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Palestine

Note: 3.25/5
(3.25/5 pour 12 avis)

1999 : Prix Tournesol pour le tome 2. 1999 : Prix France Info de la Bande dessinée d’actualité et de reportage (tome 1). Une BD-reportage réalisée en Palestine en 91-92 (pendant la première Intifada) par le journaliste et dessinateur Joe Sacco.


BD Reportage et journalisme d'investigation Carnets de voyages Comix Documentaires Fantagraphics Books Le conflit palestinien Prix France Info Prix Tournesol Proche et Moyen-Orient

Au cours de l’hiver 91-92, l’Américain Joe Sacco s’est rendu en Palestine pour réaliser une BD sur la situation dans les territoires occupés, alors que l’Intifada entrait dans sa 5ème année. A Naplouse, à Ramallah, à Hebron ou dans la bande de Gaza, il recueille des témoignages de Palestiniens subissant l’occupation des colons israéliens, avec ce qu’elle entraîne comme expropriations, destructions, mauvais traitements, misère, humiliations, arrestations et emprisonnements arbitraires, émeutes, violences… Une BD hélas toujours d’actualité 10 ans plus tard, à l’époque de la 2ème Intifada…

Scénariste
Dessinateur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution Janvier 1996
Statut histoire Série terminée 2 tomes parus
Couverture de la série Palestine

31/08/2002 | Cassidy
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Par Seube
Note: 4/5
L'avatar du posteur Seube

