A Angoulême une grande affiche à l'entrée du stand Delcourt reprenait le visuel de la couverture de cette BD. Le moins que l'on puisse dire c'est que cela claquait fort.
Deux avis plus tard je n'ai pas hésité à sauter le pas et wouaw mes aïeux, je peux dire qu'il y a bien longtemps que je n'étais pas tombé sur une histoire, un dessin aussi riche. Sana Takeda n'est pas une manchote, (aucun gag en rapport avec l’héroïne du récit ), et je ne vous noierais pas sous les superlatifs mais certaines planches sont carrément fantastiques. Un mix de comics, de mangas, de steampunk, d'art déco à la mode Muchat. C'est tout bonnement exceptionnel et d'une grande maitrise technique. Une BD qui demande du temps pour pouvoir apprécier toute la richesse du dessin et de la colorisation qui n'est pas en reste.
Petit bémol en ce qui concerne le scénario, c'est touffu et foisonnant, il faut s'accrocher un peu pour rentrer dans l'histoire qui reste dense. Quoiqu'il en soit j'ai vraiment pris mon pied pendant presque une heure, et je vais sans doute y revenir sous peu afin de mieux m'imprégner des choses que j'ai surement manqué.
Dans la production actuelle il est réjouissant de voir une œuvre de la sorte qui sort un peu des sentiers battus. Alors attention j'en connais qui du fait qu'il y ait une inspiration manga et comics vont rejeter l'ensemble, alors de grâce mettons de côté quelques a priori et au moins un petit coup d’œil chez votre libraire favori en peut faire de mal.
Coup de cœur et achat conseillé.
Avec Puta Madre, Run et Neyef nous replongent dans l'univers que j'avais tant aimé de Mutafukaz. Sauf qu'ici, fi de Vinz et Angelino, nous découvrons la jeunesse d'un des personnages secondaires de la série : Jesus.
Jeune latino de 12 ans vivant dans un bled paumé des Etats Unis, son père a délaissé le foyer dès sa naissance, et sa mère s'occupe tant mal que mal de lui et de son très jeune frère. Le corps du jeune frère est un jour découvert sans vie, et tout concours pour désigner Jesus comme le responsable de cette mort... et vu le système judiciaire américain, en cas de crime, les enfants finissent aussi en prison...
C'est donc le récit de son entrée en prison et de son adoubement par le gang de latino local que nous proposent le duo Run/Neyef. On retrouve l'idée du format proposé par Doggybags, mais en plus condensé encore, une trentaine de pages environ. C'est d'ailleurs le seul reproche que je ferais à cette nouvelle parution : c'est lu et digéré en un rien de temps ! Mais bon, le prix modique de cet opus (3.90€) permet de relativiser, même si c'est mettre notre patience à rude épreuve pour connaître la suite de ces aventures.
Car notre duo a su garder les ingrédients qui ont fait la réussite de Doggybags et de Mutafukaz : tension, énergie et dynamisme. Ajoutez à cela leur coup de crayon qui fait la caractéristique de l'univers si particulier de Mutafukaz ou encore de Doggybags présente (South Central Stories de Neyef) et les inconditionnels comme moi ces séries seront comblés malgré ce format court.
Reste à espérer que la suite sortira vite et sera du même tenant !
(3.5/5 en attendant de voir ce que donne la suite)
Qui aurait cru qu'un manga sur les traditions nuptiales de l'Asie centrale au XIXème siècle m'intéresserait ? Pas moi au premier chef.
C'est le dessin qui m'a attiré dans cette nouveauté des éditions Ki-oon. Elégant, fin, il me semble reproduire à merveille la finesse des vêtements et du travail sur bois du grand-père de la famille. Dans le second nous découvrons de très belles broderies, et le troisième propose quelques passages sur la gastronomie d'Asie centrale. Les deux premiers tiers du premier tome se dirigeaient gentiment vers une chronique conjugale certes sympathique (d'autres seront moins cléments que moi et utiliseront l'adjectif "mièvre"), mais qui peut se révéler un peu ennuyeuse, malgré de jolies scènes où la jeune Amir chasse des lièvres.
Simplement l'auteur nous propose un petit rebondissement avec la délégation de la famille de la jeune épouse, venue la reprendre ; l'occasion pour sa nouvelle famille de faire valoir ses droits, mais aussi pour l'aïeule, passée inaperçue jusque-là, de se montrer pleine de ressources. Pas mal, et la série évolue dans les tomes suivants ; Kaoru Mori déplace le centre de gravité vers Smith, le jeune érudit venu étudier les moeurs locales. J'aime bien Amir et son jeune mari, mais l'auteure a fait le choix -malin, a priori- d'en faire des "invités", en particulier sur le troisième tome. Avec toujours cette idée de nous faire découvrir une culture exotique et ancienne. Il y a un peu d'action, surtout dans le second tome, mais l'ensemble de la série (du moins sur les trois premiers tomes) reste assez calme. Dans le troisième tome les différents fils narratifs se croisent, et l'auteure joue à merveille de l'interaction entre les personnages, dont la vie va être chamboulée...
Le tome 5 me semble assez typique du travail de Kaoru Mori. On assiste à un évènement sérieux (en l'occurrence le mariage de deux jumelles... avec deux frères), mais pour ne pas ennuyer le lecteur avec les festivités (chants, danses, processions, et cérémonie religieuse), elle préfère en faire une suite de saynètes cocasses qui désacralisent mais ne dévalorisent pas le processus. Chapeau bas. Et encore une fois les cases sont somptueuses... Dans le tome 6 l'action s'accélère, les tensions latentes entre deux clans éclatent au grand jour, et il me semble que le récit prend une tournure un peu inattendue ; mais encore une fois Kaoru Mori se montre très à l'aise, et même ses chevaux sont réussis...
Le tome 7 constitue une respiration, une parenthèse dans l'intrigue principale ; sur les pas de M. Smith, nous arrivons dans une demeure richement dotée, où vit un couple heureux et aisé. Cependant l'épouse subit une certaine mélancolie, du fait de sa solitude... Elle se rend au hammam, où elle rencontre une autre jeune maman, issue d'un milieu plus modeste, avec laquelle elle se lie d'amitié, et même plus. l'occasion pour Kaoru Mori de parler d'une pratique relativement courante en perse jusqu'au XIXème siècle, celui des soeurs conjointes, mais aussi de nous faire profiter de son trait de çon plus sensuelle, avec des femmes dévêtues. Ce n'est pas gratuit, rarement avec cette auteure, même si on sent son plaisir de dénuder les courbes de ses héroïnes. Une belle image de la femme est alors donnée, généreuse, désintéressée, naturelle...
