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Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Jusqu'au dernier
Jusqu'au dernier

Assez peu familier du western en BD, en tous cas du western récent (dans le genre, ma culture s'arrête, je crois, à Lucky Luke, Comanche, quelques tomes de Blueberry et Les Tuniques Bleues), j'ai découvert l'existence de ce tome très récemment, quand notre cher Agecanonix en a parlé sur les forums, et après avoir consulté les quelques pages disponibles sur internet et été séduit par leur beauté incroyable, j'ai foncé en librairie me procurer cet attirant one-shot. Bien m'en a pris... Jusqu'au dernier est formidable à bien des égards. Le scénario de Jérôme Félix est très soigné. Rien de révolutionnaire, mais son intrigue fonctionne bien, quoique finalement, elle est plus celle d'un polar atemporel que d'un western proprement dit. Je veux dire par là qu'on aurait pu situer presque exactement la même intrigue dans les années 30, 50, 80 voire aujourd'hui sans changer d'élément scénaristique majeur (peut-être le motif du maire de la ville). Qu'on ne s'y trompe pas, cela ne signifie pas que le cadre du western est usurpé ou mal employé. Non, il est parfaitement valorisé ; simplement, il aurait peut-être pu se trouver davantage enraciné dans les fondements même de l'intrigue. Quoiqu'il en soit, on prend un immense plaisir à se plonger dans cette ambiance de western sombre, évidemment inspirée par le chef-d'oeuvre incontournable de Sergio Leone Il était une fois dans l'Ouest. Dans la droite ligne de Comanche, Jérôme Félix nous propose une histoire où le western est propice à nous faire réfléchir sur l'homme en général, sa brutalité, mais aussi ses tourments intérieurs et les déchirements de son âme. En cela, les personnages imaginés par Félix sont excellents : facilement caractérisés en peu de mots, ils sont extrêmement attachants, et jouent tous un rôle dans l'intrigue et dans sa dimension réflexive, illustrant chacun un aspect différent de l'âme humaine. Le duo Russell/Kirby incarne deux facettes d'une même figure paternelle, protégeant le faible Bennett, touchant simple d'esprit en proie à un monde qui ne veut pas de lui. Admirablement tempérés par le doux personnage de l'institutrice, ces deux hommes droits, mais soumis aux codes de cet Ouest violent, émeuvent par leurs dilemmes et leur conduite imparfaite dont ils sont les premiers à souffrir. Face à eux, une bande lâches et de salauds, mais pas jusqu'au bout : Jérôme Félix a l'intelligence de leur donner une âme également. Pas forcément excusables, les hommes qui en veulent nos deux héros ne sont guère plus que des êtres poussés à bout, qui ne cherchent qu'à s'en sortir. Ils font de mauvais choix, s'orientant délibérément du côté du mal, mais finalement, on les comprend. Acculés, où peuvent-ils se réfugier ailleurs que dans la violence ? Jérôme Félix met ici en scène une violence dénuée de haine, fait suffisamment rare pour être souligné, et qui suscite une réflexion plus profonde que la première lecture ne semble en soulever. A méditer... Du côté du dessin, il est difficile de trouver les mots pour qualifier le travail de Paul Gastine, tant les plus beaux mots qui nous viennent à l'esprit semblent bien trop infimes. C'est d'une splendeur hallucinante, tout bonnement ! Ne basculant pas dans les pièges de l'hyperréalisme, Gastine effectue un travail graphique véritablement incroyable, toujours très réaliste tout en sachant garder le style dessiné. Bénéficiant de couleurs chatoyantes plus qu'agréables à l'oeil, Jusqu'au dernier est une odyssée graphique captivante. L'ambiance est grandiose et puissante, et l'on ne se lasse pas d'enchaîner les cases, tant le dessin nous transporte dans un autre monde qui, pourtant, est - était - le nôtre. Puisqu'il est difficile d'accéder à la totale perfection, il faut bien accorder quelques reproches à cette oeuvre. Ceux-ci sont très légers mais malheureusement bien présents : tout va un peu vite. Certains éléments scénaristiques semblent un peu expédiés, ce qui est sans doute dû au format one-shot du récit, obligeant Félix et Gastine à des coupes légèrement dommageables. Reproche complémentaire : la mise en scène manque parfois d'ampleur. La scène clé de la découverte du corps de Bennett, par exemple, manque de puissance émotionnelle. On aurait aimé être vraiment bouleversé par cette séquence touchante, mais il lui manque la petite étincelle qui le lui aurait permis (ce qui ne l'empêche pas d'être réussie malgré tout). Enfin, dernier (tout petit) défaut, directement issu des qualités soulignées ci-dessus : le dessin et les couleurs sont un peu trop propres pour un western aussi noir. Tout ça manque de la saleté qu'on aurait imaginé dans un récit pareil. Les images sont chaleureuses, brillantes et colorées, et ce finalement même dans les scènes les plus dramatiques. Rien de grave, c'est dépendant de la somptuosité de l'ensemble, mais un peu plus de saleté aurait contribué à mieux rendre l'aspect crépusculaire de l'histoire qui nous est contée. Enfin, ces reproches sont vraiment minimes, tant il serait profondément injuste de bouder son plaisir face à une oeuvre généreuse qui, si elle ne bouleverse pas l'histoire de la bande dessinée, nous propose quand même quelque chose de remarquable. Tout est là pour faire de ce récit un grand récit : la qualité graphique s'allie à des dialogues simples mais efficaces et à des personnages nuancés et bien écrits pour nous toucher au plus profond de nous-même. Et en cela, je suis plus que satisfait par le final, plein de sens et réellement émouvant. Je me suis senti muet face à cette conclusion qui, enfin, apporte une lueur d'espoir et de rédemption dans une histoire très noire, et conclut sur une note optimiste une bande dessinée qui méritera une seconde lecture très rapidement...