Ma critique est certainement influencée par l’excellent avis de Ro, que je vous invite à lire. Cette BD fait partie des plus difficiles à critiquer depuis mon arrivée sur BDthèque 1- Avant de lire : intérêt curieux pour développer mes connaissances sur Israël, Cisjordanie, Bande de Gaza 2- Premières planches : complètement freiné par le dessin, l’abondance du texte, le déroulé de l’auteur… 3- En cours de lecture : plus soucieux de ce que je lis, bien que je sens une redondance 4- A partir du chapitre « Bienvenue à Gazaland » et jusqu’à la fin : inarrêtable, je dévore les planches. Moi avoir compris ! Je commence par le dessin, qui n’est peut-être pas la chose primordiale, mais au vu du pavé on a intérêt d'apprécier. Il habille très bien le fond du récit, et petit à petit il le fait même vivre. J’ai vraiment senti une amélioration nette et rapide. Au début j’ai eu un mal de chien avec cette espèce d’effet « fisheye » beaucoup trop prononcé à mon goût. Comme si c'était en plus contradictoire avec le ton du récit. Et puis au-delà de m’y être habitué, je l'ai trouvé surtout moins caricatural et j'ai fini par en apprécier tous les détails. Plus généralement, le côté très fouillé a aussi été difficile à accepter. Ma lecture précédente était, avec quelques rapprochements graphiques, Tipping Point – Téhéran 1979. Roman graphique qui se lit en 30 minutes avec un dessin minimaliste-amateur. Je vous cache pas que le passage sans transition fait très mal. J'en ai même stoppé ma lecture un moment, en plein milieu du chapitre sur Ramallah. Pas dedans. Texte trop abondant, les histoires s’enchaînent et – bien que sincères à mes yeux – se répètent au point où je me demande si l’auteur a réfléchi 2 minutes à sa trame. Et puis j’ai repris, complètement emporté. En plus de l'opinion du lecteur qui peut jouer, cette BD est aussi une affaire d’humeur. Tu lis pas ça n’importe quand. Ca n'a rien à voir, mais c'est un peu comme Le Roi des Mouches. Tu y réfléchis 2 secondes avant de t'embarquer, sinon c'est un traquenard. Je veux reprendre une partie de la BD qui, à mon sens, en représente toute l’essence: « Sameh est venu me voir et m’a dit : « Ce n’est pas comme ça que tu verras quelque chose. » Si je voulais réellement voir le camp, il fallait que je le suive et je loge chez lui. Je l’ai fait quelques jours plus tard et depuis on ne s’est pas quittés, le dessinateur et le guide […] Il sait pourquoi je suis là, il sait que mon temps est compté, je veux de vraies histoires, il le sait, des descriptions vivantes, et des détails, bon sang, la bd est un art visuel… Combien de soldats ? Comment ils t’ont battu ? Qu’est-ce qu’il s’est passé après ? Il m’aide à faire sortir tout ça des personnes que j’interviewe… Et il entend deux fois, la description de chaque coup, chaque humiliation. Une fois par la personne qui me répond, une autre de sa propre bouche quand il traduit… » Ce passage situé au début du chapitre « Pèlerinage », magnifique d’honnêteté, vient traduire ce que l’auteur recherchait en même temps que ce que les palestiniens lui ont offert... La rencontre, le contact, la liberté d’expression, et même le sensationnalisme assumé de Joe Sacco! Pour moi, c’est ce moment fabuleux qui a déclenché un déclic. J’ai enfin compris la ligne de conduite de l’auteur. Il fait son journaliste touristique depuis le début, il use d’autodérision sur sa condition confortable de reporter (ou rapporteur comme dit très intelligemment Ro dans sa critique), jusqu’à ce que son côté comique rende les armes face à l’accumulation de témoignages terribles des victimes palestiniennes. C'est le voyage concret d'un mec qui frappe aux portes et qui demande aux palestiniens "comment ça va aujourd'hui? Si tu veux, raconte moi". En temps de guerre et de répression, tu peux pas demander autre chose. Le point de vue de l’auteur, j'adhère. Cet humour déroutant du gars qui débarque des Etats-Unis et qui va vivre la grande aventure pour faire une BD qui rapporte du sensationnalisme, du pognon quoi ! L’auteur minimise son action de reportage à travers l’humour pour garder son lecteur jusqu’au bout, mais peut-être aussi pour nous faire comprendre son impuissance au milieu de tout ça. Quelques fois ces interventions malaisantes sont justement trop maladroites, genre « too much », mais ça a le grand mérite d’être honnête. Et puis au final on comprend bien que tout cela est orchestré pour donner un ton scénaristique particulier, ton que j’ai énormément apprécié. Autre chose. Je regrette que certains aviseurs ont simplement vu cette BD comme manichéenne, sans nuance. D’abord, l’auteur conclue sa BD alors qu’il se trouve à Jérusalem/Tel Aviv, villes fondatrices de l’Etat d’Israël, en compagnie de deux femmes israéliennes. Le passage est court mais bien loin d’être inintéressant ! Après un si long développement centré sur les palestiniens, le retour au contact avec le « peuple occidental » montre à quel point les israéliens lambdas n’ont pas du tout la même optique, ni les mêmes problématiques. Ce qui tend à confirmer toute la difficulté d’un potentiel processus de paix. Je rappelle que je décris une BD publiée il y a 20 ans... Ensuite, dire que l’auteur manque de nuance devrait être une constatation avant d’être une critique négative. Je suis arrivé au monde après la naissance de cette BD en France et les premières publications aux Etats-Unis sont de 1993. Joe Sacco a effectué son séjour de 2 mois en Déc. 91 – Jan. 92. Quand on voit l’actualité aujourd’hui des médias traditionnels (regard centré sur les élections d’Israël et sur ses relations géopolitiques), on constate déjà le désintérêt de la question palestinienne (peuple arabe). Alors imaginez l’absence de médiatisation à leur égard dans les années 90 ! Et puis l’auteur était au cœur de la première Intifida ! On peut dire ce qu’on veut, mais j'ai du mal à lire certains commentaires du genre « il n’est resté que 2 mois, comment faire un travail complet en 2 mois? ». Franchement... C’est pas un visa vacances-travail en Nouvelle-Zélande bordel! Deux mois en pleine Intifada, t'as pas nécessairement besoin d'une période plus longue pour capter ce qu'il en est. Et puis t'as pas forcément la mentalité assez solide pour encaisser plus longtemps les horreurs de la guerre non plus! Sinon, c’est vrai que j’espérais une approche éducative avant de lire la BD. Jusqu’à ce que je la lise. Car au final, je ne regrette en rien cette approche concrète, actuelle, cette photo à un instant T, la constatation, les « on dit » qui font uniformément échos dans toutes les villes… Et je ne regrette en rien la position de l'auteur qui a, à sa manière, chercher à défendre un peuple soumis au poids médiatique et idéologique d'un autre. Là où je rejoins d'autres aviseurs, c’est sur la problématique d'accessibilité de cette BD. Pas d’intro, pas de contexte, jamais de pavé explicatif général. On suit le voyage de Joe Sacco. Alors forcément on rame un peu pour situer les villes, comprendre les organisations, l’histoire des uns et des autres… Mais rester borné sur cette critique c'est, encore une fois, louper la volonté de l’auteur de donner une portée médiatique et politique de sa BD. La question n'est pas de savoir si son histoire est une Vérité absolue dans les faits - elle manque (volontairement) de nuance et de source -, je dis juste qu’elle a permis de donner une voix à portée internationale pour un peuple qui n’avait pas le pouvoir de se faire entendre à cette époque. Une œuvre à parcourir pour se rappeler, prendre conscience, lire un point de vue et/ou nourrir les débats.

