Voilà une petite série jeunesse tout en fraicheur et en bonnes intentions qui devrait ravir les plus jeunes !
Dav (scénario et dessin) que je découvre avec cette série, nous propose de suivre les pérégrinations d'une petite troupe d'animaux vivant dans la forêt au fil des saisons. Chaque album met la focale sur un de ses habitants, qui du blaireau bougon, du hibou joueur ou du renard maladroit, vont nous entraîner dans leur petites aventures du quotidien de façon toujours très délicate et drôle.
Le soin que Dav a porté à son dessin ainsi qu'à sa colorisation rendent le tout très agréable et propose au lecteur une série d'ambiances liées à chaque saison. C'est malin, subtil et beau, on en regretterait presque que ces albums au très joli format à l'italienne ne fassent que 30 pages, histoire de faire durer le plaisir.
Concept extrêmement original, et radical.
Comme indiqué par mes prédécesseurs, il s'agit d'une uchronie se déroulant dans les pays scandinaves.
Un monde contemporain païen dominé par les divinités nordiques, dont le culte semble avoir fait abstraction des rituels sanglants / violents et des sacrifices humains (cet aspect n'est curieusement pas évoqué). Ce monde vit en paix, et dans une très forte tolérance mutuelle, sans aucune forme de religion monothéiste.
Or, une prophétie annonce l'arrivée d'un messie qui risquerait de chambouler toute cette harmonie et apporterait guerres, violences et intolérances comme conséquence ultime (approche pas totalement aberrante : les civilisations polythéistes antiques ne se faisaient que très rarement la guerre pour des raisons religieuses, il s'agissait souvent de basses raisons mercantiles, la grande exception étant les civilisations d’Amérique du Sud et Centrale dont les guerres servaient à satisfaire la soif de sang de leurs divinités par des sacrifices humains).
Les autorités préfèrent prévenir que guérir, et massacrent régulièrement des nouveaux-nés dès que le danger apparaît. Un policier chargé d'enquêter sur le dernier massacre en date, Gudesonn (qui donne son nom à la série), se retrouve pris entre deux feux, car il va découvrir qu'un nourrisson a survécu, et sa conscience lui dicte de le protéger.
Cette série pour l'instant constituée de deux tomes est assez brillante.
Hélas il y a à craindre que l'on n'en voit jamais la conclusion : si un an s'est écoulé entre la parution du tome 1 et du tome 2, plus de trois ans ont passé depuis la sortie du tome 2 (2018), et rien n'est annoncé quant à la mise en chantier d'un hypothétique tome 3.
Une superbe série avec un sujet difficile : le cancer chez les enfants .
Le duo Gallié/Andreae s'en tire à merveille.
Gallié nous raconte le voyage, dans un monde parallèle, de cinq garçons où ils devront combattre le "crabe". Ils vont affronter toutes sortes d'épreuves et des créatures cauchemardesques, sans pour autant que ce soit larmoyant.
Au contraire, c'est un récit sur le courage et la force de vivre.
Andreae nous offre un somptueux récital.
Son dessin est époustouflant, son coup de crayon est précis, fin et soigné. Les cases débordent de détails et les pleines pages sont un délice pour les yeux.
Tout cela avec une mise en page dynamique et des couleurs "pastels" du plus bel effet.
Une réussite que je vous invite à découvrir.
Le gros problème avec BDthèque, c’est que tu ne postes pas que des avis, tu consultes aussi les avis de tes pairs et forcément ta liste des albums à acheter devient vite monumentale (à date je dois avoir 48 albums à me procurer au plus vite !). Cet album d’Etienne Davodeau en faisait partie.
Quelle claque les amis. C’est juste merveilleusement bien. Et pourtant, j’avoue ne pas avoir accroché plus que ça en visionnant le film de Solveig Anspach avec notamment Karin Viard dans le rôle de Lulu, une quarantenaire éteinte qui sur un coup de tête décide de faire une pause dans son quotidien loin de ses proches.
L’approche est douce et sensible. Pas de jugement pour cette femme qui l’espace de quelques jours s’évade de son ordinaire morne et insipide. Beaucoup de bienveillance de la part d’Etienne Davodeau pour cette femme qui prend sa vie en main en prenant le large !
Nous suivons donc son errance rédemptrice sur la côte atlantique. Je subodore que nous sommes entre les Sables d’Olonne et St Gille Croix de vie. Je crois avoir reconnu quelques paysages familiers.
Je me suis laissé porter même si le rythme est lent. Que c’est bon cette escapade sous le signe de la liberté retrouvée loin de son connard de mari qui ne la regarde plus depuis trop longtemps. Cette errance va la rendre lumineuse.
Le dessin est délicat et suave. Une tuerie. Mais nous sommes habitués avec cet auteur.
Quelle note ? A la lecture de Lulu, c’est un énorme 4 étoiles. Mais là je vais rajouter une étoile supplémentaire. En effet Futuropolis vient de sortir l’intégral en format souple pour … 10,90 euros ! Chapeau bas à l’éditeur pour ce prix canon. Mon coup de cœur de la rentrée.
Je continue mon immersion, dans l'univers Brubaker/Phillips (après Pulp) et je viens de me prendre une belle beigne en pleine poire.
Magistral !
La première chose qui me vient à l'esprit : Brubaker est un génie pour nous raconter une histoire.
Un scénario sans faille avec une narration non linéaire mais qui se recroise naturellement. Il prend le temps de bien développer ses personnages et c'est juste un régal. On découvre des hommes et une femme torturés.
De l'action, de l'amour, de l'espoir, du désespoir et de la violence. Un cocktail explosif.
Violent et tendre à la fois, une prouesse.
Le dessin de Phillips, plus je le regarde, plus je le trouve beau.
Il retranscrit à merveille cette ambiance malsaine qui plane tout le long de l'album.
Son trait hachuré et noir colle parfaitement à ce genre de récit.
Un duo en totale harmonie.
Cinq étoiles plus que méritées.
Je sais ce qu'il me reste à faire, j'ai aperçu la collection complète de Criminal à ma bibliothèque du CE. :-)
Il y a des auteurs qui sont incapables de décevoir. Je crois que je peux désormais compter dans leurs rangs Fabien Nury. Pour être honnête, l'Afrique d'après la décolonisation est un tel foutoir géopolitique que je n'ai jamais vraiment réussi à m'y intéresser en détail, alors voir toute une saga se dérouler dans un tel contexte avait de quoi légitimement m'effrayer ! C'était sans compter sur l'incroyable talent de raconteur d'histoires de Nury...
Ce qui m'a frappé de prime abord, c'est ce qui m'avait déjà frappé dans la formidable série télévisée Paris Police 1900, mon premier contact direct avec Fabien Nury. Alors même qu'il aborde un sujet qui aurait tout pour être brûlant, l'auteur réussit à ne jamais le politiser à l'excès. L'équilibriste reste constamment sur la corde raide sans tomber d'un côté ou de l'autre, sans profiter de son sujet pour rédiger un manifeste politique lourdingue, qui aurait sans nul doute plombé l'aventure.
