Une série que j'ai découverte par hasard et j'ai immédiatement été soufflé devant l'originalité et la qualité du dessin de Das Pastoras (que je ne connaissais pas; je me suis rattrapé par la suite avec le 1er tome de Castaka). J'achète très peu de fantasy car les scénarios m'ennuient le plus souvent. Je suis resté sur les vieux classiques (La Quête de l'Oiseau du Temps en tête). Il faut vraiment que je sois subjugué par le dessin et là c'était le cas.
C'est un graphisme plutôt étrange, très impressionnant mais aussi très fin et délicat (les traits de contour sont minuscules, plus gris que noirs) et cela donne un effet étrange. Pour faire simple, imaginez du Michel Plessix qui ferait de l'heroic fantasy jodorowskyienne. De plus les gros plans de visages (très étranges et presque déformés) sont dessinés également très finement avec le même trait que le reste du décor. Cela peut donc rebuter ceux qui préfèrent un graphisme "parfait", mais je trouve que c'est justement cette étrangeté et donc cette originalité qui fait sortir cette série du tout venant de l'heroic-fantasy.
Pour ce qui est de l'histoire, c'est pas mal. Pas transcendant mais efficace avec de bonnes idées souvent originales. Bon les textes et dialogues ne sont pas très profonds et aussi puissants que le dessin mais cela passe très bien.
Donc pour conclure excellente découverte !
Comme beaucoup, j’avais entendu parler des tragiques incidents survenus durant le G8 de juillet 2001 en Italie, des incidents qui allaient coûter la vie à un manifestant décrit comme un activiste d’extrême-gauche ultra-violent.
Ce livre a un double objectif. Tout d’abord, et principalement donner la parole à la défense, c’est-à-dire aux parents de Carlo Giuliani pour décrire le garçon qui se cachait derrière le terroriste sans attaches décrit par les médias. Ensuite, revenir sur les évènements survenus durant les manifestations de Gênes et tâcher de comprendre comment pareil drame a pu arriver.
Je l’avoue, dès le début du récit je me suis méfié. Je me suis méfié car j’avais peur de tomber sur une œuvre trop militante. Les auteurs sont ouvertement des sympathisants des mouvements gauchistes et le risque de faire de Carlo Giuliani une victime des autorités par pures convictions politiques était réel. Or, je n’aurais pas été plus enclin à croire une version manipulée par la gauche que je ne l’étais à gober tout cru les explications des autorités. En définitive, je craignais de sortir de cet album avec le sentiment que tout le monde manipule tout le monde, que cette mort était malheureuse mais que, en définitive, c’était « leurs problèmes » puisqu’aucun ne voulait s’exprimer avec totale franchise.
Seulement voilà, ce livre est très bien conçu. Et alors que le sujet aurais pu se révéler ardu à mettre en images, les auteurs m’ont au contraire donné à lire une œuvre fluide et prenante. Bien sûr, le parti pris est manifeste, il n’empêche que les auteurs soulèvent des questions légitimes. De plus, grâce aux témoignages familiaux, ils parviennent à éclairer la personnalité de Carlo Giuliani sous un angle différent. De l’extrémiste violent, on passe à un jeune garçon parfois déraisonné ou impulsif mais surtout incapable de supporter ce qu’il considère comme une injustice.
La mise en image du père, de la mère et de la sœur de Carlo est construite sur une mode symbolique. Chacun nous livre son témoignage avec comme seul accessoire la cagoule, le ruban adhésif ou l’extincteur que portait le fils ou le frère au moment de sa mort. Cette originale manière de procéder permet de centrer totalement l’attention du lecteur sur les propos tenus tout en conservant une structure dessinée. De plus, la symbolique est forte puisque cet objet fait office de lien entre Carlo et ses parents, cassant ainsi l’image d’un homme en pleine rupture sociale. Par ailleurs, la majeure partie du livre est composée de cases qui illustrent Carlo dans ses actes, ce qui assure le dynamisme de l’ensemble. Cette double articulation narrative est la source d’un récit aisé à lire, non rébarbatif, bien structuré… et de plus bien illustré. Le trait de Manuel de Carli est, en effet, très précis pour ce genre de mise en images. Je ne m’attendais pas à une telle qualité pour un aspect de l’album qui aurait pu n’être considéré que comme secondaire, tant l’important ici se situait dans les propos tenus. Cela reste avant tout simple et efficace, mais le trait est fin et bien plus séduisant que celui de bien d’autres œuvres du genre.
