« Nous, les morts ». Nous, les morts européens, nous, les zombies du vieux continent… Pour cette série évoquant l’Europe médiévale contaminée par une peste noire transformant les gens en morts-vivants, difficile de dire si le titre doit être envisagé comme une supplique désespérée, une accusation cynique ou un constat désabusé. Chacun se fera sa propre opinion, mais il faut reconnaître à cette œuvre, prévue en quatre tomes, une puissance intrinsèque qui se déploie au fil des pages à coup d’images fortes, souvent assez terrifiantes et dignes d’un enfer de Dante.
Cette uchronie très originale permet la rencontre de deux civilisations au XXIe siècle, celle d’une Europe médiévale et celle des « Inkas », sous un angle inversé par rapport à la réalité historique officielle, ce qui donne lieu à une alchimie étonnante et détonante. Conformément à cet effet de miroir et sans vouloir rien révéler de l’intrigue, ce sont les Incas/Inkas qui vont découvrir l’Europe en 2048, dans ces conditions très particulières, mais contrairement aux conquistadors, ils n’ont aucune visée conquérante. Chargé de ramener à son père le secret de l'immortalité, le prince Manco se contente d’observer et de tenter de nouer des liens avec ces étranges « autochtones », en opposition toutefois avec son belliqueux général Yaocoyotl.
Suivant cette perspective inversée, les auteurs adoptent un point de vue empathique en nous mettant dans la peau de ces Incas, avec comme personnage principal Manco, fils du souverain resté au pays, le Sapa Inka, tandis que les Européens, encore au stade du Moyen-âge, sont réduits à l’état de morts-vivants plus ou moins décérébrés depuis les ravages de la Peste noire de 1348. Dans l’ensemble, les personnages sont bien campés psychologiquement, et cela est fort appréciable car ils sont nombreux (surtout chez les Amérindiens) et pas suffisamment différenciés d’un point de vue graphique, ce qui peut constituer un frein pour entrer dans l’histoire. Il s’agit du seul petit bémol, lequel fort heureusement se fait oublier dès le deuxième tome, dans la mesure où le premier volet se voulait plus une présentation des protagonistes.
Le trait réaliste et expressif d’Igor Kordey, jouant agréablement avec les ombres, est sobre et efficace, tout comme la mise en page, très fluide. Quant aux couleurs, elles sont parfaitement adaptées aux différents contextes du récit. Grises, verdâtres et sombres pour les séquences européennes, vives et chamarrées pour les séquences amérindiennes.
Avec « Nous, les morts », Delcourt a visé juste en mêlant ces deux thèmes à la mode que sont les uchronies et les zombies dans la bande dessinée des années 2010. Mais ne se contentant pas de surfer sur la tendance, l’éditeur frappe fort grâce à l’inspiration dont font preuve les auteurs Darko Macan et Igor Kordey, déjà cité plus haut. Ces derniers parviennent à nous surprendre par l’intelligence et l’audace du propos, ainsi que par moult trouvailles, aussi bien thématiques que graphiques, jusque dans les couvertures ! Aventure et humour grinçant composent les autres ingrédients de ce projet haut en couleurs, lequel, incontestablement, se démarque et comporte nombre d’atouts pour conquérir un large public.
Reste juste à souhaiter que les deux tomes à paraître qui concluront cette tétralogie restent à la hauteur.
3.5
C'est marrant, je connais le tableau du Cri, mais je n'ai jamais cherché à savoir qui en était l'auteur et si je me souviens bien lorsque j'étais petit je pensais que c'était un tableau de Van Gogh !
J'ai donc appris plusieurs choses sur ce peintre en lisant cette bande dessinée à la fois éducative et intéressante. C'est un gros pavé qu'on ne lit pas en 20 minutes. Je suis impressionné par le travail des deux auteurs. J'aime particulièrement comment le style du dessin change selon les pages.
La vie de Munch est passionnante et sa personnalité est vraiment intéressante. J'ai vraiment eu du plaisir à découvrir ce peintre. Le scénario semble un peu partir dans tous les sens, mais heureusement cela reste facile à suivre. Il y a des passages moins passionnants (la vie amoureuse de Munch par exemple), mais globalement j'ai adoré ma lecture.
