Eh oui ! Je suis de celles qui aiment le dessin de Bastien Vivès, je suis estomaquée du peu de moyens qu'il emploie pour arriver à me donner le frisson.
Non mais regardez : avec un minimum de traits, on a un corps délicieux, circonspect certes, mais juste. Beaucoup de gens ont ces visages si peu marqués, si peu affirmés, mais plein d'histoires à l'intérieur de leur tête.
Pour en revenir au Goût du chlore : ici, le bleu vert d'une piscine et les corps pâles des personnages qui s'épient de loin, n'osent pas s'approcher, mais se font des petits sourires, des haussements d'épaules, des déhanchés, une expression par le corps. Et l'eau qui glisse dessus.
Moi qui ai gardé un souvenir atroce des séances de piscine scolaire : les coups de gaffe en alu sur la tête pour apprendre à retenir son souffle, les maîtres nageurs adipeux, les affreuses bouées élimées bicolores vert et blanc, les sinusites carabinées à la sortie... bref, je respire en lisant cette BD où la piscine devient un décor élégant, sans aspérité, fluide, où les flirts touchants peuvent avoir lieu sous mes yeux ébahis.
Je reconnais que le scénario n'est pas palpitant, mais c'est comme l'amour à 15 ans : c'est ennuyeux, et pourtant ça fait battre le cœur.
Cet album peut clairement être considéré comme le tome 3 de « La Famille Passiflore » mais les éditions Dargaud ont décidé de le publier comme un tome indépendant. Il est vrai que la lecture des tomes précédents n’est pas une obligation (même si certaines références y font allusions) et, si l’on ajoute l’arrivée de Michel Plessix comme scénariste, cette chasse au trésor peut être considérée comme un nouveau départ pour la famille Passiflore.
L’histoire est destinée aux jeunes lecteurs, de prime abord mais je pense qu’elle plaira à tout le monde. Le scénario part sur une idée tendre et naïve mais l’intrigue est relancée grâce à l’arrivée d’un intrus. C’est bien construit, amusant, tendre et (comme tout bon album destiné à la jeunesse) avec un petit message moralisateur tout à fait adéquat (et surtout dispensé l’air de rien, comme ça, en passant).
Le dessin, lui, est tout simplement magnifique ! C’est frais, vif, fin, lumineux, joyeux, expressif… clairement dans la lignée de Michel Plessix mais c’est son complice, Loïc Jouannigot, qui les signe (et cela ne surprendra pas ceux qui connaissent déjà cet artiste).
Une lecture vivement conseillée pour les jeunes… et les moins jeunes (du moins s’ils ont gardé une part d’enfance (et de tarte au potiron) dans leur cœur).
Cette bande dessinée m'a vraiment plu, avec des moments déconcertants et d'autre drôles, qui laissent un goût de poivre et de miel, une sorte de nostalgie devant cette expérience inattendue.
Cette histoire d'un citoyen lambda qui part à la guerre la fleur au fusil et se rend compte sur le champ de bataille que c'est beaucoup trop pour lui, cela n'a rien d'original au début. Mais c'est déjà extrêmement réussi : les dessins des tranchées, dans une brume boueuse rendent présents le froid, l'humidité, l'inconfort, et surtout la PEUR. C'est drôle comme une femme a mieux réussi que tous les autres (nombreux) que j'ai lus sur le même thème. L'avant-guerre aussi et vraiment sympathique, avec des dialogues et des contrastes qui semblent sortir d'un film de Louis Jouvet.
Là où ça devient virtuose c'est lorsqu'il se retrouve caché chez sa femme, et qu'il ne voit pas d'autre solution pour vivre vraiment, que de sortir habillé en femme. Comment il se prend au jeu, mène une vie d'ouvrière, séduit ses collègues, tant et si bien que sa femme en devient jalouse... et cela devient intenable, et au travail, et à la maison. Il se met donc à sortir la nuit, déambule, et... c'est l'étonnement, le parcours du garçon déguisé en femme prend un tour moins innocent, mais c'est montré d'une façon extrêmement délicate et drôle, on s'identifie tout-à-fait à lui, on le comprend, on le suit...
Bravo vraiment pour cette finesse, cette tendresse au sourire en coin qui nous fait comprendre ce qui est loin de nous.
