Avec cet album, je découvre enfin l'oeuvre de Vink que j'avais longtemps retardée pour tout un tas de raisons, non pas que je ne voulais pas, mais parce qu'à chaque fois, je préférais une autre Bd et je repoussais sans cesse cette échéance ; j'ai souvent feuilleté ses albums en bibli, notamment Les Voyages de He Pao, et je me suis aperçu que ce dessin me plaisait énormément, avec ses compositions originales parfois proches de l'estampe et son aspect diaphane, mais ici, il s'agit de ses tout débuts dans la bande dessinée en 1979 dans le journal Tintin, le style est un peu différent. Je précise d'ailleurs que j'ai lu l'album d'origine édité en 1983, dans la collection Histoires et légendes du Lombard, et non la réédition, je trouve aussi que la couverture de 1983 est bien plus jolie.
Vink faisait une entrée remarquée en 1979 avec ces contes issus de son pays d'origine, le Vietnam, remplis de sagesse asiatique et d'un certain charme oriental, et joliment racontés dans un ton merveilleux, ce sont des récits qui ne peuvent se produire que dans des contrées asiatiques, aucun n'est meilleur qu'un autre, ils sont tous homogènes.
Ce qui est formidable, c'est que Vink ravit l'esprit autant que l'oeil, son dessin est vraiment magnifique, fin, précis, appliqué, au sens inné des couleurs que cet auteur a gardé de son enfance asiatique. Il parvient à créer un style unique qui n'appartient qu'à lui, en réunissant 2 courants esthétiques, celui de l'art graphique extrême-oriental et celui de l'école franco-belge à laquelle il adhère complètement, c'est extraordinaire, surtout pour une première Bd, quel talent !
Galvanisé par cette découverte rafraichissante, je vais donc à partir de maintenant, me lancer dans la découverte des autres bandes de Vink, comme Le Moine fou par exemple... enfin dès que les bibliothèques auront réouvert.
Geoff Johns continue d'écrire les aventures de Shazam et j'en redemande !
Contrairement à bien des comics de super-héros modernes, cette série est vraiment divertissante à lire et semble s’adresser à tous. Ceux qui ont adoré le film ne seront pas dépaysés. On retrouve Billy et sa famille adoptive ainsi que des méchants familiers comme Dr Shivana et Mister Mind. Le scénario est long et d'ailleurs il n'est toujours pas terminé à la fin de ce premier album, comme c'est souvent le cas avec les comics d'aujourd'hui, sauf que dans plusieurs cas j'ai l'impression que c'est lent et que les auteurs racontent en 6 numéros ce qu'ils pourraient raconter facilement avec seulement 2. Ici, il y a des péripéties et des rebondissements à chaque numéro et il n'y a pas de temps mort. Le scénariste introduit des nouveaux éléments intriguants dans l'univers de Shazam et il y a beaucoup d'imagination.
La personnalité des personnages est bien respectée, ce premier album pose bien les bases de ce qui pourrait être une bonne saga longue, j'ai une envie folle de lire la suite pour voir ce qui va se passer ensuite et les différents dessinateurs ont un style pas mal. Bref, plus je lis ses aventures, plus je suis fan de Shazam et de son univers !
Urban comics commence une nouvelle collection qui présente des vieilles histoires de DC comics moins connues que les classiques et il commence très bien avec cette mini-série centrée sur un personnage de l'univers de Batman peu connu des non-lecteurs de comics: Huntress, une fille issue d'une famille mafieuse qui ont tous été massacrés sauf elle et du coup elle va devenir une justicière qui attaque les mafieuses.
Elle est une anti-héroine, n'ayant eu aucun mal dans le passé à tuer et Batman n'a pas toujours confiance en elle, mais aujourd'hui elle s'est assagie. Malheureusement, quelqu'un tue des criminels en utilisant ses armes et du coup elle est accusée de crimes qu'elle n'a pas commis et elle devra prouver son innocence et elle sera aidée par le justicier la Question. C'est un scénario classique, mais très bien fait. Le scénariste présente bien le passé de l’héroïne ce qui aidera beaucoup les lecteurs qui ne la connaissent pas ou alors très peu (comme c'était mon cas !). Il répond aussi à la question 'pourquoi tout le monde de la famille de Huntress est mort sauf elle qui a été épargnée ?' et la réponse est bien trouvée. Un bon petit polar qui utilise bien la psychologie de Huntress. Le dessin est le genre de style moderne que j'aimerais bien retrouver plus souvent dans les comics. Il est bon et pas du tout froid et sans personnalité. Je dois aussi dire que j'aime bien mieux la personnalité de la Question ici que dans les vieilles histoires de son créateur Steve Ditko où il était un connard arrogant qui existait uniquement pour que les lecteurs sachent à quelle point les opinions politiques de Ditko étaient les seules qui étaient bonnes.
On a droit à deux histoires en bonus. La première montre un exploit de Huntress raconté du point de vue du commissaire Gordon et c'est pas mal. Il y aussi une histoire sur la Question et c'est moins bien. Le problème est que ce n'est pas une histoire qui peut se lire indépendamment, mais le premier numéro de la série sur la Question qui datait des années 80. On pose les bases de la série et pour se faire une meilleure idée si on aime la série ou non, il faut lire la suite et donc on a juste une introduction et cela me semble inutile de lire ce premier numéro si on ne peut pas lire la suite en français.
Que voila un petit (60 pages) polar en noir et blanc qui va être mon coup de cœur du moment et dans le genre. Les auteurs arrivent à la perfection au mélange des genres entre le polar et la magie. Comme le précise la couverture nous ne sommes pas loin pour ce qui est du polar de l'ambiance déjà présente dans l'excellent Fondu au noir de messieurs Phillips et Brubaker.
Dans un Los Angeles alternatif, Hope détective de son état est aidé dans ses enquêtes par une sorte de double ectoplasmique que lui seul voit. Le look de la créature est à mon avis plus qu'efficace comme le montre la couverture. Cette ville n'est ni meilleure ni pire que la vraie et ici l'enquête sur la disparition d'un enfant star nous entraine dans les méandres de la production cinématographique des années 40. Lucre et stupre sont de mises. Une enquête qui aurait pu être tout ce qu'il y a de plus banal, mais les apports de la magie et la personnalité du héros rajoutent une touche que j'ai particulièrement appréciée.
