1709 : c'est le Grand Hiver. le 5 janvier, la température baisse brutalement ; à Versailles, il parait que le vin gèle dans le verre de Louis XIV ; difficile à croire avec le confort des châteaux royaux, mais imaginez ce que ça devait être dans les campagnes et les villages...
Ce grand froid va persister pendant 2 mois, les semailles d'automne sont détruites, les oliviers du Midi perdus, tout transport devient impossible sur les rivières bloquées par les glaces. Aussi, le ravitaillement de régions reculées est-il gravement perturbé, et le prix des aliments augmente considérablement. Succédant à une mauvaise récolte de 1708, le Grand Hiver provoque dans tout le royaume la disette et la misère qui jette sur les routes des milliers de vagabonds et de pillards.
A cette catastrophe naturelle s'ajoute la guerre de Succession d'Espagne qui a commencé en 1700 ; tout vient du choix du roi d'Espagne Charles II mort sans hériter, et qui désigne par testament comme successeur le petit-fils de Louis XIV, Philippe d'Anjou. Désireux de contrer l'expansion économique de ses voisins, le roi de France après avoir pris une des décisions les plus lourdes de son règne, accepte ce testament, ce qui entraine le mécontentement des Provinces-Unies et de l'Angleterre qui voient d'un mauvais oeil les Bourbons régner sur les trônes de France et d'Espagne.
L'Anglais Marlborough et le général impérial Eugène de Savoie infligent de rudes défaites aux armées de Louis XIV, dont celle de Malplaquet en 1709 sur les troupes du maréchal de Villars qui brisa définitivement la tentative d'hégémonie européenne de Louis XIV. La paix d'Utrecht n'intervient qu'en 1713.
Ce résumé peut vous sembler long, mais il est essentiel pour planter le décor du contexte historique dans lequel la France se trouvait en 1709, et pour comprendre les enjeux de cette Bd qui aborde cette période peu explorée à l'écran et en BD. C'est un beau début d'album autour de ce long règne de Louis XIV, c'est la fin du règne qui fut marquée non seulement par des guerres, des révoltes (comme celle des Camisards, à laquelle il est fait allusion ici), ce Grand Hiver meurtrier, et aussi des tragédies familiales, puisque le roi verra mourir son fils, le Grand Dauphin, l'aîné de ses petits-fils et l'aîné de ses arrière-petits-fils...
Le scénario soulève habilement différents points de cette guerre de Succession d'Espagne et de ces protestants déchus par la révocation de l'Edit de Nantes qui n'ont aucun intérêt à favoriser un roi de France qui leur a tout pris ; les conséquences désastreuses sur les populations rurales de ce grand froid sont également évoquées, avec au milieu de tout ceci une sorte d'agent secret oeuvrant pour la France. Son rôle est déjà bien défini, et on souhaite que sa mission réussisse. Je n'étais pas vraiment partant pour m'intéresser à cette intrigue, mais ce pan de la fin de règne de Louis XIV m'a finalement captivé.
Le dessin de Xavier par rapport à ses précédentes séries, a encore atteint un degré supérieur, sa maîtrise des décors, des costumes, des détails et surtout des visages est beaucoup plus conséquente ; et quand il trouve un bon scénario, c'est un plaisir de le lire (je n'ai pas gardé un bon souvenir de ses 2 dernières collaborations avec Dufaux). Je connais des mauvaises langues qui disent que dessiner des décors neigeux est une solution de facilité car ça évite de détailler, mais ici, l'ensemble de ces pages dément cette affirmation fallacieuse, les paysages glacés étant très bien rendus.
J'attendais une sorte d'apothéose pour la suite, mais cette traversée de la France au coeur de l'hiver glacial de 1709 se poursuit sans trop de surprise, et s'articule autour du héros Loys Rohan et Valescure, le chef d'une bande de camisards violents et cruels. Le récit se réduit à une chasse à l'homme sur fond de menace politique pour le roi, avec une certaine dose de suspense, mais j'ai trouvé ce tome 2 beaucoup moins prenant.
