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Couverture de la série L'Homme de l'Année - 1888
L'Homme de l'Année - 1888

Cette relecture du mythe de Jack l'Eventreur qui a terrifié le quartier londonien de Whitechapel en 1888 dévoile enfin l'une des thèses les plus plausibles de cette effroyable affaire. Ce qui est intéressant, c'est que dès les premières pages, la narration dévoile le personnage central de l'histoire. Ce qui est sûr, c'est que le dénouement final s'en trouve amoindri par cette révélation, mais malgré cet artifice, la narration est habile et n'est pas négligeable, le lecteur n'est pas plongé dans le doute, mais en même temps, traiter ce sujet de cette façon, appelait à un développement devant entrer dans le cadre d'un album de 54 planches. Tout l'intérêt réside dans les raisons qui ont conduit le sinistre Jack à ses morbides et terrifiantes pulsions et comment il en est arrivé là. Cette histoire s'appuie sur les récentes enquêtes menées par 2 scientifiques britanniques en 2007, d'après des études génétiques autour de l'ADN retrouvé sur un châle ayant appartenu à la quatrième victime, Catherine Eddowes. Rappelons que Jack n'a commis que 5 meurtres sur des prostituées, contrairement à l'idée reçue qui lui en impute plus, mais il faut savoir qu'entre août et novembre 1888, il y a eu 11 meurtres atroces commis dans Whitechapel, c'est le modus operandi des 5 meurtres qui a permis de les attribuer à Jack, les autres n'étant que des imitations maladroites. J'ai vérifié sur internet ces études de 2007, et tout a l'air de concorder autour de ce barbier polonais, Aaron Kosminski qui il faut le signaler, était déjà le suspect n°1 de Scotland Yard en 1888 (non poursuivi par manque de preuves tangibles) parmi la centaine de suspects retenus, dont beaucoup étaient fantaisistes. Ce Aaron Kosminski n'a pourtant jamais été inquiété, il a fini ses jours dans un asile en 1919, on voit à travers cet album, que cet individu était quand même sérieusement dérangé. Comme on le voit, il suffisait juste aux auteurs de cette Bd d'imaginer un environnement autour du personnage, et comment ce fameux châle était retrouvé dans une vieille maison, en situant l'action au début du récit en 2007. Cette troublante révélation a cependant été contestée par d'autres scientifiques en raison de l'incertitude sur l'origine du châle. Cette thèse n'est peut-être pas véritable sur l'Eventreur, et on ne connaitra sans doute jamais la vérité, mais je la trouve intéressante, elle s'écarte de ce qui a été vu dans d'autres Bd comme From Hell qui s'appuyait sur celle du TV-film de 1988 avec Michael Caine, tout comme celle de Jack L'Eventreur (Soleil). Je n'ai jamais compris l'engouement autour de From Hell, ce pavé indigeste de 600 pages, tout ça parce qu'il est signé Alan Moore, auteur que je n'affectionne pas des masses ; j'ai essayé de le lire mais j'ai renoncé au-dela de 100 pages, c'est beaucoup trop verbeux et le dessin n'est vraiment pas joli, c'est pourquoi je n'ai jamais éprouvé le besoin d'en faire un avis dans ces colonnes, je préfère de loin le Jack L'Eventreur (Soleil) qui à mes yeux est bien meilleur. Dans cette version revisitée de l'Homme de l'année, au moins, la narration est fluide, avec des dialogues pas envahissants, elle parvient à retranscrire pleinement l'effroi suscité par cette ténébreuse affaire et arrive à tenir en haleine même si on sait dès le départ qui est le coupable, car tout repose sur le pourquoi. Après tout, dans la série TV Columbo, le concept est un peu le même, reste au petit lieutenant à découvrir le mobile des meurtres, et malgré ça, la série continue de passionner des millions de fans. J'aime beaucoup le dessin de Blasco-Martinez, créateur d'ambiance qui contribue à restituer l'atmosphère sombre et nocturne des crimes de Jack, c'est un dessin puissant et bien maîtrisé qui s'inspire un peu des Bd horror comics de la E.C. dans les années 50, dans un style plus moderniste, avec de bons cadrages, tout ceci accentue les effets lors des scènes de meurtres à travers des images très évocatrices.

