Pour ceux qui connaissent ce dessinateur, il est incontournable dans le monde de la BD. Il est notamment passé en France pour bosser un temps avec Moebius qu'il avait rencontré sur le tournage de Tron. Il a également travaillé sur le storyboard de Matrix.
Il a le style graphique le plus fouillé que je n'ai jamais vu. Chaque case fourmille de détail : c'est complètement hors norme. Vous pouvez passer 10 minutes par dessin pour essayer tout voir.
Par contre, le scenario est souvent maladroit et n'est que prétexte pour admirer le style de Geof.
J'aimerais qu'un scénariste de renom collabore avec lui pour claquer un masterpiece total !
Très bonne surprise que ce tome, je ne peux que vous encourager à tomber dessus.
J’étais sur un petit nuage tout le long de ma lecture, il y a un côté magique et poétique fort agréable qui s’en dégage. L’univers et le trait s’inspirent grandement des œuvres de Miyazaki mais s’en démarquent suffisamment pour ne pas crier au pastiche.
Un conte pour adulte qui pousse à la réflexion, j’ai passé un super moment de lecture. Je ne connaissais pas l’auteur mais Jim Bishop, qui assure tout en solo, m’a impressionné.
Un chouette bouquin pour un auteur à suivre.
Quels exploits restent-ils à accomplir désormais ?
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Ce tome contient une histoire complète, la biographie de Youri Gagarine (1934-1968), mise en regard de la course à la conquête spatiale, entre les États-Unis et l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Cette œuvre a été réalisée par Alex Nikolavitch pour le scénario, Félix Ruiz pour les dessins et la mise en couleurs. Sa première édition date de 2022, et elle comprend cent pages de bande dessinée. Les deux auteurs avaient déjà réalisé ensemble Deux frères à Hollywood (2019), sur Roy Disney et son frère Walt.
Dans la région de Smolensk, en Union Soviétique, en 1943, un jeune garçon court vers la carcasse d'un avion qui vient de se poser en catastrophe. Sa mère appelle son petit Youri, craignant qu'il lui arrive quelque chose. Mars 1945, en Prusse orientale, le camarade Glouchko est reçu par ses supérieurs, sous une tente militaire : ils souhaitent qu'il lui indique un ingénieur capable de se livrer à un exercice de rétro-ingénierie sur un missile allemand. Avec hésitation, il suggère le camarade Korolev qui a été envoyé au goulag de Kolyma pour trotskisme. le général répond que Glouchko lui-même a fait de la prison, et qu'il devra s'assurer de la bonne réinsertion du camarade Sergueï Korolev, sous la supervision du colonel Serov ici présent. Dont acte. À la frontière suisse-allemande, en mai 1945, les soldats américains prennent en charge Wernher von Braun, un des ingénieurs ayant travaillé sur les missiles V2. Quelques années après la fin de la guerre, à l'institut technico-industriel de Saratov, Youri Gagarine a pu s'inscrire à l'aéroclub. Il s'y rend et vole avec un instructeur : en plein ciel, il n'éprouve plus aucun doute sur sa vocation de devenir pilote.
Les Russes ont commencé à travailler sur un programme de conception et de réalisation de missiles. le test en cours se déroule de manière satisfaisante : la fusée a raté sa cible de trois kilomètres, or la précision n'est pas un facteur déterminant quand on parle de bombe atomique, on n'est pas à trois kilomètres près. Mars 1953, le comité central du Parti Communiste, le Conseil des ministres de l'Union Soviétique et le président du Soviet suprême s'adressent à tous les membres du Parti, et à tous les travailleurs de l'Union. Ils ont la douleur d'annoncer au Parti et aux travailleurs que le Premier Secrétaire Joseph Staline est décédé à 21h50 des suites d'une longue maladie. Dans son petit appartement, Korolev explique la situation à son épouse. Si c'est Beria qui prend le pouvoir, difficile de prévoir ce qui va se passer. D'une manière générale, l'armée apprécie que ses fusées puissent envoyer des bombes à des milliers de kilomètres, mais elles peuvent faire tellement mieux que ça. En mai 1953, repoussant les limites de l'impossible, l'alpiniste Edmund Hillary et le sherpa Tensing Norgay réussissent la conquête de l'Everest, plus haute montagne du monde. Quels exploits restent-ils à accomplir désormais ?
Un beau défi : raconter la vie de Youri Gagarine (c'est ce qu'annonce le titre) avec un point de vue (un homme issu du peuple), mais bien sûr en restituant le contexte historique de la course à la conquête spatiale en pleine guerre froide. Même avec cent pages, il semble impossible de tout caser, à moins de consteller chaque page de copieux cartouches de texte. le scénariste choisit une autre approche pour évoquer à la fois la biographie et à la fois l'Histoire. le lecteur habitué des bandes dessinées historiques peut même s'en trouver un instant décontenancé, s'interroger sur le sérieux de l'entreprise. Voilà que la première page ne comprend que deux phylactères, laissant les dessins porter la narration. L'artiste réalise des dessins dans un registre descriptif et réaliste avec un bel usage des aplats de noir, une densité d'informations visuelles moyenne, avec un sens très vivant de la mise en scène. En sept cases, le lecteur comprend parfaitement comme le jeune esprit de ce garçon est définitivement marqué par l'apparition soudaine de cet avion, et par le pilote qui sort indemne de son cockpit.
Par la suite, le lecteur découvre plusieurs pages de ce type : des moments qui s'attardent sur le ressenti d'un individu, de Youri Gagarine et d'autres. Page 12 : deux soldats et deux scientifiques qui attendent en silence sous une toile de tente dans le froid, pour savoir si le tir de missile est une réussite ou un échec. Page 29 : le lancement d'une fusée depuis le cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan, en mai 1957, avec une belle contreplongée pour se rendre compte de l'effet au sol. Page 43 : Youri Gagarine dans la centrifugeuse en train d'encaisser les G. Page 65 : Youri Gagarine s'éjectant de sa capsule pour finir son retour vers le sol, en parachute. Page 72 : le décollage et le retour de la capsule Apollo 11, dans une séquence visuelle qui fonctionne parfaitement car elle s'appuie sur des images passées dans l'inconscient collectif. Page 99 quand Gagarine prend conscience qu'il s'agit de son dernier vol et qu'il lui sera fatal. Etc. Dans ces pages-là, les qualités de la narration visuelle sautent aux yeux du lecteur : l'intelligence de la composition des pages, la justesse des expressions du visage et du langage corporel, le soin apporté à la reconstitution historique, avec un savant équilibre entre ce qui est montré pour dissiper toute incompréhension, et ce qui est laissé à l'imagination du lecteur pour ne pas surcharger les cases.
La narration par les mots procède de la même démarche : un savant dosage entre l'exposé synthétique et clinique des faits, et l'expérience à taille humaine de cette entreprise historique. En découvrant la première page, le lecteur craint que la mise en perspective historique de la vie du cosmonaute ne soit réduite à sa plus simple expression. le scénariste intègre habilement l'exposition des nombreux événements historiques en procédant à des choix parce que l'histoire de la conquête de l'espace ne tient pas dans une bande dessinée même à l'échelle de la vie de Youri Gagarine, et qu'en plus il s'agit d'une biographie de ce dernier. D'un autre côté, il est question de Sergueï Korolev (1906-1966), ingénieur, fondateur du programme spatial soviétique, dès la planche 3. Puis de Wernher von Braun (1912-1977), acteur majeur dans le développement des fusées, en particulier celles qui ont permis la conquête spatiale américaine. Au cours d'une discussion, von Braun évoque Hermann Oberth (1894-1989), physicien austro-hongrois, spécialiste de l'astronautique, et un des pères fondateurs du vol spatial. le scénariste ne fait pas que rester à la surface des faits les plus connus. Il passe en revue plusieurs moments clé de la conquête spatiale comme le premier Spoutnik, la chienne Laïka (1954-1957), le singe Ham (1956-1983), premier chimpanzé dans l'espace, Valentina Terechkova (1937-) la première femme dans l'espace en 1963. Il prend soin également de ménager de la place pour pouvoir poser les jalons historiques indispensables tels que la mort de Joseph Staline (1878-1953) et l'arrivée au pouvoir de Nikita Khrouchtchev (1894-1971), et ses décisions concernant le programme spatial soviétique. Ou encore le célèbre discours de John Fitzgerald Kennedy (1917-1963) le 25 mai 1961 à Houston avec sa déclaration passée à la postérité : Nous avons choisi d'aller sur la Lune. Nous avons choisi d'aller sur la Lune au cours de cette décennie et d'accomplir d'autres choses encore, non pas parce que c'est facile, mais justement parce que c'est difficile.
Dans le même temps, le lecteur voit bien que l'artiste reprend des images iconiques, par exemple le cosmodrome de Baïkonour, mais aussi sait recréer des moments qui n'ont pas été photographiés tels que l'atterrissage en parachute de Youri Gagarine, après son vol dans l'espace, ou les discussions entre Sergueï Korolev et un collaborateur. du coup, même si l'Histoire occupe une place importante dans le récit, elle n'écrase pas la dimension biographique. le lecteur peut suivre la vie de ce jeune homme depuis la petite ville de Klouchino, jusqu'à ses derniers instants. Il voit comment il est sélectionné dans le programme spatial soviétique, et son vol historique auxquels sont consacrées une vingtaine de pages. le scénariste a fait le choix de ne pas trop s'appesantir sur la psychologie ou les émotions du premier cosmonaute. Il évoque sa vie de famille, l'impact de son statut de premier homme dans l'espace, ce qui lui donne une importance primordiale pour le gouvernement de l'URSS, mais aussi ce qui implique qu'il est hors de question de le mettre en danger. du coup, étant laissé de côté dans la suite de la conquête spatiale, la bande dessinée se concentre plus sur celle-ci que sur lui pendant ces années.