Il y a un peu trop de personnages qui tentent de barrer la route de Loys, et ils se ressemblent tous, si bien qu'il est parfois difficile de faire le tri parmi cette tripotée de types patibulaires.
Le contexte de famine est cependant bien mis en avant, et on ressent bien la sensation de froid grâce au dessin superbe de Xavier qui réussit de très belles pages sous la neige comme à Versailles, où Louis XIV et ses conseillers s'inquiètent de la tournure que prend la coalition contre la France. Le vrai héros, c'est lui, c'est l'hiver qui tue impitoyablement les miséreux. Le sens très sûr et très cinématographique du cadrage est aussi remarquable.
Finalement, c'est une ambiance réussie, des personnages principaux intéressants, mais une intrigue un peu laborieuse. Je conserve quand même ma note, c'est du beau travail.
Étayez le fer, tenez le bloc.
Ma rencontre avec "La horde du Contrevent " s'est faite au moment de la sortie du roman. J'avoue qu'à l'époque j'avais pris une petite claque et j'ai vite placé Mr Damasio au panthéon de mes auteurs préféré de SF. Oui il y avait du Silverberg, du Vance, moins la truculence, chez cet homme qui nous balançait une histoire forte, une quête du Graal inaccessible.
C'est dire si tous les amateurs attendaient avec une impatience non feinte la sortie de cette histoire en BD. Personnellement je n'étais pas particulièrement inquiet quant au choix du dessinateur, tant j'avais plus qu'apprécié son travail sur "Fils du soleil " ou certaines planches possédaient déjà, sans jeu de mot, un souffle évident. Eric Henninot fait partie de ces dessinateurs qui ont une patte et qui dessinent comme j'aime, tout simplement. Il est de la trempe des M. Lauffray, R. Recht et A. Brion, j'en oublie. Des gens qui ont un dessin que d'aucuns qualifieraient de "gribouillé", sale, pas lisse, effectivement à mille lieues de la ligne claire. Des gars qui au delà du brio de leurs techniques savent vous créer un ambiance de furieux. Donc là je ne suis absolument pas déçu. Le dessin arrive à donner une ambiance, alors oui le vent c'est pas facile à dessiner, ici pas facile de tricher puisque les personnages portent des habits près du corps. La page 33 du bloc dans le furvent parle d'elle même.
L'adaptation du texte et du scénario, pour peu que mon souvenir soit fidèle, me convient parfaitement. Une seule envie, relire dès que possible le roman, il va être sympa de coller d'autres images sur ce récit, en plus il me semble que mon imaginaire avait beaucoup fonctionné dans la partie du roman se déroulant sur la flaque de Lapsane et aux abords de Norska, j'ai donc hâte.
Je n'aurais pas attendu en vain, c'est forcément un coup de cœur pour moi, vivement la suite.
Une bonne bd comme on aimerait tomber dessus plus souvent…
Johnny Jungle c’est en premier deux belles couvertures, qui réunies forment un superbe tableau d’ensemble.
Les premières pages livrent d’entrée le ton : Si je devais trouver une similitude, elle serait dans certains films des frères Cohen. C’est à la fois sombre, grinçant, parfois triste, le tout relevé avec un humour d’une belle finesse - qui fait mouche à chaque fois - et d’une dose de belle lumière laissant espérer le meilleur pour ce personnage attachant, vite rattrapé par ses affres.
Le tout est habilement réalisé, les références sont nombreuses et on se prend au jeu dans les témoignages livrés au fil du récit de la vie de Johnny. Témoignages qui prendront une toute autre dimension à la fermeture du second tome. Et c’est là que les auteurs sont habiles, à la fin de ma lecture, l’envie de relire le tout est forte, un peu à la manière d’un Fight Club, où les dernières minutes réécrivent le film et on se demande quand on est passé à côté.
Au dessin, on ne boude pas son plaisir. Chaque planche est habile – certaines vraiment très jolies – , le sens du cadre bien maitrisé, les décors sont riches souvent rehaussés par une belle lumière, notamment sur les scènes dans la jungle.
