Profesor Furia a vu le jour dans le magazine (format comics) Lucha Libre, édité par Les humanoïdes associés entre 2006 et 2009 puis réédité en album ainsi que tous les protagonistes du magazine (Les Tikitis, Les Luchadores 5, Tequila, Les Luchadoritos,...).
L'humour de l'album ne sera forcément pas du goût de tout le monde car sans concession. Le Profesor ne fait pas dans la dentelle et c'est ça qui m'a fait rire.Sa phrase préférée "Ta gueule" est utilisée avec justesse et aux bons moments. Un pourri que l'on adore détester. Les dialogues sont savoureux, mêlés de philosophie manipulatrice et de grossièretés assez originales.
Le dessin est assez sympa sans être transcendantal (un mélange de Tardi et de Crumb).
J'ai vraiment accroché sur l'humour et le personnage du Profesor Furia ainsi que les réactions, les comportements et la naïveté de ses élèves.
Achat conseillé pour les amateurs d'humour vache.
Cette série de Chéret pour le journal Tintin en 1973, bénéficiait de la formule des maxi-chapitres mise en place lorsque Greg fut redac-chef du journal ; elle consistait en des chapitres plus longs de 8 ou 10 pages qui avaient leur fin propre, tout en ayant une continuité, à la différence du récit complet de 4 pages, formule trop restrictive ; et surtout, ça permettait une édition en album, ces maxi-chapitres mis bout à bout formaient un 44 planches classiques chez Lombard ou Dargaud.
Le scénario du premier épisode de Domino est de Greg, les autres de Van Hamme. C'est une série de cape et d'épée se déroulant à l'époque de la Régence, période courte et peu abordée en BD, mais où l'aspect comique côtoie le ton romanesque qu'on peut rencontrer dans Le Bossu.
C'est le temps des bretteurs de fer, des brigands de grand chemin et des cours des miracles ; le héros en est Dominique d'Exclut-Lynapte, dit Domino, garçon encore inexpérimenté mais intelligent, un doux rêveur que son parrain chanoine entreprend d'éduquer en nourrissant l'espoir d'en faire un homme d'épée plein d'audace et loyal, ce qu'il aurait voulu être si Dieu ne l'avait appelé. Mais ce filleul insouciant se complaît dans la maladresse et préfère la séduction des jeunes femmes qui lui tournent autour. Il se trouve bientôt opposé à Justicias et Démoniax, des gredins impétueux qui se jouent de lui, mais qu'il vaincra plus tard grâce à sa chance.
Ce scénario un peu léger permet cependant à Chéret d'assouplir son trait, moins vigoureux que dans Rahan, et de changer d'univers. Une bande sympathique et très plaisante, assez peu connue, et que je lisais toujours émerveillé dans Tintin, emporté par ma passion des duels à l'épée...
Après avoir collaboré avec 2 grands scénaristes (Dufaux sur Rapaces, Desberg sur Le Scorpion), Marini a dû se sentir solide pour signer seul une série au sujet fort et exigeant, où son écriture est aussi brillante que son graphisme.
Rome est si fertile en complots, rivalités, politique retorse, personnages troubles et solides caractères, que son décor ne pouvait qu'attirer le dessinateur du Scorpion, tout en se démarquant de Murena, autre série "romaine" du même genre. Certes, Marini puise dans des sources historiques réelles et utilise un glossaire en fin d'album pour éclairer le lecteur, mais "Les Aigles de Rome" diffère de Murena, d'abord par son époque (le règne d'Auguste), puis son aspect plus politisé et tourné vers la guerre, Murena lorgnant surtout vers des intrigues de palais, le pouvoir et les combats de gladiateurs. Ici, deux jeunes garçons l'un Romain de souche, Marcus Valerius Falco, l'autre un Chérusque, Ermanamer qui devient Arminius, sont élevés ensemble sous le même toît avec une discipline de fer. Au fil des épreuves, l'amitié et le respect succèdent à la haine tenace, ils grandissent et gravissent les échelons de la hiérarchie sociale et militaire, mais leur fraternité est mise à rude épreuve par les évènements, la politique et la passion amoureuse.