Évoquer la vie de Youri Gagarine nécessite de contextualiser sa destinée au regard de l'Histoire de la conquête spatiale. Nikolavitch & Ruiz parviennent à un dosage qui constitue un bon compromis entre ces deux composantes. Une narration visuelle solide sans être alourdie par des dessins qui seraient photoréalistes, ce qui préserve également l'émotion. Des séquences qui ménagent les deux dimensions du récit : à la fois la vie de Gagarine, à la fois les principaux tenants et aboutissants de la course à l'espace. Il ne s'agit donc pas d'une reconstitution encyclopédique, plutôt d'une approche synthétique de la vie de Gagarine et des principales étapes menant jusqu'au premier homme à marcher sur la Lune. Cet ouvrage donne au lecteur l'envie d'en savoir plus.
Pour moi l'un des meilleurs mangas que j'ai eu à lire. Dedans il y a de tout, mais en plus c'est cohérent et passionnant. On s'attache facilement aux personnages et on a toujours envie de lire le tome suivant.
L'un des gros points forts c'est également le dessin, il a beau être très détaillé, il reste également très lisible.
Quelle belle lecture ! Je suis resté scotché à la série de Timothé le Boucher grâce à un scénario que j'ai trouvé d'une rare intelligence. Pourtant l'accroche n'est pas vraiment extraordinaire.
En effet le graphisme ne m'a pas saisi d'émotion et le thème de la double personnalité est assez visité depuis des lustres comme le montre le personnage de Smeagol/Gollum chez Tolkien. Mais voila, la mécanique progressive que met en place l'auteur a eu le don de m'emprisonner dans ses filets.
Le Boucher construit son récit avec beaucoup de finesse en installant une progression qui accentue le sentiment dramatique de la perte de contrôle de Lubin sur son existence. Le paradoxe est que plus Lubin2 gagne en jours, moins il est présent à l'image mais plus son ombre gagne en puissance.
La force du récit est de nous faire réfléchir pour aller au-delà des apparences. En effet plus le récit avance et plus notre empathie et notre sentiment d'injustice vis à vis de Lubin1 grandit jusqu'à une remise en cause totale de nos certitudes dans la scène clé du psychiatre.
Le final ne donne pas la clé mais saisit d'émotion sur plusieurs interprétations possibles.
Le Boucher parsème son récit d'éléments sociétaux contemporains comme les couples homosexuels ou les couples mixtes ainsi qu'une allusion aux genres à travers une femme à barbe assez curieuse. Ces digressions sont assez marginales dans l'idée directrice ou la construction du récit.
Personnellement je privilégie les scénarii originaux et bien construits de bout en bout à un visuel abouti mais vide de sens. Je me suis régalé avec les propositions de l'auteur.
C'est graphiquement maîtrisé mais sans grande originalité cette fois.
Une lecture intelligente qui m'a vraiment séduit. Un 4 que j'aurais poussé avec un graphisme plus sexy.
Enfermés avec lui
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Ce tome contient une histoire complète du personnage, qui ne nécessite pas de connaissance préalable du personnage. Il comprend les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 1986. Les épisodes 1 à 4 ont été écrits par Steven Grant, dessinés par Mike Zeck, encrés par John Beatty, avec une mise en couleurs réalisée par Bob Sharen. L'intrigue de l'épisode 5 a été conçue par Steven Grant, et écrite par Jo Duffy. Il a été dessiné par Mike Vosburg et encré par John Beatty, avec une mise en couleurs réalisée par Bob Sharen. Les couvertures ont été réalisées par Mike Zeck, avec une mise en couleurs réalisée par Phil Zimelman.
À l'extérieur de la prison de Ryker's Island, l'ouragan Linda se déchaîne. À l'intérieur de la prison, les détenus sont sur le qui-vive, car les gardes escortent Frank Castle vers sa cellule, pour son quarante-troisième jour de détention. Dans le bureau du directeur de la prison, Tommy explique à Jerome Gerty (le directeur) qui est le Punisher, un vétéran du Vietnam dont la famille a trouvé la mort dans un règlement de comptes entre criminels. Il ajoute que son comportement hors de contrôle qui l'a amené en prison a été causé par des drogues à son insu. Gerty en conclut qu'il est parfait comme recrue. Castle partage sa cellule avec un individu surnommé Mule qui essaye de l'intimider. Il comprend vite son erreur. Au repas de midi, Castle repère celui qui a mis de la drogue dans ses repas lors de son précédent séjour : Frisky Martin (Martini), le serveur. Après le repas, il suit Martin qui va rendre compte à Jigsaw (Billy Russo). Il s'en suit un affrontement physique brutal interrompu par Carlo Don Cervello et son garde du corps Gregario. Don Cervello fait comprendre à Castle qu'il ne veut pas de grabuge, pour éviter d'attirer l'attention des gardes sur ses projets d'évasion. Castle accepte de se tenir tranquille s'il peut bénéficier de l'évasion.
Lors de l'évasion, Don Cervelo fait éliminer Castle par Gregario, d'une balle dans le ventre tirée par un pistolet à silencieux artisanal. Don Cervello a organisé une évasion de grande ampleur, profitant de la confusion pour s'échapper avec une poignée d'hommes. Punisher choisit rapidement son camp et finit par sauver le directeur Gerty et son adjoint Tommy. Ceux-ci lui font une offre inattendue : travailler pour une mystérieuse organisation appelée Trust et bénéficier d'une évasion en toute discrétion. Casle accepte parce qu'il a encore beaucoup de travail à l'extérieur.
Le personnage du Punisher a été créé en 1974, par Gerry Conway, John Romita senior et Ross Andru. Il apparaît pour la première fois dans Amazing Spider-Man 129, en tant qu'ennemi. le personnage rencontrant du succès, il réapparaît plusieurs fois dans des séries Spider-Man, et Frank Miller l'intègre dans la série Daredevil, opposant ses méthodes expéditives à celles de Matt Murdock. Il avait eu droit à une histoire en solo, en noir & blanc dans Marvel Preview 2 en 1975, par Gerry Conway & Tony DeZuniga. Cette minisérie est donc la première portant le titre de Punisher. Elle bénéficie des magnifiques couvertures de Zeck, peintes à l'aérographe par Zimmelman ce qui leur donne une allure encore plus impressionnante, Castle étant dépeint comme un chien fou, tout entier emporté par son obsession. S'il y fait attention, le lecteur observe que les épisodes 1, 3 et 4 portent la mention d'une minisérie en quatre épisodes, alors que les 2 et 5 portent la mention de 5 épisodes. Il s'agirait d'une erreur de production qui a engendré bien des supputations, car Zeck ne dessine pas l'épisode 5, et Grant n'a pas réalisé les dialogues, mais le cas particulier de l'épisode 5 provient en fait d'un désaccord avec les responsables éditoriaux qui ne voulaient pas décaler la date de sortie du numéro 5 pour laisser le temps à Zeck de dessiner à sa satisfaction.
Le lecteur plonge dans une intrigue mouvementée, sans superpouvoirs, sans superhéros, où Frank Castle n'est plus que le Punisher et, après son évasion, il commence par aller assassiner Wilson Fisk (Kingpin). Grant l'écrit comme un individu entièrement focalisé sur sa mission, sans empathie pour les criminels, sans demi-mesure. Il utilise des cellules de texte pour la voix intérieure de Punisher, dispositif narratif dont Frank Miller avait établi toute l'efficacité dans la série Daredevil. À l'époque, cette histoire se démarque de la production superhéros de Marvel, en mettant en scène un personnage qui a des relations sexuelles, un suicide, la mort d'un enfant par une balle perdue. La motivation habituelle des superhéros (l'altruisme) est remplacée par une obsession confinant à une forme de folie. En outre Punisher tue ses ennemis avec des balles réelles, par opposition aux balles en caoutchouc qu'il utilisait à ses débuts. Il choisit une tactique qui consiste à faire que les criminels s'entretuent en provoquant une guerre des gangs qu'il est bien incapable de contenir. Aussi, même s'il a gardé son costume avec gants blancs, bottes blanches, et un énorme crâne sur le torse (sans parler de sa ceinture à cartouche rendant impossible qu'il se penche en avant), Punisher appartient plus à l'univers des redresseurs de tort dits vigilant, qu'à l'univers des superhéros.
Steven Grant a conçu une histoire de lutte contre le crime organisé. Il réalise un premier épisode à la force conviction toujours intacte. Castle est enfermé avec des criminels qui souhaitent tous sa perte. Il ne lui faut pas longtemps pour se faire respecter en répondant à la violence en se montrant encore plus violent et efficace. Il n'est pas là pour jouer et sa motivation est sans égale parmi les autres détenus. Il est vite gênant et le Don essaye de le manipuler à son avantage. Par la suite, le scénariste développe son intrigue suivant 2 fils narratifs : la guerre des gangs déclenchée par Punisher, la mystérieuse organisation Trust qui veut le bien de Punisher. Même s'il ne peut que regretter que Grant n'ait pas écrit le dernier épisode, le lecteur a au moins la satisfaction de savoir que la fin correspond à ce que Grant avait prévu.
Outre cette guerre contre le crime à niveau humain, l'autre choc de cette histoire réside dans les dessins de Mike Zeck. Dès la première page, le lecteur découvre Frank Castle, massif et musculeux, une force de la nature. La deuxième page est un dessin en pleine page, où Punisher semble se jeter sur le lecteur depuis un toit, faisant feu avec un pistolet dans chaque main, un regard halluciné, et la bouche grande ouverte dans un cri muet transcrivant la force de l'émotion qui le possède. Tout au long des épisodes 1 à 4, Castle reste toujours sous tension, avec soit un visage fermé et un regard intense, soit des expressions exaltées attestant de la fureur qui se libère. de la même manière, ses postures alternent entre un individu au repos, ou des mouvements rapides, efficaces et brusques. Ce langage corporel est à l'unisson de ses expressions, transcrivant le caractère de Frank Castle. Lorsqu'il passe à l'action, Zeck le représente toujours un mouvement fluide, ou prêt à bondir, dans des poses évoquant celles que John Buscema pouvait donner à Conan, dans des mises en scène très dynamiques. le lecteur constate la différence avec l'épisode dessiné par Mike Vosburg appelé pour palier la défection de Zeck et réaliser un épisode en une durée contrainte. le personnage perd l'intensité de son regard et la grâce de ses mouvements. Dans l'épisode 4, le lecteur peut aussi constater que Mike Zeck n'a pas eu le temps de peaufiner ses crayonnés pour les expressions de visage, et que John Beatty ne sait pas pallier ce manque de précision.
