Les derniers avis (9708 avis)

Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Un auteur de BD en trop
Un auteur de BD en trop

Entre autobiographie et fiction, Daniel Blancou s’est inspiré — très vraisemblablement — de sa propre expérience pour nous livrer cette comédie jubilatoire. L’auteur, qui n’en est pas à ses débuts — il a déjà à son actif six ouvrages — est un bédéaste multi-facettes, aussi à l’aise au pinceau qu’au stylo. Dans le cas présent, cet album fait presque office de carnet intime. Blancou, qui est donc (un peu) Daniel, le protagoniste central, prof de dessin par nécessité, pratique une forme d’autodérision assez poussée (désespérée ?), ne se contentant pas de se mettre dans la peau d’un loser, mais également d’un mythomane utilisant à son profit le talent d’un jeune homme un peu dépressif et couvé par sa mère. Daniel prendra sous son aile le jeune élève brillant et très prometteur, génie naïf qui s’ignore, avant de « subtiliser » ses planches dans le but de propulser sa carrière. Et l’effet comique fonctionne à plein, du seul fait que notre vilain menteur, exultant d’autosatisfaction dans un premier temps, finira par ne plus assumer pas ce succès soudain. Succès qui culminera au festival d’Angoulême avec une razzia sans précédent sur les récompenses — quatre, dont le très convoité prix du meilleur album. Avec un humour subtil que n’aurait pas renié Woody Allen, la narration tourne autour de notre héros en proie à la culpabilité et au doute, terrifié par la pression engendrée par cette notoriété inopinée. Comment réagir face à son éditeur qui le harcèle pour donner une suite à son magnifique plagiat encensé à l’unanimité ? Que répondre aux journalistes qui le comparent à un papillon après des années à n’avoir été que chenille ? Quoi de pire que d’être attendu au tournant par la meute des critiques ? Faire une suite, vraiment, au risque d’être démasqué ? Préférant minimiser son talent, Daniel répète à qui veut l’entendre qu’il n’a qu’une idée en tête : faire « des BD rigolotes », un des gimmicks bien sentis de cet album « désespérément hilarant ». Le trait minimaliste, dans sa ligne claire délicieusement enfantine, révèle parallèlement un côté très graphique, parfois très poussé, et qui, chose rare pour une BD humoristique, se laisse volontiers admirer. Comme par exemple ces quelques scènes urbaines dans un style quasi art déco — une rue de nuit bordée par un vieux cinéma Vox, un tramway sous la pluie — ou, plus abstraites, comme ce labyrinthe pleine page symbolisant la confusion mentale de Daniel. Le tout dans des couleurs primaires acidulées à l’agencement étudié, vaguement « vintage », que renforce la très plaisante reliure à dos toilé — avec cette odeur si particulière, presque grisante, que jamais la BD sur tablette ne pourra nous offrir —, de la belle ouvrage à laquelle nous a souvent habitués l’éditeur Sarbacane. Nombre de dessinateurs se reconnaîtront sans doute dans ce témoignage décrivant et questionnant avec espièglerie et tendresse les coulisses d’un métier qu’on ne choisit jamais par appât du gain, il faudrait pour cela être totalement inconscient. L’appât de gain viendrait plutôt des éditeurs, qui semblent, comme il l’est décrit avec une ironie désabusée dans plusieurs passages, montrer peu d’empathie à leur endroit, les considérant pour ainsi dire comme des esclaves à leur service. Cette « BD rigolote », faussement joyeuse, est une réussite, révélant un auteur attachant qui n’est certainement pas « en trop ». La bibliographie de Daniel Blancou ressemble beaucoup à son auteur, dilemme vivant, capable de passer du genre documentaire (environnemental, politico-judiciaire) à l’humour décalé. Mais désormais, avec « Un auteur de BD en trop », notre quadra candide nous livre une sorte de synthèse des deux, dans un style clairement plus affirmé qu’à ses débuts. Blancou aurait-il trouvé sa voie ? On a bien envie de le croire, et bien sûr, on attend la suite… oups, désolé pour la pression !