Ainsi, comme toute l'oeuvre de Fabien Nury, Katanga est remarquable par son absence totale de manichéisme. Il ne s'agira ici ni de pourrir les (ex-)colonisateurs, ni, bien sûr, d'en faire l'éloge, de même qu'on ne hissera jamais au pinacle les indépendantistes, les torts sont partagés de manière plus ou moins égales, et les élites africaines n'ont rien à envier à nos élites européennes en termes de corruption. Loin de faire des cases, l'auteur réunit finalement tout le monde dans le même panier en montrant qu'indépendamment des questions de couleurs de peaux, la bêtise et l'ignominie sont bien des caractéristiques humaines universelles. On frissonnera tout autant en voyant les conditions de vie imposées par un ONU plus hypocrite que jamais dans le camp des cannibales qu'en assistant aux scènes terrifiantes d'attaques des rebelles du Kasaï, qu'on dirait tout droit sorties d'un film de zombies.
Katanga est donc un récit très sombre. Pourtant - et c'est ce qu'on aime chez Nury -, il y a toujours quelque part une lueur d'espoir, et ses personnages sont écrits d'une manière extrêmement soignée qui permet de souffler un peu tout comme elle permet, parfois aussi, de nous attacher aux plus cyniques des crevards. Ici, il faut admettre qu'Orsini fait partie de ces figures incroyablement ambivalentes de la fiction qu'on hait, mais qu'on ne peut s'empêcher d'admirer, d'une certaine manière, au moins par sa capacité à se sortir de toutes les situations possibles.
Heureusement, donc, il existe quelques personnages positifs, comme le duo Charlie-Alicia, extrêmement touchant, sorte de repère dans ce monde égaré, derniers restes d'une pureté ou d'une honnêteté perdus au fond d'un magma d'inhumanité. Ils ne sont pas exempts de tout péché, mais au fond, ils sont restés toujours aussi bons, comme si la corruption du monde dans lequel ils évoluent ne pouvait que les éclabousser, mais pas vraiment les changer.
Ainsi, comme à son habitude, Nury dresse bon nombre de portraits anti-manichéens de personnages dont on comprend d'autant mieux les motivations que l'auteur a pris le temps de développer chaque caractère avant de le mettre en action.
En termes de narration, on retrouve le meilleur de Nury, à tel point qu'on pourra d'ailleurs s'amuser à chercher les emprunts fréquents qu'il fait (consciemment ou non) à certaines de ses oeuvres antérieures. On pense évidemment à Comment faire fortune en juin 40 lors de la fuite en avant des protagonistes au milieu du chaos des tribus locales, mais aussi à Silas Corey (l'affrontement final dans l'aéroport, notamment), La Mort de Staline (les magouilles politiciennes et les jeux de pouvoirs) ou même sa géniale série télévisée Guyane (l'exploitation des mines de diamants).
Somme toute, le fait qu'on ait déjà lu/vu ça ailleurs n'a aucune importance, tant le souffle romanesque qui anime toute l'oeuvre de Nury est une nouvelle fois à l'oeuvre ici. La trilogie commence doucement, par la présentation du contexte géopolitique et des personnages, puis, peu à peu, l'aventure s'élève, grandit jusqu'à sa terrible apothéose du tome 3.
L'horreur aussi se déploie et c'est tout le génie de Nury et Vallée d'avoir réussi à retranscrire avec autant de justesse, et pourtant sans complaisance et tire-larmes excessifs, le délitement d'un monde qui s'autodétruit et d'où tout espoir semble banni.
De fait, le trait de Vallée est très juste, lui aussi, et apporte évidemment beaucoup à cette bande dessinée. Le ton est plutôt réaliste, mais avec un zeste de caricature qui fonctionne plutôt bien car discret. L'atmosphère est poisseuse, tendue en permanence, et crée ainsi un univers très cohérent qui nous donne à saisir une infime partie de l'horreur qu'a dû être l'Afrique de cette période pour nous la faire ressentir.
Avec ça, Vallée sait aussi dessiner de grands paysages qui font rêver, il donne bien vie à l'Afrique et à sa beauté naturelle. C'est vraiment cette beauté graphique qui achève de faire de cette saga une grande saga.
Seule éventuelle réserve (et encore) qu'on pourrait émettre sur cette saga : si l'auteur assume largement de mêler la fiction et l'histoire, et qu'il en avertit très honnêtement le lecteur, cela devient difficile de faire la part des choses. Le camp des cannibales a-t-il vraiment existé de la manière dont il est montré ici ? La fondation du Katanga s'est-elle déroulée comme le raconte le (magnifique) prologue du premier tome ? Les ministres du Katanga sont-ils fidèles à leur modèle ? Il aurait pu être assez agréable de proposer dans un des trois tomes un dossier sur l'histoire du Katanga et la décolonisation du Congo, afin d'aider le lecteur à dissocier la réalité de la fiction.
Mais, admettons-le, cela a finalement peu d'importance au vu du plaisir pris à la lecture de ces trois tomes. La magnificence du dessin et l'intelligence du récit font donc de ce Katanga un grand récit d'aventures, prenant et grandiose, horrible et captivant, qui contribuent à rappeler que Fabien Nury est à la bande dessinée ce qu'est Ridley Scott au cinéma ou Pierre Lemaître à la littérature : avant tout un formidable conteur.
Scénariste de la série au succès mondial Walking Dead, Robert Kirkman était forcément attendu au tournant avec cette nouveauté sortie en avant première mondiale chez Delcourt. Il sort du registre fantastique/horreur/psychologie pour nous plonger cette fois-ci dans de la bonne grosse SF, accompagné au dessin de Lorenzo De Felici. (qui collabore actuellement à Infinity 8)
Et bien on peut dire que ça a du mordant, du rythme et que ça en jette ! Nos auteurs ne prennent pas le temps de faire les présentations et nous nous retrouvons embarqués en pleine chasse à l'homme dans un monde post-apocalyptique où des créatures monstrueuses et gigantesques rôdent à tout va... Si c'est l'action qui ouvre le bal, c'est ensuite le mystère qui s'installe et va nourrir une bonne partie de l'intrigue. Car au bout de 10 pages, retour dans notre monde à Philadelphie dans un futur proche. Le "chasseur" que nous suivions vient en effet d'y "réapparaître". Sauf qu'un "léger" détail a bouleversé la donne de cette ville il y a dix ans : 300.000 de ses habitants ont été happés dans une autre dimension. C'est de là que revient Nathan Cole, le seul qui essaye encore de retrouver des survivants dans cet autre monde grâce à la technologie qu'il a réussit à développer. Le gouvernement, après avoir tout tenté pour les sauver a fini par baisser les bras ; pas lui... car son frère fait parti des disparus.