05/02/2020 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Sur la vie de ma mère
Sur la vie de ma mère

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la mère de l’auteur a eu une vie bien remplie : un métier de prof, beaucoup de voyages, d’amants, d’enfants. C’était les années 70 après tout, et elle faisait ce qu’elle voulait, Jeanne… On découvre sa vie au travers les yeux de son fils ainé, Alain (l’auteur donc), né au Maroc, avant de découvrir Haïti, La Réunion et le Mali… et puis un peu la France aussi. On visite ces pays par le biais d’un regard d’enfant, et surtout on s’attache à cette maman héroïque, on s’extasie devant l’amour sans limite qu’elle porte à ses enfants… c’est surtout ça qui m’a marqué dans cet album : une famille disparate et éclatée géographiquement, qui gravite autour de ce soleil maternel… ces thèmes familiaux m’ont beaucoup touché, beaucoup intéressé et fait réfléchir. J’ai trouvé le propos juste, les erreurs sont mises en avant au même titre que les succès, et cet album est un rappel utile que la vie est courte et que chaque querelle idiote est un gâchis, tout simplement. J’ai passé un excellent moment en compagnie de l’auteur et de sa famille (c’est vraiment l’impression que j’ai eu en lisant cet album), et j’attends avec impatience le tome 2, dans lequel Alain nous parlera de son père… mais ça, c’est une autre histoire.

05/02/2020 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Lucy Loyd's nightmare
Lucy Loyd's nightmare

Merci à Jetjet de m'avoir recommandé la lecture de cet album. Au début, je pensais que c'était juste une suite d'histoires d'horreurs à la EC Comics et qu'entre deux récits on avait droit à des séquences un métaphysique avec des gens qui lisent dans un comics comment ils vont mourir et puis vers le milieu de l'album j'ai commencé à me rendre compte que les histoires ont des liens entre-elles et que c'était encore plus métaphysique que je le pensais. Le scénario est prenant et les histoires courtes d'horreur ont de très bonnes fins. Il y a du gore, mais pas trop, l'humour noir fonctionne bien et les auteurs partent dans un délire sans que cela tombe dans le grand-guignolesque (quoique vers la fin j'avais un peu peur qu'ils en fassent un peu trop). Le dessin est bien fait et c'est un très bon hommage aux vieux comics d'horreur qui s'amusent avec la narration tout en ne se prenant pas trop au sérieux. Je voudrais bien savoir qui sont les mystérieux auteurs de cet album. Si je me fie au sujet sur le forum BDgest, il y a de grandes chances que le scénariste soit David Chauvel.

