Je n’ai jamais lu d’histoires de Lovecraft, mais j’avais déjà beaucoup aimé Markheim de Rodolphe et Marcelé (toujours chez Mosquito)… je me suis donc intéressé à cette nouvelle collaboration datant de 2018… et nouveau coup de cœur !
Mary et ses amis jouent à un jeu virtuel où l’on choisit une époque que l’on souhaiterait visiter… étudiante en littérature et grosse passionnée de H.P. Lovecraft, elle choisit la ville de Providence dans les années 30, en espérant y rencontrer son idole… Souhait réalisé, puisque elle s’y retrouve transportée (rêve ? voyage dans le temps ? peu importe finalement) et finit par se promener de nuit avec lui… ils parleront de la vie de Lovecraft, de son travail, de sa famille etc. Se faisant, ils visitent divers lieux lugubres et mystérieux, mais aussi certaines nouvelles de l’auteur, dont des extraits viennent s’intercaler dans le récit.
Le dessin sombre et charbonneux de Philippe Marcelé est superbe, et participe grandement à l’ambiance mystérieuse et terrifiante de cette promenade nocturne… je trouve les illustrations des extraits de nouvelles de Lovecraft particulièrement réussies.
J’ai englouti d’une traite les 80 pages de cet album, qui m’a donné envie de découvrir l’œuvre de H.P. Lovecraft… un coup de cœur !
Si le surf lui sert de fil rouge, « In Waves » est d’abord le livre d’un deuil. Comme le précise l’auteur en postface, ll n’est pas « expert en matière de surf », se définissant plutôt comme « amateur enthousiaste, que les grandes figures du surf inspirent ». Et d’évoquer cette obsession en commun « de chevaucher les vagues, ce profond respect pour l’océan, et le cœur brisé. » Un cœur brisé par la mort de sa petite amie.
Il n’est donc nullement nécessaire de s’intéresser au surf pour apprécier ce très beau roman (autobio-)graphique, qui du coup nous fait voir cette discipline sous un jour nouveau, loin des clichés faciles sur les beaux gosses un peu benêts passant leur journée à se faire admirer par des meutes de filles éperdues. Nous sommes ici dans un registre très différent, beaucoup plus grave, plus mélancolique aussi. Aj Dungo évoque ici la maladie de sa petite amie Kristen, disparue bien trop tôt après des années de lutte pour rester en vie.
Quel rapport entre le surf et la maladie me direz-vous ? On le comprend dès le début du livre, où tous les amis de Kristen se sont réunis sur la côte à l’occasion de son anniversaire pour la voir surfer, alors que celle-ci apparaît déjà passablement affaiblie. L’auteur, qui ne l’avait jamais vue sur une planche, connaissait sa passion pour ce sport qu’elle ne pratiquait presque plus depuis que son cancer avait été diagnostiqué. Aj Dungo va ainsi utiliser la passion de la jeune fille pour construire un récit alternant l’histoire du surf et la descente aux enfers de Kristen. Et contre toute attente, ce parti pris fonctionne formidablement bien, avec un code couleur bichromique pour chaque versant du récit, vert pour raconter l’intimiste, sepia pour évoquer le sport et ses figures. Et les deux narrations, en s’entrecoupant de la sorte, finissent par produire une alchimie inattendue, un rythme harmonieux, régulier et apaisant comme peuvent l’être le bruit des vagues… ce qui contribue sans nul doute à alléger un récit au thème pas forcément très joyeux. L’auteur nous épargne tout pathos inutile, se contentant de nous livrer sa propre expérience, celle d’un amour pur, avec pudeur et sensibilité.
Très graphique, le dessin est d’une sobriété exemplaire, avec une ligne épurée où chaque trait est à sa place, sans surcharge, comme une évidence. Un peu comme si la mer avait guidé le crayon d’Aj Dungo, d’une fluidité et d’une douceur infinie, même si l’on peut imaginer la tempête qui a précédé… Et quand arrivent les dernières pages, on se dit que l’auteur n’a pu concevoir cette œuvre tout seul, et que la personne qui l’a aidé vit forcément en lui… comme une évidence.
« In Waves » parvient ainsi à nous toucher au plus profond de nous-mêmes. L’histoire de Kristen, cette jeune fille profondément amoureuse de la vie, frappée injustement par une maladie qui « se jouait d’elle », nous brise le cœur à nous aussi. Elle constitue un exemple admirable de courage pour chacun et une leçon pour tous les bien-portants grognons centrés sur leur petite personne. Loin d’être une vague bluette, « In Waves » nous submerge telle une vague émotionnelle puissante, nous rendant à la fois plus humble et plus fort, plus proche de l’essentiel.
En voilà une bonne surprise ! Voilà longtemps qu’un album de fantasy ne m’avait pas autant enthousiasmé. Car ce premier tome scénarisé par Jean-Luc Istin et dessiné par Sébastien Grenier est plus que prometteur pour la suite de la série.
Tout d’abord, mention spéciale au dessin qui m’a fait penser à un doux mélange entre Civiello et Gimenez. Un coup de patte très réaliste mais aussi très pictural qui donne toute sa patine à l’album et colle parfaitement au récit proposé. Ajoutez des couleurs très contrastées marquant parfaitement les différentes ambiances des décors variés que nos protagonistes vont traverser et nous sommes bons pour en prendre plein les yeux ! Chaque casse fourmille de détails, que ce soit dans l’architecture, les paysages ou encore les costumes, nous immergeant rapidement dans cet univers particulier. On a envie de voir les originaux pour en apprécier vraiment le travail et les textures.
Car si ce premier tome n’est qu’introductif, nous en apprenons déjà beaucoup sur ce monde coupé en deux par cette faille gigantesque. Certains rêvent de réunifier les deux empires qui la bordent, mais leurs motivations divergent, même s’il est forcément question de pouvoir… Et c’est au milieu de cet écheveau que vont évoluer tant bien que mal nos deux personnages principaux. D’un côté Lorien, jeune orpheline devenue Templier (pourtant un ordre guerrier réservé aux hommes) et Pier de la Vita, le maître d’œuvre de la grande cathédrale censée permettre la réunification des deux royaumes. Bien évidemment, pour eux rien ne se passera comme prévu…
Un très bon début de série que les amateurs de fantasy ne pourront qu’apprécier !
*** Tomes 2 & 3 ***
Wow wow wow ! Et bien les aminches, ça décoiffe cette série ! Voilà de la Dark Fantasy comme je l'aime ! L'univers que nous propose notre brochette d'auteurs se lâche et nous sort le grand jeu !
On y retrouve tout le côté classique de la fantasy et de ses personnages fétiches (mages, elfes, nains, assassins & co ) et tout un panel de créatures fantastiques qui viennent élargir le spectre "vivant" de ce belles contrées. Tout ce beau petit monde évolue au gré d'une intrigue finement ficelée et pleine de rebondissements où l'on en apprend toujours un peu plus, même si c'est au compte goutte, sur le parcours de nos personnages principaux.
Et quand tout cela nous est servi par le dessin remarquable de Sébastien Grenier, on ne peut qu'applaudir ! Ces planches mes amis ! Je serai très curieux d'avoir la chance de voir les originaux ! Car certaines double pages sont juste majestueuses ! Que ce soit les paysages, l'architecture démesurée de certaines villes ou bâtisses, ou encore certaines scènes de batailles, on en prend plein les yeux !
Alors vite, la suite ! Car le problème de ce genre de pépite, c'est que quand on est plongé dedans, le sevrage est difficile !!!
Voilà une série annoncée en deux tomes qui commence plutôt bien !
C'est avec plaisir que je retrouve le travail de Lionel Richerand que j'avais apprécié avec l'album jeunesse Les Nouveaux pirates et un autre album sorti dans la même collection Dans la forêt. Il s'adjoint cette fois-ci au scénariste Bertrand Santini pour nous concocter cet album aux relents romantiques de la fin XIXe.
Vieilles bâtisses anglaises, écrivain maudit, créatures fantastiques et pacte avec un être surnaturel, tous les ingrédients sont là pour nous plonger dans une atmosphère parfaite pour cette collection !
Après le décès de sa mère, le jeune écrivain Lewis Pharamond qui peine à se remettre, hérite de la vieille maison de famille où il a passé son enfance. Il décide malgré l'hiver de s'y rendre pour trouver l'inspiration qui lui fait défaut pour y écrire son premier roman. Mais l'inspiration n'est pas quelque chose qui se commande, et c'est finalement après qu'il fasse la rencontre de Sarah, le fantôme d'une belle femme pour que tout change...
Le dessin de Lionel Richerand trouve avec cette histoire toute la matière nécessaire pour donner libre cours à son talent graphique tourné vers le fantastique. Car c'est quand le fantastique s'invite dans ses cases que son savoir faire fait des merveilles et donne une toute autre dimension à cet album ! On retrouve les influences de Burton et Myazaki qui effleuraient déjà dans Dans la forêt, mais avec une toute autre dimension au travers de scénario imaginé par Bertrand Santini.
Voilà donc un premier tome très réussi, qui prend le temps de s’installer tranquillement pour basculer juste comme il faut en fin d'album pour nous donner envie de découvrir la suite de cette série qui se conclura dans le second tome. A suivre donc !
*** Tome 2 ***
Ahhhh !!! Enfin la suite et fin !!!
Et quel régal ! Moi qui avais déjà trouvé beaucoup de charme au premier tome de cette courte série, je sors ravi de ce second !
D'emblée le caractère quasi expressionniste des personnages du "grand Londres" de la fin XIXe m'a scotché ; j'avais l'impression de retrouver du James Ensor version BD. Toute cette hypocrisie de "la haute" couchée sur le papier est juste magnifique, on s'y croirait ! Le dessin de Lionel Richerand fourmille d'expressivité dans ses moindre détails composant sur le caneva proposé par son comparse Bertrand Santini une fresque romantique, au sens premier du terme. Ajoutez à cela du fantastique et un soupçon d'enquête et vous obtenez cette petite merveille toujours aussi bien servi par la collection Métamorphose de chez Soleil pour qui l'objet livre est tout un art.
Bref, je me suis régalé, tant grâce à l'histoire que par ce graphisme original et talentueux qui donne toute sa force et sa cohésion au récit !
A lire !
