Les derniers avis (39918 avis)

Par Jeïrhk
Note: 5/5
Couverture de la série Vinland Saga
Vinland Saga

Désolé, mais je trouve incompréhensible qu'une série soit jugée si sévèrement après seulement deux tomes (d'ailleurs, quel intérêt de critiquer une série de 25 tomes après en avoir lu seulement 2 ?). Pour ma part, je suis obligé de donner 5 étoiles à cette série tant elle m'a bouleversé. C'est le premier manga de ma vie qui m'a fait verser une larme. Une grosse claque ! La force de ce manga réside dans l'évolution de son personnage principal. S'arrêter à sa jeunesse serait une grave erreur. C'est une œuvre très bien construite, et il faut la lire comme le parcours d'un enfant perturbé jusqu'à sa délivrance. L'auteur pose les bases, prend son temps, et arriver au 25eme tomes, on se rend compte que c'était magnifiquement bien orchestré. La dernière partie du manga semble presque appartenir à une autre œuvre, tant le ton change radicalement, et c'est pour le meilleur. Je vous la recommande vivement, surtout si vous traversez une période de votre vie où vous êtes en quête de sagesse, capable de remise en question, et avez une vision utopique. Ce manga sera alors un véritable bol d'air frais pour votre esprit. Cependant, il faudra d'abord affronter ses démons pour en apprécier toute la beauté.

04/07/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Batman - Wayne Family Adventures
Batman - Wayne Family Adventures

3.5 Une série qui me plait bien pour le moment. On a donc droit à des aventures qui mets surtout en avant les relations de la 'famille' de Batman et le ton est léger et amusant, ce qui manque trop souvent aux comics de super-héros modernes. Évidemment, tout n'est pas marrant, mais la plupart du temps l'humour fonctionne bien et j'ai eu bien du plaisir durant ma lecture. Cela dit, comme l'indique Ro, cela s'adresse avant tout aux connaisseurs de l'univers de Batman. Je crains que quelqu'un qui ne connait Batman surtout de nom ou via les films risque d'être perdu de voir qu'il n'y pas qu'un Robin ou une Batgirl et aussi que Batman a un fils. Le dessin est bon. Certes il y a trois des Robin qui se ressemblent, mais ça c'est un problème pour tous les comics de Batman où le seul Robin qu'on peut facile distinguer des autres est Damien à cause de sa petite taille. Ça serait bien que DC règle se problème parce que le fait que les trois fils adoptifs de Batman se ressemblent comme s'ils étaient frères de sangs c'est un peu ridicule.

04/07/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série A Fake Story (d'après le roman de Douglas Burroughs)
A Fake Story (d'après le roman de Douglas Burroughs)

Je ne connais pas du tout Douglas Burroughs, même si j'ai longtemps cru que c'était William Burroughs qui avait écrit ce livre. Rien à voir donc, et d'ailleurs ceci m'a emmené à découvrir un petit détail intéressant qui va dans le sens de la BD ... Et le sens de la BD est parfait : comment démêler le vrai du faux dans des médias toujours plus rapides à informer qu'à vérifier l'information ? La réponse de cette histoire ne plaira sans doute pas... Douglas Burroughs explore comme un détective amateur les mystères d'un double meurtre dans une famille, suite à la panique provoquée par Orson Welles et sa fameuse adaptation radiophonique de La Guerre des Mondes. Très vite, j'ai eu la puce à l'oreille quant à la tournure du récit, puisque je connais bien l'histoire de cette fameuse adaptation et surtout la rumeur qui a enflé autour et fini par supplanter les vrais évènements. Mais le récit porte pas mal de réflexions en son sein et je dois avouer que l'ensemble est une sacrée réussite. Menée d'une main de maitre, l'histoire tourne autour de la vérité jusqu'à la faire éclater, si l'on peut dire. Une vérité bien sale et pas jojo, le genre qui fait tâche dans une jolie petite ville américaine. Le récit est une longue enquête donc, qui va dévoiler bien des sujets, notamment le racisme ou la guerre des médias. Le récit tourne d'ailleurs la fin habilement pour mettre en exergue cet avis, plus modéré et retenu, qui permet de comprendre pleinement la critique qui est faite ici. Et cette critique est tout à fait pertinente, à l'heure des fakes news et des bots utilisant toute leur énergie dans des ingérences électorales. La question de la vérité, la seule, mais aussi de comment la chercher ou ce qu'elle masque est de plus en plus important, j'aime donc beaucoup cette utilisation d'une contre-vérité comme point de départ d'un sac de nœud à démêler. L'auteur s'est d'ailleurs fendu d'un coup de crayon pas dégeu qui fait ressortir l'atmosphère des années 30 d'une belle façon, appuyant le propos dans des cases marquantes et plusieurs passages qui ressortent du lot, notamment lors des reconstitutions de scènes. Le genre de BD sur laquelle il vaut mieux ne rien savoir avant d'entamer la lecture, pour se laisser surprendre par celle-ci et surtout réfléchir ensuite à son propos. Pertinent, efficace en tant que polar et surprenant jusque dans l'après lecture, cette BD est un petit régal !