15/05/2020 (modifier)
Couverture de la série Enfer portatif
Enfer portatif

C’est une histoire sans queue ni tête, et presque sans commencement ni fin, tant la dernière page complète la première, en nous donnant l’impression que tout recommence, se poursuit sans fin, alors que rien ne nous est donné pour comprendre qui sont les deux personnages principaux, d’où ils viennent, où ils vont, comme s’ils étaient lancés à fond sur une réalité parallèle à la nôtre ou à ceux qu’ils croisent. Trajectoire linéaire et sans détours « explicatif » que celle de nos deux bonhommes, Paul le nain tétraplégique, inlassablement portés par Pierre, grand type un peu naïf, et aveugle. Mais leur « road movie » improbable les fait rencontrer d’autres personnages, presque tous marqués – à des degrés divers – par une faille, un quelque chose de bizarre, d’anormal : nous voyons là des freaks se croiser, dans une aventure qui est pleine de vie, d’amertume, d’humour (souvent noir) parfois. Les aventures un peu loufoques m’ont un temps laissé circonspect, mais je suis rapidement tombé sous le charme, et ai été captivé par ces « rencontres », Pierre et Paul se retrouvant brinquebalés par les événements, et ce d’autant plus qu’une fois séparés, ils sont tous les deux physiquement dépendants des autres pour se déplacer. L’histoire en elle-même est simple, et cette simplicité est accentuée par le dessin en Noir et Blanc d’Ayroles, qui use d’un trait gras, centré sur les personnages, faisant souvent l’économie des décors. C’est un album que j’ai trouvé chouette et original (loin des expérimentations liées à l’oubapo que fera ensuite Ayroles), qui déconcertera sans doute certains de ses lecteurs, mais sur lequel je vous recommande de jeter un coup d’œil, il en vaut la peine.

14/05/2020 (modifier)
Couverture de la série Montana - Une aventure de Tex
Montana - Une aventure de Tex

Après Serpieri dans Tex, Le Héros et la Légende, c'est au tour de Giulio De Vita de faire revivre Tex Willer en faisant une belle démonstration de son talent graphique. Curieuse idée de récupérer ce personnage, mais après tout pourquoi pas ? De Vita lui donne une allure plus juvénile mais tout aussi redoutable dans l'efficacité de ses actions. Il faut préserver l'éthique du personnage, c'est un héros culte de la BD populaire italienne qui doit garder ses caractéristiques qui sont conformes à celles que je lisais dans les petits formats de mes jeunes années ; à part l'âge, les auteurs n'ont donc rien changé dans ce domaine, contrairement à Serpieri qui avait donné sa vision personnelle avec un portrait un peu moins lisse. En plus de ce portrait, De Vita offre au lecteur de splendides images avec quelques grandes cases qui magnifient les décors qui ici ne sont pas ceux des villes du Far West, mais des paysages d'une nature sauvage et belle, remplie d'arbres ou de montagnes enneigées, ce qui lui permet à chaque changement de décor, un renouvellement de couleurs adéquates. De Vita avait déjà dessiné de beaux paysages d'Amérique profonde dans sa première série James Healer que j'avais beaucoup aimée, il n'a donc pas été pris au dépourvu. La partie graphique est superbe, reste le scénario qui est d'une grande simplicité, c'est un récit très classique et traditionnel qui n'est là que pour servir de support au dessin, c'est assez rare car c'est souvent le contraire. Le scénariste n'a pas cherché à multiplier les références aux récits antérieurs de Tex, ceux vus sur sa série Tex Willer qui ont été joliment repris chez Clair de Lune dans les petits albums de Tex (Special), ça permet ainsi d'être lu par un public qui ne connait pas forcément la bande depuis son origine ; il s'agit tout simplement d'une aventure comme une autre, simple dans son déroulement, qui semble être un hommage respectueux à ce héros qui je le rappelle, fut crée en 1948. Ce récit décrit donc parfaitement le rôle de justicier tenu par Tex et il s'en tient là. Le seul petit reproche que je peux faire, c'est que le méchant n'apparait qu'en milieu d'album, un peu tardivement, de fait, le manichéisme plus marqué dans les petits formats ne transparait pas assez ici, mais ce n'est pas bien grave, le méchant a la tête de l'emploi et lui aussi joue son rôle. Un bon western qui n'a pas le temps de la contemplation, malgré le décor neigeux, en adoptant une narration linéaire simple et rapide, et qui reste une lecture des plus agréables.