Voilà donc une série qui démarre sur les chapeaux de roue en sachant captiver son lecteur ! J'ai dévoré cet album. L'intrigue et les personnages sont plutôt fouillés et la narration impeccable. On avale ces 150 pages sans s'en rendre compte. Quant au dessin de Lorenzo De Felici marié à la mise en couleur d'Annalisa Leoni, il fait plus que taff ! Si cette colorisation un peu peps surprend au début, il trouve à mon goût un équilibre intéressant avec l'encrage assez épais de Lorenzo De Felici. Comme de nombreux comics l'album découpé en chapitre propose des cadrages et des découpages de planches bien pensés qui donnent un élan et une énergie qui portent le récit. Mention spéciale aux pleines pages ou "cases géantes" qui servent la tension et le rythme à merveille.
Il ne reste plus qu'à prendre son mal en patiente pour découvrir la suite de cette série très prometteuse !
*** tome 2 ***
Voilà donc ce deuxième tome tout aussi attendu que le premier, histoire de savoir si tout ça allait tenir la route. Et bien on peut dire que l'essai est plutôt transformé et le pari gagné pour ce qui me concerne.
Robert Kirkman en profite pour approfondir la psychologie de ses personnages tout en maintenant une tension narrative intense avec des rebondissements intéressants. Surtout qu'au sortir de ce nouvel album un mystère encore plus grand commence à prendre consistance... Kirkman sait construire une histoire et nous tenir en haleine !
Côté dessin, on reste sur la même ligne efficace et tranchée du premier tome qu'impose Lorenzo de Felici, et ma fois moi j'aime bien son style nerveux et marqué.
Il ne nous reste plus qu'à attendre la suite pour comprendre vers quel nouveau mystère Robert Kirkman veut nous emmener vadrouiller...
*** Tomes 3 & 4 ***
Après deux tomes tonitruants, et quelques explications sur ce Nouveau monde qui s'offre à l'humanité grâce à la technologie développée par Nathan Cole à Philadelphie, les choses ont changé. Après avoir purgé sa peine (quelques "légers" dégâts collatéraux expliquant cela...), Nathan ressort pour découvrir que ses camarades n'ont pas chaumé pendant ce temps et que la Fondation qu'ils ont mis en place a permis de soigner de nombreuses maladies grâce aux éléments récupérés dans cette autre dimension.
De son côté, son frère se retrouve confronté aux mystérieuses créatures qui n'étaient jusqu'ici qu'une légende ; tous les siens se retrouvent enlevés par ces "sans visage"... sa colonie semble avoir vécu.
Avec ces deux tomes la série fait un grand bond dans le récit et avance à grand pas. Certains mystères n'en sont plus quand d'autres prennent le relais. Les enjeux ne sont plus les mêmes pour Nathan Cole, et c'est d'ailleurs intéressant de voir sa place dans le récit évoluer et jouer sur sa psychologie.
Kirkman continue de jouer avec son lecteur et de faire évoluer son petit monde de façon pertinente.
Bémol important quand même pour ces deux tomes : le dessin de Lorenzo De Felici. Autant certaines cases un peu moins travaillées ne m'avaient pas dérangé dans les deux premiers tomes, autant là je trouve que ça fait un peu bâclé la plupart du temps. Franchement, certains personnages sont parfois complètement ratés, heureusement que la colorisation d'Annalisa Leoni sauve le tout et permet d'en faire légèrement abstraction. Espérons qu'il se reprenne pour la suite, ça serait dommage de gâcher une série qui a un certain potentiel.
Pour le coup je passe ma note à 3.5/5 à cause du dessin
Ma critique est certainement influencée par l’excellent avis de Ro, que je vous invite à lire.
Cette BD fait partie des plus difficiles à critiquer depuis mon arrivée sur BDthèque
1- Avant de lire : intérêt curieux pour développer mes connaissances sur Israël, Cisjordanie, Bande de Gaza
2- Premières planches : complètement freiné par le dessin, l’abondance du texte, le déroulé de l’auteur…
3- En cours de lecture : plus soucieux de ce que je lis, bien que je sens une redondance
4- A partir du chapitre « Bienvenue à Gazaland » et jusqu’à la fin : inarrêtable, je dévore les planches. Moi avoir compris !
Je commence par le dessin, qui n’est peut-être pas la chose primordiale, mais au vu du pavé on a intérêt d'apprécier. Il habille très bien le fond du récit, et petit à petit il le fait même vivre. J’ai vraiment senti une amélioration nette et rapide. Au début j’ai eu un mal de chien avec cette espèce d’effet « fisheye » beaucoup trop prononcé à mon goût. Comme si c'était en plus contradictoire avec le ton du récit. Et puis au-delà de m’y être habitué, je l'ai trouvé surtout moins caricatural et j'ai fini par en apprécier tous les détails.
Plus généralement, le côté très fouillé a aussi été difficile à accepter. Ma lecture précédente était, avec quelques rapprochements graphiques, Tipping Point – Téhéran 1979. Roman graphique qui se lit en 30 minutes avec un dessin minimaliste-amateur. Je vous cache pas que le passage sans transition fait très mal. J'en ai même stoppé ma lecture un moment, en plein milieu du chapitre sur Ramallah. Pas dedans. Texte trop abondant, les histoires s’enchaînent et – bien que sincères à mes yeux – se répètent au point où je me demande si l’auteur a réfléchi 2 minutes à sa trame. Et puis j’ai repris, complètement emporté. En plus de l'opinion du lecteur qui peut jouer, cette BD est aussi une affaire d’humeur. Tu lis pas ça n’importe quand. Ca n'a rien à voir, mais c'est un peu comme Le Roi des Mouches. Tu y réfléchis 2 secondes avant de t'embarquer, sinon c'est un traquenard.
Je veux reprendre une partie de la BD qui, à mon sens, en représente toute l’essence:
« Sameh est venu me voir et m’a dit : « Ce n’est pas comme ça que tu verras quelque chose. » Si je voulais réellement voir le camp, il fallait que je le suive et je loge chez lui. Je l’ai fait quelques jours plus tard et depuis on ne s’est pas quittés, le dessinateur et le guide […] Il sait pourquoi je suis là, il sait que mon temps est compté, je veux de vraies histoires, il le sait, des descriptions vivantes, et des détails, bon sang, la bd est un art visuel… Combien de soldats ? Comment ils t’ont battu ? Qu’est-ce qu’il s’est passé après ? Il m’aide à faire sortir tout ça des personnes que j’interviewe… Et il entend deux fois, la description de chaque coup, chaque humiliation. Une fois par la personne qui me répond, une autre de sa propre bouche quand il traduit… »
Ce passage situé au début du chapitre « Pèlerinage », magnifique d’honnêteté, vient traduire ce que l’auteur recherchait en même temps que ce que les palestiniens lui ont offert... La rencontre, le contact, la liberté d’expression, et même le sensationnalisme assumé de Joe Sacco! Pour moi, c’est ce moment fabuleux qui a déclenché un déclic. J’ai enfin compris la ligne de conduite de l’auteur. Il fait son journaliste touristique depuis le début, il use d’autodérision sur sa condition confortable de reporter (ou rapporteur comme dit très intelligemment Ro dans sa critique), jusqu’à ce que son côté comique rende les armes face à l’accumulation de témoignages terribles des victimes palestiniennes. C'est le voyage concret d'un mec qui frappe aux portes et qui demande aux palestiniens "comment ça va aujourd'hui? Si tu veux, raconte moi". En temps de guerre et de répression, tu peux pas demander autre chose.
