de Smurfeddine, qui est à la fois le meneur et la tête brulée de la bande. Et bien entendu, tout cela est illustré de main de maitre. Vraiment j'adore ce dessin très vivant qui permet de faire une économie de mots (de la vraie BD quoi !), et tout autant le partie pris de colorisation qui ajoute ici un dynamisme incroyable dans les scènes clefs, ou nous immerge tout entier dans l'émotion qui traverse les protagonistes. Un très bon récit sur l'enfance que je ne peux que conseiller aux amateurs.
Oh, Lenny
La BD s'ouvre sur une étrange tranche de vie. L'attention du lecteur est premièrement intriguée par ce style graphique singulier, d'une rondeur toute enfantine proche d'un Bryan Lee O'Malley (notamment connu pour Scott Pilgrim), fait de couleurs très tranchées, accentuées par un contour noir. A l'instar du cinéaste David Cronenberg, Aurélien Maury installe petit à petit le malaise. Avec une grande efficacité, certes parfois dépourvue de finesse (l'épisode inaugural du crabe est sur ce point assez grossier), mais relevant d'un talent certain, il joue ici du décalage improbable et déstabilisant entre une intrigue nauséeuse et un style graphique enfantin, s'appuye là sur une narration au rythme incertain du fait de la raréfaction du texte et de l'importante taille de ses cases : plus qu'ailleurs, le lecteur peut choisir d'accélérer sa lecture ou de s'arrêter pour contempler les pages, de survoler puis dans la foulée de revenir en arrière. Ce perpétuel doute quant à la vitesse de lecture à adopter, génère un sentiment de liberté sournoisement obscurci par un léger inconfort assez intéressant. Le malaise grandit à mesure que l'on s'attache à l'héroïne. Nous sommes désireux de poser sur ce bien étrange animal en détresse le même regard bienveillant qu'elle, tout en calfeutrant notre conviction que le conjoint n'a pas foncièrement tort en le désignant répugnant. Le fantastique continue de s'inviter dans le récit, accentuant notre malaise, nous faisant douter de la lucidité de l'une, craindre que l'horreur ne s'invite dans un crescendo final terriblement jubilatoire. Nos plus vils espoirs se concrétiseront ! Si l'on peut regretter une tournure de l'intrigue d'une certaine manière prévisible, puisqu'usant de figures déjà vues au cinéma ici ou là, l'on ne peut que se réjouir de l'admirable montée en tension. Voici un auteur à découvrir, à suivre !
Jane (Glénat)
Malgré mon ignorance de l'œuvre des sœurs Brontë et de leur roman phare Jane Eyre j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de cette adaptation très moderne. C'est d'ailleurs le propre des grandes œuvres de pouvoir traverser les époques avec des mises en scène multiples sans perdre de leur force. La mise en scène de l'autrice Brosh Mc Kenna est réussie. Sa narration est très fluide et dynamique. Les rebondissements de l'intrigue sont bien positionnés ce qui rend le lecteur assez facilement captif du récit. La lecture se fait d'un trait avec un réel plaisir de découvrir où va nous mener la très sympathique Jane. Cela part dans une ambiance pauvre bergère et prince charmant ou la Belle et la Bête au choix pour bifurquer vers une voie inattendue et moins convenue. La fin en happy end ( encore que) serait décevante mais elle reste ouverte. J'ai de plus apprécié des dialogues d'un très bons niveaux ce qui renvoie à une œuvre littéraire de grande qualité. J'avais adoré Perez dans son Jim Henson's Tale of Sand injustement sous évalué à mon avis. Ici encore je retrouve la patte du dessinateur nerveuse et tonique. Il y de nombreux plans très ciné ce qui donne une narration visuelle d'un dynamisme équivalent à la narration du texte. Le travail visuel sur les personnalités des acteurs est très abouti dans une ambiance newyorkaise des ultra riches qui rappelle un peu "Le Diable s'habille en Prada" de la scénariste. Il y a bien quelques planches moins soignées sur le final mais je goûte assez ce trait un peu épais. Une lecture très agréable et divertissante.