A lire sans modération.
Magnifique !
J’ai peur que les mots me manquent pour faire honneur à cet album, surtout après le superbe avis de Blue Boy.
La narration alterne entre la trame principale (Héro et Cherry racontant des contes pour gagner du temps) et les contes en question, un peu à la façon des 1001 nuits. Les contes en question sont prenants, poétiques, et tintés d’un féminisme qui ajoute du poids et une certaine originalité au récit. Ici, les deux héroïnes sont lesbiennes, amoureuses, et n’ont pas besoin de prince charmant. Les protagonistes masculins sont pour la plupart possessifs et odieux. Le ton est pourtant très juste, et ne tombe pas dans les clichés féministes.
Le dessin typé « nouvelle vague » est superbe, les planches sont belles et la mise en page souvent originale. L’album lui-même est de qualité, grand format, couverture cartonnée… vraiment un bel objet, que j’ai beaucoup de plaisir à revisiter et feuilleter.
Un coup de cœur !
Ce n'est seulement qu'en postface du 4ème tome que l'on apprend que l'auteur est un grand fan du Django de Sergio Corbucci et qu'il a voulu rendre un joli hommage à un genre qu'il affectionne tout particulièrement : les Westerns.
Pourtant les premières pages laissent présager d'un hommage appuyé au film de Martin Scorcese, Gangs of New York dont Kakizaki reprend le cadre et les guerres de gangs dans une Amérique corrompue de fin XIXème siècle accueillant les colons et les désœuvrés.
Les frères Burns tentent de survivre tant bien que mal dans un quartier rongé par la pègre et la misère : Luke trime dur en tant que docker pour subvenir au quotidien de son frère oisif Brad.
Ce dernier cache son activité d'assassin pour préserver son petit frère. Sous le sobriquet de Grim Reaper, c'est un redoutable nettoyeur des rues la nuit pour le compte du gang Grave Diggers.
Mais forcément tout ne se passe pas comme prévu et le passé de leur père aux intentions peu louables comme les intérêts financiers des nombreuses crapules peuplant Five Points, ce quartier peu fréquentable de NY, vont bouleverser la vie des frères Burns qui vont devoir fuir et racheter leur fierté familiale.
Le fait de basculer d'une réalité historique d'Est en Ouest vers des plaines arides bouleverse considérablement le récit en le faisant naviguer d'un genre à l'autre.
Malgré tout la vengeance et la violence seront les principaux attributs d'un récit simple mais superbement ficelé pour captiver le lecteur du début à la fin.
Il faut dire que Kazikazi est un expert en tableaux semi réalistes sans négliger aucun détail : des décors crasseux de New York aux locomotives de l'Ouest, chaque page est un véritable régal pour les yeux.
Malgré une touche japonaise tout à fait normale dans la représentation des protagonistes, tout est scrupuleusement réaliste y compris dans les faits puisqu'on s'y permet quelques touches historiques et sociales aucunement rébarbatives mais bien amenées sur la condition sociale de l'époque, le racisme latent anti noir et même un plaidoyer émouvant sur les Amérindiens.
Il s'agit d'un récit vraiment fluide et agréable dont le rythme ne faillit jamais. On en regretterait presque le format si étroit des mangas pour mieux admirer les superbes dessins en noir et blanc qui mériteraient un plus bel écrin.
L'histoire est peut être simple mais il s'agit pour ma part surement d'un des plus beaux Westerns contemporains faisant la part belle aux affrontements surhumains et sanglants d'une belle brochette de desperados.
Un véritable petit bonheur méconnu qui devrait faire de l'oeil à tout amateur d'action et de jolies planches.
Vivement recommandé par mon libraire, je me suis plongé dans cette bande dessinée quasiment muette illustrée par Julie Rocheleau, dans son style aussi élégant que dans La Colère de Fantômas.
Vero Cazot nous offre une merveilleuse histoire à partir d'un sujet grave, le cancer du sein. Tout en subtilité, l'auteur aborde ce thème sans pathos , en nous épargnant le côté médical de cette maladie.