10/05/2020 (modifier)
Par Yann135
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série DMZ
DMZ

J’ai découvert cette série un peu par hasard, en fouinant dans une librairie spécialisée, il y a quelques années, dans le rayon d’urban comics. Tu achètes le tome 1 … pour voir. Et la suite vous la connaissez … tu deviens addict immédiatement. Du coup tu achètes les 11 albums d’un seul coup immédiatement ! DMZ qui désigne DeMilitarised Zone, est l’histoire, dans un futur proche, d’une nouvelle guerre de sécession. Un jeune journaliste stagiaire est plongé en territoire hostile. Le dilemme ? Fuir Manhattan pour sauver sa peau, ou être l’unique reporter, témoin de cette ville, transformée en la zone la plus dangereuse au monde. Vous prenez donc immédiatement, dès les premières pages un uppercut au foie. Vous rentrez dans cette guerre par la grande porte. Accrochez-vous, mettez vos ceintures, il y a des turbulences en vue. Graphiquement c’est du lourd ! Aux dessins ... Riccardo Bruchielli (Briand Wood pour la couverture). Le trait est saccadé et les décors détaillés. J’adore. Pour les portraits ? une réussite indéniable. Les expressions sont particulièrement réussies. Et que dire de la colorisation ? Jeromy Cox est sans doute l'un des meilleurs (« Aquaman », « Batman » , « Justice league », « spiderman »…) Quant au scénario, il tient la route. L’histoire ne s’essouffle pas, bien au contraire, au fur et à mesure des albums. Bien au contraire je vous dis. Rebondissements multiples, suspens haletant, pas de temps morts … Je suis fan absolu de DMZ. Je recommande vivement.

08/05/2020 (modifier)
Par Josq
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Caramel et Romulus
Caramel et Romulus

