Le début du récit est extrêmement prenant, avec ce flash-forward intrigant. Et si l’on comprend rapidement comment tout cela va se terminer et qu’il sera question de voyage dans le temps et l’espace,… la vérité est qu’on ne sait encore rien.
La découverte du monde clos dans lequel va se dérouler la majeure partie de ce récit nous plonge dans ce que j’appelle de la science-fiction prophétique. Comprenez par là que l’auteur crée un futur et se plait à l’approfondir sur base de notre situation actuelle. L’omniprésence de la publicité, la manipulation des masses, le racisme, le terrorisme, la radicalisation, l’écologie, tous ces sujets sont le terreau même du récit. Cet écho à notre propre quotidien transforme ce récit en parabole, ce qui ne fait que nous le rendre encore plus prenant.
Mais après la découverte de cet univers, je dois bien avouer que je n’ai plus ressenti le même engouement pour la partie plus centrée sur l’action. Non que ce soit mal fait ou inintéressant mais je me sentais moins concerné, plus spectateur du récit. Ceci dit, l’intrigue est prenante et le fait d’avoir placé ce flash-forward en début d’album avait tellement intensément titillé mon cortex qu’il m’aurait été impossible d’abandonner la lecture en cours de route.
En plus il y a le dessin ! Exceptionnel, ce dessin ! Avec des angles de vue qui donnent le tournis, des créations graphiques originales et cohérentes, un trait fin et incisif, de la vivacité et une méticulosité qui frise l’obsession. Vraiment du très grand art qui vient renforcer l’aspect technique et froid du récit.
Le final, enfin, est conforme aux attentes. Et si, au début de ma lecture je me croyais parti pour accorder un 5/5 à l’album, la dernière page tournée, je demeure avec un sentiment plus que positif. Ce récit est vraiment à lire, que vous aimiez ou non la science-fiction.
Voilà une nouvelle série enthousiasmante.
Elle prend pied dans le monde de la musique, et plus particulièrement celui de son apprentissage, puisque les deux protagonistes principaux sont de jeunes prodiges que le hasard -ou plutôt des amis communs- a réunis. Alors, comme indiqué, ils ont une approche différente de la musique, entre respect total, presque religieux, et goût de la transgression, de l'interdit.
C'est bien sûr ce contraste, mais aussi le traumatisme d'enfance de Kôsei qui vont servir de moteur au récit. Au bout de deux tomes, cela fonctionne plutôt pas mal, on est pris dans cette histoire pas bien spectaculaire, mais avec des personnages au caractère bien trempé. C'est assez prenant.
Le troisième tome est un tome de transition, il ne se passe pas grand-chose, on a droit à des saynètes à l'intérêt mitigé. La fin est plus intéressante avec le début des auditions du concours Maiho, et l'apparition de deux personnages secondaires qui vont venir chambouler le train-train des héros...
Dans les tomes 4 et 5 l'action avance lentement, le long de ce même concours, et on a des redites sur l'enfance de Kôsei. L'émotion relative à la musique est quant à elle toujours présente et bien représentée. Une pause dans le récit.
La fin du tome 6 semble marquer une rupture, un changement de rythme, avec la prise de conscience de Kôsei d'un certain nombre de choses. Plus rien ne sera peut-être comme avant...
Avec le tome 8 nous avons une sorte de respiration dans le récit, avec l'arrivée d'un personnage secondaire, la jeune élève, qui va servir d'exutoire à Kosei. Et le tome s'achève sur un mini-cliffhanger concernant Kaori, qu'a-t-elle voulu dire en parlant du fait que Kosei croit avoir tout son temps ?
Dans le tome 9 nous assistons à une très belle séquence avec Kosei et Nagi, jouant de concert un morceau de Tchaikovski. Les émotions sont très bien retranscrites, et cet évènement va provoquer un certain basculement dans le récit. Lequel se prolonge dans le tome 10, au cours duquel il ne se passe pas grand-chose, même si la fin nous laisse avec un gros questionnement en suspens. Un ultime tome, le 12, propose des histoires courtes autour des différents personnages ; l'intérêt est limité, mais cet opus ravira les amateurs de la série.