Que voilà une petite série fort sympathique ! Yako (une mangaka) et Poko (son chat-robot-assistant) vivent dans un monde pas tout à fait comme le nôtre, mais pas complètement différent non plus : côté robotique on est au top mais pour ce qui est d'internet, c'est un peu la cata !
Dans ce premier tome, on accompagne Yako et Poko dans leur vie "professionnelle" de tous les jours : dessiner des mangas, aller chez l'éditeur, manger, dormir et chercher des stylos Yukko. Rien de bien transcendant, mais c'est joliment raconté et l'air de rien, entre les chapitres, on apprend comment se fait une planche de manga (instructif comme Bakuman, tout en étant tout de même moins survolté !).
Le dessin est simple et mignon, le message aussi (pourquoi Yoko a-t-elle choisi le mode "brouillon" pour son chat-robot et pas le mode "optimal" ??? Vous le saurez en lisant la série ;)).
Joli.
Sur une idée simple (un type sort de prison et veut se venger de sa femme et son amant), Rabaté construit une bonne histoire.
Ce que j'ai aimé dès le début c'est la psychologie du mari cocu. Il est un personnage fascinant et j'aime bien comment il pense et comment il veut se venger. La famille de sa femme et son amant sont eux aussi bien pensés. J'étais vraiment surpris de voir que c'était une bande de voleurs qui semblent commettre tous les petits délits imaginables.
Du coup comme les deux parties sont un peu antipathiques (après tout le mari cocu veut aussi tuer des gens qui ne lui ont rien fait), je n'avais pas de parti pris et j'ai eu du plaisir à voir qui allait 'gagner' entre le cocu et la famille. En plus, le scénario est prenant et contient plusieurs scènes d'anthologie.
Eh bien, que voilà un album original ! Et qui a su gérer le n’importe quoi, le délire absurde dans lesquels l’histoire s’est embarquée, en le mêlant à un exercice quasi oubapien franchement réussi.
L’histoire en elle-même est complètement foutraque – et par la même difficile à résumer. Mais elle est bien menée, drôle et captivante. Le dessin lui-même, très bon, est pour beaucoup dans l’attrait de cet album.
Mais ce qui fait de ce « Fond du Trou » une œuvre intéressante et réjouissante, ce sont les jeux que Jean-Paul Eid multiplie, dans l’album, mais aussi avec le médium Bande Dessinée.
En effet, un trou perce l’album de part en part et donc à chaque page il faut qu’il soit raccord avec l’intrigue et les dessins – ce qui est le cas !
De plus, tout au long de l’intrigue, de nombreuses mises en abîme, des références aux pages suivantes et précédentes, ajoutent au délire et à la complexité de la construction de l’histoire.
Et pour finir sur la construction de l’album, il faut dire que cela n’entrave en rien la lecture, cela ne se fait pas au détriment de l’intrigue et de l’humour. En cela Jean-Paul Eid est dans la droite ligne de Marc-Antoine Mathieu – à qui il rend d’ailleurs un hommage évident en faisant apparaître son personnage fétiche, Julius Corentin Acquefacques.
Je surnote peut-être un peu (note réelle 3,5/5), mais c’est vraiment une très belle surprise, et une lecture et un achat que je vous conseille vivement !
Qu'est-ce que c'est chouette comme BD ! Entre les dessins vivants, chaleureux, fouillés, les dialogues avec l'accent bien marqué, et le récit plein d'humour et de vie, c'est un voyage dépaysant et sympathique dans un autre monde.
Et les auteurs prennent leur temps, et nous permettent de savourer chaque case, chaque évocation d'odeur, de musique ou de goût, et les couleurs éclatantes, même en plein hiver québecois.
Cette lenteur nous permet de connaître et de nous attacher vraiment aux personnages, toute une fresque de caractères variés, sans manichéisme, mais avec beaucoup de tendresse pour l'humanité, même dans sa bêtise et sa méchanceté.