(je passe ma note à 4)
Bon, je ne crois pas être très impartial. Grand fan de la première heure de l'extraordinaire série Kaamelott, j'aime profondément l'univers créé par Alexandre Astier et tout ce qui me permet d'en découvrir plus est du pain béni pour moi. Véritable successeur d'Audiard, animé par une passion dévorante, Astier a su faire vivre avec un génie sans pareil son univers médiéval délirant, mais toujours respectueux de son sujet. Si la série connaît des hauts et des bas (mais surtout des hauts), elle nous offre tant de morceaux de bravoure qu'il est difficile d'y être totalement hermétique, à moins d'un bon paquet de mauvaise foi. En général, cela marche par personnages : on aime bien les uns, et on a plus de mal voire on déteste les autres. Heureusement, Kaamelott comporte suffisamment d'épisodes pour qu'on puisse se permettre de faire la fine bouche et de choisir les épisodes qui nous plaisent vraiment.
Voir Astier changer de support pouvait faire peur : maîtriserait-il autant le format papier que le format télévisé ? Pas sûr. Si les deux types de supports sont très proches, il n'est pour autant pas forcément évident de passer de l'un à l'autre, et sans doute encore moins dans le sens d'Astier que dans l'autre sens.
Ainsi donc, voilà nos héros préférés de la télévision qui débarquent sur le papier pour de nouvelles aventures totalement inédites ! Et je dois dire qu'en ce qui me concerne, j'adhère complètement.
Le principal problème de cette bande dessinée, c'est sans doute qu'elle s'adresse exclusivement aux fans de la série, et encore, pas forcément tous. J'imagine difficilement comment on peut s'immiscer dans cet univers en commençant par les BD, sans avoir rien vu de la série télé. Tout en est tellement dépendant...
Ainsi, pour ceux qui ont vu et aimé la série, il y aura largement de quoi se faire plaisir avec cette transposition en bandes dessinées. En effet, les caractères des personnages sont totalement respectés, les dialogues extrêmement fidèles à l'esprit de la saga, les histoires plutôt inventives tout en restant bien dans le cadre "fantasy médiévale humoristique". Astier n'a rien perdu de son talent, et il s'amuse comme un petit fou à mettre de nouvelles répliques loufoques dans la bouche de ses personnages. Si on est un tant soit peu familier de la série, il devient presque impossible de ne pas entendre dans sa tête les voix des acteurs à un moment ou à un autre, preuve que le passage d'un média à l'autre est réussi. Et personnellement, c'est avec une joie sincère et non dissimulée que j'ai retrouvé les idioties de Perceval, les colères de Léodagan ou les actions héroïques et orgueilleuses de Lancelot. Tout est là !
Au niveau du dessin, le bilan est légèrement mitigé : je dois reconnaître que le style réaliste adopté par Steven Dupré ne fonctionne pas totalement : une caricature plus poussée aurait sans doute été préférable. Cela dit, il a un trait magnifique, mais qui nous pousse nécessairement à comparer les personnages dessinés aux personnages de la saga télévisée (Perceval, Léodagan sont très réussis, mais les pauvres Lancelot ou Bohort sont assez maltraités). Un trait plus porté sur la caricature aurait évité cette comparaison. Mais indépendamment de ça, outre le fait qu'on s'habitue facilement aux traits de nos personnages, le dessin de Dupré reste très élégant et dégage vraiment quelque chose.
En plus de cela, on pourra apprécier le fait qu'Astier profite d'avoir plus de libertés pour créer un vrai univers fantastique autour de Kaamelott, notamment au travers d'un bestiaire magique plutôt réussi, sans jamais perdre l'humour fin et mordant qui est la caractéristique d'Astier. Ainsi, le tome 1 nous propose sans nul doute la meilleure alchimie entre fantasy et humour, avec ses zombies détraqués et son Nécromancien débordé, scène culte s'il en est, mille fois digne des saillies comiques de la série télévisée. Mais tous les tomes, qui réussissent à tous se renouveler merveilleusement bien par rapport aux précédents, apportent quelque chose de plus et d'original. Plus amples et plus épiques, les aventures ne perdent donc rien à ce qui faisait le sel de leur version télévisée, en gardant une unité de ton remarquable avec son modèle.
Mais je pense qu'il faut toutefois lire cette saga à la condition d'être vraiment familier avec la série, et d'apprécier le ton de cette dernière. Sinon, à mon avis, ce n'est même pas la peine de tenter le coup...
L'année 2019 s'est conclue, pour moi, par l'un des plus importants achats que j'avais en tête : l'intégrale des albums deValérian (en occasion, parce que faut pas déconner vu le prix), et la lecture de cette BD rangée à chaque fois dans les immanquables des collections de Science-fiction a constitué un bon point d'orgue à toute les découvertes BD de cette année maintenant révolue.
Quand j'entends parler deValérian et Laureline, c'est toujours pour mentionner l'importance de cette série dans le paysage de la bande-dessinée, et souligner à quel point elle influença la science-fiction dans le monde entier (sans exagérer du tout, en plus). Autant dire que j'en avais quelques attentes pour le coup, surtout que les seuls échos que j'en avais eus étaient la lecture de deux albums au lycée (dans ces fameux CDI qui jugent malin de prendre un album au début, un à la fin et de ne jamais compléter ces séries, mais passons). Je suis donc venue à cette série avec un œil presque neuf et une attente à un certain niveau tout de même. Et la lecture fut ... dépaysante, rafraîchissante, enrichissante et merveilleuse. Surtout merveilleuse.
Je comprends maintenant pourquoi tant de gens s'extasient sur cette série, qui est effectivement une perle, un immanquable et une série fondatrice de bien des choses, probablement l'une des plus inspirantes pour la science-fiction actuelle (et on ne reparlera pas des repompages sans vergogne qu'on peut repérer avec le temps). J'ai eu l'énorme chance d'avoir la collection récente, dans laquelle Christin et Mézières reviennent sur tous leurs albums avec des commentaires en fin d'album, ainsi que des petites précisions ou des remarques sur ce qu'ils ont fait. Et l'ensemble donne encore une autre dimension à cette série qui est définitivement culte. Essayer d'en parler sans en faire des caisses sera difficile, et je m'en excuse donc d'avance auprès des malheureux qui essayent encore de lire mes avis à rallonge.
Le premier point sur lequel je veux immédiatement donner mon avis, avant que les personnes ne soient saoulées des pavés de texte, est le commentaire que j'ai souvent lu : les premiers albums sont mieux que les suivants (avec un tournant marqué pour certains aux alentours de l'album 12). Je m'inscris personnellement en faux contre cet avis, ayant tout autant apprécié les albums d'après. Le fait que j'ai pu lire toute la série en un bloc sans avoir d'attente ou d'imaginaire de cet univers à sans doute influé, j'en suis conscient. Mais je reconnais que la série change de ton à partir du diptyque 11-12, passant à un ton plus sombre et plus sérieux dans le fond. Mais c'est ce que j'apprécie dans la série des Valérian et Laureline : elle représente d'une très belle façon l'évolution de la mentalité de son époque, entre les premiers albums des années 70 aux derniers des années 2000, les albums reflètent l'état d'esprit de leur époque, tout autant que le point de vue de leurs auteurs sur le monde. Et j'ai adoré la façon dont ils assument les changements de ton, de registre voire même l'introduction de problématiques totalement dans l'air du temps au sein de leurs albums.
Et je peux commencer à aborder la longue liste de ce qui m'a plu dans le récit. Pour commencer, le fait que les scénarios de Christin développent à chaque fois un autre thème, toujours dans l'actualité du moment (crise pétrolière, reprise des guerres, ambition politique, conflit culturels, exploitations des individus, marché des ressources rares ...) mais avec un ton assez mature et complet, ne versant pas dans le manichéisme primaire pas plus que dans le traité politique. On navigue avec nos personnages dans des réalités parfois complexes à aborder mais toujours vues d'un point de vue humain. Et c'est agréable de voir des auteurs autant parler de politique (et caricaturer les propos politiques avec une certaine justesse d'ailleurs) mais sans jamais verser dans le discours idéologique et rester dans une volonté narrative pure. Christin ne se prive pas de caricaturer les idéaux de la guerre froide, les pensées émergentes dans les années 90 ou les courants économiques se développant, mais sans jamais prendre parti pour un camp. Et c'est appréciable, car à l'image de ce que Peyo faisait dans certains albums des Schtroumpfs, on se contente de regarder d'un œil extérieur les milles et une façons dont le monde peut mal se dérouler, sans pour autant devenir moralisateur ou prétendre apporter une vérité universelle. Quand on parle de politique de cette façon, j'aime beaucoup !
Puisqu'on est sur les scénarios, je suis aussi ravi de la façon dont l'auteur mène ceux-ci d'une façon toujours classique, presque convenue, mais avec des surprises, des moments de tensions, du drame et également des moments de beauté, de l'amour et du sentiment. Bien sûr, le couple Laureline/Valérian est au centre de tout ceci, mais les personnages annexes ne sont pas en reste, et je trouve que Christin réussit plus d'une fois à rendre des émotions palpable au fur et à mesure des albums.
Et puisqu'il faut bien en parler ... Les personnages. Valérian et Laureline, ce sont deux protagonistes que je range maintenant dans mon panthéon personnel de personnages de BD (oui, j'ai un panthéon personnel de personnage de BD), tant l'auteur à su les rendre attachants, humains et tangibles. Ce sont deux personnages amoureux, aventureux et droits, toujours au cœur de l'action mais sachant être également avoir de vrais personnalités. Bien sûr, je ne peux pas être insensible à Laureline, véritable héroïne de la BD (prenant souvent le pas sur Valérian d'ailleurs, ce que les auteurs reconnaissent), rejoignant ces fameuses héroïnes de SF qui peuplent l'imaginaire des nouvelles générations. Laureline c'est la femme qui s'assume, qui agit et dotée d'un sale caractère mais d'une frimousse adorable. Elle est le moteur de la plupart des histoires, mais présente bien des facettes tout au long des albums. Je crois que si elle marque autant les esprits après lecture, c'est que les auteurs ont réellement réussi leur travail de rendre les personnages réels et attachants.