Sur le plan graphique c'est très agréable, Arakawa a un trait gracieux et dynamique, même si j'ai un peu de mal avec les triangles qui figurent les nez des personnages. Un tic graphique qui s'estompe un peu au fil des tomes.
A noter, parmi les bonus des tomes, des petites notes sur les morceaux "joués" dans le manga, ainsi que la possibilité, via des QR Code, d'écouter et regarder des videos musicales correspondantes... sympa.
C'est frais, c'est printanier, c'est touchant.
"La terre des fils" est un récit post-apocalyptique qui débute comme un huis-clos entre un père tyrannique et ses deux fils perdus dans les ruines du monde. Il se poursuit dans une quête existentielle où deux êtres perdus recherchent en vain quelqu'un qui saurait encore lire dans un univers violent et fanatique. Le monde a-t-il un sens quand il est détruit à ce point ? Telle est la question que nous pose Gipi dont la force expressive du dessin fait merveille tout au long de 288 pages de maestria graphique et narrative.
Un excellent ouvrage sur l'autisme, principalement l'autisme féminin que je ne connaissais pas trop vu que la première image que j'ai dans ma tête lorsque je pense à l'autiste et celle d'un jeune garçon et encore je ne vis pas en France où la situation des autistes est bien pire si je me fie à ce que dit l'album.
J'ai vraiment eu du plaisir à lire ce documentaire qui montre la vie quotidienne d'une autiste. J'ai trouvé ce personnage attachant et j'ai ressenti de la peine pour elle. J'ai été particulièrement peiné lorsque la société la met mal à l'aise à cause de ses problèmes de communication, Ils ne cherchent pas à la comprendre et veulent qu'elle agisse 'normalement' alors qu'elle ne peut pas. Le fait que la scénariste soit elle-même autiste donne du réalisme aux situations et m'a aidé à mieux comprendre l'autisme. Le dessin est bon aussi.
J'ai eu un vrai plaisir à lire cet album qui est selon moi à lire absolument.
Et hop! voilà le tome deux. De la bombe mesdames et messieurs et au passage mon coup de cœur du moment, dans la production actuelle du lourd qui déménage faisant fi du politiquement correct.
Alors que Doggybags en arrive à son ultime treizième numéro nous retrouvons Run et Neyef pour suivre la saine et belle éducation du sieur Jesus par les gangs de "carnales" au sein d'une prison américaine. Comme pour Doggybags ou Mutafukaz les auteurs insèrent des textes informatifs sur les gangs américains dans ces prisons. Pas que ces infos soient indispensables à la vie de votre serviteur, a priori elles ne devraient jamais me servir, mais cela aère le récit qui lui est à mille lieues des Bisounours ou de l'île aux enfants.
Petit format donc, une petite vingtaine de pages, mais par les dieux c'est du lourd, condensé, efficace et on ne s'ennuie pas une seconde. La tension est maximale, nous sommes bien loin de ce film avec R. Redford, "Brubaker" je crois plein de clichés. Ici tout est neuf à notre regard d'européen et l'on se dit que la plus grande démocratie du monde (ouarf, ouarf!) possède sans conteste l'un des systèmes carcéral les plus pourris du monde.
Le dessin de Neyef possède ce je ne sais quoi d'à la fois tendu et rond mais au final bougrement efficace aidé en cela par une colorisation assez douce au regard de ce qui nous est montré.
Donc scénario millimétré, dessin foutrement bien fichu, sujet peu comique mais par certains côtés assez édifiant, donc coup de cœur et je vous prierais de faire tourner pour sortir d'un certain ronron d'un certain conformisme il n'y a pas mieux. Au fait, merci PAco pour la suggestion de lecture.
Après la brillante adaptation de Charly 9, Richard Guérineau poursuit son cycle biographique sur les souverains de France avec le successeur du précité, Henri III, dernier des Valois. Henri III, réputé pour ses tenues extravagantes et pour avoir préféré la compagnie de ses mignons à celle des femmes....
