Un album qui réunit les 10 premiers numéros de la série Gotham City Sirens qui est parue il y a une dizaine d'années et qui mettait en vedette les trois super-vilaines les plus connues de l'univers de Batman, à savoir Catwoman, Poison Ivy et Harley Quinn. La plupart des épisodes sont écrits par Paul Dini, un scénariste que j'aime bien et c'est la raison principale pour laquelle je voulais lire cet album.
Je ne fus pas déçu. Ce sont des histoires mettant en vedette trois personnages que j'aime bien dans des rôles d'anti-héroïnes. Elles sont capables de faire le bien, mais elles restent tout de même des criminels. Leurs motivations et psychologies sont bien maîtrisées et exploitées. Les histoires mélangent le drame, le comique, l'aventure et un peu de psychologie. La narration est fluide même lorsque les personnages faisaient des monologues intérieurs alors que souvent je trouve ce procédé un peu lourd. C'est de l'aventure dont le but principal est le divertissement donc je pense que pour apprécier cet album il faut aimer un peu les comics de super-héros et aussi l'univers de Batman.
J'aime bien comment Paul Dini exploite cet univers. Il a des idées géniales et il sait comment faire du comics de super-héros de divertissement sans tomber dans les travers du genre. Pour le genre, ses histoires sont intelligentes et j'adore quand il met en avant les pensées des personnages. Le dessin est pas mal pour du comics moderne quoique je préviens que le dessinateur principal met bien en avant le look sexy des personnages, alors ceux qui trouvent ça putassier des plans de fesses toutes les deux-trois pages risquent de moins aimer que moi.
Ah oui, ces épisodes se passent à la même époque que Paul Dini écrivait d'autres histoires de Batman et qui ont été réunies dans la série ''Paul Dini présente Batman''. Comme Dini fait souvent des références à ses récits, peut-être qu'il faudrait mieux lire cette série avant celle-ci.
Chouette, un nouvel album d’Enfin Libre, duo d’auteurs dont j’ai apprécié toutes les œuvres parues à ce jour… et rebelote avec ce nouvel album éponyme.
L’originalité est à nouveau de mise : on suit l’enquête d’un papa désespéré pour retrouver sa fille disparue… mais qu’en est-il vraiment ? Le ton tourne rapidement au loufoque, à l’onirisme, et des indices parsemés çà et là nous suggèrent que les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent. Ma lecture fut stimulante, je participais à l’enquête, j’observais les indices dissimulés dans les planches, je me posais plein de questions sur les noms de personnages, de lieux, (qui est ce Shaun T. ? Une référence à l’auteur Shaun Tan ? Et pourquoi ne voit-on jamais son visage ?) Je n’ai pas vu venir le dénouement, mais j’en avais perçu des bribes… et je ressors vraiment satisfait de ma lecture. Je pense avoir compris où les auteurs voulaient en venir, mais je serais quand même curieux de discuter de ce dénouement avec d’autres lecteurs.
La mise en image est sublime. Le dessin fourmille de milles détails, et les couleurs aquarelles illuminent les planches. De nombreuses trouvailles graphiques contribuent grandement à la narration et à l’onirisme ambiant.
Pour conclure, « Enfin libre » est un excellent album, qui devrait ravir les amateurs de ces deux auteurs hors du commun.
Je me suis mis en tête de référencer sur le site l’intégralité du catalogue des éditions Cà et Là (notamment grâce à mon abonnement Izneo, qui propose de nombreux albums de cet éditeur). Ce genre d’exercice complétiste un peu fastidieux fait que je tombe sur des œuvres en tout genre, et que de temps en temps, au détour d’albums moyens ou bizarroïdes, je me prends une grosse baffe dans la gueule.