Le tome 8 survient un an après le 7, j'ai l'impression que Ki-oon a rattrapé la publication au Japon. On ne perd pas trop de vue les personnages, cependant, et Kaoru Mori en installe de nouveaux à chaque fois. Cette fois-ci c'est Pariya, l'adolescente frondeuse et timide qui est le sujet du tome, c'est marrant de voir comment elle interagit avec des personnages plus posés, plus matures et plus gentils qu'elle. Au tome 9 l'auteure enfonce le clou avec Pariya et ses fiançailles, en jouant sur son contraste avec les autres personnages. Toujours aussi sympa, même s'il va falloir qu'elle trouve d'autres ressorts.
C'est toujours un régal pour les yeux, avec les broderies et les habits des femmes...
Après s'être intéressée aux soubrettes anglaises, Kaoru Mori change de décor -mais pas forcément d'époque- pour nous livrer une chronique caucasienne pas mal foutue, diversifiant ses points de vue et même certains de ses points d'intérêt, pour nous faire voyager.
volume 1
Avant toute chose, il convient de saluer, outre la couverture attirante, la présentation de ce recueil de très belle facture, une invitation réussie à pénétrer le monde étrange d’Axolot. L’axolot (ou « axolotl » en langue nahuatl), c’est une petite bestiole amphibienne vivant principalement au Mexique et qui a donc donné son nom au site puis à la BD de Patrick Baud. « A mi-chemin entre la salamandre et le Pokémon », cette créature a pour particularité de régénérer ses organes endommagés et peut rester à l’état larvaire toute sa vie. Et si là vous me dites « bizarre », je sens bien que ça vous tente de vous y risquer davantage… Cet album est donc bel et bien fait pour vous.
Notre Big Circus s’ouvre en fanfare avec un poulet sans tête, petit numéro fort clownesque et enchaîne sur une séance hitchcockienne de thanatopraxie par un vieux toubib amoureux transi, auxquels succèdent de drôles de créations, de chimères ou d’illusions, allez savoir… Au programme figurent le « vrai Frankenstein », un automate turc champion d’échecs, des monstres issus des ténèbres, le Blob (vu au microscope hilarant de Marion Montaigne), trois Christs pas très sains d’esprit, des zombies danseurs et des poupées macabres.
A l’entracte de cette foire baroque délicieusement lugubre, vous pourrez vous promener parmi des arbres extraordinaires, visiter le cabinet des curiosités incluant un bestiaire fabuleux, ou encore consulter un mage-psychologue qui vous collera les miquettes en vous démontrant comment votre cerveau vous joue des tours… et là, ne vous étonnez pas si au moment où vous refermez le livre, une escouade d’infirmiers force votre porte pour vous passer la camisole, surtout si vous leur racontez que tout est véridique !
En attendant, vous pourrez toujours profiter d’un graphisme varié par des auteurs triés sur le volet (en plus de Marion Montaigne, on notera la participation de Libon, Tony Sandoval, Boulet, Camille Moog, Ewann Surcouf, Geoffroy Monde, Sybilline et Capucine, Adrien Ménielle, Guillaume Long, Yannick Lejeune), le tout formant un ensemble cohérent et passionnant sous la baguette du brillant chef d'orchestre Patrick Baud. L’axolotl est paraît-il une espèce menacée. Espérons qu’il en ira tout autrement pour l'Axolot version BD, œuvre collective et originale à laquelle une suite serait plus que bienvenue.
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volume 2
Julien Neel, Pénélope Bagieu, Fabien Toulmé, Davy Mourier et Leslie Plée, pour n’en citer que quelques-uns, sont venus ajouter leur grain de folie dans cette grande foire du bizarre. Des troubles mentaux sidérants aux rites stupéfiants du règne animal, en passant par les mystérieuses fées de Cottingley, ou encore une étonnante maison dont la construction ne devait jamais finir sous peine de mettre en colère ses fantômes, Patrick Baud poursuit son exploration du monde insolite.
Si un tel format fournit l’occasion aux auteurs qui ont participé au projet de mieux se faire connaître ou de confirmer leur notoriété, il constitue l’air de rien un petit défi résidant dans leur capacité à révéler l’amplitude de leur talent à travers un nombre très limité de pages, tâche sans doute plus aisée avec un album entier. Par exemple, il n’est pas certain que pour ceux qui ne connaissent pas Davy Mourier (« Les Savants fous prêts à tout pour la science »), son humour si particulier soit autant perceptible sur une seule page que dans son hilarante série La Petite Mort.
Certes, même s’il n’y a plus l’effet de surprise par rapport au volume 1, on ressort souvent étonné ou amusé de ce bric-à-brac singulier. On apprend des choses dont certaines marqueront plus que d’autres, plus anecdotiques. Globalement un peu moins captivant que le volet précédent, "Axolot 2" reste de bonne tenue, avec toujours ce soin apporté à la forme, tant dans la couverture que dans la présentation.
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volume 3
Conservant le parti pris éditorial du premier tome, Patrick Baud a proposé à une dizaine d’auteurs de traduire en histoires courtes divers événements et autres faits étranges recensés dans tous les pays et à toutes les époques. Et comme toujours, cela donne un objet très hétéroclite, avec des intermèdes en textes (« Cabinet de curiosités », « M3SS4GES CØDÉS » ) et en illustrations (par Geoffroy Monde, Julie Brouant) entre chaque histoire, toutes d’un graphisme très personnel et souvent original. Parmi les autres invités, on retrouve Boulet (le vieux de la bande, en activité depuis la fin des années 90), Guillaume Long, Steve Baker, Eldiablo, Gally, Stéphane Fert, David Combet et Pierre Place, ainsi que quelques petits nouveaux découverts grâce à leur blog (Margaux Saltel, Lolikata). Il faut bien le dire, certains récits sortent du lot, et c’est bien là tout le défi de pouvoir se faire remarquer dans un format aussi court. Pierre Place est celui qui sort le mieux son épingle du jeu avec « Le Bandit embaumé », une histoire de momie dans l’Amérique de la fin du XIXe siècle... Boulet, lui, a abandonné le ton humoristique décalé de ses « Notes » pour évoquer « Le Fantôme de Greenbrier » avec sérieux mais en conservant sa verve graphique si expressive, tandis que la « petite nouvelle » Lolikata a produit avec « le Poids l’âme » quelque chose de sensible et touchant qui donne envie de découvrir ce que cette auteure peut proposer d’autre.
Les passionnés de mystères et d’insolite qui ont apprécié les deux premiers volumes devraient sans tarder se procurer la pièce manquante de ce qui constitue désormais un triptyque pittoresque agrémenté d’une élégante présentation.
Dès la page de présentation du « casting » (les cinq personnages principaux), j’ai su que j’allai aimer cet album.
Ce casting (nom et « qualité » des personnages) annonce déjà les influences majeures qui vont irriguer cette histoire. Influences que l’on retrouve un peu partout ensuite, de manière plus ou moins affichées.