Tout au long des épisodes 1 à 4, le lecteur est soufflé par la force de certaines cases, ou de certaines séquences. Il est estomaqué par la manière dont Castle calme son codétenu en 3 cases. Il souffre pour lui quand 7 détenus lui tombent dessus, par ordre de Jigsaw. Il l'admire en train de faire de la musculation dans la cour de la prison. Il a du mal à croire à la force du coup qu'il porte à Don Cervello avec la crosse d'un pistolet. Il sourit devant la manière dont il bondit dans le bureau de Wilson Fisk. Il retient sa respiration quand Punisher course un assassin dans une rame de métro. À nouveau, la comparaison avec l'épisode 5 fait ressortir la manière dont Zeck accentue le mouvement, dramatise les prises de vue pour rendre compte de l'intensité des affrontements, de l'implication totale de Punisher dans ses actions, ses mouvements. La narration visuelle de Mike Vosburg est claire et efficace, mais sans cette intensité, même si le degré de simplification des décors est similaire à celui de Zeck. Dans ces épisodes, Ken Bruzenak, le lettreur, n'a pas l'occasion de mettre en œuvre sa science du bruitage, mais il arrive à caser le nom de Chaykin (dont il est le lettreur attitré) sur un camion dans l'épisode 4.
Cette première (mini)série consacrée au Punisher tranche de la production mensuelle de comics de superhéros de l'époque, par son intensité, son absence de superpouvoir, l'obsession maniaque du personnage, la sensation de mouvements rapides dans la narration visuelle. Elle constitue une lecture agréable, malgré les conditions de production du dernier épisode. Steve Grant, Mike Zeck, John Beatty et Ken Bruzenak ont eu l'occasion de raconter une autre histoire du Punisher : zéro absolu (1989).
Testament de valeur
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Ce tome contient une histoire complète mettant en scène la créature de Frankenstein, après les événements survenus dans le roman originel. Il comprend les 4 épisodes, initialement parus en 2012 (numéros 1 & 2), 2014 (numéro 3) et 2018 (numéro 4), coécrits par Steve Niles & Bernie Wrightson, dessins, encrés par Bernie Wrightson (pour les épisodes 1 à 3) qui a également appliqué les nuances de gris. Pour l'épisode 4, Wrightson a réalisé le découpage des planches 1 à 19, et réalisé les dessins et l'encrage des planches 1, 2, 8, 10 et 11. Kelley Jones a dessiné et encré les planches 3 à 7, 9, 12 à 19 pour compléter l'épisode après le décès de Bernie Wrightson (27/10/1948-18/03/2017). Cet ouvrage s'ouvre avec une introduction d'une page rédigée par Steve Niles expliquant que ce projet fait suite à leurs trois précédentes collaborations (Dead she said, The ghoul, Doc Macabre) regroupées dans The Monstrous Collection of Steve Niles and Bernie Wrightson en VO. Il indique que le sujet et l'intrigue sont l'œuvre de Bernie Wrightson et que ce dernier avait lui-même choisi Kelley Jones pour terminer le dernier épisode, quand il avait compris qu'il ne pourrait pas le faire lui-même. Il se termine avec 20 pages reprenant des pages préparatoires de Wrightson.
Quelque part dans une zone rurale des États-Unis, à la fin du dix-neuvième siècle, ou peut-être au début du vingtième, le cirque Stenger's Funland s'est installé avec ses tentes, ses maisons, ses roulottes. Les curieux se pressent pour aller voir le monstre de Frankenstein dans l'une des tentes. La créature sait ce qui l'attend : dans un premier temps les curieux seront déçus car il ne ressemble pas à ce que la légende colporte sur son apparence. Il n'a pas de vis qui sorte du cou ou de la tête et cette dernière n'est pas plate. Déçu par son apparence, un gamin lui balance une tomate en pleine tête. La Créature sait qu'il est temps pour lui de réagir : il s'élance en avant, les bras grands écartés en poussant un cri. Tous les spectateurs sortent de la tente en hurlant, considérant qu'ils en ont eu pour leur argent, mais aussi réellement effrayés. Après la représentation, Frank (c'est ainsi que l'appellent les autres) rejoint ses collègues dans la grand tente. Ils l'ont accepté sans question, sans appréhension quant à son apparence. Il se souvient du moment où il se tenait dans le grand nord, sous la neige, devant un océan glacial, songeant à en finir avec la vie. À ce moment-là il avait entendu la voix du Baron Victor Frankenstein, l'interpellant en jugeant que c'était une issue trop facile pour sa créature. Il avait fini par se coucher dans la neige, et se laisser recouvrir d'une gangue de glace, en repensant à la manière dont il avait pris conscience de sa nature monstrueuse.
Des jours, des mois plus tard, sa tombe de glace avait fini par fondre et il avait repris conscience. Les morts qu'il avait causées lui pesaient toujours sur la conscience. Il avait repris sa marche, avec toujours l'idée d'en finir et le spectre de son créateur lui était apparu à nouveau. Cette fois-ci, la Créature s'approche d'un volcan en activité, tout en discutant avec son créateur de leurs échecs réciproques, l'un d'avoir donné la mort, l'autre de ne pas avoir réussi à créer un être parfait. Son corps finit recouvert par une coulée de boue qui forme une gangue protectrice autour de lui. Plusieurs mois plus tard, il est retrouvé par les membres d'une expédition et ramené dans la demeure du docteur Simon Ingles. Là, le docteur lui fait visiter toute une aile de son imposante demeure, et il y découvre une bibliothèque dont il va se plonger dans les ouvrages, profitant de cette hospitalité dépourvue de crainte.
En 1983, l'éditeur Marvel publie une édition de Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818) par Mary W. Shelley, comprenant une cinquantaine d'illustrations réalisées par Bernie Wrightson, sous le titre Bernie Wrightson's Frankenstein. L'artiste indique qu'il a passé 7 ans à réaliser ces somptueuses illustrations s'inspirant de l'œuvre d'artistes comme Franklin Booth, J.C. Coll et Edwin Austin Abbey. Lorsque l'éditeur IDW annonce le présent projet, il précise qu'il s'agit d'une suite directe du roman de Shelley tel qu'illustré par Wrightson. Dans son introduction, Steve Niles précise qu'il s'agit du projet de Wrightson qu'il n'a fait qu'aider à réaliser. Les auteurs effectuent bien la liaison avec le roman, la Créature éprouvant un dégoût de lui-même et cherchant à en finir. Ils utilisent des motifs propres à faire ressortir sa dimension gothique comme la manifestation du spectre de Victor Frankenstein, les individus au corps difforme du cirque montrés comme des monstres, les éléments déchaînés comme la mer ou la neige, l'imposante demeure du docteur aux pièces innombrables présentant des dimensions plus expressionnistes que réalistes. Il donne au lecteur, l'accès aux pensées de la Créature, distillant un état d'esprit désabusé sur sa capacité à avoir un comportement moral, désabusé quant à sa condition et à la réaction des êtres humains vis-à-vis de lui. Pour autant, il ne transforme pas son monologue intérieur en une succession de jérémiades, ou en un soliloque dépressif.
S'il a déjà lu des comics de Steve Niles, le lecteur sait qu'il va trouver une histoire linéaire simple, à l'intrigue légère. Au vu de ce qu'il découvre, il se dit que Bernie Wrightson a dû y contribuer car elle s'avère moins basique que du pur Steve Niles. Par contre, ils n'ont pas souhaité reprendre la structure de récits enchâssés du roman. Avec un peu de recul, le lecteur se dit que le premier épisode sert de transition entre le roman et l'histoire proprement dite de cette minisérie. Il s'agit d'établir l'état d'esprit du monstre et son évolution, ainsi que de montrer comment il passe de la falaise battue par la neige, à la demeure du docteur Simon Ingles. Il n'en reste pas moins que le lecteur est d'abord venu pour les dessins. S'il a suivi la carrière de Bernie Wrightson, il sait qu'il y a peu de chance qu'il retrouve les exquises illustrations de 1983 pour le roman. Il découvre la couverture sympathique et passe à la première page. La vue du ciel de l'installation du cirque montre des constructions assez simplifiées. Les 2 cases avec les gamins se précipitant vers la tente sont sympathiques, sans avoir le degré de détail obsessionnel des illustrations pour le roman. Les poses du présentateur sont assez convenues dans les 2 cases d'après. L'illustration suivante occupe une double page pour la révélation de la Créature devant le public. L'artiste s'est appliqué mais il n'a pas retrouvé la finesse des traits, ni même la richesse des compositions. le lecteur revoit ses attentes à la baisse et se laisse porter par une narration visuelle efficace à raison de 3 ou 4 cases par pages, avec une Créature pas vraiment monstrueuse. Il établit tout de même la comparaison de ces dessins avec ceux de l'épisode 4 réalisés par Kelley Jones et il constate que Wrightson s'est plus investi dans les détails.