Et BAF. Mince, je ne l’avais pas vu venir celle-là. J’ai entamé ma lecture sans grande conviction, rebuté par le nombre de pages (364 quand même), et par un début d’album un peu abscons. Mais une fois que l’histoire décolle, je n’ai plus vu passer les pages. La double narration suit deux personnages aux destins amenés à se croiser : Hermann Karnau, un acousticien obsédé par les sons humains, qui finira par mettre ses services (et sa folie ?) aux services des nazis dans des expériences scientifiques qui font froid dans le dos. Et Helga, ainée du ministre de la propagande nazie, qui tente tant bien que mal de s’occuper de ses 5 frères et sœurs dans des circonstances de plus en plus difficiles, à l’approche de la défaite Allemande. C’est cet aspect du récit qui m’a le plus marqué, presque traumatisé par moments : ces enfants naïfs et innocents pris dans une tourmente dont ils ne comprennent rien. Mon cœur se serre juste à l’écriture de ces lignes, en repensant à certains passages.
La réalisation même est superbe. Le dessin est beau et plein de petites trouvailles graphiques, et les couleurs aquarelles sont non seulement superbes, mais participent aussi judicieusement au jeu narratif, avec ces deux tons chromiques (sombre pour l’acousticien, rose bonbon pour les enfants) qui se rejoignent petit à petit.
Si je devais chipoter, je dirais que la narration semble inutilement lourde et confuse par moment. Je n’ai pas lu le roman, je ne peux donc pas juger du travail d’adaptation, mais je note quand même des passages assez lourds en textes, défaut inhérent à ce genre d’exercice. Mais rien de bien grave, et en tout cas rien qui n’ait gâché ma lecture.
Un album coup de cœur, et surtout « coup de poing dans le bide » en ce qui me concerne.
Quel plaisir de retrouver Swolfs sur un western, spécialement quand on est fan de l'auteur comme je le suis, car depuis le dernier épisode de Durango que j'ai lu, paru en 2009 (El Cobra), Swolfs n'avait plus dessiné de western. Alors j'entend dire à droite à gauche que c'est un décalque ou un reboot de Durango, je ne suis pas tout à fait d'accord, car si cette série qui a fait connaitre Swolfs était purement une Bd de détente, certes d'un très haut niveau, ici il y a plutôt un mélange de différents styles en western, et surtout une trame de fond beaucoup moins simple.
L'envie de Swolfs était je crois de faire un western à l'ancienne, un concept marqué par des réminiscences de western spaghetti dans la veine de Sergio Leone ou de Sergio Corbucci, mais pas que, parce qu'on y trouve aussi des références plus actuelles comme la série télévisée Deadwood ou le film Brimstone qui ont pu l'influencer ; j'y décèle aussi un soupçon de Pale Rider, spécialement à propos des hordes de ruffians qui s'opposent aux sbires du prêcheur Markham, un religieux belliqueux et violent qui emploie des méthodes contestables. Se greffe également un petit côté crépusculaire sur tout ça, on voit donc que les références sont multiples et pas seulement issues du western spaghetti qui faisaient uniquement l'objet de Durango. C'est pourquoi il n'est pas tout à fait faux de dire que c'est du western spaghetti, mais ce n'est pas tout à fait vrai non plus, et cela sans tenir compte aussi du décor neigeux, je crois qu'il y a en plus une influence du film de Tarantino, les Huit salopards, pour l'aspect violent des gunfights surtout.
Quoi qu'il en soit, ce qui caractérise surtout ce western, c'est son fond historique que Durango n'avait pas, il y a une épaisseur plus importante des personnages et même des personnages secondaires qui jouent tous parfaitement leur rôle dans ce récit, mais surtout un fond politique dans un contexte très particulier situé à l'aube de la guerre de Sécession, avec manigances politiques et enjeux économiques en sous-main, venant directement de financiers magouilleurs et retors, le regard que pose Swolfs sur ces rivalités entre abolitionistes et esclavagistes est donc assez complexe.
