Bram Stoker est probablement l'un des auteurs dont l'oeuvre principale aura subi le plus grand nombre d'adaptations sur tous les médias existants. À l'instar de Mary Shelley et de sa créature de Frankenstein, Dracula aura subi nombre de mutations comme tout personnage mythique et légendaire tombé bien souvent dans le collectif populaire.
C'est ainsi que Georges Bess assez familier du genre avec Le Vampire de Bénarès décide à son tour de s'approprier la fameuse créature. S'il est décidé de respecter le matériau d'origine assez fidèlement, l'auteur va tenter de sublimer le récit classique par sa mise en scène et son talent graphique.
Et le résultat est plutôt époustouflant... Loin de calquer sur l'école franco-belge classique, on dénote une folle imagination au point de ne jamais se douter de quelle manière seront agencées les pages suivantes... Bien plus proche de l'école comics US des Tales from the crypt ou autres Eerie et d'auteurs comme Bernie Wrightson ou Richard Corben, Georges Bess pose une ambiance gothique aussi macabre que sensuelle par des cadrages, des ambiances incroyables emplies de détail et sublimés par un noir et blanc hypnotique.
Découpés en trois gros chapitres, chaque partie développe une ambiance qui lui est unique. Qu'il s'agisse de la visite du château de Dracula où le jeune clerc de notaire traverse un immense labyrinthe hanté et lugubre dans des encrages profonds, d'un Londres victorien et de ses paysages champêtres désincarnés (Aaah la résurrection de Lucy va marquer vos esprits) ou de la traque du comte rappelant les plus belles poursuites de western avec un décor blanc écrasant.....
La surprise visuelle est donc totale et contribue grandement à rendre inédit un récit que tout le monde connait sur le bout des doigts. Les personnages sont habilement représentés mais la grande star reste le comte Dracula lui-même. Présent sous de multiples formes ou menaçant même hors champ, il n'est plus la forme romantique détournée de Francis Ford Coppola mais bien l'incarnation du mal.. Une goule tour à tour séduisante, menaçante ou effrayante dont l'aspect Nosferatu est grandement magnifié par le seul talent de Georges Bess.
Amateurs de noir et blanc comme de récits horrifiques, ne passez pas à côté de cette pépite unique en son genre et à ranger non loin du merveilleux Dracula d'Hyppolyte.
Yoko Tsuno est, et restera probablement la bande dessinée la plus importante dans ma vie. Je ne sais pas si j’aurais eu un tel amour pour la bande dessinée si je n’avais pas, enfant, ouvert un de ses albums. Yoko Tsuno, c’est ma madeleine de Proust ; chaque album que j’ouvre fait remonter en moi tous les sentiments qu’ils m’inspiraient à l’époque. Je ne suis absolument pas objective quand il s’agit de cette série, mais pour autant je pense pouvoir affirmer qu’elle a de réelles qualités.
En tant que femme, je ne peux qu’apprécier que Roger Leloup ait donné vie à un tel personnage féminin : Yoko est intelligente, maîtrise des technologies et sports en tout genre, elle est jolie mais n’est pas l’archétype de l’héroïne hyper sexualisée. Elle est sûrement trop parfaite, ce qui peut rebuter les lecteurs qui la découvrent adultes, mais ce qui a sans doute contribué à ce que je l’adore étant enfant.
Au-delà de ça, Yoko Tsuno ce sont des histoires très bien dessinées, dans des décors documentés d’un incroyable réalisme (je pourrais me perdre des heures dans les planches des albums se déroulant outre-Rhin, ou dans le château de La Proie et l’ombre), des aventures spatiales passionnantes, et surtout des histoires toujours très humaines. J’aime beaucoup également ses voyages dans le temps, même si j’ai l’impression qu’elles ne sont pas toujours très cohérentes.
Alors on pourra reprocher à Roger Leloup de vouloir mettre trop de choses dans chaque album, rendant certaines histoires difficilement compréhensibles (en toute honnêteté je n’y comprenais pas grand-chose étant enfant…), mais l’avantage c’est qu’on peut relire plusieurs fois chaque histoire pour y découvrir de nouveaux détails. Il faut aussi avouer que la qualité des albums a tendance à diminuer, les derniers albums étant encore plus incompréhensibles, les personnages entourant Yoko devenant trop nombreux, et le dessin révélant de plus en plus d’imperfections.
Voilà, je pourrais parler pendant des heures de Yoko Tsuno, mais ce ne serait pas bien raisonnable sous peine de faire une crise aigüe de nostalgie. Alors je n’ajouterai qu’une chose : merci, merci monsieur Leloup d’avoir donné vie à cette héroïne, vous n’avez pas idée des rêves que vous avez fait germer dans ma tête d’éternelle petite fille, et des émotions à jamais gravées en moi.
Su-bli-me.
Je rejoins totalement l'avis précédent de Sloane, sur tous les points.
Le graphisme est un mélange d'influences mais terriblement efficace et se fond parfaitement à l'ambiance du scénariste. L'histoire est haletante, oui haletante, jusqu'à la toute fin du troisième tome. Je rapprocherai cette bd de L'Eté Diabolik d'une certaine manière mais dans un tout autre registre.
Franchement génial.
EDIT : 2 ans après ce commentaire, je remonte ma note à "culte". Oui oui.
EDIT : 3 ans après ce commentaire, j'ajoute "coup de coeur". Oui, oui et re oui !
Talent, talent, talent
Ce n'est pas sans une petite pointe de tristesse qu'à l'occasion de cette fin de cycle et après cinq tomes que nous disons adieu à la magnifique Manie Ganza et toute sa troupe d'olibrius. Ici ou là nous nous sommes plaints de ces séries à rallonge qui en court de route perdaient quelque chose, un petit supplément d'âme ou une baisse de régime dans le scénario ou un dessin qui s'affadissait. Ici il n'en est rien, c'est même presque l'inverse qui se produit.
Est-il possible pour des auteurs de hausser le niveau au fur et à mesure de l'avancement d'une histoire ? Généralement c'est parfois l'inverse qui se produit, les choses ronronnent, les personnages tournent en rond et l'on a fait le tour des possibles. Le dessin qui à l'origine provoquait l'admiration ou du moins l'attrait de la nouveauté ne semble plus aussi bon qu'il pouvait y paraître.