04/07/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Carcajou
Carcajou

C'est marrant : j'ai lu cet album juste après avoir relu des histoires de la Jeunesse de Picsou au Klondike et j'ai eu l'impression de m'y retrouver à nouveau. En effet, le fameux Carcajou, vieil aigri vivant seul dans sa concession minière dans le Grand Nord canadien, a beaucoup du personnage de Balthazar Picsou de ces récits, détesté et craint par la fruste population de la petite ville voisine, et cachant ses mystères comme un avare misanthrope. Cette BD m'a agréablement replongé dans cette ambiance de pionniers du Grand Nord, vivant de grands espaces et de petites relations humaines. On s'attarde en particulier sur le riche arnaqueur du coin, l'équivalent du Soapy Slick des aventures de Picsou. C'est en effet par ses yeux, et non pas par ceux du chercheur d'or, que l'on va suivre l'aventure. Cela m'a offert un contrepoint intéressant pour un récit qui du coup gagnait en originalité. D'autant plus que ce personnage se révèle plus profond qu'envisagé, avec un passif et une relation particulière avec son grande frère et avec une femme de la ville. Tout cela donne du piquant et de l'intérêt à l'histoire. L'album se scinde en outre en deux chapitres qui auraient pu être 2 tomes séparés, avec une rupture nette entre les deux. De fait, on a 2 types d'histoires différentes entre les deux. L'une très ambiance pionnière, rivalité et affrontements entre l'arnaqueur et le vieil aigri. Et l'autre qui tourne un peu plus au polar, avec le mystère d'un possible fantôme vengeur et meurtrier. C'est rythmé, prenant, agréablement dessiné, les personnages sont bons et l'intrigue ne se laisse pas deviner. Vraiment pas mal comme lecture.

04/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Chroniques de l'éphémère
Chroniques de l'éphémère