Il s'agit d'un épisode peu connu dans l'Histoire de l'Ouest, le Kansas sanglant survenu entre 1854 et 1861 qui annonce une guerre entre Nord et Sud qui sera un vrai désastre pour cette grande nation américaine. Swolfs nous expose une vaste théorie de complot qui aurait favorisé la guerre de Sécession pour que tout explose parce que c'était l'intérêt de plusieurs financiers et banquiers européens, c'est audacieux de prétendre ça, mais je ne suis pas assez bien renseigné sur ce point pour l'affirmer. Tout ceci est parsemé par des duels nombreux et des tueries savamment orchestrées par Swolfs qui n'a rien perdu de sa vigueur au niveau de la narration. Son héros est un gars ténébreux, solitaire, peu loquace et à la gâchette facile qui tire juste et bien, j'aime ce genre de type qui poursuit en plus une vengeance personnelle dans cet engrenage où il est rentré. Sa capacité à voir le passé rien qu'en touchant les gens (héritage de son passé chez les Indiens ?) est délivrée de façon non exagérée, ça donne une petite touche fantastique mais qui n'est pas gênante, et il livre des informations sur le passé de son héros sans nom par petites touches, on en saura sans doute plus dans les prochains albums.
Graphiquement, Swolfs n'a rien perdu non plus de sa vigueur, j'aime ce trait à la fois puissant et travaillé sur les décors, les vêtements et les visages, avec des gueules de types patibulaires tout à fait conformes à ce qu'on voit dans les westerns modernes, son dessin n'a pas bougé, toujours aussi solide et appliqué, faut dire qu'entretemps, il avait réalisé Légende, il a donc toujours la même maîtrise graphique et son style immédiatement identifiable, c'est valable aussi dans ses cadrages très influencés par les westerns hollywoodiens et italiens. C'est donc un excellent western qu'il offre avec "Lonesome" qui marque son grand retour comme auteur complet à un genre qui fut celui de ses premières amours de dessinateur.
C'est bien rigolo, ça !
L'écrivaine Sophie Bienvenu, née en Belgique mais qui a passé toute sa vie d'adulte au Québec, y est connue pour ses romans enlevés, au ton léger. Elle fait ici ses premiers pas en bande dessinée, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle s'en sort pas mal. Ce récit à deux voix, celui d'un père quadra un brin dépressif et de son fils un brin dédaigneux (bref, des gens NORMAUX) nous les montre à un moment décisif de leur vie, lorsqu'au détour d'une sortie en voiture pour aller chercher un gâteau à la pâtisserie du coin (par définition, au Québec, c'est à 30 km), le père va faire un truc totalement fou, qui va changer leur vie à jamais. Un truc tout simple, aussi.
J'avoue m'être bien marré en lisant les dialogues (attention, il y a quelques expressions idiomatiques typiquement québécoises), mais surtout les pensées des deux hommes, mais aussi la façon dont chacun voyait l'autre : le fils qui voit son père comme une sorte de prétentieux complètement naze, et le vieux qui voit son héritier comme un machin suintant qui passe son temps collé aux écrans. En deux-trois scènes, on se sent en terrain connu...
Sophie Bienvenu travaille sur le coup avec Julie Rocheleau, avec son style semi-réaliste assez débridé, très expressif. Et ça marche bien. La lecture sympa du moment.
Bon, vous aurez pensé à Matrix et à d'autres créations du même genre en lisant le résumé de l'histoire (Dans les villages ?). Alors à l'occasion de sa réédition 20 ans après, l'éditeur précise que ce récit est antérieur à l'univers des frères Wachowski, et même à Existenz, de David Cronenberg. On est en plein dans l'héritage d'Alice au pays des Merveilles, où un personnage de "fiction" va découvrir l'univers non-fictionnel. En tout cas c'est que le lecteur croit !
Ce récit plutôt bien mené, mais un peu brouillon dans son tronçon central, nous montre comment un monde réel et un monde fictionnel peuvent s'interpénétrer. La deuxième partie est une longue traque d'un intrus venu du monde virtuel, opérant dans ce qu'il appelle l'Ombre, et qui, sans espoir de sauvetage pour sa part, va devoir lutter pour rétablir la vérité. C'est plutôt dense, intéressant.
