Commencée en 1976 dans l'hebdo hollandais Eppo, la saga de "Storm" est certainement l'une des bandes de science-fiction les plus réussies. Je l'ai découverte dans Circus, et moi qui n'est pas attiré par la SF, j'ai tout de suite accroché à cette série, et encore plus après avoir eu une dédicace de Don Lawrence à Angoulême en..... enfin il y a bien longtemps. Le succès revient surtout à Lawrence et à son dessin hyperréaliste dont le rendu quasi photographique atteint une précision et un sens du détail rarement égalés, et où les couleurs jouent un grand rôle.
Cette technique de dessin en relief a fait de Lawrence un magicien de l'image ; il l'avait déja expérimentée sur sa précédente série L'Empire de Trigan, mais ici, il donne la pleine mesure de son grand talent d'illustrateur.
L'autre atout est la mise en place d'un univers influencé au départ par celui de Flash Gordon (surtout perceptible dans les peuples que croise le héros), et par la série de films La Planète des singes (très différents du roman) où le héros se retrouve dans un monde de nulle part, une réplique de la Terre d'où les océans ont disparu, et habitée par des peuples barbares et primitifs. Storm rencontre Redhair, une superbe fille rousse qui devient sa compagne et avec qui il entame une vie d'aventure à la découverte de créatures étranges, de mutants, de savants fous et de tyrans cruels. Dans cet univers apocalyptique aux décors surprenants et très changeants d'un album à l'autre, bien mis en valeur par le crayon de Lawrence, où la civilisation a régressé et où se télescopent la technologie la plus pointue et les armes archaïques, Storm et Redhair sont les deux seuls humains normaux et doivent sans cesse éviter de grands périls.
Une série dont les ingrédients sont typiques des années 70 et 80, un peu injustement oubliée et tentante à découvrir pour ses scénarios imaginatifs, c'est ce qui m'avait aussitôt attiré car ça ne versait pas que dans la science-fiction spatiale, il y avait un mélange de genres, englobant même de nombreux éléments de fantasy, avec toutes ces créatures étranges rencontrées par le couple de héros. D'autant plus que la série n'est guère facile à trouver en occase, Glénat ne l'ayant éditée qu'une seule fois en s'arrêtant à 15 albums alors qu'elle a continué en Angleterre ; elle a donc atteint une sorte de statut culte, et je connais un gars qui avait revendu ses albums et qui maintenant s'en mord les doigts, tant pis pour lui...
Une SF pleine de charme qui pourra agréablement surprendre. A noter qu'il y a une continuité, mais chaque album fonctionne indépendamment des autres ; les 6 premiers sont les meilleurs.
Ah Rahan, quelle belle lecture de jeunesse, cette bande a bercé ma pré-adolescence et au risque de passer pour un attardé, elle reste même encore une excellente lecture pour l'adulte que je suis devenu, ce que ne peuvent comprendre difficilement ceux qui n'ont pas grandi avec.
Le succès de ce Tarzan de la Préhistoire fut tellement fulgurant en 1969 (pourtant le dessin n'était pas encore très top) qu'il devient le héros vedette de Pif-Gadget et qu'il entraîne la création de sa propre publication, en broché, tout en continuant ses exploits dans Pif en récits complets de 20 planches (il y en eut 102 plus 2 récits longs).
Ce succès profite de la disparition provisoire de Tounga, l'autre grande bande réaliste qui occupe ce créneau préhistorique dans le journal Tintin. Mais le succès est dû au grand talent de Chéret qui adopte un graphisme vigoureux un peu inspiré de Burne Hogarth, constitué de cases éclatées où les personnages musculeux sont pleinement mis en valeur. Ceci combiné à la qualité des scénarios de Lécureux, dont le côté naïvement éducatif et édifiant passionne les jeunes lecteurs. On s'identifiait au héros, on l'admirait pour sa force, son courage et son intelligence, et aussi, ce qui me plaisait, c'était le côté très aventureux de la Préhistoire, période qui me fascinait. C'est d'ailleurs le petit bémol que j'ai remarqué une fois devenu adulte (ce dont on se foutait étant gamin) : le curieux contraste entre le trop "savant" Rahan au physique de beau gosse blond, et l'aspect parfois très primitif de certains peuples qu'il rencontre.
Solitaire, il observe la nature et les animaux pour en tirer avantage, et va à la rencontre de clans, de tribus hostiles ou parfois accueillantes, à qui il enseigne les secrets de ses nombreuses découvertes (pièges pour chasser, constructions diverses, bricolages pratiques, usage de certaines armes....). Des rapports de force ont lieu entre Rahan et des chefs obtus, des sorciers cupides, des guerriers aveuglés par la haine, ou parfois de belles femmes aux formes harmonieuses qui règnent sur de petits royaumes. Mais avant tout, Rahan enseigne la sagesse et la paix, jouant ainsi un rôle humaniste, prônant la fraternité des peuples, symbolisant tous les progrès accomplis par l'homme durant la Préhistoire. C'est sans doute un peu pour rendre chaque épisode plus attractif que Lécureux n'évite pas les anachronismes ; mais ce n'est pas bien grave, ce qui compte avant tout, c'est le charisme du héros et le souffle de l'aventure.