J'avais déjà beaucoup aimé Le Voyage des Pères et j'ai retrouvé dans l'Exode selon Yona ce qui m'y avait plu, voire un petit peu plus au niveau des décors qui sont un peu plus variés et colorés.
Une fois de plus, je me suis beaucoup amusé de cette vision modernisée et un peu iconoclaste de la mythologie biblique. Les dialogues et les situations sont excellents, les gags bien amenés.
Le dessin est très agréable, plus maîtrisé à mes yeux que dans la série précédente, notamment au niveau de l'encrage et de la colorisation que j'apprécie davantage.
Je dois dire que j'ai plus apprécié les deux premiers tomes, qui m'ont beaucoup fait rire, que les deux derniers où l'humour est un peu plus dispersé. Mais la conclusion tient la route donc cela me convient, quoique la toute fin me soit parue un tout petit peu expédiée.
Je ne rejette rien de la série dans son ensemble et j'en conseille sans hésiter la lecture.
J’ai beaucoup aimé le cadre historique de ce récit. Il n’est pas courant et reste moderne puisque les conflits entre Israël et ses voisins reviennent régulièrement faire la une de l’actualité. Revenir sur la guerre d’Indépendance est donc une bonne idée. Utiliser plus particulièrement le cadre de la défense aérienne israélite et profiter de la personnalité de ses pilotes (locaux ou mercenaires) et des tensions entre eux est une autre bonne idée.
Le récit est prenant et m’a permis de découvrir bien des choses. De plus, les personnages (et le principal en particulier) se sont révélés très intéressants. Tous ont une certaine profondeur et aucun n’est tout blanc ou tout noir. Cette absence de manichéisme permet de nuancer certains propos et de comprendre certains actes (qu’ils soient fictionnels ou historiques).
Enfin, le dessin de Juillard est d’une netteté sans faille. Sa froideur habituelle n’est pas du tout handicapante dans le cas présent et Juillard signe ici un de ses meilleurs albums à mes yeux (en fait, je me demande si je l’ai déjà trouvé aussi bien employé).
Un bel album, que je relirai avec plaisir, qui dispose d’un fond historique original et intéressant et qui nous propose une histoire d’amour et de rédemption classique mais plus subtile que la moyenne.
Et bien je trouve que cet album est une petite perle !
Il s’agit d’un recueil de nouvelles et ce style ne m’a jamais autant convaincu dans la bande dessinée qu’ici, car l’exercice est totalement maîtrisé.
- Tout d’abord, la longueur des nouvelles est souvent proche de la perfection. Ni trop longues, ni trop courtes, elles ne se trainent pas inutilement mais ne me frustrent pas non plus par un excès de précipitation ;
- Ensuite, le style narratif est très diversifié. Je n’ai pas eu le sentiment de lire encore et encore la même histoire. L’auteur passe allègrement de récits dans lesquels les dialogues sont prépondérants à des nouvelles plus introspectives avec une narration en voix off ;
- Le dessin lui-même, même si l’on reste toujours dans la même veine, évolue en fonction des ambiances. Seule constante : sa finesse ;
- Enfin, les sujets mêmes des histoires sont à la fois originaux et proches de nous. L’on se dit que cela pourrait nous arriver et puis vient un événement qui nous sort du quotidien, un petit truc pas toujours exceptionnel mais qui en fait à chaque fois un instant unique.
Si vous n’êtes pas encore convaincus, si vous avez peur de tomber sur une guimauve larmoyante, sachez encore que toutes ces nouvelles ne sont pas tristes, contrairement à ce que le titre de l’album pourrait laisser à penser. Il y a de la joie, de l’optimisme dans certaines histoires.
Un exercice très réussi, donc. Un très bel album et une grosse surprise !
Superbe série. Je viens de dévorer les 4 tomes d'un coup et je suis sous le charme. Je crois que c'est la seule bd dont l'auteur est une femme que j'ai lue. Je pense que le maître mot concernant Candélabres est la simplicité. Ainsi le dessin est simple et beau donnant la priorité aux personnages et ne s'intéressant aucunement aux décors. Pour le coup ces personnages sont une vraie réussite, le trait d'Algésiras allié au scénario parvient à faire ressentir toute l'émotion et les sentiments qu'ils éprouvent. J'apprécie particulièrement le dessin des apparitions de Julien avec sa longue cape ténébreuse qui se déroule gracieusement sur le sol.