A titre personnel, je regrette que Francesco Barilli passe rapidement en fin d’album sur l’un ou l’autre évènement qui aurait pu desservir Carlo Giuliani. J’ai alors ressenti une approche trop militante et donc manquant d’objectivité, ce qui, par effet de contamination, pourrait inciter plus d’un lecteur à ne plus croire en rien dans l’histoire telle qu’elle est décrite. C’était le danger, comme je le disais plus haut… et le scénariste ne l’évite pas complètement.
Et alors, en définitive, que penser de cet album ?
D’un strict point de vue conceptuel, cet album est très bien fait. Les auteurs parviennent à faire d’un sujet délicat et d’une enquête somme toute très statique un récit vivant et non rébarbatif.
Au niveau de l’émotion ressentie, il faut bien comprendre que cet album se centre sur les faits. Je n’ai jamais eu de pincement au cœur durant ma lecture mais ce n’est pas le but recherché par cet album, je pense. Ici, on est dans l’analyse, pas dans l’émotionnel.
Au niveau du contenu, je serai plus nuancé. Je pense sincèrement que si vous êtes sympathisant des mouvements altermondialistes et de leurs manifestants, vous allez adorer ce bouquins et vous vous exclamerez à la fin de celui-ci : « vous voyez ! Nous sommes victimes des autorités, victimes de complots !! ». Si, au contraire, vous êtes plus du côté des autorités, vous refermerez ce livre en vous exclamant « vous voyez ! Comment faire confiance à ces gauchistes alors qu’ils occultent dans leur enquête ce qui aurait pu déranger ? Comment croire à des propos tenus par des sympathisants ? » Enfin, si comme moi, vous ne vous sentez pas plus d’affinités avec un côté que l’autre, vous vous direz que ce livre soulève quand même de bonnes questions. Tout n’y est sans doute pas à prendre pour argent comptant mais il n’empêche que ce tragique événement aurait mérité une enquête plus approfondie et surtout menée avec la plus profonde neutralité.
Quoiqu’il en soit, cet album est plutôt bien réalisé et mérite votre attention. A lire au moins une fois. L’achat dépendra, lui, de vos convictions politiques. Un franc 7/10 traduit ici par un « pas mal » enthousiaste et un coup de cœur pour avoir réussi à rendre vivants cette enquête et ces témoignages.
Pas la meilleure série de Jodorowsky mais un univers vraiment original, beau et sauvage à la fois (plus sauvage que beau après réflexion), voire trash. Jodorowsky s'est lâché !
Tout le monde est horrible physiquement (le graphisme de Boucq n'aidant pas à refléter la beauté, magnifique mais pas spécialement "agréable" à l'oeil). Tout le monde est mauvais, bête ou cruel en dehors des deux héros. L'innocence de Face de Lune ne l'empêche pas de déclencher des vagues gigantesques qui balaient tout sur leur passage, les bons comme les mauvais. Le moment ou la cathédrale invisible se construit est proprement hallucinant, sublime. Un des rares moments poétiques de cette série, ce qui en amplifie l'intensité. On rêverait de voir cela en film.
Des moments hallucinants, cette série n'en manque pas : la mise à mort de l'orc (horrible), la grotte de la monstrueuse reine mère avec cet espèce de gang-bang mystique, la bande de terroristes punks dans les égouts, j'en passe et des meilleurs ... Jodorowsky est fou.