Le travail du fils de Lécureux pour relancer l'homme au coutelas d'ivoire est remarquable, Chéret retrouve la forme, car à une époque, il était tellement débordé par le rythme effréné des parutions (rançon de la gloire), qu'il a parfois laissé le dessin à l'Espagnol Enrique Romero (auteur de la Bd Axa) puis à Michel Rouge et à l'Italien Guido Zamperoni.
L'achat risque d'être rude vu la quantité d'intégrales Soleil, au choix en couleurs ou en N/B pour retrouver le charme des années Pif-Gadget.
Une des meilleures Bd françaises de la grande époque.
Contrairement à la série "Merlin" de Lambert et Istin chez Soleil, qui opte pour une approche plus fantastique, "Arthur" se situe dans un créneau historique celte qui prend sa source à la légende originelle, antérieure aux récits arthuriens teintés de merveilleux décrits par Geoffrey de Monmouth ou Chrétien de Troyes, avec notamment la légende d'Excalibur. On est ici en l'an 500 en Bretagne (l'île britannique, pas la province française), en des temps primitifs, bien avant sa conversion à la chrétienté, où le royaume est assailli par des peuples farouches : Lloegriens (Saxons venus de Germanie), Gaëls (Irlandais venus de l'île d'Iwerddon), Pictes et Scots (ancêtres des Gallois et des Ecossais) qui convoitent les terres bretonnes où vivent les Kymry (Arthur étant roi des Bretons).
Merlin, appelé ici Myrddin, est au centre des récits, il apparaît dès le tome 1 qui lui est consacré, mais c'est le personnage d'Arthur qui apparaît au tome 2 qui reste le héros central de cette saga-fleuve, dont l'apogée nous est contée dans son intégralité. Chaque album a pour titre le nom d'un personnage qui gravite autour d'Arthur, qui ont pour noms Gwalchmei son neveu, Gwenhwyfar (Guenièvre) son épouse, Morgwen (Morgane) sa soeur disciple de Myrddin, Kei son demi-frère, Bedwyr le Manchot, Gereint, Gweir ou Taliesin ses compagnons et amis.
Tous les noms propres à consonance gaëlique, les personnages nombreux, et la complexité du récit réclamant une attention soutenue, rendent cette série très ambitieuse et difficile à suivre si l'on en perd le fil, à tel point que les auteurs livrent un lexique dans chaque album, mais la narration très littéraire de David Chauvel, qui peut rendre cette saga ardue, ainsi que les dessins lumineux et précis de Jérôme Lereculey (qui s'affinent après le tome 2) rendent la lecture de la série passionnante. Les coutumes celtiques du Haut Moyen Age sont bien reproduites grâce à une documentation sans faille, agrémentées de belles couleurs, de personnages mythiques et de formidables scènes de bataille au souffle épique.
Dans cette Bretagne de légende, l'honneur, la loyauté, la force sont des vertus qui dirigent les hommes ; la rudesse du climat et de l'existence, la violence des combats, les créatures chimériques leur forgent le caractère, c'est ce qui fait d'Arthur un roi juste et grand.
Une série envoûtante et somptueuse que je recommande d'aborder avec circonspection en cas de déception devant la densité de l'ensemble, à tester d'abord en biblio, et plus si affinité.
Cette superbe création de Ramaïoli commencée en 1987 (avec son compère Durand pour les 2 premiers tomes) raconte les excès du colonialisme sauvage, ici perpétrés par les Britanniques en Afrique australe. Pour atténuer l'aspect trop didactique qui aurait pu nuire à la série, Ramaïoli conte l'épopée des Zoulous, peuple puissant et fier organisé en terribles castes militaires, à travers les destins de 2 personnages principaux : les Ecossais Kevin Stuart et John Dundee. Kevin est un soldat impulsif qui a tous les défauts de la jeunesse, sensible aux provocations, mais dont le caractère se forge au fil du récit, car être témoin si jeune de carnages abominables et de haine aveugle, bouscule ses idéaux.
De son côté, Dundee donne l'impression d'un éclaireur au coeur endurci, il a vécu longtemps parmi le peuple Zoulou et il a le respect de certains chefs ; c'est un homme complexe, dont les yeux ont vu beaucoup de sang, d'injustice et de folie humaine, et il n'approuve pas la façon dont l'Empire britannique mène cette guerre contre le "Peuple du ciel". Certes, les Anglais ne peuvent tolérer une telle menace à leurs frontières, mais leur méthode basée sur l'extermination, le mépris et le racisme (toujours le bon vieux cliché du sauvage non civilisé) rebute Dundee qui en plus, est un bourru sympathique ayant des problèmes avec l'autorité. Ce vieux briscard qui est finalement très humain sous ses dehors rageurs, a la physionomie de Kirk Douglas, ce qui n'est sûrement pas un hasard. Son rôle sera déterminant dans de nombreuses séquences.
Ramaïoli assurant seul dessin et scénario, dépeint avec talent dans le premier cycle la formidable apogée du peuple Zoulou menée par le roi Cetewayo, à la limite de la folie jusqu'à sa capitulation face à l'armée britannique. Entretemps, les Zoulous ont infligé à l'Angleterre sa pire défaite coloniale à Isandhlawna le 22 janvier 1879, et il fallut l'appoint d'une armée de renfort de 10 000 hommes et plus de 6 mois de campagne pour écraser ce peuple, régi par une discipline de fer et pratiquant la guerre d'une manière impitoyable. Cet épisode a été bien illustré en 1964 dans le film Zoulou, puis en 1979 dans le film L'Ultime attaque.
