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Algues vertes, l'histoire interdite

Note: 4/5
(4/5 pour 3 avis)

Enquête approfondie sur un scandale pas si mystérieux que ça.


BD Reportage et journalisme d'investigation Bretagne Documentaires Environnement et écologie

Pas moins de 3 hommes et 40 animaux ont été retrouvés morts sur les plages bretonnes. L’identité du tueur est un secret de polichinelle : les algues vertes. Un demi-siècle de fabrique du silence raconté dans une enquête fleuve. Des échantillons qui disparaissent dans les laboratoires, des corps enterrés avant d’être autopsiés, des jeux d’influence, des pressions et un silence de plomb. L’intrigue a pour décor le littoral breton et elle se joue depuis des dizaines d’années. Inès Léraud et Pierre Van Hove proposent une enquête sans précédent, faisant intervenir lanceurs d’alerte, scientifiques, agriculteurs et politiques. (site éditeur)

Scénariste
Dessinateur
Coloriste
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 12 Juin 2019
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Algues vertes, l'histoire interdite
Les notes (3)
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30/12/2019 | Noirdésir
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Par Blue boy
Note: 4/5
L'avatar du posteur Blue boy

Hormis ceux qui ont vécu dans une grotte ces dix dernières années, tout le monde se souvient de ces affaires d’algues vertes toxiques qui ont fait la une des JT français à plusieurs reprises. Trois hommes et une quarantaine d’animaux ont péri sur les plages bretonnes dans des circonstances encore non totalement élucidées aujourd’hui, même si tous les soupçons convergent vers un seul et même coupable : l’hydrogène sulfuré (H2S), qui émane des fameuses algues. Avec cette BD documentaire, Inès Léraud, intriguée par l’omerta qui pesait — et pèse toujours — sur la question, nous livre une analyse édifiante en remontant aux origines du problème, lié à l’agriculture intensive mise en place dans les années 60, avec les premières marées vertes pestilentielles dès la décennie suivante. A cela est venu s’ajouter l’élevage porcin intensif, important générateur de lisier, lequel a vu ses surfaces décuplées dans les années 80, bien souvent de manière illégale. La Bretagne était devenue le pays du cochon industriel, avec d’autres conséquences calamiteuses telles que l’interdiction de boire l’eau du robinet dans de nombreuses communes. A La fin des années 90, l’Etat via l’IFREMER commençait à pointer du doigt le modèle d’agriculture, mais le monde agricole, qui ne l’entendait pas de cette oreille, se lança dans une vaste campagne de décrédibilisation contre l’institut et les écologistes. Lorsque survinrent les premiers décès sur les côtes à la fin des années 2000, on aurait pu croire qu’enfin les responsables allaient faire amende honorable et reconnaître leurs erreurs… Que nenni ! Que du déni nous aurons à la place, et ceux-ci, sentant l’étau se refermer, se montreront d’autant plus agressifs, notamment avec les écologistes, n’hésitant pas à recourir aux intimidations et allant même jusqu’aux menaces de mort. Pour son enquête, Inés Léraud, journaliste d’investigation pour Mediapart et le Canard enchaîné, s’est donc attelée à élaborer un fil narratif en réunissant de nombreux documents scientifiques, journalistiques, judiciaires, et en enregistrant les témoignages des protagonistes. On apprendra au fil de ses recherches que sous le poison des algues et la loi du silence, se terre un vaste réseau d’intérêts financiers et économiques qui a gangréné le monde politique. Mais que le système se révèle aussi un piège redoutable pour nombre d’éleveurs, d’autant plus lorsqu’ils rêvent d’une reconversion vers des méthodes plus naturelles… Un triste constat, assez prévisible finalement mais tout de même assez sidérant, tant il nous rappelle avec acuité que la santé des citoyens ne pèse guère face aux puissances de l’argent. Pierre Van Hove a su parfaitement se caler sur les propos du livre avec un dessin très efficace pour illustrer sans s’imposer. Une mise en page et un cadrage pertinent contribuent à rendre fluide et dynamique cette enquête tout de même assez consistante et qui implique pour le lecteur la nécessité de ne pas « lâcher le fil » eu égard aux nombreux intervenants. Tout au long du livre, le dessinateur — d’origine angoumoisine (ça ne s’invente pas) —, fait preuve d’une ironie légère, dans l’esprit du Canard enchaîné, ce qui correspond très bien au propos du livre. Le choix des couleurs, à dominante jaune et verte, renforce l’impression de toxicité, comme si les auteurs avaient voulu nous faire respirer un peu de la puanteur de cette affaire, tant au sens propre (les algues) que figuré (le pognon). On ne peut donc que saluer le travail salutaire (un travail « salutaire » se « salue », non ?) des auteurs. A noter que l’album est publié conjointement par Delcourt et la Revue dessinée, cette dernière ayant déjà mis en lumière les premières étapes du projet en 2017.