04/09/2021 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
L'avatar du posteur Erik

J'ai bien aimé cette série de Joe Sacco car il montre pour l'une des premières fois la condition du peuple palestinien. Nous aovns eu droit toute notre vie aux explications d'Israël comme le dit si bien l'auteur dans son ouvrage. Il a mené une enquête objective dans la bande de Gaza pour recueillir des témoignages et voir ce qui se passe concrètement. J'avoue avoir été interloqué par ce reportage sur un quotidien désespérant à Gaza. Ces faits sont ceux des années 90. Vingt ans ont passé et les choses se sont encore empirées. J'avoue aisément ne pas avoir de la sympathie pour les soldats israëliens et pour les colons. Ils ne comprennent pas les souffrances qu'ils infligent. Ils pensent parce qu'ils ont gagné la guerre, malheur aux vaincus. La première et la seconde guerre mondiale ont duré 5 ans. Là-bas le conflit dure depuis 1948. ces gens n'ont connu que la guerre. L'Allemagne nazie a été vaincu de même que le Japon impérialiste, mais aujourd'hui ces états sont libres et pacifiés. Joe Sacco a le mérite par cette oeuvre de montrer une autre réalité moins connue. Je trouve également que son idée de créer un seul état pour ses deux peuples comme en Afrique du Sud est certainement l'une des solutions à envisager pour une paix durable dans le futur. Par ailleurs, il place l'humain avant tout autre chose. Cette manière de voir les choses retient mon attention. Bien sûr, 4 étoiles.

26/02/2015 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Voilà deux albums qui ne devraient pas avoir de raison d’être. Et qui ne devraient avoir de source d’inspiration hors de l’imagination de leur auteur. Malheureusement, la partie « créative » de cette œuvre s’abreuve de réalité, d’une scandaleuse, et triste réalité. Et malheureusement ces albums sont aussi nécessaires. Car la réalité qu’ils décrivent – avec un regard extérieur, mais posé « de l’intérieur » !- est de celle qui n’est que rarement traitée dans les actualités, même travesties par toutes sortes de contrevérités ou d’oublis (même s’il faut reconnaître que les reportages de Charles Enderlin dans les journaux de France2 [et dans les livres très intéressants qu’il a publiés] et de nombreux articles publiés par Le Monde Diplomatique démentent cette affirmation). A son corps défendant, Sacco est donc devenu une sorte de porte parole pour ces internés/dépossédés que sont devenus les Palestiniens depuis plus de soixante ans. Eux à qui l’on refuse le droit de parole. Eux à qui l’on refuse l’application du droit – que ce soient les conventions internationales, ou les résolutions de l’ONU. Car Sacco décrit les crimes de guerre subis quotidiennement par les habitants (tortures, punitions collectives, destructions de plantation ou d’infrastructures, humiliations des couvre-feux et autres check-points…), de la part des colons israéliens, de Tsahal et, in fine, de l’Etat d’Israël. Si le résultat paraît manichéen, il faut dire que s’il y a des victimes des deux côtés dans ce conflit où se mêlent colonialisme, extrémisme religieux et racisme (mais aussi toutes les arrière-pensées habituelles à la mondialisation et aux petits calculs de politiciens), les victimes israéliennes – bien réelles, ont plus souvent l’occasion d’être médiatisées (d’où une empathie très déséquilibrée dans l’opinion publique). Mais Sacco, sorte de candide au pays des valeurs détournées, ne cherche pas à cacher ce qu’il a pu voir et qui contrarierait les catégories dans lesquelles on range trop facilement les gens. Ainsi de la place des femmes et du port du voile chez les Palestiniens, ainsi des questions que se posent de nombreux israéliens (soldats ou membres du mouvement La Paix Maintenant)… Un témoignage partial probablement. Mais un témoignage à lire. S’il ne justifie aucune action terroriste, il éclaire l’une des causes de certains attentats commis par des Palestiniens (ou en leur nom), même si les pays arabes voisins ont instrumentalisé cette souffrance. Les accords de Camp David comme ceux d’Oslo n’ont fondamentalement rien changé. Ils ne faisaient qu’entériner une défaite ou une victoire (selon le camp où l’on se place), mais n’annonçaient pas la paix, hélas. Pour revenir au médium bande dessinée, je dois dire que j’ai vraiment aimé le dessin de Sacco, et le découpage des planches (je regrette juste les trop nombreuses coquilles ou fautes d’orthographe). A lire donc !