Mais sans dire plus que nécessaire sur ce personnage déjà bien étudié, je dois aussi dire queValérian est un protagoniste que j'apprécie beaucoup dans sa construction. Et le genre de personnage masculin qui fait plaisir à lire à l'heure des remises en causes des clichés de genre. Valérian, c'est un homme d'action, l'agent spatio-temporel beau gosse qui aime l'action et avoue ne pas savoir faire autre chose. Et ce personnage est attachant par bien des côtés : l'épisode dépressif où il se retrouve à trahir son couple, mais aussi les moments après l'épisode 12 où Valérian se retrouve sans but dans sa vie sont magnifiques. Aujourd'hui commencent à sortir les concepts de masculinité toxique et de héros trop virils que l'on sert aux petits garçons. Et Valérian est le genre qui va à l'encontre de tout ces clichés virilistes : faillible et parfois à la ramasse, sans but dès lors qu'il ne peut plus être l'agent qu'il était, parfois réduit à faire des actions moralement discutable par sens du devoir, il met également à mal le cliché de l'homme support du couple (en même temps avec Laureline il a de quoi rivaliser). A cet égard, l'album "Les armes vivantes" m'a enchanté par le fait queValérian se croit obligé d'être celui qui gagne de l'argent et leur permet de survivre, allant jusqu'à faire de la contrebande -contre ses principes- au lieu d'avouer son impuissance et de dialoguer. Le personnage est d'une justesse touchante plus d'une fois, surtout lorsqu'on aime les héros qui sortent des sentiers battus. Et là où l'auteur fait fort, c'est que cette image est toujours associé au héros bourrin, sautant dans le tas et agissant parce qu'il est trop fort dans l'action. Ça c'est ce que j'appelle de la caractérisation de personnage !
Je parle de Christin et de son magnifique travail depuis tout à l'heure, mais si je commence à parler de Mézières, j'en aurais pour encore plus long. Comment, comment résumer l'immense travail du dessinateur deValérian à quelques mots ! Comment parler de ces paysages, ces personnages, ces visuels, ces vaisseaux, ces décors sans aller chercher les adjectifs les plus élogieux dans un dictionnaire des synonymes ? Je ne peux vraiment pas dire à quel point, alors que j'ai découvert cette BD en 2019 à l'âge de 27 ans, j'ai été émerveillé de l'inventivité de ce dessinateur. La multiplicité des personnages extra-terrestre à de quoi faire rougir n'importe quel Star Wars, les décors sont d'une richesse et d'une variété qui étonne à chaque volume, et je ne parle pas de tout ce qui fait 'Science-fiction', tel les vaisseaux, les structures, les armes ... Et bien sûr, les caricatures ! Je suis encore à rire de la façon dont il a représenté les protagonistes de l'album "Les héros de l'équinoxe" qui est d'une inventivité magistrale alors qu'on reconnait sans peine les caricatures que l'auteur voulait. Bien sûr, lorsque l'on pense aux visuels, on peut noter que bon nombre de leurs idées furent reprises dans des films (hein, Georges Lucas ?) et que c'est encore une source d'inspirations d’œuvres qui sortent récemment (sans aller à crier au plagiat, je suis pratiquement certain que Cameron à lu la BD avant de faire son Avatar. Pratiquement !). Mézières a réussi à faire, de plus, une œuvre cohérente avec des albums étalés sur près de quarante ans, foisonnant de détails et d'idées géniales. D'un album à l'autre, l'on reconnait les personnages, les extra-terrestres, les lieux ou les décors. Si vraiment il fallait le dire, Mézières est un auteur au talent certain.
Tout ceci étant dit, je n'ai pas souligné un point négatif à mes yeux, mais que je comprends et qui ne rentre pas en ligne de compte pour moi : les derniers albums sont un gros cran en-dessous du reste. L'Ordre des pierres et L'Ouvretemps sont bien dispensables, avec un scénario qui s'éloigne de ce qui avait été fait et une conclusion facile et loin de la finesse à laquelle les auteurs nous avaient habitués. Mais alors pourquoi dis-je que ce défaut est négligeable ? C'est tout simplement parce que je comprends la volonté des auteurs avec ces deux albums : clôturer de manière définitive la série, en empêchant toute récupération future des personnages ou de l'univers, refaire un tour d'horizon des personnages et lieux marquants de la série, mais aussi apporter un final à cette série. Et c'est un point que je comprends, surtout pour une série aussi étalé dans le temps : les auteurs ont tenus à finir leur série, la conclure réellement, sans possibilité de retour en arrière. Ce n'est pas la meilleure fin, mais je comprends que les auteurs en avaient envie. Le tome 21 fermé, il n'est plus possible de revenir en arrière, la saga deValérian et Laureline est maintenant finie. Qu'on soit d'accord ou pas avec, on ne peut le nier.
J'en suis à bien trop de lignes, et je n'ai pas dit la moitié de ce que j'aurais à dire sur cette BD. De la découvrir si tard, de pouvoir apprécier tout les messages sous-entendus ou explicites de l’ouvre, de découvrir les précisions que les auteurs ont ajoutés aux albums m'a permis de pleinement apprécier cette saga qui est un monstre sacré de la Bande-dessinée. En la lisant, je me suis rendu compte à quel point ce fut marquant dans le paysage de la SF, rien que par le nombre d'emprunt que d'autres œuvres ont fait à Valérian et Laureline. Avec moins de trente albums étalés sur plus de quarante ans, le duo d'auteurs aura définitivement marqué le monde de la SF, et m'aura fait rêver encore aujourd'hui. Et la quantité de personnes avec qui j'en parle me confirme que cette BD n'est pas à ranger dans la série des "BD a papa", mais bel et bien dans le très fermé cercle des "BD intemporelles". Mon avis a été bien trop long pour simplement dire que cette BD est à mon humble avis un immanquable, mais lorsque c'est à ce point, je dois laisser aller ma logorrhée et tout balancer. Parce que c'est le genre de BD que j'estime plus qu'importante : indispensable.
J'avais de grandes attentes concernant cette BD, déjà avec le nom de l'auteur sur la couverture, vu la qualité des avis sur elle et surtout au vu du prix par rapport à l'objet (beaucoup l'ont souligné, et effectivement il semble un peu excessif même si c'est un bel objet). J'ai donc tenté de retarder un peu ma lecture, et pourtant lorsque je me suis plongé dedans, j'en suis ressorti émerveillé.
Les Indes fourbes, c'est du pur roman picaresque en Bande-dessinée. Peu importe que l'on trouve cela peu crédible au final, c'est tout l'intérêt de cette BD : une histoire qui dépasse l'entendement et qui offre des séquences faisant rêver plutôt que d'être réalistes. Si on y adhère, l'aventure nous attend à bras ouverts. C'est mené avec brio tout du long, entre les différents chapitres (dont chacun apportera son lot de surprises) et le ton oscillant toujours entre l'humour et le sérieux. C'est une peinture (certes déformée) de cette époque pas si glorieuse que ça des Amériques. Avis aux amateurs de la phrase "c'était mieux avant", allez découvrir la vie qui était celle de ces pionniers faisant rêver aujourd'hui. Le racisme, la pauvreté, le génocide amérindien, la division en classes sociales si marquées, la destruction de cultures américaines ... On découvre une série d'horreurs en même temps que l'on rit de ce personnage principal si avide de richesse mais cherchant avant tout à sauver sa peau. Le mélange est suffisamment bien dosé pour que l'on ne sente pas le poids de tout ceci mais qu'il joue sur le récit pour donner un cadre à la fois réaliste (une bonne piqure de rappel dans un roman au tel ton) et de l'enjeu aux actions. Le personnage principal gagne en épaisseur alors que l'on découvre sa vie et les raisons de son comportement. Cela ne le rend jamais moral pour autant, pour notre plus grand bonheur.
Et justement, l'humour est le centre de toute cette histoire : on rit de ce personnage, ses exactions mais également sa façon de louvoyer dans un monde impitoyable, pour toujours s'en sortir par une pirouette, un pied-de-nez et un coup dans le dos. Lâche, menteur, voleur, manipulateur, il accumule les défauts et semble pourtant sympathique d'un bout à l'autre. Alors même qu'il est odieux dès lors que l'on fait le compte de ses exactions. Mais quel plaisir jouissif de le voir nous raconter ses histoires à sa façon, sans trop d'artifices et porteur de sens sur la condition du monde.
J'en parle depuis le début, mais je trouve que justement l'auteur a réussi l'exploit de faire à la fois une BD d'humour, une aventure rocambolesque, un récit construit en plusieurs facettes et également une critique de l'ordre social de ces époques qui transpire dans la plupart des scènes. Tout y passe, de la noblesse au bas-peuple en passant par le clergé, tout le monde en prend pour son grade. Et c'est justement cette représentation assez acide du monde qui donne tout son sel à ce personnage fourbe : il ne l'est jamais plus que le monde dans lequel il vit. Ayroles n'a pas son pareil pour faire une BD qui brasse un mélange des genres mais tenir aussi un propos cohérent et peut-être terriblement en phase avec l'actualité.
Je m'extasie beaucoup sur le texte, mais j'ai trouvé que le dessin n'est largement pas en reste, avec ces décors magnifiques (la taille de la BD permet de ressentir tous les décors que l'auteur s'est fait suer à faire), ces personnages hauts en couleurs et ces cases parfois composées d'une façon surprenante (plusieurs cases m'ont impressionné par leurs compositions). Les planches sont réellement agréables à lire, et j'ai encore plusieurs visuels en tête après la lecture qui remonte à une semaine. Un excellent signe ! Et j'ajouterais que l'auteur réussit à faire passer beaucoup de choses (notamment niveau sentiment) via son dessin et ses cases. C'est un très bon support à ce genre de récit.
Si vous en doutiez encore, j'ai adoré ma lecture, mais je n'ai pas poussé jusqu'au culte parce qu'il manquerait un petit rien, un tout petit plus pour que ce récit atteigne vraiment les sommets de la BD. En attendant, je le considère réellement comme un immanquable du genre. Ayroles me régale décidément à chaque BD que je lis, et j'ai hâte de découvrir la suite de ses créations. Si vous êtes encore passé à côté de cette BD encensée depuis le début d'année, je vous enjoins à vous précipiter pour la lire, elle en vaut réellement la peine.
A l’évidence, Jim Woodring est un auteur à part, singulier, intrigant. A ma connaissance, « Frank » est son unique création personnelle, la seule œuvre dans laquelle son imagination débridée a pu s’épanouir sans souffrir un quelconque frein. Car Woodring déborde d’imagination !
Avant la BD, il a quelque peu tâté de l’animation. Et cela se sent un peu, car son personnage, sorte de chat maigrichon, possède un look très cartoonesque, que l’on pourrait croire tout droit sorti d’un vieux Disney. Son aspect le rapproche de certaines créatures frénétiques et déjantées de Mattioli dans Awop Bop Aloobop Alop Bam Boom ou Squeak the mouse. Mais là s’arrête la comparaison, car Woodring ne donne pas dans la caricature, le trash, fut-il plus ou moins soft comme certaines œuvres de Winshluss.