Il est clair que cette intrigue qui évolue au milieu du massacre des légions de Varus par les tribus de Germanie (tragédie qui assombrit les vieux jours d'Auguste, répétant sans cesse, selon Suétone: "Varus rends-moi mes légions"), va sûrement mal finir, en opposant deux frères de sang tiraillés par leurs racines (surtout Arminius dont le coeur bat encore pour son peuple) et leur ambition, et l'on devine un peu sa conclusion.
Ceci dit, cette bande est en tout point superbe, Marini se surpasse avec son trait magique, à la fois souple et puissant, agrémenté de belles couleurs; le seul bémol est dans la crudité anachronique du dialogue (non, même les expressions latines les plus outrées n'étaient pas aussi triviales), ici, ça fait dans le langage de zonard, parce que ça veut ressembler à la série TV Spartacus (mais c'est des Ricains, on peut leur pardonner). Sinon, la progression est assez lente et permet au lecteur de bien comprendre tous les rouages de cette histoire bien documentée, de même que certaines scènes érotiques viennent aussi égayer une intrigue tendue par endroits.
Cette série est donc bien partie pour devenir encore un nouveau classique de Dargaud.
Encore une BD de nanas oui, mais en décalage avec ce que j'ai pu lire jusqu'à présent.
Je l'ai déjà trouvé beaucoup moins girly (même si un des personnages est totalement fashion victime). Mais surtout parce que sur le fond, même si pas mal d'histoires sentent le vécu, on n'est pas du tout dans une dynamique autobiographique : moins d'égocentrisme, plus de sens critique. Même au niveau de l'humour je l'ai trouvé avec une tendance cynique que j'ai trouvée assez savoureux.
Les designs des personnages en cohérence avec le fonds de l'album : loin des canons de beauté, des chaussures de marque, on retrouve des silhouettes familières.
Sur le scénario, l'histoire semble clairement le prétexte à raconter des anecdotes. Les histoires courtes se succèdent avec fluidité et légèreté même si certaines m'ont plus amusé que d'autres.
Je suis probablement plein cœur de cible donc j'ai accroché avec cette BD. Je me suis particulièrement attachée aux personnages secondaires qui apportent du relief au groupe : la vieille acariâtre et le jeune gaffeur (sans compter le chien de la honte).
Côté graphique, j'ai aimé le parti pris : les aplats de couleurs texturés associées au côté "encré" du trait.
Voici un ovni dans le petit monde de la bd.
BenGrrr, je le connaissais comme coloriste, je le découvre maintenant comme dessinateur (même si j’avais déjà lu Zzzwük - Celui qui ressemble à un lapin sans pour autant en faire le rapprochement des pseudos à l’époque).
Il propose un récit autobiographique dont le premier volume m’a laissé perplexe même si le final était fort émotionnellement. Sans les avis enthousiastes de mes prédécesseurs, j’aurais certainement arrêté ma lecture prématurément. Il est vrai que ce triptyque ne prend toute sa dimension que si lu dans son intégralité. J’ai beaucoup apprécié la narration et la mise en page. L’auteur s’accorde pas mal de libertés (absence récurrente de bras pour Boris) et le souci du détail est très présent. Le symbolisme dont parle Spooky (composition des couvertures, choix des titres) est poussé très en avant. Ainsi, chaque chapitre est précédé par une définition d’un objet a priori anodin mais qui a une réelle signification pour le chapitre en question. Voilà un récit en marge des productions actuelles, riche en significations et émotions, qui porte un regard très personnel sur ses relations avec la vie, la mort, l’amitié. Et si tout était lié ? …
Une lecture déprimante mais intéressante qui a été, j’imagine, un bel exutoire pour l’auteur.
Je pense, enfin j'espère, que l'on vit une période importante pour la démocratie en Méditerranée. Et même si les media en ont largement parlé depuis plus de deux ans, il ne faut pas oublier qu'on n'a qu'une vision parcellaire des évènements.