Le récit est servi par un dessin classique, aux cadrages osés mais bien vus la plupart du temps, mais qui pâtit d'une mise en couleurs un peu datée, même si les différents niveaux de réalité sont matérialisés par des textures et des ambiances différentes.
L'ensemble est fort divertissant, et l'on ne risque pas de s'ennuyer en le lisant.
Ce n'est pas un hasard si je lis et avise cet album ce 8 mars 2020, Journée internationale des droits des femmes.
Car celui-ci (dont c'est une réédition) nous parle de l'un des droits les plus contestés des femmes dans le monde : celui du choix d'avorter. Vaste sujet, sur lequel je ne m'étendrai pas, ce n'est ici pas le but, mais sur lequel Désirée Frappier, dont la mère a avorté, et qui a elle-même mis fin volontairement à sa première grossesse, apporte son témoignage. Elle remonte en effet à ses origines, en parlant de son enfance heureuse auprès de sa grand-mère (voilà pour la partie "poétique" qui est évoquée par ailleurs), puis de son parcours d'enfant placée, d'une famille d'accueil à des foyers, en passant par des chambres individuelles lorsqu'elle en avait l'âge. Désirée Frappier consacre une bonne partie de son ouvrage à la lutte militante, aux débats politiques houleux qui ont entouré la loi Veil, en vigueur depuis maintenant 45 ans et pour laquelle de nombreuses féministes restent mobilisées. l'autrice parle également du cas de plusieurs femmes rencontrées dans le cadre de son action militante au MLAC (Mouvement pour la légalisation de l'avortement et de la contraception), ou de ses activités professionnelles (en dernier lieu en tant que scénariste BD, évoquant l'expérience d'un autre auteur). Elle évite les détails "rebutants", parlant de souffrance, non seulement physique mais aussi psychologique, car un avortement n'est jamais anodin. Jamais.
Elle nous montre le contenu d'une valise-type de militante du MLAC, permettant de pratiquer une IVG. Elle évite tous les écueils : militante, elle n'est pas rageuse. Ses mots ne sont pas percutants, mais restent efficaces pour évoquer cet évènement qui a lieu 200 000 fois par an dans les années 2000. Face aux arguments des "pro-vie", elle avance ceux de médecins, infirmières, responsables de planning familial, sociologues, psychanalystes et militantes. De quoi aborder le sujet de manière peut-être pas exhaustive, mais tout de même globale, ajoutant même l'avis -positif envers l'IVG- d'un médecin catholique fervent.
Au crayon son mari Alain Frappier propose un trait froid, presque clinique, qui se permet simplement quelques effet de noir et blanc, afin d'accompagner le récit raisonné de son épouse. Je ne sais pas si c'était le cas dans la première édition, mais celle de Steinkis comportent une bonne vingtaine de pages de bonus, comportant des extraits de documents d'époque, des "scènes coupées", des témoignages supplémentaires, ainsi que des ressources documentaires et informationnelles (comme le site ivg.gouv.fr).
Pour terminer de parler de cet ouvrage nécessaire, voire essentiel, je citerai Marie-Pierre Martinet, ex-secrétaire générale du planning familial (citation présente dans l'album) : Chaque année en France, plus de 200 000 femmes avortent. Elles n'ont pas à se justifier, se sentir coupables ni demander pardon. L'avortement est un droit. C'est l'histoire d'un choix, le leur.
A ne pas manquer !
Rares sont les BD qui m'ont fait autant vibrer... Que ce soit dans les dessins, dans l'histoire, dans la thématique, l'autrice a réussi le combo gagnant ! Mon coup de coeur de l'année...