Non, Woodring développe dans ces albums un univers très poétique, qui fait la part belle au rêve (et l’absence de dialogues, de texte, laisse d’autant plus l’imagination au pouvoir !), aux images surprenantes, dans une approche qui doit beaucoup au surréalisme (a-t-il eu connaissance des revues surréalistes américaines autour de Franklin Rosemont – qui faisaient souvent la part belle aux cartoons ?). En effet, les histoires – sans queue ni tête, mais pas sans force ! –, se déroulent dans un lieu non identifié, sans ancrage chronologique (quelques objets contemporains apparaissant parfois brusquement [voiture, pistolet] au milieu d’autres, moyenâgeux ou « achroniques »). Objets et personnages ont d’ailleurs souvent des airs de créatures ou de créations échappées d’un esprit fiévreux, lâchant la bride à son imagination, tentant l’écriture automatique « pour voir » (comme cette sorte de « boîte aux lettres domestique » – ou meuble étrange ? – accompagnant Frank dans ses pérégrinations par exemple).
Au milieu de cet univers foutraque, loufoque, quelques personnages récurrents donnent quelques racines à la série. En effet, Frank côtoie régulièrement une sorte de diablotin filiforme, et surtout un « homme-porc », qui se révèle au fil des tomes, moins noir, méchant et loser que l’on pouvait l’imaginer après ses premières apparitions.
Six albums ont permis à Woodring de développer son univers, ses histoires hasardeuses, deux histoires regroupées dans un petit album de la collection Côtelette faisant des infidélités à la collection Ciboulette accueillant les 5 autres albums, parfait écrin pour ce petit bijou d’inventivité.
Mon seul bémol concerne l’arrivée aux côtés de Frank d’une dulcinée (moins joufflue que lui, mais avec de grandes oreilles) à partir de la fin de l’avant dernier album (« Frank et le congrès des bêtes ») et durant tout le dernier (« Fran »). Je ne sais pas si c’est l’arrivée de cette « Frankette » (concomitante à la disparition de l’homme-porc) qui en est responsable, mais j’ai trouvé que ce dernier album, qui voit Frank presque « rangé », était en deçà des précédents, moins lyrique et débridé (même si la poésie y avait tout de même posé ses valises).
Bref, ne boudons pas notre plaisir, cette série est vraiment à découvrir (je m’étonne qu’elle ait si peu de lecteur – tout du moins d’avis). Elle plaira à tous les lecteurs curieux, les amateurs de récits poétiques, à ceux qui acceptent de se laisser porter par une narration cumulant les « images », sans s’accrocher à une raison souvent castratrice. C’est en tout cas un gros coup de cœur en ce qui me concerne, et je vous encourage à jeter plus qu’un coup d’œil à cet univers très personnel et original.
Face à l'ampleur du monument, je n'ai pas pu me résoudre à rédiger un avis traditionnel, qui n'aurait répété que de manière maladroite ce qui a déjà été dit avant. Avec le texte un peu particulier ci-dessous, j'ai voulu rendre hommage à ma manière aux immenses artistes qui sont derrière ce chef-d'oeuvre, de façon un peu différente de d'habitude. J'espère que ça vous plaira quand même... :)
J’ai vu…
J’ai vu des faucons tomber des nuées célestes.
J’ai vu des étoiles se décrocher de la voûte infinie qui les portait.
J’ai vu la gloire fanée d’hommes qui se croyaient immarcescibles.
J’ai vu la gloire immarcescible d’hommes qui se savaient fanés.
J’ai vu des hommes sans lois, des hommes sans Dieu, des hommes vides. Un monde vide. Rempli d’atomes, mais vide. Rempli de feu, de haine, de désespérance.
Rempli de néant.
Et au milieu du chaos, j’ai vu des hommes se lever. Des hommes, des femmes, qui croyaient. Ils croyaient en la justice. Ils croyaient en l’humanité. Ils voulaient la défendre. Ils voulaient la garder.
J’ai vu les Gardiens.
J’ai vu le Comédien. Violent, cynique, inhumain. Mais rattrapé par son humanité. « Je préfère avoir des remords que des regrets » disait Lord Henry dans Le Portrait de Dorian Gray. Pour le Comédien, c’est faux. Les remords le rongent, le dévorent de l’intérieur. Les remords vont l’assassiner. Les remords étouffent sa dernière lueur de rédemption.
J’ai vu le tout-puissant Docteur Manhattan. Plus qu’un homme, moins qu’un dieu. Un titan capable de transformer le monde. Un surhomme capable de lire le temps. Un homme incapable de le modifier… La logique pure. Un petit conglomérat d’atomes errant dans un vaste conglomérat d’atomes. Plus d’émotions, plus d’humanité. Existe-t-il encore une âme au fond de ce puits de connaissance infini dénué de sentiments ?
J’ai vu la douce Laurie au nom imprononçable, et sa mère, l’irrésistible Sally. Deux îlots de douceur dans ce monde de brutes. Deux femmes, si faibles et si fortes. L’intégrité au milieu de la corruption. Les colombes au milieu des crapauds. Et la bave leur coule dessus sans jamais les atteindre… Elles doutent, mais elles savent. Elles savent qui elles sont. Elles savent qui sont les Minutemen, qui sont les Watchmen. Imparfaits, mais nécessaires. Et elles se battent.
J’ai vu le Hibou. Deux hommes, une seule identité. Le combattant, le combattif Hollis Mason. Piètre enquêteur, héros courageux, sincère et loyal. Et son successeur, l’inventif Dan Dreiberg. Fin, cultivé, et fragile. Porté par l’amour de Laurie, tiraillé par la menace du Docteur, cherchant sa place dans un monde auquel il n’appartient plus, dans un monde qui ne veut plus de lui. Fidèle à ses amitiés d’antan.
J’ai vu Rorschach. J’ai vu Walter Joseph Kovacs. Un homme, deux identités. Laconique. Enquêteur doué. Homme brisé. Ne dit que le nécessaire. N’hésite pas à torturer. La recherche de justice permet tout. Il ira jusqu’au bout. Pour elle. Un monde sans justice n’est plus un monde. C’est un bourbier. Où se débattent des crapauds pustuleux. Tant que le crime existe, Rorschach sera là. Pas de compromission avec le mal. Le dernier crime sur Terre sera son assassinat. Et pourtant, sa voix s’apprête à résonner d’outre-tombe. Il était la vérité masquée. Mais personne ne masque la vérité indéfiniment.
J’ai vu le grand, le somptueux, le magnifique Ozymandias. L’homme le plus intelligent du monde. Mais cette intelligence servira-t-elle à sauver l’humanité ? Oui. Non. Peut-être… Qui peut le dire ? C’est la question terrible qu’il nous pose, qui nous pèse sur les épaules après le grand final. Dilemme cornélien, hésitation tragique, eschylienne. Il connaît ses classiques. Moore aussi. Nous aussi.
J’ai vu ces héraults de la Justice. J’ai vu ces héros désabusés. Comment faire régner la Justice dans un monde qui n’en veut plus ?
J’ai lu une immense œuvre littéraire, d’une puissance inégalée, car inégalable.
J’ai vu des dessins d’une qualité graphique phénoménale.
J’ai vu un grand auteur à l’œuvre. Ses mots se croisaient, s’entremêlaient, formaient des lignes mouvantes, qui dessinaient en une danse intense et formidable le portrait d’un auteur exceptionnel, d’un artiste. Homme haïssable (selon moi), conteur admirable, Alan Moore a atteint un rare niveau de perfection. Il sait donner à chaque mot sa puissance, il sait narrer chaque péripétie avec un art consommé.
J’ai vu les traits d’un artiste génial surgir du trait d’un simple crayon. L’immense Dave Gibbons, qui, en disparaissant totalement derrière ses personnages, se montre lui-même. Oui, le but de l’art est de cacher l’artiste. Mais pour qui sait regarder, il est impossible de ne pas voir. De ne pas voir l’homme qui, inlassablement, a dessiné avec une précision inconcevable ces centaines de planches qui nous émerveillent…
J’ai vu… Et j’ai été vaincu.
J’ai été vaincu par le génie sans failles de Moore et de Gibbons. Ce génie de la mise en scène et de la narration. Comment ne pas se laisser vaincre par la magnificence de ces cases, de ces cadrages millimétrés, de ces pages réfléchies qui, toutes, ont quelque chose à nous dire ? Comment ne pas être ébloui par un tel sommet d’intelligence et de créativité ?
J’ai vu tant de choses que nous, humains, ne pourrions imaginer… Toutes ces choses que Moore et Gibbons ont imaginé pour nous, et nous ont donné à voir. J’ai vu la condition humaine, dans toute son horreur. J’ai vu le feu et le sang. J’ai vu l’Homme. L’Homme sans Dieu. L’Homme-Dieu. L’Homme-Diable… Non, il n’est rien en l’Homme qui soit grand par lui-même. La grandeur humaine mène au néant. S’il n’a foi qu’en lui, l’Homme n’est qu’un puissant destructeur. Grande et terrible leçon que deux artistes hors du commun ont mis en images pour nous.
J’ai vu la loi à l’œuvre. Loi des hommes, pour les hommes, par les hommes. L’arbitraire sculpté dans le marbre. L’injustice érigée en justice. Mais là-bas, loin, « deux immenses jambes de pierre dépourvues de buste se dressent dans le désert. Près d’elles, sur le sable, gît un visage brisé. […] A côté, rien ne demeure. Autour des ruines de cette colossale épave, infinis et nus, les sables monotones et solitaires s’étendent au loin. » Ainsi de la loi des hommes. Tout est périssable, sur cette pauvre Terre. Rien n’est éternel. Rien de terrestre. Rien d’humain.
J’ai vu.
J’ai vu les Gardiens à l’œuvre. J’ai vu le chaos à l’œuvre.
J’ai vu des fourmis bâtir des cathédrales. J’ai vu des éléphants les écraser.
J’ai vu des Gardiens lutter contre le chaos. J’ai vu des Gardiens lutter pour le chaos.
Qui garde les Gardiens ? Qui les garde d’eux-mêmes ?
Oui, désormais, qui garde les Gardiens ?
Qui les garde en vie ? Pour maintenant, et pour toujours ?
Qui, si ce n’est nous ?
Amateurs de cinéma ou de bande de potes... Accrochez-vous!! Avec ou sans moustache est formidablement drôle, beau et émouvant !! Oui premier coup de coeur de 2020 qui semble vraiment être l'année de la BD si ça continue sur cette voie !
On a l'impression de regarder un film français de la "grande époque", les scènes sont très soignées et on a tellement envie de faire partie de cette bande de copains si attachante. Les dialogues sont percutants, les couleurs enveloppent le tout de façon soignée, un vrai régal. Croisons les doigts pour qu'un duo Courty/Efix se reforme pour d'autres récits...