Comme son frère Charles IX, Henri III était un roi haut en couleurs, constituant ainsi un excellent « matériau » pour une bande dessinée. Bien plus détesté que son aîné pourtant à l’origine de la Saint-Barthélemy, notamment par le peuple catholique sous l’emprise de la propagande haineuse de la Ligue, Henri III n’était pourtant pas un roi détestable, tant s’en faut. Ce dernier était un homme doux, humaniste, amoureux des arts et des lettres. Il cherchait à réconcilier les factions rivales durant les guerres de religions qui empoisonnaient la France à cette époque. On lui reprochait également son goût pour les fêtes et ses tenues extravagantes qui le faisaient apparaître très efféminé. Ce qui évidemment faisait de lui une cible très facile pour ses ennemis, dans une période où l’homosexualité constituait un blasphème, deux siècles seulement après l’Inquisition.
Tout en s’étant visiblement très bien documenté sur le personnage, Richard Guérineau en a fait une œuvre de fiction. Et qui dit fiction dit interprétation personnelle. Mais globalement, la restitution historique semble plutôt honnête, sans volonté de nuire ou d’enjoliver quoique ce soit, donc relativement objective. Concernant sa supposée homosexualité, débat qui agite toujours les historiens aujourd’hui, l’auteur a choisi de ne fâcher personne en le présentant comme bisexuel, ce qui paraît plus vraisemblable car ce roi comptait également nombre de maîtresses. D’autres anecdotes parsèment le récit, notamment sur l’apparition des bains à la cour (merci Henri !) ou celle du bilboquet, ce qui poussait certains courtisans malicieux à comparer la boule du jeu au fondement du souverain…
Quant à l’histoire en elle-même, Guérineau a repris le même parti pris original adopté avec Charly 9 consistant à truffer le récit d’intermèdes au style graphique et narratif radicalement différent. Parfois documentaire, avec des pastiches de « L’Illustration », magazine du XIX siècle pour le côté décalé ( !), de vieilles bandes dessinées historiques les plus désuètes, ou encore de strips gaguesques dans la plus pure tradition franco-belge… Tout cela rend le récit très vivant, lequel bénéficie déjà du trait élégant et enlevé de l’auteur.
Même si « Henriquet, l’homme-reine » ne recèle pas la force de son prédécesseur, il reste d’excellente tenue, avec une narration fluide, de l’humour et des textes de qualité, notamment par la truculence des jurons de l’époque proférés par les bouches les plus nobles, y compris celle de Henri III... C’est donc un portrait brillant et équilibré qu’a dressé Richard Guérineau de ce souverain, lequel apparaît au final plutôt attachant, tant par sa majestueuse extravagance que par ses failles, lui qui se disait né au mauvais siècle. Gageons que ce deuxième volume, réussite incontestable, rencontre autant de succès que Charly 9, de sorte à encourager l’auteur à nous narrer la vie d’un autre souverain !
J'allais un peu à reculons vers cette nouvelle série, de peur de tomber sur une énième histoire un peu gnangnan sur des adolescentes complètement idiotes. Ce qu'elles ne sont pas, bien sûr. Je pense que la bonne idée de départ est la collaboration entre deux scénaristes. Leur différence sexuelle ne compte pas, Cazenove ayant semble-t-il réussi à se mettre dans la peau d'une jeune fille de 11 ans. un âge où on bascule de l'enfance à l'adolescence, où on connaît ses premiers émois, où on s'ennuie facilement aussi...
Cette relation à distance, entretenue d'une façon presque inconcevable en nos années 2010, se révèle plutôt plaisante, les co-scénaristes évitant les écueils du cucul la praline, révélant des caractères subtils et nuancés. Le rythme choisi, des histoires courtes entrecoupées de lettres, permet de prendre son temps. Et les arrière-plans sociétaux ne sont pas en reste non plus, comme dans le cas de la situation des parents de Meï.
Le dessin de Cécile, accompagné des couleurs lumineuses de Sandrine Cordurié, est très plaisant, il est semi-réaliste et expressif. J'aime beaucoup.
Une vraie bonne BD qui parlera sans doute aux préadolescentes.
Marc Lizano a construit sa carrière d'auteur sur des titres jeunesse comme La Petite Famille, avec souvent du bonheur. Il y a souvent de la profondeur dans ses albums, une réflexion au-delà du trait rond et des jolies couleurs.