26/02/2020 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
L'avatar du posteur Erik

Cette bd permet de dénoncer le scandale des algues vertes. En effet, les autorités sanitaires couvertes par le politique ne reconnaissent pas vraiment le lien de causalité entre les algues vertes et les problèmes de santé dont ont été victime plusieurs humains et animaux. Certains d’entre eux n’ont d’ailleurs pas pu se rétablir. C’est très grave mais cela reste encore contenu à une minorité de cas étalés sur le temps. Le problème en l’occurrence est de protéger le tourisme en Bretagne pour en faire une région belle et accueillante. On ne va pas parler de ces algues qui tuent car cela entraîne inutilement la peur et la panique. C’est comme pour le coronavirus, il ne tuait soi-disant que des personnes âgées et faibles. Le médecin de 34 ans en très bonne santé qui avait été un lanceur d’alerte n’en a malheureusement pas réchappé. Les autorités l’ont d’ailleurs accusé de propager de fausses rumeurs au tout début de l’épidémie. Finalement, on s’aperçoit que c’est exactement le même processus. Les autorités font dans le déni et la mauvaise foi. Certes, il y a des implications économiques mais c’est surtout pour protéger la filière paysanne accusée d’utiliser des engrais à la base d’une pollution créant ces algues grâce à des fertilisants. Les diverses réactions de la Fédération nationale des syndicats des exploitants agricoles m’a littéralement choqué dans leurs attitudes peu constructives et très agressives. Ils ont quand même réussi à jeter le doute sur une situation pourtant objective. La démonstration qu’ont apportée les auteurs est très convaincante et sans appel. Ils ont même pris le soin de répertorier les preuves dans un dossier final assez bien documenté. Pour moi, c’est du très bon travail journalistique. Grâce à cette bd, je suis désormais sensibilisé sur ce problème de santé publique qui reste encore assez méconnu du grand public.

10/02/2020 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Bon, autant le dire tout de suite, le coup de cœur est aussi et avant tout un coup de gueule ! En effet, la lecture de ce documentaire laisse un goût amer, puisqu’il pointe une série de scandales tout à fait représentatifs de notre époque. Mais il le fait très bien, c’est super étayé, et sa lecture devrait être fortement encouragée – de la même manière que devraient être demandés des comptes aux autorités politiques, administratives ou aux industriels, tous complices, à des degrés divers et pour des intérêts eux aussi divers, d’une pollution, des décès, le tout étant cyniquement caché, dénié, avec tous les artifices et les complicités habituels. Inès Léraud reprend ici plusieurs années de recherche, d’enquêtes, qui ont nourri articles et émissions de radios. Après avoir présenté les différentes morts (animaux, humains) liées aux gaz dégagés par ces algues vertes (ainsi que l’obstruction systématique et écœurante des autorités pour en établir les circonstances et les responsabilités), Inès Léraud élargit le point de vue pour mieux comprendre comment on en est arrivé là : et ce sont les choix économiques, le poids de certains lobbys industriels – et de leurs relais dans les médias et parmi les scientifiques que les conflits d’intérêt n’étouffent pas (mais aussi, secondairement touristiques) qui sont pointés du doigt. De même que les agriculteurs sont ici présentés de façon « complète », c’est-à-dire à la pointe des lobbys (FNSEA et industriels), mais aussi finalement parmi les premières victimes de l’agriculture intensive et instrumentalisés par ces mêmes lobbys. La démonstration est limpide, implacable, fortement documentée (nombreuses sources systématiquement citées, nombreux documents reproduits en annexe, etc.). C’est du beau travail, mais hélas le silence continue à étouffer ce genre de scandales qui s’accumulent discrètement, sans remettre en cause le système économique et médiatique qui les rend possibles. A lire en tout cas !

30/12/2019 (modifier)