Le point de vue de l’auteur, j'adhère. Cet humour déroutant du gars qui débarque des Etats-Unis et qui va vivre la grande aventure pour faire une BD qui rapporte du sensationnalisme, du pognon quoi ! L’auteur minimise son action de reportage à travers l’humour pour garder son lecteur jusqu’au bout, mais peut-être aussi pour nous faire comprendre son impuissance au milieu de tout ça. Quelques fois ces interventions malaisantes sont justement trop maladroites, genre « too much », mais ça a le grand mérite d’être honnête. Et puis au final on comprend bien que tout cela est orchestré pour donner un ton scénaristique particulier, ton que j’ai énormément apprécié.
Autre chose. Je regrette que certains aviseurs ont simplement vu cette BD comme manichéenne, sans nuance.
D’abord, l’auteur conclue sa BD alors qu’il se trouve à Jérusalem/Tel Aviv, villes fondatrices de l’Etat d’Israël, en compagnie de deux femmes israéliennes. Le passage est court mais bien loin d’être inintéressant ! Après un si long développement centré sur les palestiniens, le retour au contact avec le « peuple occidental » montre à quel point les israéliens lambdas n’ont pas du tout la même optique, ni les mêmes problématiques. Ce qui tend à confirmer toute la difficulté d’un potentiel processus de paix. Je rappelle que je décris une BD publiée il y a 20 ans...
Ensuite, dire que l’auteur manque de nuance devrait être une constatation avant d’être une critique négative. Je suis arrivé au monde après la naissance de cette BD en France et les premières publications aux Etats-Unis sont de 1993. Joe Sacco a effectué son séjour de 2 mois en Déc. 91 – Jan. 92. Quand on voit l’actualité aujourd’hui des médias traditionnels (regard centré sur les élections d’Israël et sur ses relations géopolitiques), on constate déjà le désintérêt de la question palestinienne (peuple arabe). Alors imaginez l’absence de médiatisation à leur égard dans les années 90 !
Et puis l’auteur était au cœur de la première Intifida ! On peut dire ce qu’on veut, mais j'ai du mal à lire certains commentaires du genre « il n’est resté que 2 mois, comment faire un travail complet en 2 mois? ». Franchement... C’est pas un visa vacances-travail en Nouvelle-Zélande bordel! Deux mois en pleine Intifada, t'as pas nécessairement besoin d'une période plus longue pour capter ce qu'il en est. Et puis t'as pas forcément la mentalité assez solide pour encaisser plus longtemps les horreurs de la guerre non plus! Sinon, c’est vrai que j’espérais une approche éducative avant de lire la BD. Jusqu’à ce que je la lise. Car au final, je ne regrette en rien cette approche concrète, actuelle, cette photo à un instant T, la constatation, les « on dit » qui font uniformément échos dans toutes les villes… Et je ne regrette en rien la position de l'auteur qui a, à sa manière, chercher à défendre un peuple soumis au poids médiatique et idéologique d'un autre.
Là où je rejoins d'autres aviseurs, c’est sur la problématique d'accessibilité de cette BD. Pas d’intro, pas de contexte, jamais de pavé explicatif général. On suit le voyage de Joe Sacco. Alors forcément on rame un peu pour situer les villes, comprendre les organisations, l’histoire des uns et des autres… Mais rester borné sur cette critique c'est, encore une fois, louper la volonté de l’auteur de donner une portée médiatique et politique de sa BD. La question n'est pas de savoir si son histoire est une Vérité absolue dans les faits - elle manque (volontairement) de nuance et de source -, je dis juste qu’elle a permis de donner une voix à portée internationale pour un peuple qui n’avait pas le pouvoir de se faire entendre à cette époque.
Une œuvre à parcourir pour se rappeler, prendre conscience, lire un point de vue et/ou nourrir les débats.
Une série jeunesse dont les histoires se déroulent dans le massif de la Chartreuse, à côté duquel j’ai grandi, il n’en fallait pas plus pour piquer mon intérêt. Je vois que les auteurs habitent d’ailleurs dans la région (à Chambéry et Aix-les-Bains).
Les intrigues sont parfaites pour le public visé : de l’aventure, du mystère, de l’humour, des vilains en tout genre… le tout dans un cadre magnifique et verdoyant, superbement mis en image par Nicolas Julo. On retrouve une ambiance très « Club des 5 », mais plus moderne (nos enquêteurs en herbe se servent de tablettes, GPS etc.) L’histoire du tome 3 est particulièrement intéressante. Elle se déroule pendant l’occupation, avec au programme les caches de réfugiés juifs, la milice, la résistance etc. Le tome 4 s’éloigne de la Chartreuse et propose une chasse au ressors dans d’autres massifs alpins, et des thèmes parfaitement adaptés au lectorat : préservation de l’environnement, entre-aide, importance de participer plutôt que gagner etc.
Les tomes 1, 2 et 4 se terminent sur des cahiers de jeux pédagogiques (créés en partenariat avec le Parc de Chartreuse), alors que le 3 propose un mini reportage sur Le régime de Vichy... super éducatif !
Une chouette série jeunesse.
La ballade du soldat Odawaa est de celle qui vous marque au fer rouge.
On plonge en plein champs de bataille de la première guerre mondiale. Les tranchées et les champs de ruines. La désolation à perte de vue.
Je découvre que des amérindiens canadiens ont participé à cette boucherie humaine.
Lecture d'une seule traite, on est immergé de suite dans la dure (et le mot est faible) réalité de la guerre.
Scénario captivant, mais pas innovant malgré quelques bonnes idées.
On retrouve effectivement du Sergio Léone dans le découpage, il suffit de regarder les premières planches.
Le dessin réaliste retranscrit à merveille l'apreté des conditions de vie des soldats et des combats. Il est très beau.
Les couleurs "sombres" accentuent cette atmosphère pesante. Une réussite.
A découvrir.
Si vous venez dans le Pas-de-Calais, je vous invite à venir découvrir le mémorial de Vimy, qui honore les soldats canadiens morts/disparus pendant la grande guerre.
