Que dire sur la nouvelle tornade de Skottie Young, connu pour ma part sur sa précédente série I Hate Fairyland que j'avais moyennement apprécié.
Pour cette nouvelle série, notre auteur change complètement de registre, il passe du comique à quelque chose de plus personnel et émotionnel, en nous emmenant dans une belle aventure au saveur printanière et rural.
Skottie, arrive à faire évoluer son protagoniste Abel par différentes situations tout au long de son périple. Il passe d'un jeune ado apeuré et attristé à quelqu'un de colérique, détestable et insociable; pour finir sur une personne résolue et plus mature, grâce au deuil de son enfance en rapport du comportement de son père. Pas mal d'environnement, de personnages et créatures nous sont proposés durant sa quête, ce qui rend l'aventure plutôt agréable à lire visuellement.
On remarque clairement le style graphique du comics moderne un peu brouillon, classique sans grande originalité, par rapport au style européen plus harmonieux, percutant et artistique. On distingue sur quelques planches que les mouvements et le cadrage ne sont pas maîtrisés. Par exemple sur les déplacements d'objets ou encore sur des images clefs que l'illustrateur Jorge Corona voudrait mettre en lumière, du coup, on doit se reprendre à la relecture de certaines cases pour comprendre l'action.
Je vous le conseille malgré ses quelques défauts, car cela reste une épopée agréable à lire avec une finalité réussie sur tous les points.
Je ne connaissais pas du tout Zora Neale Hurston et c'est vraiment une personnalité haute en couleur ! Le comics de Bagge m'a donné envie de connaitre l'œuvre de cette écrivaine qui a fait de son mieux pour vivre à une époque où c'était très dur d'être une femme noire aux États-Unis.
L'auteur brosse un portait de cette écrivaine qui a souvent suscité la controverse et n'occulte pas ses idées qui ne sont pas toujours politiquement correct. C'est vraiment le type de personne que je trouve passionnant. Malheureusement, la biographie souffre du problème le plus récurrent des biographies en BD: c'est court alors que la vie de la personnalité historique a été riche en anecdotes et événement.
En gros, on saute souvent du coq à l'âne. Comme en plus Hurston a rencontré pleins de gens dans sa vie (notamment la plupart des artistes noirs de sont époque, mais pas que) on voit souvent une personnalité qui semble intéressant apparaitre le temps d'une, deux ou trois pages et après elle disparait. La lecture des notes présent après le comics devient donc indispensable pour approfondir ses connaissances sur plusieurs événements de la vie d'Hurston et qui étaient les membres de son entourage, surtout qu'ils permettent de mieux comprendre la situation des noirs de l'époque pour un lecteur francophone qui ne connait pas des gens comme W. E. B. Du Bois par exemple.
Si je compare avec le travail de Derf Backderf, il y a des notes à la fin de certains de ses livres, mais c'est surtout pour apporter quelques précisions et les sources qu'il a utilisé. Il faut dire que ses albums sont plus longs et que cette biographie par Bagge ne fait que 72 pages. Sinon, le dessin est pas mal et le style humoristique va bien pour décrire la vie de quelqu'un comme Hurston.
Je suis amateur de westerns (films et BD), et j'ai toujours eu une attirance pour ces peuples autochtones, les "indiens". C'est tout naturellement que je me suis penché sur cet album qui retrace un épisode sombre de l'histoire des États-Unis.
De Séverine Gauthier je n'ai lu que des albums pour la jeunesse : L'Homme Montagne et Coeur de pierre.
Après Washita, l'autrice retrouve les Cherokees, elle connaît son sujet, elle a fait des études sur les civilisations précolombiennes et indiennes. Un album plus adulte, mais néanmoins accessible à un jeune public, puisqu'il retrace "la piste des larmes", c'est à dire le déplacement forcé des Cherokees des Blue Ridge Montains au nord de l’état de Géorgie jusqu'à l'ouest du Missouri, dans le territoire des indiens, qui deviendra au début du XXe siècle l'Oklahoma. Une déportation dans d'horribles conditions qui fera entre quatre mille à huit mille morts selon les sources, sur les dix-huit mille Cherokees. La faim et les maladies en seront les causes principales.
Quatre autres tributs du sud-est des États-Unis subiront le même sort, les Creeks, les Choctaws, les Chickasaws et les Séminoles entre 1831 et 1838.
Des déplacements forcés pour récupérer leurs terres et ainsi les donner aux colons.
Nous sommes en mai 1838, le général Winfied Scott rassemble les Cherokees par la force vers des camps de détention avant leur déportation.
Cet album s'attarde sur quatre personnages principaux pour vivre cet exode. Diwali un jeune guerrier et Adsila qui devait devenir son épouse, ils vivaient au creux d'une vallée à l'écart de l'influence des hommes blancs. Par contre, Chaske et sa femme Ahyoka vivaient au contact de la culture américaine. Un récit simple, dur et efficace qui va droit à l'essentiel tout en respectant la réalité historique.
Si le sujet m'intéresse beaucoup, je dois reconnaître être resté sur ma faim. En effet, soixante trois pages de BD c'est trop court pour un tel sujet. De plus, les personnages m'ont laissé indifférent, je ne me suis jamais attaché à eux.
Je ne suis pas fan du dessin de Stéphane Soularue. Il manque de précision, mais je dois lui reconnaître d'être expressif et de dégager une réelle atmosphère de désolation. Le choix judicieux des couleurs n'y est pas étranger.
Un rendu agréable à regarder.
Un album instructif, surtout grâce au dossier en fin d'album qui contextualise la BD.
"L'homme blanc ne sait pas lire nos montagnes. Il ne comprend pas notre histoire."
La couverture m'a tout de suite fait penser à celle de Phoolan Devi, reine des bandits.
Joli moment de lecture en compagnie de cette BD historique et policière.
Il s'agit d'une adaptation de la série (non lue) "Gabriel Joly" d'Henri Loevenbruck, comptant en 2024 quatre romans parus chez la droitière société d'édition XO ; côté BD, le tome 2 reprenant le titre du seconde tome de Loevenbruck, "Le Mystère de la main rouge", est d'ores et déjà annoncé, l'ensemble se présentant sous le titre de série "Les Enquêtes de Gabriel Joly" ["Le Loup des Cordeliers" n'étant que le titre du tome 1 ; titre à modifier sur BDthèque, même si celui-ci apparaît fort anecdotiquement en 4ème de couverture].
Agréable lecture donc, mêlant assez habilement l'intrigue historique (la révolution française en toile de fond) et l'intrigue policière (des crimes en série, menés pas un justicier accompagné d'un loup) : l'ensemble se découvre avec une remarquable fluidité, les événements historiques s'invitant logiquement dans l'intrigue policière.
Il y a bien de nombreux mini regrets sur l'intrigue policière : pourquoi une fausse révélation finale plutôt qu'une poursuite de l'investigation et des déductions déjà fort bien avancées, le lien avec la Corse est bien sommairement décrit ; côté personnages, ce loup des Cordeliers semble bien conciliant avec les écarts le concernant, notre effronté provincial est bien vite introduit dans les salons bourgeois, le peuple est bien accommodant avec ces mêmes bourgeois dont les intérêts ne sont pas les siens, etc. Les illustrations évoquent l'iconographie de l'époque, y compris dans ses couleurs ternes, qui pourraient chez certains fixer l'essentiel des reproches.