Dans le registre des pépites complètement oubliées, il me semble que Caramel et Romulus peut figurer en bonne place. Publiée dans Spirou en 1943 par Sirius juste après L'Epervier Bleu, cette bande dessinée naïve et enfantine joue à fond, au contraire de son aîné, la carte de la fantaisie. Cousin improbable d'Alice au pays des merveilles, d'Olivier Rameau ou du Petit Prince (sans l'aspect philosophique), Caramel et Romulus nous entraîne dans un monde enchanteur où tout est possible. Alors bon, soyons honnête, Sirius n'exploitera jamais à fond la dimension imaginaire de ce monde. Si l'arc narratif du génie du mal emprisonné dans sa bouteille ou celui du palais des nuages témoigne d'un bel onirisme plutôt envoûtant, la deuxième moitié du récit, à base de pirates, d'île déserte et de trafiquants de trésor retombe un peu plus dans les poncifs du récit d'aventures classique. C'est toujours plaisant à lire, mais on aurait aimé voir se perpétuer la belle fantaisie du début. Le plus gros gâchis reste quand même la mise en abyme proposée par l'auteur qui n'aboutit sur rien : le point de départ du récit est la chute de Caramel et de son cousin Pile dans un livre magique, une excellente idée qui justifie la dimension surréaliste de l'histoire, mais appelle un développement. Or, jamais dans la suite de la BD, on ne fera plus référence à ce livre magique dans lequel tout est censé se passer. Si on échappe heureusement à une chute du genre "en fait, tout ça, c'était un rêve", la fin de la bande dessinée ne voit pas nos personnages sortir du livre, comme si on avait complètement oublié que tout ça se déroulait dans un univers parallèle. Mais bon, ça n'est pas bien grave, on goûte largement le récit avec ou sans mise en abyme. Sur le modèle du conte initiatique (mais sans grande initiation ici, hormis l'arc narratif avec le génie du mal), les héros enchaînent les péripéties de manière échevelée et tout-à-fait réjouissante. Quand ils échappent à la prison du gouverneur des nuages, c'est pour mieux tomber entre les mains de pirates cruels puis entre celles de trafiquants sans scrupules. A ce niveau-là, le récit est vraiment chouette et bien mené, on a toujours envie de voir où les prochaines péripéties des personnages vont les mener. D'autant que Sirius a eu la bonne idée, pour donner un minimum de liant à ces aventures un peu foutraque de leur donner la forme d'une grande poursuite. Toute l'histoire voit nos personnages essayer d'échapper à un détective qui les prend pour des bandits. Là encore, petit gâchis scénaristique : Sirius aurait pu jouer davantage sur cette confusion, et laisser plâner le doute sur la véracité des dires du détective. Là, peu de doute sur la possibilité que les héros soient de véritables bandits. Dommage, il y aurait eu quelque chose à faire... En termes d'humour, Caramel et Romulus vogue entre deux eaux. Parfois, les gags sont originaux et plutôt bien trouvés, et parfois, c'est très attendu (encore que la chute finale, prévisible, reste drôle) voire assez lourd (le cousin Pile qui mélange les syllabes en permanence). Rien de rédhibitoire pour autant, et si l'on considère que la série s'adresse avant tout à un jeune public, ça passe pas mal. Heureusement, elle n'est pas illisible pour un public plus âgé, mais à lire avec une certaine indulgence. Le dessin, enfin, manque un peu de finesse. On est dans un style graphique très daté années 40 et force est de reconnaître que ça a pas mal vieilli aujourd'hui (plus que le dessin de couverture, en tous cas). Il s'en dégage toutefois un certain charme, un peu désuet, mais qui contribue à la magie de la bande dessinée. Ainsi, Caramel et Romulus n'a rien d'un chef-d'oeuvre, c'est avant tout une bande dessinée d'aventures très classiques, qui passe par toutes les étapes attendues du genre, mais sans être ennuyeuse pour autant. Doté d'une bonne dynamique narrative, le récit de Sirius reste léger, bon enfant, et plein de charme, pour qui aime se replonger avec nostalgie dans cette atmosphère des bandes dessinées à l'ancienne. C'est loin d'être un incontournable, mais pour le passionné et le collectionneur, ça fait largement l'affaire. Les plus mordus des mordus gagneront toutefois à se tourner vers La Fleur merveilleuse de Charlier, Goscinny et Martial, premier récit de leur saga Alain et Christine (parue dans La Libre Junior de 1953 à 1957) qui a l'avantage de maîtriser davantage la fantaisie, l'humour et l'onirisme, mais qui a le triste désavantage de n'avoir jamais été publié à ce jour...

08/05/2020 (modifier)
Par Josq
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Jacquot le Mousse
Jacquot le Mousse