Après je peux reconnaitre que ces excès peuvent lasser. On connait son univers, cela finit par se ressembler d'albums en albums. Et puis cette série est extrêmement nihiliste et trash et peut écoeurer. Moi j'adore !
Culte ! Fantastique ! Désopilant ! Intelligent ! Unique par son style et sa conception ! Que dire : c'est sans doute ma BD préférée ! Même s'il ne faut pas la dissocier de toute l'œuvre de Donjon, ça reste mon cycle favori !
Les 2 premiers tomes (qui sont également les 2 premiers publiés) sont fabuleux, et j'ai du mal à comprendre que l'on adore pas forcement. J'aime cette amitié naissante entre Herbert, anti héros par excellence, et Marvin, monstre végétarien aux croyances surprenantes. Tout ça sous l'oeil d'un gardien devenu cynique après la mort (non relatée à ce jour) d'Alexandra.
Et après des années de disette, Tronsfar vont enfin reprendre la plume pour continuer cette fabuleuse série. Ce sera avec 2 "Crépuscule", mais je ne désespère pas qu'ils décident enfin de clore les zéniths.
Heureux ceux qui n'ont pas encore découvert cette série : que du bonheur en perspective !
Essayez de lire les BD dans l'ordre de parution : ça me semble plus intéressant.
Une série qui m'a transporté durant mon enfance et que j'ai dû lire une bonne vingtaine de fois. C'est un peu du Harry Potter avant l'heure mais empreint de l'atmosphère des mythes et des légendes wallonnes. Pour ceux qui découvrent cette bd maintenant, il ne faut pas se laisser rebuter par le graphisme franco-belge du 1er tome, faussement enfantin. C'est une histoire d'aventure grand public certes, mais empreint d'une vraie noirceur par moments. Certains passages sont presque cauchemardesques quand on lit ça enfant (le masquereur, le duc qui poignarde son fils à la fin du 3ème tome, "tête de cochon" qui pourrit sur place). Les dessins (malgré des couleurs d'imprimerie, typique de la bd franco-belge) sont d'une très grande richesse. Les architectures tarabiscotées des ruelles moyenâgeuses, les couloirs du pensionnat, et surtout les masques présents un peu partout tout au long des 4 tomes sur les visages des personnages, sur les façades des maisons, font partie intégrante de ce monde.
Les "vilains" sont très réussis. En particulier le duc, terrifiant, Satrape le masquereur, tête de cochon, Kargus le fils du duc, Elno ...
L'histoire est haletante jusqu'au tome 3. Le tome 4 est un peu en trop et donc pas indispensable.
Une série un peu oubliée de son auteur par rapport à La Vache plus parodique et second degré.
Bref un petit chef d'oeuvre de la bd, injustement méconnu. Pour les jeunes parents : faites lire cela à vos enfants (à partir de 8, 10 ans, ils vont adorer).
Mon album de Baru préféré (pour l'instant car je n'ai lu que celui-ci, L'Autoroute du soleil et Pauvres zhéros). J'ai été transporté par ces histoires ultra banales mais formidablement bien écrites et dessinées de bleds perdus, de campagnes maussades et pluvieuses, d'aires d'autoroutes, de bar pmu et d'hôtels de la gare tout miteux. J'adore cette ambiance typiquement française type fait divers et c'est là d'où je viens.
Toutes les histoires sont bonnes et nous sommes vraiment aux côtés du héros, traversant ces lieux quelconques et gris où, à travers la banalité triste des décors, il se passe toujours des choses un peu glauques, violentes mais empreintes d'humanité.
Un mélange de Jean-Jacques Goldman et Paul Personne pour la musique et de Bruno Dumont et sac de noeuds (Balasko) pour le décor.