Les Dents longues
Les gens ne comprennent plus l'ironie. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Sa parution date de 2023. Il a été réalisé par Courty pour le scénario, et par Evemarie pour les dessins et les couleurs. Il comprend soixante-treize pages de bande dessinée. Il se termine avec trois pages à la manière d’un album-photo, pour des souvenirs de vacances des deux personnages principaux Chaperon Noir & Loup. De nuit, sur un banc du Love Parc, le Chaperon Noir se demande où elle va dormir cette nuit. Il était une fois dans une contrée lointaine et rose, une damoiselle qu’on appelait Le petit chaperon rouge… avant qu’elle ne grandisse et ne s’habille qu’en noir. Elle n’avait qu’un seul ami. Deux individus s’approchent du Chaperon noir et la saisissent : un singe et un blaireau anthropomorphes. Elle exige qu’ils la lâchent, mais le singe indique qu’ils l’emmènent en prison. Elle change alors complètement d’avis : ils peuvent toujours la lâcher et elle les accompagne de son plein gré, trop contente d’avoir trouvé où dormir pour la nuit. En reprenant depuis le début… Il était une fois dans une grande ville tout aussi lointaine et moins rose… Dans une maison prêtée par Mère-Grand, une damoiselle appelée Chaperon noir. Le narrateur a déjà parlé de son unique ami, extraordinaire… Lui. Chaperon Noir se trouve sur le canapé : les doigts croisés devant sa bouche, elle fixe un verre d’eau avec une intense concentration. Loup sort de la salle de bain en peignoir. Il s’est douché pour se rendre présentable car il se rend aux allocs ce matin. Il se moque d’elle, car elle est en train d’essayer de faire bouillir l’eau du verre par la pensée, en pure perte. Il met son imperméable et ses lunettes de soleil et sort dehors. Il arrive devant le bâtiment portant l’enseigne Allocations. Dans la file devant lui se trouvent une licorne à la première place, un dragon anthropomorphe, une petite fée flottant au-dessus du sol, et derrière lui un dessinateur avec son carton sous le bras. Un petit lapin avec une montre à gousset dans sa main arrive à sa hauteur. Il lui demande à passer devant lui car il est pressé. Le loup soulève ses lunettes de soleil, tout en se léchant les babines. Il arrive devant la préposée à son guichet, avec encore un morceau dans la bouche et un peu de sang à la commissure des lèvres. Il rentre à la maison, et Chaperon Noir est toujours en pleine concentration sur le canapé en fixant son verre d’eau. Loup lui lance la montre à gousset sur le sommet du crâne en lui disant Cadeau. Elle le morigène : il avait pourtant promis de ne plus le faire en ville. Il lui demande où elle en est avec la télékinésie, et va ouvrir le placard à provisions : cinq étagères pleines de boîtes de conserve de ragoût. Elle met la table. Il ramène la boîte de ragoût réchauffée au bain marie dans une casserole et lui demande pourquoi elle est contente. Elle répond : se taper un gueuleton avec son meilleur pote, le bonheur. Il rétorque que, un, c’est une boîte de ragoût à peine réchauffée, mais pas au lapin, et, deux, il n’est pas son meilleur pote, mais son seul pote. La quatrième de couverture interpelle le lecteur faisant le constat qu’il a grandi, enchaînant sur le fait que Chaperon, Loup et les autres aussi. Il est temps de savoir ce qu’ils sont devenus. De fait, le lecteur identifie facilement les références aux contes classiques : Chaperon Noir pour commencer, la version adulte de Chaperon Rouge, et bien le Loup. D’ailleurs, ils se mettent à la recherche de Mère-Grand, et le Bûcheron joue un rôle dans cette historie. Sans nommer tout le monde pour ne pas déflorer certaines surprises, il est également possible de citer une jolie blonde surnommée Bouclette qui vit avec Papa Ours (il est confirmé au cours du récit qu’il s’agit bien de Boucle d’Or), le lapin avec sa montre à gousset (le fameux Lapin Blanc, extrait de Les aventures d’Alice au pays des merveilles, 1865, de Lewis Carroll, 1832-1898), les trois petits cochons, la princesse au petit pois, un carrosse en forme de citrouille, sans oublier une licorne. Le lecteur ne s’attend pas à découvrir Peggy et Kermit en heureux propriétaire, les auteurs n’hésitant pas à mélanger les sources. S’il est attentif, il croise Astérix et Bob l’éponge dans la gare ferroviaire en page dix-neuf. Chaperon Noir et Loup vivent ensemble dans la même maison, mais ils semblent faire lit à part, la damoiselle dormant dans le canapé. Les scénaristes évoquent effectivement ce qu’ils sont devenus, en n’hésitant pas à regarder leur passé depuis un autre point de vue que celui qui est passé à la postérité dans la version classique de ces contes. Chaperon Noir n’a rien fait de sa vie et glande sur le canapé, en réussissant très bien à ne pas sortir de la maison, son record sans mettre le nez