Vouloir en faire une sorte de mise au point qui reprend le fil des évènements est une bonne idée, ceux-ci sont totalement frais dans l'esprit du grand public, d'autant plus que dans certains pays l'histoire s'écrit toujours en lettres de sang. Ce qui est gênant en l'occurrence, car dans quelques mois, peut-être, cet ouvrage paraîtra incomplet... Mais ne boudons pas notre plaisir, le travail ici est de qualité, il permet de replacer la plupart des évènements dans leur contexte, de comprendre pourquoi cela s'est envenimé, et comment cela évolue. Un côté pédagogique indéniable, même si parfois la narration en voix off est un lourde. Peut-être qu'un peu de respiration eût été de bon aloi...
Il est à noter que Jean-Pierre Filiu, journaliste spécialiste de la question du proche et du moyen-orient, a choisi de nous montrer des destins individuels, symboliques de ces mouvements de foule, ce qui permet d'humaniser son récit. L'adjonction de Cyrille Pomès comme dessinateur du projet est une bonne idée, celui-ci apporte sa puissance d'évocation, son talent de portraitiste et sa rigueur formelle à l'ensemble.
Malgré tout c'est un gros morceau à avaler. A lire en plusieurs fois, d'autant plus que l'ensemble est découpé en chapitres correspondant à un pays donné ; par contre je ne comprends pas trop pourquoi on revient deux fois à la Syrie, à la Tunisie, à l'Egypte... Cela induit une petite confusion.
Ma véritable note est de 3,5/5, que j'ai arrondi au demi supérieur car au-delà des qualités artistiques, c'est tout de même une bonne idée.
Intéressante série que voici.
En partant d’une « malédiction » qui semble autant tenir du hasard que du prétendu pouvoir d’une statue aztèque, les auteurs brodent des récits indépendants mais liés entre eux. Entendez par là que vous pouvez lire chaque tome comme un one-shot mais que, par ailleurs, en les lisant les uns à la suite des autres, c’est à une histoire complète que vous vous retrouvez confrontés.
J’ai particulièrement apprécié cette ambiguïté qui entoure la « malédiction ». Certes les membres de la lignée meurent bien à 33 ans, à l’image de leurs ancêtres, mais ces morts doivent autant au hasard qu’à la conviction qu’ils ont qu’ils mourront à 33 ans. Et ça, c’est plutôt bien vu !
Après, chaque tome peut se lire de manière indépendante. Les différents scénaristes ont collaboré entre eux pour garantir la cohérence de l’ensemble mais chaque scénariste s’occupe plus particulièrement d’un tome. Les dessinateurs, eux, changent en fonction des tomes. Ce procédé permet d’offrir des albums au ton personnel. Celui scénarisé par Laurent Galandon, par exemple, ressemble vraiment à du Laurent Galandon, avec ce côté mélodramatique qui lui est cher.
Après lecture de trois tomes, je trouve la série très réussie. Le mystère est au rendez-vous tandis que les différents tomes proposent des récits prenants et souvent bien ancrés dans leur époque (guerre civile en Espagne pour le premier tome, révolte sociale à Brest dans le deuxième, émergence du mouvement punk dans le troisième).
Le dessin est dans l’ensemble agréable à lire. A titre personnel, j’ai trouvé celui du deuxième tome un peu moins réussi mais pas de nature à me détourner de la série.
Je vais continuer à suivre la série, avec d’autant plus d’assiduité que le troisième tome éclaire la malédiction de la lignée sous un nouvel angle. Seul reproche : certains liens entre les tomes sont un peu forcé, et notamment ceux concernant l’héroïne du premier tome, actrice ratée dont les films continuent à être diffusés des années plus tard et sans raison apparente.
L'histoire d'un flic français, au Cambodge, de "la brigades des étrangers", qui lutte contre la pédophilie de ses compatriotes. Un peu sanguin, il ne suit pas forcément les règles imposées par sa hiérarchie et ça lui amène quelques soucis. Dit comme ça, ça peut faire penser aux histoires peu originales de vieux flics sur le retour, mais ce bonhomme là il est attachant, et ambigu aussi et on le suit volontiers.
Si le sujet est fort (mes prédécesseurs l'ont évoqué) et dur, pour moi ce n'est pas le seul atout de cette œuvre : le dessin mes aïeux ! Un beau noir et blanc, expressif, parfois fin et délicat, parfois plus gras, qui joue merveilleusement bien avec les ombres et me fait penser à Risso à ce niveau là. Vraiment beau, dès sa couverture. Une fois terminé, je suis revenu sur certaines planches.