Alors cet album n'a rien à voir avec l'autre oeuvre principale de Cabanes, Dans les villages à part peut-être la Provence (on ressent vraiment l'atmosphère du sud de la France. Cabanes est vraiment amoureux de cette région)
Là nous avons affaire à des souvenirs d'enfance où notre jeune héros (Cabanes lui-même ? ) est fortement obsédé par la chose. J'avais lu cette bd assez jeune (probablement le même âge que le héros) et cela m'avait fortement émoustillé. Ce n'est qu'après que j'ai pu apprécier la magnificence des dessins (les scènes sur la plage, le rendu de l'eau est superbe, du grand art).
Les 5 histoires sont autant de déclarations d'amour aux femmes (surtout des jeunes filles en dehors de la grosse "demoiselle" blonde) qui ont traversé son enfance et sa préadolescence (la dernière histoire se situe plus vers ses 16, 18 ans et est moins réussie). C'est très "cochon", voyeuriste et pervers mais au final et paradoxalement, plutôt attendrissant et léger (faut dire que j'avais lu ça la 1ère fois à 10, 12 ans). Cela fait appel à nos souvenirs et nous en avons tous des plus ou moins semblables dans notre découverte du sexe opposé.
Donc bref, la meilleure oeuvre de Cabanes après sa série Dans les villages et une de ses plus belles graphiquement parlant.
Série magnifique. Le monde inventé par Cabanes est réellement magique. Peuplé de dizaines de petites créatures plus étranges les unes que les autres, il nous prend par la main et nous sommes entrainés comme dans un rêve, à travers les chemins de ce monde parallèle au nôtre, le pays du rêve. Un monde réellement labyrinthique avec ses codes (plutôt absurde et surréaliste) et son dialecte tout " mi-mi ".
Les dessins sont magnifiques, surtout les tomes 2 et 3 pour ma part (Claire Wendling s'en inspirera pour ses "Lumières de l'Amalou" avec Gibelin). Une merveille de petits chemins, de villages provençaux à moitié abandonnés et habités par ces étranges créatures que sont les joles, les antis joles, les zimphes ... exactement comme dans un rêve ou un paysage familier est parasité par des éléments étrangers et étranges. La lumière est douce, les cieux sont étoilés comme une nuit d'été, les animaux sont espiègles, la narration est originale et très décalée. Bref c'est magique !
Je ne possède que le tome 1, 2, 3 et 4 et je n'ai donc pas lu la suite qui se poursuit sur 2 autres tomes je crois et qui sont apparemment bons. Donc je reste sur ces 4 premiers tomes (dans leurs jolies éditions originales).
Une excellente bd que je possède depuis tout petit et que j'ai lue une bonne vingtaine de fois. Le scénario est typique d'Andréas, fantastique et paranoïaque, un peu comme un film de John Carpenter (Invasion Los Angeles, Prince des ténèbres, L'antre de la folie...)
Le dessin de Berthet n'est pas exceptionnel mais s'accorde bien au récit vraiment terrifiant. On est vraiment à la place du héros ne sachant pas ce qui s'est passé.
Le 2ème récit est dans la même veine, un peu moins puissant mais très bon lui aussi.
Une bd que je possédais depuis longtemps mais que je n'arrivais pas à entamer (c'est comme pour certains films). Les dessins me plaisaient mais j'étais persuadé que j'allais m'ennuyer (comme pour Ici même de Tardi, oui rien à voir).