Cette histoire ne serait rien sans le coup de crayon de Jimmy Braxton, qui fignole ses fonds de cases et retranscrit à merveille l'ambiance des vieux films noirs de l'époque.
Pour ma part une belle découverte avec une fin ouverte qui peut laisser présager d'autres titres avec Hope.
Dans le genre un polar qui ravira les amateurs.
Comme cela arrive de temps à autre, « Béatrice » est une expérience de lecture fort singulière, totalement immersive d’un point de vue visuel, d’autant que cette histoire est entièrement muette. Aucun dialogue, ni commentaire, ni onomatopée ne vient interférer dans ce flux d’images incroyablement sensorielles, qui sont comme autant de tableaux extrêmement vivants se déployant sur de sublimes pleines pages. L’âme est submergée par ces couleurs chaudes dominées par le rouge, vif comme la veste de Béatrice, les tapis des galeries La Brouette, ou encore le sac égaré attirant l’œil de la jeune femme tel un aimant… ou plutôt un amant, comme on va le découvrir... Et comme chacun sait, le rouge est la couleur de la passion…
C’est donc totalement fasciné que l’on suit Béatrice, ballotée dans ce Paris fantasmé des années soixante-dix, merveilleusement reconstitué. Béatrice, petit bout de femme candide au look ordinaire mais au visage expressif et au sourire si doux, malmenée par la foule grise et anonyme des avenues marchandes et des gares, observe constamment le monde autour d’elle d’un regard tour à tour étonné, amusé, parfois un peu las, peut-être en quête de l’âme sœur, avant de se replonger dans son roman une fois assise dans le train de son train-train quotidien. Cette quête à la fois discrète et éperdue l’amènera vers ce sac rouge abandonné, qui mystérieusement ne semble être visible que d’elle, et contient un Graal ayant pris la forme d’un album photo.
Le jour où elle feuillettera pour la première fois le livre à souvenirs, notre héroïne, qui n’est pas dénuée d’imagination, va se lancer dans un drôle de jeu de piste amoureux. Les photos datant de l’entre-deux-guerres sont celles d’un homme plutôt séduisant posant aux côtés d’une jeune femme qui lui ressemble un peu, amie, épouse ou amante, … Le processus d’identification n’en sera que plus facile. C’est ainsi que Béatrice va essaimer tous les endroits de la capitale où celui qui va devenir rapidement son objet du désir a pris la pose, même si le temps a fait son travail de destruction ou de transformation parfois douteux… Une course vers un fantôme qui la portera vers des hauteurs extraordinaires, dans ces années folles enchanteresses, mais d’un irréalisme qui s’avérera funeste pour cette touchante victime d’un amour idéalisé…
Avare de mots, « Béatrice » n’en est pas moins une œuvre très généreuse, avec des images qui individuellement racontent une histoire dans l’histoire. Chaque case fourmille de détails, et le lecteur se retrouve entraîné dans une valse échevelée, qui s’apparente à une célébration poétique de la ville lumière. Ce magnifique one-shot est aussi l’histoire tragique d’une solitude dans la multitude, décrivant parfaitement la grisaille de l’anonymat en milieu urbain, grisaille estompée par le clinquant des néons. Par ailleurs, cette mise en abyme temporelle joue beaucoup avec notre attirance pour la nostalgie, nous exposant son charme autant que sa vacuité. Enfin, la narration très habile prouve ici toute la puissance de l’image, qui peut raconter tout aussi efficacement en l’absence de texte et nous emporter vers des dimensions inconnues. Autant de qualités qui en font un des titres incontournables de l’année.
Difficile de savoir ce qu'on évalue, quand on doit attribuer une note à Modeste et Pompon : est-ce qu'on doit mettre une note à toute la saga, ou est-ce qu'en fait, on ne note que la période Franquin, la principale et sans doute celle que tout le monde a lu sans forcément aller plus loin ?
Pour ma part, même si j'ai lu un peu la période Attanasio et quelques gags de Godard, c'est très essentiellement à la période Franquin que j'attribue cette note, ne connaissant pas assez la suite pour savoir ce que j'en pense vraiment. Il faut dire que cette ère se suffit à elle-même, tant le futur créateur de Gaston Lagaffe y démontre déjà toute l'étendue de son talent comique.
Comme on l'a déjà beaucoup dit avant moi, Modeste et Pompon incarne le stéréotype même de la bande dessinée comique des années 50-60. On y trouve tous les ingrédients des classiques de l'époque, de Boule et Bill à Achille Talon : un couple principal, lui impulsif et facilement sujet à la colère, elle spectatrice attendrie et amusée des déboires de son compagnon ; trois petits garçons qui ne ratent pas une occasion de faire un mauvais coup ; un voisin envahissant et un ami représentant de commerce qui se croit tout permis. Bref, de quoi faire un sacré cocktail !
Et de fait, Modeste et Pompon est un régal de tous les instants, en tous cas sous le règne de Franquin (auquel un certain Greg et un certain Goscinny viennent parfois prêter main forte). Les gags suscitent chez moi, presque à chaque page, une irrépressible hilarité, tant la chute parvient à être originale et assez souvent surprenante (certes pas toujours). Certes, on peut trouver que les personnages ne sont pas des plus attachants, mais je trouve que ça n'est pas le plus important pour une BD qui repose sur des gags d'une page. En revanche, l'alchimie entre tous ces personnages fonctionne à merveille, et crée des situations comiques imparables.
Témoin d'une époque, Modeste et Pompon survit tout de même bien à son âge, et n'a pas vieilli comme d'autres séries des années 50 peuvent l'avoir fait. Elle tient toujours la route grâce au talent comique de Franquin, qui rôde évidemment ici les codes qu'il réemploiera par la suite dans son oeuvre phare, le cultissime Gaston Lagaffe.
Mais pour autant, ce serait une erreur de juger Modeste et Pompon à l'ombre de Gaston Lagaffe, car même si, bien sûr, la saga est un (petit) cran en-dessous, elle développe quand même sa propre personnalité et son propre ton qui en font, non pas un brouillon de la plus grande saga de Franquin, mais une petite pépite tout-à-fait indépendante, qui se goûte pour ce qu'elle est : une série humoristique légère et bon enfant, qui atteint son but à merveille. Détendre et faire rire.