C'est encore une fois le cas avec cette trilogie qui commence, et qui plongeant ses sources pour partie dans un fait divers : en 1934, à Belle-Ile-en-Mer, des enfants se sont échappés d’un bagne et ont ensuite été pourchassés contre une prime par les habitants de l’île. Jacques Prévert, révolté, en avait fait un poème, Chasse à l’enfant.
Lizano est reconnaissable à ses personnages avec des grosses têtes, mais c'est une particularité qui ne gêne pas du tout la lecture, tant cela s'intègre à son style. On peut remarquer également que les adultes qui tiennent la pension du titre ont des têtes d'animaux, en rapport avec leurs fonctions ou leur personnalité. Mais très vite on rentre dans cette histoire angoissante, avec cet enfant mutique qui est interné dans ce qu'on appelait à une époque un pensionnat, c'est à dire un établissement fermé, consacré à l'éducation mais surtout à la discipline.
On est d'emblée pris par l'ambiance oppressante, lugubre, de l'institution. Très peu de moments d'espoir ou d'humour, hormis lorsque la camaraderie des enfants s'exprime. L'appétence au dessin d'Emile est également un élément narratif important, j'imagine qu'il va servir de moteur par la suite.
Une suite que je suis curieux de découvrir.
Nancy Pena réalise ici une très belle série, qui revisite et prolonge les aventures du Chat botté, ancrées de manière plus ou moins nébuleuses dans l’imaginaire et la culture populaires.
Je dois dire que j’ai absolument tout aimé de cette histoire, que ce soit le fond ou la forme. Le ton est primesautier, marie agréablement l’ironique et le comique de Guignol. C’est pétillant, et l’on est embarqué dans cette histoire sans pouvoir – et surtout sans vouloir s’en détacher.
Les références sont nombreuses, essentiellement aux auteurs du Grand siècle évidemment (Perrault, Molière, Racine …), mais parfois plus surprenantes, puisqu’une réplique culte des Tontons flingueurs s’y trouve utilisée.
Nancy Pena elle-même est un personnage à part entière, puisque « l’auteur » est un protagoniste, cité, pris à témoin par certains personnages – le chat essentiellement (ici accompagné d’une souris, d’une montagne et d’un ogre, pour ne garder que les principaux figurants de cette farce joviale).
Ajoutons que les éditions 6 pieds sous terre ont vraiment fait ici du bel ouvrage pour l’intégrale, sur laquelle je me suis rué (après avoir découvert cette série dans ses premières publications en petits volumes de la collection Lépidoptère). Papier et couverture très épais (avec dos toilé), marque page : un bien bel écrin pour ce petit bijou !
Un gros coup de cœur !
J'attendais cet album avec impatience. Jugez donc, la nouvelle série des auteurs de Il était une fois en France.
Il faut l'avouer cet album est une réussite totale. Tant au niveau du dessin (on y croise des trognes et des gueules dignes du cinéma américain ou français des années 50), que du scénario, qui est très cinématographique au demeurant.
Les premières pages commentées en voix off sont en ce point remarquables. Le procédé est d’ailleurs souvent réutilisé sur ce premier volume, tout comme la reproduction de courriers. Tout concourt ou presque à nous faire croire que nous suivons une histoire véridique.
La touche locale( corruption, massacre, colonialisme et trafic en tout genre ) est très bien mise en scène dans cet opus, qui met en place avec talent tous les ingrédients de cette nouvelle série.
Même si le rôle des mercenaires occupe une place prépondérante ici, on sent que le dénommé Charlie va vite occuper le terrain dans les prochains volumes.
Une aventure comme j’aime lire et, à l’image de Il était une fois en France que j’aime relire.
Fabien Nury s’affirme là , de nouveau ,comme un scénariste hors pair. Quant au dessin de Sylvain Vallée, il ne souffre d’aucun défaut et les personnages qu’il nous présente ont tous une présence imposante.
Une réussite.
Vivement la suite.