Jean Baptiste Andreae est un très grand dessinateur, que l'on se souvienne de ses planches dans Terre mécanique, La Confrérie du crabe ou l'exceptionnel MangeCoeur. Que dire pour célébrer un talent et le donner à connaitre au plus grand nombre ? Ce dessinateur possède un trait d'une précision et d'une qualité sans nul autre pareil, ses planches sont une invitation au voyage, truffées de détails elles n'en restent pas moins d'une grande fluidité et s'y l'on semble s'y perdre, il suffit de prendre un peu de recul pour en apprécier toute la beauté et les qualités. Pour qu'un tel talent puisse s'épanouir en toute liberté il faut bien sûr un scénario à la mesure.
Et c'est encore W. Lupano qui s'y colle, je dis encore car cela n'aura échappé à personne, l'homme est du genre prolixe. Mais n'en déplaise aux esprits chagrins, dans des genres forts différents il nous livre des prestations bien plus qu'honorables.
Qu'est-ce qu'Azimut ? Une réflexion sur les repères qui volent en éclats car le Nord a disparu, le temps et l'immortalité sont donc au centre du propos. Sans doute dans cette série faut-il voir des inspirations multiples, sûrement du Jules Verne mais aussi du Lewis Carroll, version "De l'autre côté du miroir", d'ailleurs Manie Ganza n'est-elle pas une sorte d'Alice faite femme ? Puis pour moi qui suis Nantais tout le travail de messieurs François Delarozière et Pierre Oréfice sur les Machines de l'île et la compagnie Royal de Luxe. Même le Chaplin des Temps modernes est convié. Alors oui l'univers d'Azimut est foisonnant, trop diront certains, mais avouez quel bonheur que ces planches que l'on peut lire et relire avec à chaque fois la possibilité de découvrir un nouveau détail ou une expression d'un personnage. Un univers hallucinant peuplé de personnages qui semblent issus de rêves ou de cauchemars, ah le baron dans sa citadelle flottante.
Monde fantasmagorique donc influencé par l'univers steampunk avec des créatures hallucinantes mises en images de façon magistrale dont on aimerait qu'elles existent, jugez en plutôt. La Lurette Horocantèle ou la Dodécazygote.
Chaque tome est un véritable régal pour les yeux, c'est un feu d'artifice perpétuel.
Au scénario c'est une évidence de dire que Wilfrid Lupano s'en est donné à cœur joie, à chaque planche c'est un festival d'extravagances, d'onirisme, mais aussi un peu de sérieux avec le lapin blanc (encore Alice) qui provoque un dérèglement climatique et pousse sur les routes des cohortes de "réfugelés".
Magnifique donc et je gage qu'à l'instar de Pelisse, Manie Ganza restera dans les mémoires des bédéphiles. Grandiose série à tous points de vue, dire si j'attends un deuxième cycle est peu de le dire, je fais entièrement confiance au talent des deux auteurs. Bien évidemment je passe ma note à "Culte" et coup de cœur.
Attila est Hun … mais seul, difficile d’envahir la Gaule. Et gaulé comme il est, mieux vaut bien choisir ses compagnons d’Hun-fortune et, si possible, pas (que) des Huns-béciles. La rareté des recrues l’oblige à composer avec une équipe de bras cassés (mais entièrement dévouée à sa cause). Et heureusement, dirais-je, car sans eux, cette bd aurait été bien moins jubilatoire !
J’ai littéralement adoré ces strips d’un Attila vieillissant mais toujours aussi hargneux, un peu à l’image d’un Joe Dalton. J’ai découvert cette bande hirsute d’Hun-battables dans le Spirou Mag et elle me faisait déjà bien marrer. L’humour idiot centré autour de running gags (sans être répétitifs pour autant) et associé au trait nerveux de Dab’s m’a vraiment accroché. « Plus c’est con, plus c’est bon » serais-je tenté d’ajouter. A noter que l’album se termine par un insoutenable cliffhanger … Attila arrivera-t-il à se décrocher de cette mauvaise posture ?
Bref, voici des strips humoristiques qui, je l’espère, vous feront infléchir vos zygomatiques dans le bon sens.
"Moche, pas drôle, bourré de fautes"
"29,95€ pour cette merde ?"
"C’est vraiment honteux de publier ça"
Je vous en remets encore ou on s'en tient à ces commentaires flatteurs ? Si on s'intéresse à Georges Clooney de Philippe Valette avec un S sur le prénom pour le différencier de l'acteur américain, voici un peu le genre de réactions piochées sur la toile. Forcément les illustrations associées peuvent choquer au premier abord avec ce style très enfantin réalisé aux feutres se moquant des perspectives, des décors brillant par leur absence ou simplement dessinés d'un trait noir à la main levée et des phylactères bourrés de fautes d'orthographe.
Issu du cinéma d'animation, l'auteur souhaitait griffonner sans prétentions les aventures d'un super héros à la ramasse pour faire marrer son entourage avant que Delcourt ne flaire le bon filon et édite ces quelques cases grossières issues de son webcomic et totalisant près de 400 pages par volume.
Phénomène de mode ou nouveau genre durable ? Il est encore bien trop tôt pour s'en faire une idée mais le principe d'une série trash cochant toutes les cases du mauvais goût y compris dans son traitement graphique est bien présent. Les amateurs d'un Frank Miller ou d'un Régis Loisel en seront pour leurs frais mais Georges Clooney pourrait être un OVNI culotté non dénué d'intérêt....
Super Héros doté de pouvoirs comme le vol et une force supérieure, ses seules préoccupations sont pour l'heure de retrouver le coupable à l'origine d'un étron laissé dans son salon (rappelant le délicieux pitch de Big Lebowski des frères Coen et son tapis de pisse), de s'empiffrer de double cheese et de reluquer le généreux décolleté d'une serveuse de fast food.
On y croise aussi un psychopathe déguisé en tortue ninja et une brigade de flics bien teubés, un singe se promenant les attributs à l'air le majeur bien tendu en permanence ainsi que le diable lui-même ici prénommé Daniel dans le corps d'une chèvre.
Si tout ceci ne vous aurait pas encore effrayé, il faut également en venir aux nombreuses agressions volontaires pratiquées sur notre langue française. On n'y parle pas uniquement façon "djeuns" mais avec un certain sens de la vulgarité saupoudré de deux belles fautes d'orthographe en moyenne sur trois mots, rien que cela.