Les débuts du cinéma et ses prolongements d’une poésie noire dans l’expressionnisme allemand (avec les personnages de Méliès et Murnau, entre autres). Mais Picasso est aussi convoqué pour les décors (une pleine page est directement inspirée d’un de ses tableaux), comme Klimt pour Fu Jong-Chu. Un officier allemand, un chien au langage argotique et une pin-up asiatique toute droit sortie d’un film de série B complètent la fine équipe qui se retrouve prisonnière d’une « île mystérieuse ».
Vous l’aurez compris avec cette dernière expression, c’est avant tout sous les auspices de Jules Verne que cette aventure se présente (décor, noms, certains dialogues), Verne et ses continuateurs (l’éléphant mécanique du début ressemble à l’éléphant des Machines de l’île de Nantes, dans lequel j’ai fait une petite balade avec mes enfants il y a deux-trois ans). Mais sont aussi convoqués certains inventeurs de voyages dans le temps, comme H.G. Wells (certes on ne s’éloigne pas de Verne avec lui !), mais aussi Emmett Brown (le savant du film « Retour vers le futur » !, ici personnage truculent avec sa femme et son franglais de pacotille).
Ajoutez à ce casting improbable un savant asiatique, Fu Jong-Chu (démarque de Fu Manchu, qui incarnait le génie du mal asiatique dans des romans populaires de l’entre-deux guerres), qui n’est autre que Kim Jong-Il, le délirant dictateur nord-coréen. Vous comprendrez qu’on est là dans la farce autant que dans le récit d’aventure !
D’autant plus qu’est avancée ici une explication improbable aux disparitions mystérieuses dans le Triangle des Bermudes ! Mais l’histoire ne fait pas qu’empiler les références et les clins d’œil (auxquels certains lecteurs sont peut-être insensibles), elle se laisse lire agréablement, y compris par un lectorat plus jeune et vierge de toutes les références évoquées précédemment.
Le dessin est lui aussi original. Les cases brinquebalantes – voire totalement absentes, dans lesquelles la perspective est parfois refoulée, les personnages parfois en chute libre sur des à plats, tout ceci nourrit aussi l’impression à la fois enfantine (une colorisation qui « fait » parfois coloriage d’enfant ?, mais qui est en tout cas très chouette) et poétique du dessin. Cela ressemble souvent à une sorte de court métrage d’animation.
Lecture chaudement recommandée en tout cas !
Il y a des bandes dessinées sur lesquelles on tombe au petit bonheur la chance et où on perçoit d’instinct qu’elles vont nous conquérir sans difficulté, simplement en lisant le pitch, en feuilletant et zieutant quelques secondes sur les planches. On se dit « ça sent bon », puis ensuite, après lecture, on est tout simplement ravi de constater qu’on ne s'est pas trompé et qu’en plus, c’est largement mieux que ce qu’on présupposait.
C’est l’effet que provoque cette nouveauté du clan Sierra qui débarque un peu dans l’anonymat sur la pointe des pieds, petit éditeur, sans gros moyens, mais dont l’entrée fracassante sera sûrement remarquée des amateurs de fantasy.
Alors qu’il est de retour d’un fructueux raid, le jarl Harek et ses vikings ont le malheur de découvrir que leur village Lagarvik a été attaqué par cinq Draugar, des créatures immortelles issues du Helheim que personne ne s’imaginait réelles. Certains ont échappé au massacre, aussi Harek apprend que ses propres enfants et neveux ont été enlevés pour d’obscurs desseins. Selon la Völva, sa lignée serait maudite, de sombres forces se mettraient en marche, le compte à rebours est lancé. Parce que ce bain de sang ne saurait resté impuni et parce qu’il y a encore un espoir de sauver les siens et de déjouer le Wyrd (son destin), Harek rassemblent ses meilleurs guerriers.
Le scénario n’est pas totalement original, « encore des vikings » répliqueront certains rabats-joie. Certes, mais c’est sans complexe et avec honnêteté que les auteurs affichent leurs références éparses principalement issues de la culture populaire : Aucune suffisance à admettre les inspirations cinématographiques comme Le 13ème Guerrier dans la composition du groupe, des jeux vidéo comme The Elder Scrolls Skyrim pour les Draugar vampires (Harek serait-il le Dovahkiin ? ^^ ), des romans comme les Marcheurs Blancs du Trône de Fer voir aussi des Unis (mi-homme mi-loup) de David Gemmell, du comics comme Northlanders, et même de la musique thrash metal nordique ainsi que de l’instrumental comme le compositeur de Conan le Barbare, Basil Poledouris, snobé aux Oscars. Cependant, pas de redite ni de patchwork répulsif et sans saveurs ici, les auteurs viennent jouer avec leurs propres billes et le background est encore trop brumeux pour qu’on puisse se livrer au petit jeu des pronostics.
C’est cela qui est bon dans Hel’Blar, qu’est-ce que ça fait du bien de lire des auteurs qui savent de quoi ils parlent et qui comprennent les attentes des lecteurs fantasy d’aujourd’hui. Ici on cause entre passionnés, parce qu’il y en a marre des scénaristes qui rabâchent les mêmes vieilles histoires rances ersatz du Seigneur des Anneaux et qui ne sont publiés que parce qu’ils ont un nom et leur rond de serviette chez un éditeur. C’est tout à l’honneur des frères Sierra, ces Karls (hommes libres), d’avoir refusé certaines propositions pour écrire l’histoire qu’ils rêvaient.
Mais une chouette histoire et de bons dialogues ne suffisent pas. Il fallait des graphismes à la hauteur et pour cela, Alex Sierra a réalisé un travail à faire pleurer les Ases. En toute franchise je n’ai pas été autant sur le cul depuis Siegfried d’Alex Alice. D’ailleurs si vous appréciez celui-ci, les graphismes d’Alex Sierra sont du même tonneau avec un style semi-réaliste d’une grande finesse, l’encrage permet de suggérer toute une palette d’émotions des personnages lorsqu’ils sont en arrière plan, cela joue admirablement bien sur les ombres, et comme si cela ne suffisait pas les couleurs déploient un faste, du flamboyant selon l’ambiance du moment. Saluons également le travail de recherche car il n’y a pas un visage qui ressemble à un autre, il est aisé de distinguer les 13 vikings dotés chacun d’un certain charisme, le passage fantasmagorique avec les Nornes (équivalent des Moires grecques) est renversant. On est vraiment trop gâté sur certaines compositions où il parvient à mettre du rythme dans les scènes d’action tout en les ponctuant de dessins en pleine page franchement jouissifs. Je ne me suis toujours pas remis du passage de Leif invoquant tour à tour le « cyclone » des corbeaux d’Odin ni du grand « flash » de la foudre de Thor (« VOUS NE PASSEREZ PAS ! »), et encore moins des passages inspirés des mangas de baston (ou des comics de super héros au choix) comme DBZ où ça se met méchamment sur la tronche.