16/06/2020 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Or et le Sang
L'Or et le Sang

Je lis très peu de BD en ce moment, bien qu'ayant une sacrée pile sur la table de chevet, mais j'entends lire chaque tome précieusement et gouter toute la saveur de chaque volume. Et je me suis plongé dans L'or et le Sang sans rien en savoir, juste enthousiaste à l'idée de lire une nouvelle BD qui me semblait fameuse. Eh bé ... Ça valait le coup de le faire, en tout cas ! Ces quatre volumes m'ont happé sans aucune difficulté, pour me plonger avec délice dans les aventures de ces deux compagnons de fortune, aristo et prolo, corse et bourgeois, enhardis par l'appât de l'aventure et du gain, se plongeant dans les méandres d'un Maroc connaissant la république du Rif. Une aventure haute en couleur, romancée mais prenante, qui m'a laissé ressortir doucement au bout de quatre tomes, ravi d'avoir participé à une telle entreprise. La première chose que j'ai apprécié, c'est le dessin et sa façon expressive de représenter les personnages. C'est dans l'action que je note le plus clairement la lisibilité, mais les décors sont magnifiques, discrets lorsqu'il le faut, et le rendu des pages est superbe. C'est un plaisir de lire et regarder, simplement se plonger dans le décor et la façon dont c'est fait. Les couleurs peu criardes, les expressions surtout, m'ont vraiment plu. C'est assez rare que le dessin soit la première chose que je note dans une série, mais pour le coup c'était réellement le premier truc qui m'a accroché. L'histoire n'est pas en reste, les deux compères idéalistes et matérialistes, mélangeant les faits de l'Histoire avec les aspirations personnelles et les volontés privées. J'ai beaucoup aimé l'apparition de certaines têtes bien connues, en Espagne ou en France, qui parsèment le récit. Ils nous rappellent que parfois ça s'est joué à un rien ... Calixte devient un personnage à la Lawrence d'Arabie, se trouvant un idéal dans la libération de ces peuples opprimés, Léon satisfaisant ses envies basses et matérielles, mais sans jamais se départir de certaines idées bien à lui. Un Corse dans toute sa splendeur, dirait-on ! Le ton est très sérieux, aventure et avec un côté historique, n'étant pas pour me déplaire. J'aime beaucoup la façon dont le pays se découvre, entre les tiraillements des clans, les luttes de pouvoir et d'enjeux, mais aussi la connaissance du terrain et les velléités d'émancipation de Abdelkrim el-Khattabi. Il y a une force romanesque dans ce récit, principalement porté par Calixte, mais également un message dur envers ceux qui voulaient simplement vivre libre. En ce sens, le rappel qui est fait de Il était une fois la révolution me semble pertinent. C'est dans le même ordre d'idée que ce qui est développé dans le film de Sergio Leone, et tout ne finira pas bien pour chacun. C'est un récit dont je n'attendais rien (enfin, si, sinon je ne l'aurais jamais acheté) mais qui m'a plu, réellement plu. C'était une lecture formidable, dépaysante et entrainante, dans le genre qui laisse émerveillé lorsqu'on revient au monde réel. Et, très franchement, ça fait du bien de lire ce genre de récit de temps en temps, malgré quelques détails qui pourraient faire tiquer, je suis passé outre. C'est un plaisir de lecture avant tout, et un gros plaisir, même.

13/06/2020 (modifier)
Couverture de la série L'Oasis
L'Oasis

Simon Hureau nous fait visiter son jardin et nous explique sa démarche destinée à favoriser la biodiversité. Surtout, il nous fait partager son enthousiasme, sa curiosité, sa passion et ses expériences… Et j’ai adoré. Parti de rien, il va constamment chercher à enrichir cet espace vert. Non seulement en créant divers lieux d’accueil pour la flore comme pour la faune (mais l’un ne va pas sans l’autre) mais aussi en agrandissant progressivement ce territoire, en le débarrassant de l’inutile à la nature (les cotonéasters, par exemple, vont rapidement être éjectés) et en l’ouvrant au maximum au vivant. Les planches nous offrent très régulièrement des dessins de la faune de son jardin. Oiseaux, insectes, arachnides, reptiles, batraciens, petits mammifères sont ainsi dessinés avec justesse et simplicité. On peut donc à loisir reconnaître tel ou tel animal croisé dans son propre jardin (j'ai bien aimé la larve de dytique :) ). La flore n’est bien entendu pas en reste et l’auteur a l’intelligence de ne pas nous assommer de références scientifique. Toutes les descriptions restent accessibles au grand public, au même titre que son expérience car ce qui est décrit dans ce livre est faisable partout -pourvu que l'on ait un jardin- et par tous -pourvu que l'on ait envie de consacrer du temps à son jardin et de laisser de la place aux autres vivants-. La complicité nait, et je me suis senti de la même tribu que Simon Hureau. D’autant plus que l’auteur n’est pas donneur de leçon mais reste toujours dans le partage de passion… Et les gens passionnés demeurent à mes yeux les plus passionnants. Cette démarche se rapprochant beaucoup de ma philosophie jardinière, ce livre m’a enthousiasmé, me donnant l’envie d’encore créer plus d’espaces hôtes pour le ‘sauvage’ dans mon jardin. J’espère qu’il fera naître des vocations chez d’autres lecteurs. A mes yeux, en tous les cas, il s’agit d’un exercice parfaitement réussi. Je conseille vivement.