Pourtant je ne dirai pas qu'il ne se passe rien, puisque page après page, attention spoiler, la communauté très traditionnelle du siècle dernier se transforme en une utopie anarchiste faite de bric et de broc. Et cette transformation est si progressive qu'elle nous emporte dans un élan de bonne humeur et qu'on a envie d'y croire, et de souhaiter tout le bonheur promis aux personnages.
À lire, et à relire (ce que je vais faire d'ailleurs, et peut-être après cela monter ma note à "culte")
C'est pour l'instant le meilleur opus que j'ai lu de cette série-concept la Grande Evasion. Le sujet est vraiment intéressant, il éclaire un fait peu connu mais bien réel, et c'est en même temps une bonne idée pour une Bd.
Je connaissais vaguement cette histoire car il y a un film de 1962, "Tunnel 28" qui relatait un événement similaire : cette fois c'était le contraire, c'est un groupe de Berlinois de la zone soviétique qui creusaient un tunnel pour passer à l'Ouest. Ce film méconnu m'avait marqué car j'étais très jeune, il est rare et n'est pas repassé sur une chaîne de télé depuis une quarantaine d'années. Aussi, étais-je réceptif pour cet album qui dès le début offre un prologue entrant dans le vif du sujet, sans égarement ni digression quelconque. Puis le récit revient ensuite sur la gestation du projet et le déroulement des opérations, à savoir le creusement du tunnel, et toutes les difficultés que ça comporte, aucun détail n'est oublié.
Le scénario est habile et bien conçu, on prend les personnages en sympathie et on souhaite évidemment leur réussite ; l'action est émaillée d'un brin de suspense, bref il y a tout ce que doit comporter une Bd de ce style, avec un bon ressort dramatique, c'est crédible, on y croit.. Sans doute que l'action en elle-même prend un peu le pas sur les personnages, mais ça peut se comprendre, car l'événement est historique : vivre en 1964 dans cette ancienne RDA communiste et stricte, n'avait rien de réjouissant, surtout pour des jeunes gens, et je sais que d'autres familles ont tenté de passer à l'Ouest, il y a même eu un autre film là-dessus en 1981 (la Nuit de l'évasion - Night Crossing).
Le dessin n'est pas trop dans mes préférences, mais il n'est pas vilain, peut-être un peu rigide ; l'aspect un peu griffonné et par endroits broussailleux, le rend lisible, c'est ce qui compte, et d'ailleurs c'est pas plus mal pour s'accorder au ton dramatique et au sujet, dans cette Allemagne austère du temps du mur de la honte.
je poursuis ma (re)découverte des récits de Serpieri sur le monde Indien, et à chaque fois je suis émerveillé par la maîtrise incontestable de cet auteur qui sublime littéralement ce peuple magnifique qui fut broyé et éradiqué par les Blancs après avoir volé leurs terres. C'est la plus grande honte de la nation américaine qui malgré toutes les cérémonies modernes de pardon, ne pourra jamais effacer cette profonde blessure.
Ici, il faut admirer le talent de Serpieri car ce sont ses premiers travaux effectués vers 1977-78 en Italie, et son trait est déjà d'une très grande adresse et d'une pureté immaculée ; ces visages d'Indiens comme Crazy Horse ou Red Cloud, ainsi que les visages de militaires célèbres comme Crook ou Custer sont parfaitement dessinés, de même que certaines poses hiératiques reproduites d'après des photos, sont troublantes d'authenticité.
Serpieri s'attache à travers ces 5 récits courts, au souffle historique, plus que dans ses autres albums qui s'attachaient à l'ethnie indienne ; restant fidèle aux faits, il montre comment l'homme rouge a été traité par les Blancs, il montre l'anéantissement d'une race fière et belle, mais ces récits se suivent à travers la bataille de Little Big Horn (qui reste la plus grande défaite militaire de l'armée U.S. par un peuple autochtone), due à l'orgueil d'un soldat (Custer), et surtout à travers la destinée tragique du chef Crazy Horse, qui fut lâchement assassiné par des brutes le 5 septembre 1877, alors qu'il s'était rendu pour discuter.
Etant passionné par la culture indienne, je ne peux avec cet album, qu'être admiratif à la fois du sujet et du style graphique flamboyant de Serpieri.