Et la narration, le découpage, les dialogues, l'ambiance, bah c'est le genre qui fait que j'accroche, dès les premières pages. Ca se finit même limite un peu vite malgré ses 104 pages.
Un album franchement bien, un coup de coeur même, que je relirai pour sûr.
Après le succès de Histoire sans Héros en 1975, Dany s'écarte encore d'Olivier Rameau et retrouve son scénariste Jean Van Hamme, encore peu connu, en se tournant vers le réalisme avec cette série diffusée dans Tintin entre 1978 et 1984 ; c'est là que je l'ai découverte, et je ne note que les 3 épisodes Dany/Van Hamme, n'ayant pas lu la reprise du nouveau duo d'auteurs.
Agent secret macho qui s'oppose à toutes sortes de forbans, dans une ambiance Bondienne au cocktail explosif qui sent le déjà vu, Arlequin réunit charme, suspense, action, bref de l'aventure policière au ton léger et insouciant typique de son époque avec ce qu'on voyait dans les série TV comme "Amicalement Vôtre" ou "Poigne de fer et séduction". Ceci ne renouvelle pas le cliché du héros d'action qui sera pourtant suivi en BD dans une série de la même veine (421 d'Eric Maltaite), mais heureusement, le dessin de Dany est joli à regarder, et les péripéties nombreuses sont finalement très divertissantes, c'est tout ce qu'on demande à cette Bd que ses auteurs ont dû bien s'amuser à concevoir.
Ceci dit, j'ai acheté à très bon prix et en parfait état les rééditions (avec les anciennes couvertures) de ces 3 épisodes récemment, et finalement, le divertissement est payant, on s'y laisse prendre ; étrangement, j'y ai trouvé des éléments qui préfiguraient Largo Winch, ça sonne même très Largo Winch par endroits, on est un peu dans un milieu d'affaires, en plus humoristique (est-ce que Van Hamme y pensait déjà ?). Tout bien considéré, ces 3 épisodes réalisés par un duo magique sont vraiment excellents, et de temps en temps, lire une Bd plus légère quand en plus elle est de qualité, ça fait du bien.
Ce récit en 28 planches fut publié dans Pilote à partir de novembre 1968, écrit et dessiné par Gébé (qui participait aussi aux fameuses pages d'actualité du journal, un rescapé de Hara-Kiri, le journal "bête et méchant"). C'est ainsi que je l'ai découvert en couleurs dans Pilote ; ça m'a un peu surpris vu que j'avais dans les 9 ou 10 ans, et que c'était un graphisme inhabituel, mais ça m'a marqué, et quand j'ai vu l'édition du Square bien plus tard en bibliothèque, j'étais bien étonné de voir une telle curiosité intéresser un éditeur, je l'ai relue et ça m'a rappelé plein de souvenirs agréables, parce que c'est indéfinissable, c'est vraiment une curiosité, qui aurait dû avoir une suite, mais son insuccès décida Gébé à abandonner et même à quitter la BD pour le dessin humoristique politique.
Quel dommage ! Cette histoire qui sentait bon la campagne profonde plongeait dans une ruralité nostalgique aux saines valeurs, au temps où l'on allait chercher son lait à la ferme avec un bidon, où les vieux cafés de village conservaient cet aspect vieillot plein de charme, où les chambres d'hôtel avaient des planchers qui craquent et des draps raides. J'ai un peu connu ça puisque je passais mes vacances à la campagne, j'en ai gardé un amour de la vie paysanne et des goûts simples ; à cette époque je dévorais mes Bd préférées dans les magazines et les petits formats.
L'action se passe dans un petit village rural où est né Clovis, vieillard têtu et volontaire qui se lance à la recherche d'un vieux camarade d'école communale, Casimir, qui devait lui rapporter une jolie plume de faisan, et qu'il n'a plus revu depuis 60 ans.
Cette histoire paraît banale comme ça, mais elle dégage une fraîcheur et un charme suranné, aidé par le graphisme de Gébé qui utilise la technique des pointillés et qui donne à ses personnages (surtout Clovis) des physionomies étonnantes qui renforcent l'aspect comique.