Eh bien grossière erreur, cette bd est un bijou. Les dessins sont magnifiques et le récit très beau. Simple, profond avec le superbe paysage de cette ile minuscule où trône ce phare. Le héros est assez antipathique au début essayant de draguer maladroitement la jeune femme et chose étrange il ne se passera rien entre eux. Faute de mieux il se tapera la gros... la tenancière de l’hôtel. Le héros restera donc un looser pendant toute la durée du récit et à la place d'une énième histoire d'amour on a plus affaire à la solitude de 3 personnes qui restent dans leurs coins, liées malgré elles sur cette petite île. Bon il y a quand même d'autres personnages et d'autres péripéties mais je laisse la surprise à ceux qui ne l'ont pas lu.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Les Hérésiarques
Une série que j'ai découverte par hasard et j'ai immédiatement été soufflé devant l'originalité et la qualité du dessin de Das Pastoras (que je ne connaissais pas; je me suis rattrapé par la suite avec le 1er tome de Castaka). J'achète très peu de fantasy car les scénarios m'ennuient le plus souvent. Je suis resté sur les vieux classiques (La Quête de l'Oiseau du Temps en tête). Il faut vraiment que je sois subjugué par le dessin et là c'était le cas. C'est un graphisme plutôt étrange, très impressionnant mais aussi très fin et délicat (les traits de contour sont minuscules, plus gris que noirs) et cela donne un effet étrange. Pour faire simple, imaginez du Michel Plessix qui ferait de l'heroic fantasy jodorowskyienne. De plus les gros plans de visages (très étranges et presque déformés) sont dessinés également très finement avec le même trait que le reste du décor. Cela peut donc rebuter ceux qui préfèrent un graphisme "parfait", mais je trouve que c'est justement cette étrangeté et donc cette originalité qui fait sortir cette série du tout venant de l'heroic-fantasy. Pour ce qui est de l'histoire, c'est pas mal. Pas transcendant mais efficace avec de bonnes idées souvent originales. Bon les textes et dialogues ne sont pas très profonds et aussi puissants que le dessin mais cela passe très bien. Donc pour conclure excellente découverte !
Bello Ciao
Comme beaucoup, j’avais entendu parler des tragiques incidents survenus durant le G8 de juillet 2001 en Italie, des incidents qui allaient coûter la vie à un manifestant décrit comme un activiste d’extrême-gauche ultra-violent. Ce livre a un double objectif. Tout d’abord, et principalement donner la parole à la défense, c’est-à-dire aux parents de Carlo Giuliani pour décrire le garçon qui se cachait derrière le terroriste sans attaches décrit par les médias. Ensuite, revenir sur les évènements survenus durant les manifestations de Gênes et tâcher de comprendre comment pareil drame a pu arriver. Je l’avoue, dès le début du récit je me suis méfié. Je me suis méfié car j’avais peur de tomber sur une œuvre trop militante. Les auteurs sont ouvertement des sympathisants des mouvements gauchistes et le risque de faire de Carlo Giuliani une victime des autorités par pures convictions politiques était réel. Or, je n’aurais pas été plus enclin à croire une version manipulée par la gauche que je ne l’étais à gober tout cru les explications des autorités. En définitive, je craignais de sortir de cet album avec le sentiment que tout le monde manipule tout le monde, que cette mort était malheureuse mais que, en définitive, c’était « leurs problèmes » puisqu’aucun ne voulait s’exprimer avec totale franchise. Seulement voilà, ce livre est très bien conçu. Et alors que le sujet aurais pu se révéler ardu à mettre en images, les auteurs m’ont au contraire donné à lire une œuvre fluide et prenante. Bien sûr, le parti pris est manifeste, il n’empêche que les auteurs soulèvent des questions légitimes. De plus, grâce aux témoignages familiaux, ils parviennent à éclairer la personnalité de Carlo Giuliani sous un angle différent. De l’extrémiste violent, on passe à un jeune garçon parfois déraisonné ou impulsif mais surtout incapable de supporter ce qu’il considère comme une injustice. La mise en image du père, de la mère et de la sœur de Carlo est construite sur une mode symbolique. Chacun nous livre son témoignage avec comme seul accessoire la cagoule, le ruban adhésif ou l’extincteur que portait le fils ou le frère au moment de sa mort. Cette originale manière de procéder permet de centrer totalement