Bien des détails, et bien peu de chose en même temps, au regard de la belle tenue de l'ensemble. Je préfère retenir les sympathiques personnages secondaires, les beaux décadrages ici et là, la belle utilisation de la pénombre, la capacité à construire l'intrigue sans trop recourir aux dialogues.
Une jeune femme policière entre au quai des Orfèvres et on va suivre sa vie quotidienne. Un des scénaristes est un ancien policier et cela se voit un peu.
En effet, tout dans le scénario semble réaliste et sens le vécu. On va découvrir le métier d policier et tout est clair et précis. Il ne faut pas s'attendre à un polar ordinaire. L'héroïne ne va pas faire des courses poursuites dans tout Paris pour arrêter des gros trafiquants ou affronter un serial killer, on est surtout dans un récit qui raconte ce que peut vivre les membres d'un corps policier tous les jours. D'ailleurs on dit bien dans l'album que la plupart des meurtres sont fait par des minables et pour des raisons banales.
Le dessin est pas mal, mais je n'aime pas trop comment les expressions des visages sont dessinés. Je trouve qu'il manque encore un peu de maitrise.
Un polar qui se laisse lire sans déplaisir, mais qui ne m'a pas marqué plus que cela.
Il faut dire que je n'ai pas trop accroché au dessin que je trouve moyen. C'est un style qui ne me plait pas trop. Sinon, le scénario est intéressant parce que le personnage principal est un indic, ce qui est assez rare. La plupart du temps l'indic dans la fiction existe juste pour balancer des infos au détective/policier ou mettre des voleurs dans le pétrin.
On devine bien qu'être indic c'est dangereux et notre pauvre héros va se retrouver prisonnier entre la police et le milieu criminel. Ça se laisse lire et le personnage principal est attachant, mais cela ne m'a pas trop passionné en dehors des scènes avec sa famille.
Un futur incertain soumis à deux facteurs essentiels : l'insécurité grandissante et une santé publique utilisée comme monnaie d'échange d'une protection policière ? Bienvenue à Merde-la-Ville comme le suggère le premier cartouche de ce polar futuriste.
Comme déjà écrit plus bas, Carton Blême est une adaptation en bande dessinée d'un polar de Pierre Siniac qui aurait pu trouver sa place dans une oeuvre comme S.O.S. Bonheur de Van Hamme.
Dans une ville gangrénée par la corruption et la pollution, la criminalité a atteint un tel taux que les services de police ne s'attardent même plus à absorber si la ou les victimes présumées disposent d'un carton blême attribué aux citoyens malades sous un certain pourcentage. On évolue clairement dans une dystopie pessimiste qui doit beaucoup à des univers comme Blade Runner ou 1984 (dont on retrouve un ministre à l'origine de cette loi proche de Big Brother dans sa représentation via écran télévisé interposé.
Le personnage principal n'attire pas la sympathie et son morne quotidien ne sert qu'à illustrer une société qui ne maitrise plus grand chose. Le coté futuriste est vite écarté tout comme l'enquête principale (anecdotique mais semblerait-il que ce soit également le cas dans le roman). Au contraire, on s'attele ici davantage à morceler le récit principal par des exemples concrets de l'aberration du système judiciaire qui impose à chaque citoyen de présenter un bilan de sa santé afin de savoir si chaque victime est digne d'être sauvée d'un meurtre, quitte à laisser les gens "malades" se faire assassiner sous l'oeil d'une police blasée voire complice.
La nouvelle édition de 2024 propose le récit dans un noir et blanc charbonneux proche des intentions initiales des auteurs ainsi que d'une scène coupée supplémentaire s'étalant sur une dizaine de pages. Le trait est assez agréable et possède un look assez old school des années 80.
Dévoiler la conclusion serait bien dommage tant elle joue sur un certain humour noir et c'est aussi le seul reproche à cette histoire, vite lue et bien trop brève pour être marquante alors que l'univers déployé ne demanderait qu'à être davantage développé.
Déchu
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Ce tome contient une histoire complète qui ne nécessite pas de connaissance préalable du personnage. Il regroupe les 3 épisodes, initialement parus en 2020, écrits par Tom Taylor, dessinés et encrés par Darick Robertson et mis en couleurs par Diego Rodriguez. Il contient également les couvertures originales de Robertson, ainsi que les couvertures variantes de Lee Bermejo, J.H. Williams III, Sean Phillips, Robertson, et 4 pages de crayonnés.
Il y a de cela plusieurs dizaines d'années, Mary Constantine accouche de John, et le médecin confie la pince à son époux Thomas qui coupe le cordon ombilical. Elle s'inquiète de savoir s'il est normal, et la sage-femme lui répond qu'il est parfait en lui confiant dans les bras, puis en rappelant le docteur Delano. Mary décède peu de temps après des suites de l'accouchement. Le père a élevé seul sa fille Cheryl et son fils John en lui en voulant d'avoir causé la mort de son épouse. John a grandi avec un père toujours en colère, alcoolique, effectuant régulièrement des séjours en prison. Il en a développé un solide irrespect pour l'autorité et un sentiment de culpabilité irrépressible. Pas tout à fait adolescent, John avait organisé une séance de conjuration, un soir, un jour de pluie, avec son copain Billy Henderson, avec Aisha Bukhari pour impressionner cette dernière. Comme convenu, il lui avait ramené des cigarettes, barbotées à son père. Tout en révisant sur son livre de sorts, il avait dessiné un pentagramme dans le sol, implanté une bougie allumée à chaque pointe, et lu le sort, bien sûr sans aucun effet notable. Mais ils avaient tous les trois été emportés par la vague de la rivière en crue, et Billy y avait trouvé la mort.
Au temps présent, un soir, Aisha rend visite à Gary, un inspecteur de police. Elle dispose d'une soirée à elle, et elle a bien l'intention de s'en jeter plusieurs derrière la cravate, et de rentrer chez elle bien imbibée, en chantant à tue-tête Tiny Dancer (1972) d'Elton John. Elle confirme à Gary qu'elle a l'intention de commencer par aller manger au pub Dillon avant de faire la tournée de quelques autres pubs. Ils marchent tranquillement quand ils entendent un cri atroce. Ils lèvent la tête et aperçoit le cadavre d'un homme nu avec des ailes, embroché sur la flèche d'un paratonnerre. Un peu plus tard, un camion avec une nacelle est sur place, avec un policier qui monte pour aller essayer de décocher le corps. La nacelle touche le corps, et la flèche cède sous le poids du corps et des ans. Le cadavre s'écrase vingt mètres plus bas, son sang éclaboussant une demi-douzaine de badauds. Dans le courant de la nuit, Gary et Aisha se rendent chez le coroner, la médecin légiste leur indiquant qu'elle n'a pas pu identifier le corps faute de papiers d'identité, et qu'elle et son équipe ont également été incapables d'identifier la matière des ailes. Ils pénètrent dans la pièce où se trouvent le cadavre et les ailes, et surprennent un individu cagoulé en train de dérober les ailes, après les avoir coupées du dos du cadavre. Aisha lui tire dessus, le blesse, mais il parvient à s'enfuir. Elle le poursuit dans la ruelle à l'arrière, se rend compte qu'il a filé, et elle a la surprise de découvrir qu'un homme se tient là : John Constantine, clope au bec.
