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Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Pionniers de l'Espérance
Les Pionniers de l'Espérance

J'avais entendu beaucoup de bien de cette vieille série et je me suis décidé à emprunter les albums parus chez Futuropolis (j'avais aussi trouvé l'album paru chez Glénat, mais c'était un récit paru en 1957 donc déjà disponible dans l'intégrale). Je ne suis pas un grand fan de la science-fiction à la Flash Gordon, mais là j'ai vraiment aimé. Certes, il y a une certaine naïveté dans les scénarios humanistes de Roger Lécureux et si on pense trop, on va vite se rendre compte des dizaines de trucs qui ne font pas de sens (Spooky a énuméré plusieurs exemples), mais les histoires sont solides et j'étais souvent captivé du début jusqu'à la fin parce que je voulais savoir comment l'histoire se terminait. Le scénariste fait aussi preuve de beaucoup d'imagination et j'ai été surpris à plus d'une reprise. Mais le meilleur pour moi c'est le dessin de Raymond Poivet. Au début, c'est sympa et son trait me faisait penser à du Milton Caniff et puis au fil des histoires son trait évolue pour devenir un des plus beaux dessins réalistes que j'ai vus !

24/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Gaston Lagaffe
Gaston Lagaffe

Est-ce qu'il y a quelqu'un dans le monde de la BD qui n'aime pas Gaston ? Je me demande si ça existe. Ce géant de la planète BD appelle tous les superlatifs, les mots sont vains pour exprimer la joie qu'il procure au lecteur. Lorsque le 28 février 1957, André Franquin lance ce garçon distrait, il ne se doutait pas qu'il atteindrait quelques années plus tard une gloire phénoménale, qu'il deviendrait la grande vedette du journal Spirou. Gaston évolue assez lentement, par étapes jusqu'en 1968. A partir de cette date, son graphisme est parfait, les éléments sont en place : doux rêveur, gaffeur impénitent engagé par les éditions Dupuis comme garçon de bureau, une activité mal définie où il remplit l'emploi d'homme à tout faire, mais qui s'ennuie vite ; il ne sait pourtant pas la chance qu'il a d'avoir un pied dans l'univers d'un journal de BD, beaucoup aimeraient être à sa place. Débordant d'imagination mais fainéant de la pire espèce, il occupe un bureau bordélique envahi par un chat, une mouette rieuse au cri affreux, des poissons rouges, des souris, un cactus géant... un véritable capharnaüm qu'il utilise pour ses expériences chimiques redoutables, ses bricolages, réparations et inventions mécaniques en tous genres qui finissent souvent en catastrophe, lorsqu'il n'est pas entrain de faire échouer la signature des fameux contrats de Mr De Mesmaeker, l' homme d'affaires qui ne rit jamais. Son bureau-atelier lui sert aussi pour faire de la cuisine dégageant des odeurs nauséabondes, préparer des mixtures étranges ou pour confectionner des jeux électroniques dans lesquels il entraîne ses collègues dans des parties folles. Et puis, il s'adonne à ses siestes légendaires. Toute sa ménagerie ou ses objets hétéroclites sont des sources multiples de gags qui malgré un pitch tout simple, évitent la répétition. Mais la grande richesse de cette bande tient aussi dans ses personnages secondaires qui gravitent dans l'entourage de Gaston : outre De Mesmaeker, Fantasio en rédac-chef, un temps échappé des aventures de Spirou, remplacé ensuite par Léon Prunelle (le plus frénétique face aux mirobolantes inventions de Gaston), les secrétaires Sonia, Yvonne et Suzanne, Lebrac le plus souvent apeuré par les gadgets ahurissants du héros, Mr Boulier le comptable, les deux copains Jules et Bertrand qui subissent avec une certaine habitude les dégâts des bibelots que Gaston répare ; seule M'oiselle Jeanne, la secrétaire folâtre des Editions, amoureuse en secret de Gaston, lui voue une admiration inconditionnelle, et celui-ci l'emmène parfois se balader dans sa voiture antédiluvienne, autre source d'effets comiques avec le personnage le plus redoutable pour Gaston : Lontarin, l'agent de police borné, suspectant toujours à juste titre, le diabolique tacot. M'enfin, Gaston est aussi l'inventeur du Gaffophone, un instrument bizarroïde qu'il est prudent de regarder sans en jouer. Bref, tout cet univers bien mis en place par Franquin, sa richesse d'invention, l'ingéniosité et le côté dévastateur de certains gags, la qualité du dessin d'une grande vivacité, aux cases toujours très remplies, ainsi que sa signature personnalisée au bas de chaque planche, ont valu un succès durable et intemporel à cette bande touchant toutes les tranches d'âge, et devenue ainsi l'un des grands best-sellers de la BD. Hoah, bin tiens ! Pour les albums, préférer la période Prunelle qui est la plus désopilante, de même que le dessin de Franquin a atteint à ce moment sa pleine maturité.