C'est toujours un peu vrai mes histoires. - Ce tome constitue une anthologie de douze histoires courtes réalisées par Edmond Baudoin en noir & blanc. Elles sont initialement parues dans le magazine de bande dessinée et de culture, appelé Jade, publié par les éditions 6 Pieds sous terre depuis 1991. le présent recueil est paru en 1999. Beyrouth, quatre pages : Edmond Baudoin effectue un séjour dans une zone militarisée de Beyrouth. Il y a des hommes qui en tuent d'autres. C'est tout près de la place des canons. La ligne verte. Une espèce de long terrain vague qui coupait la ville en deux. Il se fait la réflexion que ce pourrait être le décor d'un film d'anticipation, à ceci près qu'il n'y a pas de bande originale. Il entend des poules : un soldat lui explique ce qu'il en retourne. Justice immanente, quatre pages : dans la rue par un matin de ciel gris, vraiment gris, Edmond sort pour se rendre au café en bas de chez lui, passant par la boulangerie avant pour s'acheter un pain aux raisins. Il voit un homme au volant d'un gros quatre-quatre en train de traiter une femme de prostituée, lui reprocher que tout ce qui l'intéresse, c'est de tortiller son derrière jusqu'à quatre heures du matin dans une boîte, et de se faire prendre par derrière par le premier venu. le mime, quatre pages : c'est un mime un peu minable. Il est grimé comme Charlot, de la poudre blanche sur le visage, debout sur un tabouret… Peut-être une caisse. Edmond ne se souvient plus. À ses pieds, un lecteur de cassettes diffuse inlassablement les musiques des films de Chaplin. Edmond ne sait pas combien d'années il l'a vu, au coin de la place Saint Germain, en face des Deux Magots, tout près de la station de métro. À force de persévérance, les années passant, cet homme est devenu indispensable à ce morceau de trottoir. Il avait autant d'importance pour la poésie de Paris, qu'une statue, un monument, un jardin. Il était peut-être autant photographié que le Danton de pierre deux cents mètres plus loin. Et puis Edmond ne l'a plus vu. Malaise avec une petite fille, deux pages : à Nice en août 1996, Edmond n'a pas trop le moral. Alors il voyage. Il s'en va vers le Nord, la Suisse, l'Allemagne, la Belgique. À Bruxelles, il loge chez des amis. L'affaire Dutroux donne une teinte livide à cette fin d'été. Son moral ne grimpe pas. Comment est-ce foutu à l'intérieur de certains cerveaux ? Sur le quai du métro, quatre pages : Edmond attend le métro avec une copine. Un aveugle arrive sondant devant lui avec sa canne blanche. Soudain il la brandit en l'air et il la jette sur la voie. Un jeune homme descend pour aller la chercher. En terrasse, quatre pages : deux jeunes demoiselles papotent assises en terrasse. Un jeune homme s'approche d'elle, leur déclarant que sa mère l'a abandonné à la table d'à côté, et leur demandant si elles veulent bien l'adopter. Les aimer toutes, trois pages : trente-et-un visages de demoiselle en gros plan, suivi de vingt-huit autres sur la page suivante, et d'une case avec le bassin dénudée d'une autre, et une case avec une jeune femme ayant dénudé la partie droite de son corps. Edmond Baudoin est né en 1942 à Nice. Sa carrière de bédéiste a commencé en 1981, avec la publication de ses premières œuvres par l'éditeur Futuropolis à compter de 1981. Il a reçu l'Alph-Art du meilleur album, pour Couma acò, en 1992. le lecteur ne sait pas sur quoi il va tomber en entamant le présent album. Il comprend rapidement qu'il s'agit d'une collection d'histoires courtes, toutes racontées à la première personne. Dans la dernière, l'auteur explique à sa compagne du moment que c'est toujours un peu vrai ses histoires. Il ne raconte pas tout, il fait de petits arrangements. le lecteur n'a pas de raison de mettre en doute sa parole, et il accepte que chaque petite histoire se soit bien produite, et que Edmond Baudoin en a été l'acteur ou le spectateur. Les six premières correspondent à une situation de la vie quotidienne (ou presque en ce qui concerne son séjour à Beyrouth), la seconde moitié concerne les relations amoureuses, avec un rapport physique. S'il a déjà lu une bande dessinée en noir & blanc de cet auteur, le lecteur identifie immédiatement ses caractéristiques. Les formes sont détourées avec un trait parfois charbonneux, souvent gras, avec un rendu à la fois spontané et esquissé, mais aussi précis et attestant d'un regard personnel sur les êtres humains et les environnements. Il retrouve également la propension de l'auteur à raconter l'histoire dans un texte qui court en bas des cases, ces dernières montrant ce qu'il dit, ou bien mettant en scène les actions des personnages alors qu'ils sont en train de parler. Dans le même temps, le lecteur voit que l'artiste expérimente en toute discrétion. La raison d'être d'une histoire ne réside pas dans le fait de lui servir de support pour essayer