03/02/2014 (modifier)
Par Superjé
Note: 4/5 Coups de coeur expiré

L'histoire moderne m'intéresse... Après avoir lu pas mal de BDs sur la seconde guerre mondiale (même si je suis loin d'avoir fais le tour), des BDs sur le conflit israélo-palestinien s'impose comme une suite logique (au même titre que les thèmes de la guerre froide ou des Trente Glorieuses), et en ce moment, la "référence" sur ce thème, c'est Joe Sacco. Le problème c'est que, même si je sais plus ou moins pourquoi l'état palestinien a été crée, je ne connais rien d'autres là dessus, et lorsqu’on entame "Palestine", Joe Sacco ne résume en rien la situation en Palestine lorsqu'il a fait son reportage... Je me suis senti un peu perdu à la lecture. Il ne faut pas que cette impression vous empêche de continuer, car, en refermant cette œuvre, même si je ne me sentais pas un incollable sur le sujet, le brouillard commençait tout doucement à se désépaissir sur les tenants et aboutissants du conflit. D'ailleurs, je tiens aussi à signaler que le dossier en début d'album, s’il n'est pas toujours des plus intéressants, est important à lire car la partie BD n'a pas d'introduction, donc le dossier nous sert à connaitre un peu le personnage de Joe Sacco et ses motivations. Il est vrai aussi que, si je ne demandais pas forcément plus de "partialité" dans les faits relatés, car ce n'est pas comme si Sacco nous cachait qu'il était plus du côté palestinien, par contre, je ne serais pas contre lire le même sorte de BD mais du côté Israélien. J'aime bien le dessin de Joe Sacco. Il est vraiment typique des productions américaines underground (et légèrement démodé), c'est un style que j'apprécie à petite dose. Ses personnages ne sont pas très beaux (même si il y a un joli travail de caricature), même si certains se ressemblent beaucoup, et les décors sont en général jolis et bien travaillés. Pour le reste du scénario, les faits relatés sont en général intéressants voire passionnants (j'ai lu l'album qui est très, très, dense relativement vite), et certains passages (notamment sur la torture), sont vraiment très poignants (au même titre qu'un Maus). Par rapport aux différents avis que j'ai pu lire, ceux qui ont lu Gaza 1956, en marge de l'histoire avant "Palestine" étaient en général déçus, contrairement à ceux qui ont fait l'inverse. C'est pourquoi, je conseille de commencer par "Palestine", si vous voulez lire les deux livres, et c'est ce que je vais faire. Une œuvre très poignante et assez instructive (et dans mon entourage, je ne suis pas le seul à avoir aimé), qui me donne l'envie de m'intéresser de plus près au conflit israélo-palestinien. 4.5/5

16/04/2011 (modifier)
Par Spooky
Note: 2/5
L'avatar du posteur Spooky

Forcément, après la lecture de la somme qu'est Gaza 1956, en marge de l'histoire, ce "Palestine" fait figure de réchauffé. Sauf qu'à l'époque, Joe Sacco "débutait" sa période palestinienne. Et franchement, malgré tout le respect que j'ai pour le personnage et pour son oeuvre, et même après l'avoir brièvement rencontré, cette lecture est décevante à plusieurs égards. Bien sûr, il fait oeuvre de mémoire en compilant les divers incidents ayant émaillé l'existence d'Israël depuis 1948, surtout vus du côté palestinien, ce qui est le principal argument de ses détracteurs. C'est nécessaire afin de mesurer l'ampleur du problème du proche-Orient, et se dire qu'une fois de plus, les Britanniques n'ont pas rendu service en cédant ces terres en 1947... Certes, le côté "brut", authentique, brut de décoffrage de ses anecdotes offre un point de vue rare mais précieux. Mais il y a des choses vraiment gênantes dans ces nouvelles illustrées. En particulier le côté charognard de certaines remarques : "c'est bon pour ma BD" ; "ça va faire une belle séquence, ça" ou encore "voilà ce qui me fait triper"... On a un peu l'impression qu'il se repaît de la misère des Palestiniens. Dommage car l'ensemble est vraiment intéressant, et sans doute encore plus à l'époque...