23/06/2013 (modifier)
Par jul
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Rubrique-à-Brac
Rubrique-à-Brac

Aaaah les rubriques à brac de Gotlib. Une oeuvre qui m'a fortement marqué enfant (comme Franquin puis plus tard Loisel et Moebius). Un truc qui a véritablement révolutionné le monde du 9ème art. C'était réellement novateur. Ultra dense (un peu bordélique mais dans le bon sens du terme ), varié, satirique, libertaire, ethnologique... Un véritable regard d'auteur sur la societé des années 60, 70. Mais avec une bonne moitié de délire non-sensique (les présentations d'animaux par exemple). On sent que Marcel Gotlib a démarré ses rubriques avec les dingodossiers, tous aussi bons mais plus sages (années 50 obligent) puis a découvert l'herbe vers la fin des années 60, Woodstock, mai 68 etc ...) avec les rubriques à brac. Et sur la fin du 4ème tome on sent que ça commence à vriller sérieusement (strip gore du " ... je te tiens par la barbichette ... " entre autres). Donc il a créé fluide glacial avec ses rahhh lovely et autres superdupont ... Les rubriques à brac m'ont fortement interpellé à l'époque de mon enfance. Humour débile ET intelligent. Regard observateur et satirique sur la societé dans son ensemble (loisirs, habitudes et manies des Français de ces années là, musique, cinéma, télé, histoire de France revisitée, enquètes débiles ... et puis plein d'autres trucs. C'est un fourre-tout finalement incroyablement cohérent. Maintenant j'admets que certains trucs ont un peu vieilli ( les rouflaquettes, les pulls à col roulé), mais à part ça ça reste incroyablement moderne et drôle pour l'époque. Ce type d'humour "intelligent" et pré-trash est vraiment influencé par des trucs comme les Monty Python qui faisaient fureur à l'époque et a créé l'humour fluide glacial. Donc Gotlib c'est un peu Dieu le père aux côtés de Franquin et Giraud-Moebius. Son héritage est énorme (toute l'écurie Fluide glacial mais aussi Psychopat).

23/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Bruno Brazil
Bruno Brazil

Avec ce héros prodigieux crée dans le journal Tintin en 1967, Vance et Greg (qui signe Louis Albert) surfent sur la vague de bondomania qui soufflait alors à l'écran, à la TV et en BD où nombre de personnages vont s'engouffrer. Au début , les aventures de Bruno Brazil sont traditionnelles, de plus il évolue seul, dans une succession de récits complets ainsi que dans son premier récit long : Le Requin qui mourut deux fois, en 1968, qui s'ouvre par un crash tonitruant digne des James Bond. Durant cette période, Brazil est un agent secret très bondien (coupe clean, costume bien coupé, toujours élégant) qui évolue dans un contexte policier-espionnage. Dès le second épisode, Commando Caïman, c'est le grand démarrage de la série, le ton va changer, et la série va prendre un aspect Mission impossible, grâce aux agents qu'il recrute pour composer son groupe d'élite, chacun a sa spécialité : Brazil, véritable playboy qui prépare tout au millimètre ; Gaucho Moralès, un Mexicain exubérant qui est le plus redoutable des Caïmans ; Texas Bronco, au look cowboy, casse-cou superbe et chimiste doué pour la fabrication de gadgets ; Billy Brazil, jeune frère de Bruno, le plus influençable mais as du sabotage ; la sublime Whip Rafale, une véritable Lara Croft avant l'heure qui manie le fouet avec dextérité ; et enfin Big Boy Lafayette, ancien jockey adroit par sa petite taille, spécialisé dans la pose des micros et manieur d'un yoyo en acier redoutable. Il sera le premier à être tué au cours d'une mission. Car c'est là le détail qui tranche résolument avec toutes les séries réalistes de la même époque, ce qui est aussi la patte de Greg : briser le cliché des héros immaculés à qui il n'arrive jamais rien. On verra qu'à la même époque, Greg malmenait aussi durement Bernard Prince et ses amis. La série se transforme au fil des épisodes, Greg et Vance se complètent parfaitement, faisant de cette bande l'une des grandes séries du journal Tintin ; Vance atteint une qualité graphique, notamment sur l'épisode Sarabande à Sacramento, à l'aide d'un crayon aiguisé surtout sur les visages très carrés, en éclatant ses cases et en apportant un soin dans les décors (qui seront confiés à son beau-frère Coria), de même qu'il dessine toujours de très belles femmes. A la même époque, il a repris Bob Morane, et on se demande comment il pouvait alimenter avec autant de talent 2 séries importantes. De son côté, Greg laisse s'épanouir la personnalité de chacun des Caïmans, en insufflant toujours son ton ironique et son humour cynique, perceptible dans les répliques de Brazil, c'est sa marque de fabrique qu'on retrouve dans Bernard Prince et Comanche. Mais sans doute lassé ou occupé par ses autres activités, il décime durement l'équipe, Brazil vieillit, il est moralement brisé et se marie avec Gina Loudéac, une jolie Française, mais les missions sont terminées, l'embourgeoisement seyant mal avec les services secrets. La série s'arrête en 1983 au grand désespoir des fans dont j'étais ; le choc des morts dans une série était totalement inhabituel à l'époque, contrairement à aujourd'hui, et je connais des gars qui ne s'en sont pas remis ; déja le premier, celui de Big Boy m'avait déconcerté. Mais tout ça reste une belle aventure, une très bonne série dont on peut acheter les albums car ils ne sont pas nombreux.