Dès la quatrième page de bande dessinée, le lecteur retrouve la sensation des pages de bande dessinée de Bernie Wrightson datant des années 1970/1980. le choc de l'horreur visuelle est moins efficace, mais le goût de l'artiste pour les monstres reste évident. Puis la page 7 le transporte au bon vieux temps, avec la Créature de dos contemplant la mer agitée. Sans retrouver la myriade de petits traits fins, ou l'élégance des aplats de noir, le lecteur voit une composition saisissante : le positionnement des grandes masses et le rendu des textures, ainsi que l'attention portée à chaque centimètre carré de la page. Cette qualité se retrouve sur les 5 pages de la séquence. Bernie Wrightson change un peu sa manière de dessiner, ou plutôt de peaufiner ses cases dans les pages suivantes avec l'évocation du passé de la Créature. Là le lecteur retrouve la méticulosité du grand Wrightson donnant une consistance extraordinaire à chaque élément au point que le lecteur ressent l'impression d'être en train de les toucher. Il ne s'agit pas d'une séquence miraculée, car les compositions en double page dans l'intérieur de la demeure du docteur sont tout aussi somptueuses. le rendu est un peu différent des illustrations du roman, car Wrightson fait usage de nuances de gris, mais aucunement pour cacher la misère. Les deux tiers des épisodes 2 & 3 ramènent ainsi le lecteur au bon vieux temps, mais plus simplement le projette avec une force de conviction remarquable dans ces endroits portant la marque des obsessions de son propriétaire. Les autres séquences de ces 3 épisodes bénéficient d'une narration directe, avec des dessins qui restent dans le registre de ces compositions en double page, même s'ils ne présentent pas le même degré de méticulosité.
Avec le quatrième épisode, le lecteur regrette bien sûr que sa santé n'ait pas permis à l'artiste de terminer son œuvre. Il se rappelle que l'influence de Bernie Wrightson était manifeste dans les premiers comics cde Kelley Jones au point d'y voir son fils spirituel sur le plan artistique. Jones s'appuie plus sur les nuances de gris pour finir les dessins. Il respecte l'esprit des croquis de Wrightson, sans y apporter le fini de l'artiste. du coup, le lecteur prête plus d'attention à la structure des pages, à la manière dont Wrightson agence les cases et les prises de vue pour raconter son histoire. Il peut ainsi constater comment le positionnement et les postures des personnages participent à guider l'œil d'une case à l'autre, pour une lecture très fluide. Ainsi absorbé par la narration visuelle, il en vient presqu'à oublier l'intrigue. Wrightson sait doser les éléments réalistes et les éléments bénéficiant de la licence artistique pour renforcer les ambiances, souligner l'état d'esprit d'un personnage, jouer sur les émotions du lecteur. Sans être très originale, l'intrigue réserve quelques surprises et joue sur la dualité humain/monstre, et la relativité de ces deux conditions.
Pas forcément complètement confiant de la qualité de l'ouvrage, le lecteur ne peut résister à la tentation de retrouver ou de découvrir la Créature de Frankenstein mise en scène par Bernie Wrightson, maître de l'horreur gothique. Si l'entrée en matière peut lui sembler convenue et en deçà de ses espérances esthétiques, il découvre de fort belles pages de Bernie Wrightson, certainement pas venu pour cachetonner, mais totalement impliqué pour donner vie à sa vision de la Créature, pour opposer une forme de pragmatisme à l'avidité, et pour réaliser des planches habitées par une vision créatrice à la personnalité intacte.
Lorsque j’avais croisé cet album en librairie, je ne sais pourquoi, je pensais qu’il était consacré aux conséquences des inondations et glissements de terrain qui avaient frappé la vallée de la Roya il y a quelques années.
En fait pas du tout ! Et le sujet de cet album – les migrants traversant la frontière italo-française, et les réactions que cela entraîne, se révèle un beau sujet, qui plus est traité de belle façon.
Troubs et Baudoin ont presque traité le sujet comme un carnet de voyage. Mais un voyage presque immobile, comme si le voyageur restait posté sur un piton et regardait passer devant lui paysages et personnages (migrants, membres d’associations les aidant) en leur demandant à chaque « passage » de se présenter, ou de se laisser portraiturer.
Certes il y a de l’indignation – comment pourrait-il en être autrement devant tant de misère (et tant de mauvaise foi de la part de ceux qui ne comprennent pas les enjeux humains et éthiques mis en lumière par ces migrants et ce qu’ils ont vécu ou vivent) ? Mais c’est aussi sur un autre registre que ce développe le récit. A savoir une foi non pas en l’humanité, mais en des femmes et des hommes simples, qui s’engagent pour ne pas sombrer.
En cela la préface de J.M.G. Le Clezio est un bon rappel, qui résonne d’autant plus fort que j’écris cet avis au moment où l’extrême droite faisant des immigrés – africains et musulmans de préférence ! – ses boucs émissaires pour arriver au pouvoir. Là aussi, les phrases comme « La France ne peut accueillir toute la misère du monde » ne peuvent se comprendre – à défaut de se justifier – que si l’on n’accentue pas cette misère dans leur pays d’origine avec la mondialisation ultralibérale.
Mais je m’égare. Car cet album se situe à hauteur d’hommes et de femmes que le dessin charbonneux de Baudoin met en valeur (je le préfère à celui de Troubs, même si les deux sont très intéressants et raccords ici avec le sujet).
Une lecture qui, paradoxalement, peut donner le moral, et permettre de combattre la morosité ambiante.
Ouh, c'est très bon ça ! J'avais lu les avis de Cacal qui me donnaient vraiment envie et j'ai trouvé les trois volumes du duo à la médiathèque, que je me suis empressé de ramener chez moi. Et franchement, c'est une lecture que je recommande franchement !
Alors que je m'attendais à une lecture d'un tueur en série type Le Tueur, je me retrouve rapidement dans une histoire bien différente, au trait sombre qui colle au récit comme une angoisse et un propos philosophique sur le sens de l'art. Déroutant, pour le moins.
Le personnage central tue des gens, de façon artistique selon lui, et propose pour cela une vision de l'art et de la souffrance humaine. Mais surtout, il est spécialiste de l'art et de la question de la douleur, la souffrance et la cruauté. Cynique, le type ? Un peu, mais surtout convaincu de sa vision du monde. Et c'est ce qui va se passer dans le récit : toute sa vie va basculer. Le tout entrecoupé par quelques scènes de ses meurtres et de la création artistique qui s'en dégage. C'est assez bien trouvé pour la plupart, avec une frontière floue entre l'acte artistique et le délire macabre.
Mais si la BD m'a étonnée, c'est par son développement du personnage principal qui est finalement un type plutôt sympathique à suivre. Je vois ses meurtres comme le reste de son travail : méticuleux, obsessionnel et surtout froid. Sauf que la fin lui donne presque explicitement tort en montrant qu'une vision radicalement opposée à la sienne fini par triompher sur tout les aspects de sa vie. Malin, de la part de l'auteur ! Cependant, cette victoire du positif ne change finalement rien au personnage, qui reste dans ce qu'il a toujours été.
Il y a pas mal de lectures possibles dans la BD. Outre la question de l'art, il y a celle de l'acte artistique (avec l'opposition entre lui et les performeurs, quand bien même leur actes semblent se rejoindre), mais aussi la question de l'équilibre dans la vie, l'université et les rapports de force à l'intérieur de celle-ci, la question indépendantiste catalane qui vient se greffer ... Les auteurs ne cloisonnent pas les sujets et les font s'entre-connecter, comme cela arrive tout le temps dans la vraie vie, montrant que nous nous construisons dans un ensemble complexe de relations et de connaissances.
Je pense que la BD mérite largement une relecture, ne serait-ce que pour tout les débats entre personnages, mais il y a aussi un aspect noir et dérangeant que le dessin souligne à merveille. Les petites taches rouges qui parsèment les pages soulignent le caractère violent du contenu mais sans jamais verser dans un aspect graphique trop soigné. C'est du polar, hard boiled même, qui laisse songeur une fois fini.
Surprenant, noir et réfléchi, cette BD a indéniablement un caractère unique.
Décidément, je tombe sur quelques belles surprises en fouillant les bacs de la bibliothèque ! Cette BD m'était inconnue et je ne l'avais pas vu passer sur le site où elle est pourtant bien notée, c'est donc une chance que je la découvre de cette façon. Et je pense que la BD doit être prise sans trop d'apriori, puisque si je me suis retrouvé très satisfait de ma lecture, ça reste une BD simple qui fait très bien ce qu'elle doit faire.
C'est une histoire de la Belgique dans la Première Guerre Mondiale et des combats menés en Afrique, dans le Congo Belge. On va suivre un aviateur qui se retrouve avec Madame Livingstone, un noir étrange mais cultivé avec lequel il va progressivement se lier d'amitié. Si le récit n'a rien de follement original, entre la guerre qui déchire des peuples ne se connaissant pas et l'amitié entre deux personnes que la société n'aime pas voir se lier, c'est des trames classiques qui nous sont proposées.
Mais comme j'ai dit plus haut, c'est du classique très bien fait. Livingstone est un personnage intriguant et amusant, son comparse Gaston est touchant dans sa découverte de l'avis d'un colonisé, et l'alchimie entre eux deux marche à merveille. Il y a aussi toute la partie sur les interrogations que Gaston va progressivement avoir sur son pays, sur ses actes et surtout sur la question du racisme et du colonialisme. Ce n'est jamais incroyablement fin ou étonnant, mais ça sonne franchement juste.
Le dessin est en adéquation parfaite avec le propos, transportant facilement dans l'Afrique du début des années 1900 et surtout fait la part belle à des parures et coiffures africaines lors de quelques scènes qui rehaussent la beauté de celles-ci face à des coloniaux qui semblent parfois bien terne.
Une BD qui ne m'a pas surpris par son sujet mais l'exploite très bien, ajoutant quelques détails parfois intéressant, l'ensemble étant fluide à la lecture et laissant une bonne impression globale. C'est du très bon !