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Sous les arbres
Voilà une petite série jeunesse tout en fraicheur et en bonnes intentions qui devrait ravir les plus jeunes ! Dav (scénario et dessin) que je découvre avec cette série, nous propose de suivre les pérégrinations d'une petite troupe d'animaux vivant dans la forêt au fil des saisons. Chaque album met la focale sur un de ses habitants, qui du blaireau bougon, du hibou joueur ou du renard maladroit, vont nous entraîner dans leur petites aventures du quotidien de façon toujours très délicate et drôle. Le soin que Dav a porté à son dessin ainsi qu'à sa colorisation rendent le tout très agréable et propose au lecteur une série d'ambiances liées à chaque saison. C'est malin, subtil et beau, on en regretterait presque que ces albums au très joli format à l'italienne ne fassent que 30 pages, histoire de faire durer le plaisir.
Gudesonn
Concept extrêmement original, et radical. Comme indiqué par mes prédécesseurs, il s'agit d'une uchronie se déroulant dans les pays scandinaves. Un monde contemporain païen dominé par les divinités nordiques, dont le culte semble avoir fait abstraction des rituels sanglants / violents et des sacrifices humains (cet aspect n'est curieusement pas évoqué). Ce monde vit en paix, et dans une très forte tolérance mutuelle, sans aucune forme de religion monothéiste. Or, une prophétie annonce l'arrivée d'un messie qui risquerait de chambouler toute cette harmonie et apporterait guerres, violences et intolérances comme conséquence ultime (approche pas totalement aberrante : les civilisations polythéistes antiques ne se faisaient que très rarement la guerre pour des raisons religieuses, il s'agissait souvent de basses raisons mercantiles, la grande exception étant les civilisations d’Amérique du Sud et Centrale dont les guerres servaient à satisfaire la soif de sang de leurs divinités par des sacrifices humains). Les autorités préfèrent prévenir que guérir, et massacrent régulièrement des nouveaux-nés dès que le danger apparaît. Un policier chargé d'enquêter sur le dernier massacre en date, Gudesonn (qui donne son nom à la série), se retrouve pris entre deux feux, car il va découvrir qu'un nourrisson a survécu, et sa conscience lui dicte de le protéger. Cette série pour l'instant constituée de deux tomes est assez brillante. Hélas il y a à craindre que l'on n'en voit jamais la conclusion : si un an s'est écoulé entre la parution du tome 1 et du tome 2, plus de trois ans ont passé depuis la sortie du tome 2 (2018), et rien n'est annoncé quant à la mise en chantier d'un hypothétique tome 3.
La Confrérie du crabe
Une superbe série avec un sujet difficile : le cancer chez les enfants . Le duo Gallié/Andreae s'en tire à merveille. Gallié nous raconte le voyage, dans un monde parallèle, de cinq garçons où ils devront combattre le "crabe". Ils vont affronter toutes sortes d'épreuves et des créatures cauchemardesques, sans pour autant que ce soit larmoyant. Au contraire, c'est un récit sur le courage et la force de vivre. Andreae nous offre un somptueux récital. Son dessin est époustouflant, son coup de crayon est précis, fin et soigné. Les cases débordent de détails et les pleines pages sont un délice pour les yeux. Tout cela avec une mise en page dynamique et des couleurs "pastels" du plus bel effet. Une réussite que je vous invite à découvrir.
Lulu Femme Nue
Le gros problème avec BDthèque, c’est que tu ne postes pas que des avis, tu consultes aussi les avis de tes pairs et forcément ta liste des albums à acheter devient vite monumentale (à date je dois avoir 48 albums à me procurer au plus vite !). Cet album d’Etienne Davodeau en faisait partie. Quelle claque les amis. C’est juste merveilleusement bien. Et pourtant, j’avoue ne pas avoir accroché plus que ça en visionnant le film de Solveig Anspach avec notamment Karin Viard dans le rôle de Lulu, une quarantenaire éteinte qui sur un coup de tête décide de faire une pause dans son quotidien loin de ses proches. L’approche est douce et sensible. Pas de jugement pour cette femme qui l’espace de quelques jours s’évade de son ordinaire morne et insipide. Beaucoup de bienveillance de la part d’Etienne Davodeau pour cette femme qui prend sa vie en main en prenant le large ! Nous suivons donc son errance rédemptrice sur la côte atlantique. Je subodore que nous sommes entre les Sables d’Olonne et St Gille Croix de vie. Je crois avoir reconnu quelques paysages familiers. Je me suis laissé porter même si le rythme est lent. Que c’est bon cette escapade sous le signe de la liberté retrouvée loin de son connard de mari qui ne la regarde plus depuis trop longtemps. Cette errance va la rendre lumineuse. Le dessin est délicat et suave. Une tuerie. Mais nous sommes habitués avec cet auteur. Quelle note ? A la lecture de Lulu, c’est un énorme 4 étoiles. Mais là je vais rajouter une étoile supplémentaire. En effet Futuropolis vient de sortir l’intégral en format souple pour … 10,90 euros ! Chapeau bas à l’éditeur pour ce prix canon. Mon coup de cœur de la rentrée.