22/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Iznogoud
Iznogoud

J'ai toujours adoré le graphisme de Tabary que ce soit dans Totoche ou Valentin le vagabond, et ici, c'est l'explosion, il se lache totalement dans la démesure des gags, de l'inventivité et du décor exotique, avec bien évidemment le délire verbal, les jeux de mots et les calembours de Goscinny ; tous deux ont dû beaucoup s'amuser, et moi aussi, je sautais sur cette bande à chaque parution du journal Pilote où je l'ai découverte dès 1968. Ce grand Vizir qui tente par tous les moyens, y compris les plus tordus, de se débarrasser du calife Haroun el-Poussah, sorte de gros potentat fainéant et candide, perpétuellement somnolent sur les coussins profonds de son palais, est le letmotiv le plus simple qui existe, mais sur ce faible écheveau, les auteurs vont bâtir une succession de gags (répétitifs d'après certains avis), mais c'est justement cette exagération dans la répétition qui en devient drôle. Malgré les tentatives multiples qui échouent toujours (objets enchantés, magiciens, potions, sortilèges, mouche tsé-tsé...), Iznogoud capte étrangement la sympathie du lecteur ; son dessein de "devenir calife à la place du calife" est tellement associé à cette Bd, que ça fait partie du langage courant. Les personnages aux trognes savoureuses, la vision loufoque de l'univers des Mille et une nuits, le dessin très expressif de Tabary dont les couleurs vives accentuent le côté somptueux d'un Orient de fantaisie, la perpétuelle agitation, les personnages secondaires tordants (comme ce magicien couvert de bosses qui n'arrive pas à traverser les murs) et les trouvailles de Goscinny sont parmi les nombreuses raisons du succès de cette bande qui pour moi est l'une des plus drôles dans le domaine humoristique. Je trouve que les récits courts de 8 planches étaient les meilleurs, même si après la mort de Goscinny, Tabary a su conserver un bon niveau ; pour cela, il a sacrifié plus ou moins ses autres créations. J'étais à deux doigts de mettre 5 étoiles, mais cette note est réservée selon moi à des Bd vraiment exceptionnelles ; disons qu' "Iznogoud" n'en est pas loin.

22/06/2013 (modifier)
Par jul
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Véritable Histoire de Ashe Barrett
La Véritable Histoire de Ashe Barrett

J'ai enfin trouvé cette mythique bd de Vincent Hardy. Enfin juste le tome 2. J'avais lu ça enfant à la bibliothèque et j'avais adoré. Après re-lecture c'est effectivement assez barré. Jugez plutôt : des sortes de savants militaires font appel à Ash Barrett pour amorcer une douzaine d'espèces de gigantesques lance-missiles nucléaires. Ils lui fournissent une moto cross et un livre de recettes de cuisine d'amorçage. Le timing est assez serré : les 48 pages de l'album et à chaque fois il a une chance sur 2 pour que tout n'explose pas. Il ne réussira qu'à en amorcer 3 sur 12 et à chaque fois cela explose ! La bd est finie, la mission a donc échoué. Fin. Mais qu'est ce que c'est que ce scénar !!! Ajoutez à cela un décor post apocalyptique de campagne française ou belge avec des pavillons autour de gigantesques infrastructures militaires. Il pleut, il y a de la boue et sur chaque lance-missiles se trouvent des pantins gonflables ( ??? ). Cette logique dans l'absurde me fait penser au film "Dans la peau de John Malkovich" mais à la sauce SF franco belge. On est projeté sans explications préalables dans ce monde futuriste complètement inédit et loufoque et tout reste limpide, haletant et drôle. Mine de rien c'est vraiment une oeuvre unique de la bd. Et puis je suis vraiment fan de ces dessins. Ces grosses machines type moissonneuses batteuses militaires avec un restaurant à l'intérieur du cockpit et ces gigantesques infrastructures plantées au beau milieu de campagnes boueuses (avec des maisons tout ce qu'il y a de plus normal !). J'ai rarement vu des trucs de SF aussi originaux. S'il y en a faites moi signe !