A travers le destin, a priori brisé, et les doutes de celle qui prendra le nom de Betty Boob (superbe trouvaille, au demeurant, et hommage à cette pétillante héroïne des années 30), Vero Cazot nous offre une note d'espoir, une bouffée d'espérance non seulement uniquement pour les femmes mais aussi pour les hommes.
Les rapports homme- femme à qui l'on a ôté un sein, sont très bien traduits dans les premières pages du livre et donnent à réfléchir.
C'est une œuvre forte, belle mais toute empreinte de poésie, qu'il faut évidemment lire.
Histoire, couleurs et dessin...tout est réussi.
Si je me trompe pas, c'est le seul album de Trondheim où il n'est pas scénariste.
J'ai vraiment adoré ce petit album qui parle de la mort de manière drôle et philosophique. Cela se lit vite, mais j'ai l'impression qu'il y avait plus de contenu dans ce patte de mouche que dans beaucoup d'album 'normal' de 44 pages. Coudray sait comment écrire des dialogues savoureux et le dessin minimaliste de Trondheim est sympathique. Dommage qu'ils n'aient pas retravaillé ensemble.
Probablement le meilleur one-shot de cette collection que j'ai lu jusqu'à présent. J'aurais aimé que cela dure plus longtemps, mais en même temps je me dis que l'une des qualités de cet album c'est que les auteurs arrêtent avant de commencer à étirer la sauce ou à tourner en rond.
Tous les passionnés d'Histoire se doivent de lire cette BD (à défaut de lire le roman éponyme). On suit toute une galerie de personnages bringuebalés dans la grande histoire de la Commune, dont l'épopée, l'ambiance, la fièvre sont très bien retranscrites par Vautrin et très bien illustrées par le grand Tardi.
Bien sûr, c'est un récit très engagé (du côté des communards) mais pour une fois que les vaincus ont l'occasion d'écrire l'Histoire, on ne va pas se plaindre.
Cette BD est tout d'abord un choc visuel. Rendez vous dans une librairie et votre œil sera inévitablement attiré par la superbe couverture. Le contenant est à la hauteur du contenu.
A l'intérieur, le lecteur trouvera des planches en couleurs directes qui font penser à des tableaux de Gustav Klimt, d'Egon Schiele. J'ai aussi trouvé des similitudes avec Bill Sienkiewickz pour les dessinateurs BD.
La scène se déroule sur un paquebot en route vers l'Argentine dans la période d'après Seconde Guerre Mondiale. A son bord, un Maître des échecs, qui se laisse défier par un illustre inconnu. Qui est-il ? D'où vient-il ? Comment celui ci parvient-il à tenir tête à ce Maître des échecs ? Au lecteur de le découvrir en lisant cette superbe adaptation du Roman de Stefan Zweig.
J'avoue que je ne connaissais pas David Sala et j'ai vraiment été bluffé par son style de dessin. On a le sentiment de voir se dérouler face à soi une série de tableaux d'une beauté rare, une explosion de lumière qui traverse votre lecture tout au long des 110 pages de cet album.
Une adaptation absolument remarquable. Une réussite totale.
Après avoir découvert l'auteur via Abanddon, je me suis précipitée sur cette nouvelle oeuvre.
Je ne sais trop d'où il tient son inspiration légèrement angoissante (bien que j'ai quelques idées de base), mais le moins que l'on puisse dire c'est que ses oeuvres ne laissent pas indifférent. Il s'agit là d'une oeuvre d'ambiance dans laquelle on entre comme si de rien n'était mais qui marque profondément.
Sous l'apparente simplicité de la structure, la grande question humaine est posée. L'immortalité tient une place particulière chez l'humain, à la fois tentation et pire cauchemar. Qui est-on, où va-t-on ? Un album bien étrange mais qui m'a complètement séduit. Je recommande à ceux qui cherchent la différence.