Même si Greg a finalement rarement écrit de très grandes bandes dessinées, j'en reste un fan inconditionnel, par le style qu'il aura contribué à créer, que ce soit dans l'humour délirant, dans sa maîtrise totale des mots, ou dans l'efficacité de ses récits, qui s'encombrent rarement de ramifications complexes, mais vont droit au but.
Et c'est bien ce qui caractérise Rock Derby. Si l'humour y est présent, il sait toutefois rester assez discret pour privilégier un récit policier ou d'aventures à la "Tintin". Le héros est certes trop lisse car trop parfait, mais il est entouré de personnages secondaires que Greg sait utiliser pour rehausser l'intrigue et les dialogues, et introduire quelques gags pour pimenter un peu le scénario.
On sera tout de même en droit de trouver que Rock Derby a profondément vieilli sur la forme, et de fait, l'ensemble est assez désuet. On sent que Greg en est encore à ses débuts, et la narration est parfois maladroite (dans le premier tome, le texte envahit certaines cases de manière excessive), de même que le dessin est assez simple. Toutefois, c'est ce côté épuré que j'aime bien dans Rock Derby, ainsi que la manière qu'a Greg de mener ses récits tambour battant, sans jamais relâcher le rythme.
En bref, ce n'est pas à lire comme une BD qui traverse les âges, mais plutôt comme le témoin d'une époque. Et bien sûr, à ne lire que si on est vraiment intéressé par les oeuvres moins connues de Greg.
Bon, je ne suis pas forcément très neutre sur ce coup-là, Yoko Tsuno, c'est toute mon enfance ! J'ai grandi avec, et j'ai rêvé un nombre incalculable fois en suivant ses aventures. J'aime beaucoup l'éclectisme des aventures, du policier à la science-fiction et au space opera, qui permet vraiment de rêver de différentes manières, selon notre envie du moment. Je pense que selon ce qu'on a envie de lire sur le moment, on trouvera toujours un tome de la saga qui correspond à cette envie.
Avec Spirou et Fantasio ou Blake et Mortimer, Yoko Tsuno fait partie de mes grands classiques de l'Aventure en BD (avec un grand A). Roger Leloup a trouvé une formule merveilleuse qui fait mouche presque à chaque album. Déjà, son trio de personnages principaux témoigne d'une bonne alchimie. Si j'ai toujours trouvé dommage que le pauvre Vic soit constamment réduit à un rôle utilitaire qui le fait disparaître au profit des deux autres, il y a quand même un assez bon équilibre entre les trois, qui leur permet de tempérer les ardeurs des deux autres. Yoko Tsuno est une héroïne un peu trop parfaite, mais il arrive qu'elle fasse des erreurs, et Pol, qui sert avant tout de comic relief, a toutefois toujours une utilité dans l'intrigue.
Et surtout, ce sont des personnages qui ont des sentiments : à ce titre, mon tome préféré, La Fille du vent, fait partie des rares bandes dessinées ayant réussi à me faire ressentir une véritable émotion qui me serre le cœur pour le sort des personnages. C'est assez rare dans la saga, certes, mais parfois, l'auteur sait insuffler de beaux sentiments (qui peuvent d'ailleurs friser le mielleux par moments) dans ses récits et leur offrir occasionnellement une jolie morale, particulièrement lorsqu'il flirte avec le space opera.
Les intrigues, elles, sont bien élaborées, et réussissent à surprendre et à se montrer toujours originales en étant rarement tirées par les cheveux. A noter, tout de même, que depuis les années 2000, la saga a tendance à s'essouffler, mieux vaut s'arrêter à La Pagode des brumes pour ne pas commencer à voir la baisse de qualité, due à un trop plein de personnages secondaires et à une surcharge des intrigues, qui en deviennent trop complexes.
Au niveau du dessin, le trait de Roger Leloup est d'une maîtrise impressionnante, et donne des dessins extrêmement élégants. Adoptant un style plus réaliste à partir du tome 5, les personnages sont bien proportionnés, et la volonté d'un style plutôt réaliste donne de très belles images, par une jolie colorisation. Les décors ne sont d'ailleurs pas en reste, et Leloup ne se prive pas pour nous donner l'occasion de contempler plus en détail le cadre dans lequel agissent les personnages, ce qui donne une dimension plus spectaculaire à la bande dessinée.
Enfin bref, qu'elle fasse dans le thriller, le fantastique, la science-fiction ou le space opera, la saga de Roger Leloup accomplit sa tâche de manière absolument parfaite. On se prend toujours très facilement aux récits, chaque histoire apporte son lot de rêve et de frissons, et une fois qu'on a fermée n'importe quel tome, on a toujours envie de continuer à découvrir cet univers fascinant.
Au bilan, je n'hésite pas à dire que Yoko Tsuno est un monument du neuvième art, par ses qualités narratives et graphiques indéniables. Toutefois, si elle est parfaite pour accompagner la grande enfance et l'adolescence, il est peut-être moins indispensable de découvrir la saga une fois adulte.
Déjà 194 avis sur cette série ! Il n’y a pas mieux dans BDthèque. Allez zou je vais m’y coller aussi. le compteur va passer à 195 !
XIII est une série initiée par Jean Van Hamme au scénario et William Vance au dessin. Le premier album – le jour du soleil noir - est publié en 1984. Il y a presque 40 ans !
La série se déroule aux Etats-Unis. C’est l’histoire d’un amnésique, blessé par balle à la tempe, qui ne se souvient plus de son nom et la signification de son mystérieux tatouage au-dessus de la clavicule gauche, le chiffre « XIII ». Très rapidement il découvre qu’un tueur à gage cherche à l’éliminer.
Il se met à la recherche de son identité. Il découvre un vaste complot à l’origine de l’assassinat du président des Etats Unis !
Jean Van Hamme s’inspire du roman de Robert Ludlum, « la mémoire dans la peau » ainsi que de l'assassinat du président américain John Fitzgerald Kennedy à Dallas le 22 novembre 1963.
