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Couverture de la série Valérian - Shingouzlooz.Inc
Valérian - Shingouzlooz.Inc

Mises à part diverses anecdotes et les inspirations qu’elle a suscitées, je n’ai jamais lu Valérian et n’en connais que le film écrit et réalisé par Luc Besson. Cela m’a au moins permis de juger l’album en lui-même sans avoir besoin de me référer sans cesse au matériau d’origine en cherchant les points de divergences, ce que j’aurai trouvé mieux ou moins bon. N’y allons pas par quatre chemins, je me suis beaucoup amusé. Je m’attendais à un space opera ou du moins à ce que le gros du récit soit tourné vers le space opera, j’ai lu une bd humoristique sur fond de SF. C’est une histoire d’imbroglio juridique où les shingouz ont encore merdé. Cette clique de créatures gaffeuses qui ne manquent pas de malice pour arnaquer le chaland, que je trouvais déjà extrêmement sympathiques dans le film, s’est retrouvée par un heureux hasard en possession de la planète Terre avant que la roue de la fortune ne tourne et que les droits de propriétés ne tombent entre les mains d’un autre charognard boursicoteur. Cette idée de capitalisme étendue et jusqu’au boutisme dans la SF m’a toujours fait sourire quand elle est traitée avec un humour ironique ou absurde comme ici. Une idée selon laquelle on puisse jouer en bourse de façon tout à fait légale avec des planètes et leurs ressources naturelles (ceux qui ont vu Oblivion, H2G2...), en négligeant la vie des créatures autochtones rangées dans la colonne des dégâts collatéraux. On touche à l’humour d’un Terry Gilliam dans Brazil et de façon plus similaire le film Jupiter Ascending, où l’héroïne interprétée par Mila Kunis se retrouve propriétaire d’un amas de planètes dont la Terre mais doit en passer par l’administration et ses longues files et heures d’attente pour valider ses titres de propriété. La drôlerie de la situation n’en est pas moins alarmante car on parle de choses virtuelles qui ont des conséquences graves sur le réel lorsqu’elles échappent à tout contrôle. Heureusement qu’il y a donc Valérian et Laureline nos deux super agents spatio-temporel pour tenter de résoudre ce schmilblick. Le premier tente de harponner un gros poisson de la finance, au sens propre comme au figuré (l’humour de Lupano encore une fois se fait pinçant à propos des paradis fiscaux), tandis que la seconde apporte la touche d’action qu’on est en droit d’attendre. D’ailleurs même si je n’ai pas trop apprécié la différence de traitement entre les protagonistes, Valérian passant pour un gros bêta la majorité du temps, la manière dont Laureline est mise en avant m’a bien plu en revanche. C’est elle qui prend les devants et monte au front tandis que c’est le héros masculin qui reste en arrière pour une fois. Les auteurs s’en tirent proprement avec un scénario qui ne s’emmêle pas les fils dans le piège du paradoxe temporel qui donne lieu à des incohérences qui ont tendance à me faire griller un fusible. Non ça se tient, c’est cohérent, sans gras rajouté, j’ai eu un peu peur que ce « petit cri de Higgs » n’aboutisse à rien mais on devrait toujours se rappeler du principe du fusil de Tchekhov. Cela se conclu sur un running gag des repris de justice shingouz, toujours dans les mauvais comme les bons coups (sans spoiler, est-ce volontaire de la part des auteurs ou non, j’ai ri comme une baleine sur la façon dont ils se foutent de Prometheus). Une histoire riche en péripéties pour un stand alone servi par des graphismes qualité full HD. Mathieu Lauffray apporte sa science des grands décors en pleine ou double page, il sait varier les registres entre mimiques comiques du quatuor Valérian / Shingouz, et partie musclée chaud patate avec Laureline qui se traîne monsieur Albert (MDR la 4L spatio-temporelle ! ça vaut bien la cabine téléphonique du Docteur Who). Il y a quelques pages gratuites sur Laureline qui se fait tour à tour figure féministe et icône/objet/bombe sexuelle (c’est Red Sonja en gros plan ? ), du bonbon pour les yeux. Peu importe si c’est du pur fan service, j’ai tout pris sans déplaisir : du mania de l’eau Sha-Oo inspiré par le ventripotent baron Harkonnen du cycle de Dune, au « Yoda shingouz » (big up du dessinateur qui se rappelle ses jeunes années où il illustrait les comics Star Wars pour l’éditeur Dark Horse ? Ou gentil retour de bâton à l’encontre de G. Lucas qui ne s’était pas gêné pour pomper ses idées chez Christin et Mézières tel un vil marsouin cosmique ? ). On pourrait juste lui reprocher de recycler les mêmes figures pour ses personnages : Valérian ayant la même tête que John Silver / Jack Stanton, et Vivan Hasting / Laureen pour Laureline. Mission accomplie donc. Agents Valérian et Laureline au rapport, monsieur !