Le scénario aussi est d'une grande simplicité et ne cherche jamais l'hermétisme et la complication. Depuis le début tout s'articule autour de 3 axes : les quelques éléments fantastiques qui forment un ensemble cohérent et qui sont liés les uns avec les autres (les candélabres, la source, le dernier candélabre endormi, Aribal et le tableau), la danse et les sentiments. Les rebondissements, peu nombreux, ne sont jamais artificiels car l'auteur a l'habileté de laisser de nombreux indices ce qui fait que souvent nous devinons des choses en même temps que le personnage principal. Cette simplicité dans l'histoire et le dessin ainsi que la beauté et la pureté des jeunes personnages masculins rappellent davantage le yaoi que la bd fantastique franco-belge. C'est donc une oeuvre véritablement à part dans l'univers de la bd.
Je crains cependant que la série reste inachevée le cinquième et dernier tome se faisant tout de même beaucoup attendre. Ce serait vraiment dommage que Candélabres ne puisse pas obtenir la fin qu'elle mérite.
Encore une fois un chouette album aux Editions Daniel Maghen, réalisé par deux auteurs aux univers très particuliers, qui étaient destinés à se rencontrer.
Vink, qui a essentiellement travaillé seul, avec ses ambiances aux aquarelles envoûtantes et vaporeuses, et Rodolphe, dont l'oeuvre est souvent teintée de fantastique, nous proposent donc cette fable dont le point de départ, la pénétration d'un humain dans l'univers d'un tableau, est relativement classique. Mais une fois à l'intérieur, c'est très différent, et le héros va se rendre compte que les évènements bizarres auxquels il assiste trouvent un écho étrange dans ses souvenirs...
Au-delà de l'aspect un peu léger, fantaisiste et de l'histoire d'amour que provoquera cette expérience, il s'agit d'un récit à tiroirs, dont les éléments se mettent petit à petit en place, et qui ne se révèlent pleinement qu'à la deuxième et à la troisième lecture. D'ailleurs dès que j'aurai terminé mon avis, j'y retourne :)
C'est très agréable à lire, admirablement dialogué et la mise en images baigne dans une ambiance toute particulière. A lire et contempler donc.
Voilà un triptyque qui, sur un sujet plutôt douloureux, se laisse lire agréablement.
Au travers de l’histoire de quelques gamins/adolescents mis au ban de la société à la suite de menus larcins, nous découvrons l’univers d’un centre de redressement au début du XXème siècle. Où les méthodes sont proches de celles employées pour les adultes de l’époque.
Plus que de réinsertion – dont il n’est jamais question en fait, il s’agit surtout d’écarter définitivement de la société ces mauvaises graines. Quitte à les traiter comme des bêtes. La bonne conscience de la société se paye du prix de cet exil, qui s’apparente, parfois dans tous les sens du terme, y compris physique, à une élimination.
Le scénario est plutôt simple, mais bien construit, et les révélations sur le passé de certains (à partir du deuxième tome) densifient les personnages, tout en créant d’autres sources de tension entre les enfants…
Et le dessin est bon, distinguant bien chaque enfant (malgré un uniforme et une coupe de cheveux identiques). On s’attache donc à ces rebus de la société et à leurs espoirs d’évasion.
Au final, et à l’heure où certains (journalistes ou politiques) ont récemment voulu remettre au goût du jour des centres de correction (en leur donnant un nom voulant faire oublier ce qu’ils sont en réalité), cette série rappelle à juste titre que ce n’était qu’un traitement – inhumain – de la pauvreté, qui n’a jamais, bien au contraire, cherché à lutter contre ses causes.
J’ai hésité entre 3 et 4 étoiles (note réelle 3,5/5), et vais finalement aller jusqu’aux 4 étoiles, malgré la fin, que j’ai trouvée un peu décevante, en forme de happy end un peu trop téléphoné, et peut-être improbable. Les qualités m’ont fait oublier les défauts. Une série à lire en tout cas !
Cette histoire de découverte d'un temple maléfique en Himalaya par un archéologue est pour le moins passionnante. Nous allons de surprise en surprise puisque notre découvreur Jack Stanton est alors projeté dans un monde parallèle avec un mystérieux tatouage sur sa poitrine.