12/06/2020 (modifier)
Par Gaston
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Lucky Luke
Lucky Luke

Après avoir relu dernièrement plusieurs albums de Lucky Luke, j'ai pris la résolution de refaire mon avis. Cela faisait déjà quelques temps que je pensais monter ma note et mettre la note maximale, mais j'avais des scrupules parce que si la série contient des chef d’œuvres , il y a aussi beaucoup d'albums moyens voire même carrément mauvais. La relecture récente d'une dizaine d'albums qui font partie de mes préférés m'a montré que malgré tous les mauvais albums, cette série mérite la note culte. Déjà, Lucky Luke est un des personnages les plus connus de la BD Franco-Belge, le nombre de produits dérivés de son univers le montre. Ensuite, l'arrivée de Goscinny a propulsé cette série, qui était sympathique lorsque Morris animait tout seul, vers des sommets que peu ont égalé dans la production de BD pour jeunes. Les personnages et les situations cultes sont légions dans ses albums et même ceux que je trouve moyens ont toujours une ou deux scènes d'anthologie. Il est aidé par Morris qui est en pleine forme au niveau du graphisme. Selon moi, il était le deuxième meilleur dessinateur de l'école Marcinelle des années 50-60, derrière Franquin qui est imbattable. L'humour est excellent et c'est une des BD qui me fait le plus marrer. Les Dalton et Ran Tan Plan font partie des meilleurs personnages de crétins jamais inventés. Ma période préférée est lorsque la série déménage chez Dargaud où Goscinny n'ayant plus Monsieur Dupuis sur le dos, va écrire des scénarios avec un ton plus mature comme Canyon Apache, Chasseur de primes et La guérison des Dalton. Malheureusement, suite à la mort de Goscinny, cela devient moins bon quoique contrairement à d'autres je ne jette pas tout ce qu'il s'est fait ensuite, probablement parce que j'ai aussi grandi avec ces albums. La période post-Goscinny de Dargaud est globalement bonne en dehors des albums d'histoires courtes et les adaptations en BD des films d'animations des années 70. Ces albums sont tout simplement mauvais et on voit très bien à quel point Lucky Luke était devenu une machine à fric. Ensuite, vient la période des années 90 avec Lucky Production/Comics. Si certains albums ont encore un scénario correct (le dernier album qui tient la route selon moi est O.K. Corral), le dessin de Morris va malheureusement perdre de sa superbe, notamment lorsqu'il va se mettre à faire du copier-coller. Une autre série victime de son succès. Il reste tout de même une bonne partie que j'adore. Culte malgré tout !

20/09/2007 (MAJ le 08/06/2020) (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ascender
Ascender

C'est sans connaître la série Descender que je découvre cet univers fantastique mêlant astucieusement SF et fantasy. Le récit est prenant d'emblée, et même sans connaître rien à l'univers d'origine, on est rapidement happé. D'une part parce que la narration est d'une rare efficacité et que les rebondissements et les personnages imposent un rythme soutenu, ensuite parce que le graphisme à l'aquarelle qui peut surprendre au début nous propose au final un touche graphique magnifique et très personnelle. C'est aussi grâce à ce subtil équilibre trouvé entre un monde faisant penser à Star Wars et les créatures du fantastique et de la fantasy classique (vampires, dragons, mages...) que le scénariste Jeff Lemire a visé juste pour nous servir cet univers unique. Ce premier tome se termine sur un cliff hanger qui forcément ne nous donne qu'une envie : LA SUITE ! Un très bon premier tome qui va de toute manière déjà me pousser vers la série Descender en attendant la suite prometteuse de cette nouvelle saga.