18/08/2010 (modifier)
Par Ems
Note: 3/5

Cet avis ne vaut que pour le second tome "Palestine, dans la bande de Gaza", en espérant que je tombe sur le premier tome un jour. J'affectionne ce type de BD documentaires en général. Celle ci n'a pas dérogé à cette règle. Le dessin est agréable mais parfois trop chargé à mon goût. Pour que le fond passe, il vaut mieux éviter de trop fignoler la forme. Sacco a le mérite d'aller au bout de ses objectifs mais l'ensemble m'a paru brouillon. J'ai eu du mal à situer le contexte et l'historique est un peu léger. Cette BD se place clairement du point de vue des Palestiniens, il ne faut pas s'attendre à un documentaire traitant de la globalité du problème israélo-palestinien. Sans tomber dans le larmoyant, on a surtout un cri de coeur de Sacco. Note affinée : 3.5/5

09/05/2009 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
L'avatar du posteur Gaston

« Palestine » est une bd intéressante sur la situation en Israël et en Palestine, mais il faut garder en tête que Joe Sacco est sans aucun doute du coté palestinien. L'ouvrage est donc plus un livre d'opinion qu'un vrai reportage. C'est d'ailleurs ce qui m'a un peu déçu. J'aurais aimé en savoir plus du coté israélien. Sacco n'interroge que deux femmes alors qu'il recueille le témoignage de dizaines de palestiniens. Pourtant, ça aurait été intéressant de savoir l'opinion des colons et surtout d'où vient la haine envers les palestiniens. Malgré ça, la lecture de ce comics est très intéressante. Sacco nous montre clairement la vie des palestiniens et ce n'est pas beau à voir. Ça m'a fait comprendre pourquoi certains palestiniens en viennent à des solutions extrêmes (appuyer Saddam Hussein par exemple) pour régler le problème. C'est clairement une lecture qui fait réfléchir sur ce problème très grave.

08/05/2009 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
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Commençons par le gros problème de cette BD : pour un bouquin qui s’autoproclame « reportage », c’est très engagé, trop engagé même, et flirte souvent avec de la propagande anti-Israël. Joe Sacco interroge de nombreux palestiniens, qui pour le coup sont soit docteur, soit enseignant, bref, des gars biens et intelligents, qui ont tous une histoire terrible à raconter. Histoire non-vérifiable mettant bien sûr en scène des Israéliens haineux (colons ou police) balançant des pierres sans raisons et tirant sur tout ce qui bouge. Alors attention, j’imagine bien qu’il y a beaucoup de vérité dans ces témoignages, mais l’ensemble me paraît quand même bien « embelli ». La situation dans les territoires occupés est inacceptable, mais quand même un peu plus compliquée qu’une bande de méchants Israéliens sauvages martyrisant des gentils Palestiniens qui gagnent bien leur vie sans embêter personne. A noter aussi que la BD date de 1991, et ne colle donc pas vraiment à l’actualité. Tout cela étant dit, j’ai quand même trouvé cette BD prenante et intéressante, et si elle n’est de doute évidence pas neutre, elle a au moins l’énorme mérite de dénoncer et de nous rappeler la situation inacceptable dans laquelle se trouvaient (et se trouvent toujours) les territoires occupés. De plus contrairement à d’autres posteurs j’ai trouvé la lecture facile (mais longue), et l’humour corrosif de Sacco fait vraiment mouche (la façon dont il se moque de lui-même, ou le gag récurrent du thé). Bref, si le genre vous tente, n’hésitez pas une seconde, à condition de bien garder à l’esprit que Palestine est plus un coup de gueule engagé qu’un reportage neutre et objectif.