14/10/2017 (modifier)
Couverture de la série Un loup est un loup
Un loup est un loup

Dès la première page, on nous plonge dans ces contrées sauvages du Rouergue et dans le monde du loup au XVIIIème siècle. Serait-ce encore une version aux faux airs de Bête du Gévaudan ? Non, mais ça y fait penser et c'est assez fascinant. Ce prologue est suivi par une description pittoresque et très juste d'un petit village rural du nom de Racleterre, qui à ma connaissance est fictif, au milieu d'autres lieux qui eux sont réels. Il est question d'une intrigue qui tourne autour d'un sabotier qui vient d'avoir des quintuplés. Ce récit adapté d'un roman que je ne connais pas, peut sembler banal et ennuyeux à première vue, on se dit "mais qu'est-ce que les auteurs vont bien pouvoir trouver d'étrange et de singulier pour intéresser le lecteur ?". Mais le scénario est bien plus subtil qu'il n'en a l'air, il ne s'y passe apparemment pas grand chose, c'est la chronique d'un village, d'une famille dont on suit le destin un peu chaotique des 5 rejetons du sabotier Tricotin, on y apprend plein de choses sur un univers rural peuplé de légendes, et d'un patois savoureux du XVIIIème. Les auteurs ont insufflé une rusticité qui donne un ton très réaliste à ce monde villageois ancien, un réalisme cru propre à ce passé rude en ces contrées loin des grandes villes. Les caractères se dessinent, on apprend à connaître ces quintuplés qui grandissent doucement ; dans le tome 2, leur itinéraire connait un destin contrarié, et la narration s'attache au dernier, Charlemagne qui semble être le plus éveillé et le plus malin. Ce qui est novateur dans cette Bd, c'est que les différentes péripéties de ce récit sont telles qu'il sort vraiment de l'ordinaire en BD, car c'est vu sous l'angle du peuple et non sous celui des nobles ou des rois comme on l'a vu dans beaucoup de bandes historiques. Tout ceci est soutenu par un dessin de grande qualité, j'adore ce type de graphisme, puissant et soigné, aussi bien sur les décors de vieilles maisons que sur les personnages aux gueules représentatives de ce temps, ça donne de la force à cette histoire car ça crée une certaine ambiance aux limites du fantastique. Nardo réalise de très belles pages, quels progrès en 3 ans depuis Le Vent des Khazars. Une Bd au charme envoûtant !

11/10/2017 (modifier)
Par bab
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Black Science
Black Science