J’ai rarement été aussi enthousiaste sur une nouveauté, et pourtant je ne suis pas édinaute (édition basée sur le crowdfunding), fâcheusement arrivé après la bataille. Mais qu’Heimdall le père des hommes m’en soit témoin, pour la suite j’en serai.
Skål !
Surtout, ne vous fiez pas au graphisme typiquement « cartoon » de cette BD qui semble s’adresser aux enfants de sept ans ! Et si le titre vous laisse penser que vous allez vous payer une bonne tranche de rigolade, ce n’est peut-être pas tout à fait de la façon que vous imaginez… Car sous ses atours bien trop lisses pour être honnêtes, « La Famille Fun » comporte aussi un humour terriblement grinçant ! Comme si ses petits personnages tout en rondeur cherchaient à vous attendrir pour mieux vous déstabiliser ensuite…
A l’image de son auteur, car quand vous voyez Benjamin Frisch pour la première fois, vous lui donneriez le bon dieu sans confession. Et pour lui qui est américain, il ne risque pas de se faire beaucoup d'amis parmi les instances morales et religieuses de son pays, dont la bigoterie est proverbiale. A sa manière, Frisch se moque des codes sociaux et religieux en se livrant à un dézingage subversif - soft mais implacable - de la famille américaine type représentée par notre famille Fun. Et dans cette famille, la vie ne restera un long fleuve tranquille que pendant les trois premières pages, jusqu’à la mort de « Mamie Virginia ». A partir de là, tout va partir en vrille, le père Fun va sombrer dans la déprime, conduisant son épouse à quitter le foyer en emmenant avec elle la moitié des enfants, puis à goûter quasi outrageusement à sa liberté retrouvée. Du coup c’est Robert, le fils aîné mais encore haut comme trois pommes, qui va s’improviser chef de famille, préparer les repas, tenir la maison, et reprendre le job de dessinateur de son géniteur pour nourrir ce dernier et sa jeune sœur Molly, et qui plus est payer la pension alimentaire de la mère ! Et comme si tout cela ne suffisait pas, Molly se met à avoir des visions angéliques de la grand-mère tout juste décédée. Depuis l’au-delà, cette dernière va lui susurrer des paroles doucereuses qui vont en faire progressivement une fanatique, ne faisant qu’accentuer cette spirale de folie incontrôlable.
A la lecture, c’est à la fois étrange, hystérique, extravagant, cruel et jubilatoire. C’est surtout totalement imprévisible, et au final moins « fun » que désabusé voire pessimiste quant à la nature humaine. Benjamin Frisch ne se contente pas de saborder les valeurs familiales, mais s’en prend également à la religion et aux psychologues-gourous du développement personnel – apparemment une spécialité américaine -, en somme tout ce qui est susceptible de laver les cerveaux et générer les névroses les plus spectaculaires. Bref, l’objet a quelque chose d’inédit et c’est bien ce qu’on aime dans toute création artistique. Indubitablement, une première œuvre originale par un auteur à suivre.
Magnifique d'humour et d’autodérision car vu le nom de l'écrivain c'est un indien ! J'ai appris plein de choses sur l'Inde les mœurs et us et coutumes très étranges pour nous occidentaux comme le malheur et le déshonneur de mourir chez soi !!!!
Voilà longtemps que je n'avais pas eu un tel coup de coeur pour une série ! Au point d'avoir embarqué les deux tomes sur un rayonnage de ma librairie préférée après en avoir seulement feuilleté quelques pages et sans en avoir jamais entendu parler auparavant.
Tout est réussi dans cette série dont je ne connaissais même pas l'auteur. Mais Louise Joor a les qualités des plus grands. Son histoire est remarquablement écrite et prenante, construite avec rigueur et intelligence, sans temps morts. On devine une vaste histoire et de grands mystères derrière le récit à hauteur de personnages qui occupe chaque album. Louise Joor a d'ailleurs reussi à créer un monde très original, où les deux-pattes, des humains d'1 cm de haut voisinent avec les insectes et les escargots. Huit clans se partagent ce monde et ne se rencontrent qu'au marché des coccinelles, lieu d'echanges, de rencontres, de retrouvailles autour des spectacles qui rappellent les traditions partagées mais aussi lieu de jalousies, de trahisons, de négociations secrètes... Ce marché des coccinelles est la grande réussite du premier tome.
Mais d'où viennent les deux-pattes ? Les légendes sur leurs origines, racontées par le clan du papillon, ont-elles un fond de vérité ? Pourquoi les vieux récits parlent-ils des Immenses, ces humains d'une taille gigantesque par rapport aux deux-pattes ? Pourquoi tout le monde croit-il sûils ont disparu ? Et pourquoi alors Neska en a-t-elle vu un, qui a enlevé sa maman ?
Le personnage de Neska, adolescente enthousiaste et courageuse mais qui se cherche encore, est une très jolie héroïne, attachante surtout pour les lecteurs préado, qui s'identifient immédiatement. Les autres personnages, les parents de Neska, sa sœur, les autres clans... sont tout aussi bien campés et sympathiques.
Tout cet univers est servi par un dessin ligne claire soigné et précis, qui fait une large part à des décors de qualité, une gageure pour une histoire à hauteur de brin d'herbe ! La colorisation est claire et lisible, les dialogues naturels et limpides. Tous ces atouts réunis font de Neska du clan du lierre une lecture idéale pour des lecteurs de 8 à 16 ans environ.
Je n’ai jamais lu l’œuvre de Cervantès, mais j’en connais – comme presque tout le monde – les grandes lignes. Mais il me semble que même si – ce qui semble être le cas d’après la préface – Davis n’a pas trahi cette œuvre, il n’est pas nécessaire de bien la connaître pour apprécier ce diptyque.
En effet, Rob Davis en a fait une histoire truculente, pleine de poésie, de folie douce, avec un personnage insensible au regard des autres, qui va au-delà de ses rêves, que des lectures ont alimentés.
Les passages loufoques alternent avec des moments plus intimistes, lorsque Don Quichotte et Sancho élaborent des plans sur la comète. La narration est excellente – avec des commentaires en voix off ironiques. Quelques passages (vers la fin du premier tome) flirtent avec le théâtre de boulevard à la Guitry.
Dans le second tome, une mise en abîme voit les personnages commenter le premier tome, ceci ajoutant à l’effet comique de ces aventures picaresques.
Le dessin est très bon, parfaitement raccord avec le ton brinqueballant de l’intrigue et avec les personnages ubuesques (Ubu me semble très proche de Quichotte finalement). Et la colorisation est elle aussi originale et très sympa.
La maquette des éditions Warum est très belle (je déplore quand même une dizaine de coquilles – essentiellement dans le second tome).
Bref, une courte série que je vous encourage vraiment à découvrir !