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Le Shaolin Cowboy
Pour ceux qui connaissent ce dessinateur, il est incontournable dans le monde de la BD. Il est notamment passé en France pour bosser un temps avec Moebius qu'il avait rencontré sur le tournage de Tron. Il a également travaillé sur le storyboard de Matrix. Il a le style graphique le plus fouillé que je n'ai jamais vu. Chaque case fourmille de détail : c'est complètement hors norme. Vous pouvez passer 10 minutes par dessin pour essayer tout voir. Par contre, le scenario est souvent maladroit et n'est que prétexte pour admirer le style de Geof. J'aimerais qu'un scénariste de renom collabore avec lui pour claquer un masterpiece total !
Mon ami Pierrot
Très bonne surprise que ce tome, je ne peux que vous encourager à tomber dessus. J’étais sur un petit nuage tout le long de ma lecture, il y a un côté magique et poétique fort agréable qui s’en dégage. L’univers et le trait s’inspirent grandement des œuvres de Miyazaki mais s’en démarquent suffisamment pour ne pas crier au pastiche. Un conte pour adulte qui pousse à la réflexion, j’ai passé un super moment de lecture. Je ne connaissais pas l’auteur mais Jim Bishop, qui assure tout en solo, m’a impressionné. Un chouette bouquin pour un auteur à suivre.
L'Ange du prolétariat - Une vie de Youri Gagarine
Quels exploits restent-ils à accomplir désormais ? - Ce tome contient une histoire complète, la biographie de Youri Gagarine (1934-1968), mise en regard de la course à la conquête spatiale, entre les États-Unis et l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Cette œuvre a été réalisée par Alex Nikolavitch pour le scénario, Félix Ruiz pour les dessins et la mise en couleurs. Sa première édition date de 2022, et elle comprend cent pages de bande dessinée. Les deux auteurs avaient déjà réalisé ensemble Deux frères à Hollywood (2019), sur Roy Disney et son frère Walt. Dans la région de Smolensk, en Union Soviétique, en 1943, un jeune garçon court vers la carcasse d'un avion qui vient de se poser en catastrophe. Sa mère appelle son petit Youri, craignant qu'il lui arrive quelque chose. Mars 1945, en Prusse orientale, le camarade Glouchko est reçu par ses supérieurs, sous une tente militaire : ils souhaitent qu'il lui indique un ingénieur capable de se livrer à un exercice de rétro-ingénierie sur un missile allemand. Avec hésitation, il suggère le camarade Korolev qui a été envoyé au goulag de Kolyma pour trotskisme. le général répond que Glouchko lui-même a fait de la prison, et qu'il devra s'assurer de la bonne réinsertion du camarade Sergueï Korolev, sous la supervision du colonel Serov ici présent. Dont acte. À la frontière suisse-allemande, en mai 1945, les soldats américains prennent en charge Wernher von Braun, un des ingénieurs ayant travaillé sur les missiles V2. Quelques années après la fin de la guerre, à l'institut technico-industriel de Saratov, Youri Gagarine a pu s'inscrire à l'aéroclub. Il s'y rend et vole avec un instructeur : en plein ciel, il n'éprouve plus aucun doute sur sa vocation de devenir pilote. Les Russes ont commencé à travailler sur un programme de conception et de réalisation de missiles. le test en cours se déroule de manière satisfaisante : la fusée a raté sa cible de trois kilomètres, or la précision n'est pas un facteur déterminant quand on parle de bombe atomique, on n'est pas à trois kilomètres près. Mars 1953, le comité central du Parti Communiste, le Conseil des ministres de l'Union Soviétique et le président du Soviet suprême s'adressent à tous les membres du Parti, et à tous les travailleurs de l'Union. Ils ont la douleur d'annoncer au Parti et aux travailleurs que le Premier Secrétaire Joseph Staline est décédé à 21h50 des suites d'une longue maladie. Dans son petit appartement, Korolev explique la situation à son épouse. Si c'est Beria qui prend le pouvoir, difficile de prévoir ce qui va se passer. D'une manière générale, l'armée apprécie que ses fusées puissent envoyer des bombes à des milliers de kilomètres, mais elles peuvent faire tellement mieux que ça. En mai 1953, repoussant les limites de l'impossible, l'alpiniste Edmund Hillary et le sherpa Tensing Norgay réussissent la conquête de l'Everest, plus haute montagne du monde. Quels exploits restent-ils à accomplir désormais ? Un beau défi : raconter la vie de Youri Gagarine (c'est ce qu'annonce le titre) avec un point de vue (un homme issu du peuple), mais bien sûr en restituant le contexte historique de la course à la conquête spatiale en pleine guerre froide. Même avec cent pages, il semble impossible de tout caser, à moins de consteller chaque page de copieux cartouches de texte. le scénariste choisit une autre approche pour évoquer à la fois la biographie et à la fois l'Histoire. le lecteur habitué des bandes dessinées historiques peut même s'en trouver un instant décontenancé, s'interroger sur le sérieux de l'entreprise. Voilà que la première page ne comprend que deux phylactères, laissant les dessins porter la narration. L'artiste réalise des dessins dans un registre descriptif et réaliste avec un bel usage des aplats de noir, une densité d'informations visuelles moyenne, avec un sens très vivant de la mise en scène. En sept cases, le lecteur comprend parfaitement comme le jeune esprit de ce garçon est définitivement marqué par l'apparition soudaine de cet avion, et par le pilote qui sort indemne de son cockpit. Par la suite, le lecteur découvre plusieurs pages de ce type : des moments qui s'attardent sur le ressenti d'un individu, de Youri Gagarine et d'autres. Page 12 : deux soldats et deux scientifiques qui attendent en silence sous une toile de tente dans le froid, pour savoir si le tir de missile est une réussite ou un échec. Page 29 : le lancement d'une fusée depuis le cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan, en mai 1957, avec une belle contreplongée pour se rendre compte de l'effet au sol. Page 43 : Youri Gagarine dans la centrifugeuse en train d'encaisser les G. Page 65 : Youri Gagarine s'éjectant de sa capsule pour finir son retour vers le sol, en parachute. Page 72 : le décollage et le retour de la capsule Apollo 11, dans une séquence visuelle qui fonctionne parfaitement car elle s'appuie sur des images passées dans l'inconscient collectif. Page 99 quand Gagarine prend conscience qu'il s'agit de son dernier vol et qu'il lui sera fatal. Etc. Dans ces pages-là, les qualités de la narration visuelle sautent aux yeux du lecteur : l'intelligence de la composition des pages, la justesse des expressions du visage et du langage corporel, le soin apporté à la reconstitution historique, avec un savant équilibre entre ce qui est montré pour dissiper toute incompréhension, et ce qui est laissé à l'imagination du lecteur pour ne pas surcharger les cases. La narration par les mots procède de la même démarche : un savant dosage entre l'exposé synthétique et clinique des faits, et l'expérience à taille humaine de cette entreprise historique. En découvrant la première page, le lecteur craint que la mise en perspective historique de la vie du cosmonaute ne soit réduite à sa plus simple expression. le scénariste intègre habilement l'exposition des nombreux événements historiques en procédant à des choix parce que l'histoire de la conquête de l'espace ne tient pas dans une bande dessinée même à l'échelle de la vie de Youri Gagarine, et qu'en plus il s'agit d'une biographie de ce dernier. D'un autre côté, il est question de Sergueï Korolev (1906-1966), ingénieur, fondateur du programme spatial soviétique, dès la planche 3. Puis de Wernher von Braun (1912-1977), acteur majeur dans le développement des fusées, en particulier celles qui ont permis la conquête spatiale américaine. Au cours d'une discussion, von Braun évoque Hermann Oberth (1894-1989), physicien austro-hongrois, spécialiste de l'astronautique, et un des pères fondateurs du vol spatial. le scénariste ne fait pas que rester à la surface des faits les plus connus. Il passe en revue plusieurs moments clé de la conquête spatiale comme le premier Spoutnik, la chienne Laïka (1954-1957), le singe Ham (1956-1983), premier chimpanzé dans l'espace, Valentina Terechkova (1937-) la première femme dans l'espace en 1963. Il prend soin également de ménager de la place pour pouvoir poser les jalons historiques indispensables tels que la mort de Joseph Staline (1878-1953) et l'arrivée au pouvoir de Nikita Khrouchtchev (1894-1971), et ses décisions concernant le programme spatial soviétique. Ou encore le célèbre discours de John Fitzgerald Kennedy (1917-1963) le 25 mai 1961 à Houston avec sa déclaration passée à la postérité : Nous avons choisi d'aller sur la Lune. Nous avons choisi d'aller sur la Lune au cours de cette décennie et d'accomplir d'autres choses encore, non pas parce que c'est facile, mais justement parce que c'est difficile. Dans le même temps, le lecteur voit bien que l'artiste reprend des images iconiques, par exemple le cosmodrome de Baïkonour, mais aussi sait recréer des moments qui n'ont pas été photographiés tels que l'atterrissage en parachute de Youri Gagarine, après son vol dans l'espace, ou les discussions entre Sergueï Korolev et un collaborateur. du coup, même si l'Histoire occupe une place importante dans le récit, elle n'écrase pas la dimension biographique. le lecteur peut suivre la vie de ce jeune homme depuis la petite ville de Klouchino, jusqu'à ses derniers instants. Il voit comment il est sélectionné dans le programme spatial soviétique, et son vol historique auxquels sont consacrées une vingtaine de pages. le scénariste a fait le choix de ne pas trop s'appesantir sur la psychologie ou les émotions du premier cosmonaute. Il évoque sa vie de famille, l'impact de son statut de premier homme dans l'espace, ce qui lui donne une importance primordiale pour le gouvernement de l'URSS, mais aussi ce qui implique qu'il est hors de question de le mettre en danger. du coup, étant laissé de côté dans la suite de la conquête spatiale, la bande dessinée se concentre plus sur celle-ci que sur lui pendant ces années. Évoquer la vie de Youri Gagarine nécessite de contextualiser sa destinée au regard de l'Histoire de la conquête spatiale. Nikolavitch & Ruiz parviennent à un dosage qui constitue un bon compromis entre ces deux composantes. Une narration visuelle solide sans être alourdie par des dessins qui seraient photoréalistes, ce qui préserve également l'émotion. Des séquences qui ménagent les deux dimensions du récit : à la fois la vie de Gagarine, à la fois les principaux tenants et aboutissants de la course à l'espace. Il ne s'agit donc pas d'une reconstitution encyclopédique, plutôt d'une approche synthétique de la vie de Gagarine et des principales étapes menant jusqu'au premier homme à marcher sur la Lune. Cet ouvrage donne au lecteur l'envie d'en savoir plus.