Heureuse découverte impromptue du festival d'Angoulême 2015 suite à la rencontre avec Matteo Scalera. Je n'étais pas forcément chaud au début de ma lecture, car à feuilleter cet album, c'est dense, c'est sombre, ça laisse une impression de compliqué pour se plonger dedans. Mais que nenni... Je me suis fait happer. Littéralement. L'histoire démarre sur les chapeaux de roues et ne lâche rien jusqu'à la fin du tome. Le scénario est habilement mené, parfois avec quelques facilités, mais le tout reste très très cohérent. Et pour des voyageurs de l'espace temps, la barre est toujours haute pour éviter les incohérences. Des questions se posent régulièrement, mais les réponses arrivent au fil de l'histoire, notamment sous forme de flashback. Niveau dessin, c'est... touffu. Mais le style de Scalera colle parfaitement à l'histoire. C'est sombre, dense, mais excessivement dynamique. Les cadrages y font beaucoup ; et le tout est superbement mis en valeur par une couleur très réussie. Si vous êtes fan de comics, de science fiction, ne passez pas à côté. J'attends le tome 2 avec impatience... Mise à jour après la lecture des 5 tomes parus à ce jour: J'adhère toujours autant à la série. Je dois cependant avouer qu'après la lecture du tome 3, j'ai un peu craint que ça ne tourne en rond. Que nenni! A partir du tome 4, j'ai un sentiment de vrai déclic aussi bien sur le plan scénaristique que graphique. L'histoire prend en effet un tour différent à l'amorce de ce tome 4, qui se centre beaucoup plus sur le personnage de Grant. (*** Spoiler : Faut dire que le scénariste n'hésite pas trop à décimer les rangs de ses personnages au cours des 3 premiers tomes ***) L'histoire gagne alors en profondeur, ce qu'elle perd en dynamisme. Ce qui n'est pas un mal, les trois premiers tomes ne laissent aucun répit aussi bien aux personnages qu'aux lecteurs. Ca reste par contre très verbeux. Grant passe sa vie dans l'introspection, mais cela donne de la matière au personnage et va rendre les flash back plus lisibles. Graphiquement, le trait se fait un peu plus rond, moins tranché. Le cadrage gagne en lisibilité et le tout est joliment accompagné d'une mise en couleur plus chaude et lumineuse. Certaines planches sont vraiment magnifiques. Fans de SF, ne boudez pas votre plaisir et plongez vous dans la Black Science!

02/04/2015 (MAJ le 11/10/2017) (modifier)
Par maelle
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Zaï Zaï Zaï Zaï
Zaï Zaï Zaï Zaï

C'est une vraie découverte. Je ne connaissais pas Fabcaro, et j'ai découvert Zai4 chez un ami. J'ai souri, plein, j'ai ri, plein aussi. je me la suis donc achetée, cette pépite, et je l'offre souvent à des amis. ce'st drôle, fin, burlesque, et complètement absurde. L'idée d'une personne en fuite pour cause d'oubli de carte de fidélité est excellente, et permet de mettre en scène plein de situations plus cocasses les unes que les autres. Un coup de coeur pour la mamie interviewé, pour les points et la machine à raclette, et pour les retrouvailles avec la copine d'enfance. les dessins est simple et percutant, pas de fioriture, on va droit au but. j'ai passé un super moment, ca m'a donné envie d'aller siffler là-haut sur la colline. il ne me reste plus qu'à découvrir le reste de ce qu'a fait ce monsieur...

10/10/2017 (modifier)
Par maelle
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Notes
Notes

J'aime boulet. Je n'ai pas lu ses autres BD, Ragnarök, Donjon, mais je lis son blog avec assiduité. J'ai acquis les tomes de notes petit à petit, il y a quelques années, et je prends toujours beaucoup de plaisir à les relire. C'est réaliste, poétique, bien dessiné, dessiné à l'arrache, en couleur, en noir et blanc, on trouve des souvenirs d'enfance, des pensées profondes, des questionnements sur la vie de tous les jours, des anecdotes de vie, des rêves, des espoirs, des énervements... Bref, un peu de tout. J'apprécie beaucoup l'autodérision dont il fait preuve et le regard qu'il porte sur le monde, les petits chats mignons, les copains, les soirées, les scientifiques, les enfants. Etant parisienne je me retrouve pas mal dans certaines situations vécues et très bien racontées. Et puis le dessin... le dessin! Il peut paraître assez simple au premier abord (peut être un effet du noir et blanc) mais il y a toujours une foule de détails, avec plein de petits traits partout. l’alternance d'histoire en noir et blanc et en couleur, avec peu de détails puis avec une fouuule de détails, permet de varier les plaisirs et d'éviter une monotonie dans la lecture. les gros plans, les mises en abîme, les mouvements, c'est fluide et toujours très lisible. Les 10 ouvrages sont très denses et on les savoure, sous couette ou dans son canapé, ça ne se lit pas vite, ça se déguste. 191 pages qui me donnent à chaque fois le sourire, souvent une vrai rire qui sort, heureux d'avoir été trouvé... Et pour ne rien gâcher, il a réussi dans ces notes qui sont des synthèses chronologiques de ses billets de blog à faire ressortir des thèmes différents dans chacun des tomes: les rêves, la fin du monde, les sciences, le corps humain.. Bref, je conseille, à lire et à relire!