On sent l'influence de Sanctuaire sur cette oeuvre ce qui n'est pas pour me déplaire avec une ambiance oppressante et le réveil de créatures démoniaques. Par ailleurs, le dessinateur Mathieu Lauffray assure avec un dessin et un style hors du commun. Tant d'expression et de relief dans les visages! Des décors sublimes notamment celle de New-York en ruine habitée par des créatures cauchemardesques! Un si caractéristique langage graphique que nous retrouverons d'ailleurs avec bonheur dans Long John Silver. Oui, nous avons là un dessinateur hors pair! Il se débrouille d'ailleurs pas si mal en reprenant seul la direction de l'oeuvre à partir du tome 2.
Géniale idée également cette association d'être le prophète non seulement de la destruction passée mais également celui du renouveau. Dans le registre "apocalyptique", c'est ce que j'ai lu de meilleur ! Un dénouement dans le tome 4 très attendu !
Il aura fallu bien des années avant d’aboutir à la conclusion (pour rappel : 9 ans !). Je l’étais promis que j’achèterais la série qu’une fois que celle-ci soit terminée. J’ai subi trop de déconvenue ces dernières années dont celle avec la série Adamson que je n’ai toujours pas digéré d’où mon excessive prudence. J’ai par conséquent acquis les 4 volumes réédités pour l’occasion chez le nouvel éditeur Soleil. J’ai juste regretté le remplacement de certaines couvertures que j’aimais bien.
Pour le reste, j’ai apprécié ce final en relisant l’ensemble d’une seule traite. Je n’ai pas senti de rupture graphique ou bien au niveau de l’intrigue. L’auteur est décidément au sommet de sa forme à tous les points de vue. Cela reste une suite cohérente avec le reste malgré le décalage temporel. C’est de la bonne science-fiction sur le thème de la fin du monde. Il est clair que la pirouette finale ne plaira pas à tous les lecteurs sans doute à cause de sa facilité. Cependant, c’est un choix qu’il faut respecter. J’ai passé un agréable moment de lecture et c’est bien là l’essentiel.
Note Dessin: 4/5 - Note Scénario: 4/5 - Note Globale: 4/5
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Le Goût du chlore
Eh oui ! Je suis de celles qui aiment le dessin de Bastien Vivès, je suis estomaquée du peu de moyens qu'il emploie pour arriver à me donner le frisson. Non mais regardez : avec un minimum de traits, on a un corps délicieux, circonspect certes, mais juste. Beaucoup de gens ont ces visages si peu marqués, si peu affirmés, mais plein d'histoires à l'intérieur de leur tête. Pour en revenir au Goût du chlore : ici, le bleu vert d'une piscine et les corps pâles des personnages qui s'épient de loin, n'osent pas s'approcher, mais se font des petits sourires, des haussements d'épaules, des déhanchés, une expression par le corps. Et l'eau qui glisse dessus. Moi qui ai gardé un souvenir atroce des séances de piscine scolaire : les coups de gaffe en alu sur la tête pour apprendre à retenir son souffle, les maîtres nageurs adipeux, les affreuses bouées élimées bicolores vert et blanc, les sinusites carabinées à la sortie... bref, je respire en lisant cette BD où la piscine devient un décor élégant, sans aspérité, fluide, où les flirts touchants peuvent avoir lieu sous mes yeux ébahis. Je reconnais que le scénario n'est pas palpitant, mais c'est comme l'amour à 15 ans : c'est ennuyeux, et pourtant ça fait battre le cœur.
Une aventure de la Famille Passiflore - La Chasse au trésor
Cet album peut clairement être considéré comme le tome 3 de « La Famille Passiflore » mais les éditions Dargaud ont décidé de le publier comme un tome indépendant. Il est vrai que la lecture des tomes précédents n’est pas une obligation (même si certaines références y font allusions) et, si l’on ajoute l’arrivée de Michel Plessix comme scénariste, cette chasse au trésor peut être considérée comme un nouveau départ pour la famille Passiflore. L’histoire est destinée aux jeunes lecteurs, de prime abord mais je pense qu’elle plaira à tout le monde. Le scénario part sur une idée tendre et naïve mais l’intrigue est relancée grâce à l’arrivée d’un intrus. C’est bien construit, amusant, tendre et (comme tout bon album destiné à la jeunesse) avec un petit message moralisateur tout à fait adéquat (et surtout dispensé l’air de rien, comme ça, en passant). Le dessin, lui, est tout simplement magnifique ! C’est frais, vif, fin, lumineux, joyeux, expressif… clairement dans la lignée de Michel Plessix mais c’est son complice, Loïc Jouannigot, qui les signe (et cela ne surprendra pas ceux qui connaissent déjà cet artiste). Une lecture vivement conseillée pour les jeunes… et les moins jeunes (du moins s’ils ont gardé une part d’enfance (et de tarte au potiron) dans leur cœur).