Avant de lire cette série, je me suis dit "encore une histoire de suceurs de sang avec tout l'attirail crucifix, gousses d'ail et eau bénite vu dans quantité de films sur Dracula", et puis, je vois le nom d'Yves Swolfs, dont je suis admiratif, et je me décide à tenter l'aventure. J'avais déjà apprécié son travail sur la série western Durango et sur Dampierre. Finalement, je suis loin d'avoir été déçu, car j'étais tellement captivé que j'ai lu les 6 albums à la suite en une journée. Swolfs livre ici avec un talent indéniable une habile chasse au vampire à travers 7 siècles, en utilisant les vieilles recettes de ce type de récit (châteaux lugubres, cryptes effrayantes, chauve-souris, pieu planté dans le coeur...). On se balade à travers les époques, en parallèle avec le destin de Vincent Rougemont dans le Paris de 1933, jeune journaliste dont la famille est frappée de malédiction par cet être fascinant qu'est Kergan.
Au travers de dessins superbes de vieux châteaux, Swolfs de son trait séduisant et puissant, restitue toute l'imagerie et le folklore des sagas vampiriques en prenant soin de cerner avec jubilation son anti-héros à l'appétit féroce, incarnation de toutes nos pulsions négatives, et en insufflant une ambiance à vous glacer le sang digne des vieux films gothiques anglais de la Hammer; le style de la série est très inspiré de ces films, de même que la progression du récit est remarquable, renforcée par quelques scènes-choc. L'érotisme ayant toujours été associé au vampirisme, Swolfs utilise cette donnée de belle façon, la morsure est vraiment un acte sexuel, comme le démontre la scène de morsure entre les cuisses d'une des victimes de Kergan.
Cette publication de Glénat est sans conteste devenue une oeuvre majeure de la BD, un véritable must de la BD fantastique, dont tous les albums sont de qualité égale, elle est donc indispensable dans toute bonne BDthèque qui se respecte.
ADDITIF SUR LA REPRISE : TOME 7
Je ne pensais pas que Swolfs reviendrait sur cette série que j'ai décrite comme un incontournable de la BD. Je pensais qu'il avait tout dit et que les 2 précédents cycles étaient tellement intenses que le tout se suffisait à lui-même. Il est vrai que la dernière planche du tome 6 marquait la fin de cette série et la fin du maléfique Kergan, mais Swolfs s'arrangeait pour laisser une fin ouverte, il choisit donc d'y revenir 14 ans après en abordant les origines de Kergan, depuis des temps reculés, puisque la période est celle de l'Antiquité, sous le règne de l'empereur romain Trajan, dans le royaume des Daces. Une bonne idée, ce peuple des bords du Danube (Roumanie actuelle) n'ayant jamais été vu en BD ; la Dacie fut d'ailleurs la grande conquête de Trajan, elle devint province romaine.
La progression est remarquable encore une fois, le dessin de Swolfs s'est considérablement épaissi, son trait est d'une vigueur et d'une puissance impressionnantes, j'adore ce style.. Mais combien de tomes encore ? est-ce le début d'un nouveau cycle qui va nous mener loin ? je ne souhaite pas que Swolfs épuise trop le sujet en l'affadissant, ce serait vraiment dommage ; pour l'instant cette reprise est d'un excellent niveau, on sait comment Kergan est devenu vampire, mais attention à ne pas tirer trop sur la corde..
Cet ouvrage est à réserver à ceux qui aiment quand ça pique et quand ça tâche.
Les personnages ont tous des sales tronches, on se croirait à une foire aux monstres. Mais c'est voulu, et une fois la surprise passée, j'ai complètement accroché. Je comprend cependant ceux qui n'aiment pas.