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Shangri-La
Le début du récit est extrêmement prenant, avec ce flash-forward intrigant. Et si l’on comprend rapidement comment tout cela va se terminer et qu’il sera question de voyage dans le temps et l’espace,… la vérité est qu’on ne sait encore rien. La découverte du monde clos dans lequel va se dérouler la majeure partie de ce récit nous plonge dans ce que j’appelle de la science-fiction prophétique. Comprenez par là que l’auteur crée un futur et se plait à l’approfondir sur base de notre situation actuelle. L’omniprésence de la publicité, la manipulation des masses, le racisme, le terrorisme, la radicalisation, l’écologie, tous ces sujets sont le terreau même du récit. Cet écho à notre propre quotidien transforme ce récit en parabole, ce qui ne fait que nous le rendre encore plus prenant. Mais après la découverte de cet univers, je dois bien avouer que je n’ai plus ressenti le même engouement pour la partie plus centrée sur l’action. Non que ce soit mal fait ou inintéressant mais je me sentais moins concerné, plus spectateur du récit. Ceci dit, l’intrigue est prenante et le fait d’avoir placé ce flash-forward en début d’album avait tellement intensément titillé mon cortex qu’il m’aurait été impossible d’abandonner la lecture en cours de route. En plus il y a le dessin ! Exceptionnel, ce dessin ! Avec des angles de vue qui donnent le tournis, des créations graphiques originales et cohérentes, un trait fin et incisif, de la vivacité et une méticulosité qui frise l’obsession. Vraiment du très grand art qui vient renforcer l’aspect technique et froid du récit. Le final, enfin, est conforme aux attentes. Et si, au début de ma lecture je me croyais parti pour accorder un 5/5 à l’album, la dernière page tournée, je demeure avec un sentiment plus que positif. Ce récit est vraiment à lire, que vous aimiez ou non la science-fiction.
Your lie in April
Voilà une nouvelle série enthousiasmante. Elle prend pied dans le monde de la musique, et plus particulièrement celui de son apprentissage, puisque les deux protagonistes principaux sont de jeunes prodiges que le hasard -ou plutôt des amis communs- a réunis. Alors, comme indiqué, ils ont une approche différente de la musique, entre respect total, presque religieux, et goût de la transgression, de l'interdit. C'est bien sûr ce contraste, mais aussi le traumatisme d'enfance de Kôsei qui vont servir de moteur au récit. Au bout de deux tomes, cela fonctionne plutôt pas mal, on est pris dans cette histoire pas bien spectaculaire, mais avec des personnages au caractère bien trempé. C'est assez prenant. Le troisième tome est un tome de transition, il ne se passe pas grand-chose, on a droit à des saynètes à l'intérêt mitigé. La fin est plus intéressante avec le début des auditions du concours Maiho, et l'apparition de deux personnages secondaires qui vont venir chambouler le train-train des héros... Dans les tomes 4 et 5 l'action avance lentement, le long de ce même concours, et on a des redites sur l'enfance de Kôsei. L'émotion relative à la musique est quant à elle toujours présente et bien représentée. Une pause dans le récit. La fin du tome 6 semble marquer une rupture, un changement de rythme, avec la prise de conscience de Kôsei d'un certain nombre de choses. Plus rien ne sera peut-être comme avant... Avec le tome 8 nous avons une sorte de respiration dans le récit, avec l'arrivée d'un personnage secondaire, la jeune élève, qui va servir d'exutoire à Kosei. Et le tome s'achève sur un mini-cliffhanger concernant Kaori, qu'a-t-elle voulu dire en parlant du fait que Kosei croit avoir tout son temps ? Dans le tome 9 nous assistons à une très belle séquence avec Kosei et Nagi, jouant de concert un morceau de Tchaikovski. Les émotions sont très bien retranscrites, et cet évènement va provoquer un certain basculement dans le récit. Lequel se prolonge dans le tome 10, au cours duquel il ne se passe pas grand-chose, même si la fin nous laisse avec un gros questionnement en suspens. Un ultime tome, le 12, propose des histoires courtes autour des différents personnages ; l'intérêt est limité, mais cet opus ravira les amateurs de la série. Sur le plan graphique c'est très agréable, Arakawa a un trait gracieux et dynamique, même si j'ai un peu de mal avec les triangles qui figurent les nez des personnages. Un tic graphique qui s'estompe un peu au fil des tomes. A noter, parmi les bonus des tomes, des petites notes sur les morceaux "joués" dans le manga, ainsi que la possibilité, via des QR Code, d'écouter et regarder des videos musicales correspondantes... sympa. C'est frais, c'est printanier, c'est touchant.