Un été cruel
Je continue mon immersion, dans l'univers Brubaker/Phillips (après Pulp) et je viens de me prendre une belle beigne en pleine poire. Magistral ! La première chose qui me vient à l'esprit : Brubaker est un génie pour nous raconter une histoire. Un scénario sans faille avec une narration non linéaire mais qui se recroise naturellement. Il prend le temps de bien développer ses personnages et c'est juste un régal. On découvre des hommes et une femme torturés. De l'action, de l'amour, de l'espoir, du désespoir et de la violence. Un cocktail explosif. Violent et tendre à la fois, une prouesse. Le dessin de Phillips, plus je le regarde, plus je le trouve beau. Il retranscrit à merveille cette ambiance malsaine qui plane tout le long de l'album. Son trait hachuré et noir colle parfaitement à ce genre de récit. Un duo en totale harmonie. Cinq étoiles plus que méritées. Je sais ce qu'il me reste à faire, j'ai aperçu la collection complète de Criminal à ma bibliothèque du CE. :-)
Katanga
Il y a des auteurs qui sont incapables de décevoir. Je crois que je peux désormais compter dans leurs rangs Fabien Nury. Pour être honnête, l'Afrique d'après la décolonisation est un tel foutoir géopolitique que je n'ai jamais vraiment réussi à m'y intéresser en détail, alors voir toute une saga se dérouler dans un tel contexte avait de quoi légitimement m'effrayer ! C'était sans compter sur l'incroyable talent de raconteur d'histoires de Nury... Ce qui m'a frappé de prime abord, c'est ce qui m'avait déjà frappé dans la formidable série télévisée Paris Police 1900, mon premier contact direct avec Fabien Nury. Alors même qu'il aborde un sujet qui aurait tout pour être brûlant, l'auteur réussit à ne jamais le politiser à l'excès. L'équilibriste reste constamment sur la corde raide sans tomber d'un côté ou de l'autre, sans profiter de son sujet pour rédiger un manifeste politique lourdingue, qui aurait sans nul doute plombé l'aventure. Ainsi, comme toute l'oeuvre de Fabien Nury, Katanga est remarquable par son absence totale de manichéisme. Il ne s'agira ici ni de pourrir les (ex-)colonisateurs, ni, bien sûr, d'en faire l'éloge, de même qu'on ne hissera jamais au pinacle les indépendantistes, les torts sont partagés de manière plus ou moins égales, et les élites africaines n'ont rien à envier à nos élites européennes en termes de corruption. Loin de faire des cases, l'auteur réunit finalement tout le monde dans le même panier en montrant qu'indépendamment des questions de couleurs de peaux, la bêtise et l'ignominie sont bien des caractéristiques humaines universelles. On frissonnera tout autant en voyant les conditions de vie imposées par un ONU plus hypocrite que jamais dans le camp des cannibales qu'en assistant aux scènes terrifiantes d'attaques des rebelles du Kasaï, qu'on dirait tout droit sorties d'un film de zombies. Katanga est donc un récit très sombre. Pourtant - et c'est ce qu'on aime chez Nury -, il y a toujours quelque part une lueur d'espoir, et ses personnages sont écrits d'une manière extrêmement soignée qui permet de souffler un peu tout comme elle permet, parfois aussi, de nous attacher aux plus cyniques des crevards. Ici, il faut admettre qu'Orsini fait partie de ces figures incroyablement ambivalentes de la fiction qu'on hait, mais qu'on ne peut s'empêcher d'admirer, d'une certaine manière, au moins par sa capacité à se sortir de toutes les situations possibles. Heureusement, donc, il existe quelques personnages positifs, comme le duo Charlie-Alicia, extrêmement touchant, sorte de repère dans ce monde égaré, derniers restes d'une pureté ou d'une honnêteté perdus au fond d'un magma d'inhumanité. Ils ne sont pas exempts de tout péché, mais au fond, ils sont restés toujours aussi bons, comme si la corruption du monde dans lequel ils évoluent ne pouvait que les éclabousser, mais pas vraiment les changer. Ainsi, comme à son habitude, Nury dresse bon nombre de portraits anti-manichéens de personnages dont on comprend d'autant mieux les motivations que l'auteur a pris le temps de développer chaque caractère avant de le mettre en action. En termes de narration, on retrouve le meilleur de Nury, à tel point qu'on pourra d'ailleurs s'amuser à chercher les emprunts fréquents qu'il fait (consciemment ou non) à certaines de ses oeuvres antérieures. On pense évidemment à Comment faire fortune en juin 40 lors de la fuite en avant des protagonistes au milieu du chaos des tribus locales, mais aussi à Silas Corey (l'affrontement final dans l'aéroport, notamment), La Mort de Staline (les magouilles politiciennes et les jeux de pouvoirs) ou même sa géniale série télévisée Guyane (l'exploitation des mines de diamants). Somme toute, le fait qu'on ait déjà lu/vu ça ailleurs n'a aucune importance, tant le souffle romanesque qui anime toute l'oeuvre de Nury est une nouvelle fois à l'oeuvre ici. La trilogie commence doucement, par la présentation du contexte géopolitique et des personnages, puis, peu à peu, l'aventure s'élève, grandit jusqu'à sa terrible apothéose du tome 3. L'horreur aussi se déploie et c'est tout le génie de Nury et Vallée d'avoir réussi à retranscrire avec autant de justesse, et pourtant sans complaisance et tire-larmes excessifs, le délitement d'un monde qui s'autodétruit et d'où tout espoir semble banni. De fait, le trait de Vallée est très juste, lui aussi, et apporte évidemment beaucoup à cette bande dessinée. Le ton est plutôt réaliste, mais avec un zeste de caricature qui fonctionne plutôt bien car discret. L'atmosphère est poisseuse, tendue en permanence, et crée ainsi un univers très cohérent qui nous donne à saisir une infime partie de l'horreur qu'a dû être l'Afrique de cette période pour nous la faire ressentir. Avec ça, Vallée sait aussi dessiner de grands paysages qui font rêver, il donne bien vie à l'Afrique et à sa beauté naturelle. C'est vraiment cette beauté graphique qui achève de faire de cette saga une grande saga. Seule éventuelle réserve (et encore) qu'on pourrait émettre sur cette saga : si l'auteur assume largement de mêler la fiction et l'histoire, et qu'il en avertit très honnêtement le lecteur, cela devient difficile de faire la part des choses. Le camp des cannibales a-t-il vraiment existé de la manière dont il est montré ici ? La fondation du Katanga s'est-elle déroulée comme le raconte le (magnifique) prologue du premier tome ? Les ministres du Katanga sont-ils fidèles à leur modèle ? Il aurait pu être assez agréable de proposer dans un des trois tomes un dossier sur l'histoire du Katanga et la décolonisation du Congo, afin d'aider le lecteur à dissocier la réalité de la fiction. Mais, admettons-le, cela a finalement peu d'importance au vu du plaisir pris à la lecture de ces trois tomes. La magnificence du dessin et l'intelligence du récit font donc de ce Katanga un grand récit d'aventures, prenant et grandiose, horrible et captivant, qui contribuent à rappeler que Fabien Nury est à la bande dessinée ce qu'est Ridley Scott au cinéma ou Pierre Lemaître à la littérature : avant tout un formidable conteur.