10/10/2017 (modifier)
Par bab
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Tony Chu Détective Cannibale
Tony Chu Détective Cannibale

Je commencerais simplement en remerciant Paco dont la critique de cette BD m’a donné envie de la lire. Cette série est simplement énorme. Les auteurs sont à mon avis complètement barrés pour imaginer un truc pareil, mais j’y adhère sans mesure. On sent que les auteurs sont vraiment relâchés dans ce qu’ils font, le rythme du récit colle parfaitement aux aventures de ce détective cibopathe. Ces dernières sont servies par un trait dynamique et des dessins riches en détails. A ce sujet, la version française est bien faite avec un vrai travail sur la qualité des traductions. Côté scénario, pas évident d’en parler sans trop en dire, car découvrir cet univers fait partie des plaisirs de la lecture. Mais les « épisodes » s’enchainent sans baisse de rythme et chaque tome de l’édition française nous laisse dans l’impatience de lire la suite. Et les auteurs semblent ne rien se refuser. A découvrir. Mise à jour après la lecture des 12 tomes de la série : Je me tate à aller jusqu'à culte, mais on est au moins à 4,5/5. Peut être quelques légers essoufflements à noter de temps en temps, mais l'ensemble reste quand même puissamment génial. Sans rien spoiler, la conclusion est sans concession et montre toute la détermination des auteurs à mener leur barque où ils le souhaitaient. Le dessin reste riche et plein de détails tout le long de la série. On voit apparaître de-ci de-là (pas facile à placer celui là!) des privates jokes assez ouvertes pour être comprises par le lecteur. Du ton très léger du début, on suit l'histoire petit à petit vers un univers un peu plus sombre. Les personnages s'étoffent au fur et à mesure que l'histoire avance de façon construite, leurs relations gagnent en profondeur. On n'est pas dans de la bande dessinée hautement psychologique, mais l'ensemble reste cohérent du début à la fin. Je recommande les yeux fermés (pas facile pour lire une bd) cette série, qui manie humour et originalité avec une finesse suffisamment rare pour être notée. Mangez du poulet et lisez Tony Chu!

05/11/2012 (MAJ le 10/10/2017) (modifier)
Par fontanone
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Casque et la Fronde
Le Casque et la Fronde

Cette série m'a laissé sur ma faim. Je regrette que son auteur ait abandonné cette histoire qui promettait d'être passionnante. J'espère qu'un jour, un autre couple d'artiste reprendra la suite de cette aventure.

04/10/2017 (modifier)
Couverture de la série Elric (Glénat)
Elric (Glénat)