La Terre des fils
"La terre des fils" est un récit post-apocalyptique qui débute comme un huis-clos entre un père tyrannique et ses deux fils perdus dans les ruines du monde. Il se poursuit dans une quête existentielle où deux êtres perdus recherchent en vain quelqu'un qui saurait encore lire dans un univers violent et fanatique. Le monde a-t-il un sens quand il est détruit à ce point ? Telle est la question que nous pose Gipi dont la force expressive du dessin fait merveille tout au long de 288 pages de maestria graphique et narrative.
La Différence invisible
Un excellent ouvrage sur l'autisme, principalement l'autisme féminin que je ne connaissais pas trop vu que la première image que j'ai dans ma tête lorsque je pense à l'autiste et celle d'un jeune garçon et encore je ne vis pas en France où la situation des autistes est bien pire si je me fie à ce que dit l'album. J'ai vraiment eu du plaisir à lire ce documentaire qui montre la vie quotidienne d'une autiste. J'ai trouvé ce personnage attachant et j'ai ressenti de la peine pour elle. J'ai été particulièrement peiné lorsque la société la met mal à l'aise à cause de ses problèmes de communication, Ils ne cherchent pas à la comprendre et veulent qu'elle agisse 'normalement' alors qu'elle ne peut pas. Le fait que la scénariste soit elle-même autiste donne du réalisme aux situations et m'a aidé à mieux comprendre l'autisme. Le dessin est bon aussi. J'ai eu un vrai plaisir à lire cet album qui est selon moi à lire absolument.
Mutafukaz - Puta Madre
Et hop! voilà le tome deux. De la bombe mesdames et messieurs et au passage mon coup de cœur du moment, dans la production actuelle du lourd qui déménage faisant fi du politiquement correct. Alors que Doggybags en arrive à son ultime treizième numéro nous retrouvons Run et Neyef pour suivre la saine et belle éducation du sieur Jesus par les gangs de "carnales" au sein d'une prison américaine. Comme pour Doggybags ou Mutafukaz les auteurs insèrent des textes informatifs sur les gangs américains dans ces prisons. Pas que ces infos soient indispensables à la vie de votre serviteur, a priori elles ne devraient jamais me servir, mais cela aère le récit qui lui est à mille lieues des Bisounours ou de l'île aux enfants. Petit format donc, une petite vingtaine de pages, mais par les dieux c'est du lourd, condensé, efficace et on ne s'ennuie pas une seconde. La tension est maximale, nous sommes bien loin de ce film avec R. Redford, "Brubaker" je crois plein de clichés. Ici tout est neuf à notre regard d'européen et l'on se dit que la plus grande démocratie du monde (ouarf, ouarf!) possède sans conteste l'un des systèmes carcéral les plus pourris du monde. Le dessin de Neyef possède ce je ne sais quoi d'à la fois tendu et rond mais au final bougrement efficace aidé en cela par une colorisation assez douce au regard de ce qui nous est montré. Donc scénario millimétré, dessin foutrement bien fichu, sujet peu comique mais par certains côtés assez édifiant, donc coup de cœur et je vous prierais de faire tourner pour sortir d'un certain ronron d'un certain conformisme il n'y a pas mieux. Au fait, merci PAco pour la suggestion de lecture.