02/02/2020 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Django Main de feu
Django Main de feu

Django Reinhardt, voilà un nom bien connu et que l'on associe aussitôt au Jazz Manouche. Mais même si j'en avais lu une fausse biographie romancée par Sfar dans Jeangot, je dois avouer que je n'avais en réalité jamais écouté sa musique. C'est donc avec elle dans les oreilles que j'ai parcouru cette BD pour m'en imprégner en même temps que je découvrais l'homme. Django Main de feu est une biographie partielle. On ne va pas suivre toute la vie du bonhomme mais seulement la période qui s'est écoulée entre ses deux naissances. Mais quelle deuxième naissance ? Eh bien, c'est dans cette BD que j'ai appris de quoi il retournait et je dois avouer comprendre pourquoi on peut parler de seconde naissance et en quoi elle est forte en émotions. Le dessin de Ricard Efa est excellent ! C'est un dessin en couleur directe, de belles planches chaudes et pleines de vie et personnalité, où le soin est apporté tant à l'expressivité des personnages qu'au soucis du détail et des décors. Rien que pour son aspect visuel, cette BD est un coup de coeur et donne envie de se plonger dedans. L'histoire est aussi racontée avec une grande maîtrise. Le lecteur est plongé dans l'ambiance des tziganes du début du 20e siècle, en Belgique pour l'introduction et la première naissance, puis dans la banlieue parisienne pour les débuts de la musique de Django. Ce dernier est présenté sans concession. C'est avant tout un sale gamin, un gars turbulent, détestant l'idée même de l'école et préférant fuir et se rebeller pour aller écouter de la musique en cachette, emmenant avec lui son petit frère qui le suit docilement. On le ressent égoïste, complètement centré sur lui-même mais aussi et surtout sur la musique dont il fait une pure obsession. Et c'est cette obsession et cette force de volonté qui va le pousser à travailler son art inlassablement pour le perfectionner, faisant preuve d'un véritable génie artistique, surtout pour son jeune âge. Autant dire que quand il va trouver le succès, son narcissisme et son excès d'assurance ne vont pas s'arranger. Jusqu'à un drame qui va tout changer... ou presque... Malgré ce côté monomaniaque et imbu de lui-même, les auteurs réussissent à le rendre malgré tout assez attachant. Et on s'attache aussi facilement à Naguine sa véritable amoureuse, à son petit frère Joseph malgré son côté un peu trop soumis, mais aussi à toute le petite communauté manouche au sein de laquelle ils vivent, comme une grande famille pleine de vie et de tendresse. Au-delà de l'épreuve du drame, on assiste aussi au renouveau du héros, à force de volonté, jusqu'à ce moment qui sera sa seconde naissance et que j'ai trouvé beau et bien amené. Vraiment un très bel ouvrage biographique qui rend un superbe hommage à ce guitariste de jazz de génie !

02/02/2020 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Senso
Senso

Cette histoire m’a beaucoup touché, voire boulversé sur la fin. Les thématiques sont multiples... il s’agit bien entendu avant tout d’une rencontre amoureuse entre deux personnages un peu perdus, de ce moment merveilleux et tellement bref où les âmes fusionnes et les cœurs s’emballent. Mais il y a aussi ce parc gigantesque et magnifiquement mis en image, véritable personnage à part entière, qui infuse cette histoire d’un onirisme et d’une poésie qui font chaud au cœur. Il est question, enfin, de paternité plus ou moins réussie, des doutes et des regrets engendrés. L’exposition de sa fille représentant des photos de moments de sa vie, et la réalisation pour Germano qu’il n’y apparaît presque pas, a failli me faire lâcher une larme (ou deux). Une chouette promenade nocturne, aux thèmes très humains, et remplie de poésie. Un coup de cœur.

02/02/2020 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série No direction
No direction

J’avais repéré cet album avant qu’il n’obtienne son Fauve Polar Angoulême 2020, notamment grâce à sa superbe couverture. L’histoire « road movie américain » est d’un classicisme assumé, et raconte les déboires d’une brochette de personnages miséreux : un couple de jeunes tueurs en série, des maris violents, des femmes tentant de survivre dans toute cette folie, un prêtre ayant un penchant pour les jeunes filles... et une detective du FBI sur la piste des dits tueurs en série. La narration passe d’un personnage à un autre, sans aucun lien apparent dans un premier temps, mais tout ce beau monde converge petit à petit, pour un grand final qui ne décevra pas. La narration est maîtrisée même si il faut rester bien concentré pendant la lecture, sous peine de décrocher. La mise est image est superbe et renforce la noirceur du récit, même si j’ai par moment eu un peu de mal à discerner certains visages, ce qui n’aide pas à la compréhension. Les lieux typiques de ce genre d’histoire (les motels miteux, les stations service isolées, les bourgades poussiéreuses et leurs « diners » etc.) sont superbement représentés. Un polar noir, très noir, et rondement mené... une chouette découverte, et un Fauve selon moi mérité !