Le Chef de Nobunaga
Pour moi l'un des meilleurs mangas que j'ai eu à lire. Dedans il y a de tout, mais en plus c'est cohérent et passionnant. On s'attache facilement aux personnages et on a toujours envie de lire le tome suivant. L'un des gros points forts c'est également le dessin, il a beau être très détaillé, il reste également très lisible.
Ces jours qui disparaissent
Quelle belle lecture ! Je suis resté scotché à la série de Timothé le Boucher grâce à un scénario que j'ai trouvé d'une rare intelligence. Pourtant l'accroche n'est pas vraiment extraordinaire. En effet le graphisme ne m'a pas saisi d'émotion et le thème de la double personnalité est assez visité depuis des lustres comme le montre le personnage de Smeagol/Gollum chez Tolkien. Mais voila, la mécanique progressive que met en place l'auteur a eu le don de m'emprisonner dans ses filets. Le Boucher construit son récit avec beaucoup de finesse en installant une progression qui accentue le sentiment dramatique de la perte de contrôle de Lubin sur son existence. Le paradoxe est que plus Lubin2 gagne en jours, moins il est présent à l'image mais plus son ombre gagne en puissance. La force du récit est de nous faire réfléchir pour aller au-delà des apparences. En effet plus le récit avance et plus notre empathie et notre sentiment d'injustice vis à vis de Lubin1 grandit jusqu'à une remise en cause totale de nos certitudes dans la scène clé du psychiatre. Le final ne donne pas la clé mais saisit d'émotion sur plusieurs interprétations possibles. Le Boucher parsème son récit d'éléments sociétaux contemporains comme les couples homosexuels ou les couples mixtes ainsi qu'une allusion aux genres à travers une femme à barbe assez curieuse. Ces digressions sont assez marginales dans l'idée directrice ou la construction du récit. Personnellement je privilégie les scénarii originaux et bien construits de bout en bout à un visuel abouti mais vide de sens. Je me suis régalé avec les propositions de l'auteur. C'est graphiquement maîtrisé mais sans grande originalité cette fois. Une lecture intelligente qui m'a vraiment séduit. Un 4 que j'aurais poussé avec un graphisme plus sexy.
The Punisher - Cercle de sang
Enfermés avec lui - Ce tome contient une histoire complète du personnage, qui ne nécessite pas de connaissance préalable du personnage. Il comprend les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 1986. Les épisodes 1 à 4 ont été écrits par Steven Grant, dessinés par Mike Zeck, encrés par John Beatty, avec une mise en couleurs réalisée par Bob Sharen. L'intrigue de l'épisode 5 a été conçue par Steven Grant, et écrite par Jo Duffy. Il a été dessiné par Mike Vosburg et encré par John Beatty, avec une mise en couleurs réalisée par Bob Sharen. Les couvertures ont été réalisées par Mike Zeck, avec une mise en couleurs réalisée par Phil Zimelman. À l'extérieur de la prison de Ryker's Island, l'ouragan Linda se déchaîne. À l'intérieur de la prison, les détenus sont sur le qui-vive, car les gardes escortent Frank Castle vers sa cellule, pour son quarante-troisième jour de détention. Dans le bureau du directeur de la prison, Tommy explique à Jerome Gerty (le directeur) qui est le Punisher, un vétéran du Vietnam dont la famille a trouvé la mort dans un règlement de comptes entre criminels. Il ajoute que son comportement hors de contrôle qui l'a amené en prison a été causé par des drogues à son insu. Gerty en conclut qu'il est parfait comme recrue. Castle partage sa cellule avec un individu surnommé Mule qui essaye de l'intimider. Il comprend vite son erreur. Au repas de midi, Castle repère celui qui a mis de la drogue dans ses repas lors de son précédent séjour : Frisky Martin (Martini), le serveur. Après le repas, il suit Martin qui va rendre compte à Jigsaw (Billy Russo). Il s'en suit un affrontement physique brutal interrompu par Carlo Don Cervello et son garde du corps Gregario. Don Cervello fait comprendre à Castle qu'il ne veut pas de grabuge, pour éviter d'attirer l'attention des gardes sur ses projets d'évasion. Castle accepte de se tenir tranquille s'il peut bénéficier de l'évasion. Lors de l'évasion, Don Cervelo fait éliminer Castle par Gregario, d'une balle dans le ventre tirée par un pistolet à silencieux artisanal. Don Cervello a organisé une évasion de grande ampleur, profitant de la confusion pour s'échapper avec une poignée d'hommes. Punisher choisit rapidement son camp et finit par sauver le directeur Gerty et son adjoint Tommy. Ceux-ci lui font une offre inattendue : travailler pour une mystérieuse organisation appelée Trust et bénéficier d'une évasion en toute discrétion. Casle accepte parce qu'il a encore beaucoup de travail à l'extérieur. Le personnage du Punisher a été créé en 1974, par Gerry Conway, John Romita senior et Ross Andru. Il apparaît pour la première fois dans Amazing Spider-Man 129, en tant qu'ennemi. le personnage rencontrant du succès, il réapparaît plusieurs fois dans des séries Spider-Man, et Frank Miller l'intègre dans la série Daredevil, opposant ses méthodes expéditives à celles de Matt Murdock. Il avait eu droit à une histoire en solo, en noir & blanc dans Marvel Preview 2 en 1975, par Gerry Conway & Tony DeZuniga. Cette minisérie est donc la première portant le titre de Punisher. Elle bénéficie des magnifiques couvertures de Zeck, peintes à l'aérographe par Zimmelman ce qui leur donne une allure encore plus impressionnante, Castle étant dépeint comme un chien fou, tout entier emporté par son obsession. S'il y fait attention, le lecteur observe que les épisodes 1, 3 et 4 portent la mention d'une minisérie en quatre épisodes, alors que les 2 et 5 portent la mention de 5 épisodes. Il s'agirait d'une erreur de production qui a engendré bien des supputations, car Zeck ne dessine pas l'épisode 5, et Grant n'a pas réalisé les dialogues, mais le cas particulier de l'épisode 5 provient en fait d'un désaccord avec les responsables éditoriaux qui ne voulaient pas décaler la date de sortie du numéro 5 pour laisser le temps à Zeck de dessiner à sa satisfaction. Le lecteur plonge dans une intrigue mouvementée, sans superpouvoirs, sans superhéros, où Frank Castle n'est plus que le Punisher et, après son évasion, il commence par aller assassiner Wilson Fisk (Kingpin). Grant l'écrit comme un individu entièrement focalisé sur sa mission, sans empathie pour les criminels, sans demi-mesure. Il utilise des cellules de texte pour la voix intérieure de Punisher, dispositif narratif dont Frank Miller avait établi toute l'efficacité dans la série Daredevil. À l'époque, cette histoire se démarque de la production superhéros de Marvel, en mettant en scène un personnage qui a des relations sexuelles, un suicide, la mort d'un enfant par une balle perdue. La motivation habituelle des superhéros (l'altruisme) est remplacée par une obsession confinant à une forme de folie. En outre Punisher tue ses ennemis avec des balles réelles, par opposition aux balles en caoutchouc qu'il utilisait à ses débuts. Il choisit une tactique qui consiste à faire que les criminels s'entretuent en provoquant une guerre des gangs qu'il est bien incapable de contenir. Aussi, même s'il a gardé son costume avec gants blancs, bottes blanches, et un énorme crâne sur le torse (sans parler de sa ceinture à cartouche rendant impossible qu'il se penche en avant), Punisher appartient plus à l'univers des redresseurs de tort dits vigilant, qu'à l'univers des superhéros. Steven Grant a conçu une histoire de lutte contre le crime organisé. Il réalise un premier épisode à la force conviction toujours intacte. Castle est enfermé avec des criminels qui souhaitent tous sa perte. Il ne lui faut pas longtemps pour se faire respecter en répondant à la violence en se montrant encore plus violent et efficace. Il n'est pas là pour jouer et sa motivation est sans égale parmi les autres détenus. Il est vite gênant et le Don essaye de le manipuler à son avantage. Par la suite, le scénariste développe son intrigue suivant 2 fils narratifs : la guerre des gangs déclenchée par Punisher, la mystérieuse organisation Trust qui veut le bien de Punisher. Même s'il ne peut que regretter que Grant n'ait pas écrit le dernier épisode, le lecteur a au moins la satisfaction de savoir que la fin correspond à ce que Grant avait prévu. Outre cette guerre contre le crime à niveau humain, l'autre choc de cette histoire réside dans les dessins de Mike Zeck. Dès la première page, le lecteur découvre Frank Castle, massif et musculeux, une force de la nature. La deuxième page est un dessin en pleine page, où Punisher semble se jeter sur le lecteur depuis un toit, faisant feu avec un pistolet dans chaque main, un regard halluciné, et la bouche grande ouverte dans un cri muet transcrivant la force de l'émotion qui le possède. Tout au long des épisodes 1 à 4, Castle reste toujours sous tension, avec soit un visage fermé et un regard intense, soit des expressions exaltées attestant de la fureur qui se libère. de la même manière, ses postures alternent entre un individu au repos, ou des mouvements rapides, efficaces et brusques. Ce langage corporel est à l'unisson de ses expressions, transcrivant le caractère de Frank Castle. Lorsqu'il passe à l'action, Zeck le représente toujours un mouvement fluide, ou prêt à bondir, dans des poses évoquant celles que John Buscema pouvait donner à Conan, dans des mises en scène très dynamiques. le lecteur constate la différence avec l'épisode dessiné par Mike Vosburg appelé pour palier la défection de Zeck et réaliser un épisode en une durée contrainte. le personnage perd l'intensité de son regard et la grâce de ses mouvements. Dans l'épisode 4, le lecteur peut aussi constater que Mike Zeck n'a pas eu le temps de peaufiner ses crayonnés pour les expressions de visage, et que John Beatty ne sait pas pallier ce manque de précision. Tout au long des épisodes 1 à 4, le lecteur est soufflé par la force de certaines cases, ou de certaines séquences. Il est estomaqué par la manière dont Castle calme son codétenu en 3 cases. Il souffre pour lui quand 7 détenus lui tombent dessus, par ordre de Jigsaw. Il l'admire en train de faire de la musculation dans la cour de la prison. Il a du mal à croire à la force du coup qu'il porte à Don Cervello avec la crosse d'un pistolet. Il sourit devant la manière dont il bondit dans le bureau de Wilson Fisk. Il retient sa respiration quand Punisher course un assassin dans une rame de métro. À nouveau, la comparaison avec l'épisode 5 fait ressortir la manière dont Zeck accentue le mouvement, dramatise les prises de vue pour rendre compte de l'intensité des affrontements, de l'implication totale de Punisher dans ses actions, ses mouvements. La narration visuelle de Mike Vosburg est claire et efficace, mais sans cette intensité, même si le degré de simplification des décors est similaire à celui de Zeck. Dans ces épisodes, Ken Bruzenak, le lettreur, n'a pas l'occasion de mettre en œuvre sa science du bruitage, mais il arrive à caser le nom de Chaykin (dont il est le lettreur attitré) sur un camion dans l'épisode 4. Cette première (mini)série consacrée au Punisher tranche de la production mensuelle de comics de superhéros de l'époque, par son intensité, son absence de superpouvoir, l'obsession maniaque du personnage, la sensation de mouvements rapides dans la narration visuelle. Elle constitue une lecture agréable, malgré les conditions de production du dernier épisode. Steve Grant, Mike Zeck, John Beatty et Ken Bruzenak ont eu l'occasion de raconter une autre histoire du Punisher : zéro absolu (1989).