08/06/2020 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Aventures de Michel Swing
Les Aventures de Michel Swing

Déjà, ne pas se fier à la couverture rouge écarlate d'un pilote victorieux dans sa Formule 1, il ne s'agit pas vraiment ici d'une parodie de Michel Vaillant concoctée à 4 mains par Brüno et Jousselin mais d'un fantastique fourre-tout conçu comme un défi entre deux auteurs en pleine possession de leurs moyens. Prépublié sur le web dans les années 2000 lorsque l'un n'était pas encore reconnu pour Nemo ou Tyler Cross et le second encore moins pour Imbattable, les deux trublions décident de créer une histoire autour d'un champion de F1 contrarié par quelques esprits malfaisants jaloux et revanchards. Sa particularité ? Constituer l'histoire planche par planche et chacun son tour en tenant compte des directions de la planche précédente dans un format à l'italienne et dans une superbe bichromie noire et rouge. Ce qui aurait du être un joyeux bordel sans queue ni tête à la marabout bout de ficelle devient un cocktail détonnant et inventif avec pas mal d'humour, d'absurde et de situations rocambolesques. Il faut dire que Michel Swing est un peu le stéréotype du beau gosse chanceux dont le talent au volant n'est plus à contester. Son coach est un homme d'affaires motivé par la gloire et le succès un peu ronchon. Et on y ajoute un agent du FBI chargé de leur protection et tireur hors pair sans oublier la femme fatale : une journaliste canadienne éprise de notre pilote et surtout des possibles scoops à rédiger. Et des péripéties hors circuit, il s'en passe pas mal le long des 100 planches de cette longue aventure : assassins ninja, grand méchant à la Doctor MAD sorti tout droit d'Inspecteur Gadget, pièges retors machiavéliques et surtout beaucoup d'humour. Pas une minute d'ennui lorsque même les concepteurs ne savent pas eux-même comment tout cela va finir ! Ils se permettent même d'en complexifier les règles en tirant le nombre de cases à dessiner par planche par l'aide d'un dé à 12 faces !!! Graphiquement c'est du tout bon également : la bichromie permet d'harmoniser leurs styles pas si éloignés. Le petit bouquin comporte également un véritable jeu de course automobile détachable et de nombreux bonus. On ressort véritablement enchanté à la fin de la lecture et on rêve d'une nouvelle collaboration à l'identique sur un sujet différent... Les paris sont pris, qui osera relever ce défi ? Michel Swing est à offrir ou à se faire offrir sans modérations. Un bol d'air salvateur.

07/06/2020 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Malédiction des sept boules vertes
La Malédiction des sept boules vertes