Tout dépend de votre rapport avec John Constantine. Pour un lecteur qui n'aurait jamais croisé sa route, il commence par une anecdote bien noire, d'autant plus effrayante qu'elle n'implique aucune créature surnaturelle, aucune occurrence magique ou matérialisation d'une énergie fantastique, pour des résultats défiant les lois de la physique. Le dessinateur réalise des planches soignées et des dessins peaufinés, avec une mise en couleurs qui rehausse les reliefs, instaure une ambiance lumineuse pour chaque scène et fait en sorte que chaque élément ressorte bien par rapport aux autres. Il ne faut pas longtemps pour que le surnaturel s'immisce dans le récit : la nature des ailes certainement angéliques, puis la participation d'un démon de premier plan sous une forme humanoïde, avec des cornes sur le front, une langue bifide, et une queue pointue. Un autre démon habite le corps d'un enfant et déforme ses expressions de visage avec une haine palpable. Il est visible que l'artiste prend un grand plaisir à dessiner ce récit, que ce soit les décors typiquement anglais, les démons, la roublardise de John Constantine, un maître en la matière, ou encore les deux principaux démons, l'un plutôt charmeur, l'autre plutôt horrifique. Il n'hésite à pas à intégrer des coulées de sang, mais dans une quantité très mesurée, sans tomber dans le gore. Il est parfaitement en phase avec le ton du scénario, entre les éléments horrifiques premier degré, et une forme d'humour sarcastique et ironique. En cas de découverte du personnage, le lecteur profane s'amuse bien dans une bande dessinée soignée, avec quelques moments de violence soutenue, un humour souvent noir, des manipulations malignes, et une dose de surnaturel exagérée savoureuse.
Il est également possible que le lecteur connaisse déjà le personnage, soit dans sa version affadie de l'univers partagé DC, soit dans sa version brut Vertigo. La page de titre précise que John Constantine a été cocréé par Alan Moore, Steve Bissette, John Totleben, Jamie Delano et John Ridgway, apparu pour la première fois en 1985. Il a bénéficié d'une série de 300 épisodes de 1988 à 2013, dans le label Vertigo de DC Comics. Puis il a été rapatrié dans l'univers partagé DC en 2011, où il a commencé par apparaître dans la série Justice League Dark. Même si le scénariste adresse un clin à Jamie Delano en donnant son nom au médecin accoucheur, et à Steve Dillon dessinateur de la série lorsqu'elle fut écrite par Garth Ennis, le positionnement du personnage dans son récit correspond plus à celui de l'univers partagé qu'à la version initiale Vertigo. Cela n'empêche pas le lecteur d'être favorablement impressionné : en effet, Tom Taylor, auteur australien, maîtrise bien l'argot anglais, apportant une saveur authentique au personnage, renforcée par les dessins du britannique Robertson. Il maîtrise bien la continuité du personnage, que ce soit le personnage secondaire de Chas Chandler son épouse Renee, ou la relation toxique entre John et son père Thomas. Il place Constantine dans une situation intenable devant tenir tête à Satan en personne, même si celui-ci est venu lui demander une faveur. Il est visible qu'il s'amuse dans les scènes de dialogue entre ces deux individualités très marquées, sans pour autant en abuser, sans que son histoire ne soit qu'un prétexte pour ces passages. Aucun superhéros n'apparaît dans l'histoire, ni même n'est mentionné. L'artiste est dans un registre visuel qui n'est pas non plus celui des superhéros, et sa mise en scène de la violence n'est ni insipide ni inoffensive, tout en conservant une touche d'humour. De ce point de vue, cette histoire de John Constantine n'est ni un contresens, ni une dilution du personnage, et cette lecture s'avère très agréable.
Pour autant, s'il a déjà lu des histoires de la série Vertigo, le lecteur sent bien qu'il manque un ou deux ingrédients essentiels. La critique sociale n'est que superficielle : un condiment ajouté pour donner plus de goût, mais sans consistance. La dimension psychologique est plus tangible, avec le poids de la culpabilité supporté par John Constantine depuis sa naissance qui a provoqué la mort de sa mère. Cela fait partie de son profil psychologique, mais sans le tourmenter, sans générer une tendance à la dépression. On est loin des affres existentielles qu'il a pu affronter sous la plume des auteurs de la série Vertigo, comme Jamie Delano, Garth Ennis Paul Jenkins, Mike Carey ou Brian Azzarello. Il manque cette sensation de quête vitale pour le personnage qui exprime celle tout aussi vitale pour le scénariste. De la même manière le dessinateur réalise des planches très agréables à regarder, mais il est aussi visible qu'il ne cherche pas à provoquer le lecteur ou à évoquer le tourment intérieur d'un ou plusieurs personnages. S'il est à la recherche d'une dose récente de John Constantine version Vertigo, le lecteur préfère se plonger dans Simon Spurrier présente Hellblazer (2020/2021, 12 épisodes) de Simon Spurrier, Aaron Campbell, Matías Bergara et Jordie Bellaire, une histoire vraiment digne de cette série initiale.
L'appréciation du lecteur pour ce récit dépend donc totalement de sa relation préexistante avec John Constantine. S'il ne le connaît pas du tout, c'est une sympathique balade en sa compagnie, avec une réelle malice, d'excellentes trouvailles scénaristiques et visuelles, un récit qui sait ne pas être gentillet, sans pousser le bouchon trop loin quand même. S'il a déjà eu l'occasion de le croiser, il retrouve la version de l'univers partagé DC Comics, assez caustique, manipulateur, très conscient que ses interventions s'accompagnent d'un prix à payer pour ses proches, et un alourdissement de sa culpabilité. Il savoure la narration visuelle que ce soit pour les expressions de visage, pour des visuels spectaculaires, ou des moments d'intimité crédibles. S'il est un adulte consentant avec un goût pour se confronter à la misère du monde et la souffrance existentielle, il se dit que les auteurs restent un peu trop gentils, sans aller fouailler ce que la nature humaine peut avoir de pire. Cela ne l'empêche pas de bien s'amuser lors des face à face entre John Constantine et un grand manipulateur qui joue dans une autre cour que lui.
Les origines de Rocket Raccoon (et de Groot)
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Ce tome contient un extrait de Tales to astonish 13, un extrait de Marvel preview 7, Incredible Hulk 271, la minisérie en 4 épisodes Rocket Raccoon. Ces épisodes correspondent aux origines et premières apparitions de Rocket Raccoon et Groot.
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- Groot (7 pages, scénario de Larry Lieber, dessins de Jack Kirby, encrage de Dick Ayers, 1960) - Un soir, Leslie et sa femme rentre chez eux en voiture et voit un étrange phénomène céleste. Peu de temps après, Leslie découvre une créature géante absorbant les arbres en elle et belliqueuse.
Cette histoire s'inscrit dans la production industrielle d'histoires de monstres en tout genre de l'époque, avec de dessins compétents de Kirby, mais pas encore débridés. Il s'agit bien des origines De Groot, encore qu'il soit capable de s'exprimer en phrases entières (pas comme par la suite). Il s'agit donc d'une vieillerie qui se laisse lire par curiosité, digeste du fait de sa brièveté, intéressante en fonction de la curiosité du lecteur.
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- Marvel preview 7 (18 pages, scénario de Bill Mantlo, dessins et encrage de Keith Giffen, noir & blanc, 1976) - Dans l'espace, un prince esseulé est obligé d'atterrir sur une planète inconnue, épaulé seulement par Alkinos, l'intelligence artificielle sarcastique de son vaisseau.