Le second cycle conte en flash-back la mise en place de la tactique guerrière des Zoulous par leur premier roi Shaka ; ces séquences sont habilement narrées par Dundee, on en apprend un peu plus sur lui plus jeune, et l'érotisme y est parfois présent.
A l'aide d'une documentation solide et d'images fortes au trait vigoureux (la violence des combats est bien réelle), Ramaïoli tient son lecteur en haleine en réussissant une saga passionnante en 3 cycles de 6 albums, totalisant ainsi 18 albums ; c'est là que le bât blesse car il aurait pu aisément la raccourcir, par endroits le récit traîne un peu, et à l'achat, même en occase, ça fait cher le kilo. Mais ça reste une belle série.
Cette histoire de détective qui met ses aptitudes de médium au service de la police m'a enthousiasmé dès la lecture du 1er album. C'est une sorte de Mentalist avant la lettre.
Le héros est bien cerné, mystérieux, solitaire, au look de routard, charismatique à souhait, il résoud des enquêtes inextricables à travers l'Amérique profonde d'aujourd'hui, tout en essayant d'élucider sa propre énigme. Ecrites par Yves Swolfs qui, après avoir ébloui en tant que dessinateur, se consacre avec un égal talent au scénario, ces aventures se composent d'un diptyque et d'un one-shot. Sa peinture des bleds bouseux de cette Amérique profonde au sein de paysages typiques de l'Ouest, est fort bien rendue, elle me rappelle beaucoup certains films où l'action se déroule lentement et prend son temps, pour créer une atmosphère ; c'est exactement ce que je retrouve dans cette série : un faux manque de rythme qui en fait, suscite un climat très spécial.
La partie graphique est somptueuse et contribue à cette ambiance lente, les dessins du jeune De Vita qui venait de réaliser le tome 2 du "Décalogue" pour Frank Giroud, sont une pure merveille, son trait fin, ses savantes mises en page sont une des clefs de la réussite de cette série pourtant peu reconnue à sa juste valeur. Elle restera d'autant plus peu connue qu'elle ne compte que 3 albums, alors que j' aurais bien voulu voir ce héros évoluer encore un peu plus longtemps, il y avait un riche potentiel avec ce personnage, mais c'est hélas improbable, De Vita étant à présent embarqué dans "les Mondes de Thorgal".
Une belle courte série, dont l'achat sera peu onéreux, facile à trouver en occase.
Marc Franval, son épouse Cathy et leur fils Didi sont des chasseurs sans armes. A bord de leur fourgon Volkswagen, ils sillonnent le monde fascinés par la découverte et surtout l'image animalière qui servira à Marc pour étoffer ses films documentaires ; une sorte de Christian Zuber avant la lettre qui se heurte à de nombreux individus dangereux, trafiquants, contrebandiers et autres criminels qui empoisonnent la nature ou se livrent à des trafics illégaux, en terrorisant parfois les populations autochtones. Marc se dresse contre ces bandits, sans violence, avec ses moyens ; il y a peu de morts, les coupables sont le plus souvent remis aux autorités locales.
Qu'est-ce que j'aimais bien cette Bd au parfum exotique ! Pour le gosse que j'étais, c'était une véritable évasion, car à cette époque (création en 1963), on voyageait encore peu, et voir des images de jungles, savanes, déserts ou villes exotiques d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique du Sud était très évocateur. Ces décors servaient de toile de fond à ces aventures passionnantes, bien dans l'esprit des sixties, à une époque où il restait encore des lieux, des peuples ou des animaux à découvrir.
Cette belle création d'Edouard Aidans sur des textes d' Yves Duval ou Jacques Acar (scénaristes piliers du journal Tintin) sera très appréciée des lecteurs, mais la reprise de Tounga obligera Aidans à abandonner progressivement cette sympathique famille dont les découvertes faisaient rêver. Graphiquement, ça se situe entre les premiers Tounga et Les Panthères, dans un style franco-belge classique et soigné.
A découvrir, même si ça peut paraître un peu vieilli pour certains.
Sympathique album que cette petite histoire ! En Noir et Blanc, elle raconte un pays où les gens mourraient jeunes avec de grises mines… Un de ces "pays noirs" déjà d’un autre temps, depuis que les mines ont fermé.
Au travers des yeux d’un enfant, l’auteur lui-même visiblement, on découvre une vie quotidienne faite d’angoisses et de plaisirs simples.
On découvre aussi un auteur, capable d’enchanter un quotidien plutôt réfractaire en la matière. Dans un langage simple – la seule difficulté pour un lecteur parisien comme moi est l’emploi de formulation "chtis" (mais sans que cela n’ait vraiment gêné ma lecture), Jean-Luc Loyer revisite la banalité, la dureté de la vie, mais aussi et surtout l’incroyable potentiel de l’imagination pour changer le charbon en or : voilà un alchimiste qui décore de merveilleux les "moments nuls de la vie".
En fait, le Noir et Blanc s’impose ici, comme s’impose l’incroyable capacité du jeune héros à croire – dans tous les sens du terme, à la vie, à ce que les adultes lui disent, alors même que tout semble n’être qu’illusion, que douleur. L’optimisme de la jeunesse, voilà ce qui est exalté ici. Et donc, au milieu de toute cette noirceur, cet album est une pépite. Issu d’un filon inépuisable, et qu’aucun principe de réalité ne saurait condamner.