Pour tout nostalgique des années Pilote, Jacquot le Mousse a une signification toute particulière : en effet, cette histoire est née avec le grand magazine et a accompagné ses 30 premiers numéros. Goscinny et Godard avaient déjà un peu collaboré sur des strips de Fifi pour Paris-flirt, pour différents strips publicitaires ou pour la bande dessinée Pipsi dans Vaillant. En outre, Goscinny et Uderzo avaient également repris une série intitulée Benjamin et Benjamine, créée quelques années auparavant par Godard, peut-être même sans savoir que c'est à lui que cette série devait sa naissance. De son propre aveu, jamais Godard n'osera le leur dire, en tous cas. Jacquot le Mousse, donc, c'est le début d'un âge d'or, le début de l'ère Pilote, et rien que pour ça, j'y suis attaché, même si tout n'est pas encore parfait. Le scénario est très bon, et on retrouve le goût de Goscinny pour les hilarants jeux de passe-passe (ici, des caisses d'armes troquées contre des caisses d'orange). Les personnages sont assez marqués, hormis Jacquot, le personnage principal, jeune premier transparent dans la lignée d'un Luc Junior ou d'un Benjamin. Mais sinon, on retrouve des caractères hauts en couleur : le capitaine de navire tyrannique, son second paresseux et incapable, son cuisinier qui attrape le mal de mer dès qu'on lui parle de nourriture, etc... Une galerie de stéréotypes typiquement goscinnyen. Evidemment, on est encore loin des oeuvres majeures de l'auteur, mais son humour est déjà bien rôdé. Si certains gags sont assez conventionnels, d'autres sont véritablement hilarants, notamment tous les quiproquos concernant le contenu de la marchandise transportée par les marins, persuadés de transporter des oranges, pour des révolutionnaires, persuadés d'y trouver des armes. Evidemment, en cours de route, tout ne se passe pas comme prévu pour le chargement du navire... Du côté du dessin, le trait de Godard est très affermi, proche de ce qu'il fera par la suite avec Norbert et Kari ou Martin Milan. On trouve déjà son talent de caricaturiste né allié à un style un peu cartoonesque mais pas trop, typique du style "gros nez" de ces années-là. Ainsi, cette simple histoire de trente pages est déjà très révélatrice d'un style de BD humoristique dans laquelle Goscinny était en train de passer maître. Excellent terrain de jeu pour son auteur comme pour son dessinateur, Jacquot le Mousse a l'intérêt de nous montrer deux artistes en pleine affirmation de leur talent et de leur génie, anticipant par certains moments les grandes oeuvres que chacun d'entre eux allaient nous offrir par la suite. A noter que l'album des Archives Goscinny contenant Jacquot le Mousse est complété par un dossier documentaire intéressant, quoique très proche de ceux qu'on pourra trouver dans les albums des éditions Albert René type Benjamin et Benjamine, et de quelques doubles pages inédites de Goscinny, dans le plus pur style des "Dingodossiers" et Godard parues dans Pilote. On y trouve également tous les récits de la série Tromblon et Bottaclou, mais ça, c'est une autre histoire... dont je parlerai dans un autre avis !

07/05/2020 (MAJ le 07/05/2020) (modifier)
Couverture de la série Le Casque d'Agris
Le Casque d'Agris

Je me suis procuré les 2 premiers albums par l'intermédiaire d'un ami qui me les a commandés sur ebay car moi je n'aime pas acheter sur internet, c'est une série que je visais depuis longtemps, et j'en sors totalement conquis parce que c'est une Bd à la fois instructive et ludique sur le mode de vie des Gaulois dans la Gaule préromaine, bien avant que ces saloperies de Romains viennent leur casser les pieds et les asservir. On est à cent lieues d'Astérix et des rares autres Bd sur le sujet comme Taranis qui visaient un but aventureux avant tout sans se soucier trop de vérité historique. Assor BD est une petite maison d'édition qui hélas n'existe plus depuis 2018, spécialisée dans la BD historique s'appuyant sur une documentation rigoureuse, on y trouvait les bandes scénarisées par Eriamel entre autres, un passionné de Moyen Age, dont je retiens surtout Le Coeur de Lion. Et justement, cette Bd s'est appuyée sur une documentation pointue pour restituer ce contexte d'âge du fer dans cette Gaule du IIIème siècle av. J.C., on voit le gros travail des auteurs qui se sont servi des avancées récentes en matière d'archéologie, tout ceci est passionnant et expliqué dans un cahier annexe en fin d'album. Jusqu'ici, il n'y avait que Vae Victis qui montrait une telle authenticité sur les coutumes des Gaulois celtes, mais l'histoire était centrée surtout sur la guerre des Gaules, et on y voyait bien évidemment des Romains, alors qu'ici, pas de Romains, on voit que cette histoire témoigne des nombreuses rivalités entre tribus, c'est ce qui les perdra d'ailleurs face à César, car s'ils avaient oublié leurs querelles pour s'unir, les Romains auraient sans aucun doute eu un mal fou à conquérir la Gaule, où alors ça serait arrivé 2 ou 3 siècles plus tard. Ici, on assiste aux rivalités entre Sénons et Bellovaques, 2 tribus assez proches ; les Sénons étaient une tribu de la Gaule celtique qui vivaient dans l'actuelle région du nord de la Bourgogne (département de l'Yonne) et ont fondé la cité de Sens qui était leur capitale (les habitants de Sens s'appellent toujours les Sénons). Les Bellovaques étaient des Gaulois de la Gaule belgique qui vivaient plus au nord, aujourd'hui en territoire français entre les actuels départements de la Seine Maritime et de la Somme. Ce qui m'a séduit dans cette bande, c'est non seulement la véracité des modes de vie et coutumes, en balayant certaines idées reçues d'ailleurs, comme le fait que les Gaulois étaient bien moins indisciplinés qu'on ne croit, mais soumis à des hiérarchies spécifiques. Plusieurs approches comme la religion, la politique, les conjurations, les assassinats sont le lot de la vie quotidienne. L'autre chose que j'ai apprécié c'est la façon remarquable de pouvoir convevoir une intrigue fictive autour d'un objet réel, alliant ainsi l'aspect didactique au divertissement. On a un cycle d'événements qui s'enchainent avec une bonne cadence, avec à la clé quelques scènes de batailles sanglantes d'une grande richesse, et le récit se révèle captivant. Le dessin est très bon et appliqué, je préfère celui de Laurent Libessart qui est plus maîtrisé, mais le style des dessinateurs est assez homogène. Je finirais en évoquant ce fameux casque qui est l'objet de cette aventure. Le casque d'Agris existe vraiment, figurez-vous que j'ai pu le contempler en 2015 au Musée d'Angoulême, c'est pourquoi je me suis mis à chercher cette Bd. Découvert en 1981 dans une grotte à Agris au nord d'Angoulême par des chercheurs du CNRS et de la recherche spéléologique de La Rochefoucauld (ville à 20 km d'Angoulême), ce casque d'apparat est un objet exceptionnel, une oeuvre majeure de l'orfévrerie celtique du IVème siècle d'avant J.C., mélange de bronze, d'or et d'argent. Je trouve cette idée très originale d'avoir construit une bande dessinée autour d'un tel objet d'art.