Mauvais genre
Cette bande dessinée m'a vraiment plu, avec des moments déconcertants et d'autre drôles, qui laissent un goût de poivre et de miel, une sorte de nostalgie devant cette expérience inattendue. Cette histoire d'un citoyen lambda qui part à la guerre la fleur au fusil et se rend compte sur le champ de bataille que c'est beaucoup trop pour lui, cela n'a rien d'original au début. Mais c'est déjà extrêmement réussi : les dessins des tranchées, dans une brume boueuse rendent présents le froid, l'humidité, l'inconfort, et surtout la PEUR. C'est drôle comme une femme a mieux réussi que tous les autres (nombreux) que j'ai lus sur le même thème. L'avant-guerre aussi et vraiment sympathique, avec des dialogues et des contrastes qui semblent sortir d'un film de Louis Jouvet. Là où ça devient virtuose c'est lorsqu'il se retrouve caché chez sa femme, et qu'il ne voit pas d'autre solution pour vivre vraiment, que de sortir habillé en femme. Comment il se prend au jeu, mène une vie d'ouvrière, séduit ses collègues, tant et si bien que sa femme en devient jalouse... et cela devient intenable, et au travail, et à la maison. Il se met donc à sortir la nuit, déambule, et... c'est l'étonnement, le parcours du garçon déguisé en femme prend un tour moins innocent, mais c'est montré d'une façon extrêmement délicate et drôle, on s'identifie tout-à-fait à lui, on le comprend, on le suit... Bravo vraiment pour cette finesse, cette tendresse au sourire en coin qui nous fait comprendre ce qui est loin de nous.
Le Voyage des Pères - L'Exode selon Yona
J'avais déjà beaucoup aimé Le Voyage des Pères et j'ai retrouvé dans l'Exode selon Yona ce qui m'y avait plu, voire un petit peu plus au niveau des décors qui sont un peu plus variés et colorés. Une fois de plus, je me suis beaucoup amusé de cette vision modernisée et un peu iconoclaste de la mythologie biblique. Les dialogues et les situations sont excellents, les gags bien amenés. Le dessin est très agréable, plus maîtrisé à mes yeux que dans la série précédente, notamment au niveau de l'encrage et de la colorisation que j'apprécie davantage. Je dois dire que j'ai plus apprécié les deux premiers tomes, qui m'ont beaucoup fait rire, que les deux derniers où l'humour est un peu plus dispersé. Mais la conclusion tient la route donc cela me convient, quoique la toute fin me soit parue un tout petit peu expédiée. Je ne rejette rien de la série dans son ensemble et j'en conseille sans hésiter la lecture.
Mezek
J’ai beaucoup aimé le cadre historique de ce récit. Il n’est pas courant et reste moderne puisque les conflits entre Israël et ses voisins reviennent régulièrement faire la une de l’actualité. Revenir sur la guerre d’Indépendance est donc une bonne idée. Utiliser plus particulièrement le cadre de la défense aérienne israélite et profiter de la personnalité de ses pilotes (locaux ou mercenaires) et des tensions entre eux est une autre bonne idée. Le récit est prenant et m’a permis de découvrir bien des choses. De plus, les personnages (et le principal en particulier) se sont révélés très intéressants. Tous ont une certaine profondeur et aucun n’est tout blanc ou tout noir. Cette absence de manichéisme permet de nuancer certains propos et de comprendre certains actes (qu’ils soient fictionnels ou historiques). Enfin, le dessin de Juillard est d’une netteté sans faille. Sa froideur habituelle n’est pas du tout handicapante dans le cas présent et Juillard signe ici un de ses meilleurs albums à mes yeux (en fait, je me demande si je l’ai déjà trouvé aussi bien employé). Un bel album, que je relirai avec plaisir, qui dispose d’un fond historique original et intéressant et qui nous propose une histoire d’amour et de rédemption classique mais plus subtile que la moyenne.