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Profesor Furia
Profesor Furia a vu le jour dans le magazine (format comics) Lucha Libre, édité par Les humanoïdes associés entre 2006 et 2009 puis réédité en album ainsi que tous les protagonistes du magazine (Les Tikitis, Les Luchadores 5, Tequila, Les Luchadoritos,...). L'humour de l'album ne sera forcément pas du goût de tout le monde car sans concession. Le Profesor ne fait pas dans la dentelle et c'est ça qui m'a fait rire.Sa phrase préférée "Ta gueule" est utilisée avec justesse et aux bons moments. Un pourri que l'on adore détester. Les dialogues sont savoureux, mêlés de philosophie manipulatrice et de grossièretés assez originales. Le dessin est assez sympa sans être transcendantal (un mélange de Tardi et de Crumb). J'ai vraiment accroché sur l'humour et le personnage du Profesor Furia ainsi que les réactions, les comportements et la naïveté de ses élèves. Achat conseillé pour les amateurs d'humour vache.
Domino
Cette série de Chéret pour le journal Tintin en 1973, bénéficiait de la formule des maxi-chapitres mise en place lorsque Greg fut redac-chef du journal ; elle consistait en des chapitres plus longs de 8 ou 10 pages qui avaient leur fin propre, tout en ayant une continuité, à la différence du récit complet de 4 pages, formule trop restrictive ; et surtout, ça permettait une édition en album, ces maxi-chapitres mis bout à bout formaient un 44 planches classiques chez Lombard ou Dargaud. Le scénario du premier épisode de Domino est de Greg, les autres de Van Hamme. C'est une série de cape et d'épée se déroulant à l'époque de la Régence, période courte et peu abordée en BD, mais où l'aspect comique côtoie le ton romanesque qu'on peut rencontrer dans Le Bossu. C'est le temps des bretteurs de fer, des brigands de grand chemin et des cours des miracles ; le héros en est Dominique d'Exclut-Lynapte, dit Domino, garçon encore inexpérimenté mais intelligent, un doux rêveur que son parrain chanoine entreprend d'éduquer en nourrissant l'espoir d'en faire un homme d'épée plein d'audace et loyal, ce qu'il aurait voulu être si Dieu ne l'avait appelé. Mais ce filleul insouciant se complaît dans la maladresse et préfère la séduction des jeunes femmes qui lui tournent autour. Il se trouve bientôt opposé à Justicias et Démoniax, des gredins impétueux qui se jouent de lui, mais qu'il vaincra plus tard grâce à sa chance. Ce scénario un peu léger permet cependant à Chéret d'assouplir son trait, moins vigoureux que dans Rahan, et de changer d'univers. Une bande sympathique et très plaisante, assez peu connue, et que je lisais toujours émerveillé dans Tintin, emporté par ma passion des duels à l'épée...
Les Aigles de Rome
Après avoir collaboré avec 2 grands scénaristes (Dufaux sur Rapaces, Desberg sur Le Scorpion), Marini a dû se sentir solide pour signer seul une série au sujet fort et exigeant, où son écriture est aussi brillante que son graphisme. Rome est si fertile en complots, rivalités, politique retorse, personnages troubles et solides caractères, que son décor ne pouvait qu'attirer le dessinateur du Scorpion, tout en se démarquant de Murena, autre série "romaine" du même genre. Certes, Marini puise dans des sources historiques réelles et utilise un glossaire en fin d'album pour éclairer le lecteur, mais "Les Aigles de Rome" diffère de Murena, d'abord par son époque (le règne d'Auguste), puis son aspect plus politisé et tourné vers la guerre, Murena lorgnant surtout vers des intrigues de palais, le pouvoir et les combats de gladiateurs. Ici, deux jeunes garçons l'un Romain de souche, Marcus Valerius Falco, l'autre un Chérusque, Ermanamer qui devient Arminius, sont élevés ensemble sous le même toît avec une discipline de fer. Au fil des épreuves, l'amitié et le respect succèdent à la haine tenace, ils grandissent et gravissent les échelons de la hiérarchie sociale et militaire, mais leur fraternité est mise à rude épreuve par les évènements, la politique et la passion amoureuse. Il est clair que cette intrigue qui évolue au milieu du massacre des légions de Varus par les tribus de Germanie (tragédie qui assombrit les vieux jours d'Auguste, répétant sans cesse, selon Suétone: "Varus rends-moi mes légions"), va sûrement mal finir, en opposant deux frères de sang tiraillés par leurs racines (surtout Arminius dont le coeur bat encore pour son peuple) et leur ambition, et l'on devine un peu sa conclusion. Ceci dit, cette bande est en tout point superbe, Marini se surpasse avec son trait magique, à la fois souple et puissant, agrémenté de belles couleurs; le seul bémol est dans la crudité anachronique du dialogue (non, même les expressions latines les plus outrées n'étaient pas aussi triviales), ici, ça fait dans le langage de zonard, parce que ça veut ressembler à la série TV Spartacus (mais c'est des Ricains, on peut leur pardonner). Sinon, la progression est assez lente et permet au lecteur de bien comprendre tous les rouages de cette histoire bien documentée, de même que certaines scènes érotiques viennent aussi égayer une intrigue tendue par endroits. Cette série est donc bien partie pour devenir encore un nouveau classique de Dargaud.