une technique de dessin, ou mettre à l'épreuve une mise en page, ce qui fait que le lecteur peut très bien ne pas prendre conscience de ce fait. S'il prend un peu de recul, cela devient une évidence. La première histoire est racontée sous la forme de quatre pages, contenant chacune trois cases de la largeur de la page. Dans la deuxième histoire, l'artiste semble avoir abandonné le pinceau au profit de la plume, ce qui donne un aspect plus griffé à ses dessins. Dans la quatrième, il n'y a aucun dialogue, aucun cartouche de texte, mais des dessins de la largeur de la page avec une bordure, et un texte qui court en dessous sans bordure. La mise en page de la suivante surprend le lecteur : des cases alignées en bande, avec des phylactères pour les personnages, une forme très traditionnelle. Il faut un peu de temps pour que la première page de la suivante fasse son impression : des cases où l'artiste semble s'être laissé guider par le trait du pinceau, plutôt que d'avoir cherché à construire ses traits pour une description classique. Avec la septième histoire, l'évidence saute aux yeux : trois pages avec presque uniquement des visages de femmes en gros plans. Dans l'histoire suivante, l'essai se trouve dans les phylactères : chacun des deux personnages prononcent leur dialogue à haute voix, et le lecteur peut lire le fond de leur pensée qu'ils n'osent pas formuler dans un autre phylactère avec une bordure différente, écrit dans une graphie manuscrite. Dans la dernière histoire, Baudoin intègre vingt-quatre pages constituant le patron d'une proposition pour un éditeur de manga, parfaitement lisibles, ainsi que les trois pages de Passe le temps, une histoire publiée par l'éditeur Futuropolis en 1982, racontant la même anecdote avec des variations. Ces cases aux traits bruts avec du texte peuvent rebuter un instant le lecteur. Puis, il commence la première histoire : localisation totalement inattendue, texte très agréable à lire, concis et porteur de l'état d'esprit d'Edmond, et un instant improbable avec ces cris de poule, puis une chanson des Rolling Stones à fond. Deuxième histoire : peut-être que l'auteur a rajouté la chute pour une forme de vengeance morale, mais le moment est bien saisi : cet homme qui insulte une femme, confortablement assis sur le fauteuil de son 4*4. le souvenir du mime : une impression produite en le voyant faire son numéro, un ressenti personnel (un peu de gêne), une sensation qui évolue avec le temps qui passe. le malaise provoqué par l'affaire Dutroux. le comportement sortant de la normalité, d'un aveugle sur le quai du métro. L'incrédulité de nature très différente chez un jeune homme, et chez la jeune femme qui se retrouvent au lit ensemble. le sentiment de solitude pendant l'acte sexuel. La manière de raconter un souvenir, en fonction de l'inspiration du moment. Autant de sensations, d'émotions fugaces que l'auteur sait faire partager avec naturel et conviction. Indubitablement, Edmond Baudoin sait parler avec le cœur, avec les sentiments pour faire partager son état d'esprit, son expérience de la vie, sur chacun de ces sujets. Bien évidemment, l'histoire à base de visages de femmes en gros plans transcrit le comportement d'un homme à femmes, ce qui ne représente qu'un petit pourcentage du lectorat de l'auteur. En même temps, chaque lecteur fait ainsi l'expérience d'une fascination pour les visages féminins, pour l'éternel féminin, d'une appétence inextinguible, irraisonnée, jusqu'au constat de l'auteur : il faudrait enfin qu'il accepte l'évidence, il ne pourra pas toutes les aimer. Un ressenti encore du côté de la résignation, pas encore du côté de l'acceptation. le lecteur fait également l'expérience de regarder la réalité par les yeux de l'artiste. Lorsqu'il prend en main la bande dessinée, il considère l'esquisse en quatrième de couverture, pas bien certain de ce qu'elle représente. Après la première histoire, vient une esquisse au pinceau : un homme nu assis sur un tabouret. Entre la deuxième et la troisième, une femme en longue robe noire, en train de danser, représentée à deux moments différents. Il y a ainsi un dessin au pinceau entre chaque histoire, également un moment éphémère capturé par le mouvement du pinceau. Chroniques de l'éphémère : un titre énigmatique qui ne permet pas de se faire une idée de ce qu'il y a dans cette bande dessinée. Le lecteur découvre douze historiettes, racontées avec un trait de pinceau agile, expressif et concis, des phrases portant toute la personnalité de l'auteur, une histoire illustrée à la plume. À chaque fois, Edmond Baudoin sait offrir toute la spécificité de cet instant éphémère, ainsi que toute son universalité qui parle au lecteur, quelle que soit sa propre personnalité, son propre parcours de vie. Une expérience de l'humanité dans tout ce qu'elle a d'éphémère, mais aussi d'éternel.