21/06/2013 (modifier)
Par jul
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Brian Azzarello présente Hellblazer
Brian Azzarello présente Hellblazer

Un véritable choc cette bd. L'univers m'a fortement fait penser à la série carcérale "Oz" mais apparemment c'est un one-shot d'après le personnage de John Constantine. Je n'ai jamais lu de Constantine mais j'ai vu le film avec Keanu Reeves qui sans être mauvais n'a rien à voir avec cette bd "Hellblazer". Le graphisme de Corben est très maitrisé malgré l'aspect déformé qui pourrait en rebuter certains. Cette déformation des visages et des corps ajoute à l'aspect violent et malsain. Le caractère bestial et vicieux des différents protagonistes est ainsi décuplé. Viol, domination, règlement de compte, trafic ... le tout raconté avec très grand talent. C'est dur, choquant et vraiment haletant, le personnage maléfique de Constantine prenant peu à peu le contrôle de la prison. Pour conclure, une bd dure, sans concessions mais vraiment maitrisée et plutôt subtile dans l'écriture. Une oeuvre très noire à se procurer d'urgence.

21/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Capitan
Capitan

C'est avec En garde Capitan! qu'apparaît en 1963 dans le journal Tintin le chevalier Capitan de Castaignac, le personnage le plus durable de Liliane et Fred Funcken. Cette magnifique création permet au couple de créateurs d'assouvir encore sa passion de l'Histoire avec un souci toujours poussé de la documentation. On y admire de somptueuses pages aux couleurs vives, un dessin vivant à quoi vient s'ajouter la précision du détail dans les costumes et certains éléments de décor. "Capitan" est ainsi la Bd des Funcken qui connaîtra une longévité supérieure à celles de leurs autres créations. L'époque choisie est propice à une riche description du XVIIème siècle, avec ses acteurs comme d'Artagnan dont Capitan devient l'ami, et ses figures politiques comme Richelieu qui lui confie des missions. C'est une époque de mousquetaires, de complots, de ruses et d'escrimeurs, pleine de panache, où le héros est un décalque des personnages de roman d'Alexandre Dumas, le modèle du genre cape et d'épée, très en vogue sur les écrans français avec les films de Jean Marais ; d'où le succès plus important de cette bande en France qu'en Belgique. Ce genre est de nos jours renouvelé avec une série comme Le Scorpion, mais "Capitan" paraît hélas un peu vieillie et s'adresse surtout à des nostalgiques comme moi.

19/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Les Aventures de Tintin
Les Aventures de Tintin