C'est donc avec un certain courage ou masochisme que la lecture s'effectue en étant bien conscient que toutes ces tares ne seront jamais corrigées. La curiosité l'emporte finalement grâce à un certain sens du rythme lui conférant un aspect "serial" insoupçonné....
Car oui Georges Clooney arrive malgré tout à remporter l'adhésion. C'est bon, c'est même très bon pour un objet aussi mal fichu. L'oeil s'habitue étonnamment assez rapidement à ces crayonnés d'enfant pas très doué et le contraste des situations en fait un objet assez délirant. Il y a beaucoup de n'importe nawak dans cette galerie de personnages vulgaires et complètement hors de toute raison mais on finit rapidement par se laisser emporter et en rire de bon coeur. Pire, le second tome prolonge de façon bien plus travaillée tous les personnages déjà développés par quelques trouvailles graphiques de bien meilleure "qualitay". Ou comment une oeuvre joue de la culture geek en y mixant pèle mêle Dragon Ball, RoboCop ou les médias actuels (Google, crowdfunding).
La méthode n'est pas nouvelle et rappelle souvent la construction d'un gag façon Fabcaro ou Bastien Vives : la répétition de cases identiques en modifiant uniquement certains dialogues. Mais cela fonctionne parfaitement et les dessins semblent même animés par un sens du montage issu de l'animation probablement franchement percutants. Georges Clooney séduit curieusement sur le long terme...
Georges Clooney n'a pas la prétention de faire trembler ses nombreux détracteurs. La fin du tome 2 pourrait suggérer une suite qui n'arrivera peut-être jamais et ALORS ? On a si peu l'occasion de se marrer avec un truc aussi culotté qu'il faut laisser une chance à cette série d'exister et de se moquer d'elle-même. Effectivement les bouquins sont assez chers et on est loin d'un artbook sur Mezzo. Mais les amateurs d'humour noir scato bien débilos en auront pour leur pognon, il fallait juste oser. Et vous, oserez-vous lire Georges Clooney ?
Voici la première série dérivée du tueur qui est l'une de mes bd préférées. Le tueur revient après plusieurs années d'absence. On nous prévient que les lieux et les enjeux changent. En effet, le tueur a été recruté par la DGSE pour des missions d'élimination. En effet, on sait depuis François Hollande, qui s'en est un peu vanté, qu'un président de la République dispose d'un droit de vie ou de mort sur certains individus peu recommandables. De tous temps, quelque soit le régime (dictature ou démocratie), on a éliminé des individus.
Le constat part sur le fait qu'on peut rendre la vie des autres bien pire que la mort qui apparaît alors comme une délivrance. Le tueur est toujours aussi implacable dans sa manière de penser afin de justifier son métier pas comme les autres. On aimerait ou pas l'avoir comme ami...
Le changement est radical car il travaille pour l’État. C'est clair que sa paye en a pris un coup. On sait presque tous que les forces de l'ordre ne sont pas très bien rémunérées dans notre pays. Par contre, son cœur d'activité n'a pas changé. Il s'agit de mettre hors d'état de nuire en raison de la sécurité du peuple avec pour préalable que les gens n'ont pas besoin de savoir. C'est mieux ainsi.
On apprendra par exemple que la CIA a dit que les assassinats de quelques scientifiques iraniens par les israéliens ont davantage fait dérailler le programme nucléaire d'armement iranien que toutes les sanctions internationales. En effet, si on identifie les individus clefs, ceux sans lesquelles la machine ne fonctionne plus , et qu'on les élimine, alors la machine s'arrête. Plus que jamais, c'est d'actualité.
J'adore cette nouvelle façon de penser qui donne également des vérités même si souvent, on essaye de se voiler la face. Cette narration est sans doute l'une des meilleures que j'ai pu lire jusqu'à présent. La notation série culte pourrait apparaître comme un brin exagérée mais elle correspond à ce que j'aime vraiment dans la bande dessinée. Le tueur est une série qui fait du bien.
Le départ est assez tonitruant et cela promet, car le tueur a désormais le droit de tuer. Il ne va pas se gêner.
« Senso », c'est notre rencontre avec Germano, rêveur maladroit et poète totalement inadapté au monde qui l'entoure et qui va beaucoup trop vite pour lui.
« Senso », c'est la découverte d'Elena, une femme pétillante et ouverte, qui croque la vie à pleines dents.
« Senso », c'est l'histoire d'une belle rencontre que rien ne laissait deviner et qui n'aurait jamais dû avoir lieu.
« Senso », c'est une nuit sans fin mais tellement belle, où un homme et une femme vont se découvrir et s'aimer.
« Senso », c'est la dolce vita, la douceur de vivre à l'italienne.
« Senso », c'est l'amour, tout simplement.
« Senso », c'est un vieil hôtel prestigieux et son jardin immense et hors du temps.
« Senso », c'est une leçon de vie, une sorte de piqûre de rappel, à celles et ceux qui n'y croient plus, qu'une belle rencontre peut arriver n'importe quand et surtout quand on ne l'attend pas.
« Senso », c'est ma belle découverte d'Alfred et de la souplesse de sa plume et de son crayon.
« Senso », c'est un magnifique album qui m'a touché, comme si je devais le lire à ce moment précis de ma vie.
« Senso », c'est... merci...
Angoulême 2019, dans le gîte BDthèque on parle BD pour changer. Chacun parle des BD qui l'ont marqué. Et j'entends Mac Arthur déclarer : "Moi, c'est Le voyage en Italie de Cosey. Parce que tout du long tu te dis qu'il vont se retrouver, et puis non.". Je n'avais encore jamais lu de Cosey à ce moment-là, et "Le voyage en Italie" ne m'évoquait qu'une BD bien notée sur le site, et avec de très nombreux avis. Je me suis donc inscrit dans un coin de ma tête de la lire, un de ces quatre. Et la v3 arrivant, je refais ma liste de BD à lire et la note. Je me décide enfin à la prendre et à la lire, intrigué par la phrase qui trotte dans ma tête.