04/07/2024 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série Hitomi
Hitomi

Un bon moment de lecture, même si tout n'est pas parfait. Je découvre les deux auteurs avec ce comics. Yasuke est un samouraï à la peau noire. Les archives sur ce personnage historique sont rares, on sait qu'il arrive esclave en 1579 à kyoto, puis qu'il entre au service du daimyo Oda Nobunaga en 1581 en tant que samouraï et conseiller. On perd sa trace après la défaite de son maître en 1582 contre l'armée d'Akechi Mitsuhide. H.S. Tak propose d'imaginer sa vie à partir de cet instant. Et c'est là qu'entre en scène la jeune Hitomi, elle ne rêve que de vengeance après avoir assisté aux meurtres de ses parents. Le coupable ? Un samouraï à la peau noire. Nous sommes en 1590, Hitomi va retrouver un Yasuke devenu rônin et à ma grande surprise, elle lui demande son enseignement pour devenir samouraï. Je n'ai pas toujours compris le comportement d'Hitomi, mais cela n'enlève en rien l'attachement que je lui porte, elle est fougueuse, indomptable et elle sait ce qu'elle veut, tuer le meurtrier de ses parents. Yasuke n'est plus que l'ombre du samouraï qu'il était, il a vieilli et doucement il va s'enticher de cette gamine et une relation singulière va s'instaurer. Une narration qui manque de fluidité mais j'ai pris grand plaisir à suivre le parcours de ce vieux rônin qui va guider Hitomi dans sa quête initiatique et de vengeance jusqu'au dénouement final. Du classique mais avec une pointe de poésie épique dans un Japon féodal très bien retranscrit où l'honneur et la violence ne sont jamais loin l'un de l'autre. Une fin que je n'avais pas vu venir. Isabella Mazzanti est une dessinatrice italienne (avec des origines polonaises), elle a vécu en Chine où elle a suivi un cours sur l'art traditionnel et cela se ressent dans sa proposition graphique. Un rendu qui fait penser aux estampes japonaises avec son trait légèrement charbonneux, soigné et plein de vie. De superbes planches à la mise en page digne d'une chorégraphie de danse kabuki. Les couleurs sont magnifiques. Somptueux. Une artiste à surveiller. Je ne peux pas mettre moins que 4 étoiles.