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A Angoulême une grande affiche à l'entrée du stand Delcourt reprenait le visuel de la couverture de cette BD. Le moins que l'on puisse dire c'est que cela claquait fort. Deux avis plus tard je n'ai pas hésité à sauter le pas et wouaw mes aïeux, je peux dire qu'il y a bien longtemps que je n'étais pas tombé sur une histoire, un dessin aussi riche. Sana Takeda n'est pas une manchote, (aucun gag en rapport avec l’héroïne du récit ), et je ne vous noierais pas sous les superlatifs mais certaines planches sont carrément fantastiques. Un mix de comics, de mangas, de steampunk, d'art déco à la mode Muchat. C'est tout bonnement exceptionnel et d'une grande maitrise technique. Une BD qui demande du temps pour pouvoir apprécier toute la richesse du dessin et de la colorisation qui n'est pas en reste. Petit bémol en ce qui concerne le scénario, c'est touffu et foisonnant, il faut s'accrocher un peu pour rentrer dans l'histoire qui reste dense. Quoiqu'il en soit j'ai vraiment pris mon pied pendant presque une heure, et je vais sans doute y revenir sous peu afin de mieux m'imprégner des choses que j'ai surement manqué. Dans la production actuelle il est réjouissant de voir une œuvre de la sorte qui sort un peu des sentiers battus. Alors attention j'en connais qui du fait qu'il y ait une inspiration manga et comics vont rejeter l'ensemble, alors de grâce mettons de côté quelques a priori et au moins un petit coup d’œil chez votre libraire favori en peut faire de mal. Coup de cœur et achat conseillé.
Mutafukaz - Puta Madre
Avec Puta Madre, Run et Neyef nous replongent dans l'univers que j'avais tant aimé de Mutafukaz. Sauf qu'ici, fi de Vinz et Angelino, nous découvrons la jeunesse d'un des personnages secondaires de la série : Jesus. Jeune latino de 12 ans vivant dans un bled paumé des Etats Unis, son père a délaissé le foyer dès sa naissance, et sa mère s'occupe tant mal que mal de lui et de son très jeune frère. Le corps du jeune frère est un jour découvert sans vie, et tout concours pour désigner Jesus comme le responsable de cette mort... et vu le système judiciaire américain, en cas de crime, les enfants finissent aussi en prison... C'est donc le récit de son entrée en prison et de son adoubement par le gang de latino local que nous proposent le duo Run/Neyef. On retrouve l'idée du format proposé par Doggybags, mais en plus condensé encore, une trentaine de pages environ. C'est d'ailleurs le seul reproche que je ferais à cette nouvelle parution : c'est lu et digéré en un rien de temps ! Mais bon, le prix modique de cet opus (3.90€) permet de relativiser, même si c'est mettre notre patience à rude épreuve pour connaître la suite de ces aventures. Car notre duo a su garder les ingrédients qui ont fait la réussite de Doggybags et de Mutafukaz : tension, énergie et dynamisme. Ajoutez à cela leur coup de crayon qui fait la caractéristique de l'univers si particulier de Mutafukaz ou encore de Doggybags présente (South Central Stories de Neyef) et les inconditionnels comme moi ces séries seront comblés malgré ce format court. Reste à espérer que la suite sortira vite et sera du même tenant ! (3.5/5 en attendant de voir ce que donne la suite)
Bride Stories
Qui aurait cru qu'un manga sur les traditions nuptiales de l'Asie centrale au XIXème siècle m'intéresserait ? Pas moi au premier chef. C'est le dessin qui m'a attiré dans cette nouveauté des éditions Ki-oon. Elégant, fin, il me semble reproduire à merveille la finesse des vêtements et du travail sur bois du grand-père de la famille. Dans le second nous découvrons de très belles broderies, et le troisième propose quelques passages sur la gastronomie d'Asie centrale. Les deux premiers tiers du premier tome se dirigeaient gentiment vers une chronique conjugale certes sympathique (d'autres seront moins cléments que moi et utiliseront l'adjectif "mièvre"), mais qui peut se révéler un peu ennuyeuse, malgré de jolies scènes où la jeune Amir chasse des lièvres. Simplement l'auteur nous propose un petit rebondissement avec la délégation de la famille de la jeune épouse, venue la reprendre ; l'occasion pour sa nouvelle famille de faire valoir ses droits, mais aussi pour l'aïeule, passée inaperçue jusque-là, de se montrer pleine de ressources. Pas mal, et la série évolue dans les tomes suivants ; Kaoru Mori déplace le centre de gravité vers Smith, le jeune érudit venu étudier les moeurs locales. J'aime bien Amir et son jeune mari, mais l'auteure a fait le choix -malin, a priori- d'en faire des "invités", en particulier sur le troisième tome. Avec toujours cette idée de nous faire découvrir une culture exotique et ancienne. Il y a un peu d'action, surtout dans le second tome, mais l'ensemble de la série (du moins sur les trois premiers tomes) reste assez calme. Dans le troisième tome les différents fils narratifs se croisent, et l'auteure joue à merveille de l'interaction entre les personnages, dont la vie va être chamboulée... Le tome 5 me semble assez typique du travail de Kaoru Mori. On assiste à un évènement sérieux (en l'occurrence le mariage de deux jumelles... avec deux frères), mais pour ne pas ennuyer le lecteur avec les festivités (chants, danses, processions, et cérémonie religieuse), elle préfère en faire une suite de saynètes cocasses qui désacralisent mais ne dévalorisent pas le processus. Chapeau bas. Et encore une fois les cases sont somptueuses... Dans le tome 6 l'action s'accélère, les tensions latentes entre deux clans éclatent au grand jour, et il me semble que le récit prend une tournure un peu inattendue ; mais encore une fois Kaoru Mori se montre très à l'aise, et même ses chevaux sont réussis... Le tome 7 constitue une respiration, une parenthèse dans l'intrigue principale ; sur les pas de M. Smith, nous arrivons dans une demeure richement dotée, où vit un couple heureux et aisé. Cependant l'épouse subit une certaine mélancolie, du fait de sa solitude... Elle se rend au hammam, où elle rencontre une autre jeune maman, issue d'un milieu plus modeste, avec laquelle elle se lie d'amitié, et même plus. l'occasion pour Kaoru Mori de parler d'une pratique relativement courante en perse jusqu'au XIXème siècle, celui des soeurs conjointes, mais aussi de nous faire profiter de son trait de çon plus sensuelle, avec des femmes dévêtues. Ce n'est pas gratuit, rarement avec cette auteure, même si on sent son plaisir de dénuder les courbes de ses héroïnes. Une belle image de la femme est alors donnée, généreuse, désintéressée, naturelle... Le tome 8 survient un an après le 7, j'ai l'impression que Ki-oon a rattrapé la publication au Japon. On ne perd pas trop de vue les personnages, cependant, et Kaoru Mori en installe de nouveaux à chaque fois. Cette fois-ci c'est Pariya, l'adolescente frondeuse et timide qui est le sujet du tome, c'est marrant de voir comment elle interagit avec des personnages plus posés, plus matures et plus gentils qu'elle. Au tome 9 l'auteure enfonce le clou avec Pariya et ses fiançailles, en jouant sur son contraste avec les autres personnages. Toujours aussi sympa, même s'il va falloir qu'elle trouve d'autres ressorts. C'est toujours un régal pour les yeux, avec les broderies et les habits des femmes... Après s'être intéressée aux soubrettes anglaises, Kaoru Mori change de décor -mais pas forcément d'époque- pour nous livrer une chronique caucasienne pas mal foutue, diversifiant ses points de vue et même certains de ses points d'intérêt, pour nous faire voyager.