Si je parle de toute cette histoire, c'est parce que je tiens à préciser deux choses :
-Je comprends maintenant ce que voulais dire Mac Arthur lorsqu'il parlait de marquant, et pourquoi cette phrase là en particulier
-Que je tiens à remercier Mac Arthur (et l'ensemble du site pour les bons conseils, mais ça c'est acquis depuis plus de dix ans maintenant)
Cette BD m'a suffisamment marqué pour me hanter pendant toute une journée après la lecture. Elle m'a laissé un drôle de goût en bouche et une pensée continue au coin du cerveau. Je ne saurais d'ailleurs pas à quoi cela tient, mais elle m'a indéniablement plu. Il y a quelque chose de particulièrement important dans cette narration simple, sans rien dire mais laissant tout en sous-entendu. Les personnages déploient progressivement toutes leurs complexités, leurs pensées et leurs états d'âme. C'est par petites touches que l'on arrive à comprendre ce qu'ils sont, ce qu'ils ont vécu et ce qui les pousse dans ce voyage en Italie. Et rien que cette façon de procéder, toute en finesse et en retenue, m'a beaucoup plu. Cosey livre avec une certaine pudeur la vie de ses protagonistes, mais sans réellement la dissimuler non plus. C'est rempli de tendresse, mais la noirceur plane sur le passé de ces trois êtres, et le déroulé de l'histoire révèle en même temps qu'il résout.
Le rythme volontairement lent accentue le caractère presque indolent de ce voyage, ce qui peut en ennuyer certains mais m'a beaucoup plu. Et les dialogues ont quelque chose de mordant, avec un caractère parfois proche de ces films français que beaucoup conchient mais qui me plaisent. C'est une BD qui est vraiment penchée sur les relations des personnages avant tout, et j'aime ça.
Le dessin de Cosey, que je découvre, est de bonne facture, même si ce n'est clairement pas ma came. Il a quelque chose qui me rappelle les dessins de Derib, dont je n'ai jamais été un grand fan non plus. Mais il est maîtrisé et je reconnais son potentiel, je n'en suis juste pas fan. C'est une question de goût personnel.
En peu de mots, je suis tombé sous le charme de cette BD. Elle a quelque chose qui la traverse et qui m'a accroché. J'aime ce genre d’œuvre, qui prend le temps de se concentrer sur les personnages et les relations entre eux. Et quelque chose me prend à chaque relecture en voyant cette fin se dessiner. Elle est magnifique, sans mot et sans qu'il n'y en ait besoin. Avec quelques détails dans les dernières pages pour une conclusion en point d'orgue qui va parfaitement dans le ton du reste du récit. Selon moi, une belle réussite !
Le retour de Lone Sloane.
Par les dieux d'avant les dieux que c'est bon et beau.
N'ayons pas peur des mots ceci est l'évènement SF de la rentrée, attendu par les fans du maître à savoir le nouvel opus de la saga Lone Sloane. Pour la première fois ce récit s'affranchit de Philippe Druillet , mais gageons qu'il avait le regard perché sur l'épaule des deux auteurs de cette renaissance. Au dessin Dimitri Avramoglou et au scénario Xavier Cazau-Zago.
Lone Sloane, le chien aux yeux rouges est une série qui fut créée en 1966 chez l'éditeur Eric Losfeld. Elle met en scène les aventures d'un pirate interstellaire. Par la suite cette série fut à l'origine de l'inspiration de nombreux auteurs. En 1972 parait chez Dargaud "Les 6 voyages de Lone Sloane", puis la même année"Delirius", le diptyque Yragael et Vuzz. L'année 1976 marque un tournant dans la carrière de l'auteur qui suite au décès de sa femme l'année précédente publie un ouvrage très noir La Nuit. En 1980 il adapte Salammbô d'après le roman éponyme de Gustave Flaubert, œuvre magistrale, barbare et violente, oui, oui le même que "Mme Bovary". C'est Druillet qui le premier fit voler en éclats la bande dessinée dite classique avec un montage de planches totalement déstructuré, pleines pages, doubles pages, j'en passe la BD se réinventait. Son travail inspira de nombreux auteurs, même Georges Lucas avoue s'être inspiré de lui. En attendant une éventuelle adaptation de l'Enfer de Dante Alighieri savourons cet opus franchement fabuleux.
Dès les premières pages de cette nouvelle histoire le lecteur est en terrain connu, les deux auteurs adoptent un procédé tant scénaristique que graphique qui replonge le vieux lecteur dans un univers connu de paysages stellaires cyclopéens. On y retrouve sans conteste la patte d'un Druillet mais avec des fulgurances de modernité qui ne sont pas pour déplaire. Également présents dans cet ouvrage le lecteur retrouve avec bonheur les anciens compagnons de route de Sloane : Yearl le néo-martien de même que Vuzz, sans oublier le fameux vaisseau spatial du héros Ô Sidarta. A l'apparition de chacun d’entre eux une petite vignette rappelle leur passé et relations avec Sloane.
Il n'est pas nécessaire pour lire cet album d'être un fin connaisseur de l’œuvre de Druillet pour apprécier ce récit, on peut voir que le scénariste a bien intégré les bases de l'univers des autres albums mais il arrive à s'en défaire tout en rendant hommage sans servilité aucune. Le dessinateur D. Avramoglou fait bien plus que le job, certaines planches sont à tomber, regardez la double page au centre de l'album, elle est tout simplement jouissive.
Le scénario est comme je l'ai déjà dit fort intelligent, reprenant un des thèmes chers à Druillet, à savoir le temps. Seul petit bémol le récit avec une voix un peu incantatoire qui pourrait en rebuter certains. Et cette planète mémoire, planète bibliothèque de tous les savoirs de ce qui a été, de ce qui est et de ce qui sera est une belle et bonne idée. Un mot sur la colorisation de Stephane Paitreau qui est juste une tuerie.
Un dernier mot sur l'objet BD lui même qui possède une couverture acier du plus bel effet, notons qu’il possède une jaquette dont l'envers offre un joli poster. Cet album est un one shot mais au vu du talent des deux auteurs et comme le précise une fin ouverte (les choses ne sont qu'un éternel recommencement ) nul doute que d'autres aventures du loup des étoiles ne viennent ravir nos yeux.
Coup de cœur évidemment, z'avez vu mon pseudo ? A faire tourner.