Henriquet - L'homme-reine
Après la brillante adaptation de Charly 9, Richard Guérineau poursuit son cycle biographique sur les souverains de France avec le successeur du précité, Henri III, dernier des Valois. Henri III, réputé pour ses tenues extravagantes et pour avoir préféré la compagnie de ses mignons à celle des femmes.... Comme son frère Charles IX, Henri III était un roi haut en couleurs, constituant ainsi un excellent « matériau » pour une bande dessinée. Bien plus détesté que son aîné pourtant à l’origine de la Saint-Barthélemy, notamment par le peuple catholique sous l’emprise de la propagande haineuse de la Ligue, Henri III n’était pourtant pas un roi détestable, tant s’en faut. Ce dernier était un homme doux, humaniste, amoureux des arts et des lettres. Il cherchait à réconcilier les factions rivales durant les guerres de religions qui empoisonnaient la France à cette époque. On lui reprochait également son goût pour les fêtes et ses tenues extravagantes qui le faisaient apparaître très efféminé. Ce qui évidemment faisait de lui une cible très facile pour ses ennemis, dans une période où l’homosexualité constituait un blasphème, deux siècles seulement après l’Inquisition. Tout en s’étant visiblement très bien documenté sur le personnage, Richard Guérineau en a fait une œuvre de fiction. Et qui dit fiction dit interprétation personnelle. Mais globalement, la restitution historique semble plutôt honnête, sans volonté de nuire ou d’enjoliver quoique ce soit, donc relativement objective. Concernant sa supposée homosexualité, débat qui agite toujours les historiens aujourd’hui, l’auteur a choisi de ne fâcher personne en le présentant comme bisexuel, ce qui paraît plus vraisemblable car ce roi comptait également nombre de maîtresses. D’autres anecdotes parsèment le récit, notamment sur l’apparition des bains à la cour (merci Henri !) ou celle du bilboquet, ce qui poussait certains courtisans malicieux à comparer la boule du jeu au fondement du souverain… Quant à l’histoire en elle-même, Guérineau a repris le même parti pris original adopté avec Charly 9 consistant à truffer le récit d’intermèdes au style graphique et narratif radicalement différent. Parfois documentaire, avec des pastiches de « L’Illustration », magazine du XIX siècle pour le côté décalé ( !), de vieilles bandes dessinées historiques les plus désuètes, ou encore de strips gaguesques dans la plus pure tradition franco-belge… Tout cela rend le récit très vivant, lequel bénéficie déjà du trait élégant et enlevé de l’auteur. Même si « Henriquet, l’homme-reine » ne recèle pas la force de son prédécesseur, il reste d’excellente tenue, avec une narration fluide, de l’humour et des textes de qualité, notamment par la truculence des jurons de l’époque proférés par les bouches les plus nobles, y compris celle de Henri III... C’est donc un portrait brillant et équilibré qu’a dressé Richard Guérineau de ce souverain, lequel apparaît au final plutôt attachant, tant par sa majestueuse extravagance que par ses failles, lui qui se disait né au mauvais siècle. Gageons que ce deuxième volume, réussite incontestable, rencontre autant de succès que Charly 9, de sorte à encourager l’auteur à nous narrer la vie d’un autre souverain !
Les Amies de papier
J'allais un peu à reculons vers cette nouvelle série, de peur de tomber sur une énième histoire un peu gnangnan sur des adolescentes complètement idiotes. Ce qu'elles ne sont pas, bien sûr. Je pense que la bonne idée de départ est la collaboration entre deux scénaristes. Leur différence sexuelle ne compte pas, Cazenove ayant semble-t-il réussi à se mettre dans la peau d'une jeune fille de 11 ans. un âge où on bascule de l'enfance à l'adolescence, où on connaît ses premiers émois, où on s'ennuie facilement aussi... Cette relation à distance, entretenue d'une façon presque inconcevable en nos années 2010, se révèle plutôt plaisante, les co-scénaristes évitant les écueils du cucul la praline, révélant des caractères subtils et nuancés. Le rythme choisi, des histoires courtes entrecoupées de lettres, permet de prendre son temps. Et les arrière-plans sociétaux ne sont pas en reste non plus, comme dans le cas de la situation des parents de Meï. Le dessin de Cécile, accompagné des couleurs lumineuses de Sandrine Cordurié, est très plaisant, il est semi-réaliste et expressif. J'aime beaucoup. Une vraie bonne BD qui parlera sans doute aux préadolescentes.