Un jeune Ketih Giffen réalise des dessins très détaillés et très compétents, même s'ils manquent un peu d'originalité. Bill Mantlo se moque doucement de ce prince grandiloquent. Cet épisode est inclus dans le présent recueil car il rencontre un raton laveur qui parle et qui manie une arme à feu, avec un humour sarcastique. Il s'agit d'un épisode facile à lire, même s'il s'agit du deuxième consacré à ce prince. Il s'agit également du dernier.
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- Incredible Hulk 271 (22 pages, scénario de Bill Mantlo, dessins de Sal Buscema, encrage de Bob Sharon, Jim Novak et Al Milgrom, 1982) - Hulk reprend connaissance sur une planète inconnue (peu en importe la raison). Rocket Raccoon et Wal Rus sont en train de l'observer. Hulk se relève et commence par défoncer un robot menaçant avec des pinces tranchantes.
Bill Mantlo introduit les personnages de la minisérie à suivre : Rocket Raccoon (dans sa forme définitive de cette époque), Wal Russ son compagnon d'arme (un morse qui parle), Lylla (une loutre), Judson Jakes (une taupe), Pyko (une tortue), les robots qui construisent un vaisseau spatial en forme d'humanoïde géant, la mystérieuse bible indéchiffrable, les clowns tueurs, etc. La narration est encore un peu infantile comme à l'époque, mais il est possible d'apprécier l'inventivité de la création, même si ces différentes pièces (animaux qui parlent & robots clowns tueurs) font un drôle de mélange.
Les dessins de Sal Buscema sont clairs et efficaces, mais assez laids, avec une gamme d'expression faciale très limitée. Histoire inventive.
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- Minisérie Rocket Raccoon (4 * 22 pages, scénario de Bill Mantlo, dessins de Mike Mignola, encrage d'al Gordon, sauf épisode 3 encrage d'al Milgrom, 1985) - le constructeur en chef de jouets du quadrant Keystone est assassiné à son atelier. Lord Dyvyne (un serpent) embauche Rocket Raccoon (aidé par Wal Russ) pour identifier et capturer l'assassin, vraisemblablement dépêché par Judson Jakes, le rival de Dyvyne dans la fabrication de jouets. Ces derniers servent d'objet thérapeutique pour les aliénés humains, principaux résidents de la planète. Ces derniers s'apprêtent à célébrer le rituel de la Grande Mascarade, mais la Bible du demi-Monde (leur livre sacré) a été dérobée par Pyko.
Bill Mantlo a donc obtenu des responsables éditoriaux, l'autorisation de réaliser une minisérie dédiée à Rocket Raccoon. le lecteur retrouve l'amalgame étonnant entre ces animaux qui parlent (certains avec douce fourrure), une forme de science-fiction (une planète extraterrestre, une technologie avancée, des robots, un mur autour de la planète, etc.), toujours des robots clowns tueurs, et une improbable histoire de planète servant d'asile psychiatrique pour malades mentaux.
D'un côté, la narration destine ce récit plutôt à des enfants ou de jeunes adolescents. En particulier la guerre des 2 fabricants de jouets repose sur une logique peu compréhensible, qu'il s'agisse de leur aspiration à se faire payer les jouets alors qu'il n'y a pas d'argent sur cette planète, ou de l'enjeu lié au mariage de Lylla, alors que son meurtre permettrait de s'affranchir de cette contrainte. de la même manière, la composante liée aux malades mentaux relève uniquement du divertissement qu'il s'agisse de cette étrange bible psychiatrique, ou du mode de guérison quasi magique (des casques guérisseurs). le principe de la planète asile rappelle d'ailleurs fortement l'intrigue de l'épisode 5 de Marvel premiere écrit par Steve Gerber (voir The power of Starhawk).
D'un autre côté, le lecteur se laisse facilement emporter par ce conte inventif et drôle, avec ces animaux mignons qui parlent. Ce divertissement doit une partie de son attrait aux dessins réalisés par un Mike Mignola débutant. Un lecteur familier de ses travaux pourra détecter quelques prémices de ses futurs choix esthétiques, mais il ne s'agit que de simples frémissements. À l'époque, Mignola dessine encore dans une veine figurative. Il s'avère qu'il trouve un juste équilibre entre le côté mignon de certains animaux, la joie de vivre des aliénés, les trouvailles visuelles à mi-chemin du conte et de la science-fiction. Il introduit quelques exagérations (les sourires des clowns par exemple) qui renforcent l'aspect conte pour enfant, en dédramatisant les situations. al Gordon réalise un encrage minutieux et détaillé, qui se marie bien avec les dessins détaillés de Mignola.
Avec cette minisérie, le lecteur découvre les origines de Rocket Raccoon (encore assez éloigné du personnage des années 2010), dans un monde un peu farfelu, assez cohérent, fournissant un bon niveau de divertissement, rehaussé par des dessins sympathiques présentant une personnalité le distinguant de l'ordinaire des superhéros. Plutôt pas mal.
Une agréable surprise, tant par le style de dessin que par l'histoire. Friand des histoires post-apocalyptique, on vois beaucoup moins des récits d'anticipation qui restent réalistes et ne se contentent pas de survoler la crise pour passer rapidement à l'après-crise.
Donc ce premier tome a été une belle réussite à mon sens, car il prend le temps de mettre les choses en place. Certes, la crise semble survenir du jour au lendemain, plongeant tout le monde dans une panique totale, mais ce qui nous intéresse ici ce sont les réactions des personnages une fois qu'ils réalisent qu'ils sont en pleine crise mondiale. On y retrouve ceux qui sont tendus, ceux qui agissent avec pragmatisme, ceux qui paniquent, ceux qui deviennent dangereux, mais aussi ceux qui s'entraident. J'ai particulièrement apprécié le ton "gentillet" de l'intrigue, car, comme le dit Marc Arthur, c'est ce qui fait l'originalité du scénario. Cela change des récits habituels où une rencontre hostile lors d'un périple, va changer brusquement le ton de l'histoire..
Ici, l'auteur fait parler les personnages avec des réflexions réalistes, influencées par nos peurs ou par les films et livres sur le sujet, et maintiens cette frontière entre notre imaginaire et la possibilité, que finalement, tout n'est pas forcément sombre.
Le récit pose également de nombreuses questions sur notre dépendance à la société moderne et notre incompétence potentielle face aux besoins essentiels en période de crise : se nourrir, boire, se loger en sécurité, se chauffer etc, sans l'aide des multinationales ou de l'État. On voit une aide militaire se mettre en place, mais cela souligne également notre dépendance à ces services (colis alimentaires etc), et l'insécurité que peuvent représenter des personnes armées qui sont au-dessus de tous. L'intrigue s'oriente donc d'avantage vers l'autonomie du groupe que nous suivrons tout au long de l'histoire.
Malgré quelques rencontres tendues qui finissent sans danger, l'intrigue parvient tout de même à nous inquiéter pour l'avenir du groupe.
Le tome 2 se concentre d'avantage sur la non-communication entre différents groupes et les conséquences de l'impulsivité par rapport à la réflexion. C'est intéressant mais pour le coup, connaissant le ton de la BD, ça devient beaucoup plus prévisible que le premier tome et ça manque d'originalité.
J'étais initialement très enthousiaste, mais j'ai légèrement revu ma note à la baisse avec ce 2eme tome et j'attends la suite avec impatience, qui, je l'espère, me fera revoir ma note à la hausse.