Un vrai coup de cœur et une lecture grandement recommandée !
Tome 1:Tome 2:Tome 3:Tome 4:Tome 5:
Une bonne série, bien sympathique, prenante, mais qui monte assez lentement en puissance.
Après la lecture du premier tome, je n'avais pas spécialement en vie de me plonger dans la suite.
Le tome 2 est plus intéressant, mais il m'a fallu attendre le tome 3 pour être vraiment conquis et passionné par les aventures très rythmées et variées de notre peintre-pirate et de ses acolytes.
Les tomes 3 et 4 sont passionnants, on retrouve un peu la même thématique que dans une autre série phare de Blain: Gus, à savoir les pérégrinations de malfrats finalement très romantiques, à le recherche de l'amour.
Malheureusement, je fus assez déçu par le tome 5 qui prend une tournure moins intéressante, comme si l'auteur commençait à manquer d'inspiration.
Graphiquement, on retrouve le trait si particulier de Blain, très dynamique, très fluide, très agréable, avec ses gueules impayables et nez de six pieds de long.
Un vrai régal !
Une lecture très agréable, mais des tomes de qualité assez inégale.
(237)
Scénarisée par Ramaïoli (sous son pseudo de Simon Rocca), et dessinée par T. Girod, d'un trait ferme très inspiré de Giraud et de Swolfs, il est clair que cette série s'inscrit parmi la nouvelle génération de westerns de la décennie 90-2000, mais qu'elle marche ouvertement sur les plate-bandes de Durango à laquelle elle ressemble beaucoup dans son traitement : ultra violence, sadisme, héros solitaire, superbes paysages, graphisme vigoureux, réalisme sanglant...auxquels s'ajoute le sexe. Sans compter l'aspect référentiel ; la série lorgne vers le cinéma de Sam Peckinpah (la Horde Sauvage surtout) et ouvertement celui de Sergio Leone et les personnages de Clint Eastwood pour de nombreux clins d'oeil (le héros dans la baignoire, identique au plan de L'Homme des Hautes Plaines), des plans leoniens (les revolvers qui tirent en même temps sur la victime), des répliques des films de Leone (Quand on tue, on fait pas des discours), des noms de ville (Tucumcari). De même qu'au début du 3ème album, une scène reprend une séquence entière du Bon la Brute et le Truand.
Il n'est donc pas étonnant que Girod ait repris Durango. Il offre un chasseur de primes plutôt vénal mais dont la conscience lui dicte parfois de bonnes actions, puisqu'il aide un métis à se venger des ignobles salopards que sont les frères Bull. J'ai tout de suite accroché avec ce genre de western pas compliqué qui permet de passer un bon moment de lecture, j'aime ses ambiances, ses personnages pas toujours nets, et son style Mex. J'en recommande même l'achat en regrettant vivement qu'il n'y aura certainement plus d'épisodes.
Quand en 1976, la très sérieuse maison Larousse, parrainée par FR3, lance cette série de fascicules brochés grand format, j'étais encore adolescent et je n'étais pas encore passionné d'Histoire comme aujourd'hui, j'en ai lu d'un oeil distrait. Mais plus tard, j'ai acheté le tome 1 cartonné qui reprenait les chapitres par 6, depuis la Gaule de Vercingétorix jusqu'aux invasions Vikings ; le travail de Ribera, De La Fuente ou Marcello m'ont donné envie de trouver la suite, ce que j'ai réussi en dégotant les originaux en fascicules brochés (groupant 2 chapitres), jusqu'au n°13 sur le siècle de Louis XIV.
J'ai passé des heures à feuilleter ces pages en me remémorant des souvenirs d'école primaire, et je suis tombé sous le charme de cette série.
Quel coup d'éclat pour Larousse : sous la houlette d'une équipe d'historiens auxquels se sont joints d'excellents scénaristes aux qualités narratives reconnues, et les meilleurs dessinateurs du moment (Coelho, Marcello, Ribera, La Fuente, Manara, Poïvet, Bielsa, Tacconi, Buzzelli, Forton, Battaglia et d'autres...), l'éditeur nous offrait les grands épisodes de notre Histoire, de la Gaule à nos jours. Même si c'est parfois une suite de séquences anecdotiques et même si l'ensemble sacrifie à quelques clichés (notamment en utilisant des mots historiques contestés ou apocryphes), le travail accompli est remarquable, et surtout conté d'une façon aventureuse qui donne envie de s'intéresser à l'Histoire, au contraire des méthodes scolaires rébarbatives.
C'est ce que Larousse a compris en franchissant le pas et en utilisant comme support pédagogique la bande dessinée, qui enfin en cette fin d'année 70, est prise au sérieux et reconnue comme un art et un moyen d'expression.
Par cette formule, l'éditeur du Dictionnaire affichait clairement ses ambitions didactiques tout en cautionnant le support BD. Et ça fera des petits, combien de Régions françaises illustrent leur histoire de cette façon ?
La première édition de fascicules obtient un tel succès entre 1976 et 78, que Larousse lance l'édition cartonnée en 1979, suivie en 1983-84 d'une édition en 8 albums thématiques, de même qu'il lancera "la Découverte du monde en BD", Histoire du Far West etc, avec la même formule et souvent les mêmes grands pros du crayon. Un achat chaudement recommandé pour les amateurs d'Histoire et les nostalgiques.