03/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Infidel
Infidel

Altérité culturelle - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre. Il comprend les cinq épisodes de la minisérie, initialement parus en 2018, écrits par Pornsak Pichetshote, dessinés et encrés par Aaron Campbell, avec une mise en couleurs réalisée par José Villarrubia. Aisha Hasan est en train de dormir seule dans son lit et elle fait un cauchemar, se souvenant de l'odeur de viande en train de pourrir. Elle se réveille d'un coup en sueur. Dans la journée, elle papote avec sa fille Kris, dans la cuisine, pendant que Leslie (la mère de Tom, la grand-mère de Kris) prépare un gâteau ayant la forme du monstre dans le puits dans la Guerre des Étoiles. Aisha vit en concubinage avec Tom (le père de Kris), chez la mère de Tom pour la rassurer après qu'une bombe artisanale ait explosé à l'étage inférieur, l'œuvre d'un habitant de l'immeuble, musulman supposé terroriste. Tom arrive alors que Leslie est en train de proposer à Aisha d'apprendre à préparer un jambon en croûte. Il tance vertement sa mère en rappelant que le jambon n'est pas hallal et sort en claquant la porte. Aisha le rattrape sur le trottoir et lui demande pour quelle raison il s'est emporté. Il la met en garde car sa mère est une grande manipulatrice. Un peu plus tard, elle papote avec sa meilleure amie Medina Jackson, et évoque la fois où Leslie s'est emportée parce que Kris jouait avec un des hijabs d'Aisha. Medina lui rappelle comment sa mère (celle d'Aisha) s'était emporté contre Aisha quand cette dernière avait décidé de ne plus porter le voile. Aisha Hasan rentre chez sa belle-mère, et monte l'escalier. Elle croise monsieur Fields, un voisin du dessous, qui rentre chez lui précipitamment en claquant sa porte, pour ne pas avoir à lui parler. Aisha estime qu'il agit ainsi par racisme ordinaire, une méfiance de blanc âgé à l'encontre d'une arabe. Elle passe par l'étage qui a été détruit par le feu et dont le palier reste plongé dans le noir. Elle croit voir un visage spectral et des plumes dans la pénombre. Elle sursaute effrayée en se rendant compte que quelqu'un se tient à ses côtés : il s'agit de Tom son concubin. Ils discutent à nouveau de Leslie, la mère de Tom, de son islamophobie présumée, de savoir si c'est une bonne idée de rester habiter chez elle dans ces conditions. La nuit, Aisha se réveille à nouveau en sursaut et fait le tour de l'appartement. Elle a l'impression d'entrevoir un spectre menaçant se dirigeant vers la cuisine. Sur place, elle le distingue clairement et elle se saisit d'un couteau pour le poignarder. Elle se rend compte d'un coup que c'est Leslie qui se tient devant elle. Elle lâche le couteau et se jette dans ses bras pour y retrouver du réconfort. Après l'accolade, Leslie ramasse le couteau et le tient devant elle. le lendemain, Aisha laisse Kris à Leslie, et se rend chez Medina et son colocataire Ethan (un asiatique) pour papoter avec des copains, autour d'une bière. Dans la postface, Jeff Lemire explicite son point de vue sur les récits d'horreur en bande dessinée : c'est beaucoup plus difficile à réussir qu'en film car les auteurs ne disposent pas du facteur de surprise dans la mesure où le lecteur est maître de sa vitesse de lecture. En outre, une bande dessinée ne dispose pas de bande originale qui vienne amplifier les effets narratifs. Il n'en est que plus impressionnée par la réussite de Pichetshote & Campbell. La couverture annonce effectivement la couleur : cette main de monstre en haut à droite qui vient pour agripper une femme musulmane portant le hidjab. La scène d'introduction indique qu'il s'agit d'un cas de spectre hantant une femme, et la suite montre que cette entité surnaturelle hante l'immeuble d'habitation tout entier. le lecteur comprend donc qu'il s'agit d'une variation sur la maison hantée. Il sait par avance qu'il y a un monstre qui n'attend que de s'en prendre aux habitants, que sa présence est liée à un acte horrible, vraisemblablement l'attentat raté du quatrième étage. Il sait que l'intrigue va suivre un schéma très cadré : l'horreur surnaturelle s'en prend aux habitants et les fait souffrir ou les tue dans d'horribles souffrances. Un ou deux individus comprennent ce dont il s'agit et combattent la créature en payant le prix cher, avec une fin où soit ils triomphent, soit tout le monde meurt, ou encore un compromis entre les deux. Il n'est pas facile d'innover dans le genre et le lecteur ne s'attend pas à de grosses surprises. La deuxième composante de la couverture est moins convenue : les auteurs font la promesse que l'un des personnages principaux est une musulmane. En 2018, c'est encore assez inusuel dans les comics américains, avec une exception notoire Kamala Khan (Ms. Marvel, écrite par G. Willow Wilson). le prologue n'en dit pas plus, mais passé la page de titre, le lecteur constate que l'auteur ne fait pas semblant. Aisha Hasan est pratiquante, ne serait-ce que par la prière, ce qui crée une gêne avec sa belle-mère qui montre une défiance ordinaire pour tout ce qui est arabe, même de loin. Dans les 10 premières pages, il est question du hijab, de l'interdit de consommer du porc, du voile, de l'intégrisme. Pour autant, il ne s'agit ni d'opportunisme, ni de leçon de morale. Pichetshote