Frankenstein - Le monstre est vivant
Testament de valeur - Ce tome contient une histoire complète mettant en scène la créature de Frankenstein, après les événements survenus dans le roman originel. Il comprend les 4 épisodes, initialement parus en 2012 (numéros 1 & 2), 2014 (numéro 3) et 2018 (numéro 4), coécrits par Steve Niles & Bernie Wrightson, dessins, encrés par Bernie Wrightson (pour les épisodes 1 à 3) qui a également appliqué les nuances de gris. Pour l'épisode 4, Wrightson a réalisé le découpage des planches 1 à 19, et réalisé les dessins et l'encrage des planches 1, 2, 8, 10 et 11. Kelley Jones a dessiné et encré les planches 3 à 7, 9, 12 à 19 pour compléter l'épisode après le décès de Bernie Wrightson (27/10/1948-18/03/2017). Cet ouvrage s'ouvre avec une introduction d'une page rédigée par Steve Niles expliquant que ce projet fait suite à leurs trois précédentes collaborations (Dead she said, The ghoul, Doc Macabre) regroupées dans The Monstrous Collection of Steve Niles and Bernie Wrightson en VO. Il indique que le sujet et l'intrigue sont l'œuvre de Bernie Wrightson et que ce dernier avait lui-même choisi Kelley Jones pour terminer le dernier épisode, quand il avait compris qu'il ne pourrait pas le faire lui-même. Il se termine avec 20 pages reprenant des pages préparatoires de Wrightson. Quelque part dans une zone rurale des États-Unis, à la fin du dix-neuvième siècle, ou peut-être au début du vingtième, le cirque Stenger's Funland s'est installé avec ses tentes, ses maisons, ses roulottes. Les curieux se pressent pour aller voir le monstre de Frankenstein dans l'une des tentes. La créature sait ce qui l'attend : dans un premier temps les curieux seront déçus car il ne ressemble pas à ce que la légende colporte sur son apparence. Il n'a pas de vis qui sorte du cou ou de la tête et cette dernière n'est pas plate. Déçu par son apparence, un gamin lui balance une tomate en pleine tête. La Créature sait qu'il est temps pour lui de réagir : il s'élance en avant, les bras grands écartés en poussant un cri. Tous les spectateurs sortent de la tente en hurlant, considérant qu'ils en ont eu pour leur argent, mais aussi réellement effrayés. Après la représentation, Frank (c'est ainsi que l'appellent les autres) rejoint ses collègues dans la grand tente. Ils l'ont accepté sans question, sans appréhension quant à son apparence. Il se souvient du moment où il se tenait dans le grand nord, sous la neige, devant un océan glacial, songeant à en finir avec la vie. À ce moment-là il avait entendu la voix du Baron Victor Frankenstein, l'interpellant en jugeant que c'était une issue trop facile pour sa créature. Il avait fini par se coucher dans la neige, et se laisser recouvrir d'une gangue de glace, en repensant à la manière dont il avait pris conscience de sa nature monstrueuse. Des jours, des mois plus tard, sa tombe de glace avait fini par fondre et il avait repris conscience. Les morts qu'il avait causées lui pesaient toujours sur la conscience. Il avait repris sa marche, avec toujours l'idée d'en finir et le spectre de son créateur lui était apparu à nouveau. Cette fois-ci, la Créature s'approche d'un volcan en activité, tout en discutant avec son créateur de leurs échecs réciproques, l'un d'avoir donné la mort, l'autre de ne pas avoir réussi à créer un être parfait. Son corps finit recouvert par une coulée de boue qui forme une gangue protectrice autour de lui. Plusieurs mois plus tard, il est retrouvé par les membres d'une expédition et ramené dans la demeure du docteur Simon Ingles. Là, le docteur lui fait visiter toute une aile de son imposante demeure, et il y découvre une bibliothèque dont il va se plonger dans les ouvrages, profitant de cette hospitalité dépourvue de crainte. En 1983, l'éditeur Marvel publie une édition de Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818) par Mary W. Shelley, comprenant une cinquantaine d'illustrations réalisées par Bernie Wrightson, sous le titre Bernie Wrightson's Frankenstein. L'artiste indique qu'il a passé 7 ans à réaliser ces somptueuses illustrations s'inspirant de l'œuvre d'artistes comme Franklin Booth, J.C. Coll et Edwin Austin Abbey. Lorsque l'éditeur IDW annonce le présent projet, il précise qu'il s'agit d'une suite directe du roman de Shelley tel qu'illustré par Wrightson. Dans son introduction, Steve Niles précise qu'il s'agit du projet de Wrightson qu'il n'a fait qu'aider à réaliser. Les auteurs effectuent bien la liaison avec le roman, la Créature éprouvant un dégoût de lui-même et cherchant à en finir. Ils utilisent des motifs propres à faire ressortir sa dimension gothique comme la manifestation du spectre de Victor Frankenstein, les individus au corps difforme du cirque montrés comme des monstres, les éléments déchaînés comme la mer ou la neige, l'imposante demeure du docteur aux pièces innombrables présentant des dimensions plus expressionnistes que réalistes. Il donne au lecteur, l'accès aux pensées de la Créature, distillant un état d'esprit désabusé sur sa capacité à avoir un comportement moral, désabusé quant à sa condition et à la réaction des êtres humains vis-à-vis de lui. Pour autant, il ne transforme pas son monologue intérieur en une succession de jérémiades, ou en un soliloque dépressif. S'il a déjà lu des comics de Steve Niles, le lecteur sait qu'il va trouver une histoire linéaire simple, à l'intrigue légère. Au vu de ce qu'il découvre, il se dit que Bernie Wrightson a dû y contribuer car elle s'avère moins basique que du pur Steve Niles. Par contre, ils n'ont pas souhaité reprendre la structure de récits enchâssés du roman. Avec un peu de recul, le lecteur se dit que le premier épisode sert de transition entre le roman et l'histoire proprement dite de cette minisérie. Il s'agit d'établir l'état d'esprit du monstre et son évolution, ainsi que de montrer comment il passe de la falaise battue par la neige, à la demeure du docteur Simon Ingles. Il n'en reste pas moins que le lecteur est d'abord venu pour les dessins. S'il a suivi la carrière de Bernie Wrightson, il sait qu'il y a peu de chance qu'il retrouve les exquises illustrations de 1983 pour le roman. Il découvre la couverture sympathique et passe à la première page. La vue du ciel de l'installation du cirque montre des constructions assez simplifiées. Les 2 cases avec les gamins se précipitant vers la tente sont sympathiques, sans avoir le degré de détail obsessionnel des illustrations pour le roman. Les poses du présentateur sont assez convenues dans les 2 cases d'après. L'illustration suivante occupe une double page pour la révélation de la Créature devant le public. L'artiste s'est appliqué mais il n'a pas retrouvé la finesse des traits, ni même la richesse des compositions. le lecteur revoit ses attentes à la baisse et se laisse porter par une narration visuelle efficace à raison de 3 ou 4 cases par pages, avec une Créature pas vraiment monstrueuse. Il établit tout de même la comparaison de ces dessins avec ceux de l'épisode 4 réalisés par Kelley Jones et il constate que Wrightson s'est plus investi dans les détails. Dès la quatrième page de bande dessinée, le lecteur retrouve la sensation des pages de bande dessinée de Bernie Wrightson datant des années 1970/1980. le choc de l'horreur visuelle est moins efficace, mais le goût de l'artiste pour les monstres reste évident. Puis la page 7 le transporte au bon vieux temps, avec la Créature de dos contemplant la mer agitée. Sans retrouver la myriade de petits traits fins, ou l'élégance des aplats de noir, le lecteur voit une composition saisissante : le positionnement des grandes masses et le rendu des textures, ainsi que l'attention portée à chaque centimètre carré de la page. Cette qualité se retrouve sur les 5 pages de la séquence. Bernie Wrightson change un peu sa manière de dessiner, ou plutôt de peaufiner ses cases dans les pages suivantes avec l'évocation du passé de la Créature. Là le lecteur retrouve la méticulosité du grand Wrightson donnant une consistance extraordinaire à chaque élément au point que le lecteur ressent l'impression d'être en train de les toucher. Il ne s'agit pas d'une séquence miraculée, car les compositions en double page dans l'intérieur de la demeure du docteur sont tout aussi somptueuses. le rendu est un peu différent des illustrations du roman, car Wrightson fait usage de nuances de gris, mais aucunement pour cacher la misère. Les deux tiers des épisodes 2 & 3 ramènent ainsi le lecteur au bon vieux temps, mais plus simplement le projette avec une force de conviction remarquable dans ces endroits portant la marque des obsessions de son propriétaire. Les autres séquences de ces 3 épisodes bénéficient d'une narration directe, avec des dessins qui restent dans le