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Une nuit avec Lovecraft
Je n’ai jamais lu d’histoires de Lovecraft, mais j’avais déjà beaucoup aimé Markheim de Rodolphe et Marcelé (toujours chez Mosquito)… je me suis donc intéressé à cette nouvelle collaboration datant de 2018… et nouveau coup de cœur ! Mary et ses amis jouent à un jeu virtuel où l’on choisit une époque que l’on souhaiterait visiter… étudiante en littérature et grosse passionnée de H.P. Lovecraft, elle choisit la ville de Providence dans les années 30, en espérant y rencontrer son idole… Souhait réalisé, puisque elle s’y retrouve transportée (rêve ? voyage dans le temps ? peu importe finalement) et finit par se promener de nuit avec lui… ils parleront de la vie de Lovecraft, de son travail, de sa famille etc. Se faisant, ils visitent divers lieux lugubres et mystérieux, mais aussi certaines nouvelles de l’auteur, dont des extraits viennent s’intercaler dans le récit. Le dessin sombre et charbonneux de Philippe Marcelé est superbe, et participe grandement à l’ambiance mystérieuse et terrifiante de cette promenade nocturne… je trouve les illustrations des extraits de nouvelles de Lovecraft particulièrement réussies. J’ai englouti d’une traite les 80 pages de cet album, qui m’a donné envie de découvrir l’œuvre de H.P. Lovecraft… un coup de cœur !
In Waves
Si le surf lui sert de fil rouge, « In Waves » est d’abord le livre d’un deuil. Comme le précise l’auteur en postface, ll n’est pas « expert en matière de surf », se définissant plutôt comme « amateur enthousiaste, que les grandes figures du surf inspirent ». Et d’évoquer cette obsession en commun « de chevaucher les vagues, ce profond respect pour l’océan, et le cœur brisé. » Un cœur brisé par la mort de sa petite amie. Il n’est donc nullement nécessaire de s’intéresser au surf pour apprécier ce très beau roman (autobio-)graphique, qui du coup nous fait voir cette discipline sous un jour nouveau, loin des clichés faciles sur les beaux gosses un peu benêts passant leur journée à se faire admirer par des meutes de filles éperdues. Nous sommes ici dans un registre très différent, beaucoup plus grave, plus mélancolique aussi. Aj Dungo évoque ici la maladie de sa petite amie Kristen, disparue bien trop tôt après des années de lutte pour rester en vie. Quel rapport entre le surf et la maladie me direz-vous ? On le comprend dès le début du livre, où tous les amis de Kristen se sont réunis sur la côte à l’occasion de son anniversaire pour la voir surfer, alors que celle-ci apparaît déjà passablement affaiblie. L’auteur, qui ne l’avait jamais vue sur une planche, connaissait sa passion pour ce sport qu’elle ne pratiquait presque plus depuis que son cancer avait été diagnostiqué. Aj Dungo va ainsi utiliser la passion de la jeune fille pour construire un récit alternant l’histoire du surf et la descente aux enfers de Kristen. Et contre toute attente, ce parti pris fonctionne formidablement bien, avec un code couleur bichromique pour chaque versant du récit, vert pour raconter l’intimiste, sepia pour évoquer le sport et ses figures. Et les deux narrations, en s’entrecoupant de la sorte, finissent par produire une alchimie inattendue, un rythme harmonieux, régulier et apaisant comme peuvent l’être le bruit des vagues… ce qui contribue sans nul doute à alléger un récit au thème pas forcément très joyeux. L’auteur nous épargne tout pathos inutile, se contentant de nous livrer sa propre expérience, celle d’un amour pur, avec pudeur et sensibilité. Très graphique, le dessin est d’une sobriété exemplaire, avec une ligne épurée où chaque trait est à sa place, sans surcharge, comme une évidence. Un peu comme si la mer avait guidé le crayon d’Aj Dungo, d’une fluidité et d’une douceur infinie, même si l’on peut imaginer la tempête qui a précédé… Et quand arrivent les dernières pages, on se dit que l’auteur n’a pu concevoir cette œuvre tout seul, et que la personne qui l’a aidé vit forcément en lui… comme une évidence. « In Waves » parvient ainsi à nous toucher au plus profond de nous-mêmes. L’histoire de Kristen, cette jeune fille profondément amoureuse de la vie, frappée injustement par une maladie qui « se jouait d’elle », nous brise le cœur à nous aussi. Elle constitue un exemple admirable de courage pour chacun et une leçon pour tous les bien-portants grognons centrés sur leur petite personne. Loin d’être une vague bluette, « In Waves » nous submerge telle une vague émotionnelle puissante, nous rendant à la fois plus humble et plus fort, plus proche de l’essentiel.
La Cathédrale des Abymes
En voilà une bonne surprise ! Voilà longtemps qu’un album de fantasy ne m’avait pas autant enthousiasmé. Car ce premier tome scénarisé par Jean-Luc Istin et dessiné par Sébastien Grenier est plus que prometteur pour la suite de la série. Tout d’abord, mention spéciale au dessin qui m’a fait penser à un doux mélange entre Civiello et Gimenez. Un coup de patte très réaliste mais aussi très pictural qui donne toute sa patine à l’album et colle parfaitement au récit proposé. Ajoutez des couleurs très contrastées marquant parfaitement les différentes ambiances des décors variés que nos protagonistes vont traverser et nous sommes bons pour en prendre plein les yeux ! Chaque casse fourmille de détails, que ce soit dans l’architecture, les paysages ou encore les costumes, nous immergeant rapidement dans cet univers particulier. On a envie de voir les originaux pour en apprécier vraiment le travail et les textures. Car si ce premier tome n’est qu’introductif, nous en apprenons déjà beaucoup sur ce monde coupé en deux par cette faille gigantesque. Certains rêvent de réunifier les deux empires qui la bordent, mais leurs motivations divergent, même s’il est forcément question de pouvoir… Et c’est au milieu de cet écheveau que vont évoluer tant bien que mal nos deux personnages principaux. D’un côté Lorien, jeune orpheline devenue Templier (pourtant un ordre guerrier réservé aux hommes) et Pier de la Vita, le maître d’œuvre de la grande cathédrale censée permettre la réunification des deux royaumes. Bien évidemment, pour eux rien ne se passera comme prévu… Un très bon début de série que les amateurs de fantasy ne pourront qu’apprécier ! *** Tomes 2 & 3 *** Wow wow wow ! Et bien les aminches, ça décoiffe cette série ! Voilà de la Dark Fantasy comme je l'aime ! L'univers que nous propose notre brochette d'auteurs se lâche et nous sort le grand jeu ! On y retrouve tout le côté classique de la fantasy et de ses personnages fétiches (mages, elfes, nains, assassins & co ) et tout un panel de créatures fantastiques qui viennent élargir le spectre "vivant" de ce belles contrées. Tout ce beau petit monde évolue au gré d'une intrigue finement ficelée et pleine de rebondissements où l'on en apprend toujours un peu plus, même si c'est au compte goutte, sur le parcours de nos personnages principaux. Et quand tout cela nous est servi par le dessin remarquable de Sébastien Grenier, on ne peut qu'applaudir ! Ces planches mes amis ! Je serai très curieux d'avoir la chance de voir les originaux ! Car certaines double pages sont juste majestueuses ! Que ce soit les paysages, l'architecture démesurée de certaines villes ou bâtisses, ou encore certaines scènes de batailles, on en prend plein les yeux ! Alors vite, la suite ! Car le problème de ce genre de pépite, c'est que quand on est plongé dedans, le sevrage est difficile !!!