Durant 19 albums, nous suivrons les aventures haletantes de notre héros. Je dis bien 19 albums car pour moi, l’album « le dernier round » clos le cycle 1. Le second cycle, à partir de l’album 20 « le jour du Mayflower » est repris par Yves Sente et Youri Jigounov.
Au-delà des albums XIII, quand on veut tirer le filon jusqu’à la corde d’un succès, on voit aussi apparaitre la publication d’une série dérivée nommée XIII Mystery. Différents auteurs interviennent pour parcourir le passé de certains protagonistes importants de la série.
Considérant que la saga est terminée depuis bien longtemps, mon avis portera sur les 19 premiers tomes. On peut en effet se passer des albums récapitulatifs des différents épisodes.
C’est une série culte. Je m’agenouille devant le crayonné de William Vance. Incroyable. J’adore. L’histoire est un vrai thriller captivant. L’intrigue est un peu alambiquée mais lisible et les rebondissements nombreux. Ne rechignons pas à prendre du plaisir en re lisant les aventures de XIII.
C'est un petit bonbon sucré cette série jubilatoire.
A l'occasion de la récente sortie de l'excellent tome 5, je me suis refait toute cette saga, et décidément, qu'est-ce que c'est bon !!!
Tout est complètement génial, dans Le Château des étoiles. Le dessin est somptueux, typique de la patte graphique unique (oui, ça fait beaucoup de "-ique", il y a comme un hic) d'Alex Alice, et la colorisation à la fois chaleureuse et un peu voilée, le met parfaitement en valeur. Je trouve que chaque planche est un enchantement et on a envie de s'y plonger totalement pour toujours mieux goûter l'univers fascinant que l'auteur/dessinateur a imaginé pour nous.
Fascinant, cet univers l'est bel et bien. J'ai toujours adoré le genre steampunk et le XIXe siècle : c'est dire à quel point cette saga est faite pour moi. Dans la plus grande lignée d'un Jules Verne, Alex Alice met donc en scène un XIXe siècle qui, au fil des tomes, va s'émanciper peu à peu de la réalité historique, pour devenir un véritable univers parallèle façonné par le progrès scientifique, qu'on découvre avec des yeux toujours de plus en plus grands. D'ailleurs, c'est ma seule déception (pour l'instant) du tome 5 : le retour dans un Paris complètement modifié par la science est une idée de génie, mais malheureusement pas assez exploitée, encore. On a quelques très beaux plans de Paris sillonné par les dirigeables et autres machines volantes, mais ça reste une toile de fond.
Du côté du scénario, là aussi, c'est du tout bon : les personnages sont très attachants et ont des motivations qui nous permettent de ressentir une véritable empathie avec eux. Scientifiques désireux de prouver leurs hypothèses, héros prêts à tout pour sauver la mémoire de leur mère (ou épouse), jeux de pouvoirs de puissants qui veulent exploiter la science à leur profit... C'est du classique, mais c'est terriblement efficace.
On veut vraiment suivre tous les personnages (même les méchants) jusqu'au bout de leur quête pour voir où celle-ci va les mener, et le plus beau, c'est que, quand Alice brise le mystère et qu'on touche enfin au but (provisoire, bien sûr, la saga n'étant pas fini), on n'est jamais déçu. Chacun des tomes de l'intégrale (c'est-à-dire des albums cartonnés) témoigne d'une densité narrative exemplaire, qui fait qu'à chaque fois, on en a clairement pour son argent. Les évolutions des personnages sont très intéressantes à suivre, et le contexte historique permet à Alex Alice de renforcer la cohérence interne de son univers.
En effet, j'aime beaucoup la manière qu'a l'auteur d'introduire des personnages historiques au sein du récit, même en les déformant quelque peu, mais en leur donnant toujours un rôle secondaire dans l'intrigue. Cela lui permet de ne pas aller trop loin dans la distorsion de la réalité, tout en ayant les coudées franches (plus que si ces figures historiques avaient été les héros). Le Château des étoiles revêt grâce à cela une dimension géopolitique vraiment captivante, qui décolle carrément avec l'arrivée de Napoléon III dans le tome 5. Je préfère ce côté géopolitique à l'aspect plus ésotérique sur la quête de l'origine de l'univers, même si je suis curieux de voir comment l'auteur va faire se terminer cette quête.
D'ailleurs, dans la manière de mener son récit, Alex Alice est très bon pour toujours trouver LA péripétie qui relance parfaitement l'intrigue au moment où celle-ci commence à s'appesantir. Dans chacun des tomes, on se demande un peu si l'auteur saura rebondir sur tel ou tel élément, et toujours, il y arrive à merveille.
Avec ça, comme dans Siegfried, Alex Alice démontre dans cette saga une maîtrise incroyable du grand spectacle. Qu'il s'agisse de la découverte de la face cachée de la Lune, de l'exploration de Mars (bénéficiant d'un suspense qui est un modèle du genre) ou d'une poursuite dans les airs de Paris (bel hommage à Notre-Dame, au passage), l'auteur/dessinateur nous prouve à chaque fois qu'il a un véritable talent pour mettre en scène l'action et la restituer dans toute sa grandeur. En cela, Le Château des étoiles constitue sans nul doute un véritable blockbuster de la bande dessinée, et un des plus beaux !
Bref, j'aurais toujours beaucoup de choses à dire sur cette saga culte ! Je lui reconnais certes quelques légers défauts ici et là. Notamment, l'intrigue devient parfois un peu trop difficile à suivre, on ne sait plus trop où on en est, mais dans l'ensemble, ça se suit quand même bien. Quelques décrochages au niveau du rythme sont à noter aussi, mais c'est souvent très passager. En ce qui me concerne, ça ne m'a pas empêché d'accrocher dès la 1re page du premier tome et de ne plus lâcher les tomes successifs jusqu'à la dernière page du dernier sorti.
Finalement, le seul gros défaut de cette saga, c'est l'attente interminable qu'on subit entre deux tomes... Heureusement, on peut toujours lire et relire chacun des tomes de cette saga épique et poétique sans se lasser !