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Hyver 1709
1709 : c'est le Grand Hiver. le 5 janvier, la température baisse brutalement ; à Versailles, il parait que le vin gèle dans le verre de Louis XIV ; difficile à croire avec le confort des châteaux royaux, mais imaginez ce que ça devait être dans les campagnes et les villages... Ce grand froid va persister pendant 2 mois, les semailles d'automne sont détruites, les oliviers du Midi perdus, tout transport devient impossible sur les rivières bloquées par les glaces. Aussi, le ravitaillement de régions reculées est-il gravement perturbé, et le prix des aliments augmente considérablement. Succédant à une mauvaise récolte de 1708, le Grand Hiver provoque dans tout le royaume la disette et la misère qui jette sur les routes des milliers de vagabonds et de pillards. A cette catastrophe naturelle s'ajoute la guerre de Succession d'Espagne qui a commencé en 1700 ; tout vient du choix du roi d'Espagne Charles II mort sans hériter, et qui désigne par testament comme successeur le petit-fils de Louis XIV, Philippe d'Anjou. Désireux de contrer l'expansion économique de ses voisins, le roi de France après avoir pris une des décisions les plus lourdes de son règne, accepte ce testament, ce qui entraine le mécontentement des Provinces-Unies et de l'Angleterre qui voient d'un mauvais oeil les Bourbons régner sur les trônes de France et d'Espagne. L'Anglais Marlborough et le général impérial Eugène de Savoie infligent de rudes défaites aux armées de Louis XIV, dont celle de Malplaquet en 1709 sur les troupes du maréchal de Villars qui brisa définitivement la tentative d'hégémonie européenne de Louis XIV. La paix d'Utrecht n'intervient qu'en 1713. Ce résumé peut vous sembler long, mais il est essentiel pour planter le décor du contexte historique dans lequel la France se trouvait en 1709, et pour comprendre les enjeux de cette Bd qui aborde cette période peu explorée à l'écran et en BD. C'est un beau début d'album autour de ce long règne de Louis XIV, c'est la fin du règne qui fut marquée non seulement par des guerres, des révoltes (comme celle des Camisards, à laquelle il est fait allusion ici), ce Grand Hiver meurtrier, et aussi des tragédies familiales, puisque le roi verra mourir son fils, le Grand Dauphin, l'aîné de ses petits-fils et l'aîné de ses arrière-petits-fils... Le scénario soulève habilement différents points de cette guerre de Succession d'Espagne et de ces protestants déchus par la révocation de l'Edit de Nantes qui n'ont aucun intérêt à favoriser un roi de France qui leur a tout pris ; les conséquences désastreuses sur les populations rurales de ce grand froid sont également évoquées, avec au milieu de tout ceci une sorte d'agent secret oeuvrant pour la France. Son rôle est déjà bien défini, et on souhaite que sa mission réussisse. Je n'étais pas vraiment partant pour m'intéresser à cette intrigue, mais ce pan de la fin de règne de Louis XIV m'a finalement captivé. Le dessin de Xavier par rapport à ses précédentes séries, a encore atteint un degré supérieur, sa maîtrise des décors, des costumes, des détails et surtout des visages est beaucoup plus conséquente ; et quand il trouve un bon scénario, c'est un plaisir de le lire (je n'ai pas gardé un bon souvenir de ses 2 dernières collaborations avec Dufaux). Je connais des mauvaises langues qui disent que dessiner des décors neigeux est une solution de facilité car ça évite de détailler, mais ici, l'ensemble de ces pages dément cette affirmation fallacieuse, les paysages glacés étant très bien rendus. J'attendais une sorte d'apothéose pour la suite, mais cette traversée de la France au coeur de l'hiver glacial de 1709 se poursuit sans trop de surprise, et s'articule autour du héros Loys Rohan et Valescure, le chef d'une bande de camisards violents et cruels. Le récit se réduit à une chasse à l'homme sur fond de menace politique pour le roi, avec une certaine dose de suspense, mais j'ai trouvé ce tome 2 beaucoup moins prenant. Il y a un peu trop de personnages qui tentent de barrer la route de Loys, et ils se ressemblent tous, si bien qu'il est parfois difficile de faire le tri parmi cette tripotée de types patibulaires. Le contexte de famine est cependant bien mis en avant, et on ressent bien la sensation de froid grâce au dessin superbe de Xavier qui réussit de très belles pages sous la neige comme à Versailles, où Louis XIV et ses conseillers s'inquiètent de la tournure que prend la coalition contre la France. Le vrai héros, c'est lui, c'est l'hiver qui tue impitoyablement les miséreux. Le sens très sûr et très cinématographique du cadrage est aussi remarquable. Finalement, c'est une ambiance réussie, des personnages principaux intéressants, mais une intrigue un peu laborieuse. Je conserve quand même ma note, c'est du beau travail.