D'autres larmes
Et bien je trouve que cet album est une petite perle ! Il s’agit d’un recueil de nouvelles et ce style ne m’a jamais autant convaincu dans la bande dessinée qu’ici, car l’exercice est totalement maîtrisé. - Tout d’abord, la longueur des nouvelles est souvent proche de la perfection. Ni trop longues, ni trop courtes, elles ne se trainent pas inutilement mais ne me frustrent pas non plus par un excès de précipitation ; - Ensuite, le style narratif est très diversifié. Je n’ai pas eu le sentiment de lire encore et encore la même histoire. L’auteur passe allègrement de récits dans lesquels les dialogues sont prépondérants à des nouvelles plus introspectives avec une narration en voix off ; - Le dessin lui-même, même si l’on reste toujours dans la même veine, évolue en fonction des ambiances. Seule constante : sa finesse ; - Enfin, les sujets mêmes des histoires sont à la fois originaux et proches de nous. L’on se dit que cela pourrait nous arriver et puis vient un événement qui nous sort du quotidien, un petit truc pas toujours exceptionnel mais qui en fait à chaque fois un instant unique. Si vous n’êtes pas encore convaincus, si vous avez peur de tomber sur une guimauve larmoyante, sachez encore que toutes ces nouvelles ne sont pas tristes, contrairement à ce que le titre de l’album pourrait laisser à penser. Il y a de la joie, de l’optimisme dans certaines histoires. Un exercice très réussi, donc. Un très bel album et une grosse surprise !
Candélabres
Superbe série. Je viens de dévorer les 4 tomes d'un coup et je suis sous le charme. Je crois que c'est la seule bd dont l'auteur est une femme que j'ai lue. Je pense que le maître mot concernant Candélabres est la simplicité. Ainsi le dessin est simple et beau donnant la priorité aux personnages et ne s'intéressant aucunement aux décors. Pour le coup ces personnages sont une vraie réussite, le trait d'Algésiras allié au scénario parvient à faire ressentir toute l'émotion et les sentiments qu'ils éprouvent. J'apprécie particulièrement le dessin des apparitions de Julien avec sa longue cape ténébreuse qui se déroule gracieusement sur le sol. Le scénario aussi est d'une grande simplicité et ne cherche jamais l'hermétisme et la complication. Depuis le début tout s'articule autour de 3 axes : les quelques éléments fantastiques qui forment un ensemble cohérent et qui sont liés les uns avec les autres (les candélabres, la source, le dernier candélabre endormi, Aribal et le tableau), la danse et les sentiments. Les rebondissements, peu nombreux, ne sont jamais artificiels car l'auteur a l'habileté de laisser de nombreux indices ce qui fait que souvent nous devinons des choses en même temps que le personnage principal. Cette simplicité dans l'histoire et le dessin ainsi que la beauté et la pureté des jeunes personnages masculins rappellent davantage le yaoi que la bd fantastique franco-belge. C'est donc une oeuvre véritablement à part dans l'univers de la bd. Je crains cependant que la série reste inachevée le cinquième et dernier tome se faisant tout de même beaucoup attendre. Ce serait vraiment dommage que Candélabres ne puisse pas obtenir la fin qu'elle mérite.
Le Temps perdu
Encore une fois un chouette album aux Editions Daniel Maghen, réalisé par deux auteurs aux univers très particuliers, qui étaient destinés à se rencontrer. Vink, qui a essentiellement travaillé seul, avec ses ambiances aux aquarelles envoûtantes et vaporeuses, et Rodolphe, dont l'oeuvre est souvent teintée de fantastique, nous proposent donc cette fable dont le point de départ, la pénétration d'un humain dans l'univers d'un tableau, est relativement classique. Mais une fois à l'intérieur, c'est très différent, et le héros va se rendre compte que les évènements bizarres auxquels il assiste trouvent un écho étrange dans ses souvenirs... Au-delà de l'aspect un peu léger, fantaisiste et de l'histoire d'amour que provoquera cette expérience, il s'agit d'un récit à tiroirs, dont les éléments se mettent petit à petit en place, et qui ne se révèlent pleinement qu'à la deuxième et à la troisième lecture. D'ailleurs dès que j'aurai terminé mon avis, j'y retourne :) C'est très agréable à lire, admirablement dialogué et la mise en images baigne dans une ambiance toute particulière. A lire et contempler donc.