La Pension Moreau
Marc Lizano a construit sa carrière d'auteur sur des titres jeunesse comme La Petite Famille, avec souvent du bonheur. Il y a souvent de la profondeur dans ses albums, une réflexion au-delà du trait rond et des jolies couleurs. C'est encore une fois le cas avec cette trilogie qui commence, et qui plongeant ses sources pour partie dans un fait divers : en 1934, à Belle-Ile-en-Mer, des enfants se sont échappés d’un bagne et ont ensuite été pourchassés contre une prime par les habitants de l’île. Jacques Prévert, révolté, en avait fait un poème, Chasse à l’enfant. Lizano est reconnaissable à ses personnages avec des grosses têtes, mais c'est une particularité qui ne gêne pas du tout la lecture, tant cela s'intègre à son style. On peut remarquer également que les adultes qui tiennent la pension du titre ont des têtes d'animaux, en rapport avec leurs fonctions ou leur personnalité. Mais très vite on rentre dans cette histoire angoissante, avec cet enfant mutique qui est interné dans ce qu'on appelait à une époque un pensionnat, c'est à dire un établissement fermé, consacré à l'éducation mais surtout à la discipline. On est d'emblée pris par l'ambiance oppressante, lugubre, de l'institution. Très peu de moments d'espoir ou d'humour, hormis lorsque la camaraderie des enfants s'exprime. L'appétence au dessin d'Emile est également un élément narratif important, j'imagine qu'il va servir de moteur par la suite. Une suite que je suis curieux de découvrir.
Les Nouvelles aventures du Chat Botté
Nancy Pena réalise ici une très belle série, qui revisite et prolonge les aventures du Chat botté, ancrées de manière plus ou moins nébuleuses dans l’imaginaire et la culture populaires. Je dois dire que j’ai absolument tout aimé de cette histoire, que ce soit le fond ou la forme. Le ton est primesautier, marie agréablement l’ironique et le comique de Guignol. C’est pétillant, et l’on est embarqué dans cette histoire sans pouvoir – et surtout sans vouloir s’en détacher. Les références sont nombreuses, essentiellement aux auteurs du Grand siècle évidemment (Perrault, Molière, Racine …), mais parfois plus surprenantes, puisqu’une réplique culte des Tontons flingueurs s’y trouve utilisée. Nancy Pena elle-même est un personnage à part entière, puisque « l’auteur » est un protagoniste, cité, pris à témoin par certains personnages – le chat essentiellement (ici accompagné d’une souris, d’une montagne et d’un ogre, pour ne garder que les principaux figurants de cette farce joviale). Ajoutons que les éditions 6 pieds sous terre ont vraiment fait ici du bel ouvrage pour l’intégrale, sur laquelle je me suis rué (après avoir découvert cette série dans ses premières publications en petits volumes de la collection Lépidoptère). Papier et couverture très épais (avec dos toilé), marque page : un bien bel écrin pour ce petit bijou ! Un gros coup de cœur !
Katanga
J'attendais cet album avec impatience. Jugez donc, la nouvelle série des auteurs de Il était une fois en France. Il faut l'avouer cet album est une réussite totale. Tant au niveau du dessin (on y croise des trognes et des gueules dignes du cinéma américain ou français des années 50), que du scénario, qui est très cinématographique au demeurant. Les premières pages commentées en voix off sont en ce point remarquables. Le procédé est d’ailleurs souvent réutilisé sur ce premier volume, tout comme la reproduction de courriers. Tout concourt ou presque à nous faire croire que nous suivons une histoire véridique. La touche locale( corruption, massacre, colonialisme et trafic en tout genre ) est très bien mise en scène dans cet opus, qui met en place avec talent tous les ingrédients de cette nouvelle série. Même si le rôle des mercenaires occupe une place prépondérante ici, on sent que le dénommé Charlie va vite occuper le terrain dans les prochains volumes. Une aventure comme j’aime lire et, à l’image de Il était une fois en France que j’aime relire. Fabien Nury s’affirme là , de nouveau ,comme un scénariste hors pair. Quant au dessin de Sylvain Vallée, il ne souffre d’aucun défaut et les personnages qu’il nous présente ont tous une présence imposante. Une réussite. Vivement la suite.