La Horde du contrevent
Étayez le fer, tenez le bloc. Ma rencontre avec "La horde du Contrevent " s'est faite au moment de la sortie du roman. J'avoue qu'à l'époque j'avais pris une petite claque et j'ai vite placé Mr Damasio au panthéon de mes auteurs préféré de SF. Oui il y avait du Silverberg, du Vance, moins la truculence, chez cet homme qui nous balançait une histoire forte, une quête du Graal inaccessible. C'est dire si tous les amateurs attendaient avec une impatience non feinte la sortie de cette histoire en BD. Personnellement je n'étais pas particulièrement inquiet quant au choix du dessinateur, tant j'avais plus qu'apprécié son travail sur "Fils du soleil " ou certaines planches possédaient déjà, sans jeu de mot, un souffle évident. Eric Henninot fait partie de ces dessinateurs qui ont une patte et qui dessinent comme j'aime, tout simplement. Il est de la trempe des M. Lauffray, R. Recht et A. Brion, j'en oublie. Des gens qui ont un dessin que d'aucuns qualifieraient de "gribouillé", sale, pas lisse, effectivement à mille lieues de la ligne claire. Des gars qui au delà du brio de leurs techniques savent vous créer un ambiance de furieux. Donc là je ne suis absolument pas déçu. Le dessin arrive à donner une ambiance, alors oui le vent c'est pas facile à dessiner, ici pas facile de tricher puisque les personnages portent des habits près du corps. La page 33 du bloc dans le furvent parle d'elle même. L'adaptation du texte et du scénario, pour peu que mon souvenir soit fidèle, me convient parfaitement. Une seule envie, relire dès que possible le roman, il va être sympa de coller d'autres images sur ce récit, en plus il me semble que mon imaginaire avait beaucoup fonctionné dans la partie du roman se déroulant sur la flaque de Lapsane et aux abords de Norska, j'ai donc hâte. Je n'aurais pas attendu en vain, c'est forcément un coup de cœur pour moi, vivement la suite.
Johnny Jungle
Une bonne bd comme on aimerait tomber dessus plus souvent… Johnny Jungle c’est en premier deux belles couvertures, qui réunies forment un superbe tableau d’ensemble. Les premières pages livrent d’entrée le ton : Si je devais trouver une similitude, elle serait dans certains films des frères Cohen. C’est à la fois sombre, grinçant, parfois triste, le tout relevé avec un humour d’une belle finesse - qui fait mouche à chaque fois - et d’une dose de belle lumière laissant espérer le meilleur pour ce personnage attachant, vite rattrapé par ses affres. Le tout est habilement réalisé, les références sont nombreuses et on se prend au jeu dans les témoignages livrés au fil du récit de la vie de Johnny. Témoignages qui prendront une toute autre dimension à la fermeture du second tome. Et c’est là que les auteurs sont habiles, à la fin de ma lecture, l’envie de relire le tout est forte, un peu à la manière d’un Fight Club, où les dernières minutes réécrivent le film et on se demande quand on est passé à côté. Au dessin, on ne boude pas son plaisir. Chaque planche est habile – certaines vraiment très jolies – , le sens du cadre bien maitrisé, les décors sont riches souvent rehaussés par une belle lumière, notamment sur les scènes dans la jungle. A lire sans modération.