06/05/2020 (modifier)
Par Yann135
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Lune de guerre
Lune de guerre

Roulement de tambour s’il vous plaît et trompettes ! Hermann et Jean Van Hamme se sont mariés pour le meilleur ou pour le ... meilleur. Une association magique ! Un peu comme si au cinéma nous avions, réunis sur la même affiche, Clint Eastwood et Harisson Ford ! Le génie de Van Hamme au scénario et le talent d’Hermann au dessin … quelle coopération extraordinaire ! Sur le papier tous les signaux sont au vert pour un album cultissime ! Cela valait le coup que ce projet murisse durant quelques années entre ces deux dinosaures de la bande dessinée. Le rendu est parfait. Je vous l’annonce d’ores et déjà, cette BD ne vous laissera pas indifférent. Jour de fête. Champagne et rires. Rien n’annonce le déchainement de haine, les explosions de rage. Jour de colère. Deux hommes s’opposent pour une broutille. Personne ne veut céder. Les mots sont crachés. La fureur prend le mors aux dents. Les menaces fusent. Tout s’emballe. Et nous voilà au milieu d’un déchainement de violence. Le sang coule … jusqu’à la mort. Un scénario parfait qui nous tient en haleine jusqu’à la fin, magnifié par un dessin sombre et glaçant en adéquation avec le climat suffocant de l’histoire. Le rythme va crescendo pour s’emballer sur les dernières pages. C’est juste sublime. Voilà sans doute ma BD d’Hermann que je préfère. Un petit bijou à lire et à relire.

05/05/2020 (modifier)
Par Pierig
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Humain
L'Humain

A la base, ce sont le titre et le dessin qui ont attiré mon regard. Au final, je ne suis pas déçu de ma lecture. Par ses propos, le livre invite à une réflexion interrogeant la place de l’homme sur la planète Terre et les dommages qu’il lui fait subir. En se projetant 500 000 ans dans le futur, les auteurs veulent prendre de la distance temporelle pour mieux cerner l’humain aujourd’hui. Est-on indispensable ? Si on redémarre l’humanité de zéro, est-ce qu’on ne répétera pas les erreurs du passé ? L’homme peut-il changer ? être meilleur ? Cette bd donne une vision de ce que tout cela pourrait être. Ce n’est pas franchement joyeux mais le parti pris reste cohérent dans son développement. Il y a quand même une lueur d’espoir en guise de conclusion (volontairement ouverte). Côté graphisme, j’aime les traits épurés et le choix réduit des tonalités de couleurs. Cela donne une ambiance particulièrement en adéquation avec les propos tenus. A découvrir (si ce n’est déjà fait !).