C'est super violent. Savant mélange de pulp, de fantastique et d'horreur, on est plus dans le western chinois que dans le western spaghetti. Ca canarde dans tous les sens, et le fantastique explose. D'ailleurs, le fantastique est très orienté Série Z, et bien que le dernier tiers réserve quelques surprises, on est pas là pour les subtilités. ;)
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Nous, les morts
« Nous, les morts ». Nous, les morts européens, nous, les zombies du vieux continent… Pour cette série évoquant l’Europe médiévale contaminée par une peste noire transformant les gens en morts-vivants, difficile de dire si le titre doit être envisagé comme une supplique désespérée, une accusation cynique ou un constat désabusé. Chacun se fera sa propre opinion, mais il faut reconnaître à cette œuvre, prévue en quatre tomes, une puissance intrinsèque qui se déploie au fil des pages à coup d’images fortes, souvent assez terrifiantes et dignes d’un enfer de Dante. Cette uchronie très originale permet la rencontre de deux civilisations au XXIe siècle, celle d’une Europe médiévale et celle des « Inkas », sous un angle inversé par rapport à la réalité historique officielle, ce qui donne lieu à une alchimie étonnante et détonante. Conformément à cet effet de miroir et sans vouloir rien révéler de l’intrigue, ce sont les Incas/Inkas qui vont découvrir l’Europe en 2048, dans ces conditions très particulières, mais contrairement aux conquistadors, ils n’ont aucune visée conquérante. Chargé de ramener à son père le secret de l'immortalité, le prince Manco se contente d’observer et de tenter de nouer des liens avec ces étranges « autochtones », en opposition toutefois avec son belliqueux général Yaocoyotl. Suivant cette perspective inversée, les auteurs adoptent un point de vue empathique en nous mettant dans la peau de ces Incas, avec comme personnage principal Manco, fils du souverain resté au pays, le Sapa Inka, tandis que les Européens, encore au stade du Moyen-âge, sont réduits à l’état de morts-vivants plus ou moins décérébrés depuis les ravages de la Peste noire de 1348. Dans l’ensemble, les personnages sont bien campés psychologiquement, et cela est fort appréciable car ils sont nombreux (surtout chez les Amérindiens) et pas suffisamment différenciés d’un point de vue graphique, ce qui peut constituer un frein pour entrer dans l’histoire. Il s’agit du seul petit bémol, lequel fort heureusement se fait oublier dès le deuxième tome, dans la mesure où le premier volet se voulait plus une présentation des protagonistes. Le trait réaliste et expressif d’Igor Kordey, jouant agréablement avec les ombres, est sobre et efficace, tout comme la mise en page, très fluide. Quant aux couleurs, elles sont parfaitement adaptées aux différents contextes du récit. Grises, verdâtres et sombres pour les séquences européennes, vives et chamarrées pour les séquences amérindiennes. Avec « Nous, les morts », Delcourt a visé juste en mêlant ces deux thèmes à la mode que sont les uchronies et les zombies dans la bande dessinée des années 2010. Mais ne se contentant pas de surfer sur la tendance, l’éditeur frappe fort grâce à l’inspiration dont font preuve les auteurs Darko Macan et Igor Kordey, déjà cité plus haut. Ces derniers parviennent à nous surprendre par l’intelligence et l’audace du propos, ainsi que par moult trouvailles, aussi bien thématiques que graphiques, jusque dans les couvertures ! Aventure et humour grinçant composent les autres ingrédients de ce projet haut en couleurs, lequel, incontestablement, se démarque et comporte nombre d’atouts pour conquérir un large public. Reste juste à souhaiter que les deux tomes à paraître qui concluront cette tétralogie restent à la hauteur.
Munch
3.5 C'est marrant, je connais le tableau du Cri, mais je n'ai jamais cherché à savoir qui en était l'auteur et si je me souviens bien lorsque j'étais petit je pensais que c'était un tableau de Van Gogh ! J'ai donc appris plusieurs choses sur ce peintre en lisant cette bande dessinée à la fois éducative et intéressante. C'est un gros pavé qu'on ne lit pas en 20 minutes. Je suis impressionné par le travail des deux auteurs. J'aime particulièrement comment le style du dessin change selon les pages. La vie de Munch est passionnante et sa personnalité est vraiment intéressante. J'ai vraiment eu du plaisir à découvrir ce peintre. Le scénario semble un peu partir dans tous les sens, mais heureusement cela reste facile à suivre. Il y a des passages moins passionnants (la vie amoureuse de Munch par exemple), mais globalement j'ai adoré ma lecture.