dehors : deux ans au début du récit, et Loup ne sortant qu’une fois par mois pour aller toucher les allocs. Difficile de les prendre comme des modèles. D’ailleurs, leur quête consiste à retrouver Mère-Grand pour qu’elle leur octroie un nouveau logement, gratuit, juste au titre des liens de la famille : pas très moral comme conte. Les aléas de la disparition de la grand-mère vont quand même les mettre dans une position de héros, bon, plutôt des anti-héros, et à prendre une balle. Toutefois la comparaison avec les autres personnages de conte tourne plutôt à l’avantage du loup et du chaperon : la vie conjugale de la pauvre Boucle d’Or ne l’a pas amenée au bonheur escompté, ou encore la fratrie des trois petits cochons s’avère dysfonctionnelle. D’une certaine manière, chaque personnage de conte a conservé le trait de caractère dominant qui était mis en avant, par exemple le comportement carnivore de Loup qui continue à manger des lapins, fussent-ils dotés de conscience. Les auteurs s’en amusent dans leur comportement, ainsi que par quelques remarques bien senties. Chaperon Noir n’hésite pas à traiter Mère-Grand de vieille biche (à prononcer avec l’accent anglais). La femme du Bûcheron qui accuse Mère-Grand d’être une coqueuse d’hommes, à trainer toute la journée en pantoufles pour aguicher son mari. Loup qui se rappelle le bon vieux temps quand Chaperon Noir portait encore le nom de Chaperon Rouge et qu’elle était tellement serviable à faire les livraisons pour tout le monde, comportement que Chaperon Noir qualifie de gros pigeon. Loup qui surnomme les trois petits cochons en les appelant Pim, Pam et Poum. Le petit poucet qui accuse sa mère de l’avoir abandonné. La dessinatrice nourrit également la tonalité humoristique avec des éléments visuels comiques. En page d’ouverture, le Love Parc est parsemé de petits cœurs dans sa décoration architecturale. Même le banc public comporte deux petits cœurs évidés dans son dossier. L’armoire dans la cuisine contient des boîtes de conserve d’un seul et unique modèle, produisant un effet de monotonie désespérante. Elle s’amuse bien avec un pont improbable à structure métallique pour la voie ferrée. Dans les pages suivantes, les modes de locomotion des deux personnages principaux deviennent franchement improbables : un petit canot tiré par un grand poisson, un sidecar accroché à un tandem où pédalent deux kangourous, une sorte de bateau à aube accroché à un ballon dirigeable de type zeppelin (le Love Boat bien sûr), sans oublier la maison dans laquelle se déroule la confrontation finale et le dénouement. L’artiste s’amuse tout autant avec les personnages. Impossible de résister à la dégaine du Chaperon Noir avec survêt à capuche noir orné d’une tête de mort, son short en jean avec revers, et ses clopes, sans oublier ses moues blasées et son manque de joie de vivre. Le loup est dessiné de manière plus exagérée : un individu filiforme, anthropomorphe, avec longue gueule, quelques dents acérées apparentes, sans oublier ses lunettes de soleil, il fume également et son sourire est ravageur. Les personnages de conte et les créatures fantastiques ont perdu leur aura de mythe pour une apparence plus pragmatique qui n’est pas à leur avantage : Boucle d’Or et son air ahuri trahissant le fait qu’elle n’ait pas la wifi à tous les étages, les lapins qui n’ont jamais conscience que Loup est un prédateur, la pauvre licorne qui se prend un pierre dans l’arrière-train et qui ne peut croire qu’il existe une personne qui ne l’aime pas, le nain avec sa capuche qui lui masque le regard et son comportement revêche, la princesse au petit pois fort mécontente de sa mauvaise nuit, etc. Le lecteur sent que les auteurs se sont bien amusés à pointer un défaut de caractère chez les uns et les autres, à les ramener parmi le commun des mortels, mais sans pour autant les humilier ou les massacrer. Le lecteur sent qu’une belle complicité existe entre les deux auteurs, avec un sens de l’humour entre dérision et indignation d’être parfois pris pour des pigeons. Impossible d’oublier l’incroyable addition qui leur est présentée au restaurant en terrasse, leur imputant le coût de leur menu à chacun, le vin et l’eau, mais aussi le coût de la nappe, des couverts, de la panière à pain, des chaises et même de l’addition. Le lecteur se laisse facilement emmener pour accompagner Loup et Chaperon dans leur périple : une dynamique de récit qui a fait ses preuves, alliant une enquête, un voyage et un mystère. Ils dosent avec habileté les éléments très banals et les composants d’un conte au service de deux individus qui ne se laissent pas faire par les circonstances ou les individus plus ou moins mal intentionnés, plus ou moins benêts, mais dont l’objectif reste de trouver un toit pour pouvoir glander tranquillement dans la vie.