22/04/2006 (modifier)
Par Pacman
Note: 2/5

Tout d'abord, ce n'est pas vraiment une bande dessinée, mais plutôt le résumé illustré d'un séjour de l'auteur dans les territoires occupés. Pour le reste, je suis globalement d'accord avec les deux avis précédents. Pour moi, Sacco était largement pro palestinien avant de se rendre en Palestine, et cette bd est le reflet de son opinion plutôt qu'une étude approfondie du problème. Reste que ce qu'il raconte est certainement vrai, et qu'à notre époque, c'est une honte que les puissances occidentales ne fassent pas appliquer les résolutions de l'ONU, notamment celles qui demandent à Israël de se retirer des territoires occupés. Mais les Palestiniens n'ont pas de pétrole, c'est là leur plus gros défaut... Ceci étant, c'est une guerre opposant une armée régulière et un mouvement de résistance. L'auteur à donc beau jeu de nous montrer les abus des plus forts, en l'occurrence les Israéliens. D'autre part, il est fâcheux qu'il ne donne jamais la version israélienne, à par un moment, à travers le témoignage de deux femmes, qu'il fait d'ailleurs gentiment passer pour des filles faciles. Il pourrait aussi regarder ce qu'il se passe ailleurs, comme par exemple en Irak plus récemment, avec les USA à la place des israéliens. Ca lui permettrait peu être de se mettre un peu à la place d'un israélien "de base". Pour finir, il n'y est pas resté beaucoup, en Palestine. Dans la bande de Gaza encore moins (une semaine). Comment fournir un travail sérieux après si peu de temps, sans prendre le temps de vérifier un tant soit peu les infos, de faire se recouper les témoignages, d'interroger les deux parties? Bon, ne noircissons pas trop le tableau, Sacco a au moins le mérite d'y être allé et d'essayer de nous décrire ce qu'il a vu ou entendu sur place. Je ne connaissais le problème que par ce qu'on en apprend aux infos (c'est à dire pas grand chose) et cette bd a éclairci pas mal de choses pour moi, notamment factions de l'OLP, les noms des camps, un peu d'histoire, etc. Mais pour moi, cela aurait mérité un travail bien plus complet.

06/08/2004 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
L'avatar du posteur Ro