Tome 1 Le Trône de Rubis Je crois que c’est mon gros coup de cœur de l’année. Depuis le temps qu’on attendait une version potable des aventures d’Elric de Melniboné, le résultat surpasse les attentes avec ce que j'estime comme la meilleure nouveauté fantasy de l’année et peut être un futur immanquable si le trio Recht/Poli/Blondel continue sur sa lancée. En guise de préambule j’aimerai placer quelques mots du maître Michael Moorcock à propos de cette nouvelle adaptation européenne dans l'avant-propos de la BD (désolé, pas eu le temps de traduire pour les non anglophones): " I have to say this is the best interpretation EVER. It's a stunning BD. I've no idea when the English edition will be available but with a working knowledge of the story, you should do fine. There are some tweeks to the original story which in my view are an improvement. " Comprenez que l'écrivain britannique reconnaît sans mal que Julien Blondel a « amélioré » l’histoire originale, l’ayant rendu plus fluide et plus dans l’air du temps ; c’est quand même assez couillu de le reconnaître et cela souligne bien le boulot énorme abattu. Pour en revenir à la BD, enfin on arrive à mettre en image l’île de Melniboné, ses forêts, son bestiaire fantastique, sa cour décadente, le labyrinthe mortel d’Imrryr. Je n’aurais jamais imaginé un trône de rubis pareil, il est impressionnant, grandiloquent, un peu à l'image du Trône de Fer de Marc Simonetti. Apprécions également le dépoussiérage de Cymoril qui n’avait dans les romans qu’un rôle de princesse en détresse. Elle est nettement dans une attitude de strong independant woman avec le charisme royal qui va avec. Elric, c’est quand même bien plus qu’une bête histoire de rivalité pour le pouvoir entre Yyrkoon et son cousin albinos. Par ailleurs cette histoire n’est présente dans les romans que dans le tome 1 « Elric des dragons », on passe à autre chose par la suite (les derniers textes sont plus philosophiques et métaphysiques alors que les premiers symbolisent les années « pulp » de Moorcock) et reste à savoir ce qu’en fera Blondel mais j’ai confiance. Au-delà de la décadence du peuple millénaire melnibonéen et de la sauvagerie sado maso de ce dernier il faut y voir de la part de Moorcock une critique acerbe de l’impérialisme occidentale et du colonialisme britannique (Yyrkoon qui a la nostalgie du passé et qui rêve de l’époque du grand empire de Melniboné qui écrasait tout les peuples et les soumettait à sa loi). Entre autres choses… Il y a à boire et à manger dans Elric. Elric, c’est un des récits fondateurs de la fantasy, directement inspiré de Howard et un héritage énorme avec son fameux concept du multivers (qui a inspiré les générations suivantes d’auteurs comme David Gemmell), du champion éternel et de l’anti héros (d’où vous croyez qu’ils sont issus tous ces héros de la culture populaire dans les jeux vidéos ou les mangas avec leur longue chevelure d’argent et leur teint blanchâtre, maladif, hein ?). IM-MAN-QUABLE je vous dis. 4 étoiles Mise à jour 22/11/2014 Tome 2 Stormbringer 5 étoiles Le premier album était grandiose, le second réussit l’exploit d’aller encore plus loin graphiquement où je trouve que l’on atteint une certaine uniformité et harmonie, ce qui n’était pas forcément le cas auparavant, reconnaissant parfois le style de Didier Poli, tantôt celui de Robin Recht ou de Jean Bastide. Ce qui est normal, il fallait bien un tome « d’échauffement ». Que la troupe s’élargisse avec les entrées remarquées de Julien Telo au dessin et de Scarlett Smulkowski à la couleur, n’est pas encombrante, bien au contraire c’est un formidable plus. Julien Blondel a fait appel à son ami Jean-Luc Cano pour l’épauler au scénario, cela fait un rôliste de plus qui maîtrise son sujet. Dans ce tome 2 on continue logiquement à suivre les années « pulp » d’Elric. Entendez par là que la trame scénaristique est de la même saveur que le tome 1, inspirée, héritée en partie de l’Heroic Fantasy de Robert E. Howard, et c’est carrément le pied ! Avis aux amateurs