Oblivion song
Scénariste de la série au succès mondial Walking Dead, Robert Kirkman était forcément attendu au tournant avec cette nouveauté sortie en avant première mondiale chez Delcourt. Il sort du registre fantastique/horreur/psychologie pour nous plonger cette fois-ci dans de la bonne grosse SF, accompagné au dessin de Lorenzo De Felici. (qui collabore actuellement à Infinity 8) Et bien on peut dire que ça a du mordant, du rythme et que ça en jette ! Nos auteurs ne prennent pas le temps de faire les présentations et nous nous retrouvons embarqués en pleine chasse à l'homme dans un monde post-apocalyptique où des créatures monstrueuses et gigantesques rôdent à tout va... Si c'est l'action qui ouvre le bal, c'est ensuite le mystère qui s'installe et va nourrir une bonne partie de l'intrigue. Car au bout de 10 pages, retour dans notre monde à Philadelphie dans un futur proche. Le "chasseur" que nous suivions vient en effet d'y "réapparaître". Sauf qu'un "léger" détail a bouleversé la donne de cette ville il y a dix ans : 300.000 de ses habitants ont été happés dans une autre dimension. C'est de là que revient Nathan Cole, le seul qui essaye encore de retrouver des survivants dans cet autre monde grâce à la technologie qu'il a réussit à développer. Le gouvernement, après avoir tout tenté pour les sauver a fini par baisser les bras ; pas lui... car son frère fait parti des disparus. Voilà donc une série qui démarre sur les chapeaux de roue en sachant captiver son lecteur ! J'ai dévoré cet album. L'intrigue et les personnages sont plutôt fouillés et la narration impeccable. On avale ces 150 pages sans s'en rendre compte. Quant au dessin de Lorenzo De Felici marié à la mise en couleur d'Annalisa Leoni, il fait plus que taff ! Si cette colorisation un peu peps surprend au début, il trouve à mon goût un équilibre intéressant avec l'encrage assez épais de Lorenzo De Felici. Comme de nombreux comics l'album découpé en chapitre propose des cadrages et des découpages de planches bien pensés qui donnent un élan et une énergie qui portent le récit. Mention spéciale aux pleines pages ou "cases géantes" qui servent la tension et le rythme à merveille. Il ne reste plus qu'à prendre son mal en patiente pour découvrir la suite de cette série très prometteuse ! *** tome 2 *** Voilà donc ce deuxième tome tout aussi attendu que le premier, histoire de savoir si tout ça allait tenir la route. Et bien on peut dire que l'essai est plutôt transformé et le pari gagné pour ce qui me concerne. Robert Kirkman en profite pour approfondir la psychologie de ses personnages tout en maintenant une tension narrative intense avec des rebondissements intéressants. Surtout qu'au sortir de ce nouvel album un mystère encore plus grand commence à prendre consistance... Kirkman sait construire une histoire et nous tenir en haleine ! Côté dessin, on reste sur la même ligne efficace et tranchée du premier tome qu'impose Lorenzo de Felici, et ma fois moi j'aime bien son style nerveux et marqué. Il ne nous reste plus qu'à attendre la suite pour comprendre vers quel nouveau mystère Robert Kirkman veut nous emmener vadrouiller... *** Tomes 3 & 4 *** Après deux tomes tonitruants, et quelques explications sur ce Nouveau monde qui s'offre à l'humanité grâce à la technologie développée par Nathan Cole à Philadelphie, les choses ont changé. Après avoir purgé sa peine (quelques "légers" dégâts collatéraux expliquant cela...), Nathan ressort pour découvrir que ses camarades n'ont pas chaumé pendant ce temps et que la Fondation qu'ils ont mis en place a permis de soigner de nombreuses maladies grâce aux éléments récupérés dans cette autre dimension. De son côté, son frère se retrouve confronté aux mystérieuses créatures qui n'étaient jusqu'ici qu'une légende ; tous les siens se retrouvent enlevés par ces "sans visage"... sa colonie semble avoir vécu. Avec ces deux tomes la série fait un grand bond dans le récit et avance à grand pas. Certains mystères n'en sont plus quand d'autres prennent le relais. Les enjeux ne sont plus les mêmes pour Nathan Cole, et c'est d'ailleurs intéressant de voir sa place dans le récit évoluer et jouer sur sa psychologie. Kirkman continue de jouer avec son lecteur et de faire évoluer son petit monde de façon pertinente. Bémol important quand même pour ces deux tomes : le dessin de Lorenzo De Felici. Autant certaines cases un peu moins travaillées ne m'avaient pas dérangé dans les deux premiers tomes, autant là je trouve que ça fait un peu bâclé la plupart du temps. Franchement, certains personnages sont parfois complètement ratés, heureusement que la colorisation d'Annalisa Leoni sauve le tout et permet d'en faire légèrement abstraction. Espérons qu'il se reprenne pour la suite, ça serait dommage de gâcher une série qui a un certain potentiel. Pour le coup je passe ma note à 3.5/5 à cause du dessin
Palestine
Ma critique est certainement influencée par l’excellent avis de Ro, que je vous invite à lire. Cette BD fait partie des plus difficiles à critiquer depuis mon arrivée sur BDthèque 1- Avant de lire : intérêt curieux pour développer mes connaissances sur Israël, Cisjordanie, Bande de Gaza 2- Premières planches : complètement freiné par le dessin, l’abondance du texte, le déroulé de l’auteur… 3- En cours de lecture : plus soucieux de ce que je lis, bien que je sens une redondance 4- A partir du chapitre « Bienvenue à Gazaland » et jusqu’à la fin : inarrêtable, je dévore les planches. Moi avoir compris ! Je commence par le dessin, qui n’est peut-être pas la chose primordiale, mais au vu du pavé on a intérêt d'apprécier. Il habille très bien le fond du récit, et petit à petit il le fait même vivre. J’ai vraiment senti une amélioration nette et rapide. Au début j’ai eu un mal de chien avec cette espèce d’effet « fisheye » beaucoup trop prononcé à mon goût. Comme si c'était en plus contradictoire avec le ton du récit. Et puis au-delà de m’y être habitué, je l'ai trouvé surtout moins caricatural et j'ai fini par en apprécier tous les détails. Plus généralement, le côté très fouillé a aussi été difficile à accepter. Ma lecture précédente était, avec quelques rapprochements graphiques, Tipping Point – Téhéran 1979. Roman graphique qui se lit en 30 minutes avec un dessin minimaliste-amateur. Je vous cache pas que le passage sans transition fait très mal. J'en ai même stoppé ma lecture un moment, en plein milieu du chapitre sur Ramallah. Pas dedans. Texte trop abondant, les histoires s’enchaînent et – bien que sincères à mes yeux – se répètent au point où je me demande si l’auteur a réfléchi 2 minutes à sa trame. Et puis j’ai repris, complètement emporté. En plus de l'opinion du lecteur qui peut jouer, cette BD est aussi une affaire d’humeur. Tu lis pas ça n’importe quand. Ca n'a rien à voir, mais c'est un peu comme Le Roi des Mouches. Tu y réfléchis 2 secondes avant de t'embarquer, sinon c'est un traquenard. Je veux reprendre une partie de la BD qui, à mon sens, en représente toute l’essence: « Sameh est venu me voir et m’a dit : « Ce n’est pas comme ça que tu verras quelque chose. » Si je voulais réellement voir le camp, il fallait que je le suive et je loge chez lui. Je l’ai fait quelques jours plus tard et depuis on ne s’est pas quittés, le dessinateur et le guide […] Il sait pourquoi je suis là, il sait que mon temps est compté, je veux de