registre de ces compositions en double page, même s'ils ne présentent pas le même degré de méticulosité. Avec le quatrième épisode, le lecteur regrette bien sûr que sa santé n'ait pas permis à l'artiste de terminer son œuvre. Il se rappelle que l'influence de Bernie Wrightson était manifeste dans les premiers comics cde Kelley Jones au point d'y voir son fils spirituel sur le plan artistique. Jones s'appuie plus sur les nuances de gris pour finir les dessins. Il respecte l'esprit des croquis de Wrightson, sans y apporter le fini de l'artiste. du coup, le lecteur prête plus d'attention à la structure des pages, à la manière dont Wrightson agence les cases et les prises de vue pour raconter son histoire. Il peut ainsi constater comment le positionnement et les postures des personnages participent à guider l'œil d'une case à l'autre, pour une lecture très fluide. Ainsi absorbé par la narration visuelle, il en vient presqu'à oublier l'intrigue. Wrightson sait doser les éléments réalistes et les éléments bénéficiant de la licence artistique pour renforcer les ambiances, souligner l'état d'esprit d'un personnage, jouer sur les émotions du lecteur. Sans être très originale, l'intrigue réserve quelques surprises et joue sur la dualité humain/monstre, et la relativité de ces deux conditions. Pas forcément complètement confiant de la qualité de l'ouvrage, le lecteur ne peut résister à la tentation de retrouver ou de découvrir la Créature de Frankenstein mise en scène par Bernie Wrightson, maître de l'horreur gothique. Si l'entrée en matière peut lui sembler convenue et en deçà de ses espérances esthétiques, il découvre de fort belles pages de Bernie Wrightson, certainement pas venu pour cachetonner, mais totalement impliqué pour donner vie à sa vision de la Créature, pour opposer une forme de pragmatisme à l'avidité, et pour réaliser des planches habitées par une vision créatrice à la personnalité intacte.
Humains - La Roya est un fleuve
Lorsque j’avais croisé cet album en librairie, je ne sais pourquoi, je pensais qu’il était consacré aux conséquences des inondations et glissements de terrain qui avaient frappé la vallée de la Roya il y a quelques années. En fait pas du tout ! Et le sujet de cet album – les migrants traversant la frontière italo-française, et les réactions que cela entraîne, se révèle un beau sujet, qui plus est traité de belle façon. Troubs et Baudoin ont presque traité le sujet comme un carnet de voyage. Mais un voyage presque immobile, comme si le voyageur restait posté sur un piton et regardait passer devant lui paysages et personnages (migrants, membres d’associations les aidant) en leur demandant à chaque « passage » de se présenter, ou de se laisser portraiturer. Certes il y a de l’indignation – comment pourrait-il en être autrement devant tant de misère (et tant de mauvaise foi de la part de ceux qui ne comprennent pas les enjeux humains et éthiques mis en lumière par ces migrants et ce qu’ils ont vécu ou vivent) ? Mais c’est aussi sur un autre registre que ce développe le récit. A savoir une foi non pas en l’humanité, mais en des femmes et des hommes simples, qui s’engagent pour ne pas sombrer. En cela la préface de J.M.G. Le Clezio est un bon rappel, qui résonne d’autant plus fort que j’écris cet avis au moment où l’extrême droite faisant des immigrés – africains et musulmans de préférence ! – ses boucs émissaires pour arriver au pouvoir. Là aussi, les phrases comme « La France ne peut accueillir toute la misère du monde » ne peuvent se comprendre – à défaut de se justifier – que si l’on n’accentue pas cette misère dans leur pays d’origine avec la mondialisation ultralibérale. Mais je m’égare. Car cet album se situe à hauteur d’hommes et de femmes que le dessin charbonneux de Baudoin met en valeur (je le préfère à celui de Troubs, même si les deux sont très intéressants et raccords ici avec le sujet). Une lecture qui, paradoxalement, peut donner le moral, et permettre de combattre la morosité ambiante.
Moi, assassin
Ouh, c'est très bon ça ! J'avais lu les avis de Cacal qui me donnaient vraiment envie et j'ai trouvé les trois volumes du duo à la médiathèque, que je me suis empressé de ramener chez moi. Et franchement, c'est une lecture que je recommande franchement ! Alors que je m'attendais à une lecture d'un tueur en série type Le Tueur, je me retrouve rapidement dans une histoire bien différente, au trait sombre qui colle au récit comme une angoisse et un propos philosophique sur le sens de l'art. Déroutant, pour le moins. Le personnage central tue des gens, de façon artistique selon lui, et propose pour cela une vision de l'art et de la souffrance humaine. Mais surtout, il est spécialiste de l'art et de la question de la douleur, la souffrance et la cruauté. Cynique, le type ? Un peu, mais surtout convaincu de sa vision du monde. Et c'est ce qui va se passer dans le récit : toute sa vie va basculer. Le tout entrecoupé par quelques scènes de ses meurtres et de la création artistique qui s'en dégage. C'est assez bien trouvé pour la plupart, avec une frontière floue entre l'acte artistique et le délire macabre. Mais si la BD m'a étonnée, c'est par son développement du personnage principal qui est finalement un type plutôt sympathique à suivre. Je vois ses meurtres comme le reste de son travail : méticuleux, obsessionnel et surtout froid. Sauf que la fin lui donne presque explicitement tort en montrant qu'une vision radicalement opposée à la sienne fini par triompher sur tout les aspects de sa vie. Malin, de la part de l'auteur ! Cependant, cette victoire du positif ne change finalement rien au personnage, qui reste dans ce qu'il a toujours été. Il y a pas mal de lectures possibles dans la BD. Outre la question de l'art, il y a celle de l'acte artistique (avec l'opposition entre lui et les performeurs, quand bien même leur actes semblent se rejoindre), mais aussi la question de l'équilibre dans la vie, l'université et les rapports de force à l'intérieur de celle-ci, la question indépendantiste catalane qui vient se greffer ... Les auteurs ne cloisonnent pas les sujets et les font s'entre-connecter, comme cela arrive tout le temps dans la vraie vie, montrant que nous nous construisons dans un ensemble complexe de relations et de connaissances. Je pense que la BD mérite largement une relecture, ne serait-ce que pour tout les débats entre personnages, mais il y a aussi un aspect noir et dérangeant que le dessin souligne à merveille. Les petites taches rouges qui parsèment les pages soulignent le caractère violent du contenu mais sans jamais verser dans un aspect graphique trop soigné. C'est du polar, hard boiled même, qui laisse songeur une fois fini. Surprenant, noir et réfléchi, cette BD a indéniablement un caractère unique.
Madame Livingstone
Décidément, je tombe sur quelques belles surprises en fouillant les bacs de la bibliothèque ! Cette BD m'était inconnue et je ne l'avais pas vu passer sur le site où elle est pourtant bien notée, c'est donc une chance que je la découvre de cette façon. Et je pense que la BD doit être prise sans trop d'apriori, puisque si je me suis retrouvé très satisfait de ma lecture, ça reste une BD simple qui fait très bien ce qu'elle doit faire. C'est une histoire de la Belgique dans la Première Guerre Mondiale et des combats menés en Afrique, dans le Congo Belge. On va suivre un aviateur qui se retrouve avec Madame Livingstone, un noir étrange mais cultivé avec lequel il va progressivement se lier d'amitié. Si le récit n'a rien de follement original, entre la guerre qui déchire des peuples ne se connaissant pas et l'amitié entre deux personnes que la société n'aime pas voir se lier, c'est des trames classiques qui nous sont proposées. Mais comme j'ai dit plus haut, c'est du classique très bien fait. Livingstone est un personnage intriguant et amusant, son comparse Gaston est touchant dans sa découverte de l'avis d'un colonisé, et l'alchimie entre eux deux marche à merveille. Il y a aussi toute la partie sur les interrogations que Gaston va progressivement avoir sur son pays, sur ses actes et surtout sur la question du racisme et du colonialisme. Ce n'est jamais incroyablement fin ou étonnant, mais ça sonne franchement juste. Le dessin est en adéquation parfaite avec le propos, transportant facilement dans l'Afrique du début des années 1900 et surtout fait la part belle à des parures et coiffures africaines lors de quelques scènes qui rehaussent la beauté de celles-ci face à des coloniaux qui semblent parfois bien terne. Une BD qui ne m'a pas surpris par son sujet mais l'exploite très bien, ajoutant quelques détails parfois intéressant, l'ensemble étant fluide à la lecture et laissant une bonne impression globale. C'est du très bon !