du genre : le maître Dyvim Tvar franchissant un lac de lave dans la caverne aux dragons ; Elric poursuivant l’infâme Yyrkoon sur le navire des terres et des mers offert par l’esprit élémentaire Straasha ; la partie d’échec qui se joue entre les dieux du Chaos et de la Loi (opposition inspirée du zoroastrisme) commence petit à petit à émerger de façon subtile ; un duel épique au sommet d’une tour dans une cité maléfique abandonnée ; de la sorcellerie ; des créatures infernales ; une reine à sauver ; l’introduction de Stormbringer l’épée buveuse d’âme qui en inspirera plus d’une dans les décennies à venir (la Soul Reaver dans la saga de jeu vidéo Legacy of Kain)… Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?! À souligner la préface élogieuse de mister Alan Moore excusez du peu… Mise à jour 04/10/17 Tome 3 Loup Blanc 4 étoiles Dans cette suite le sens du mot « adaptation » prend toute sa signification avec des auteurs toujours aussi inspirés et qui prennent quelques libertés par rapport au contenu d’origine du cycle écrit par Mike Moorcock ; pour le meilleur, et le meilleur seulement (Oh par Arioch ! Ce twist de malade en fin d’album ! Et dire qu’avant les femmes n’avaient pas leur place dans cet univers amer et tragique… je m’arrête, pas de spoiler ! ). Un an qu’Elric a laissé son trône vacant pour arpenter les jeunes royaumes. L’impasse est faite sur le trop métaphysique La Forteresse de la perle pour passer directement au Navigateur sur les mers du destin, ma partie favorite. Là encore, les auteurs se sont emparés des textes d’origines et ont rendu une copie impeccable à mon sens, rendant la narration nettement plus fluide et intelligible là où les nouvelles nous perdaient parfois, oscillant à en perdre la raison entre événements passés et futurs. Ainsi, le rassemblement et les exploits de la team des champions éternels du multivers, que les lecteurs connaissent bien, sont vite évacués en début d’intrigue pour laisser place à l’introduction de personnages à l’importance plus significative dans les aventures d’Elric de Melniboné : en l’occurrence le comte Smiorgan des Cités Pourpres. Preview du cycle 2 ou simple teasing ? Les auteurs ne manquent pas de présenter également la princesse Yshana, son conseiller et futur Némésis d’Elric, le sorcier Theleb K’aarna. Mais revenons au présent : dans cette aventure Elric, jamais réellement maître de ses choix, toujours l’objet de manipulation des dieux ou des hommes, de plus en plus dépendant des caprices de Stormbringer tout en demeurant froid et implacable dans les carnages qu’elle exige ; part à la rencontre d’un de ses lointains ancêtres, Saxif D’aan, prisonnier de sa bulle dorée sclérosée. Un face à face qui touche au She de H. Rider Haggard et où l’Histoire, si elle ne se répète jamais vraiment, bégaye sévèrement. Une confrontation providentiel pour un Elric en quête de connaissance de soi et de ce que sont les Champions de la Balance. Il réalise que pour atteindre ce but il devra déterrer les secrets de son peuple dans la cité antique de R’Lin K’Ren A’a. Si à l’exploration de la cité oubliée on y ajoute le géant de jade, l’être âgé de 10 000 ans, ainsi que l’inévitable adaptation de la crépusculaire nouvelle La Cité qui rêve, le tome 4 s’annonce méga épique. En fait, les auteurs gouvernent tellement bien leur barque que je me demande s’ils ne sont pas capables de nous conclure la série en un seul cycle. L’équipe artistique est toujours autant au taquet. Robin Recht + Julien Telo + Jean Bastide + Ronan Toulhoat + Luc Perdriset = vendeurs de rêves (ah ces dragons cristallisés, les gardiens cadavériques, la fausse Imrryr, p. 23, toutes ces bonnes références dans la conception des personnages dans le cahier graphique, et cette illustration de couverture :: ah y en a trop à citer...). Un grand « merci » ! Il y a des planches on est juste la gueule parterre. Recht et Telo sont en parfaite synchro, impossible de différencier leurs dessins, il règne une géniale harmonie entre ces différents auteurs.