met en scène une distribution de personnages reflétant la diversité, sans artifice. Tom (un blanc) vit en couple avec une musulmane pratiquante. Cette dernière a une copine d'origine arabe qui n'est pas pratiquante. le colocataire de Medina est d'origine asiatique. Les interactions entre les personnages sont rafraîchissantes par leur honnêteté. Il n'y a pas de racisme a priori d'une communauté contre une autre. Il n'y a pas d'entente fraternelle évidente entre les représentants des différentes communautés. Certains restent défiants. D'autres s'interrogent sur les stéréotypes de leurs propres représentations mentales. D'autres se montrent prévenants, mais finissent par ne plus savoir s'ils agissent sur la base de clichés, sur la base de réelles différences culturelles, ou au contraire si certains comportements sont communs aux êtres humains de toutes les origines. le scénariste ne se lance pas dans une leçon de politiquement correct, ou dans une réflexion intellectuelle sur le brassage ethnique et culturel. Il montre avec naturel les interrogations de tous les jours. Le scénariste montre aussi la peur ordinaire, celle qui nourrit le monstre, ou tout du moins les manifestations de haine ordinaire. À certains moments, le lecteur éprouve la sensation que la créature surnaturelle n'est qu'une incarnation très littérale de cette méfiance inquiète qui génère l'agressivité en défense. À d'autres moments, la créature surnaturelle est indépendante de cette dimension sociale, et l'intrigue occupe le devant de la scène. le lecteur prend conscience qu'il découvre un récit de genre, utilisant les conventions de l'horreur pour faire ressortir des réalités sociales, le récit de genre comme révélateur. Cette approche fonctionne d'autant mieux qu'Aaron Campbell reste dans un registre descriptif et réaliste, laissant donc les dialogues apporter une dimension métaphorique. Il dessine les personnages comme de vrais êtres humains, sans exagération de leur anatomie ou de leurs capacités physiques, avec des tenues vestimentaires ordinaires et pratiques, cohérentes avec le statut social et l'âge de chacun des personnages. le lecteur éprouve presque l'impression de croiser ses voisins ou des membres de sa famille. La direction d'acteur est de type naturaliste ce qui fait beaucoup pour l'immersion du lecteur. Dans un premier temps, le scénariste montre des scènes ordinaires, le spectre n'apparaissant que dans les cauchemars d'Aisha. du coup, le lecteur ne sait pas trop s'il doit pendre ces manifestations au premier degré ou pas. Il regarde donc les personnages en train de discuter, et il scrute leur visage pour y déceler une expression donnant une indication sur leur état d'esprit. Les représentations de Campbell permettent de se livrer à ce jeu d'observation avec des réactions naturelles et normales. Par exemple, le lecteur retient son souffle pour savoir ce que va faire Leslie après avoir ramassé le couteau lâché par Aisha, guettant un signe révélateur. L'artiste porte également la responsabilité de donner corps à l'immeuble où habite Leslie, ainsi qu'à la rue où il est sis, aux autres appartements, à une chambre d'hôpital, etc. Là encore il réalise des dessins descriptifs et réalistes, avec un degré de détails satisfaisants, avec des accessoires conformes à la réalité, sans exagérer dans le luxe ou la pauvreté. Il prend soin de donner des dimensions plausibles aux pièces et de s'assurer de la cohérence de l'agencement d'un escalier ou d'un palier d'une séquence à l'autre. Campbell doit également représenter la créature surnaturelle de manière à ce qu'elle s'intègre dans l'environnement de l'immeuble et qu'elle puisse coexister sur le même plan que les êtres humains normaux. Dans la première moitié du récit, il peut jouer sur le fait qu'on ne la voit pas complètement, pas distinctement. Il arrive ainsi à conserver la part de mystère nécessaire pour qu'elle reste plausible, entre manifestation incarnée et fantasme de l'esprit. Dans la deuxième moitié, il se heurte à la représentation frontale de la créature, devenant un monstre de plus, malgré des effets de chair sophistiqués, rappelant parfois les récits d'horreur de John Bolton. Les auteurs ont choisi d'amener leur récit vers une confrontation finale très physique qui dénote un peu par rapport à la dimension métaphorique présente dans les quatre cinquièmes précédant. S'il a lu la quatrième de couverture, le lecteur a des attentes assez élevées concernant le récit. Il plonge dans des pages plutôt sombres rendant bien compte de l'angoisse sourde qui habite les personnages. Il prend plaisir à la description des personnages et à leurs interactions, grâce à un scénariste qui sait mettre en scène la diversité culturelle de manière naturelle, dans toute sa complexité, en faisant ressortir les enjeux et les difficultés à surmonter, sans les caricaturer ou les exagérer. De ce point de vue, ce récit est une grande réussite, sortant de l'ordinaire des comics américains. Les auteurs déroulent également une véritable intrigue respectant les codes du genre horreur. Durant la majeure partie du récit, les deux approches horreur + culturel s'entremêlent et s'enrichissent de manière organique. La conclusion du récit n'arrive pas à rester à ce même niveau littéraire.