L'Esprit de Lewis
Voilà une série annoncée en deux tomes qui commence plutôt bien ! C'est avec plaisir que je retrouve le travail de Lionel Richerand que j'avais apprécié avec l'album jeunesse Les Nouveaux pirates et un autre album sorti dans la même collection Dans la forêt. Il s'adjoint cette fois-ci au scénariste Bertrand Santini pour nous concocter cet album aux relents romantiques de la fin XIXe. Vieilles bâtisses anglaises, écrivain maudit, créatures fantastiques et pacte avec un être surnaturel, tous les ingrédients sont là pour nous plonger dans une atmosphère parfaite pour cette collection ! Après le décès de sa mère, le jeune écrivain Lewis Pharamond qui peine à se remettre, hérite de la vieille maison de famille où il a passé son enfance. Il décide malgré l'hiver de s'y rendre pour trouver l'inspiration qui lui fait défaut pour y écrire son premier roman. Mais l'inspiration n'est pas quelque chose qui se commande, et c'est finalement après qu'il fasse la rencontre de Sarah, le fantôme d'une belle femme pour que tout change... Le dessin de Lionel Richerand trouve avec cette histoire toute la matière nécessaire pour donner libre cours à son talent graphique tourné vers le fantastique. Car c'est quand le fantastique s'invite dans ses cases que son savoir faire fait des merveilles et donne une toute autre dimension à cet album ! On retrouve les influences de Burton et Myazaki qui effleuraient déjà dans Dans la forêt, mais avec une toute autre dimension au travers de scénario imaginé par Bertrand Santini. Voilà donc un premier tome très réussi, qui prend le temps de s’installer tranquillement pour basculer juste comme il faut en fin d'album pour nous donner envie de découvrir la suite de cette série qui se conclura dans le second tome. A suivre donc ! *** Tome 2 *** Ahhhh !!! Enfin la suite et fin !!! Et quel régal ! Moi qui avais déjà trouvé beaucoup de charme au premier tome de cette courte série, je sors ravi de ce second ! D'emblée le caractère quasi expressionniste des personnages du "grand Londres" de la fin XIXe m'a scotché ; j'avais l'impression de retrouver du James Ensor version BD. Toute cette hypocrisie de "la haute" couchée sur le papier est juste magnifique, on s'y croirait ! Le dessin de Lionel Richerand fourmille d'expressivité dans ses moindre détails composant sur le caneva proposé par son comparse Bertrand Santini une fresque romantique, au sens premier du terme. Ajoutez à cela du fantastique et un soupçon d'enquête et vous obtenez cette petite merveille toujours aussi bien servi par la collection Métamorphose de chez Soleil pour qui l'objet livre est tout un art. Bref, je me suis régalé, tant grâce à l'histoire que par ce graphisme original et talentueux qui donne toute sa force et sa cohésion au récit ! A lire ! (je passe ma note à 4)
Kaamelott
Bon, je ne crois pas être très impartial. Grand fan de la première heure de l'extraordinaire série Kaamelott, j'aime profondément l'univers créé par Alexandre Astier et tout ce qui me permet d'en découvrir plus est du pain béni pour moi. Véritable successeur d'Audiard, animé par une passion dévorante, Astier a su faire vivre avec un génie sans pareil son univers médiéval délirant, mais toujours respectueux de son sujet. Si la série connaît des hauts et des bas (mais surtout des hauts), elle nous offre tant de morceaux de bravoure qu'il est difficile d'y être totalement hermétique, à moins d'un bon paquet de mauvaise foi. En général, cela marche par personnages : on aime bien les uns, et on a plus de mal voire on déteste les autres. Heureusement, Kaamelott comporte suffisamment d'épisodes pour qu'on puisse se permettre de faire la fine bouche et de choisir les épisodes qui nous plaisent vraiment. Voir Astier changer de support pouvait faire peur : maîtriserait-il autant le format papier que le format télévisé ? Pas sûr. Si les deux types de supports sont très proches, il n'est pour autant pas forcément évident de passer de l'un à l'autre, et sans doute encore moins dans le sens d'Astier que dans l'autre sens. Ainsi donc, voilà nos héros préférés de la télévision qui débarquent sur le papier pour de nouvelles aventures totalement inédites ! Et je dois dire qu'en ce qui me concerne, j'adhère complètement. Le principal problème de cette bande dessinée, c'est sans doute qu'elle s'adresse exclusivement aux fans de la série, et encore, pas forcément tous. J'imagine difficilement comment on peut s'immiscer dans cet univers en commençant par les BD, sans avoir rien vu de la série télé. Tout en est tellement dépendant... Ainsi, pour ceux qui ont vu et aimé la série, il y aura largement de quoi se faire plaisir avec cette transposition en bandes dessinées. En effet, les caractères des personnages sont totalement respectés, les dialogues extrêmement fidèles à l'esprit de la saga, les histoires plutôt inventives tout en restant bien dans le cadre "fantasy médiévale humoristique". Astier n'a rien perdu de son talent, et il s'amuse comme un petit fou à mettre de nouvelles répliques loufoques dans la bouche de ses personnages. Si on est un tant soit peu familier de la série, il devient presque impossible de ne pas entendre dans sa tête les voix des acteurs à un moment ou à un autre, preuve que le passage d'un média à l'autre est réussi. Et personnellement, c'est avec une joie sincère et non dissimulée que j'ai retrouvé les idioties de Perceval, les colères de Léodagan ou les actions héroïques et orgueilleuses de Lancelot. Tout est là ! Au niveau du dessin, le bilan est légèrement mitigé : je dois reconnaître que le style réaliste adopté par Steven Dupré ne fonctionne pas totalement : une caricature plus poussée aurait sans doute été préférable. Cela dit, il a un trait magnifique, mais qui nous pousse nécessairement à comparer les personnages dessinés aux personnages de la saga télévisée (Perceval, Léodagan sont très réussis, mais les pauvres Lancelot ou Bohort sont assez maltraités). Un trait plus porté sur la caricature aurait évité cette comparaison. Mais indépendamment de ça, outre le fait qu'on s'habitue facilement aux traits de nos personnages, le dessin de Dupré reste très élégant et dégage vraiment quelque chose. En plus de cela, on pourra apprécier le fait qu'Astier profite d'avoir plus de libertés pour créer un vrai univers fantastique autour de Kaamelott, notamment au travers d'un bestiaire magique plutôt réussi, sans jamais perdre l'humour fin et mordant qui est la caractéristique d'Astier. Ainsi, le tome 1 nous propose sans nul doute la meilleure alchimie entre fantasy et humour, avec ses zombies détraqués et son Nécromancien débordé, scène culte s'il en est, mille fois digne des saillies comiques de la série télévisée. Mais tous les tomes, qui réussissent à tous se renouveler merveilleusement bien par rapport aux précédents, apportent quelque chose de plus et d'original. Plus amples et plus épiques, les aventures ne perdent donc rien à ce qui faisait le sel de leur version télévisée, en gardant une unité de ton remarquable avec son modèle. Mais je pense qu'il faut toutefois lire cette saga à la condition d'être vraiment familier avec la série, et d'apprécier le ton de cette dernière. Sinon, à mon avis, ce n'est même pas la peine de tenter le coup...
Valérian
L'année 2019 s'est conclue, pour moi, par l'un des plus importants achats que j'avais en tête : l'intégrale des albums deValérian (en occasion, parce que faut pas déconner vu le prix), et la lecture de cette BD rangée à chaque fois dans les immanquables des collections de Science-fiction a constitué un bon point d'orgue à toute les découvertes BD de cette année maintenant révolue. Quand j'entends parler deValérian et Laureline, c'est toujours pour mentionner l'importance de cette série dans le paysage de la bande-dessinée, et souligner à quel point elle influença la science-fiction dans le monde entier (sans exagérer du tout, en plus). Autant dire que j'en avais quelques attentes pour le coup, surtout que les seuls échos que j'en avais eus étaient la lecture de deux albums au lycée (dans ces fameux CDI qui jugent malin de prendre un album au début, un à la fin et de ne jamais compléter ces séries, mais passons). Je suis donc venue à cette série avec un œil presque neuf et une attente à un certain niveau tout de même. Et la lecture fut ... dépaysante, rafraîchissante, enrichissante et merveilleuse. Surtout merveilleuse. Je comprends maintenant pourquoi tant de gens s'extasient sur cette série, qui est effectivement une perle, un immanquable et une série fondatrice de bien des choses, probablement l'une des plus inspirantes pour la science-fiction actuelle (et on ne reparlera pas des repompages sans vergogne qu'on peut repérer avec le temps). J'ai eu l'énorme chance d'avoir la collection récente, dans laquelle Christin et Mézières reviennent sur tous leurs albums avec des commentaires en fin d'album, ainsi que des petites précisions ou des remarques sur ce qu'ils ont fait. Et l'ensemble donne encore une autre dimension à cette série qui est définitivement culte. Essayer d'en parler sans en faire des caisses sera difficile, et je m'en excuse donc d'avance auprès des malheureux qui essayent encore de lire mes avis à rallonge. Le premier point sur lequel je veux immédiatement donner mon avis, avant que les personnes ne soient saoulées des pavés de texte, est le commentaire que j'ai souvent lu : les premiers albums sont mieux que les suivants (avec un tournant marqué pour certains aux alentours de l'album 12). Je m'inscris personnellement en faux contre cet avis, ayant tout autant apprécié les albums d'après. Le fait que j'ai pu lire toute la série en un bloc sans avoir d'attente ou d'imaginaire de cet univers à sans doute influé, j'en suis conscient. Mais je reconnais que la série change de ton à partir du diptyque 11-12, passant à un ton plus sombre et plus sérieux dans le fond. Mais c'est ce que j'apprécie dans la série des Valérian et Laureline : elle représente d'une très belle façon l'évolution de la mentalité de son époque, entre les premiers albums des années 70 aux derniers des années 2000, les albums reflètent l'état d'esprit de leur époque, tout autant que le point de vue de leurs auteurs sur le monde. Et j'ai adoré la façon dont ils assument les changements de ton, de registre voire même l'introduction de problématiques totalement dans l'air du temps au sein de leurs albums. Et je peux commencer à aborder la longue liste de ce qui m'a plu dans le récit. Pour commencer, le fait que les scénarios de Christin développent à chaque fois un autre thème, toujours dans l'actualité du moment (crise pétrolière, reprise des guerres, ambition politique, conflit culturels, exploitations des individus, marché des ressources rares ...) mais avec un ton assez mature et complet, ne versant pas dans le manichéisme primaire pas plus que dans le traité politique. On navigue avec nos personnages dans des réalités parfois complexes à aborder mais toujours vues d'un point de vue humain. Et c'est agréable de voir des auteurs autant parler de politique (et caricaturer les propos politiques avec une certaine justesse d'ailleurs) mais sans jamais verser dans le discours idéologique et rester dans une volonté narrative pure. Christin ne se prive pas de caricaturer les idéaux de la guerre froide, les pensées émergentes dans les années 90 ou les courants économiques se développant, mais sans jamais prendre parti pour un camp. Et c'est appréciable, car à l'image de ce que Peyo faisait dans certains albums des Schtroumpfs, on se contente de regarder d'un œil extérieur les milles et une façons dont le monde peut mal se dérouler, sans pour autant devenir moralisateur ou prétendre apporter une vérité universelle. Quand on parle de politique de cette façon, j'aime beaucoup ! Puisqu'on est sur les scénarios, je suis aussi ravi de