Comme chez toi
Encore une BD de nanas oui, mais en décalage avec ce que j'ai pu lire jusqu'à présent. Je l'ai déjà trouvé beaucoup moins girly (même si un des personnages est totalement fashion victime). Mais surtout parce que sur le fond, même si pas mal d'histoires sentent le vécu, on n'est pas du tout dans une dynamique autobiographique : moins d'égocentrisme, plus de sens critique. Même au niveau de l'humour je l'ai trouvé avec une tendance cynique que j'ai trouvée assez savoureux. Les designs des personnages en cohérence avec le fonds de l'album : loin des canons de beauté, des chaussures de marque, on retrouve des silhouettes familières. Sur le scénario, l'histoire semble clairement le prétexte à raconter des anecdotes. Les histoires courtes se succèdent avec fluidité et légèreté même si certaines m'ont plus amusé que d'autres. Je suis probablement plein cœur de cible donc j'ai accroché avec cette BD. Je me suis particulièrement attachée aux personnages secondaires qui apportent du relief au groupe : la vieille acariâtre et le jeune gaffeur (sans compter le chien de la honte). Côté graphique, j'ai aimé le parti pris : les aplats de couleurs texturés associées au côté "encré" du trait.
Notre seul ami commun
Voici un ovni dans le petit monde de la bd. BenGrrr, je le connaissais comme coloriste, je le découvre maintenant comme dessinateur (même si j’avais déjà lu Zzzwük - Celui qui ressemble à un lapin sans pour autant en faire le rapprochement des pseudos à l’époque). Il propose un récit autobiographique dont le premier volume m’a laissé perplexe même si le final était fort émotionnellement. Sans les avis enthousiastes de mes prédécesseurs, j’aurais certainement arrêté ma lecture prématurément. Il est vrai que ce triptyque ne prend toute sa dimension que si lu dans son intégralité. J’ai beaucoup apprécié la narration et la mise en page. L’auteur s’accorde pas mal de libertés (absence récurrente de bras pour Boris) et le souci du détail est très présent. Le symbolisme dont parle Spooky (composition des couvertures, choix des titres) est poussé très en avant. Ainsi, chaque chapitre est précédé par une définition d’un objet a priori anodin mais qui a une réelle signification pour le chapitre en question. Voilà un récit en marge des productions actuelles, riche en significations et émotions, qui porte un regard très personnel sur ses relations avec la vie, la mort, l’amitié. Et si tout était lié ? … Une lecture déprimante mais intéressante qui a été, j’imagine, un bel exutoire pour l’auteur.