Yako et Poko
Que voilà une petite série fort sympathique ! Yako (une mangaka) et Poko (son chat-robot-assistant) vivent dans un monde pas tout à fait comme le nôtre, mais pas complètement différent non plus : côté robotique on est au top mais pour ce qui est d'internet, c'est un peu la cata ! Dans ce premier tome, on accompagne Yako et Poko dans leur vie "professionnelle" de tous les jours : dessiner des mangas, aller chez l'éditeur, manger, dormir et chercher des stylos Yukko. Rien de bien transcendant, mais c'est joliment raconté et l'air de rien, entre les chapitres, on apprend comment se fait une planche de manga (instructif comme Bakuman, tout en étant tout de même moins survolté !). Le dessin est simple et mignon, le message aussi (pourquoi Yoko a-t-elle choisi le mode "brouillon" pour son chat-robot et pas le mode "optimal" ??? Vous le saurez en lisant la série ;)). Joli.
Le Linge sale
Sur une idée simple (un type sort de prison et veut se venger de sa femme et son amant), Rabaté construit une bonne histoire. Ce que j'ai aimé dès le début c'est la psychologie du mari cocu. Il est un personnage fascinant et j'aime bien comment il pense et comment il veut se venger. La famille de sa femme et son amant sont eux aussi bien pensés. J'étais vraiment surpris de voir que c'était une bande de voleurs qui semblent commettre tous les petits délits imaginables. Du coup comme les deux parties sont un peu antipathiques (après tout le mari cocu veut aussi tuer des gens qui ne lui ont rien fait), je n'avais pas de parti pris et j'ai eu du plaisir à voir qui allait 'gagner' entre le cocu et la famille. En plus, le scénario est prenant et contient plusieurs scènes d'anthologie.
Jérôme Bigras - Le Fond du Trou
Eh bien, que voilà un album original ! Et qui a su gérer le n’importe quoi, le délire absurde dans lesquels l’histoire s’est embarquée, en le mêlant à un exercice quasi oubapien franchement réussi. L’histoire en elle-même est complètement foutraque – et par la même difficile à résumer. Mais elle est bien menée, drôle et captivante. Le dessin lui-même, très bon, est pour beaucoup dans l’attrait de cet album. Mais ce qui fait de ce « Fond du Trou » une œuvre intéressante et réjouissante, ce sont les jeux que Jean-Paul Eid multiplie, dans l’album, mais aussi avec le médium Bande Dessinée. En effet, un trou perce l’album de part en part et donc à chaque page il faut qu’il soit raccord avec l’intrigue et les dessins – ce qui est le cas ! De plus, tout au long de l’intrigue, de nombreuses mises en abîme, des références aux pages suivantes et précédentes, ajoutent au délire et à la complexité de la construction de l’histoire. Et pour finir sur la construction de l’album, il faut dire que cela n’entrave en rien la lecture, cela ne se fait pas au détriment de l’intrigue et de l’humour. En cela Jean-Paul Eid est dans la droite ligne de Marc-Antoine Mathieu – à qui il rend d’ailleurs un hommage évident en faisant apparaître son personnage fétiche, Julius Corentin Acquefacques. Je surnote peut-être un peu (note réelle 3,5/5), mais c’est vraiment une très belle surprise, et une lecture et un achat que je vous conseille vivement !