l’attention du lecteur sur les propos tenus tout en conservant une structure dessinée. De plus, la symbolique est forte puisque cet objet fait office de lien entre Carlo et ses parents, cassant ainsi l’image d’un homme en pleine rupture sociale. Par ailleurs, la majeure partie du livre est composée de cases qui illustrent Carlo dans ses actes, ce qui assure le dynamisme de l’ensemble. Cette double articulation narrative est la source d’un récit aisé à lire, non rébarbatif, bien structuré… et de plus bien illustré. Le trait de Manuel de Carli est, en effet, très précis pour ce genre de mise en images. Je ne m’attendais pas à une telle qualité pour un aspect de l’album qui aurait pu n’être considéré que comme secondaire, tant l’important ici se situait dans les propos tenus. Cela reste avant tout simple et efficace, mais le trait est fin et bien plus séduisant que celui de bien d’autres œuvres du genre. A titre personnel, je regrette que Francesco Barilli passe rapidement en fin d’album sur l’un ou l’autre évènement qui aurait pu desservir Carlo Giuliani. J’ai alors ressenti une approche trop militante et donc manquant d’objectivité, ce qui, par effet de contamination, pourrait inciter plus d’un lecteur à ne plus croire en rien dans l’histoire telle qu’elle est décrite. C’était le danger, comme je le disais plus haut… et le scénariste ne l’évite pas complètement. Et alors, en définitive, que penser de cet album ? D’un strict point de vue conceptuel, cet album est très bien fait. Les auteurs parviennent à faire d’un sujet délicat et d’une enquête somme toute très statique un récit vivant et non rébarbatif. Au niveau de l’émotion ressentie, il faut bien comprendre que cet album se centre sur les faits. Je n’ai jamais eu de pincement au cœur durant ma lecture mais ce n’est pas le but recherché par cet album, je pense. Ici, on est dans l’analyse, pas dans l’émotionnel. Au niveau du contenu, je serai plus nuancé. Je pense sincèrement que si vous êtes sympathisant des mouvements altermondialistes et de leurs manifestants, vous allez adorer ce bouquins et vous vous exclamerez à la fin de celui-ci : « vous voyez ! Nous sommes victimes des autorités, victimes de complots !! ». Si, au contraire, vous êtes plus du côté des autorités, vous refermerez ce livre en vous exclamant « vous voyez ! Comment faire confiance à ces gauchistes alors qu’ils occultent dans leur enquête ce qui aurait pu déranger ? Comment croire à des propos tenus par des sympathisants ? » Enfin, si comme moi, vous ne vous sentez pas plus d’affinités avec un côté que l’autre, vous vous direz que ce livre soulève quand même de bonnes questions. Tout n’y est sans doute pas à prendre pour argent comptant mais il n’empêche que ce tragique événement aurait mérité une enquête plus approfondie et surtout menée avec la plus profonde neutralité. Quoiqu’il en soit, cet album est plutôt bien réalisé et mérite votre attention. A lire au moins une fois. L’achat dépendra, lui, de vos convictions politiques. Un franc 7/10 traduit ici par un « pas mal » enthousiaste et un coup de cœur pour avoir réussi à rendre vivants cette enquête et ces témoignages.
Face de Lune
Pas la meilleure série de Jodorowsky mais un univers vraiment original, beau et sauvage à la fois (plus sauvage que beau après réflexion), voire trash. Jodorowsky s'est lâché ! Tout le monde est horrible physiquement (le graphisme de Boucq n'aidant pas à refléter la beauté, magnifique mais pas spécialement "agréable" à l'oeil). Tout le monde est mauvais, bête ou cruel en dehors des deux héros. L'innocence de Face de Lune ne l'empêche pas de déclencher des vagues gigantesques qui balaient tout sur leur passage, les bons comme les mauvais. Le moment ou la cathédrale invisible se construit est proprement hallucinant, sublime. Un des rares moments poétiques de cette série, ce qui en amplifie l'intensité. On rêverait de voir cela en film. Des moments hallucinants, cette série n'en manque pas : la mise à mort de l'orc (horrible), la grotte de la monstrueuse reine mère avec cet espèce de gang-bang mystique, la bande de terroristes punks dans les égouts, j'en passe et des meilleurs ... Jodorowsky est fou. Après je peux reconnaitre que ces excès peuvent lasser. On connait son univers, cela finit par se ressembler d'albums en albums. Et puis cette série est extrêmement nihiliste et trash et peut écoeurer. Moi j'adore !