01/07/2013 (MAJ le 04/10/2017) (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Locke & Key
Locke & Key

Je ne sais pas pourquoi, mais j'avais un a priori sur le dessin de cette BD alors même que je n'avais jamais vu la moindre planche. C'est sans doute dû aux couvertures de la première édition française, que je n'aimais vraiment pas. Heureusement, la réédition est sortie, et j'ai pu me plonger dans cette BD, qui fut une très grosse surprise autant sur le fond que sur la forme. Déjà, je ne m'attendais pas à ce que ça commence aussi brutalement et aussi soudainement. Première planche, directement dans l'action, et pas n'importe laquelle. On n'a pas le temps de se reposer une seconde dans cette BD qui a un rythme d'enfer d'un bout à l'autre. Bien évidemment, c'est une BD au scénario extrêmement bien construit. Bien que l'on puisse avoir l'impression que les auteurs s'inspirent d'un univers lovecraftien (et il y a en effet des petits points de scénarios qui peuvent le rappeler), c'est un univers très différent et bien personnel que les auteurs ont développé là. Mais un univers bourré d'inventivité. Je ne détaillerai pas tout, pour laisser le plaisir de découvrir à ceux qui ne connaissent pas, mais la façon dont les pouvoirs apparaissent et sont utilisés est particulièrement bien imaginée. C'est aussi une BD qui ose avoir des thèmes plus graves : la mort intervient plusieurs fois, des personnages sont malheureux et ne s'en sortent pas, et le final est en demi-teintes. Ca finit bien, mais pas pour tout le monde. Le dessin est très bon, efficace et dans le genre comics moderne. Il n'y aurait pas grand chose à en dire, la diversité des personnages n'empêche pas la reconnaissance de chacun et les décors sont très bons. C'est simple et efficace. Bref, une lecture pour laquelle je partais avec plusieurs idées complètement fausse et qui m'a vraiment bien plu. C'est étonnant, unique en son genre et avec de l'inventivité dans l'histoire. Pour le coup, ça fait du bien d'être trompé dans ses attentes quand c'est pour une telle réussite.

03/10/2017 (modifier)
Couverture de la série Ursula (vers l'amour et au-delà)
Ursula (vers l'amour et au-delà)

J’ai vraiment eu du mal à rentrer dans cet album. Il faut dire que l’ouverture est peu passionnante et que l’on tombe rapidement sur deux personnages… qui sont de loin les moins utiles à mes yeux dans cette étude de caractère. Le thème ? Nous faire découvrir par petites touches le personnage d’Ursula, jeune femme en quête d’elle-même. La structure du récit désarçonne. En fait le découpage nous montre Ursula dans trois contextes. Un contexte imaginaire dans lequel Ursula est accompagnée de deux chevaliers parlant en vieux français (ce sont clairement les passages les plus pellant à mes yeux). Une séquence dans laquelle on découvre Ursula dans sa vie quotidienne (même si là aussi le symbolisme intervient à l’occasion). Enfin, des entretiens durant lesquelles Ursula se confie à ce qui semble être un psychothérapeute. On ne sait trop comment elle est arrivée là et c’est un des ressorts du récit. Chaque contexte apparait l’un à la suite de l’autre dans chaque chapitre. Et chaque chapitre nous permet d’un peu mieux cerner le personnage d’Ursula et de comprendre combien elle s’est égarée en cours de route. Et progressivement, le charme opère. Ursula se dévoile. Sa sensibilité, son mal-être apparaissent. Cette jeune femme, « qui aime sentir le regard des hommes » et se perd alors qu’elle ne sait même pas ce qu’elle cherche, parvient à me toucher. Bon ! Le fait qu’elle se balade à poil la majeure partie de l’album a sans doute pesé dans la balance mais, au-delà de l’aspect physique de cette barmaid/danseuse/stripteaseuse/prostituée à l’occasion, c’est vraiment la faille qui se dévoile au fil des chapitres qui a rendu ce récit si intéressant à mes yeux. Le portrait est-il réaliste ? Je ne crois pas. Portrait d’une jeune femme réalisé par un homme, je pense qu’il entremêle des fantasmes typiquement masculins avec des traits de caractères et une sensibilité que l’on imagine plus féminins. Ursula ne sonne donc pas tout à fait vrai même si le personnage semble réellement exister (l’album lui est dédié). Le dessin faussement approximatif de Fred Bernard apporte une part de naïveté en totale adéquation avec le sujet. Il ne s’encombre pas de fioritures, les décors sont réduits au strict nécessaire, tout est centré sur Ursula. Ce n’est pas ce que j’ai vu de plus beau mais, dans le genre, c’est efficace. Au final, voilà une lecture que je vous recommande… même s’il faut s’accrocher au début, le charme opérant plus sur la longueur que dans l’instantané.

03/10/2017 (modifier)