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Que dire sur la nouvelle tornade de Skottie Young, connu pour ma part sur sa précédente série I Hate Fairyland que j'avais moyennement apprécié. Pour cette nouvelle série, notre auteur change complètement de registre, il passe du comique à quelque chose de plus personnel et émotionnel, en nous emmenant dans une belle aventure au saveur printanière et rural. Skottie, arrive à faire évoluer son protagoniste Abel par différentes situations tout au long de son périple. Il passe d'un jeune ado apeuré et attristé à quelqu'un de colérique, détestable et insociable; pour finir sur une personne résolue et plus mature, grâce au deuil de son enfance en rapport du comportement de son père. Pas mal d'environnement, de personnages et créatures nous sont proposés durant sa quête, ce qui rend l'aventure plutôt agréable à lire visuellement. On remarque clairement le style graphique du comics moderne un peu brouillon, classique sans grande originalité, par rapport au style européen plus harmonieux, percutant et artistique. On distingue sur quelques planches que les mouvements et le cadrage ne sont pas maîtrisés. Par exemple sur les déplacements d'objets ou encore sur des images clefs que l'illustrateur Jorge Corona voudrait mettre en lumière, du coup, on doit se reprendre à la relecture de certaines cases pour comprendre l'action. Je vous le conseille malgré ses quelques défauts, car cela reste une épopée agréable à lire avec une finalité réussie sur tous les points.
Fire!! - L'histoire de Zora Neale Hurston
Je ne connaissais pas du tout Zora Neale Hurston et c'est vraiment une personnalité haute en couleur ! Le comics de Bagge m'a donné envie de connaitre l'œuvre de cette écrivaine qui a fait de son mieux pour vivre à une époque où c'était très dur d'être une femme noire aux États-Unis. L'auteur brosse un portait de cette écrivaine qui a souvent suscité la controverse et n'occulte pas ses idées qui ne sont pas toujours politiquement correct. C'est vraiment le type de personne que je trouve passionnant. Malheureusement, la biographie souffre du problème le plus récurrent des biographies en BD: c'est court alors que la vie de la personnalité historique a été riche en anecdotes et événement. En gros, on saute souvent du coq à l'âne. Comme en plus Hurston a rencontré pleins de gens dans sa vie (notamment la plupart des artistes noirs de sont époque, mais pas que) on voit souvent une personnalité qui semble intéressant apparaitre le temps d'une, deux ou trois pages et après elle disparait. La lecture des notes présent après le comics devient donc indispensable pour approfondir ses connaissances sur plusieurs événements de la vie d'Hurston et qui étaient les membres de son entourage, surtout qu'ils permettent de mieux comprendre la situation des noirs de l'époque pour un lecteur francophone qui ne connait pas des gens comme W. E. B. Du Bois par exemple. Si je compare avec le travail de Derf Backderf, il y a des notes à la fin de certains de ses livres, mais c'est surtout pour apporter quelques précisions et les sources qu'il a utilisé. Il faut dire que ses albums sont plus longs et que cette biographie par Bagge ne fait que 72 pages. Sinon, le dessin est pas mal et le style humoristique va bien pour décrire la vie de quelqu'un comme Hurston.
La Piste des larmes
Je suis amateur de westerns (films et BD), et j'ai toujours eu une attirance pour ces peuples autochtones, les "indiens". C'est tout naturellement que je me suis penché sur cet album qui retrace un épisode sombre de l'histoire des États-Unis. De Séverine Gauthier je n'ai lu que des albums pour la jeunesse : L'Homme Montagne et Coeur de pierre. Après Washita, l'autrice retrouve les Cherokees, elle connaît son sujet, elle a fait des études sur les civilisations précolombiennes et indiennes. Un album plus adulte, mais néanmoins accessible à un jeune public, puisqu'il retrace "la piste des larmes", c'est à dire le déplacement forcé des Cherokees des Blue Ridge Montains au nord de l’état de Géorgie jusqu'à l'ouest du Missouri, dans le territoire des indiens, qui deviendra au début du XXe siècle l'Oklahoma. Une déportation dans d'horribles conditions qui fera entre quatre mille à huit mille morts selon les sources, sur les dix-huit mille Cherokees. La faim et les maladies en seront les causes principales. Quatre autres tributs du sud-est des États-Unis subiront le même sort, les Creeks, les Choctaws, les Chickasaws et les Séminoles entre 1831 et 1838. Des déplacements forcés pour récupérer leurs terres et ainsi les donner aux colons. Nous sommes en mai 1838, le général Winfied Scott rassemble les Cherokees par la force vers des camps de détention avant leur déportation. Cet album s'attarde sur quatre personnages principaux pour vivre cet exode. Diwali un jeune guerrier et Adsila qui devait devenir son épouse, ils vivaient au creux d'une vallée à l'écart de l'influence des hommes blancs. Par contre, Chaske et sa femme Ahyoka vivaient au contact de la culture américaine. Un récit simple, dur et efficace qui va droit à l'essentiel tout en respectant la réalité historique. Si le sujet m'intéresse beaucoup, je dois reconnaître être resté sur ma faim. En effet, soixante trois pages de BD c'est trop court pour un tel sujet. De plus, les personnages m'ont laissé indifférent, je ne me suis jamais attaché à eux. Je ne suis pas fan du dessin de Stéphane Soularue. Il manque de précision, mais je dois lui reconnaître d'être expressif et de dégager une réelle atmosphère de désolation. Le choix judicieux des couleurs n'y est pas étranger. Un rendu agréable à regarder. Un album instructif, surtout grâce au dossier en fin d'album qui contextualise la BD. "L'homme blanc ne sait pas lire nos montagnes. Il ne comprend pas notre histoire." La couverture m'a tout de suite fait penser à celle de Phoolan Devi, reine des bandits.
Le Loup des Cordeliers
Joli moment de lecture en compagnie de cette BD historique et policière. Il s'agit d'une adaptation de la série (non lue) "Gabriel Joly" d'Henri Loevenbruck, comptant en 2024 quatre romans parus chez la droitière société d'édition XO ; côté BD, le tome 2 reprenant le titre du seconde tome de Loevenbruck, "Le Mystère de la main rouge", est d'ores et déjà annoncé, l'ensemble se présentant sous le titre de série "Les Enquêtes de Gabriel Joly" ["Le Loup des Cordeliers" n'étant que le titre du tome 1 ; titre à modifier sur BDthèque, même si celui-ci apparaît fort anecdotiquement en 4ème de couverture]. Agréable lecture donc, mêlant assez habilement l'intrigue historique (la révolution française en toile de fond) et l'intrigue policière (des crimes en série, menés pas un justicier accompagné d'un loup) : l'ensemble se découvre avec une remarquable fluidité, les événements historiques s'invitant logiquement dans l'intrigue policière. Il y a bien de nombreux mini regrets sur l'intrigue policière : pourquoi une fausse révélation finale plutôt qu'une poursuite de l'investigation et des déductions déjà fort bien avancées, le lien avec la Corse est bien sommairement décrit ; côté personnages, ce loup des Cordeliers semble bien conciliant avec les écarts le concernant, notre effronté provincial est bien vite introduit dans les salons bourgeois, le peuple est bien accommodant avec ces mêmes bourgeois dont les intérêts ne sont pas les siens, etc. Les illustrations évoquent l'iconographie de l'époque, y compris dans ses couleurs ternes, qui pourraient chez certains fixer l'essentiel des reproches. Bien des détails, et bien peu de chose en même temps, au regard de la belle tenue de l'ensemble. Je préfère retenir les sympathiques personnages secondaires, les beaux décadrages ici et là, la belle utilisation de la pénombre, la capacité à construire l'intrigue sans trop recourir aux dialogues.