A quoi voit-on qu'une bande dessinée est un chef-d'oeuvre ? Difficile à dire, mais quand on lit en une seule journée ses six tomes, et qu'on enchaîne le lendemain avec les deux tomes de son spin-off, je pense qu'à défaut de pouvoir la hisser au rang de chef-d'oeuvre, c'est tout au moins un critère suffisant pour constater qu'elle a intégré notre Panthéon personnel... De fait, La Malédiction des sept boules vertes est véritablement une saga captivante. Evoquant assez fortement l'univers du Seigneur des anneaux de Tolkien, la saga de Parcelier ne bascule pourtant jamais dans le plagiat, grâce à l'imagination sans failles de l'auteur/dessinateur, et à l'originalité de son récit. Pour apprécier La Malédiction des sept boules vertes, il faudra toutefois accepter de se laisser porter au gré des errances de l'imaginaire de Parcelier. Car en effet, même s'il y a un solide fil directeur, chaque tome peut presque se lire comme un one shot, tant chacun développe ses propres arcs narratifs, qu'il conclut sans attendre la conclusion générale. On pourra donc trouver la qualité des tomes variable en fonction des péripéties qui y sont développées, certaines étant absolument inutiles au récit global, pourtant je trouve que chaque épisode réussit à déployer des enjeux solides, en attendant la conclusion générale du récit. Lorsqu'elle arrive en fin du tome 4 (le plus faible à mes yeux), la conclusion m'a déçu. Je me suis vraiment dit : "Tout ça pour ça ?". Sans spoiler, le traitement de celui qu'on nous avait annoncé pendant 3 tomes comme le grand méchant de la saga m'a paru franchement décevant (difficile de ressentir une réelle puissance de son côté), malgré un twist qui s'appuyait sur une bonne idée. Quant aux boules vertes, on se demande à quoi elles auront servi, tout en se remémorant toutes les questions des tomes précédents restées sans réponses. On ne se plaint pas, on a bien profité de l'intrigue, mais on espérait quelque chose de plus grandiose. Et puis arrive le 5e tome... et le miracle s'accomplit ! Comme dans toute conclusion qui se respecte, Laurent Parcelier convoque des éléments issus des quatre tomes précédents, et les imbrique de manière à rassembler toutes les pièces du puzzle. Un retour aux origines bienvenu qui donne un vrai coup de fouet à la saga et lui permet de terminer en apothéose, s'offrant même le luxe d'introduire un nouvel élément scénaristique fascinant (en plus d'être dans la plus badass des cités lacustres) qui relance tout l'intérêt du lecteur. Pour ma part, je trouve qu'on a tôt fait de qualifier le tome 6 de "Hors-série" car, même si l'on peut s'arrêter sans conteste à la fin du tome 5 et préférer imaginer ce qui se passe après, Le Lutin farceur répond encore à toutes les nouvelles questions suscitées par la conclusion du tome précédent, et l'on découvre enfin cette mystérieuse Salle du temps et son étrange pouvoir. En termes de montage scénaristique, ce tome 6 est un prodige ! Racontant deux destins parallèles du personnage principal, chacune des pages répond à celle qui est juste à côté dans un entremêlement d'intrigues savamment orchestré. Ce "hors-série" est sans doute le tome le plus indispensable de la saga, tant il est génial ! Le génie de Parcelier ne réside pas vraiment dans ses personnages, sympathiques, mais à peu près tous trop lisses, il réside vraiment dans son intrigue, et son imaginaire incroyable qu'il arrive à parfaitement coucher sur le papier. Les péripéties sont toujours intéressantes, non pour ce qu'elles apportent à la résolution de l'intrigue, mais pour elles-mêmes. Même si on veut savoir comment tout cela va finir, on est toujours dans l'instant présent, et on veut d'abord savoir comment nos personnages vont se sortir de tel ou tel mauvais pas. En cela, l'univers fantastique développé par Laurent Parcelier fonctionne à merveille : mystérieuse forêt aux milles dangers, magicien très puissants, dragons, villes médiévales en pleine révolte, etc... Tous les poncifs du bon récit d'aventures fantastico-médiéval sont là sans pour autant tomber dans du déjà-vu. A chaque fois, l'auteur s'y entend pour relancer l'intérêt grâce à de nouvelles péripéties captivantes. Le dessin, lui, est formé d'une belle ligne claire, un peu inattendue (pour ma part) pour un récit d'une telle ampleur (on n'imagine pas Le Seigneur des Anneaux dessiné par Hergé), et pourtant, l'alchimie est efficace. Le trait assez épais de Parcelier sait donner vie à sa mythologie fascinante, et devient de plus en plus rigoureux au fil des albums (même s'il est bon dès le début). Rien à redire de ce côté-là. Enfin, concernant les deux tomes spin-off, intitulés Guilio et le drôle de monde, on ne perdra pas son temps en les lisant, car ils constituent une extension globalement sympathique aux six tomes précédents (rien à voir sur le plan narratif), mais ils ne réussissent pas à être au niveau global de la saga, tant deux tomes ne suffisent pas à développer des enjeux trop importants pour être traités aussi rapidement. A réserver aux fans les plus convaincus de La Malédiction des boules vertes. Dernière remarque : bon, et finalement, il y a quoi, dans cette putain de bouteille à tête de diable ???