la façon dont l'auteur mène ceux-ci d'une façon toujours classique, presque convenue, mais avec des surprises, des moments de tensions, du drame et également des moments de beauté, de l'amour et du sentiment. Bien sûr, le couple Laureline/Valérian est au centre de tout ceci, mais les personnages annexes ne sont pas en reste, et je trouve que Christin réussit plus d'une fois à rendre des émotions palpable au fur et à mesure des albums. Et puisqu'il faut bien en parler ... Les personnages. Valérian et Laureline, ce sont deux protagonistes que je range maintenant dans mon panthéon personnel de personnages de BD (oui, j'ai un panthéon personnel de personnage de BD), tant l'auteur à su les rendre attachants, humains et tangibles. Ce sont deux personnages amoureux, aventureux et droits, toujours au cœur de l'action mais sachant être également avoir de vrais personnalités. Bien sûr, je ne peux pas être insensible à Laureline, véritable héroïne de la BD (prenant souvent le pas sur Valérian d'ailleurs, ce que les auteurs reconnaissent), rejoignant ces fameuses héroïnes de SF qui peuplent l'imaginaire des nouvelles générations. Laureline c'est la femme qui s'assume, qui agit et dotée d'un sale caractère mais d'une frimousse adorable. Elle est le moteur de la plupart des histoires, mais présente bien des facettes tout au long des albums. Je crois que si elle marque autant les esprits après lecture, c'est que les auteurs ont réellement réussi leur travail de rendre les personnages réels et attachants. Mais sans dire plus que nécessaire sur ce personnage déjà bien étudié, je dois aussi dire queValérian est un protagoniste que j'apprécie beaucoup dans sa construction. Et le genre de personnage masculin qui fait plaisir à lire à l'heure des remises en causes des clichés de genre. Valérian, c'est un homme d'action, l'agent spatio-temporel beau gosse qui aime l'action et avoue ne pas savoir faire autre chose. Et ce personnage est attachant par bien des côtés : l'épisode dépressif où il se retrouve à trahir son couple, mais aussi les moments après l'épisode 12 où Valérian se retrouve sans but dans sa vie sont magnifiques. Aujourd'hui commencent à sortir les concepts de masculinité toxique et de héros trop virils que l'on sert aux petits garçons. Et Valérian est le genre qui va à l'encontre de tout ces clichés virilistes : faillible et parfois à la ramasse, sans but dès lors qu'il ne peut plus être l'agent qu'il était, parfois réduit à faire des actions moralement discutable par sens du devoir, il met également à mal le cliché de l'homme support du couple (en même temps avec Laureline il a de quoi rivaliser). A cet égard, l'album "Les armes vivantes" m'a enchanté par le fait queValérian se croit obligé d'être celui qui gagne de l'argent et leur permet de survivre, allant jusqu'à faire de la contrebande -contre ses principes- au lieu d'avouer son impuissance et de dialoguer. Le personnage est d'une justesse touchante plus d'une fois, surtout lorsqu'on aime les héros qui sortent des sentiers battus. Et là où l'auteur fait fort, c'est que cette image est toujours associé au héros bourrin, sautant dans le tas et agissant parce qu'il est trop fort dans l'action. Ça c'est ce que j'appelle de la caractérisation de personnage ! Je parle de Christin et de son magnifique travail depuis tout à l'heure, mais si je commence à parler de Mézières, j'en aurais pour encore plus long. Comment, comment résumer l'immense travail du dessinateur deValérian à quelques mots ! Comment parler de ces paysages, ces personnages, ces visuels, ces vaisseaux, ces décors sans aller chercher les adjectifs les plus élogieux dans un dictionnaire des synonymes ? Je ne peux vraiment pas dire à quel point, alors que j'ai découvert cette BD en 2019 à l'âge de 27 ans, j'ai été émerveillé de l'inventivité de ce dessinateur. La multiplicité des personnages extra-terrestre à de quoi faire rougir n'importe quel Star Wars, les décors sont d'une richesse et d'une variété qui étonne à chaque volume, et je ne parle pas de tout ce qui fait 'Science-fiction', tel les vaisseaux, les structures, les armes ... Et bien sûr, les caricatures ! Je suis encore à rire de la façon dont il a représenté les protagonistes de l'album "Les héros de l'équinoxe" qui est d'une inventivité magistrale alors qu'on reconnait sans peine les caricatures que l'auteur voulait. Bien sûr, lorsque l'on pense aux visuels, on peut noter que bon nombre de leurs idées furent reprises dans des films (hein, Georges Lucas ?) et que c'est encore une source d'inspirations d’œuvres qui sortent récemment (sans aller à crier au plagiat, je suis pratiquement certain que Cameron à lu la BD avant de faire son Avatar. Pratiquement !). Mézières a réussi à faire, de plus, une œuvre cohérente avec des albums étalés sur près de quarante ans, foisonnant de détails et d'idées géniales. D'un album à l'autre, l'on reconnait les personnages, les extra-terrestres, les lieux ou les décors. Si vraiment il fallait le dire, Mézières est un auteur au talent certain. Tout ceci étant dit, je n'ai pas souligné un point négatif à mes yeux, mais que je comprends et qui ne rentre pas en ligne de compte pour moi : les derniers albums sont un gros cran en-dessous du reste. L'Ordre des pierres et L'Ouvretemps sont bien dispensables, avec un scénario qui s'éloigne de ce qui avait été fait et une conclusion facile et loin de la finesse à laquelle les auteurs nous avaient habitués. Mais alors pourquoi dis-je que ce défaut est négligeable ? C'est tout simplement parce que je comprends la volonté des auteurs avec ces deux albums : clôturer de manière définitive la série, en empêchant toute récupération future des personnages ou de l'univers, refaire un tour d'horizon des personnages et lieux marquants de la série, mais aussi apporter un final à cette série. Et c'est un point que je comprends, surtout pour une série aussi étalé dans le temps : les auteurs ont tenus à finir leur série, la conclure réellement, sans possibilité de retour en arrière. Ce n'est pas la meilleure fin, mais je comprends que les auteurs en avaient envie. Le tome 21 fermé, il n'est plus possible de revenir en arrière, la saga deValérian et Laureline est maintenant finie. Qu'on soit d'accord ou pas avec, on ne peut le nier. J'en suis à bien trop de lignes, et je n'ai pas dit la moitié de ce que j'aurais à dire sur cette BD. De la découvrir si tard, de pouvoir apprécier tout les messages sous-entendus ou explicites de l’ouvre, de découvrir les précisions que les auteurs ont ajoutés aux albums m'a permis de pleinement apprécier cette saga qui est un monstre sacré de la Bande-dessinée. En la lisant, je me suis rendu compte à quel point ce fut marquant dans le paysage de la SF, rien que par le nombre d'emprunt que d'autres œuvres ont fait à Valérian et Laureline. Avec moins de trente albums étalés sur plus de quarante ans, le duo d'auteurs aura définitivement marqué le monde de la SF, et m'aura fait rêver encore aujourd'hui. Et la quantité de personnes avec qui j'en parle me confirme que cette BD n'est pas à ranger dans la série des "BD a papa", mais bel et bien dans le très fermé cercle des "BD intemporelles". Mon avis a été bien trop long pour simplement dire que cette BD est à mon humble avis un immanquable, mais lorsque c'est à ce point, je dois laisser aller ma logorrhée et tout balancer. Parce que c'est le genre de BD que j'estime plus qu'importante : indispensable.
Les Indes fourbes
J'avais de grandes attentes concernant cette BD, déjà avec le nom de l'auteur sur la couverture, vu la qualité des avis sur elle et surtout au vu du prix par rapport à l'objet (beaucoup l'ont souligné, et effectivement il semble un peu excessif même si c'est un bel objet). J'ai donc tenté de retarder un peu ma lecture, et pourtant lorsque je me suis plongé dedans, j'en suis ressorti émerveillé. Les Indes fourbes, c'est du pur roman picaresque en Bande-dessinée. Peu importe que l'on trouve cela peu crédible au final, c'est tout l'intérêt de cette BD : une histoire qui dépasse l'entendement et qui offre des séquences faisant rêver plutôt que d'être réalistes. Si on y adhère, l'aventure nous attend à bras ouverts. C'est mené avec brio tout du long, entre les différents chapitres (dont chacun apportera son lot de surprises) et le ton oscillant toujours entre l'humour et le sérieux. C'est une peinture (certes déformée) de cette époque pas si glorieuse que ça des Amériques. Avis aux amateurs de la phrase "c'était mieux avant", allez découvrir la vie qui était celle de ces pionniers faisant rêver aujourd'hui. Le racisme, la pauvreté, le génocide amérindien, la division en classes sociales si marquées, la destruction de cultures américaines ... On découvre une série d'horreurs en même temps que l'on rit de ce personnage principal si avide de richesse mais cherchant avant tout à sauver sa peau. Le mélange est suffisamment bien dosé pour que l'on ne sente pas le poids de tout ceci mais qu'il joue sur le récit pour donner un cadre à la fois réaliste (une bonne piqure de rappel dans un roman au tel ton) et de l'enjeu aux actions. Le personnage principal gagne en épaisseur alors que l'on découvre sa vie et les raisons de son comportement. Cela ne le rend jamais moral pour autant, pour notre plus grand bonheur. Et justement, l'humour est le centre de toute cette histoire : on rit de ce personnage, ses exactions mais également sa façon de louvoyer dans un monde impitoyable, pour toujours s'en sortir par une pirouette, un pied-de-nez et un coup dans le dos. Lâche, menteur, voleur, manipulateur, il accumule les défauts et semble pourtant sympathique d'un bout à l'autre. Alors même qu'il est odieux dès lors que l'on fait le compte de ses exactions. Mais quel plaisir jouissif de le voir nous raconter ses histoires à sa façon, sans trop d'artifices et porteur de sens sur la condition du monde. J'en parle depuis le début, mais je trouve que justement l'auteur a réussi l'exploit de faire à la fois une BD d'humour, une aventure rocambolesque, un récit construit en plusieurs facettes et également une critique de l'ordre social de ces époques qui transpire dans la plupart des scènes. Tout y passe, de la noblesse au bas-peuple en passant par le clergé, tout le monde en prend pour son grade. Et c'est justement cette représentation assez acide du monde qui donne tout son sel à ce personnage fourbe : il ne l'est jamais plus que le monde dans lequel il vit. Ayroles n'a pas son pareil pour faire une BD qui brasse un mélange des genres mais tenir aussi un propos cohérent et peut-être terriblement en phase avec l'actualité. Je m'extasie beaucoup sur le texte, mais j'ai trouvé que le dessin n'est largement pas en reste, avec ces décors magnifiques (la taille de la BD permet de ressentir tous les décors que l'auteur s'est fait suer à faire), ces personnages hauts en couleurs et ces cases parfois composées d'une façon surprenante (plusieurs cases m'ont impressionné par leurs compositions). Les planches sont réellement agréables à lire, et j'ai encore plusieurs visuels en tête après la lecture qui remonte à une semaine. Un excellent signe ! Et j'ajouterais que l'auteur réussit à faire passer beaucoup de choses (notamment niveau sentiment) via son dessin et ses cases. C'est un très bon support à ce genre de récit. Si vous en doutiez encore, j'ai adoré ma lecture, mais je n'ai pas poussé jusqu'au culte parce qu'il manquerait un petit rien, un tout petit plus pour que ce récit atteigne vraiment les sommets de la BD. En attendant, je le considère réellement comme un immanquable du genre. Ayroles me régale décidément à chaque BD que je lis, et j'ai hâte de découvrir la suite de ses créations. Si vous êtes encore passé à côté de cette BD encensée depuis le début d'année, je vous enjoins à vous précipiter pour la lire, elle en vaut réellement la peine.