vraies histoires, il le sait, des descriptions vivantes, et des détails, bon sang, la bd est un art visuel… Combien de soldats ? Comment ils t’ont battu ? Qu’est-ce qu’il s’est passé après ? Il m’aide à faire sortir tout ça des personnes que j’interviewe… Et il entend deux fois, la description de chaque coup, chaque humiliation. Une fois par la personne qui me répond, une autre de sa propre bouche quand il traduit… » Ce passage situé au début du chapitre « Pèlerinage », magnifique d’honnêteté, vient traduire ce que l’auteur recherchait en même temps que ce que les palestiniens lui ont offert... La rencontre, le contact, la liberté d’expression, et même le sensationnalisme assumé de Joe Sacco! Pour moi, c’est ce moment fabuleux qui a déclenché un déclic. J’ai enfin compris la ligne de conduite de l’auteur. Il fait son journaliste touristique depuis le début, il use d’autodérision sur sa condition confortable de reporter (ou rapporteur comme dit très intelligemment Ro dans sa critique), jusqu’à ce que son côté comique rende les armes face à l’accumulation de témoignages terribles des victimes palestiniennes. C'est le voyage concret d'un mec qui frappe aux portes et qui demande aux palestiniens "comment ça va aujourd'hui? Si tu veux, raconte moi". En temps de guerre et de répression, tu peux pas demander autre chose. Le point de vue de l’auteur, j'adhère. Cet humour déroutant du gars qui débarque des Etats-Unis et qui va vivre la grande aventure pour faire une BD qui rapporte du sensationnalisme, du pognon quoi ! L’auteur minimise son action de reportage à travers l’humour pour garder son lecteur jusqu’au bout, mais peut-être aussi pour nous faire comprendre son impuissance au milieu de tout ça. Quelques fois ces interventions malaisantes sont justement trop maladroites, genre « too much », mais ça a le grand mérite d’être honnête. Et puis au final on comprend bien que tout cela est orchestré pour donner un ton scénaristique particulier, ton que j’ai énormément apprécié. Autre chose. Je regrette que certains aviseurs ont simplement vu cette BD comme manichéenne, sans nuance. D’abord, l’auteur conclue sa BD alors qu’il se trouve à Jérusalem/Tel Aviv, villes fondatrices de l’Etat d’Israël, en compagnie de deux femmes israéliennes. Le passage est court mais bien loin d’être inintéressant ! Après un si long développement centré sur les palestiniens, le retour au contact avec le « peuple occidental » montre à quel point les israéliens lambdas n’ont pas du tout la même optique, ni les mêmes problématiques. Ce qui tend à confirmer toute la difficulté d’un potentiel processus de paix. Je rappelle que je décris une BD publiée il y a 20 ans... Ensuite, dire que l’auteur manque de nuance devrait être une constatation avant d’être une critique négative. Je suis arrivé au monde après la naissance de cette BD en France et les premières publications aux Etats-Unis sont de 1993. Joe Sacco a effectué son séjour de 2 mois en Déc. 91 – Jan. 92. Quand on voit l’actualité aujourd’hui des médias traditionnels (regard centré sur les élections d’Israël et sur ses relations géopolitiques), on constate déjà le désintérêt de la question palestinienne (peuple arabe). Alors imaginez l’absence de médiatisation à leur égard dans les années 90 ! Et puis l’auteur était au cœur de la première Intifida ! On peut dire ce qu’on veut, mais j'ai du mal à lire certains commentaires du genre « il n’est resté que 2 mois, comment faire un travail complet en 2 mois? ». Franchement... C’est pas un visa vacances-travail en Nouvelle-Zélande bordel! Deux mois en pleine Intifada, t'as pas nécessairement besoin d'une période plus longue pour capter ce qu'il en est. Et puis t'as pas forcément la mentalité assez solide pour encaisser plus longtemps les horreurs de la guerre non plus! Sinon, c’est vrai que j’espérais une approche éducative avant de lire la BD. Jusqu’à ce que je la lise. Car au final, je ne regrette en rien cette approche concrète, actuelle, cette photo à un instant T, la constatation, les « on dit » qui font uniformément échos dans toutes les villes… Et je ne regrette en rien la position de l'auteur qui a, à sa manière, chercher à défendre un peuple soumis au poids médiatique et idéologique d'un autre. Là où je rejoins d'autres aviseurs, c’est sur la problématique d'accessibilité de cette BD. Pas d’intro, pas de contexte, jamais de pavé explicatif général. On suit le voyage de Joe Sacco. Alors forcément on rame un peu pour situer les villes, comprendre les organisations, l’histoire des uns et des autres… Mais rester borné sur cette critique c'est, encore une fois, louper la volonté de l’auteur de donner une portée médiatique et politique de sa BD. La question n'est pas de savoir si son histoire est une Vérité absolue dans les faits - elle manque (volontairement) de nuance et de source -, je dis juste qu’elle a permis de donner une voix à portée internationale pour un peuple qui n’avait pas le pouvoir de se faire entendre à cette époque. Une œuvre à parcourir pour se rappeler, prendre conscience, lire un point de vue et/ou nourrir les débats.
Aventures en Chartreuse
Une série jeunesse dont les histoires se déroulent dans le massif de la Chartreuse, à côté duquel j’ai grandi, il n’en fallait pas plus pour piquer mon intérêt. Je vois que les auteurs habitent d’ailleurs dans la région (à Chambéry et Aix-les-Bains). Les intrigues sont parfaites pour le public visé : de l’aventure, du mystère, de l’humour, des vilains en tout genre… le tout dans un cadre magnifique et verdoyant, superbement mis en image par Nicolas Julo. On retrouve une ambiance très « Club des 5 », mais plus moderne (nos enquêteurs en herbe se servent de tablettes, GPS etc.) L’histoire du tome 3 est particulièrement intéressante. Elle se déroule pendant l’occupation, avec au programme les caches de réfugiés juifs, la milice, la résistance etc. Le tome 4 s’éloigne de la Chartreuse et propose une chasse au ressors dans d’autres massifs alpins, et des thèmes parfaitement adaptés au lectorat : préservation de l’environnement, entre-aide, importance de participer plutôt que gagner etc. Les tomes 1, 2 et 4 se terminent sur des cahiers de jeux pédagogiques (créés en partenariat avec le Parc de Chartreuse), alors que le 3 propose un mini reportage sur Le régime de Vichy... super éducatif ! Une chouette série jeunesse.
La Ballade du soldat Odawaa
La ballade du soldat Odawaa est de celle qui vous marque au fer rouge. On plonge en plein champs de bataille de la première guerre mondiale. Les tranchées et les champs de ruines. La désolation à perte de vue. Je découvre que des amérindiens canadiens ont participé à cette boucherie humaine. Lecture d'une seule traite, on est immergé de suite dans la dure (et le mot est faible) réalité de la guerre. Scénario captivant, mais pas innovant malgré quelques bonnes idées. On retrouve effectivement du Sergio Léone dans le découpage, il suffit de regarder les premières planches. Le dessin réaliste retranscrit à merveille l'apreté des conditions de vie des soldats et des combats. Il est très beau. Les couleurs "sombres" accentuent cette atmosphère pesante. Une réussite. A découvrir. Si vous venez dans le Pas-de-Calais, je vous invite à venir découvrir le mémorial de Vimy, qui honore les soldats canadiens morts/disparus pendant la grande guerre. 11 285 noms inscrits.