Cristal 417
Une jeune femme policière entre au quai des Orfèvres et on va suivre sa vie quotidienne. Un des scénaristes est un ancien policier et cela se voit un peu. En effet, tout dans le scénario semble réaliste et sens le vécu. On va découvrir le métier d policier et tout est clair et précis. Il ne faut pas s'attendre à un polar ordinaire. L'héroïne ne va pas faire des courses poursuites dans tout Paris pour arrêter des gros trafiquants ou affronter un serial killer, on est surtout dans un récit qui raconte ce que peut vivre les membres d'un corps policier tous les jours. D'ailleurs on dit bien dans l'album que la plupart des meurtres sont fait par des minables et pour des raisons banales. Le dessin est pas mal, mais je n'aime pas trop comment les expressions des visages sont dessinés. Je trouve qu'il manque encore un peu de maitrise.
GoSt111
Un polar qui se laisse lire sans déplaisir, mais qui ne m'a pas marqué plus que cela. Il faut dire que je n'ai pas trop accroché au dessin que je trouve moyen. C'est un style qui ne me plait pas trop. Sinon, le scénario est intéressant parce que le personnage principal est un indic, ce qui est assez rare. La plupart du temps l'indic dans la fiction existe juste pour balancer des infos au détective/policier ou mettre des voleurs dans le pétrin. On devine bien qu'être indic c'est dangereux et notre pauvre héros va se retrouver prisonnier entre la police et le milieu criminel. Ça se laisse lire et le personnage principal est attachant, mais cela ne m'a pas trop passionné en dehors des scènes avec sa famille.
Carton blême
Un futur incertain soumis à deux facteurs essentiels : l'insécurité grandissante et une santé publique utilisée comme monnaie d'échange d'une protection policière ? Bienvenue à Merde-la-Ville comme le suggère le premier cartouche de ce polar futuriste. Comme déjà écrit plus bas, Carton Blême est une adaptation en bande dessinée d'un polar de Pierre Siniac qui aurait pu trouver sa place dans une oeuvre comme S.O.S. Bonheur de Van Hamme. Dans une ville gangrénée par la corruption et la pollution, la criminalité a atteint un tel taux que les services de police ne s'attardent même plus à absorber si la ou les victimes présumées disposent d'un carton blême attribué aux citoyens malades sous un certain pourcentage. On évolue clairement dans une dystopie pessimiste qui doit beaucoup à des univers comme Blade Runner ou 1984 (dont on retrouve un ministre à l'origine de cette loi proche de Big Brother dans sa représentation via écran télévisé interposé. Le personnage principal n'attire pas la sympathie et son morne quotidien ne sert qu'à illustrer une société qui ne maitrise plus grand chose. Le coté futuriste est vite écarté tout comme l'enquête principale (anecdotique mais semblerait-il que ce soit également le cas dans le roman). Au contraire, on s'attele ici davantage à morceler le récit principal par des exemples concrets de l'aberration du système judiciaire qui impose à chaque citoyen de présenter un bilan de sa santé afin de savoir si chaque victime est digne d'être sauvée d'un meurtre, quitte à laisser les gens "malades" se faire assassiner sous l'oeil d'une police blasée voire complice. La nouvelle édition de 2024 propose le récit dans un noir et blanc charbonneux proche des intentions initiales des auteurs ainsi que d'une scène coupée supplémentaire s'étalant sur une dizaine de pages. Le trait est assez agréable et possède un look assez old school des années 80. Dévoiler la conclusion serait bien dommage tant elle joue sur un certain humour noir et c'est aussi le seul reproche à cette histoire, vite lue et bien trop brève pour être marquante alors que l'univers déployé ne demanderait qu'à être davantage développé.
Hellblazer - Rise & Fall
Déchu - Ce tome contient une histoire complète qui ne nécessite pas de connaissance préalable du personnage. Il regroupe les 3 épisodes, initialement parus en 2020, écrits par Tom Taylor, dessinés et encrés par Darick Robertson et mis en couleurs par Diego Rodriguez. Il contient également les couvertures originales de Robertson, ainsi que les couvertures variantes de Lee Bermejo, J.H. Williams III, Sean Phillips, Robertson, et 4 pages de crayonnés. Il y a de cela plusieurs dizaines d'années, Mary Constantine accouche de John, et le médecin confie la pince à son époux Thomas qui coupe le cordon ombilical. Elle s'inquiète de savoir s'il est normal, et la sage-femme lui répond qu'il est parfait en lui confiant dans les bras, puis en rappelant le docteur Delano. Mary décède peu de temps après des suites de l'accouchement. Le père a élevé seul sa fille Cheryl et son fils John en lui en voulant d'avoir causé la mort de son épouse. John a grandi avec un père toujours en colère, alcoolique, effectuant régulièrement des séjours en prison. Il en a développé un solide irrespect pour l'autorité et un sentiment de culpabilité irrépressible. Pas tout à fait adolescent, John avait organisé une séance de conjuration, un soir, un jour de pluie, avec son copain Billy Henderson, avec Aisha Bukhari pour impressionner cette dernière. Comme convenu, il lui avait ramené des cigarettes, barbotées à son père. Tout en révisant sur son livre de sorts, il avait dessiné un pentagramme dans le sol, implanté une bougie allumée à chaque pointe, et lu le sort, bien sûr sans aucun effet notable. Mais ils avaient tous les trois été emportés par la vague de la rivière en crue, et Billy y avait trouvé la mort. Au temps présent, un soir, Aisha rend visite à Gary, un inspecteur de police. Elle dispose d'une soirée à elle, et elle a bien l'intention de s'en jeter plusieurs derrière la cravate, et de rentrer chez elle bien imbibée, en chantant à tue-tête Tiny Dancer (1972) d'Elton John. Elle confirme à Gary qu'elle a l'intention de commencer par aller manger au pub Dillon avant de faire la tournée de quelques autres pubs. Ils marchent tranquillement quand ils entendent un cri atroce. Ils lèvent la tête et aperçoit le cadavre d'un homme nu avec des ailes, embroché sur la flèche d'un paratonnerre. Un peu plus tard, un camion avec une nacelle est sur place, avec un policier qui monte pour aller essayer de décocher le corps. La nacelle touche le corps, et la flèche cède sous le poids du corps et des ans. Le cadavre s'écrase vingt mètres plus bas, son sang éclaboussant une demi-douzaine de badauds. Dans le courant de la nuit, Gary et Aisha se rendent chez le coroner, la médecin légiste leur indiquant qu'elle n'a pas pu identifier le corps faute de papiers d'identité, et qu'elle et son équipe ont également été incapables d'identifier la matière des ailes. Ils