02/02/2020 (modifier)
Par Alix
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Thoreau - La vie sublime
Thoreau - La vie sublime

Quel album superbe, je commence vraiment à devenir fan du travail de Maximilien Le Roy, qui signe ici une biographie parfaite. Le sujet peut sembler sérieux, on associe souvent la philosophie aux réflexions pompeuses et abstraites... il s’agit pourtant ici d’humanisme, tout simplement. Thoreau pose une question légitime : un citoyen du monde doit il supporter un gouvernement dont les lois lui semblent immorales (ici, l’esclavage)... et surtout, comment y remédier ? Militantisme ? Révolution ? A noter une chouette intro de Maximilien, et une interview de Michel Granger en fin d’album (illustrée de superbes photos), qui apportent une profondeur supplémentaire au récit. La narration est aisée et fluide, grâce aux nombreux passages contemplatifs qui devraient ravir les amoureux de nature. Les dialogues philosophiques sont concis, écrits clairement, simplement. La mise en image est absolument sublime. Le message de Thoreau est très moderne, et sonne tellement juste en 2020. Je me retrouve incapable de faire le moindre reproche à cet album... note maximale, donc.

01/02/2020 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Traversée (Paurd)
La Traversée (Paurd)

Cet album me rappelle un peu les œuvres de Enfin Libre, dans le ton mais aussi la représentation graphique. On suit la marche en avant de deux soldats cherchant le champ de bataille... leurs péripéties sont amusantes au possible. Les dialogues sont remarquablement écrits, et les deux personnages ainsi que les situations loufoques et rocambolesques me rappellent un peu les enquêtes du duo de policiers dans la Nef des fous. Il y a aussi toute une réflexion sur la guerre, le ton s’assombrit carrément sur la fin. La mise en page est originale (mais un poil difficile à suivre par moments), avec un sens de lecture suivant les méandres du paysage. J’ai beaucoup souri voire rigolé à la lecture de cet album... une chouette découverte.

01/02/2020 (modifier)
Par Jean P
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Waterloo 1911
Waterloo 1911

Je rends le dernier tome de la série à la médiathèque encore frémissant. Énorme serait le qualificatif pour ce voyage à travers le temps et l'histoire. Personnellement, le scénario, les textes, le graphisme -parfois tenant du chef d'oeuvre à mon sens- m'ont tenu en haleine, surpris, pris à contre-pied, depuis cette trame de polar old school franchouillard jusqu'à l'épopée métaphysique et philosophique plongeant dans les profondeurs des concepts du temps, d'espace de réalité(s) cosmologique, sans oublier des notes d'humour. C'est fort, trash, osé. Assumé jusqu'au bout. Bravo !

29/01/2020 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Dieu vagabond
Le Dieu vagabond

Avec "Le Dieu vagabond" Fabrizio Dori nous propose de suivre la quête d'Eustis, satyre banni de l'Olympe pour avoir courtisé une nymphe. Sdf de son état, nous le retrouvons en périphérie de Milan aujourd'hui où cette espèce de dandy des temps moderne, survit grâce aux divinations qu'il procure en échange d'une bonne bouteille. En tant qu'adepte de Pan et de sa cours, on ne se refait pas ! Mais s'il se contente de peu, notre ami Eustis compte bien retrouver sa cour olympienne et va nous entrainer au fil des pages dans une aventure avec un compère inattendu afin de relever le défi qui lui est proposé par Hécate pour lever la malédiction qui pèse sur lui. Sans rien renier de la mythologie grecque et en lui restant fidèle, Fabrizio Dori réussi le pari un peu fou d'y mêler avec énormément de talent des influences graphiques du XIXe et XXe siècle pour le plus grand plaisir de nos yeux. Surtout que tout cela n'est pas gratuit mais composé intelligemment autour d'un scénario un brin loufoque (voire drôle) mais à la narration impeccable. Alors laissez vous porter par cet ovni aux qualités graphiques majestueuses et aux références mythologiques et artistiques astucieusement agencées !

28/01/2020 (modifier)