Axolot
volume 1
Avant toute chose, il convient de saluer, outre la couverture attirante, la présentation de ce recueil de très belle facture, une invitation réussie à pénétrer le monde étrange d’Axolot. L’axolot (ou « axolotl » en langue nahuatl), c’est une petite bestiole amphibienne vivant principalement au Mexique et qui a donc donné son nom au site puis à la BD de Patrick Baud. « A mi-chemin entre la salamandre et le Pokémon », cette créature a pour particularité de régénérer ses organes endommagés et peut rester à l’état larvaire toute sa vie. Et si là vous me dites « bizarre », je sens bien que ça vous tente de vous y risquer davantage… Cet album est donc bel et bien fait pour vous.
Notre Big Circus s’ouvre en fanfare avec un poulet sans tête, petit numéro fort clownesque et enchaîne sur une séance hitchcockienne de thanatopraxie par un vieux toubib amoureux transi, auxquels succèdent de drôles de créations, de chimères ou d’illusions, allez savoir… Au programme figurent le « vrai Frankenstein », un automate turc champion d’échecs, des monstres issus des ténèbres, le Blob (vu au microscope hilarant de Marion Montaigne), trois Christs pas très sains d’esprit, des zombies danseurs et des poupées macabres.
A l’entracte de cette foire baroque délicieusement lugubre, vous pourrez vous promener parmi des arbres extraordinaires, visiter le cabinet des curiosités incluant un bestiaire fabuleux, ou encore consulter un mage-psychologue qui vous collera les miquettes en vous démontrant comment votre cerveau vous joue des tours… et là, ne vous étonnez pas si au moment où vous refermez le livre, une escouade d’infirmiers force votre porte pour vous passer la camisole, surtout si vous leur racontez que tout est véridique !
En attendant, vous pourrez toujours profiter d’un graphisme varié par des auteurs triés sur le volet (en plus de Marion Montaigne, on notera la participation de Libon, Tony Sandoval, Boulet, Camille Moog, Ewann Surcouf, Geoffroy Monde, Sybilline et Capucine, Adrien Ménielle, Guillaume Long, Yannick Lejeune), le tout formant un ensemble cohérent et passionnant sous la baguette du brillant chef d'orchestre Patrick Baud. L’axolotl est paraît-il une espèce menacée. Espérons qu’il en ira tout autrement pour l'Axolot version BD, œuvre collective et originale à laquelle une suite serait plus que bienvenue.
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volume 2
Julien Neel, Pénélope Bagieu, Fabien Toulmé, Davy Mourier et Leslie Plée, pour n’en citer que quelques-uns, sont venus ajouter leur grain de folie dans cette grande foire du bizarre. Des troubles mentaux sidérants aux rites stupéfiants du règne animal, en passant par les mystérieuses fées de Cottingley, ou encore une étonnante maison dont la construction ne devait jamais finir sous peine de mettre en colère ses fantômes, Patrick Baud poursuit son exploration du monde insolite.
Si un tel format fournit l’occasion aux auteurs qui ont participé au projet de mieux se faire connaître ou de confirmer leur notoriété, il constitue l’air de rien un petit défi résidant dans leur capacité à révéler l’amplitude de leur talent à travers un nombre très limité de pages, tâche sans doute plus aisée avec un album entier. Par exemple, il n’est pas certain que pour ceux qui ne connaissent pas Davy Mourier (« Les Savants fous prêts à tout pour la science »), son humour si particulier soit autant perceptible sur une seule page que dans son hilarante série La Petite Mort.
Certes, même s’il n’y a plus l’effet de surprise par rapport au volume 1, on ressort souvent étonné ou amusé de ce bric-à-brac singulier. On apprend des choses dont certaines marqueront plus que d’autres, plus anecdotiques. Globalement un peu moins captivant que le volet précédent, "Axolot 2" reste de bonne tenue, avec toujours ce soin apporté à la forme, tant dans la couverture que dans la présentation.
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volume 3
Conservant le parti pris éditorial du premier tome, Patrick Baud a proposé à une dizaine d’auteurs de traduire en histoires courtes divers événements et autres faits étranges recensés dans tous les pays et à toutes les époques. Et comme toujours, cela donne un objet très hétéroclite, avec des intermèdes en textes (« Cabinet de curiosités », « M3SS4GES CØDÉS » ) et en illustrations (par Geoffroy Monde, Julie Brouant) entre chaque histoire, toutes d’un graphisme très personnel et souvent original. Parmi les autres invités, on retrouve Boulet (le vieux de la bande, en activité depuis la fin des années 90), Guillaume Long, Steve Baker, Eldiablo, Gally, Stéphane Fert, David Combet et Pierre Place, ainsi que quelques petits nouveaux découverts grâce à leur blog (Margaux Saltel, Lolikata). Il faut bien le dire, certains récits sortent du lot, et c’est bien là tout le défi de pouvoir se faire remarquer dans un format aussi court. Pierre Place est celui qui sort le mieux son épingle du jeu avec « Le Bandit embaumé », une histoire de momie dans l’Amérique de la fin du XIXe siècle... Boulet, lui, a abandonné le ton humoristique décalé de ses « Notes » pour évoquer « Le Fantôme de Greenbrier » avec sérieux mais en conservant sa verve graphique si expressive, tandis que la « petite nouvelle » Lolikata a produit avec « le Poids l’âme » quelque chose de sensible et touchant qui donne envie de découvrir ce que cette auteure peut proposer d’autre.
Les passionnés de mystères et d’insolite qui ont apprécié les deux premiers volumes devraient sans tarder se procurer la pièce manquante de ce qui constitue désormais un triptyque pittoresque agrémenté d’une élégante présentation.