Les Cent Nuits de Héro
Magnifique ! J’ai peur que les mots me manquent pour faire honneur à cet album, surtout après le superbe avis de Blue Boy. La narration alterne entre la trame principale (Héro et Cherry racontant des contes pour gagner du temps) et les contes en question, un peu à la façon des 1001 nuits. Les contes en question sont prenants, poétiques, et tintés d’un féminisme qui ajoute du poids et une certaine originalité au récit. Ici, les deux héroïnes sont lesbiennes, amoureuses, et n’ont pas besoin de prince charmant. Les protagonistes masculins sont pour la plupart possessifs et odieux. Le ton est pourtant très juste, et ne tombe pas dans les clichés féministes. Le dessin typé « nouvelle vague » est superbe, les planches sont belles et la mise en page souvent originale. L’album lui-même est de qualité, grand format, couverture cartonnée… vraiment un bel objet, que j’ai beaucoup de plaisir à revisiter et feuilleter. Un coup de cœur !
Green Blood
Ce n'est seulement qu'en postface du 4ème tome que l'on apprend que l'auteur est un grand fan du Django de Sergio Corbucci et qu'il a voulu rendre un joli hommage à un genre qu'il affectionne tout particulièrement : les Westerns. Pourtant les premières pages laissent présager d'un hommage appuyé au film de Martin Scorcese, Gangs of New York dont Kakizaki reprend le cadre et les guerres de gangs dans une Amérique corrompue de fin XIXème siècle accueillant les colons et les désœuvrés. Les frères Burns tentent de survivre tant bien que mal dans un quartier rongé par la pègre et la misère : Luke trime dur en tant que docker pour subvenir au quotidien de son frère oisif Brad. Ce dernier cache son activité d'assassin pour préserver son petit frère. Sous le sobriquet de Grim Reaper, c'est un redoutable nettoyeur des rues la nuit pour le compte du gang Grave Diggers. Mais forcément tout ne se passe pas comme prévu et le passé de leur père aux intentions peu louables comme les intérêts financiers des nombreuses crapules peuplant Five Points, ce quartier peu fréquentable de NY, vont bouleverser la vie des frères Burns qui vont devoir fuir et racheter leur fierté familiale. Le fait de basculer d'une réalité historique d'Est en Ouest vers des plaines arides bouleverse considérablement le récit en le faisant naviguer d'un genre à l'autre. Malgré tout la vengeance et la violence seront les principaux attributs d'un récit simple mais superbement ficelé pour captiver le lecteur du début à la fin. Il faut dire que Kazikazi est un expert en tableaux semi réalistes sans négliger aucun détail : des décors crasseux de New York aux locomotives de l'Ouest, chaque page est un véritable régal pour les yeux. Malgré une touche japonaise tout à fait normale dans la représentation des protagonistes, tout est scrupuleusement réaliste y compris dans les faits puisqu'on s'y permet quelques touches historiques et sociales aucunement rébarbatives mais bien amenées sur la condition sociale de l'époque, le racisme latent anti noir et même un plaidoyer émouvant sur les Amérindiens. Il s'agit d'un récit vraiment fluide et agréable dont le rythme ne faillit jamais. On en regretterait presque le format si étroit des mangas pour mieux admirer les superbes dessins en noir et blanc qui mériteraient un plus bel écrin. L'histoire est peut être simple mais il s'agit pour ma part surement d'un des plus beaux Westerns contemporains faisant la part belle aux affrontements surhumains et sanglants d'une belle brochette de desperados. Un véritable petit bonheur méconnu qui devrait faire de l'oeil à tout amateur d'action et de jolies planches.