Les Innocents coupables
Voilà un triptyque qui, sur un sujet plutôt douloureux, se laisse lire agréablement. Au travers de l’histoire de quelques gamins/adolescents mis au ban de la société à la suite de menus larcins, nous découvrons l’univers d’un centre de redressement au début du XXème siècle. Où les méthodes sont proches de celles employées pour les adultes de l’époque. Plus que de réinsertion – dont il n’est jamais question en fait, il s’agit surtout d’écarter définitivement de la société ces mauvaises graines. Quitte à les traiter comme des bêtes. La bonne conscience de la société se paye du prix de cet exil, qui s’apparente, parfois dans tous les sens du terme, y compris physique, à une élimination. Le scénario est plutôt simple, mais bien construit, et les révélations sur le passé de certains (à partir du deuxième tome) densifient les personnages, tout en créant d’autres sources de tension entre les enfants… Et le dessin est bon, distinguant bien chaque enfant (malgré un uniforme et une coupe de cheveux identiques). On s’attache donc à ces rebus de la société et à leurs espoirs d’évasion. Au final, et à l’heure où certains (journalistes ou politiques) ont récemment voulu remettre au goût du jour des centres de correction (en leur donnant un nom voulant faire oublier ce qu’ils sont en réalité), cette série rappelle à juste titre que ce n’était qu’un traitement – inhumain – de la pauvreté, qui n’a jamais, bien au contraire, cherché à lutter contre ses causes. J’ai hésité entre 3 et 4 étoiles (note réelle 3,5/5), et vais finalement aller jusqu’aux 4 étoiles, malgré la fin, que j’ai trouvée un peu décevante, en forme de happy end un peu trop téléphoné, et peut-être improbable. Les qualités m’ont fait oublier les défauts. Une série à lire en tout cas !
Prophet
Cette histoire de découverte d'un temple maléfique en Himalaya par un archéologue est pour le moins passionnante. Nous allons de surprise en surprise puisque notre découvreur Jack Stanton est alors projeté dans un monde parallèle avec un mystérieux tatouage sur sa poitrine. On sent l'influence de Sanctuaire sur cette oeuvre ce qui n'est pas pour me déplaire avec une ambiance oppressante et le réveil de créatures démoniaques. Par ailleurs, le dessinateur Mathieu Lauffray assure avec un dessin et un style hors du commun. Tant d'expression et de relief dans les visages! Des décors sublimes notamment celle de New-York en ruine habitée par des créatures cauchemardesques! Un si caractéristique langage graphique que nous retrouverons d'ailleurs avec bonheur dans Long John Silver. Oui, nous avons là un dessinateur hors pair! Il se débrouille d'ailleurs pas si mal en reprenant seul la direction de l'oeuvre à partir du tome 2. Géniale idée également cette association d'être le prophète non seulement de la destruction passée mais également celui du renouveau. Dans le registre "apocalyptique", c'est ce que j'ai lu de meilleur ! Un dénouement dans le tome 4 très attendu ! Il aura fallu bien des années avant d’aboutir à la conclusion (pour rappel : 9 ans !). Je l’étais promis que j’achèterais la série qu’une fois que celle-ci soit terminée. J’ai subi trop de déconvenue ces dernières années dont celle avec la série Adamson que je n’ai toujours pas digéré d’où mon excessive prudence. J’ai par conséquent acquis les 4 volumes réédités pour l’occasion chez le nouvel éditeur Soleil. J’ai juste regretté le remplacement de certaines couvertures que j’aimais bien. Pour le reste, j’ai apprécié ce final en relisant l’ensemble d’une seule traite. Je n’ai pas senti de rupture graphique ou bien au niveau de l’intrigue. L’auteur est décidément au sommet de sa forme à tous les points de vue. Cela reste une suite cohérente avec le reste malgré le décalage temporel. C’est de la bonne science-fiction sur le thème de la fin du monde. Il est clair que la pirouette finale ne plaira pas à tous les lecteurs sans doute à cause de sa facilité. Cependant, c’est un choix qu’il faut respecter. J’ai passé un agréable moment de lecture et c’est bien là l’essentiel. Note Dessin: 4/5 - Note Scénario: 4/5 - Note Globale: 4/5