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Derrière la haie de bambous - Contes et légendes du Vietnam
Avec cet album, je découvre enfin l'oeuvre de Vink que j'avais longtemps retardée pour tout un tas de raisons, non pas que je ne voulais pas, mais parce qu'à chaque fois, je préférais une autre Bd et je repoussais sans cesse cette échéance ; j'ai souvent feuilleté ses albums en bibli, notamment Les Voyages de He Pao, et je me suis aperçu que ce dessin me plaisait énormément, avec ses compositions originales parfois proches de l'estampe et son aspect diaphane, mais ici, il s'agit de ses tout débuts dans la bande dessinée en 1979 dans le journal Tintin, le style est un peu différent. Je précise d'ailleurs que j'ai lu l'album d'origine édité en 1983, dans la collection Histoires et légendes du Lombard, et non la réédition, je trouve aussi que la couverture de 1983 est bien plus jolie. Vink faisait une entrée remarquée en 1979 avec ces contes issus de son pays d'origine, le Vietnam, remplis de sagesse asiatique et d'un certain charme oriental, et joliment racontés dans un ton merveilleux, ce sont des récits qui ne peuvent se produire que dans des contrées asiatiques, aucun n'est meilleur qu'un autre, ils sont tous homogènes. Ce qui est formidable, c'est que Vink ravit l'esprit autant que l'oeil, son dessin est vraiment magnifique, fin, précis, appliqué, au sens inné des couleurs que cet auteur a gardé de son enfance asiatique. Il parvient à créer un style unique qui n'appartient qu'à lui, en réunissant 2 courants esthétiques, celui de l'art graphique extrême-oriental et celui de l'école franco-belge à laquelle il adhère complètement, c'est extraordinaire, surtout pour une première Bd, quel talent ! Galvanisé par cette découverte rafraichissante, je vais donc à partir de maintenant, me lancer dans la découverte des autres bandes de Vink, comme Le Moine fou par exemple... enfin dès que les bibliothèques auront réouvert.
Shazam Rebirth
Geoff Johns continue d'écrire les aventures de Shazam et j'en redemande ! Contrairement à bien des comics de super-héros modernes, cette série est vraiment divertissante à lire et semble s’adresser à tous. Ceux qui ont adoré le film ne seront pas dépaysés. On retrouve Billy et sa famille adoptive ainsi que des méchants familiers comme Dr Shivana et Mister Mind. Le scénario est long et d'ailleurs il n'est toujours pas terminé à la fin de ce premier album, comme c'est souvent le cas avec les comics d'aujourd'hui, sauf que dans plusieurs cas j'ai l'impression que c'est lent et que les auteurs racontent en 6 numéros ce qu'ils pourraient raconter facilement avec seulement 2. Ici, il y a des péripéties et des rebondissements à chaque numéro et il n'y a pas de temps mort. Le scénariste introduit des nouveaux éléments intriguants dans l'univers de Shazam et il y a beaucoup d'imagination. La personnalité des personnages est bien respectée, ce premier album pose bien les bases de ce qui pourrait être une bonne saga longue, j'ai une envie folle de lire la suite pour voir ce qui va se passer ensuite et les différents dessinateurs ont un style pas mal. Bref, plus je lis ses aventures, plus je suis fan de Shazam et de son univers !
Batman - Huntress - Dette de Sang (Cry for blood)
Urban comics commence une nouvelle collection qui présente des vieilles histoires de DC comics moins connues que les classiques et il commence très bien avec cette mini-série centrée sur un personnage de l'univers de Batman peu connu des non-lecteurs de comics: Huntress, une fille issue d'une famille mafieuse qui ont tous été massacrés sauf elle et du coup elle va devenir une justicière qui attaque les mafieuses. Elle est une anti-héroine, n'ayant eu aucun mal dans le passé à tuer et Batman n'a pas toujours confiance en elle, mais aujourd'hui elle s'est assagie. Malheureusement, quelqu'un tue des criminels en utilisant ses armes et du coup elle est accusée de crimes qu'elle n'a pas commis et elle devra prouver son innocence et elle sera aidée par le justicier la Question. C'est un scénario classique, mais très bien fait. Le scénariste présente bien le passé de l’héroïne ce qui aidera beaucoup les lecteurs qui ne la connaissent pas ou alors très peu (comme c'était mon cas !). Il répond aussi à la question 'pourquoi tout le monde de la famille de Huntress est mort sauf elle qui a été épargnée ?' et la réponse est bien trouvée. Un bon petit polar qui utilise bien la psychologie de Huntress. Le dessin est le genre de style moderne que j'aimerais bien retrouver plus souvent dans les comics. Il est bon et pas du tout froid et sans personnalité. Je dois aussi dire que j'aime bien mieux la personnalité de la Question ici que dans les vieilles histoires de son créateur Steve Ditko où il était un connard arrogant qui existait uniquement pour que les lecteurs sachent à quelle point les opinions politiques de Ditko étaient les seules qui étaient bonnes. On a droit à deux histoires en bonus. La première montre un exploit de Huntress raconté du point de vue du commissaire Gordon et c'est pas mal. Il y aussi une histoire sur la Question et c'est moins bien. Le problème est que ce n'est pas une histoire qui peut se lire indépendamment, mais le premier numéro de la série sur la Question qui datait des années 80. On pose les bases de la série et pour se faire une meilleure idée si on aime la série ou non, il faut lire la suite et donc on a juste une introduction et cela me semble inutile de lire ce premier numéro si on ne peut pas lire la suite en français.
Hope
Que voila un petit (60 pages) polar en noir et blanc qui va être mon coup de cœur du moment et dans le genre. Les auteurs arrivent à la perfection au mélange des genres entre le polar et la magie. Comme le précise la couverture nous ne sommes pas loin pour ce qui est du polar de l'ambiance déjà présente dans l'excellent Fondu au noir de messieurs Phillips et Brubaker. Dans un Los Angeles alternatif, Hope détective de son état est aidé dans ses enquêtes par une sorte de double ectoplasmique que lui seul voit. Le look de la créature est à mon avis plus qu'efficace comme le montre la couverture. Cette ville n'est ni meilleure ni pire que la vraie et ici l'enquête sur la disparition d'un enfant star nous entraine dans les méandres de la production cinématographique des années 40. Lucre et stupre sont de mises. Une enquête qui aurait pu être tout ce qu'il y a de plus banal, mais les apports de la magie et la personnalité du héros rajoutent une touche que j'ai particulièrement appréciée. Cette histoire ne serait rien sans le coup de crayon de Jimmy Braxton, qui fignole ses fonds de cases et retranscrit à merveille l'ambiance des vieux films noirs de l'époque. Pour ma part une belle découverte avec une fin ouverte qui peut laisser présager d'autres titres avec Hope. Dans le genre un polar qui ravira les amateurs.