100ème avis sur le site, je me risque sur le petit reporter à la houppette. Doit-on encore présenter Tintin ? Je vais essayer de ne pas être trop long. Il est clair que Tintin a marqué la planète BD en dépit de ses défauts, et qu'il a bercé l'enfance de plusieurs générations de tous âges depuis 1929, date de sa création. Des récits malhabiles dans le graphisme et l'esprit comme "les Soviets" ou "le Congo" jusqu'aux chefs d'oeuvres que sont le diptyque "Objectif Lune", "l'Affaire Tournesol", "les Bijoux" et "Coke en Stock", Hergé a réussi à donner à son héros une véritable aura, et ce dès le Lotus Bleu, qui plonge dans l'actualité. La série a gagné en puissance et en sérieux et crédibilité au fil des albums, dénonçant ça et là l'invasion japonaise en Chine, les dictatures sud-américaines, l'esclavage ou l'exclusion. Pourtant Tintin ne remet rien en cause, ne soulage pas les peuples et ne propose pas d'alternative aux inégalités, il affronte avec son âme de boy-scout héritée de son créateur la complexité du monde. Tintin est la bonne conscience de la société qui incarne la générosité, la fraternité, l'amitié en défendant des valeurs saines. Reconnue comme étant une réussite majeure de la BD mondiale, l'oeuvre d'Hergé est devenue au gré de nouvelles générations de lecteurs, intemporelle et universelle, elle est rassurante pour l'enfant, réconfortante pour l'adulte. Tintin fait partie de la mémoire collective, surtout si on l'a lu enfant, on entretient avec lui un lien spécial qui dure toute une vie, même si certains s'en détachent. Pourquoi ce personnage fascine-t-il tant les sociologues, les observateurs et les autres ? Hergé lui-même avouait ne pas comprendre. Plusieurs raisons: * Il a su créer un univers riche pouvant être abordé sur plusieurs plans, à la fois sérieux (grâce à sa documentation) et divertissant, mêlant adroitement le ludique à la réflexion. Ces aventures à l'exotisme souvent suranné ont forgé une vision et un imaginaire dont l'enfant a pu se faire une image de l'univers, basé sur le rêve et l'évasion. * les continuelles améliorations et remises à jour d'albums ont joué un rôle important dans ce succès durable; grâce à sa maturité de trait, Hergé a totalement ou partiellement redessiné certains épisodes, ainsi les enfants des nouvelles générations sont à l'aise dans une série modernisée pourtant déja appréciée de leurs parents ou grands-parents. * l'immense cortège de personnages secondaires constitué au fil des années, d'innombrables acteurs ou figurants tous très typés qui forment une sorte de "comédie humaine" et qui évoluent autour du personnage central de Tintin, héros un peu falot il faut l'avouer, et considérablement débordé par l'imposante personnalité du capitaine Haddock, au départ faire-valoir, qui a pris un énorme ascendant sur le héros s'étant retrouvé parfois en situation de faire-valoir à son tour. Source continuelle d'effets comiques, pourvoyeur de jurons célèbres (365 répertoriés je crois), détenteur de tous les vices que Tintin n'a pas. En redessinant les albums qui techniquement avaient vieilli, Hergé n'a rien changé aux caractères : l'ivrogne au grand coeur, les 2 flics idiots, le prof distrait, la diva égocentrique, l'assureur casse-pied, le valet flegmatique, le ruffian mielleux, le marchand affable.... * Tintin n'a pas d'âge, pas de passé, pas de famille, pas de fiancée, même son nom n'est pas sérieux, il n'existe que pour l'aventure, et ainsi tout le monde de tous les pays peut s'identifier à lui. * Autre élément important du succès, le souci d'authenticité a poussé Hergé à peaufiner son oeuvre, même si la bande est considérée comme étant semi-réaliste. Alors, on peut se plaindre de cette fameuse Ligne Claire et du côté figé des personnages, mais je trouve au contraire que ça donne un charme à cette Bd qui a séduit tous les publics. Je laisse de côté la xénophobie, le racisme et la cruauté (le nombre effarant d'animaux tués dans "le Congo") des premiers albums car lorsque j'étais enfant, je ne m'en rendais tout simplement pas compte, et Hergé n'a fait que retranscrire l'état d'esprit qui régnait dans son milieu social... Enfin, une dernière précision, la technique hergéenne a influencé la BD francophone, à l'origine de l'école de Bruxelles, réussissant l'osmose entre le récit et l'image, mais il a aussi donné à la bande dessinée ses lettres de noblesse et au métier de dessinateur une certaine crédibilité à une époque où cette profession et ce mode d'expression étaient encore peu reconnus en Europe. Le 3 mars 1983, Hergé a laissé derrière lui des millions d'orphelins, mais les mythes sont immortels, celui du petit reporter à la houppette, dont De Gaulle disait à Malraux qu'il était "son seul rival international", continuera à faire vibrer encore bien des générations.

19/06/2013 (modifier)
Par Ned C.
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Lord Baltimore
Lord Baltimore

Bonne découverte que ce Lord Baltimore. Avec Mike Mignola au scénario (aidé de Christopher Golden), on y retrouve bien son univers sombre et son style graphique où l'obscurité est omniprésente. Ben Stenbeck rappelle dès le premier coup d'oeil le trait de Mignola, avec des contrastes très prononcés et un graphisme dépouillé mais diaboliquement efficace. Les ambiances qui s'en dégagent sont particulièrement glauques, renforcées par des couleurs macabres. Le créateur d'Hellboy imagine ici un monde à forte tendance gothique peuplé de vampires redoutablement féroces, de nazis zombies, de sorcières et d'inquisiteurs (?). De nombreuses scènes d'action spectaculaires viennent ponctuer une histoire prenante et qui donne régulièrement le frisson. de nombreuses questions en suspend donne envie au lecteur de connaître la suite. Le petit sketchbook à la fin et la galerie d'illustrations à la fin sont le petit bonus fort appréciable.

19/06/2013 (modifier)