07/06/2020 (modifier)
Couverture de la série Mahârâja
Mahârâja

Le Maharaja en question n’est presque qu’un simple prétexte, un personnage certes au centre de l’intrigue, mais aussi finalement « accessoire » (dans tous les sens – y compris sexuels – du terme). Il ne prononce d’ailleurs pas un seul mot de tout l’album ! Nous sommes en 1917, année charnière de la première guerre mondiale, et ce Maharaja indien s’accorde une virée en Italie, au bord du lac de Côme. Il est suivi de très près par son imposant (et séduisant !) harem, et de presque aussi près par certains services secrets. En effet, il projette de déclarer l’indépendance de son royaume. Les services secrets allemands sont donc intéressés par cet affaiblissement potentiel de l’Empire britannique, et dépêchent du monde pour le protéger du MI5 anglais, qui, lui, envoie un tueur pour éliminer ce prince rebelle. Les déboires que va rencontrer ce tueur anglais dans l’accomplissement de sa tâche m’ont fait penser au personnage de Milan, incarné par Ventura dans le film « L’emmerdeur ». Et d’ailleurs, chaque apparition de ce personnage ajoute une bonne touche d’humour – et ce jusqu’à l’épilogue, en forme de grosse farce ironique et noire ! Vous l’avez remarqué, je n’ai pour le moment pas encore évoqué l’aspect proprement érotique de l’album. C’est dire qu’on a là – même si c’est parfois un peu rapide et succinct (j’ai en particulier trouvée un chouia bâclée la fin) – un vrai scénario, mêlant aventure, espionnage et humour. Mais on est bien là dans une œuvre érotique. En effet, les parties fines se multiplient, que ce soit parmi les différents groupes qui gravitent autour du Maharaja et de sa suite (Italiens, espions allemands, etc) – notre Anglais étant une notable et amusante exception, malgré les avances légèrement outrancières de sa gironde d’aubergiste ! Surtout, dans l’hôtel de luxe où séjourne notre Maharaja, tout est fait pour le satisfaire – et il a de sacrées envies ! C’est ainsi que la directrice de la résidence (une belle rousse que nous retrouverons, dans un autre contexte et dans un rôle plus central, dans l’album suivant du même duo, Nuits Indiennes) mettant son établissement, son personnel, et sa jolie personne au service de son riche et majestueux client. Que ce soit en petit comité ou en groupe plus imposant, toutes les positions y passent ! Pour finir, il faut parler du dessin d’Artoupan, qui est vraiment original et réussi. Il parvient à merveille à restituer décors et costumes de cette époque, avec un rendu parfois proche des tableaux de Klimt ou du style Art nouveau. Le trait est à la fois réaliste et faussement maladroit, avec des airs de vieilles revues de mode, tout en étant, malgré l’aspect un peu « statique » de certaines situations, assez dynamique pour ne pas être que de l’illustration. En tout cas, nous avons clairement là un album qui sort du lot dans le domaine de la BD érotique (voire plus), assez ambitieuse au niveau du scénario, et avec un côté graphique lui aussi « charmant ». C’est plutôt une réussite du genre. J’avais déjà aimé les Nuits Indiennes, lues auparavant, et remercie Jetjet de m’avoir fait découvrir ces deux auteurs.

05/06/2020 (modifier)
Couverture de la série Seules à Berlin
Seules à Berlin

C’est une œuvre forte, dérangeante et psychologiquement violente que nous offre Nicolas Juncker. Elle nous permet de suivre une femme allemande dans le Berlin en ruine de la fin de la seconde guerre mondiale. Sans gants, l’auteur nous montre toute la violence tant émotionnelle que physique que représente le fait d’être une femme dans le camp des vaincus, d’être Allemand, d’avoir cru en Hitler et de voir son monde s’effondrer en même temps que les immeuble de sa ville, de devoir subir l’occupation dans sa ville, dans son lit, dans son corps. En contrepoint, l’auteur nous propose également de suivre une jeune soldate russe, confrontée à son propre endoctrinement. De cette rencontre va sinon naître une amitié, du moins une compréhension mutuelle. Et si la première ne se fait plus trop d’illusions, la seconde va voir les siennes mises à rude épreuve. Comme je le disais, le sujet est fort et dur. La mise en scène est cinglante et met bien en évidence toute la cruauté de la guerre, et plus particulièrement envers les femmes et les vaincus (et si vous combinez ces deux éléments, vous êtes clairement parmi les victimes les plus exposées). Mais Nicolas Juncker a l’intelligence de ne pas nous proposer un mouton bêlant comme héroïne. Ingrid n’est pas un ange, son discours se teinte régulièrement de relents antisémites. Pour elle, les camps de la mort sont une invention des services de propagande ennemis, par exemple. J’ai beaucoup apprécié le réalisme de ce portrait, plus conforme à l'idée que je me fais d'une jeune femme allemande marquée par des années de gouvernance nazie. Au niveau du dessin, la singularité principale du récit vient de sa colorisation. Grise. Car tout ici est gris… mais pas que ! Et quand la couleur refait soudainement son apparition, elle n’en a que plus d’impact, de force. Ca claque dans la tronche, ça remue ou ça soulage mais la couleur ne laisse pas indifférent. Une thématique forte et bien développée. Une écriture soignée. Un dessin lisible dans un style caricatural qui convient bien au sujet. Et une utilisation très pertinente des couleurs ou de leur absence. Franchement bien… mais pas le genre de bouquin qui vous remonte le moral.