Béatrice (Mertens)
Comme cela arrive de temps à autre, « Béatrice » est une expérience de lecture fort singulière, totalement immersive d’un point de vue visuel, d’autant que cette histoire est entièrement muette. Aucun dialogue, ni commentaire, ni onomatopée ne vient interférer dans ce flux d’images incroyablement sensorielles, qui sont comme autant de tableaux extrêmement vivants se déployant sur de sublimes pleines pages. L’âme est submergée par ces couleurs chaudes dominées par le rouge, vif comme la veste de Béatrice, les tapis des galeries La Brouette, ou encore le sac égaré attirant l’œil de la jeune femme tel un aimant… ou plutôt un amant, comme on va le découvrir... Et comme chacun sait, le rouge est la couleur de la passion… C’est donc totalement fasciné que l’on suit Béatrice, ballotée dans ce Paris fantasmé des années soixante-dix, merveilleusement reconstitué. Béatrice, petit bout de femme candide au look ordinaire mais au visage expressif et au sourire si doux, malmenée par la foule grise et anonyme des avenues marchandes et des gares, observe constamment le monde autour d’elle d’un regard tour à tour étonné, amusé, parfois un peu las, peut-être en quête de l’âme sœur, avant de se replonger dans son roman une fois assise dans le train de son train-train quotidien. Cette quête à la fois discrète et éperdue l’amènera vers ce sac rouge abandonné, qui mystérieusement ne semble être visible que d’elle, et contient un Graal ayant pris la forme d’un album photo. Le jour où elle feuillettera pour la première fois le livre à souvenirs, notre héroïne, qui n’est pas dénuée d’imagination, va se lancer dans un drôle de jeu de piste amoureux. Les photos datant de l’entre-deux-guerres sont celles d’un homme plutôt séduisant posant aux côtés d’une jeune femme qui lui ressemble un peu, amie, épouse ou amante, … Le processus d’identification n’en sera que plus facile. C’est ainsi que Béatrice va essaimer tous les endroits de la capitale où celui qui va devenir rapidement son objet du désir a pris la pose, même si le temps a fait son travail de destruction ou de transformation parfois douteux… Une course vers un fantôme qui la portera vers des hauteurs extraordinaires, dans ces années folles enchanteresses, mais d’un irréalisme qui s’avérera funeste pour cette touchante victime d’un amour idéalisé… Avare de mots, « Béatrice » n’en est pas moins une œuvre très généreuse, avec des images qui individuellement racontent une histoire dans l’histoire. Chaque case fourmille de détails, et le lecteur se retrouve entraîné dans une valse échevelée, qui s’apparente à une célébration poétique de la ville lumière. Ce magnifique one-shot est aussi l’histoire tragique d’une solitude dans la multitude, décrivant parfaitement la grisaille de l’anonymat en milieu urbain, grisaille estompée par le clinquant des néons. Par ailleurs, cette mise en abyme temporelle joue beaucoup avec notre attirance pour la nostalgie, nous exposant son charme autant que sa vacuité. Enfin, la narration très habile prouve ici toute la puissance de l’image, qui peut raconter tout aussi efficacement en l’absence de texte et nous emporter vers des dimensions inconnues. Autant de qualités qui en font un des titres incontournables de l’année.
Modeste et Pompon
Difficile de savoir ce qu'on évalue, quand on doit attribuer une note à Modeste et Pompon : est-ce qu'on doit mettre une note à toute la saga, ou est-ce qu'en fait, on ne note que la période Franquin, la principale et sans doute celle que tout le monde a lu sans forcément aller plus loin ? Pour ma part, même si j'ai lu un peu la période Attanasio et quelques gags de Godard, c'est très essentiellement à la période Franquin que j'attribue cette note, ne connaissant pas assez la suite pour savoir ce que j'en pense vraiment. Il faut dire que cette ère se suffit à elle-même, tant le futur créateur de Gaston Lagaffe y démontre déjà toute l'étendue de son talent comique. Comme on l'a déjà beaucoup dit avant moi, Modeste et Pompon incarne le stéréotype même de la bande dessinée comique des années 50-60. On y trouve tous les ingrédients des classiques de l'époque, de Boule et Bill à Achille Talon : un couple principal, lui impulsif et facilement sujet à la colère, elle spectatrice attendrie et amusée des déboires de son compagnon ; trois petits garçons qui ne ratent pas une occasion de faire un mauvais coup ; un voisin envahissant et un ami représentant de commerce qui se croit tout permis. Bref, de quoi faire un sacré cocktail ! Et de fait, Modeste et Pompon est un régal de tous les instants, en tous cas sous le règne de Franquin (auquel un certain Greg et un certain Goscinny viennent parfois prêter main forte). Les gags suscitent chez moi, presque à chaque page, une irrépressible hilarité, tant la chute parvient à être originale et assez souvent surprenante (certes pas toujours). Certes, on peut trouver que les personnages ne sont pas des plus attachants, mais je trouve que ça n'est pas le plus important pour une BD qui repose sur des gags d'une page. En revanche, l'alchimie entre tous ces personnages fonctionne à merveille, et crée des situations comiques imparables. Témoin d'une époque, Modeste et Pompon survit tout de même bien à son âge, et n'a pas vieilli comme d'autres séries des années 50 peuvent l'avoir fait. Elle tient toujours la route grâce au talent comique de Franquin, qui rôde évidemment ici les codes qu'il réemploiera par la suite dans son oeuvre phare, le cultissime Gaston Lagaffe. Mais pour autant, ce serait une erreur de juger Modeste et Pompon à l'ombre de Gaston Lagaffe, car même si, bien sûr, la saga est un (petit) cran en-dessous, elle développe quand même sa propre personnalité et son propre ton qui en font, non pas un brouillon de la plus grande saga de Franquin, mais une petite pépite tout-à-fait indépendante, qui se goûte pour ce qu'elle est : une série humoristique légère et bon enfant, qui atteint son but à merveille. Détendre et faire rire.