Le Printemps des Arabes
Je pense, enfin j'espère, que l'on vit une période importante pour la démocratie en Méditerranée. Et même si les media en ont largement parlé depuis plus de deux ans, il ne faut pas oublier qu'on n'a qu'une vision parcellaire des évènements. Vouloir en faire une sorte de mise au point qui reprend le fil des évènements est une bonne idée, ceux-ci sont totalement frais dans l'esprit du grand public, d'autant plus que dans certains pays l'histoire s'écrit toujours en lettres de sang. Ce qui est gênant en l'occurrence, car dans quelques mois, peut-être, cet ouvrage paraîtra incomplet... Mais ne boudons pas notre plaisir, le travail ici est de qualité, il permet de replacer la plupart des évènements dans leur contexte, de comprendre pourquoi cela s'est envenimé, et comment cela évolue. Un côté pédagogique indéniable, même si parfois la narration en voix off est un lourde. Peut-être qu'un peu de respiration eût été de bon aloi... Il est à noter que Jean-Pierre Filiu, journaliste spécialiste de la question du proche et du moyen-orient, a choisi de nous montrer des destins individuels, symboliques de ces mouvements de foule, ce qui permet d'humaniser son récit. L'adjonction de Cyrille Pomès comme dessinateur du projet est une bonne idée, celui-ci apporte sa puissance d'évocation, son talent de portraitiste et sa rigueur formelle à l'ensemble. Malgré tout c'est un gros morceau à avaler. A lire en plusieurs fois, d'autant plus que l'ensemble est découpé en chapitres correspondant à un pays donné ; par contre je ne comprends pas trop pourquoi on revient deux fois à la Syrie, à la Tunisie, à l'Egypte... Cela induit une petite confusion. Ma véritable note est de 3,5/5, que j'ai arrondi au demi supérieur car au-delà des qualités artistiques, c'est tout de même une bonne idée.
La Lignée
Intéressante série que voici. En partant d’une « malédiction » qui semble autant tenir du hasard que du prétendu pouvoir d’une statue aztèque, les auteurs brodent des récits indépendants mais liés entre eux. Entendez par là que vous pouvez lire chaque tome comme un one-shot mais que, par ailleurs, en les lisant les uns à la suite des autres, c’est à une histoire complète que vous vous retrouvez confrontés. J’ai particulièrement apprécié cette ambiguïté qui entoure la « malédiction ». Certes les membres de la lignée meurent bien à 33 ans, à l’image de leurs ancêtres, mais ces morts doivent autant au hasard qu’à la conviction qu’ils ont qu’ils mourront à 33 ans. Et ça, c’est plutôt bien vu ! Après, chaque tome peut se lire de manière indépendante. Les différents scénaristes ont collaboré entre eux pour garantir la cohérence de l’ensemble mais chaque scénariste s’occupe plus particulièrement d’un tome. Les dessinateurs, eux, changent en fonction des tomes. Ce procédé permet d’offrir des albums au ton personnel. Celui scénarisé par Laurent Galandon, par exemple, ressemble vraiment à du Laurent Galandon, avec ce côté mélodramatique qui lui est cher. Après lecture de trois tomes, je trouve la série très réussie. Le mystère est au rendez-vous tandis que les différents tomes proposent des récits prenants et souvent bien ancrés dans leur époque (guerre civile en Espagne pour le premier tome, révolte sociale à Brest dans le deuxième, émergence du mouvement punk dans le troisième). Le dessin est dans l’ensemble agréable à lire. A titre personnel, j’ai trouvé celui du deuxième tome un peu moins réussi mais pas de nature à me détourner de la série. Je vais continuer à suivre la série, avec d’autant plus d’assiduité que le troisième tome éclaire la malédiction de la lignée sous un nouvel angle. Seul reproche : certains liens entre les tomes sont un peu forcé, et notamment ceux concernant l’héroïne du premier tome, actrice ratée dont les films continuent à être diffusés des années plus tard et sans raison apparente.
Fête des morts
L'histoire d'un flic français, au Cambodge, de "la brigades des étrangers", qui lutte contre la pédophilie de ses compatriotes. Un peu sanguin, il ne suit pas forcément les règles imposées par sa hiérarchie et ça lui amène quelques soucis. Dit comme ça, ça peut faire penser aux histoires peu originales de vieux flics sur le retour, mais ce bonhomme là il est attachant, et ambigu aussi et on le suit volontiers. Si le sujet est fort (mes prédécesseurs l'ont évoqué) et dur, pour moi ce n'est pas le seul atout de cette œuvre : le dessin mes aïeux ! Un beau noir et blanc, expressif, parfois fin et délicat, parfois plus gras, qui joue merveilleusement bien avec les ombres et me fait penser à Risso à ce niveau là. Vraiment beau, dès sa couverture. Une fois terminé, je suis revenu sur certaines planches. Et la narration, le découpage, les dialogues, l'ambiance, bah c'est le genre qui fait que j'accroche, dès les premières pages. Ca se finit même limite un peu vite malgré ses 104 pages. Un album franchement bien, un coup de coeur même, que je relirai pour sûr.