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Dracula (Bess)
Bram Stoker est probablement l'un des auteurs dont l'oeuvre principale aura subi le plus grand nombre d'adaptations sur tous les médias existants. À l'instar de Mary Shelley et de sa créature de Frankenstein, Dracula aura subi nombre de mutations comme tout personnage mythique et légendaire tombé bien souvent dans le collectif populaire. C'est ainsi que Georges Bess assez familier du genre avec Le Vampire de Bénarès décide à son tour de s'approprier la fameuse créature. S'il est décidé de respecter le matériau d'origine assez fidèlement, l'auteur va tenter de sublimer le récit classique par sa mise en scène et son talent graphique. Et le résultat est plutôt époustouflant... Loin de calquer sur l'école franco-belge classique, on dénote une folle imagination au point de ne jamais se douter de quelle manière seront agencées les pages suivantes... Bien plus proche de l'école comics US des Tales from the crypt ou autres Eerie et d'auteurs comme Bernie Wrightson ou Richard Corben, Georges Bess pose une ambiance gothique aussi macabre que sensuelle par des cadrages, des ambiances incroyables emplies de détail et sublimés par un noir et blanc hypnotique. Découpés en trois gros chapitres, chaque partie développe une ambiance qui lui est unique. Qu'il s'agisse de la visite du château de Dracula où le jeune clerc de notaire traverse un immense labyrinthe hanté et lugubre dans des encrages profonds, d'un Londres victorien et de ses paysages champêtres désincarnés (Aaah la résurrection de Lucy va marquer vos esprits) ou de la traque du comte rappelant les plus belles poursuites de western avec un décor blanc écrasant..... La surprise visuelle est donc totale et contribue grandement à rendre inédit un récit que tout le monde connait sur le bout des doigts. Les personnages sont habilement représentés mais la grande star reste le comte Dracula lui-même. Présent sous de multiples formes ou menaçant même hors champ, il n'est plus la forme romantique détournée de Francis Ford Coppola mais bien l'incarnation du mal.. Une goule tour à tour séduisante, menaçante ou effrayante dont l'aspect Nosferatu est grandement magnifié par le seul talent de Georges Bess. Amateurs de noir et blanc comme de récits horrifiques, ne passez pas à côté de cette pépite unique en son genre et à ranger non loin du merveilleux Dracula d'Hyppolyte.
Yoko Tsuno
Yoko Tsuno est, et restera probablement la bande dessinée la plus importante dans ma vie. Je ne sais pas si j’aurais eu un tel amour pour la bande dessinée si je n’avais pas, enfant, ouvert un de ses albums. Yoko Tsuno, c’est ma madeleine de Proust ; chaque album que j’ouvre fait remonter en moi tous les sentiments qu’ils m’inspiraient à l’époque. Je ne suis absolument pas objective quand il s’agit de cette série, mais pour autant je pense pouvoir affirmer qu’elle a de réelles qualités. En tant que femme, je ne peux qu’apprécier que Roger Leloup ait donné vie à un tel personnage féminin : Yoko est intelligente, maîtrise des technologies et sports en tout genre, elle est jolie mais n’est pas l’archétype de l’héroïne hyper sexualisée. Elle est sûrement trop parfaite, ce qui peut rebuter les lecteurs qui la découvrent adultes, mais ce qui a sans doute contribué à ce que je l’adore étant enfant. Au-delà de ça, Yoko Tsuno ce sont des histoires très bien dessinées, dans des décors documentés d’un incroyable réalisme (je pourrais me perdre des heures dans les planches des albums se déroulant outre-Rhin, ou dans le château de La Proie et l’ombre), des aventures spatiales passionnantes, et surtout des histoires toujours très humaines. J’aime beaucoup également ses voyages dans le temps, même si j’ai l’impression qu’elles ne sont pas toujours très cohérentes. Alors on pourra reprocher à Roger Leloup de vouloir mettre trop de choses dans chaque album, rendant certaines histoires difficilement compréhensibles (en toute honnêteté je n’y comprenais pas grand-chose étant enfant…), mais l’avantage c’est qu’on peut relire plusieurs fois chaque histoire pour y découvrir de nouveaux détails. Il faut aussi avouer que la qualité des albums a tendance à diminuer, les derniers albums étant encore plus incompréhensibles, les personnages entourant Yoko devenant trop nombreux, et le dessin révélant de plus en plus d’imperfections. Voilà, je pourrais parler pendant des heures de Yoko Tsuno, mais ce ne serait pas bien raisonnable sous peine de faire une crise aigüe de nostalgie. Alors je n’ajouterai qu’une chose : merci, merci monsieur Leloup d’avoir donné vie à cette héroïne, vous n’avez pas idée des rêves que vous avez fait germer dans ma tête d’éternelle petite fille, et des émotions à jamais gravées en moi.
La Colère de Fantômas
Su-bli-me. Je rejoins totalement l'avis précédent de Sloane, sur tous les points. Le graphisme est un mélange d'influences mais terriblement efficace et se fond parfaitement à l'ambiance du scénariste. L'histoire est haletante, oui haletante, jusqu'à la toute fin du troisième tome. Je rapprocherai cette bd de L'Eté Diabolik d'une certaine manière mais dans un tout autre registre. Franchement génial. EDIT : 2 ans après ce commentaire, je remonte ma note à "culte". Oui oui. EDIT : 3 ans après ce commentaire, j'ajoute "coup de coeur". Oui, oui et re oui !