Rock Derby
Même si Greg a finalement rarement écrit de très grandes bandes dessinées, j'en reste un fan inconditionnel, par le style qu'il aura contribué à créer, que ce soit dans l'humour délirant, dans sa maîtrise totale des mots, ou dans l'efficacité de ses récits, qui s'encombrent rarement de ramifications complexes, mais vont droit au but. Et c'est bien ce qui caractérise Rock Derby. Si l'humour y est présent, il sait toutefois rester assez discret pour privilégier un récit policier ou d'aventures à la "Tintin". Le héros est certes trop lisse car trop parfait, mais il est entouré de personnages secondaires que Greg sait utiliser pour rehausser l'intrigue et les dialogues, et introduire quelques gags pour pimenter un peu le scénario. On sera tout de même en droit de trouver que Rock Derby a profondément vieilli sur la forme, et de fait, l'ensemble est assez désuet. On sent que Greg en est encore à ses débuts, et la narration est parfois maladroite (dans le premier tome, le texte envahit certaines cases de manière excessive), de même que le dessin est assez simple. Toutefois, c'est ce côté épuré que j'aime bien dans Rock Derby, ainsi que la manière qu'a Greg de mener ses récits tambour battant, sans jamais relâcher le rythme. En bref, ce n'est pas à lire comme une BD qui traverse les âges, mais plutôt comme le témoin d'une époque. Et bien sûr, à ne lire que si on est vraiment intéressé par les oeuvres moins connues de Greg.
Yoko Tsuno
Bon, je ne suis pas forcément très neutre sur ce coup-là, Yoko Tsuno, c'est toute mon enfance ! J'ai grandi avec, et j'ai rêvé un nombre incalculable fois en suivant ses aventures. J'aime beaucoup l'éclectisme des aventures, du policier à la science-fiction et au space opera, qui permet vraiment de rêver de différentes manières, selon notre envie du moment. Je pense que selon ce qu'on a envie de lire sur le moment, on trouvera toujours un tome de la saga qui correspond à cette envie. Avec Spirou et Fantasio ou Blake et Mortimer, Yoko Tsuno fait partie de mes grands classiques de l'Aventure en BD (avec un grand A). Roger Leloup a trouvé une formule merveilleuse qui fait mouche presque à chaque album. Déjà, son trio de personnages principaux témoigne d'une bonne alchimie. Si j'ai toujours trouvé dommage que le pauvre Vic soit constamment réduit à un rôle utilitaire qui le fait disparaître au profit des deux autres, il y a quand même un assez bon équilibre entre les trois, qui leur permet de tempérer les ardeurs des deux autres. Yoko Tsuno est une héroïne un peu trop parfaite, mais il arrive qu'elle fasse des erreurs, et Pol, qui sert avant tout de comic relief, a toutefois toujours une utilité dans l'intrigue. Et surtout, ce sont des personnages qui ont des sentiments : à ce titre, mon tome préféré, La Fille du vent, fait partie des rares bandes dessinées ayant réussi à me faire ressentir une véritable émotion qui me serre le cœur pour le sort des personnages. C'est assez rare dans la saga, certes, mais parfois, l'auteur sait insuffler de beaux sentiments (qui peuvent d'ailleurs friser le mielleux par moments) dans ses récits et leur offrir occasionnellement une jolie morale, particulièrement lorsqu'il flirte avec le space opera. Les intrigues, elles, sont bien élaborées, et réussissent à surprendre et à se montrer toujours originales en étant rarement tirées par les cheveux. A noter, tout de même, que depuis les années 2000, la saga a tendance à s'essouffler, mieux vaut s'arrêter à La Pagode des brumes pour ne pas commencer à voir la baisse de qualité, due à un trop plein de personnages secondaires et à une surcharge des intrigues, qui en deviennent trop complexes. Au niveau du dessin, le trait de Roger Leloup est d'une maîtrise impressionnante, et donne des dessins extrêmement élégants. Adoptant un style plus réaliste à partir du tome 5, les personnages sont bien proportionnés, et la volonté d'un style plutôt réaliste donne de très belles images, par une jolie colorisation. Les décors ne sont d'ailleurs pas en reste, et Leloup ne se prive pas pour nous donner l'occasion de contempler plus en détail le cadre dans lequel agissent les personnages, ce qui donne une dimension plus spectaculaire à la bande dessinée. Enfin bref, qu'elle fasse dans le thriller, le fantastique, la science-fiction ou le space opera, la saga de Roger Leloup accomplit sa tâche de manière absolument parfaite. On se prend toujours très facilement aux récits, chaque histoire apporte son lot de rêve et de frissons, et une fois qu'on a fermée n'importe quel tome, on a toujours envie de continuer à découvrir cet univers fascinant. Au bilan, je n'hésite pas à dire que Yoko Tsuno est un monument du neuvième art, par ses qualités narratives et graphiques indéniables. Toutefois, si elle est parfaite pour accompagner la grande enfance et l'adolescence, il est peut-être moins indispensable de découvrir la saga une fois adulte.