Arlequin
Après le succès de Histoire sans Héros en 1975, Dany s'écarte encore d'Olivier Rameau et retrouve son scénariste Jean Van Hamme, encore peu connu, en se tournant vers le réalisme avec cette série diffusée dans Tintin entre 1978 et 1984 ; c'est là que je l'ai découverte, et je ne note que les 3 épisodes Dany/Van Hamme, n'ayant pas lu la reprise du nouveau duo d'auteurs. Agent secret macho qui s'oppose à toutes sortes de forbans, dans une ambiance Bondienne au cocktail explosif qui sent le déjà vu, Arlequin réunit charme, suspense, action, bref de l'aventure policière au ton léger et insouciant typique de son époque avec ce qu'on voyait dans les série TV comme "Amicalement Vôtre" ou "Poigne de fer et séduction". Ceci ne renouvelle pas le cliché du héros d'action qui sera pourtant suivi en BD dans une série de la même veine (421 d'Eric Maltaite), mais heureusement, le dessin de Dany est joli à regarder, et les péripéties nombreuses sont finalement très divertissantes, c'est tout ce qu'on demande à cette Bd que ses auteurs ont dû bien s'amuser à concevoir. Ceci dit, j'ai acheté à très bon prix et en parfait état les rééditions (avec les anciennes couvertures) de ces 3 épisodes récemment, et finalement, le divertissement est payant, on s'y laisse prendre ; étrangement, j'y ai trouvé des éléments qui préfiguraient Largo Winch, ça sonne même très Largo Winch par endroits, on est un peu dans un milieu d'affaires, en plus humoristique (est-ce que Van Hamme y pensait déjà ?). Tout bien considéré, ces 3 épisodes réalisés par un duo magique sont vraiment excellents, et de temps en temps, lire une Bd plus légère quand en plus elle est de qualité, ça fait du bien.
Une Plume pour Clovis
Ce récit en 28 planches fut publié dans Pilote à partir de novembre 1968, écrit et dessiné par Gébé (qui participait aussi aux fameuses pages d'actualité du journal, un rescapé de Hara-Kiri, le journal "bête et méchant"). C'est ainsi que je l'ai découvert en couleurs dans Pilote ; ça m'a un peu surpris vu que j'avais dans les 9 ou 10 ans, et que c'était un graphisme inhabituel, mais ça m'a marqué, et quand j'ai vu l'édition du Square bien plus tard en bibliothèque, j'étais bien étonné de voir une telle curiosité intéresser un éditeur, je l'ai relue et ça m'a rappelé plein de souvenirs agréables, parce que c'est indéfinissable, c'est vraiment une curiosité, qui aurait dû avoir une suite, mais son insuccès décida Gébé à abandonner et même à quitter la BD pour le dessin humoristique politique. Quel dommage ! Cette histoire qui sentait bon la campagne profonde plongeait dans une ruralité nostalgique aux saines valeurs, au temps où l'on allait chercher son lait à la ferme avec un bidon, où les vieux cafés de village conservaient cet aspect vieillot plein de charme, où les chambres d'hôtel avaient des planchers qui craquent et des draps raides. J'ai un peu connu ça puisque je passais mes vacances à la campagne, j'en ai gardé un amour de la vie paysanne et des goûts simples ; à cette époque je dévorais mes Bd préférées dans les magazines et les petits formats. L'action se passe dans un petit village rural où est né Clovis, vieillard têtu et volontaire qui se lance à la recherche d'un vieux camarade d'école communale, Casimir, qui devait lui rapporter une jolie plume de faisan, et qu'il n'a plus revu depuis 60 ans. Cette histoire paraît banale comme ça, mais elle dégage une fraîcheur et un charme suranné, aidé par le graphisme de Gébé qui utilise la technique des pointillés et qui donne à ses personnages (surtout Clovis) des physionomies étonnantes qui renforcent l'aspect comique.