05/05/2020 (modifier)
Couverture de la série Mémoire morte
Mémoire morte

J’avise ici avec retard le dernier Marc-Antoine Mathieu que je possède (je crois les avoir tous, ne me manque que son « Paris-Mâcon », que je recherche désespérément depuis longtemps !). Mes avis sur ses autres séries le montrent (et aussi mon avatar), je ne suis plus objectif depuis longtemps concernant cet auteur, dont j’admire l’œuvre, avec des albums alliant simplicité et complexité. Cet album peut très bien constituer une entrée intéressante dans cette œuvre foisonnante, et peut tout à fait faire office d’introduction à l’univers génial de Julius Corentin Acquefacques, développé en parallèle de cet album. On trouve en effet beaucoup de points communs entre « Mémoire morte » et les Julius. Comme Julius, le personnage principal (qui lui ressemble d’ailleurs !), Firmin Houffe, est fonctionnaire, et comme lui il se débat dans une cité immense, froide, dans une société sclérosée et assez ubuesque, aux rouages absurdes. La principale différence avec les Julius serait peut-être ici l’absence de jeu autour du médium BD lui-même. Sinon, si les premières et dernières planches, avec leurs constructions géantes et labyrinthiques, peuvent faire penser à Borgès, c’est surtout Kafka, comme d’habitude (un dialogue fait d’ailleurs allusion à un certain « Akfak ») qui innerve les méandres de la cité et de l’intrigue, même si Orwell n’est pas très loin non plus, avec ce « ROM » qui, de créature, est devenu décideur omniscient et omnipotent, ordinateur central faisant perdre la mémoire, leurs mots, aux habitants de cette cité tentaculaire. Il est d’ailleurs symptomatique que les vues aériennes de cette immense cité ressemblent à des puces informatiques ! Beaucoup d’absurde donc, avec quelques pointes d’humour parfois, lorsque les fonctionnaires cherchent à contrôler la prolifération de murs nouveaux avec des commissions et autres délibérations creuses (n’y a-t-il pas là une critique du fonctionnement de nos « démocraties » ?). Mais surtout, comme très souvent avec MAM, le côté simple du dessin et de l’intrigue laisse rapidement place à une réflexion plus profonde. Réflexion de plus en plus d’actualité : que sommes-nous prêts à déléguer aux réseaux informatiques, aux robots ? Par facilité, l’homme ne s’aliène-t-il pas sa liberté ? La communication omniprésente (les murs sont remplis de slogans, on questionne les habitants par sondage en permanence, et la foule – que ce soit dans les assemblées ou dans les rues – parle, parle dans une logorrhée aussi volubile qu’absconse, dans une cacophonie qui ne veut plus rien dire, personne n’écoutant vraiment) va de pair avec la perte des mots, du langage. Autour de ces réflexions, au milieu de ces décors asphyxiants, la placidité de Firmin Houffe – dont le nom signe la folie de ce monde ! – inquiète ou rassure, c’est selon. L’aspect graphique est du MAM classique – que j’aime beaucoup : c’est à la fois simple, beau et efficace ! Un Noir et Blanc tranché, des décors stylisés et très géométriques, légèrement disproportionnés, qui développent une ambiance froide, impersonnelle, oppressante et déshumanisante, ce dernier aspect étant renforcé par le côté un peu statique des personnages, et des traits de visage quasi absents. C’est un album qui peut se lire vite, car il y a peu de cases et/ou de texte. Mais on y revient, pour les détails de certaines cases, pour les réflexions induites, pour le plaisir ! Si, comme moi, vous avez apprécié cet album, et si vous avez la chance de ne pas encore connaître Julius Corentin Acquefacques (j’adorerais découvrir cette série avec un regard vierge – même si chaque relecture me procure énormément de plaisir), jetez-vous dessus !

05/05/2020 (modifier)