L'Ile aux Mille Mystères
Dès la page de présentation du « casting » (les cinq personnages principaux), j’ai su que j’allai aimer cet album. Ce casting (nom et « qualité » des personnages) annonce déjà les influences majeures qui vont irriguer cette histoire. Influences que l’on retrouve un peu partout ensuite, de manière plus ou moins affichées. Les débuts du cinéma et ses prolongements d’une poésie noire dans l’expressionnisme allemand (avec les personnages de Méliès et Murnau, entre autres). Mais Picasso est aussi convoqué pour les décors (une pleine page est directement inspirée d’un de ses tableaux), comme Klimt pour Fu Jong-Chu. Un officier allemand, un chien au langage argotique et une pin-up asiatique toute droit sortie d’un film de série B complètent la fine équipe qui se retrouve prisonnière d’une « île mystérieuse ». Vous l’aurez compris avec cette dernière expression, c’est avant tout sous les auspices de Jules Verne que cette aventure se présente (décor, noms, certains dialogues), Verne et ses continuateurs (l’éléphant mécanique du début ressemble à l’éléphant des Machines de l’île de Nantes, dans lequel j’ai fait une petite balade avec mes enfants il y a deux-trois ans). Mais sont aussi convoqués certains inventeurs de voyages dans le temps, comme H.G. Wells (certes on ne s’éloigne pas de Verne avec lui !), mais aussi Emmett Brown (le savant du film « Retour vers le futur » !, ici personnage truculent avec sa femme et son franglais de pacotille). Ajoutez à ce casting improbable un savant asiatique, Fu Jong-Chu (démarque de Fu Manchu, qui incarnait le génie du mal asiatique dans des romans populaires de l’entre-deux guerres), qui n’est autre que Kim Jong-Il, le délirant dictateur nord-coréen. Vous comprendrez qu’on est là dans la farce autant que dans le récit d’aventure ! D’autant plus qu’est avancée ici une explication improbable aux disparitions mystérieuses dans le Triangle des Bermudes ! Mais l’histoire ne fait pas qu’empiler les références et les clins d’œil (auxquels certains lecteurs sont peut-être insensibles), elle se laisse lire agréablement, y compris par un lectorat plus jeune et vierge de toutes les références évoquées précédemment. Le dessin est lui aussi original. Les cases brinquebalantes – voire totalement absentes, dans lesquelles la perspective est parfois refoulée, les personnages parfois en chute libre sur des à plats, tout ceci nourrit aussi l’impression à la fois enfantine (une colorisation qui « fait » parfois coloriage d’enfant ?, mais qui est en tout cas très chouette) et poétique du dessin. Cela ressemble souvent à une sorte de court métrage d’animation. Lecture chaudement recommandée en tout cas !
Hel'Blar
Il y a des bandes dessinées sur lesquelles on tombe au petit bonheur la chance et où on perçoit d’instinct qu’elles vont nous conquérir sans difficulté, simplement en lisant le pitch, en feuilletant et zieutant quelques secondes sur les planches. On se dit « ça sent bon », puis ensuite, après lecture, on est tout simplement ravi de constater qu’on ne s'est pas trompé et qu’en plus, c’est largement mieux que ce qu’on présupposait. C’est l’effet que provoque cette nouveauté du clan Sierra qui débarque un peu dans l’anonymat sur la pointe des pieds, petit éditeur, sans gros moyens, mais dont l’entrée fracassante sera sûrement remarquée des amateurs de fantasy. Alors qu’il est de retour d’un fructueux raid, le jarl Harek et ses vikings ont le malheur de découvrir que leur village Lagarvik a été attaqué par cinq Draugar, des créatures immortelles issues du Helheim que personne ne s’imaginait réelles. Certains ont échappé au massacre, aussi Harek apprend que ses propres enfants et neveux ont été enlevés pour d’obscurs desseins. Selon la Völva, sa lignée serait maudite, de sombres forces se mettraient en marche, le compte à rebours est lancé. Parce que ce bain de sang ne saurait resté impuni et parce qu’il y a encore un espoir de sauver les siens et de déjouer le Wyrd (son destin), Harek rassemblent ses meilleurs guerriers. Le scénario n’est pas totalement original, « encore des vikings » répliqueront certains rabats-joie. Certes, mais c’est sans complexe et avec honnêteté que les auteurs affichent leurs références éparses principalement issues de la culture populaire : Aucune suffisance à admettre les inspirations cinématographiques comme Le 13ème Guerrier dans la composition du groupe, des jeux vidéo comme The Elder Scrolls Skyrim pour les Draugar vampires (Harek serait-il le Dovahkiin ? ^^ ), des romans comme les Marcheurs Blancs du Trône de Fer voir aussi des Unis (mi-homme mi-loup) de David Gemmell, du comics comme Northlanders, et même de la musique thrash metal nordique ainsi que de l’instrumental comme le compositeur de Conan le Barbare, Basil Poledouris, snobé aux Oscars. Cependant, pas de redite ni de patchwork répulsif et sans saveurs ici, les auteurs viennent jouer avec leurs propres billes et le background est encore trop brumeux pour qu’on puisse se livrer au petit jeu des pronostics. C’est cela qui est bon dans Hel’Blar, qu’est-ce que ça fait du bien de lire des auteurs qui savent de quoi ils parlent et qui comprennent les attentes des lecteurs fantasy d’aujourd’hui. Ici on cause entre passionnés, parce qu’il y en a marre des scénaristes qui rabâchent les mêmes vieilles histoires rances ersatz du Seigneur des Anneaux et qui ne sont publiés que parce qu’ils ont un nom et leur rond de serviette chez un éditeur. C’est tout à l’honneur des frères Sierra, ces Karls (hommes libres), d’avoir refusé certaines propositions pour écrire l’histoire qu’ils rêvaient. Mais une chouette histoire et de bons dialogues ne suffisent pas. Il fallait des graphismes à la hauteur et pour cela, Alex Sierra a réalisé un travail à faire pleurer les Ases. En toute franchise je n’ai pas été autant sur le cul depuis Siegfried d’Alex Alice. D’ailleurs si vous appréciez celui-ci, les graphismes d’Alex Sierra sont du même tonneau avec un style semi-réaliste d’une grande finesse, l’encrage permet de suggérer toute une palette d’émotions des personnages lorsqu’ils sont en arrière plan, cela joue admirablement bien sur les ombres, et comme si cela ne suffisait pas les couleurs déploient un faste, du flamboyant selon l’ambiance du moment. Saluons également le travail de recherche car il n’y a pas un visage qui ressemble à un autre, il est aisé de distinguer les 13 vikings dotés chacun d’un certain charisme, le passage fantasmagorique avec les Nornes (équivalent des Moires grecques) est renversant. On est vraiment trop gâté sur certaines compositions où il parvient à mettre du rythme dans les scènes d’action tout en les ponctuant de dessins en pleine page franchement jouissifs. Je ne me suis toujours pas remis du passage de Leif invoquant tour à tour le « cyclone » des corbeaux d’Odin ni du grand « flash » de la foudre de Thor (« VOUS NE PASSEREZ PAS ! »), et encore moins des passages inspirés des mangas de baston (ou des comics de super héros au choix) comme DBZ où ça se met méchamment sur la tronche. J’ai rarement été aussi enthousiaste sur une nouveauté, et pourtant je ne suis pas édinaute (édition basée sur le crowdfunding), fâcheusement arrivé après la bataille. Mais qu’Heimdall le père des hommes m’en soit témoin, pour la suite j’en serai. Skål !