Donjon Zenith
Culte ! Fantastique ! Désopilant ! Intelligent ! Unique par son style et sa conception ! Que dire : c'est sans doute ma BD préférée ! Même s'il ne faut pas la dissocier de toute l'œuvre de Donjon, ça reste mon cycle favori ! Les 2 premiers tomes (qui sont également les 2 premiers publiés) sont fabuleux, et j'ai du mal à comprendre que l'on adore pas forcement. J'aime cette amitié naissante entre Herbert, anti héros par excellence, et Marvin, monstre végétarien aux croyances surprenantes. Tout ça sous l'oeil d'un gardien devenu cynique après la mort (non relatée à ce jour) d'Alexandra. Et après des années de disette, Tronsfar vont enfin reprendre la plume pour continuer cette fabuleuse série. Ce sera avec 2 "Crépuscule", mais je ne désespère pas qu'ils décident enfin de clore les zéniths. Heureux ceux qui n'ont pas encore découvert cette série : que du bonheur en perspective ! Essayez de lire les BD dans l'ordre de parution : ça me semble plus intéressant.
Gaspard de la nuit
Une série qui m'a transporté durant mon enfance et que j'ai dû lire une bonne vingtaine de fois. C'est un peu du Harry Potter avant l'heure mais empreint de l'atmosphère des mythes et des légendes wallonnes. Pour ceux qui découvrent cette bd maintenant, il ne faut pas se laisser rebuter par le graphisme franco-belge du 1er tome, faussement enfantin. C'est une histoire d'aventure grand public certes, mais empreint d'une vraie noirceur par moments. Certains passages sont presque cauchemardesques quand on lit ça enfant (le masquereur, le duc qui poignarde son fils à la fin du 3ème tome, "tête de cochon" qui pourrit sur place). Les dessins (malgré des couleurs d'imprimerie, typique de la bd franco-belge) sont d'une très grande richesse. Les architectures tarabiscotées des ruelles moyenâgeuses, les couloirs du pensionnat, et surtout les masques présents un peu partout tout au long des 4 tomes sur les visages des personnages, sur les façades des maisons, font partie intégrante de ce monde. Les "vilains" sont très réussis. En particulier le duc, terrifiant, Satrape le masquereur, tête de cochon, Kargus le fils du duc, Elno ... L'histoire est haletante jusqu'au tome 3. Le tome 4 est un peu en trop et donc pas indispensable. Une série un peu oubliée de son auteur par rapport à La Vache plus parodique et second degré. Bref un petit chef d'oeuvre de la bd, injustement méconnu. Pour les jeunes parents : faites lire cela à vos enfants (à partir de 8, 10 ans, ils vont adorer).
Sur la route encore
Mon album de Baru préféré (pour l'instant car je n'ai lu que celui-ci, L'Autoroute du soleil et Pauvres zhéros). J'ai été transporté par ces histoires ultra banales mais formidablement bien écrites et dessinées de bleds perdus, de campagnes maussades et pluvieuses, d'aires d'autoroutes, de bar pmu et d'hôtels de la gare tout miteux. J'adore cette ambiance typiquement française type fait divers et c'est là d'où je viens. Toutes les histoires sont bonnes et nous sommes vraiment aux côtés du héros, traversant ces lieux quelconques et gris où, à travers la banalité triste des décors, il se passe toujours des choses un peu glauques, violentes mais empreintes d'humanité. Un mélange de Jean-Jacques Goldman et Paul Personne pour la musique et de Bruno Dumont et sac de noeuds (Balasko) pour le décor.