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Commencée en 1976 dans l'hebdo hollandais Eppo, la saga de "Storm" est certainement l'une des bandes de science-fiction les plus réussies. Je l'ai découverte dans Circus, et moi qui n'est pas attiré par la SF, j'ai tout de suite accroché à cette série, et encore plus après avoir eu une dédicace de Don Lawrence à Angoulême en..... enfin il y a bien longtemps. Le succès revient surtout à Lawrence et à son dessin hyperréaliste dont le rendu quasi photographique atteint une précision et un sens du détail rarement égalés, et où les couleurs jouent un grand rôle. Cette technique de dessin en relief a fait de Lawrence un magicien de l'image ; il l'avait déja expérimentée sur sa précédente série L'Empire de Trigan, mais ici, il donne la pleine mesure de son grand talent d'illustrateur. L'autre atout est la mise en place d'un univers influencé au départ par celui de Flash Gordon (surtout perceptible dans les peuples que croise le héros), et par la série de films La Planète des singes (très différents du roman) où le héros se retrouve dans un monde de nulle part, une réplique de la Terre d'où les océans ont disparu, et habitée par des peuples barbares et primitifs. Storm rencontre Redhair, une superbe fille rousse qui devient sa compagne et avec qui il entame une vie d'aventure à la découverte de créatures étranges, de mutants, de savants fous et de tyrans cruels. Dans cet univers apocalyptique aux décors surprenants et très changeants d'un album à l'autre, bien mis en valeur par le crayon de Lawrence, où la civilisation a régressé et où se télescopent la technologie la plus pointue et les armes archaïques, Storm et Redhair sont les deux seuls humains normaux et doivent sans cesse éviter de grands périls. Une série dont les ingrédients sont typiques des années 70 et 80, un peu injustement oubliée et tentante à découvrir pour ses scénarios imaginatifs, c'est ce qui m'avait aussitôt attiré car ça ne versait pas que dans la science-fiction spatiale, il y avait un mélange de genres, englobant même de nombreux éléments de fantasy, avec toutes ces créatures étranges rencontrées par le couple de héros. D'autant plus que la série n'est guère facile à trouver en occase, Glénat ne l'ayant éditée qu'une seule fois en s'arrêtant à 15 albums alors qu'elle a continué en Angleterre ; elle a donc atteint une sorte de statut culte, et je connais un gars qui avait revendu ses albums et qui maintenant s'en mord les doigts, tant pis pour lui... Une SF pleine de charme qui pourra agréablement surprendre. A noter qu'il y a une continuité, mais chaque album fonctionne indépendamment des autres ; les 6 premiers sont les meilleurs.
Rahan
Ah Rahan, quelle belle lecture de jeunesse, cette bande a bercé ma pré-adolescence et au risque de passer pour un attardé, elle reste même encore une excellente lecture pour l'adulte que je suis devenu, ce que ne peuvent comprendre difficilement ceux qui n'ont pas grandi avec. Le succès de ce Tarzan de la Préhistoire fut tellement fulgurant en 1969 (pourtant le dessin n'était pas encore très top) qu'il devient le héros vedette de Pif-Gadget et qu'il entraîne la création de sa propre publication, en broché, tout en continuant ses exploits dans Pif en récits complets de 20 planches (il y en eut 102 plus 2 récits longs). Ce succès profite de la disparition provisoire de Tounga, l'autre grande bande réaliste qui occupe ce créneau préhistorique dans le journal Tintin. Mais le succès est dû au grand talent de Chéret qui adopte un graphisme vigoureux un peu inspiré de Burne Hogarth, constitué de cases éclatées où les personnages musculeux sont pleinement mis en valeur. Ceci combiné à la qualité des scénarios de Lécureux, dont le côté naïvement éducatif et édifiant passionne les jeunes lecteurs. On s'identifiait au héros, on l'admirait pour sa force, son courage et son intelligence, et aussi, ce qui me plaisait, c'était le côté très aventureux de la Préhistoire, période qui me fascinait. C'est d'ailleurs le petit bémol que j'ai remarqué une fois devenu adulte (ce dont on se foutait étant gamin) : le curieux contraste entre le trop "savant" Rahan au physique de beau gosse blond, et l'aspect parfois très primitif de certains peuples qu'il rencontre. Solitaire, il observe la nature et les animaux pour en tirer avantage, et va à la rencontre de clans, de tribus hostiles ou parfois accueillantes, à qui il enseigne les secrets de ses nombreuses découvertes (pièges pour chasser, constructions diverses, bricolages pratiques, usage de certaines armes....). Des rapports de force ont lieu entre Rahan et des chefs obtus, des sorciers cupides, des guerriers aveuglés par la haine, ou parfois de belles femmes aux formes harmonieuses qui règnent sur de petits royaumes. Mais avant tout, Rahan enseigne la sagesse et la paix, jouant ainsi un rôle humaniste, prônant la fraternité des peuples, symbolisant tous les progrès accomplis par l'homme durant la Préhistoire. C'est sans doute un peu pour rendre chaque épisode plus attractif que Lécureux n'évite pas les anachronismes ; mais ce n'est pas bien grave, ce qui compte avant tout, c'est le charisme du héros et le souffle de l'aventure. Le travail du fils de Lécureux pour relancer l'homme au coutelas d'ivoire est remarquable, Chéret retrouve la forme, car à une époque, il était tellement débordé par le rythme effréné des parutions (rançon de la gloire), qu'il a parfois laissé le dessin à l'Espagnol Enrique Romero (auteur de la Bd Axa) puis à Michel Rouge et à l'Italien Guido Zamperoni. L'achat risque d'être rude vu la quantité d'intégrales Soleil, au choix en couleurs ou en N/B pour retrouver le charme des années Pif-Gadget. Une des meilleures Bd françaises de la grande époque.