Les Enquêtes de Louise Beauvoir
Les enquêtes d'une inspectrice de la gendarmerie d'Aubagne, lieutenant au moment du premier album. Alors qu'elle est sensée être en vacances avec sa fille, elle apprend qu'on a retrouvé la trace d'une jeune femme disparue des années auparavant et dont elle a pris l'enquête à cœur. Elle se rend immédiatement en Corse où la femme a eu un accident, sa voiture étant tombée dans un ravin sans qu'on ait retrouvé son corps. Au vu du reste d'une liasse de billets laissée au sol, les gendarmes se doutent qu'il y a un lien avec le grand banditisme local mais la piste est complexe... et laisse peu d'espoir de retrouver la disparue en vie. D'autant que l'enquêtrice a encore sa fille sur les bras puisqu'elle a absolument insisté à venir avec elle. La BD est dessinée par Toni Cittadini dont le trait souple et lâché rappelle le style de Christian Rossi. Il offre des planches semi réalistes bien faites et claires à la lecture, d'autant que le travail de la coloriste les met bien en valeur. Ses décors corses sont en outre beaux et dépaysants. L'intrigue est une enquête policière tout ce qu'il y a de plus classique. Le cadre et les personnages lui donnent toutefois la touche de sympathie qu'il lui faut pour rendre le récit prenant et agréable. Les protagonistes et leurs dialogues sont emplis d'humanité, soulignée par la relation difficile entre la lieutenant et son collègue corse, ou encore entre elle et sa fille. Les fils de l'enquête se mêlent un peu, l'aspect criminel venant parasiter la recherche de la disparue, mais tout se tient et c'est plaisant. J'ai juste eu un peu de mal ne pas confondre les identités des deux suspects principaux dont les patronymes corses se ressemblaient un peu trop pour le continental que je suis. Alors que je ne suis pas amateur de polar, j'ai pris plaisir à lire cette enquête, à suivre ses protagonistes et à essayer de deviner ce qu'il allait se passer. Note : 3,5/5
Les Guerres de Lucas
Pour l'ancien fan de Star Wars que j'étais, j'ai lâché l'affaire à l'épisode 7, cette BD me permet de replonger dans mon adolescence avec mon premier Star Wars au cinéma : Le retour du Jedi et mes lectures dans Titans (Lug) avec Carmine Infantino au dessin. Un album qui met en évidence toute la pugnacité de George Lucas pour arriver à sortir son film, Star Wars, en 1977. On va évidemment découvrir toutes les embûches qui vont se mettre sur la route de George Lucas, et elles seront très nombreuses, mais ce qui m'a marqué le plus c'est la complémentarité du couple Lucas. George est introverti, alors que son épouse Marcia est plus exubérante, elle sera le pilier sur lequel il pourra s'appuyer avec ses bons conseils et son soutien inconditionnel. N'est-il pas dit que "derrière chaque grand homme se cache une femme" ? Cet album met aussi en lumière tout le génie de cet homme avec une vision du cinéma qui va révolutionner le genre de la science-fiction. Une narration captivante, sans temps mort pour un excellent moment de lecture. Très instructif. La partie graphique est très agréable. Un dessin expressif et fluide associé à une mise en page réussie. Du bon travail. Je recommande.