Colin-Maillard
Alors cet album n'a rien à voir avec l'autre oeuvre principale de Cabanes, Dans les villages à part peut-être la Provence (on ressent vraiment l'atmosphère du sud de la France. Cabanes est vraiment amoureux de cette région) Là nous avons affaire à des souvenirs d'enfance où notre jeune héros (Cabanes lui-même ? ) est fortement obsédé par la chose. J'avais lu cette bd assez jeune (probablement le même âge que le héros) et cela m'avait fortement émoustillé. Ce n'est qu'après que j'ai pu apprécier la magnificence des dessins (les scènes sur la plage, le rendu de l'eau est superbe, du grand art). Les 5 histoires sont autant de déclarations d'amour aux femmes (surtout des jeunes filles en dehors de la grosse "demoiselle" blonde) qui ont traversé son enfance et sa préadolescence (la dernière histoire se situe plus vers ses 16, 18 ans et est moins réussie). C'est très "cochon", voyeuriste et pervers mais au final et paradoxalement, plutôt attendrissant et léger (faut dire que j'avais lu ça la 1ère fois à 10, 12 ans). Cela fait appel à nos souvenirs et nous en avons tous des plus ou moins semblables dans notre découverte du sexe opposé. Donc bref, la meilleure oeuvre de Cabanes après sa série Dans les villages et une de ses plus belles graphiquement parlant.
Dans les villages
Série magnifique. Le monde inventé par Cabanes est réellement magique. Peuplé de dizaines de petites créatures plus étranges les unes que les autres, il nous prend par la main et nous sommes entrainés comme dans un rêve, à travers les chemins de ce monde parallèle au nôtre, le pays du rêve. Un monde réellement labyrinthique avec ses codes (plutôt absurde et surréaliste) et son dialecte tout " mi-mi ". Les dessins sont magnifiques, surtout les tomes 2 et 3 pour ma part (Claire Wendling s'en inspirera pour ses "Lumières de l'Amalou" avec Gibelin). Une merveille de petits chemins, de villages provençaux à moitié abandonnés et habités par ces étranges créatures que sont les joles, les antis joles, les zimphes ... exactement comme dans un rêve ou un paysage familier est parasité par des éléments étrangers et étranges. La lumière est douce, les cieux sont étoilés comme une nuit d'été, les animaux sont espiègles, la narration est originale et très décalée. Bref c'est magique ! Je ne possède que le tome 1, 2, 3 et 4 et je n'ai donc pas lu la suite qui se poursuit sur 2 autres tomes je crois et qui sont apparemment bons. Donc je reste sur ces 4 premiers tomes (dans leurs jolies éditions originales).
Mortes saisons
Une excellente bd que je possède depuis tout petit et que j'ai lue une bonne vingtaine de fois. Le scénario est typique d'Andréas, fantastique et paranoïaque, un peu comme un film de John Carpenter (Invasion Los Angeles, Prince des ténèbres, L'antre de la folie...) Le dessin de Berthet n'est pas exceptionnel mais s'accorde bien au récit vraiment terrifiant. On est vraiment à la place du héros ne sachant pas ce qui s'est passé. Le 2ème récit est dans la même veine, un peu moins puissant mais très bon lui aussi.
Trait de craie
Une bd que je possédais depuis longtemps mais que je n'arrivais pas à entamer (c'est comme pour certains films). Les dessins me plaisaient mais j'étais persuadé que j'allais m'ennuyer (comme pour Ici même de Tardi, oui rien à voir). Eh bien grossière erreur, cette bd est un bijou. Les dessins sont magnifiques et le récit très beau. Simple, profond avec le superbe paysage de cette ile minuscule où trône ce phare. Le héros est assez antipathique au début essayant de draguer maladroitement la jeune femme et chose étrange il ne se passera rien entre eux. Faute de mieux il se tapera la gros... la tenancière de l’hôtel. Le héros restera donc un looser pendant toute la durée du récit et à la place d'une énième histoire d'amour on a plus affaire à la solitude de 3 personnes qui restent dans leurs coins, liées malgré elles sur cette petite île. Bon il y a quand même d'autres personnages et d'autres péripéties mais je laisse la surprise à ceux qui ne l'ont pas lu.