pénètrent dans la pièce où se trouvent le cadavre et les ailes, et surprennent un individu cagoulé en train de dérober les ailes, après les avoir coupées du dos du cadavre. Aisha lui tire dessus, le blesse, mais il parvient à s'enfuir. Elle le poursuit dans la ruelle à l'arrière, se rend compte qu'il a filé, et elle a la surprise de découvrir qu'un homme se tient là : John Constantine, clope au bec. Tout dépend de votre rapport avec John Constantine. Pour un lecteur qui n'aurait jamais croisé sa route, il commence par une anecdote bien noire, d'autant plus effrayante qu'elle n'implique aucune créature surnaturelle, aucune occurrence magique ou matérialisation d'une énergie fantastique, pour des résultats défiant les lois de la physique. Le dessinateur réalise des planches soignées et des dessins peaufinés, avec une mise en couleurs qui rehausse les reliefs, instaure une ambiance lumineuse pour chaque scène et fait en sorte que chaque élément ressorte bien par rapport aux autres. Il ne faut pas longtemps pour que le surnaturel s'immisce dans le récit : la nature des ailes certainement angéliques, puis la participation d'un démon de premier plan sous une forme humanoïde, avec des cornes sur le front, une langue bifide, et une queue pointue. Un autre démon habite le corps d'un enfant et déforme ses expressions de visage avec une haine palpable. Il est visible que l'artiste prend un grand plaisir à dessiner ce récit, que ce soit les décors typiquement anglais, les démons, la roublardise de John Constantine, un maître en la matière, ou encore les deux principaux démons, l'un plutôt charmeur, l'autre plutôt horrifique. Il n'hésite à pas à intégrer des coulées de sang, mais dans une quantité très mesurée, sans tomber dans le gore. Il est parfaitement en phase avec le ton du scénario, entre les éléments horrifiques premier degré, et une forme d'humour sarcastique et ironique. En cas de découverte du personnage, le lecteur profane s'amuse bien dans une bande dessinée soignée, avec quelques moments de violence soutenue, un humour souvent noir, des manipulations malignes, et une dose de surnaturel exagérée savoureuse. Il est également possible que le lecteur connaisse déjà le personnage, soit dans sa version affadie de l'univers partagé DC, soit dans sa version brut Vertigo. La page de titre précise que John Constantine a été cocréé par Alan Moore, Steve Bissette, John Totleben, Jamie Delano et John Ridgway, apparu pour la première fois en 1985. Il a bénéficié d'une série de 300 épisodes de 1988 à 2013, dans le label Vertigo de DC Comics. Puis il a été rapatrié dans l'univers partagé DC en 2011, où il a commencé par apparaître dans la série Justice League Dark. Même si le scénariste adresse un clin à Jamie Delano en donnant son nom au médecin accoucheur, et à Steve Dillon dessinateur de la série lorsqu'elle fut écrite par Garth Ennis, le positionnement du personnage dans son récit correspond plus à celui de l'univers partagé qu'à la version initiale Vertigo. Cela n'empêche pas le lecteur d'être favorablement impressionné : en effet, Tom Taylor, auteur australien, maîtrise bien l'argot anglais, apportant une saveur authentique au personnage, renforcée par les dessins du britannique Robertson. Il maîtrise bien la continuité du personnage, que ce soit le personnage secondaire de Chas Chandler son épouse Renee, ou la relation toxique entre John et son père Thomas. Il place Constantine dans une situation intenable devant tenir tête à Satan en personne, même si celui-ci est venu lui demander une faveur. Il est visible qu'il s'amuse dans les scènes de dialogue entre ces deux individualités très marquées, sans pour autant en abuser, sans que son histoire ne soit qu'un prétexte pour ces passages. Aucun superhéros n'apparaît dans l'histoire, ni même n'est mentionné. L'artiste est dans un registre visuel qui n'est pas non plus celui des superhéros, et sa mise en scène de la violence n'est ni insipide ni inoffensive, tout en conservant une touche d'humour. De ce point de vue, cette histoire de John Constantine n'est ni un contresens, ni une dilution du personnage, et cette lecture s'avère très agréable. Pour autant, s'il a déjà lu des histoires de la série Vertigo, le lecteur sent bien qu'il manque un ou deux ingrédients essentiels. La critique sociale n'est que superficielle : un condiment ajouté pour donner plus de goût, mais sans consistance. La dimension psychologique est plus tangible, avec le poids de la culpabilité supporté par John Constantine depuis sa naissance qui a provoqué la mort de sa mère. Cela fait partie de son profil psychologique, mais sans le tourmenter, sans générer une tendance à la dépression. On est loin des affres existentielles qu'il a pu affronter sous la plume des auteurs de la série Vertigo, comme Jamie Delano, Garth Ennis Paul Jenkins, Mike Carey ou Brian Azzarello. Il manque cette sensation de quête vitale pour le personnage qui exprime celle tout aussi vitale pour le scénariste. De la même manière le dessinateur réalise des planches très agréables à regarder, mais il est aussi visible qu'il ne cherche pas à provoquer le lecteur ou à évoquer le tourment intérieur d'un ou plusieurs personnages. S'il est à la recherche d'une dose récente de John Constantine version Vertigo, le lecteur préfère se plonger dans Simon Spurrier présente Hellblazer (2020/2021, 12 épisodes) de Simon Spurrier, Aaron Campbell, Matías Bergara et Jordie Bellaire, une histoire vraiment digne de cette série initiale. L'appréciation du lecteur pour ce récit dépend donc totalement de sa relation préexistante avec John Constantine. S'il ne le connaît pas du tout, c'est une sympathique balade en sa compagnie, avec une réelle malice, d'excellentes trouvailles scénaristiques et visuelles, un récit qui sait ne pas être gentillet, sans pousser le bouchon trop loin quand même. S'il a déjà eu l'occasion de le croiser, il retrouve la version de l'univers partagé DC Comics, assez caustique, manipulateur, très conscient que ses interventions s'accompagnent d'un prix à payer pour ses proches, et un alourdissement de sa culpabilité. Il savoure la narration visuelle que ce soit pour les expressions de visage, pour des visuels spectaculaires, ou des moments d'intimité crédibles. S'il est un adulte consentant avec un goût pour se confronter à la misère du monde et la souffrance existentielle, il se dit que les auteurs restent un peu trop gentils, sans aller fouailler ce que la nature humaine peut avoir de pire. Cela ne l'empêche pas de bien s'amuser lors des face à face entre John Constantine et un grand manipulateur qui joue dans une autre cour que lui.