Magasin général
Qu'est-ce que c'est chouette comme BD ! Entre les dessins vivants, chaleureux, fouillés, les dialogues avec l'accent bien marqué, et le récit plein d'humour et de vie, c'est un voyage dépaysant et sympathique dans un autre monde. Et les auteurs prennent leur temps, et nous permettent de savourer chaque case, chaque évocation d'odeur, de musique ou de goût, et les couleurs éclatantes, même en plein hiver québecois. Cette lenteur nous permet de connaître et de nous attacher vraiment aux personnages, toute une fresque de caractères variés, sans manichéisme, mais avec beaucoup de tendresse pour l'humanité, même dans sa bêtise et sa méchanceté. Pourtant je ne dirai pas qu'il ne se passe rien, puisque page après page, attention spoiler, la communauté très traditionnelle du siècle dernier se transforme en une utopie anarchiste faite de bric et de broc. Et cette transformation est si progressive qu'elle nous emporte dans un élan de bonne humeur et qu'on a envie d'y croire, et de souhaiter tout le bonheur promis aux personnages. À lire, et à relire (ce que je vais faire d'ailleurs, et peut-être après cela monter ma note à "culte")
La Grande évasion - Tunnel 57
C'est pour l'instant le meilleur opus que j'ai lu de cette série-concept la Grande Evasion. Le sujet est vraiment intéressant, il éclaire un fait peu connu mais bien réel, et c'est en même temps une bonne idée pour une Bd. Je connaissais vaguement cette histoire car il y a un film de 1962, "Tunnel 28" qui relatait un événement similaire : cette fois c'était le contraire, c'est un groupe de Berlinois de la zone soviétique qui creusaient un tunnel pour passer à l'Ouest. Ce film méconnu m'avait marqué car j'étais très jeune, il est rare et n'est pas repassé sur une chaîne de télé depuis une quarantaine d'années. Aussi, étais-je réceptif pour cet album qui dès le début offre un prologue entrant dans le vif du sujet, sans égarement ni digression quelconque. Puis le récit revient ensuite sur la gestation du projet et le déroulement des opérations, à savoir le creusement du tunnel, et toutes les difficultés que ça comporte, aucun détail n'est oublié. Le scénario est habile et bien conçu, on prend les personnages en sympathie et on souhaite évidemment leur réussite ; l'action est émaillée d'un brin de suspense, bref il y a tout ce que doit comporter une Bd de ce style, avec un bon ressort dramatique, c'est crédible, on y croit.. Sans doute que l'action en elle-même prend un peu le pas sur les personnages, mais ça peut se comprendre, car l'événement est historique : vivre en 1964 dans cette ancienne RDA communiste et stricte, n'avait rien de réjouissant, surtout pour des jeunes gens, et je sais que d'autres familles ont tenté de passer à l'Ouest, il y a même eu un autre film là-dessus en 1981 (la Nuit de l'évasion - Night Crossing). Le dessin n'est pas trop dans mes préférences, mais il n'est pas vilain, peut-être un peu rigide ; l'aspect un peu griffonné et par endroits broussailleux, le rend lisible, c'est ce qui compte, et d'ailleurs c'est pas plus mal pour s'accorder au ton dramatique et au sujet, dans cette Allemagne austère du temps du mur de la honte.
Lakota
je poursuis ma (re)découverte des récits de Serpieri sur le monde Indien, et à chaque fois je suis émerveillé par la maîtrise incontestable de cet auteur qui sublime littéralement ce peuple magnifique qui fut broyé et éradiqué par les Blancs après avoir volé leurs terres. C'est la plus grande honte de la nation américaine qui malgré toutes les cérémonies modernes de pardon, ne pourra jamais effacer cette profonde blessure. Ici, il faut admirer le talent de Serpieri car ce sont ses premiers travaux effectués vers 1977-78 en Italie, et son trait est déjà d'une très grande adresse et d'une pureté immaculée ; ces visages d'Indiens comme Crazy Horse ou Red Cloud, ainsi que les visages de militaires célèbres comme Crook ou Custer sont parfaitement dessinés, de même que certaines poses hiératiques reproduites d'après des photos, sont troublantes d'authenticité. Serpieri s'attache à travers ces 5 récits courts, au souffle historique, plus que dans ses autres albums qui s'attachaient à l'ethnie indienne ; restant fidèle aux faits, il montre comment l'homme rouge a été traité par les Blancs, il montre l'anéantissement d'une race fière et belle, mais ces récits se suivent à travers la bataille de Little Big Horn (qui reste la plus grande défaite militaire de l'armée U.S. par un peuple autochtone), due à l'orgueil d'un soldat (Custer), et surtout à travers la destinée tragique du chef Crazy Horse, qui fut lâchement assassiné par des brutes le 5 septembre 1877, alors qu'il s'était rendu pour discuter. Etant passionné par la culture indienne, je ne peux avec cet album, qu'être admiratif à la fois du sujet et du style graphique flamboyant de Serpieri.