04/06/2020 (modifier)
Couverture de la série L'Homme de L'Année - 09
L'Homme de L'Année - 09

Après 1356 (Révolutions - Quand l'Histoire de France a basculé), je retombe sur une Bd scénarisée par J.P. Pécau qui réussit mieux son coup ici avec cette approche du désastre des légions de Varus, l'une des plus cuisantes défaites des armées romaines. Il traite un sujet que Marini a mis 4 ou 5 albums à évoquer dans Les Aigles de Rome avec il est vrai pas mal de dérivatifs, mais en évitant de remonter aux origines d'Arminius, lorsqu'il est donné enfant en otage à Rome avec son frère Flavus pour qu'ils soient tous deux éduqués à la Romaine, puisqu'il s'intéresse à la fameuse bataille de Teutoburg qui fera se lamenter l'empereur Auguste ("Varus, rends-moi mes légions !"). Pécau montre bien le cheminement d'Arminius qui l'a conduit à une décision individuelle et personnelle, en exposant le mépris constant des officiers romains envers ceux qu'ils considèrent comme des "barbares", mot qui désignait tout ce qui n'était pas Romain, tout comme les Grecs nommaient barbares les peuples qui n'étaient pas Grecs. On sent la montée de la rancoeur et de l'acrimonie d'Arminius pour ceux qu'il a aidé à étendre l'empire de Rome sur des frontières de plus en plus reculées. Le fait déclencheur est sans doute la mort de son frère Flavus assassiné à Rome, on peut y voir aussi la lassitude de servir un Empire toujours aussi plein de morgue et de mépris pour son peuple des Chérusques. On sent aussi le code d'honneur des peuples de Germanie (visible dans le duel de justice entre 2 champions) ainsi que l'amour de leur terre et de leurs profondes forêts. De même que ses années au service de Rome lui ont appris la stratégie, il traduit son ras-le-bol par sa décision d'anéantir l'hégémonie romaine en fédérant les différents peuples germains. Tout ceci est bien perceptible. On ignore la cause exacte du revirement d'Arminius, ça n'a pratiquement jamais été expliqué par des historiens, mais je suis prêt à croire que ça a pu se passer ainsi, en tout cas ça parait logique. Arrive la bataille, elle semble un peu soudaine, comme improvisée, du reste elle n'est pas assez mise en valeur ; à la limite, je trouve la bataille du début en Dalmatie plus détaillée et mieux montrée. C'est le seul petit défaut de cet album que je trouve réussi. La victoire d'Arminius a en tout cas arrêté l'expansion romaine en Germanie, jamais ils ne chercheront à étendre leurs frontières au-dela, même si 4 ans après l'an 09, Germanicus viendra chercher une victoire peu probante contre ses peuples et que Thusnelda, la femme d'Arminius, sera emmenée prisonnière à Rome. Quant à Arminius, il ne périra qu'en 21 de notre ère, empoisonné par des conspirateurs (ceci est montré en fin d'album, sauf qu'il n'est pas poignardé comme on le voit). Le dessin est bizarre, je ne peux pas affirmer qu'il est beau, mais il a de la gueule ; comme dans Imperator (Bd que je n'ai pas aimée pour son scénario), je soupçonne un travail à l'ordi ou alors fait à partir de photos retravaillées concernant les décors forestiers, les édifices ou le traitement de la pierre, c'est assez chouette. Par contre les visages sont laids. J'aime bien aussi le montage, la mise en page et le déploiement de la bataille qui ouvre l'album, ça donne un côté un peu épique et violent. Voila donc une Bd qui donne une vision très plausible des raisons qui ont poussé cet homme de l'année 09 que fut Arminius à se venger des Romains qui ont toujours cherché à conquérir et à vouloir plus, il est bon de montrer que de temps en temps, des guerriers audacieux et féroces pouvaient leur foutre une raclée et freiner la machine romaine. Du reste, la figure d'Arminius est considérée comme un héros en Allemagne.

03/06/2020 (modifier)