Azimut
Talent, talent, talent Ce n'est pas sans une petite pointe de tristesse qu'à l'occasion de cette fin de cycle et après cinq tomes que nous disons adieu à la magnifique Manie Ganza et toute sa troupe d'olibrius. Ici ou là nous nous sommes plaints de ces séries à rallonge qui en court de route perdaient quelque chose, un petit supplément d'âme ou une baisse de régime dans le scénario ou un dessin qui s'affadissait. Ici il n'en est rien, c'est même presque l'inverse qui se produit. Est-il possible pour des auteurs de hausser le niveau au fur et à mesure de l'avancement d'une histoire ? Généralement c'est parfois l'inverse qui se produit, les choses ronronnent, les personnages tournent en rond et l'on a fait le tour des possibles. Le dessin qui à l'origine provoquait l'admiration ou du moins l'attrait de la nouveauté ne semble plus aussi bon qu'il pouvait y paraître. Jean Baptiste Andreae est un très grand dessinateur, que l'on se souvienne de ses planches dans Terre mécanique, La Confrérie du crabe ou l'exceptionnel MangeCoeur. Que dire pour célébrer un talent et le donner à connaitre au plus grand nombre ? Ce dessinateur possède un trait d'une précision et d'une qualité sans nul autre pareil, ses planches sont une invitation au voyage, truffées de détails elles n'en restent pas moins d'une grande fluidité et s'y l'on semble s'y perdre, il suffit de prendre un peu de recul pour en apprécier toute la beauté et les qualités. Pour qu'un tel talent puisse s'épanouir en toute liberté il faut bien sûr un scénario à la mesure. Et c'est encore W. Lupano qui s'y colle, je dis encore car cela n'aura échappé à personne, l'homme est du genre prolixe. Mais n'en déplaise aux esprits chagrins, dans des genres forts différents il nous livre des prestations bien plus qu'honorables. Qu'est-ce qu'Azimut ? Une réflexion sur les repères qui volent en éclats car le Nord a disparu, le temps et l'immortalité sont donc au centre du propos. Sans doute dans cette série faut-il voir des inspirations multiples, sûrement du Jules Verne mais aussi du Lewis Carroll, version "De l'autre côté du miroir", d'ailleurs Manie Ganza n'est-elle pas une sorte d'Alice faite femme ? Puis pour moi qui suis Nantais tout le travail de messieurs François Delarozière et Pierre Oréfice sur les Machines de l'île et la compagnie Royal de Luxe. Même le Chaplin des Temps modernes est convié. Alors oui l'univers d'Azimut est foisonnant, trop diront certains, mais avouez quel bonheur que ces planches que l'on peut lire et relire avec à chaque fois la possibilité de découvrir un nouveau détail ou une expression d'un personnage. Un univers hallucinant peuplé de personnages qui semblent issus de rêves ou de cauchemars, ah le baron dans sa citadelle flottante. Monde fantasmagorique donc influencé par l'univers steampunk avec des créatures hallucinantes mises en images de façon magistrale dont on aimerait qu'elles existent, jugez en plutôt. La Lurette Horocantèle ou la Dodécazygote. Chaque tome est un véritable régal pour les yeux, c'est un feu d'artifice perpétuel. Au scénario c'est une évidence de dire que Wilfrid Lupano s'en est donné à cœur joie, à chaque planche c'est un festival d'extravagances, d'onirisme, mais aussi un peu de sérieux avec le lapin blanc (encore Alice) qui provoque un dérèglement climatique et pousse sur les routes des cohortes de "réfugelés". Magnifique donc et je gage qu'à l'instar de Pelisse, Manie Ganza restera dans les mémoires des bédéphiles. Grandiose série à tous points de vue, dire si j'attends un deuxième cycle est peu de le dire, je fais entièrement confiance au talent des deux auteurs. Bien évidemment je passe ma note à "Culte" et coup de cœur.
Le Club des Huns
Attila est Hun … mais seul, difficile d’envahir la Gaule. Et gaulé comme il est, mieux vaut bien choisir ses compagnons d’Hun-fortune et, si possible, pas (que) des Huns-béciles. La rareté des recrues l’oblige à composer avec une équipe de bras cassés (mais entièrement dévouée à sa cause). Et heureusement, dirais-je, car sans eux, cette bd aurait été bien moins jubilatoire ! J’ai littéralement adoré ces strips d’un Attila vieillissant mais toujours aussi hargneux, un peu à l’image d’un Joe Dalton. J’ai découvert cette bande hirsute d’Hun-battables dans le Spirou Mag et elle me faisait déjà bien marrer. L’humour idiot centré autour de running gags (sans être répétitifs pour autant) et associé au trait nerveux de Dab’s m’a vraiment accroché. « Plus c’est con, plus c’est bon » serais-je tenté d’ajouter. A noter que l’album se termine par un insoutenable cliffhanger … Attila arrivera-t-il à se décrocher de cette mauvaise posture ? Bref, voici des strips humoristiques qui, je l’espère, vous feront infléchir vos zygomatiques dans le bon sens.
Georges Clooney
"Moche, pas drôle, bourré de fautes" "29,95€ pour cette merde ?" "C’est vraiment honteux de publier ça" Je vous en remets encore ou on s'en tient à ces commentaires flatteurs ? Si on s'intéresse à Georges Clooney de Philippe Valette avec un S sur le prénom pour le différencier de l'acteur américain, voici un peu le genre de réactions piochées sur la toile. Forcément les illustrations associées peuvent choquer au premier abord avec ce style très enfantin réalisé aux feutres se moquant des perspectives, des décors brillant par leur absence ou simplement dessinés d'un trait noir à la main levée et des phylactères bourrés de fautes d'orthographe. Issu du cinéma d'animation, l'auteur souhaitait griffonner sans prétentions les aventures d'un super héros à la ramasse pour faire marrer son entourage avant que Delcourt ne flaire le bon filon et édite ces quelques cases grossières issues de son webcomic et totalisant près de 400 pages par volume. Phénomène de mode ou nouveau genre durable ? Il est encore bien trop tôt pour s'en faire une idée mais le principe d'une série trash cochant toutes les cases du mauvais goût y compris dans son traitement graphique est bien présent. Les amateurs d'un Frank Miller ou d'un Régis Loisel en seront pour leurs frais mais Georges Clooney pourrait être un OVNI culotté non dénué d'intérêt.... Super Héros doté de pouvoirs comme