Arthur
Contrairement à la série "Merlin" de Lambert et Istin chez Soleil, qui opte pour une approche plus fantastique, "Arthur" se situe dans un créneau historique celte qui prend sa source à la légende originelle, antérieure aux récits arthuriens teintés de merveilleux décrits par Geoffrey de Monmouth ou Chrétien de Troyes, avec notamment la légende d'Excalibur. On est ici en l'an 500 en Bretagne (l'île britannique, pas la province française), en des temps primitifs, bien avant sa conversion à la chrétienté, où le royaume est assailli par des peuples farouches : Lloegriens (Saxons venus de Germanie), Gaëls (Irlandais venus de l'île d'Iwerddon), Pictes et Scots (ancêtres des Gallois et des Ecossais) qui convoitent les terres bretonnes où vivent les Kymry (Arthur étant roi des Bretons). Merlin, appelé ici Myrddin, est au centre des récits, il apparaît dès le tome 1 qui lui est consacré, mais c'est le personnage d'Arthur qui apparaît au tome 2 qui reste le héros central de cette saga-fleuve, dont l'apogée nous est contée dans son intégralité. Chaque album a pour titre le nom d'un personnage qui gravite autour d'Arthur, qui ont pour noms Gwalchmei son neveu, Gwenhwyfar (Guenièvre) son épouse, Morgwen (Morgane) sa soeur disciple de Myrddin, Kei son demi-frère, Bedwyr le Manchot, Gereint, Gweir ou Taliesin ses compagnons et amis. Tous les noms propres à consonance gaëlique, les personnages nombreux, et la complexité du récit réclamant une attention soutenue, rendent cette série très ambitieuse et difficile à suivre si l'on en perd le fil, à tel point que les auteurs livrent un lexique dans chaque album, mais la narration très littéraire de David Chauvel, qui peut rendre cette saga ardue, ainsi que les dessins lumineux et précis de Jérôme Lereculey (qui s'affinent après le tome 2) rendent la lecture de la série passionnante. Les coutumes celtiques du Haut Moyen Age sont bien reproduites grâce à une documentation sans faille, agrémentées de belles couleurs, de personnages mythiques et de formidables scènes de bataille au souffle épique. Dans cette Bretagne de légende, l'honneur, la loyauté, la force sont des vertus qui dirigent les hommes ; la rudesse du climat et de l'existence, la violence des combats, les créatures chimériques leur forgent le caractère, c'est ce qui fait d'Arthur un roi juste et grand. Une série envoûtante et somptueuse que je recommande d'aborder avec circonspection en cas de déception devant la densité de l'ensemble, à tester d'abord en biblio, et plus si affinité.
Zoulouland
Cette superbe création de Ramaïoli commencée en 1987 (avec son compère Durand pour les 2 premiers tomes) raconte les excès du colonialisme sauvage, ici perpétrés par les Britanniques en Afrique australe. Pour atténuer l'aspect trop didactique qui aurait pu nuire à la série, Ramaïoli conte l'épopée des Zoulous, peuple puissant et fier organisé en terribles castes militaires, à travers les destins de 2 personnages principaux : les Ecossais Kevin Stuart et John Dundee. Kevin est un soldat impulsif qui a tous les défauts de la jeunesse, sensible aux provocations, mais dont le caractère se forge au fil du récit, car être témoin si jeune de carnages abominables et de haine aveugle, bouscule ses idéaux. De son côté, Dundee donne l'impression d'un éclaireur au coeur endurci, il a vécu longtemps parmi le peuple Zoulou et il a le respect de certains chefs ; c'est un homme complexe, dont les yeux ont vu beaucoup de sang, d'injustice et de folie humaine, et il n'approuve pas la façon dont l'Empire britannique mène cette guerre contre le "Peuple du ciel". Certes, les Anglais ne peuvent tolérer une telle menace à leurs frontières, mais leur méthode basée sur l'extermination, le mépris et le racisme (toujours le bon vieux cliché du sauvage non civilisé) rebute Dundee qui en plus, est un bourru sympathique ayant des problèmes avec l'autorité. Ce vieux briscard qui est finalement très humain sous ses dehors rageurs, a la physionomie de Kirk Douglas, ce qui n'est sûrement pas un hasard. Son rôle sera déterminant dans de nombreuses séquences. Ramaïoli assurant seul dessin et scénario, dépeint avec talent dans le premier cycle la formidable apogée du peuple Zoulou menée par le roi Cetewayo, à la limite de la folie jusqu'à sa capitulation face à l'armée britannique. Entretemps, les Zoulous ont infligé à l'Angleterre sa pire défaite coloniale à Isandhlawna le 22 janvier 1879, et il fallut l'appoint d'une armée de renfort de 10 000 hommes et plus de 6 mois de campagne pour écraser ce peuple, régi par une discipline de fer et pratiquant la guerre d'une manière impitoyable. Cet épisode a été bien illustré en 1964 dans le film Zoulou, puis en 1979 dans le film L'Ultime attaque. Le second cycle conte en flash-back la mise en place de la tactique guerrière des Zoulous par leur premier roi Shaka ; ces séquences sont habilement narrées par Dundee, on en apprend un peu plus sur lui plus jeune, et l'érotisme y est parfois présent. A l'aide d'une documentation solide et d'images fortes au trait vigoureux (la violence des combats est bien réelle), Ramaïoli tient son lecteur en haleine en réussissant une saga passionnante en 3 cycles de 6 albums, totalisant ainsi 18 albums ; c'est là que le bât blesse car il aurait pu aisément la raccourcir, par endroits le récit traîne un peu, et à l'achat, même en occase, ça fait cher le kilo. Mais ça reste une belle série.