XIII
Déjà 194 avis sur cette série ! Il n’y a pas mieux dans BDthèque. Allez zou je vais m’y coller aussi. le compteur va passer à 195 ! XIII est une série initiée par Jean Van Hamme au scénario et William Vance au dessin. Le premier album – le jour du soleil noir - est publié en 1984. Il y a presque 40 ans ! La série se déroule aux Etats-Unis. C’est l’histoire d’un amnésique, blessé par balle à la tempe, qui ne se souvient plus de son nom et la signification de son mystérieux tatouage au-dessus de la clavicule gauche, le chiffre « XIII ». Très rapidement il découvre qu’un tueur à gage cherche à l’éliminer. Il se met à la recherche de son identité. Il découvre un vaste complot à l’origine de l’assassinat du président des Etats Unis ! Jean Van Hamme s’inspire du roman de Robert Ludlum, « la mémoire dans la peau » ainsi que de l'assassinat du président américain John Fitzgerald Kennedy à Dallas le 22 novembre 1963. Durant 19 albums, nous suivrons les aventures haletantes de notre héros. Je dis bien 19 albums car pour moi, l’album « le dernier round » clos le cycle 1. Le second cycle, à partir de l’album 20 « le jour du Mayflower » est repris par Yves Sente et Youri Jigounov. Au-delà des albums XIII, quand on veut tirer le filon jusqu’à la corde d’un succès, on voit aussi apparaitre la publication d’une série dérivée nommée XIII Mystery. Différents auteurs interviennent pour parcourir le passé de certains protagonistes importants de la série. Considérant que la saga est terminée depuis bien longtemps, mon avis portera sur les 19 premiers tomes. On peut en effet se passer des albums récapitulatifs des différents épisodes. C’est une série culte. Je m’agenouille devant le crayonné de William Vance. Incroyable. J’adore. L’histoire est un vrai thriller captivant. L’intrigue est un peu alambiquée mais lisible et les rebondissements nombreux. Ne rechignons pas à prendre du plaisir en re lisant les aventures de XIII. C'est un petit bonbon sucré cette série jubilatoire.
Le Château des étoiles
A l'occasion de la récente sortie de l'excellent tome 5, je me suis refait toute cette saga, et décidément, qu'est-ce que c'est bon !!! Tout est complètement génial, dans Le Château des étoiles. Le dessin est somptueux, typique de la patte graphique unique (oui, ça fait beaucoup de "-ique", il y a comme un hic) d'Alex Alice, et la colorisation à la fois chaleureuse et un peu voilée, le met parfaitement en valeur. Je trouve que chaque planche est un enchantement et on a envie de s'y plonger totalement pour toujours mieux goûter l'univers fascinant que l'auteur/dessinateur a imaginé pour nous. Fascinant, cet univers l'est bel et bien. J'ai toujours adoré le genre steampunk et le XIXe siècle : c'est dire à quel point cette saga est faite pour moi. Dans la plus grande lignée d'un Jules Verne, Alex Alice met donc en scène un XIXe siècle qui, au fil des tomes, va s'émanciper peu à peu de la réalité historique, pour devenir un véritable univers parallèle façonné par le progrès scientifique, qu'on découvre avec des yeux toujours de plus en plus grands. D'ailleurs, c'est ma seule déception (pour l'instant) du tome 5 : le retour dans un Paris complètement modifié par la science est une idée de génie, mais malheureusement pas assez exploitée, encore. On a quelques très beaux plans de Paris sillonné par les dirigeables et autres machines volantes, mais ça reste une toile de fond. Du côté du scénario, là aussi, c'est du tout bon : les personnages sont très attachants et ont des motivations qui nous permettent de ressentir une véritable empathie avec eux. Scientifiques désireux de prouver leurs hypothèses, héros prêts à tout pour sauver la mémoire de leur mère (ou épouse), jeux de pouvoirs de puissants qui veulent exploiter la science à leur profit... C'est du classique, mais c'est terriblement efficace. On veut vraiment suivre tous les personnages (même les méchants) jusqu'au bout de leur quête pour voir où celle-ci va les mener, et le plus beau, c'est que, quand Alice brise le mystère et qu'on touche enfin au but (provisoire, bien sûr, la saga n'étant pas fini), on n'est jamais déçu. Chacun des tomes de l'intégrale (c'est-à-dire des albums cartonnés) témoigne d'une densité narrative exemplaire, qui fait qu'à chaque fois, on en a clairement pour son argent. Les évolutions des personnages sont très intéressantes à suivre, et le contexte historique permet à Alex Alice de renforcer la cohérence interne de son univers. En effet, j'aime beaucoup la manière qu'a l'auteur d'introduire des personnages historiques au sein du récit, même en les déformant quelque peu, mais en leur donnant toujours un rôle secondaire dans l'intrigue. Cela lui permet de ne pas aller trop loin dans la distorsion de la réalité, tout en ayant les coudées franches (plus que si ces figures historiques avaient été les héros). Le Château des étoiles revêt grâce à cela une dimension géopolitique vraiment captivante, qui décolle carrément avec l'arrivée de Napoléon III dans le tome 5. Je préfère ce côté géopolitique à l'aspect plus ésotérique sur la quête de l'origine de l'univers, même si je suis curieux de voir comment l'auteur va faire se terminer cette quête. D'ailleurs, dans la manière de mener son récit, Alex Alice est très bon pour toujours trouver LA péripétie qui relance parfaitement l'intrigue au moment où celle-ci commence à s'appesantir. Dans chacun des tomes, on se demande un peu si l'auteur saura rebondir sur tel ou tel élément, et toujours, il y arrive à merveille. Avec ça, comme dans Siegfried, Alex Alice démontre dans cette saga une maîtrise incroyable du grand spectacle. Qu'il s'agisse de la découverte de la face cachée de la Lune, de l'exploration de Mars (bénéficiant d'un suspense qui est un modèle du genre) ou d'une poursuite dans les airs de Paris (bel hommage à Notre-Dame, au passage), l'auteur/dessinateur nous prouve à chaque fois qu'il a un véritable talent pour mettre en scène l'action et la restituer dans toute sa grandeur. En cela, Le Château des étoiles constitue sans nul doute un véritable blockbuster de la bande dessinée, et un des plus beaux ! Bref, j'aurais toujours beaucoup de choses à dire sur cette saga culte ! Je lui reconnais certes quelques légers défauts ici et là. Notamment, l'intrigue devient parfois un peu trop difficile à suivre, on ne sait plus trop où on en est, mais dans l'ensemble, ça se suit quand même bien. Quelques décrochages au niveau du rythme sont à noter aussi, mais c'est souvent très passager. En ce qui me concerne, ça ne m'a pas empêché d'accrocher dès la 1re page du premier tome et de ne plus lâcher les tomes successifs jusqu'à la dernière page du dernier sorti. Finalement, le seul gros défaut de cette saga, c'est l'attente interminable qu'on subit entre deux tomes... Heureusement, on peut toujours lire et relire chacun des tomes de cette saga épique et poétique sans se lasser !