le vol et une force supérieure, ses seules préoccupations sont pour l'heure de retrouver le coupable à l'origine d'un étron laissé dans son salon (rappelant le délicieux pitch de Big Lebowski des frères Coen et son tapis de pisse), de s'empiffrer de double cheese et de reluquer le généreux décolleté d'une serveuse de fast food. On y croise aussi un psychopathe déguisé en tortue ninja et une brigade de flics bien teubés, un singe se promenant les attributs à l'air le majeur bien tendu en permanence ainsi que le diable lui-même ici prénommé Daniel dans le corps d'une chèvre. Si tout ceci ne vous aurait pas encore effrayé, il faut également en venir aux nombreuses agressions volontaires pratiquées sur notre langue française. On n'y parle pas uniquement façon "djeuns" mais avec un certain sens de la vulgarité saupoudré de deux belles fautes d'orthographe en moyenne sur trois mots, rien que cela. C'est donc avec un certain courage ou masochisme que la lecture s'effectue en étant bien conscient que toutes ces tares ne seront jamais corrigées. La curiosité l'emporte finalement grâce à un certain sens du rythme lui conférant un aspect "serial" insoupçonné.... Car oui Georges Clooney arrive malgré tout à remporter l'adhésion. C'est bon, c'est même très bon pour un objet aussi mal fichu. L'oeil s'habitue étonnamment assez rapidement à ces crayonnés d'enfant pas très doué et le contraste des situations en fait un objet assez délirant. Il y a beaucoup de n'importe nawak dans cette galerie de personnages vulgaires et complètement hors de toute raison mais on finit rapidement par se laisser emporter et en rire de bon coeur. Pire, le second tome prolonge de façon bien plus travaillée tous les personnages déjà développés par quelques trouvailles graphiques de bien meilleure "qualitay". Ou comment une oeuvre joue de la culture geek en y mixant pèle mêle Dragon Ball, RoboCop ou les médias actuels (Google, crowdfunding). La méthode n'est pas nouvelle et rappelle souvent la construction d'un gag façon Fabcaro ou Bastien Vives : la répétition de cases identiques en modifiant uniquement certains dialogues. Mais cela fonctionne parfaitement et les dessins semblent même animés par un sens du montage issu de l'animation probablement franchement percutants. Georges Clooney séduit curieusement sur le long terme... Georges Clooney n'a pas la prétention de faire trembler ses nombreux détracteurs. La fin du tome 2 pourrait suggérer une suite qui n'arrivera peut-être jamais et ALORS ? On a si peu l'occasion de se marrer avec un truc aussi culotté qu'il faut laisser une chance à cette série d'exister et de se moquer d'elle-même. Effectivement les bouquins sont assez chers et on est loin d'un artbook sur Mezzo. Mais les amateurs d'humour noir scato bien débilos en auront pour leur pognon, il fallait juste oser. Et vous, oserez-vous lire Georges Clooney ?
Le Tueur - Affaires d'Etat
Voici la première série dérivée du tueur qui est l'une de mes bd préférées. Le tueur revient après plusieurs années d'absence. On nous prévient que les lieux et les enjeux changent. En effet, le tueur a été recruté par la DGSE pour des missions d'élimination. En effet, on sait depuis François Hollande, qui s'en est un peu vanté, qu'un président de la République dispose d'un droit de vie ou de mort sur certains individus peu recommandables. De tous temps, quelque soit le régime (dictature ou démocratie), on a éliminé des individus. Le constat part sur le fait qu'on peut rendre la vie des autres bien pire que la mort qui apparaît alors comme une délivrance. Le tueur est toujours aussi implacable dans sa manière de penser afin de justifier son métier pas comme les autres. On aimerait ou pas l'avoir comme ami... Le changement est radical car il travaille pour l’État. C'est clair que sa paye en a pris un coup. On sait presque tous que les forces de l'ordre ne sont pas très bien rémunérées dans notre pays. Par contre, son cœur d'activité n'a pas changé. Il s'agit de mettre hors d'état de nuire en raison de la sécurité du peuple avec pour préalable que les gens n'ont pas besoin de savoir. C'est mieux ainsi. On apprendra par exemple que la CIA a dit que les assassinats de quelques scientifiques iraniens par les israéliens ont davantage fait dérailler le programme nucléaire d'armement iranien que toutes les sanctions internationales. En effet, si on identifie les individus clefs, ceux sans lesquelles la machine ne fonctionne plus , et qu'on les élimine, alors la machine s'arrête. Plus que jamais, c'est d'actualité. J'adore cette nouvelle façon de penser qui donne également des vérités même si souvent, on essaye de se voiler la face. Cette narration est sans doute l'une des meilleures que j'ai pu lire jusqu'à présent. La notation série culte pourrait apparaître comme un brin exagérée mais elle correspond à ce que j'aime vraiment dans la bande dessinée. Le tueur est une série qui fait du bien. Le départ est assez tonitruant et cela promet, car le tueur a désormais le droit de tuer. Il ne va pas se gêner.
Senso
« Senso », c'est notre rencontre avec Germano, rêveur maladroit et poète totalement inadapté au monde qui l'entoure et qui va beaucoup trop vite pour lui. « Senso », c'est la découverte d'Elena, une femme pétillante et ouverte, qui croque la vie à pleines dents. « Senso », c'est l'histoire d'une belle rencontre que rien ne laissait deviner et qui n'aurait jamais dû avoir lieu. « Senso », c'est une nuit sans fin mais tellement belle, où un homme et une femme vont se découvrir et s'aimer. « Senso », c'est la dolce vita, la douceur de vivre à l'italienne. « Senso », c'est l'amour, tout simplement. « Senso », c'est un vieil hôtel prestigieux et son jardin immense et hors du temps. « Senso », c'est une leçon de vie, une sorte de piqûre de rappel, à celles et ceux qui n'y croient plus, qu'une belle rencontre peut arriver n'importe quand et surtout quand on ne l'attend pas. « Senso », c'est ma belle découverte d'Alfred et de la souplesse de sa plume et de son crayon. « Senso », c'est un magnifique album qui m'a touché, comme si je devais le lire à ce moment précis de ma vie. « Senso », c'est... merci...