Pas facile de donner un avis sur cette BD car il y en a beaucoup à dire et à penser. Commençons par le plus simple à critiquer, le dessin. Je ne le trouve pas franchement bon. Les personnages sont assez moches, d'une certaine manière typés dans un style années 80 (le comble alors que la BD date des années 90) et les décors pas mal même si assez simplistes à mes yeux. Quelques plans d'ensemble des quartiers de Gaza ou autres me font penser, par leur côté rond, fouillis et plein de détails à regarder de tous les côtés, à des images de Où est Charlie ?, contrastant avec le sérieux du propos. Et puis avec le texte par dessus, je trouve le tout assez hermétique à la lecture, trop confus pour être facilement apprécié et lu. Ceci étant dit, on s'y habitue en cours de lecture mais jamais je n'ai trouvé les images vraiment belles. L'intérêt de cette BD ne réside donc pas à mes yeux dans ses dessins mais bien dans ce qu'elle raconte. C'est du journalisme pur et dur, presque du rapportage : l'auteur raconte mot pour mot ce qu'il a fait et vu durant son séjour en Palestine et en Israël. Le côté instructif y est. On apprend à quoi ressemble la vie des réfugiés Palestiniens, on comprend ce qu'ils vivent tous les jours, on voit ce qu'ils endurent. L'expression "Bienvenue en Enfer" paraît justifiée si on se réfère à ce qui nous est décrit là : il est difficile, à la lecture de cette BD, de ne pas comparer la vie des Palestiniens à Gaza ou autres à celle de prisonniers de camps de concentration persécutés en permanence par des hommes en armes haineux contre qui ils ne peuvent que lancer des cailloux et puis se faire tuer. C'est dur, c'est noir et le pire c'est de se dire que tout cela est vrai et doit sûrement être encore pire de nos jours, plus de 10 ans après et avec la nouvelle Intifada. C'en est presque déprimant. Déprimant parce que l'on voit vraiment l'horreur de la vie des réfugiés Palestiniens, parce qu'on voit une haine totale entre soldats Israéliens, colons juifs et eux, mais aussi et surtout parce qu'on n'arrive pas à imaginer de solution à ça. Il est vrai que la BD est largement placée du côté des Palestiniens avec les Israéliens vus comme des monstres implacables et sans âme. Mais finalement vers la fin du 2e tome, l'auteur nous montre l'avis de civils Israéliens (des femmes d'ailleurs pour adoucir encore les choses) et cela nous montre d'autant plus l'incompréhension entre les peuples, l'impossibilité quasi-certaine d'arriver à une entente car chacun semble avoir ses raisons de haïr l'autre. Ceci étant dit, malgré ce petit interlude où l'on change de point de vue, je trouve que la BD reste tout de même sur l'idée suivante : "les Palestiniens sont traités comme des animaux depuis des dizaines d'années à cause des Anglais, des USA et des Israéliens, tout ça parce que les Israëliens jugent qu'ils ont le droit de leur prendre leur terre pour des raisons de fanatisme religieux et aussi parce qu'ils estiment que du fait d'avoir subi eux-mêmes l'Holocauste, ils ont le droit de se débarrasser de peuples qui les gêneraient pour vivre la vie qu'ils veulent vivre". C'est ce message unilatéral qui m'a gêné dans ma lecture. J'aurais franchement aimé que l'auteur s'attarde plus sur l'avis des Israéliens, sur le pourquoi du comment et surtout sur comment ils ont pu en venir à se haïr à ce point et à se considérer comme des animaux les uns pour les autres. D'autant plus que raconté ainsi, on s'en sort complètement pessimiste avec aucune idée en tête qui permettrait de résoudre ce conflit qui, présenté ainsi, a l'air de ne pouvoir avoir d'autre fin que l'extermination des Palestiniens ou bien le départ des Israéliens et la mort d'Israël. Et le pire reste toujours de se dire que les choses ont empiré depuis l'écriture de cette BD. Voilà, c'est donc ce côté unilatéral et complètement pessimiste que je reproche à cette BD. Mais d'une certaine manière, la réalité objective du reportage journalistique est assez respectée malgré tout et ce qu'a pu m'apprendre cette BD sur cette dure réalité en Palestine suffit à me la faire trouver pas mal. En outre, il y a aussi un aspect qui m'a plu : la façon dont l'auteur réalise combien lui-même paraît privilégié et égoïste dans cette situation. Il se montre presque comme étant mesquin et puéril, s'amusant à manger la nourriture des réfugiés et à dormir chez eux comme un touriste juste pour créer et vendre sa petite BD, et aussi pour se faire quelques sensations. J'ai trouvé un chapitre particulièrement fort, c'était celui où l'auteur est avec son guide en voiture sous une pluie battante, en pleine nuit, à transporter une vidéo interdite. L'auteur explique alors à quel point, alors que son guide subit des problèmes à cause de lui et qu'il n'aime pas vraiment ça, lui, l'occidental, est ravi et heureux d'être là parce qu'il vit ainsi un fantasme de gamin, une vraie aventure, tout fier d'avoir osé affronter ainsi une situation vraie et dangereuse, même s'il reste tout calfeutré dans sa protection d'occidental, se protégeant même soigneusement des gouttes de pluie. L'auteur ose montrer son côté "petit occidental en quête de sensations et de reconnaissance" alors qu'il fait son reportage, et cette sincérité sur lui-même et en comparaison du drame qui l'entoure m'a assez plu. Puis il y a juste ensuite ces mots : "Ce qu'il y a de bien avec une cassette vidéo, c'est que tu peux la rembobiner, (...) éliminer les surprises... C'est plus cool pour les nerfs : tu sais que les soldats ne viendront pas... Garanti... Mais mets les pieds dehors dans Gaza maintenant et tu n'es plus sûr de rien...". L'auteur montre bien que son histoire, c'est la Réalité, que lui-même qui y était alors qu'il était occidental ne pouvait pas appréhender comme un Palestinien peut le faire, alors ne parlons même pas des autres qui regardent ça de loin à la télé ou même dans cette BD. En résumé, une BD que je trouve assez moyenne visuellement, pas très agréable à lire car finalement le texte prime largement sur l'image (comme dit Patrick ci-dessous, l'intérêt d'avoir fait ça en BD n'est pas évident), mais avec l'intérêt d'en apprendre beaucoup sur la condition des Réfugiés Palestiniens, sur leur calvaire quotidien, et aussi sur la façon dont un occidental privilégié les voit et peut vivre un voyage parmi eux. Seul défaut majeur, prendre garde à l'unilatéralisme de ce récit.

15/06/2004 (modifier)