Frank
A l’évidence, Jim Woodring est un auteur à part, singulier, intrigant. A ma connaissance, « Frank » est son unique création personnelle, la seule œuvre dans laquelle son imagination débridée a pu s’épanouir sans souffrir un quelconque frein. Car Woodring déborde d’imagination ! Avant la BD, il a quelque peu tâté de l’animation. Et cela se sent un peu, car son personnage, sorte de chat maigrichon, possède un look très cartoonesque, que l’on pourrait croire tout droit sorti d’un vieux Disney. Son aspect le rapproche de certaines créatures frénétiques et déjantées de Mattioli dans Awop Bop Aloobop Alop Bam Boom ou Squeak the mouse. Mais là s’arrête la comparaison, car Woodring ne donne pas dans la caricature, le trash, fut-il plus ou moins soft comme certaines œuvres de Winshluss. Non, Woodring développe dans ces albums un univers très poétique, qui fait la part belle au rêve (et l’absence de dialogues, de texte, laisse d’autant plus l’imagination au pouvoir !), aux images surprenantes, dans une approche qui doit beaucoup au surréalisme (a-t-il eu connaissance des revues surréalistes américaines autour de Franklin Rosemont – qui faisaient souvent la part belle aux cartoons ?). En effet, les histoires – sans queue ni tête, mais pas sans force ! –, se déroulent dans un lieu non identifié, sans ancrage chronologique (quelques objets contemporains apparaissant parfois brusquement [voiture, pistolet] au milieu d’autres, moyenâgeux ou « achroniques »). Objets et personnages ont d’ailleurs souvent des airs de créatures ou de créations échappées d’un esprit fiévreux, lâchant la bride à son imagination, tentant l’écriture automatique « pour voir » (comme cette sorte de « boîte aux lettres domestique » – ou meuble étrange ? – accompagnant Frank dans ses pérégrinations par exemple). Au milieu de cet univers foutraque, loufoque, quelques personnages récurrents donnent quelques racines à la série. En effet, Frank côtoie régulièrement une sorte de diablotin filiforme, et surtout un « homme-porc », qui se révèle au fil des tomes, moins noir, méchant et loser que l’on pouvait l’imaginer après ses premières apparitions. Six albums ont permis à Woodring de développer son univers, ses histoires hasardeuses, deux histoires regroupées dans un petit album de la collection Côtelette faisant des infidélités à la collection Ciboulette accueillant les 5 autres albums, parfait écrin pour ce petit bijou d’inventivité. Mon seul bémol concerne l’arrivée aux côtés de Frank d’une dulcinée (moins joufflue que lui, mais avec de grandes oreilles) à partir de la fin de l’avant dernier album (« Frank et le congrès des bêtes ») et durant tout le dernier (« Fran »). Je ne sais pas si c’est l’arrivée de cette « Frankette » (concomitante à la disparition de l’homme-porc) qui en est responsable, mais j’ai trouvé que ce dernier album, qui voit Frank presque « rangé », était en deçà des précédents, moins lyrique et débridé (même si la poésie y avait tout de même posé ses valises). Bref, ne boudons pas notre plaisir, cette série est vraiment à découvrir (je m’étonne qu’elle ait si peu de lecteur – tout du moins d’avis). Elle plaira à tous les lecteurs curieux, les amateurs de récits poétiques, à ceux qui acceptent de se laisser porter par une narration cumulant les « images », sans s’accrocher à une raison souvent castratrice. C’est en tout cas un gros coup de cœur en ce qui me concerne, et je vous encourage à jeter plus qu’un coup d’œil à cet univers très personnel et original.
Watchmen
Face à l'ampleur du monument, je n'ai pas pu me résoudre à rédiger un avis traditionnel, qui n'aurait répété que de manière maladroite ce qui a déjà été dit avant. Avec le texte un peu particulier ci-dessous, j'ai voulu rendre hommage à ma manière aux immenses artistes qui sont derrière ce chef-d'oeuvre, de façon un peu différente de d'habitude. J'espère que ça vous plaira quand même... :) J’ai vu… J’ai vu des faucons tomber des nuées célestes. J’ai vu des étoiles se décrocher de la voûte infinie qui les portait. J’ai vu la gloire fanée d’hommes qui se croyaient immarcescibles. J’ai vu la gloire immarcescible d’hommes qui se savaient fanés. J’ai vu des hommes sans lois, des hommes sans Dieu, des hommes vides. Un monde vide. Rempli d’atomes, mais vide. Rempli de feu, de haine, de désespérance. Rempli de néant. Et au milieu du chaos, j’ai vu des hommes se lever. Des hommes, des femmes, qui croyaient. Ils croyaient en la justice. Ils croyaient en l’humanité. Ils voulaient la défendre. Ils voulaient la garder. J’ai vu les Gardiens. J’ai vu le Comédien. Violent, cynique, inhumain. Mais rattrapé par son humanité. « Je préfère avoir des remords que des regrets » disait Lord Henry dans Le Portrait de Dorian Gray. Pour le Comédien, c’est faux. Les remords le rongent, le dévorent de l’intérieur. Les remords vont l’assassiner. Les remords étouffent sa dernière lueur de rédemption. J’ai vu le tout-puissant Docteur Manhattan. Plus qu’un homme, moins qu’un dieu. Un titan capable de transformer le monde. Un surhomme capable de lire le temps. Un homme incapable de le modifier… La logique pure. Un petit conglomérat d’atomes errant dans un vaste conglomérat d’atomes. Plus d’émotions, plus d’humanité. Existe-t-il encore une âme au fond de ce puits de connaissance infini dénué de sentiments ? J’ai vu la douce Laurie au nom imprononçable, et sa mère, l’irrésistible Sally. Deux îlots de douceur dans ce monde de brutes. Deux femmes, si faibles et si fortes. L’intégrité au milieu de la corruption. Les colombes au milieu des crapauds. Et la bave leur coule dessus sans jamais les atteindre… Elles doutent, mais elles savent. Elles savent qui elles sont. Elles savent qui sont les Minutemen, qui sont les Watchmen. Imparfaits, mais nécessaires. Et elles se battent. J’ai vu le Hibou. Deux hommes, une seule identité. Le combattant, le combattif Hollis Mason. Piètre enquêteur, héros courageux, sincère et loyal. Et son successeur, l’inventif Dan Dreiberg. Fin, cultivé, et fragile. Porté par l’amour de Laurie, tiraillé par la menace du Docteur, cherchant sa place dans un monde auquel il n’appartient plus, dans un monde qui ne veut plus de lui. Fidèle à ses amitiés d’antan. J’ai vu Rorschach. J’ai vu Walter Joseph Kovacs. Un homme, deux identités. Laconique. Enquêteur doué. Homme brisé. Ne dit que le nécessaire. N’hésite pas à torturer. La recherche de justice permet tout. Il ira jusqu’au bout. Pour elle. Un monde sans justice n’est plus un monde. C’est un bourbier. Où se débattent des crapauds pustuleux. Tant que le crime existe, Rorschach sera là. Pas de compromission avec le mal. Le dernier crime sur Terre sera son assassinat. Et pourtant, sa voix s’apprête à résonner d’outre-tombe. Il était la vérité masquée. Mais personne ne masque la vérité indéfiniment. J’ai vu le grand, le somptueux, le magnifique Ozymandias. L’homme le plus intelligent du monde. Mais cette intelligence servira-t-elle à sauver l’humanité ? Oui. Non. Peut-être… Qui peut le dire ? C’est la question terrible qu’il nous pose, qui nous pèse sur les épaules après le grand final. Dilemme cornélien, hésitation tragique, eschylienne. Il connaît ses classiques. Moore aussi. Nous aussi. J’ai vu ces héraults de la Justice. J’ai vu ces héros désabusés. Comment faire régner la Justice dans un monde qui n’en veut plus ? J’ai lu une immense œuvre littéraire, d’une puissance inégalée, car inégalable. J’ai vu des dessins d’une qualité graphique phénoménale. J’ai vu un grand auteur à l’œuvre. Ses mots se croisaient, s’entremêlaient, formaient des lignes mouvantes, qui dessinaient en une danse intense et formidable le portrait d’un auteur exceptionnel, d’un artiste. Homme haïssable (selon moi), conteur admirable, Alan Moore a atteint un rare niveau de perfection. Il sait donner à chaque mot sa puissance, il sait narrer chaque péripétie avec un art consommé. J’ai vu les traits d’un artiste génial surgir du trait d’un simple crayon. L’immense Dave Gibbons, qui, en disparaissant totalement derrière ses personnages, se montre lui-même. Oui, le but de l’art est de cacher l’artiste. Mais pour qui sait regarder, il est impossible de ne pas voir. De ne pas voir l’homme qui, inlassablement, a dessiné avec une précision inconcevable ces centaines de planches qui nous émerveillent… J’ai vu… Et j’ai été vaincu. J’ai été vaincu par le génie sans failles de Moore et de Gibbons. Ce génie de la mise en scène et de la narration. Comment ne pas se laisser vaincre par la magnificence de ces cases, de ces cadrages millimétrés, de ces pages réfléchies qui, toutes, ont quelque chose à nous dire ? Comment ne pas être ébloui par un tel sommet d’intelligence et de créativité ? J’ai vu tant de choses que nous, humains, ne pourrions imaginer… Toutes ces choses que Moore et Gibbons ont imaginé pour nous, et nous ont donné à voir. J’ai vu la condition humaine, dans toute son horreur. J’ai vu le feu et le sang. J’ai vu l’Homme. L’Homme sans Dieu. L’Homme-Dieu. L’Homme-Diable… Non, il n’est rien en l’Homme qui soit grand par lui-même. La grandeur humaine mène au néant. S’il n’a foi qu’en lui, l’Homme n’est qu’un puissant destructeur. Grande et terrible leçon que deux artistes hors du commun ont mis en images pour nous. J’ai vu la loi à l’œuvre. Loi des hommes, pour les hommes, par les hommes. L’arbitraire sculpté dans le marbre. L’injustice érigée en justice. Mais là-bas, loin, « deux immenses jambes de pierre dépourvues de buste se dressent dans le désert. Près d’elles, sur le sable, gît un visage brisé. […] A côté, rien ne demeure. Autour des ruines de cette colossale épave, infinis et nus, les sables monotones et solitaires s’étendent au loin. » Ainsi de la loi des hommes. Tout est périssable, sur cette pauvre Terre. Rien n’est éternel. Rien de terrestre. Rien d’humain. J’ai vu. J’ai vu les Gardiens à l’œuvre. J’ai vu le chaos à l’œuvre. J’ai vu des fourmis bâtir des cathédrales. J’ai vu des éléphants les écraser. J’ai vu des Gardiens lutter contre le chaos. J’ai vu des Gardiens lutter pour le chaos. Qui garde les Gardiens ? Qui les garde d’eux-mêmes ? Oui, désormais, qui garde les Gardiens ? Qui les garde en vie ? Pour maintenant, et pour toujours ? Qui, si ce n’est nous ?
Avec ou sans moustache ?
Amateurs de cinéma ou de bande de potes... Accrochez-vous!! Avec ou sans moustache est formidablement drôle, beau et émouvant !! Oui premier coup de coeur de 2020 qui semble vraiment être l'année de la BD si ça continue sur cette voie ! On a l'impression de regarder un film français de la "grande époque", les scènes sont très soignées et on a tellement envie de faire partie de cette bande de copains si attachante. Les dialogues sont percutants, les couleurs enveloppent le tout de façon soignée, un vrai régal. Croisons les doigts pour qu'un duo Courty/Efix se reforme pour d'autres récits...