03/07/2024 (modifier)
Couverture de la série Golden West
Golden West

Je ne suis pas un grand spécialiste du genre Western mais j'ai beaucoup apprécié la lecture l'histoire de cet apache atypique et souvent solitaire. Christian Rossi choisit avec bonheur de nous faire suivre le récit des actions de résistances de Géronimo via le parcours de Woan un apache exclu jeune de son clan pour avoir rompu l'harmonie naturelle qui régit la vie de sa tribu. Le fil conducteur du parcours de Woan sert à Christian Rossi pour aborder le mode de vie des apaches en relation avec les éléments naturels ou historiques. Le récit se partage donc avec justesse entre ethnologie et histoire. La série montre le sérieux des recherches et des références de l'auteur et le côté fictionnel s'insère avec une forte crédibilité à la trame historique. La narration délivre une empathie certaine pour les indiens mais évite de tomber dans un manichéisme facile. Ainsi un final inattendu essaye de clore le chapitre de la violence pour rebondir vers une hypothétique place des natifs dans une société plus juste. Le graphisme soutient parfaitement le rythme du récit. Les scènes contemplatives dans la montagne ou la sierra alternent avec bonheur aux scènes plus dynamiques. Rossi a apporté un soin particulier à la gestuelle des combats sans en faire trop. Les paysages sont grandioses avec l'aide d'une mise en couleur où les jaunes et ocres dominent souvent pour donner une belle luminosité aux images. Une très belle lecture qui devrait plaire au delà du cercle des amateurs de western.

03/07/2024 (modifier)
Couverture de la série Vauriens
Vauriens

Découverte lors de son premier tome, je me suis pris une belle bouffée de nostalgie en relisant cette trilogie. Honnêtement ça a un peu vieilli mais pour rien au monde je ne m’en séparerai. Cette série fait partie intégrante de mon parcours de bedeiste. Alors c’est clair qu’il y a mieux aujourd’hui et sans doute même à l’époque, mais je reste très attaché à notre héros Pop. Pourtant tout est loin d’être parfait, le trait de Laurent Cagniat fait souvent preuve d’inconsistance dans les visages mais il y a une telle énergie dans ses planches qu’on pardonne facilement ce détail. En plus au fil des parutions son style évoluera de façon positive. A noter un changement de coloriste pour le tome 3 qui n’est pas trop préjudiciable au plaisir de lecture, même si je garde une préférence pour le travail de Claude Guth. Pour l’histoire, on trouve un certain Luc Brunschwig (quasi un inconnu à l’époque) qui nous embarque dans une trilogie médiévale fantastique rondement menée, autour de 2 statuettes aux noms bien trouvés : la clémence et la tourmente. Le récit ne se laisse pas deviner et je n’y ai pas trouvé de scènes superflues. On voit déjà la patte du scénariste au niveau construction. Une œuvre d’un belle densité, l’idée d’une armée d’enfants me gène toujours un peu mais j’aime l’évolution des personnages et surtout le fin mot de l’aventure. Sans l’effet nostalgique, je pense que j’aurai mis un bon 3* mais avec, je ne peux mettre en dessous de 4*. Une série que j’ai et qui m’a accompagné.

03/07/2024 (modifier)
Couverture de la série King David
King David

L’idée est amusante – et globalement bien utilisée : faire un parallèle entre le récit biblique autour de David, et la vie sanglante de mafieux new-yorkais. Le dessin de Singelin est taillé au couteau, un peu façon Bézian. En moins lisible toutefois, un certain nombre de planches m’ont paru difficile à déchiffrer – même s’il choisit volontairement de laisser du sombre et du flou pour accompagner le scénario. En tout cas ce trait extrêmement dynamique pour ce qui est semble-t-il son premier album fait immanquablement penser à ce qu’on retrouvera plus tard dans le label 619 d’Ankama, qu’intègrera Singelin en améliorant nettement son dessin, et en le rendant plus lisible. L’histoire utilise habilement la Bible donc, mais hélas en abuse, et se perd souvent dans l’accumulation de noms/références, alors même que des longueurs ralentissent le rythme de l’histoire (qui est l’atout majeur). Autre petit bémol, les « querelles mafieuses » semblent se dérouler hors-sol, tant l’on ne voit jamais apparaitre police et justice dans ce qui ressemble quand même à des bains de sang (accentués par dessin et colorisation). Il faut donc accepter un scénario pas vraiment réaliste, et une avalanche de références à la Bible pour apprécier cet album. Mais l’intrigue survitaminée empêche que l’on s’ennuie, et la lecture s’est révélée plutôt agréable. Note réelle 3,5/5.

03/07/2024 (modifier)