La Famille Fun
Surtout, ne vous fiez pas au graphisme typiquement « cartoon » de cette BD qui semble s’adresser aux enfants de sept ans ! Et si le titre vous laisse penser que vous allez vous payer une bonne tranche de rigolade, ce n’est peut-être pas tout à fait de la façon que vous imaginez… Car sous ses atours bien trop lisses pour être honnêtes, « La Famille Fun » comporte aussi un humour terriblement grinçant ! Comme si ses petits personnages tout en rondeur cherchaient à vous attendrir pour mieux vous déstabiliser ensuite… A l’image de son auteur, car quand vous voyez Benjamin Frisch pour la première fois, vous lui donneriez le bon dieu sans confession. Et pour lui qui est américain, il ne risque pas de se faire beaucoup d'amis parmi les instances morales et religieuses de son pays, dont la bigoterie est proverbiale. A sa manière, Frisch se moque des codes sociaux et religieux en se livrant à un dézingage subversif - soft mais implacable - de la famille américaine type représentée par notre famille Fun. Et dans cette famille, la vie ne restera un long fleuve tranquille que pendant les trois premières pages, jusqu’à la mort de « Mamie Virginia ». A partir de là, tout va partir en vrille, le père Fun va sombrer dans la déprime, conduisant son épouse à quitter le foyer en emmenant avec elle la moitié des enfants, puis à goûter quasi outrageusement à sa liberté retrouvée. Du coup c’est Robert, le fils aîné mais encore haut comme trois pommes, qui va s’improviser chef de famille, préparer les repas, tenir la maison, et reprendre le job de dessinateur de son géniteur pour nourrir ce dernier et sa jeune sœur Molly, et qui plus est payer la pension alimentaire de la mère ! Et comme si tout cela ne suffisait pas, Molly se met à avoir des visions angéliques de la grand-mère tout juste décédée. Depuis l’au-delà, cette dernière va lui susurrer des paroles doucereuses qui vont en faire progressivement une fanatique, ne faisant qu’accentuer cette spirale de folie incontrôlable. A la lecture, c’est à la fois étrange, hystérique, extravagant, cruel et jubilatoire. C’est surtout totalement imprévisible, et au final moins « fun » que désabusé voire pessimiste quant à la nature humaine. Benjamin Frisch ne se contente pas de saborder les valeurs familiales, mais s’en prend également à la religion et aux psychologues-gourous du développement personnel – apparemment une spécialité américaine -, en somme tout ce qui est susceptible de laver les cerveaux et générer les névroses les plus spectaculaires. Bref, l’objet a quelque chose d’inédit et c’est bien ce qu’on aime dans toute création artistique. Indubitablement, une première œuvre originale par un auteur à suivre.
Calcutta
Magnifique d'humour et d’autodérision car vu le nom de l'écrivain c'est un indien ! J'ai appris plein de choses sur l'Inde les mœurs et us et coutumes très étranges pour nous occidentaux comme le malheur et le déshonneur de mourir chez soi !!!!
Neska du clan du lierre
Voilà longtemps que je n'avais pas eu un tel coup de coeur pour une série ! Au point d'avoir embarqué les deux tomes sur un rayonnage de ma librairie préférée après en avoir seulement feuilleté quelques pages et sans en avoir jamais entendu parler auparavant. Tout est réussi dans cette série dont je ne connaissais même pas l'auteur. Mais Louise Joor a les qualités des plus grands. Son histoire est remarquablement écrite et prenante, construite avec rigueur et intelligence, sans temps morts. On devine une vaste histoire et de grands mystères derrière le récit à hauteur de personnages qui occupe chaque album. Louise Joor a d'ailleurs reussi à créer un monde très original, où les deux-pattes, des humains d'1 cm de haut voisinent avec les insectes et les escargots. Huit clans se partagent ce monde et ne se rencontrent qu'au marché des coccinelles, lieu d'echanges, de rencontres, de retrouvailles autour des spectacles qui rappellent les traditions partagées mais aussi lieu de jalousies, de trahisons, de négociations secrètes... Ce marché des coccinelles est la grande réussite du premier tome. Mais d'où viennent les deux-pattes ? Les légendes sur leurs origines, racontées par le clan du papillon, ont-elles un fond de vérité ? Pourquoi les vieux récits parlent-ils des Immenses, ces humains d'une taille gigantesque par rapport aux deux-pattes ? Pourquoi tout le monde croit-il sûils ont disparu ? Et pourquoi alors Neska en a-t-elle vu un, qui a enlevé sa maman ? Le personnage de Neska, adolescente enthousiaste et courageuse mais qui se cherche encore, est une très jolie héroïne, attachante surtout pour les lecteurs préado, qui s'identifient immédiatement. Les autres personnages, les parents de Neska, sa sœur, les autres clans... sont tout aussi bien campés et sympathiques. Tout cet univers est servi par un dessin ligne claire soigné et précis, qui fait une large part à des décors de qualité, une gageure pour une histoire à hauteur de brin d'herbe ! La colorisation est claire et lisible, les dialogues naturels et limpides. Tous ces atouts réunis font de Neska du clan du lierre une lecture idéale pour des lecteurs de 8 à 16 ans environ.
Don Quichotte (Rob Davis)
Je n’ai jamais lu l’œuvre de Cervantès, mais j’en connais – comme presque tout le monde – les grandes lignes. Mais il me semble que même si – ce qui semble être le cas d’après la préface – Davis n’a pas trahi cette œuvre, il n’est pas nécessaire de bien la connaître pour apprécier ce diptyque. En effet, Rob Davis en a fait une histoire truculente, pleine de poésie, de folie douce, avec un personnage insensible au regard des autres, qui va au-delà de ses rêves, que des lectures ont alimentés. Les passages loufoques alternent avec des moments plus intimistes, lorsque Don Quichotte et Sancho élaborent des plans sur la comète. La narration est excellente – avec des commentaires en voix off ironiques. Quelques passages (vers la fin du premier tome) flirtent avec le théâtre de boulevard à la Guitry. Dans le second tome, une mise en abîme voit les personnages commenter le premier tome, ceci ajoutant à l’effet comique de ces aventures picaresques. Le dessin est très bon, parfaitement raccord avec le ton brinqueballant de l’intrigue et avec les personnages ubuesques (Ubu me semble très proche de Quichotte finalement). Et la colorisation est elle aussi originale et très sympa. La maquette des éditions Warum est très belle (je déplore quand même une dizaine de coquilles – essentiellement dans le second tome). Bref, une courte série que je vous encourage vraiment à découvrir !