Rocket Raccoon - Les Contes du Demi-Monde
Les origines de Rocket Raccoon (et de Groot) - Ce tome contient un extrait de Tales to astonish 13, un extrait de Marvel preview 7, Incredible Hulk 271, la minisérie en 4 épisodes Rocket Raccoon. Ces épisodes correspondent aux origines et premières apparitions de Rocket Raccoon et Groot. - - Groot (7 pages, scénario de Larry Lieber, dessins de Jack Kirby, encrage de Dick Ayers, 1960) - Un soir, Leslie et sa femme rentre chez eux en voiture et voit un étrange phénomène céleste. Peu de temps après, Leslie découvre une créature géante absorbant les arbres en elle et belliqueuse. Cette histoire s'inscrit dans la production industrielle d'histoires de monstres en tout genre de l'époque, avec de dessins compétents de Kirby, mais pas encore débridés. Il s'agit bien des origines De Groot, encore qu'il soit capable de s'exprimer en phrases entières (pas comme par la suite). Il s'agit donc d'une vieillerie qui se laisse lire par curiosité, digeste du fait de sa brièveté, intéressante en fonction de la curiosité du lecteur. - - Marvel preview 7 (18 pages, scénario de Bill Mantlo, dessins et encrage de Keith Giffen, noir & blanc, 1976) - Dans l'espace, un prince esseulé est obligé d'atterrir sur une planète inconnue, épaulé seulement par Alkinos, l'intelligence artificielle sarcastique de son vaisseau. Un jeune Ketih Giffen réalise des dessins très détaillés et très compétents, même s'ils manquent un peu d'originalité. Bill Mantlo se moque doucement de ce prince grandiloquent. Cet épisode est inclus dans le présent recueil car il rencontre un raton laveur qui parle et qui manie une arme à feu, avec un humour sarcastique. Il s'agit d'un épisode facile à lire, même s'il s'agit du deuxième consacré à ce prince. Il s'agit également du dernier. - - Incredible Hulk 271 (22 pages, scénario de Bill Mantlo, dessins de Sal Buscema, encrage de Bob Sharon, Jim Novak et Al Milgrom, 1982) - Hulk reprend connaissance sur une planète inconnue (peu en importe la raison). Rocket Raccoon et Wal Rus sont en train de l'observer. Hulk se relève et commence par défoncer un robot menaçant avec des pinces tranchantes. Bill Mantlo introduit les personnages de la minisérie à suivre : Rocket Raccoon (dans sa forme définitive de cette époque), Wal Russ son compagnon d'arme (un morse qui parle), Lylla (une loutre), Judson Jakes (une taupe), Pyko (une tortue), les robots qui construisent un vaisseau spatial en forme d'humanoïde géant, la mystérieuse bible indéchiffrable, les clowns tueurs, etc. La narration est encore un peu infantile comme à l'époque, mais il est possible d'apprécier l'inventivité de la création, même si ces différentes pièces (animaux qui parlent & robots clowns tueurs) font un drôle de mélange. Les dessins de Sal Buscema sont clairs et efficaces, mais assez laids, avec une gamme d'expression faciale très limitée. Histoire inventive. - - Minisérie Rocket Raccoon (4 * 22 pages, scénario de Bill Mantlo, dessins de Mike Mignola, encrage d'al Gordon, sauf épisode 3 encrage d'al Milgrom, 1985) - le constructeur en chef de jouets du quadrant Keystone est assassiné à son atelier. Lord Dyvyne (un serpent) embauche Rocket Raccoon (aidé par Wal Russ) pour identifier et capturer l'assassin, vraisemblablement dépêché par Judson Jakes, le rival de Dyvyne dans la fabrication de jouets. Ces derniers servent d'objet thérapeutique pour les aliénés humains, principaux résidents de la planète. Ces derniers s'apprêtent à célébrer le rituel de la Grande Mascarade, mais la Bible du demi-Monde (leur livre sacré) a été dérobée par Pyko. Bill Mantlo a donc obtenu des responsables éditoriaux, l'autorisation de réaliser une minisérie dédiée à Rocket Raccoon. le lecteur retrouve l'amalgame étonnant entre ces animaux qui parlent (certains avec douce fourrure), une forme de science-fiction (une planète extraterrestre, une technologie avancée, des robots, un mur autour de la planète, etc.), toujours des robots clowns tueurs, et une improbable histoire de planète servant d'asile psychiatrique pour malades mentaux. D'un côté, la narration destine ce récit plutôt à des enfants ou de jeunes adolescents. En particulier la guerre des 2 fabricants de jouets repose sur une logique peu compréhensible, qu'il s'agisse de leur aspiration à se faire payer les jouets alors qu'il n'y a pas d'argent sur cette planète, ou de l'enjeu lié au mariage de Lylla, alors que son meurtre permettrait de s'affranchir de cette contrainte. de la même manière, la composante liée aux malades mentaux relève uniquement du divertissement qu'il s'agisse de cette étrange bible psychiatrique, ou du mode de guérison quasi magique (des casques guérisseurs). le principe de la planète asile rappelle d'ailleurs fortement l'intrigue de l'épisode 5 de Marvel premiere écrit par Steve Gerber (voir The power of Starhawk). D'un autre côté, le lecteur se laisse facilement emporter par ce conte inventif et drôle, avec ces animaux mignons qui parlent. Ce divertissement doit une partie de son attrait aux dessins réalisés par un Mike Mignola débutant. Un lecteur familier de ses travaux pourra détecter quelques prémices de ses futurs choix esthétiques, mais il ne s'agit que de simples frémissements. À l'époque, Mignola dessine encore dans une veine figurative. Il s'avère qu'il trouve un juste équilibre entre le côté mignon de certains animaux, la joie de vivre des aliénés, les trouvailles visuelles à mi-chemin du conte et de la science-fiction. Il introduit quelques exagérations (les sourires des clowns par exemple) qui renforcent l'aspect conte pour enfant, en dédramatisant les situations. al Gordon réalise un encrage minutieux et détaillé, qui se marie bien avec les dessins détaillés de Mignola. Avec cette minisérie, le lecteur découvre les origines de Rocket Raccoon (encore assez éloigné du personnage des années 2010), dans un monde un peu farfelu, assez cohérent, fournissant un bon niveau de divertissement, rehaussé par des dessins sympathiques présentant une personnalité le distinguant de l'ordinaire des superhéros. Plutôt pas mal.
Happy End
Une agréable surprise, tant par le style de dessin que par l'histoire. Friand des histoires post-apocalyptique, on vois beaucoup moins des récits d'anticipation qui restent réalistes et ne se contentent pas de survoler la crise pour passer rapidement à l'après-crise. Donc ce premier tome a été une belle réussite à mon sens, car il prend le temps de mettre les choses en place. Certes, la crise semble survenir du jour au lendemain, plongeant tout le monde dans une panique totale, mais ce qui nous intéresse ici ce sont les réactions des personnages une fois qu'ils réalisent qu'ils sont en pleine crise mondiale. On y retrouve ceux qui sont tendus, ceux qui agissent avec pragmatisme, ceux qui paniquent, ceux qui deviennent dangereux, mais aussi ceux qui s'entraident. J'ai particulièrement apprécié le ton "gentillet" de l'intrigue, car, comme le dit Marc Arthur, c'est ce qui fait l'originalité du scénario. Cela change des récits habituels où une rencontre hostile lors d'un périple, va changer brusquement le ton de l'histoire.. Ici, l'auteur fait parler les personnages avec des réflexions réalistes, influencées par nos peurs ou par les films et livres sur le sujet, et maintiens cette frontière entre notre imaginaire et la possibilité, que finalement, tout n'est pas forcément sombre. Le récit pose également de nombreuses questions sur notre dépendance à la société moderne et notre incompétence potentielle face aux besoins essentiels en période de crise : se nourrir, boire, se loger en sécurité, se chauffer etc, sans l'aide des multinationales ou de l'État. On voit une aide militaire se mettre en place, mais cela souligne également notre dépendance à ces services (colis alimentaires etc), et l'insécurité que peuvent représenter des personnes armées qui sont au-dessus de tous. L'intrigue s'oriente donc d'avantage vers l'autonomie du groupe que nous suivrons tout au long de l'histoire. Malgré quelques rencontres tendues qui finissent sans danger, l'intrigue parvient tout de même à nous inquiéter pour l'avenir du groupe. Le tome 2 se concentre d'avantage sur la non-communication entre différents groupes et les conséquences de l'impulsivité par rapport à la réflexion. C'est intéressant mais pour le coup, connaissant le ton de la BD, ça devient beaucoup plus prévisible que le premier tome et ça manque d'originalité. J'étais initialement très enthousiaste, mais j'ai légèrement revu ma note à la baisse avec ce 2eme tome et j'attends la suite avec impatience, qui, je l'espère, me fera revoir ma note à la hausse.