Le Voyage en Italie
Angoulême 2019, dans le gîte BDthèque on parle BD pour changer. Chacun parle des BD qui l'ont marqué. Et j'entends Mac Arthur déclarer : "Moi, c'est Le voyage en Italie de Cosey. Parce que tout du long tu te dis qu'il vont se retrouver, et puis non.". Je n'avais encore jamais lu de Cosey à ce moment-là, et "Le voyage en Italie" ne m'évoquait qu'une BD bien notée sur le site, et avec de très nombreux avis. Je me suis donc inscrit dans un coin de ma tête de la lire, un de ces quatre. Et la v3 arrivant, je refais ma liste de BD à lire et la note. Je me décide enfin à la prendre et à la lire, intrigué par la phrase qui trotte dans ma tête. Si je parle de toute cette histoire, c'est parce que je tiens à préciser deux choses : -Je comprends maintenant ce que voulais dire Mac Arthur lorsqu'il parlait de marquant, et pourquoi cette phrase là en particulier -Que je tiens à remercier Mac Arthur (et l'ensemble du site pour les bons conseils, mais ça c'est acquis depuis plus de dix ans maintenant) Cette BD m'a suffisamment marqué pour me hanter pendant toute une journée après la lecture. Elle m'a laissé un drôle de goût en bouche et une pensée continue au coin du cerveau. Je ne saurais d'ailleurs pas à quoi cela tient, mais elle m'a indéniablement plu. Il y a quelque chose de particulièrement important dans cette narration simple, sans rien dire mais laissant tout en sous-entendu. Les personnages déploient progressivement toutes leurs complexités, leurs pensées et leurs états d'âme. C'est par petites touches que l'on arrive à comprendre ce qu'ils sont, ce qu'ils ont vécu et ce qui les pousse dans ce voyage en Italie. Et rien que cette façon de procéder, toute en finesse et en retenue, m'a beaucoup plu. Cosey livre avec une certaine pudeur la vie de ses protagonistes, mais sans réellement la dissimuler non plus. C'est rempli de tendresse, mais la noirceur plane sur le passé de ces trois êtres, et le déroulé de l'histoire révèle en même temps qu'il résout. Le rythme volontairement lent accentue le caractère presque indolent de ce voyage, ce qui peut en ennuyer certains mais m'a beaucoup plu. Et les dialogues ont quelque chose de mordant, avec un caractère parfois proche de ces films français que beaucoup conchient mais qui me plaisent. C'est une BD qui est vraiment penchée sur les relations des personnages avant tout, et j'aime ça. Le dessin de Cosey, que je découvre, est de bonne facture, même si ce n'est clairement pas ma came. Il a quelque chose qui me rappelle les dessins de Derib, dont je n'ai jamais été un grand fan non plus. Mais il est maîtrisé et je reconnais son potentiel, je n'en suis juste pas fan. C'est une question de goût personnel. En peu de mots, je suis tombé sous le charme de cette BD. Elle a quelque chose qui la traverse et qui m'a accroché. J'aime ce genre d’œuvre, qui prend le temps de se concentrer sur les personnages et les relations entre eux. Et quelque chose me prend à chaque relecture en voyant cette fin se dessiner. Elle est magnifique, sans mot et sans qu'il n'y en ait besoin. Avec quelques détails dans les dernières pages pour une conclusion en point d'orgue qui va parfaitement dans le ton du reste du récit. Selon moi, une belle réussite !
Lone Sloane - Babel
Le retour de Lone Sloane. Par les dieux d'avant les dieux que c'est bon et beau. N'ayons pas peur des mots ceci est l'évènement SF de la rentrée, attendu par les fans du maître à savoir le nouvel opus de la saga Lone Sloane. Pour la première fois ce récit s'affranchit de Philippe Druillet , mais gageons qu'il avait le regard perché sur l'épaule des deux auteurs de cette renaissance. Au dessin Dimitri Avramoglou et au scénario Xavier Cazau-Zago. Lone Sloane, le chien aux yeux rouges est une série qui fut créée en 1966 chez l'éditeur Eric Losfeld. Elle met en scène les aventures d'un pirate interstellaire. Par la suite cette série fut à l'origine de l'inspiration de nombreux auteurs. En 1972 parait chez Dargaud "Les 6 voyages de Lone Sloane", puis la même année"Delirius", le diptyque Yragael et Vuzz. L'année 1976 marque un tournant dans la carrière de l'auteur qui suite au décès de sa femme l'année précédente publie un ouvrage très noir La Nuit. En 1980 il adapte Salammbô d'après le roman éponyme de Gustave Flaubert, œuvre magistrale, barbare et violente, oui, oui le même que "Mme Bovary". C'est Druillet qui le premier fit voler en éclats la bande dessinée dite classique avec un montage de planches totalement déstructuré, pleines pages, doubles pages, j'en passe la BD se réinventait. Son travail inspira de nombreux auteurs, même Georges Lucas avoue s'être inspiré de lui. En attendant une éventuelle adaptation de l'Enfer de Dante Alighieri savourons cet opus franchement fabuleux. Dès les premières pages de cette nouvelle histoire le lecteur est en terrain connu, les deux auteurs adoptent un procédé tant scénaristique que graphique qui replonge le vieux lecteur dans un univers connu de paysages stellaires cyclopéens. On y retrouve sans conteste la patte d'un Druillet mais avec des fulgurances de modernité qui ne sont pas pour déplaire. Également présents dans cet ouvrage le lecteur retrouve avec bonheur les anciens compagnons de route de Sloane : Yearl le néo-martien de même que Vuzz, sans oublier le fameux vaisseau spatial du héros Ô Sidarta. A l'apparition de chacun d’entre eux une petite vignette rappelle leur passé et relations avec Sloane. Il n'est pas nécessaire pour lire cet album d'être un fin connaisseur de l’œuvre de Druillet pour apprécier ce récit, on peut voir que le scénariste a bien intégré les bases de l'univers des autres albums mais il arrive à s'en défaire tout en rendant hommage sans servilité aucune. Le dessinateur D. Avramoglou fait bien plus que le job, certaines planches sont à tomber, regardez la double page au centre de l'album, elle est tout simplement jouissive. Le scénario est comme je l'ai déjà dit fort intelligent, reprenant un des thèmes chers à Druillet, à savoir le temps. Seul petit bémol le récit avec une voix un peu incantatoire qui pourrait en rebuter certains. Et cette planète mémoire, planète bibliothèque de tous les savoirs de ce qui a été, de ce qui est et de ce qui sera est une belle et bonne idée. Un mot sur la colorisation de Stephane Paitreau qui est juste une tuerie. Un dernier mot sur l'objet BD lui même qui possède une couverture acier du plus bel effet, notons qu’il possède une jaquette dont l'envers offre un joli poster. Cet album est un one shot mais au vu du talent des deux auteurs et comme le précise une fin ouverte (les choses ne sont qu'un éternel recommencement ) nul doute que d'autres aventures du loup des étoiles ne viennent ravir nos yeux. Coup de cœur évidemment, z'avez vu mon pseudo ? A faire tourner.