James Healer
Cette histoire de détective qui met ses aptitudes de médium au service de la police m'a enthousiasmé dès la lecture du 1er album. C'est une sorte de Mentalist avant la lettre. Le héros est bien cerné, mystérieux, solitaire, au look de routard, charismatique à souhait, il résoud des enquêtes inextricables à travers l'Amérique profonde d'aujourd'hui, tout en essayant d'élucider sa propre énigme. Ecrites par Yves Swolfs qui, après avoir ébloui en tant que dessinateur, se consacre avec un égal talent au scénario, ces aventures se composent d'un diptyque et d'un one-shot. Sa peinture des bleds bouseux de cette Amérique profonde au sein de paysages typiques de l'Ouest, est fort bien rendue, elle me rappelle beaucoup certains films où l'action se déroule lentement et prend son temps, pour créer une atmosphère ; c'est exactement ce que je retrouve dans cette série : un faux manque de rythme qui en fait, suscite un climat très spécial. La partie graphique est somptueuse et contribue à cette ambiance lente, les dessins du jeune De Vita qui venait de réaliser le tome 2 du "Décalogue" pour Frank Giroud, sont une pure merveille, son trait fin, ses savantes mises en page sont une des clefs de la réussite de cette série pourtant peu reconnue à sa juste valeur. Elle restera d'autant plus peu connue qu'elle ne compte que 3 albums, alors que j' aurais bien voulu voir ce héros évoluer encore un peu plus longtemps, il y avait un riche potentiel avec ce personnage, mais c'est hélas improbable, De Vita étant à présent embarqué dans "les Mondes de Thorgal". Une belle courte série, dont l'achat sera peu onéreux, facile à trouver en occase.
Les Franval
Marc Franval, son épouse Cathy et leur fils Didi sont des chasseurs sans armes. A bord de leur fourgon Volkswagen, ils sillonnent le monde fascinés par la découverte et surtout l'image animalière qui servira à Marc pour étoffer ses films documentaires ; une sorte de Christian Zuber avant la lettre qui se heurte à de nombreux individus dangereux, trafiquants, contrebandiers et autres criminels qui empoisonnent la nature ou se livrent à des trafics illégaux, en terrorisant parfois les populations autochtones. Marc se dresse contre ces bandits, sans violence, avec ses moyens ; il y a peu de morts, les coupables sont le plus souvent remis aux autorités locales. Qu'est-ce que j'aimais bien cette Bd au parfum exotique ! Pour le gosse que j'étais, c'était une véritable évasion, car à cette époque (création en 1963), on voyageait encore peu, et voir des images de jungles, savanes, déserts ou villes exotiques d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique du Sud était très évocateur. Ces décors servaient de toile de fond à ces aventures passionnantes, bien dans l'esprit des sixties, à une époque où il restait encore des lieux, des peuples ou des animaux à découvrir. Cette belle création d'Edouard Aidans sur des textes d' Yves Duval ou Jacques Acar (scénaristes piliers du journal Tintin) sera très appréciée des lecteurs, mais la reprise de Tounga obligera Aidans à abandonner progressivement cette sympathique famille dont les découvertes faisaient rêver. Graphiquement, ça se situe entre les premiers Tounga et Les Panthères, dans un style franco-belge classique et soigné. A découvrir, même si ça peut paraître un peu vieilli pour certains.
Les Mangeurs de Cailloux
Sympathique album que cette petite histoire ! En Noir et Blanc, elle raconte un pays où les gens mourraient jeunes avec de grises mines… Un de ces "pays noirs" déjà d’un autre temps, depuis que les mines ont fermé. Au travers des yeux d’un enfant, l’auteur lui-même visiblement, on découvre une vie quotidienne faite d’angoisses et de plaisirs simples. On découvre aussi un auteur, capable d’enchanter un quotidien plutôt réfractaire en la matière. Dans un langage simple – la seule difficulté pour un lecteur parisien comme moi est l’emploi de formulation "chtis" (mais sans que cela n’ait vraiment gêné ma lecture), Jean-Luc Loyer revisite la banalité, la dureté de la vie, mais aussi et surtout l’incroyable potentiel de l’imagination pour changer le charbon en or : voilà un alchimiste qui décore de merveilleux les "moments nuls de la vie". En fait, le Noir et Blanc s’impose ici, comme s’impose l’incroyable capacité du jeune héros à croire – dans tous les sens du terme, à la vie, à ce que les adultes lui disent, alors même que tout semble n’être qu’illusion, que douleur. L’optimisme de la jeunesse, voilà ce qui est exalté ici. Et donc, au milieu de toute cette noirceur, cet album est une pépite. Issu d’un filon inépuisable, et qu’aucun principe de réalité ne saurait condamner. Un vrai coup de cœur et une lecture grandement recommandée !