Le Prince de la Nuit
Avant de lire cette série, je me suis dit "encore une histoire de suceurs de sang avec tout l'attirail crucifix, gousses d'ail et eau bénite vu dans quantité de films sur Dracula", et puis, je vois le nom d'Yves Swolfs, dont je suis admiratif, et je me décide à tenter l'aventure. J'avais déjà apprécié son travail sur la série western Durango et sur Dampierre. Finalement, je suis loin d'avoir été déçu, car j'étais tellement captivé que j'ai lu les 6 albums à la suite en une journée. Swolfs livre ici avec un talent indéniable une habile chasse au vampire à travers 7 siècles, en utilisant les vieilles recettes de ce type de récit (châteaux lugubres, cryptes effrayantes, chauve-souris, pieu planté dans le coeur...). On se balade à travers les époques, en parallèle avec le destin de Vincent Rougemont dans le Paris de 1933, jeune journaliste dont la famille est frappée de malédiction par cet être fascinant qu'est Kergan. Au travers de dessins superbes de vieux châteaux, Swolfs de son trait séduisant et puissant, restitue toute l'imagerie et le folklore des sagas vampiriques en prenant soin de cerner avec jubilation son anti-héros à l'appétit féroce, incarnation de toutes nos pulsions négatives, et en insufflant une ambiance à vous glacer le sang digne des vieux films gothiques anglais de la Hammer; le style de la série est très inspiré de ces films, de même que la progression du récit est remarquable, renforcée par quelques scènes-choc. L'érotisme ayant toujours été associé au vampirisme, Swolfs utilise cette donnée de belle façon, la morsure est vraiment un acte sexuel, comme le démontre la scène de morsure entre les cuisses d'une des victimes de Kergan. Cette publication de Glénat est sans conteste devenue une oeuvre majeure de la BD, un véritable must de la BD fantastique, dont tous les albums sont de qualité égale, elle est donc indispensable dans toute bonne BDthèque qui se respecte. ADDITIF SUR LA REPRISE : TOME 7 Je ne pensais pas que Swolfs reviendrait sur cette série que j'ai décrite comme un incontournable de la BD. Je pensais qu'il avait tout dit et que les 2 précédents cycles étaient tellement intenses que le tout se suffisait à lui-même. Il est vrai que la dernière planche du tome 6 marquait la fin de cette série et la fin du maléfique Kergan, mais Swolfs s'arrangeait pour laisser une fin ouverte, il choisit donc d'y revenir 14 ans après en abordant les origines de Kergan, depuis des temps reculés, puisque la période est celle de l'Antiquité, sous le règne de l'empereur romain Trajan, dans le royaume des Daces. Une bonne idée, ce peuple des bords du Danube (Roumanie actuelle) n'ayant jamais été vu en BD ; la Dacie fut d'ailleurs la grande conquête de Trajan, elle devint province romaine. La progression est remarquable encore une fois, le dessin de Swolfs s'est considérablement épaissi, son trait est d'une vigueur et d'une puissance impressionnantes, j'adore ce style.. Mais combien de tomes encore ? est-ce le début d'un nouveau cycle qui va nous mener loin ? je ne souhaite pas que Swolfs épuise trop le sujet en l'affadissant, ce serait vraiment dommage ; pour l'instant cette reprise est d'un excellent niveau, on sait comment Kergan est devenu vampire, mais attention à ne pas tirer trop sur la corde..
Billy Wild
Cet ouvrage est à réserver à ceux qui aiment quand ça pique et quand ça tâche. Les personnages ont tous des sales tronches, on se croirait à une foire aux monstres. Mais c'est voulu, et une fois la surprise passée, j'ai complètement accroché. Je comprend cependant ceux qui n'aiment pas. C'est super violent. Savant mélange de pulp, de fantastique et d'horreur, on est plus dans le western chinois que dans le western spaghetti. Ca canarde dans tous les sens, et le fantastique explose. D'ailleurs, le fantastique est très orienté Série Z, et bien que le dernier tiers réserve quelques surprises, on est pas là pour les subtilités. ;) Bref, c'est direct, brutal et efficace. Superbe réalisation.