Betty Boob
Vivement recommandé par mon libraire, je me suis plongé dans cette bande dessinée quasiment muette illustrée par Julie Rocheleau, dans son style aussi élégant que dans La Colère de Fantômas. Vero Cazot nous offre une merveilleuse histoire à partir d'un sujet grave, le cancer du sein. Tout en subtilité, l'auteur aborde ce thème sans pathos , en nous épargnant le côté médical de cette maladie. A travers le destin, a priori brisé, et les doutes de celle qui prendra le nom de Betty Boob (superbe trouvaille, au demeurant, et hommage à cette pétillante héroïne des années 30), Vero Cazot nous offre une note d'espoir, une bouffée d'espérance non seulement uniquement pour les femmes mais aussi pour les hommes. Les rapports homme- femme à qui l'on a ôté un sein, sont très bien traduits dans les premières pages du livre et donnent à réfléchir. C'est une œuvre forte, belle mais toute empreinte de poésie, qu'il faut évidemment lire. Histoire, couleurs et dessin...tout est réussi.
Nous sommes tous morts
Si je me trompe pas, c'est le seul album de Trondheim où il n'est pas scénariste. J'ai vraiment adoré ce petit album qui parle de la mort de manière drôle et philosophique. Cela se lit vite, mais j'ai l'impression qu'il y avait plus de contenu dans ce patte de mouche que dans beaucoup d'album 'normal' de 44 pages. Coudray sait comment écrire des dialogues savoureux et le dessin minimaliste de Trondheim est sympathique. Dommage qu'ils n'aient pas retravaillé ensemble. Probablement le meilleur one-shot de cette collection que j'ai lu jusqu'à présent. J'aurais aimé que cela dure plus longtemps, mais en même temps je me dis que l'une des qualités de cet album c'est que les auteurs arrêtent avant de commencer à étirer la sauce ou à tourner en rond.
Le Cri du Peuple
Tous les passionnés d'Histoire se doivent de lire cette BD (à défaut de lire le roman éponyme). On suit toute une galerie de personnages bringuebalés dans la grande histoire de la Commune, dont l'épopée, l'ambiance, la fièvre sont très bien retranscrites par Vautrin et très bien illustrées par le grand Tardi. Bien sûr, c'est un récit très engagé (du côté des communards) mais pour une fois que les vaincus ont l'occasion d'écrire l'Histoire, on ne va pas se plaindre.
Le Joueur d'échecs (David Sala)
Cette BD est tout d'abord un choc visuel. Rendez vous dans une librairie et votre œil sera inévitablement attiré par la superbe couverture. Le contenant est à la hauteur du contenu. A l'intérieur, le lecteur trouvera des planches en couleurs directes qui font penser à des tableaux de Gustav Klimt, d'Egon Schiele. J'ai aussi trouvé des similitudes avec Bill Sienkiewickz pour les dessinateurs BD. La scène se déroule sur un paquebot en route vers l'Argentine dans la période d'après Seconde Guerre Mondiale. A son bord, un Maître des échecs, qui se laisse défier par un illustre inconnu. Qui est-il ? D'où vient-il ? Comment celui ci parvient-il à tenir tête à ce Maître des échecs ? Au lecteur de le découvrir en lisant cette superbe adaptation du Roman de Stefan Zweig. J'avoue que je ne connaissais pas David Sala et j'ai vraiment été bluffé par son style de dessin. On a le sentiment de voir se dérouler face à soi une série de tableaux d'une beauté rare, une explosion de lumière qui traverse votre lecture tout au long des 110 pages de cet album. Une adaptation absolument remarquable. Une réussite totale.
Le Voyageur
Après avoir découvert l'auteur via Abanddon, je me suis précipitée sur cette nouvelle oeuvre. Je ne sais trop d'où il tient son inspiration légèrement angoissante (bien que j'ai quelques idées de base), mais le moins que l'on puisse dire c'est que ses oeuvres ne laissent pas indifférent. Il s'agit là d'une oeuvre d'ambiance dans laquelle on entre comme si de rien n'était mais qui marque profondément. Sous l'apparente simplicité de la structure, la grande question humaine est posée. L'immortalité tient une place particulière chez l'humain, à la fois tentation et pire cauchemar. Qui est-on, où va-t-on ? Un album bien étrange mais qui m'a complètement séduit. Je recommande à ceux qui cherchent la différence.