Isaac le pirate
Tome 1:
Tome 2:
Tome 3:
Tome 4:
Tome 5:
Une bonne série, bien sympathique, prenante, mais qui monte assez lentement en puissance.
Après la lecture du premier tome, je n'avais pas spécialement en vie de me plonger dans la suite.
Le tome 2 est plus intéressant, mais il m'a fallu attendre le tome 3 pour être vraiment conquis et passionné par les aventures très rythmées et variées de notre peintre-pirate et de ses acolytes.
Les tomes 3 et 4 sont passionnants, on retrouve un peu la même thématique que dans une autre série phare de Blain: Gus, à savoir les pérégrinations de malfrats finalement très romantiques, à le recherche de l'amour.
Malheureusement, je fus assez déçu par le tome 5 qui prend une tournure moins intéressante, comme si l'auteur commençait à manquer d'inspiration.
Graphiquement, on retrouve le trait si particulier de Blain, très dynamique, très fluide, très agréable, avec ses gueules impayables et nez de six pieds de long.
Un vrai régal !
Une lecture très agréable, mais des tomes de qualité assez inégale.
(237)
Wanted (Rocca/Girod)
Scénarisée par Ramaïoli (sous son pseudo de Simon Rocca), et dessinée par T. Girod, d'un trait ferme très inspiré de Giraud et de Swolfs, il est clair que cette série s'inscrit parmi la nouvelle génération de westerns de la décennie 90-2000, mais qu'elle marche ouvertement sur les plate-bandes de Durango à laquelle elle ressemble beaucoup dans son traitement : ultra violence, sadisme, héros solitaire, superbes paysages, graphisme vigoureux, réalisme sanglant...auxquels s'ajoute le sexe. Sans compter l'aspect référentiel ; la série lorgne vers le cinéma de Sam Peckinpah (la Horde Sauvage surtout) et ouvertement celui de Sergio Leone et les personnages de Clint Eastwood pour de nombreux clins d'oeil (le héros dans la baignoire, identique au plan de L'Homme des Hautes Plaines), des plans leoniens (les revolvers qui tirent en même temps sur la victime), des répliques des films de Leone (Quand on tue, on fait pas des discours), des noms de ville (Tucumcari). De même qu'au début du 3ème album, une scène reprend une séquence entière du Bon la Brute et le Truand. Il n'est donc pas étonnant que Girod ait repris Durango. Il offre un chasseur de primes plutôt vénal mais dont la conscience lui dicte parfois de bonnes actions, puisqu'il aide un métis à se venger des ignobles salopards que sont les frères Bull. J'ai tout de suite accroché avec ce genre de western pas compliqué qui permet de passer un bon moment de lecture, j'aime ses ambiances, ses personnages pas toujours nets, et son style Mex. J'en recommande même l'achat en regrettant vivement qu'il n'y aura certainement plus d'épisodes.
Histoire de France en Bandes Dessinées
Quand en 1976, la très sérieuse maison Larousse, parrainée par FR3, lance cette série de fascicules brochés grand format, j'étais encore adolescent et je n'étais pas encore passionné d'Histoire comme aujourd'hui, j'en ai lu d'un oeil distrait. Mais plus tard, j'ai acheté le tome 1 cartonné qui reprenait les chapitres par 6, depuis la Gaule de Vercingétorix jusqu'aux invasions Vikings ; le travail de Ribera, De La Fuente ou Marcello m'ont donné envie de trouver la suite, ce que j'ai réussi en dégotant les originaux en fascicules brochés (groupant 2 chapitres), jusqu'au n°13 sur le siècle de Louis XIV. J'ai passé des heures à feuilleter ces pages en me remémorant des souvenirs d'école primaire, et je suis tombé sous le charme de cette série. Quel coup d'éclat pour Larousse : sous la houlette d'une équipe d'historiens auxquels se sont joints d'excellents scénaristes aux qualités narratives reconnues, et les meilleurs dessinateurs du moment (Coelho, Marcello, Ribera, La Fuente, Manara, Poïvet, Bielsa, Tacconi, Buzzelli, Forton, Battaglia et d'autres...), l'éditeur nous offrait les grands épisodes de notre Histoire, de la Gaule à nos jours. Même si c'est parfois une suite de séquences anecdotiques et même si l'ensemble sacrifie à quelques clichés (notamment en utilisant des mots historiques contestés ou apocryphes), le travail accompli est remarquable, et surtout conté d'une façon aventureuse qui donne envie de s'intéresser à l'Histoire, au contraire des méthodes scolaires rébarbatives. C'est ce que Larousse a compris en franchissant le pas et en utilisant comme support pédagogique la bande dessinée, qui enfin en cette fin d'année 70, est prise au sérieux et reconnue comme un art et un moyen d'expression. Par cette formule, l'éditeur du Dictionnaire affichait clairement ses ambitions didactiques tout en cautionnant le support BD. Et ça fera des petits, combien de Régions françaises illustrent leur histoire de cette façon ? La première édition de fascicules obtient un tel succès entre 1976 et 78, que Larousse lance l'édition cartonnée en 1979, suivie en 1983-84 d'une édition en 8 albums thématiques, de même qu'il lancera "la Découverte du monde en BD", Histoire du Far West etc, avec la même formule et souvent les mêmes grands pros du crayon. Un achat chaudement recommandé pour les amateurs d'Histoire et les nostalgiques.