Le scénariste Félix connait ses classiques, son scénario lorgne vers des Bd et des films connus, il emprunte autant à Il était une fois dans l'Ouest, L'Homme des hautes plaines et Impitoyable qu'à Blueberry et Comanche. Les personnages sont remarquablement campés, les ressorts de l'intrigue sont brillamment échafaudés, et le sujet de fond (le déclin des cowboys et des convoyeurs de troupeaux) est bien choisi car même le western à l'écran l'a peu montré. Ce qui est bien c'est que la trame scénaristique évite les sentiers trop battus du genre : pas d'attaques de diligence ou de banque, pas de hors-la-loi, pas de rivalités entre fermiers, pas d'Indiens, pas de vrai méchant qui tient sous sa coupe un patelin, de sorte que le manichéisme habituel en western est absent. Il s'agit d'une histoire de colère qui va sombrer dans une spirale tragique.
Cependant, Félix brasse plusieurs thèmes dont le principal est la couardise qui souvent a fait l'objet de remarquables scénarios au cinéma, comme par exemple dans Un homme est passé (sorte de faux western moderne) ou L'Homme des hautes plaines, où les héros se frottaient à la lâcheté collective d'une petite communauté.
Après un premier tiers de mise en contexte, l'intrigue démarre vraiment à cause d'une mort impromptue, mais le plus étonnant avec cet album, c'est qu'on s'attend à une histoire de vengeance classique, et Félix nous emmène là où on ne s'y attend pas, en partant dans des directions opposées ou différentes, même à la fin, qui je ne le cache pas, m'a laissé un peu dubitatif et amer, pas véritablement déçu mais grandement surpris, car ce n'est pas celle à laquelle je m'attendais. D'un autre côté, elle est sans doute plus noble dans le fait que Tom 10 ans plus tard, a retiré quelque chose de bon de cet épisode sanglant qui a marqué son ancien village devenu aujourd'hui une ville prospère grâce au chemin de fer, mais bâtie sur le crime, il n'a malgré toutes ces morts inutiles, pas d'acrimonie, il s'est amendé en ne cherchant pas la rancoeur et à faire payer la lâcheté des habitants. C'est comme ça que j'ai accepté cet épilogue, même si je trouve que c'est une fin trop ouverte pour un one-shot.
L'enchainement parfois un peu rapide et la façon dont Russell et Kirby s'opposent dans le canyon, peuvent faire regretter que les auteurs n'aient pas préféré un traitement en diptyque ou alors, quitte à utiliser le one-shot, ils auraient pu ajouter une dizaine de pages en s'attardant sur 2 ou 3 scènes et en évitant 2 ou 3 autres qui ne font pas avancer l'intrigue. D'ailleurs le ton crépusculaire incite souvent à l'étirement, mais ceci n'est pas bien grave, telle qu'elle se présente, cette Bd est magistrale.
Le dessin ? ah ben là, j'en suis encore tout abasourdi, émerveillé et admiratif, c'est d'une splendeur sans nom, voila ce que j'aime comme dessin en BD réaliste, et spécialement dans le western, genre que j'aime par dessus tout, c'est comme ça que je conçois un western de cette tenue. Gastine dont je ne connaissais pas le travail, rejoint sans problème les dessinateurs ayant oeuvré dans le western et dont je suis fan, tels Giraud, Hermann, Derib, Swolfs et Meyer, il est dorénavant pour moi dans ce panthéon. Son dessin est une pure merveille, d'une grande application, ça se sent, ça se voit, c'est un mélange étonnant de rudesse et de finesse dans le trait, la composition très cinématographique de ses cadrages, avec gros plans, plans larges et inserts, est stupéfiante, la colorisation très étudiée pour chaque ambiance, la beauté des paysages très remplis, la rugosité des visages, l'atmosphère fascinante qui se dégage de tout ceci, spécialement les scènes sous la pluie, composent un rendu passionnant, ça donne envie de s'attarder sur chaque image, chaque planche est un tour de force, bref c'est du très haut de gamme, et je vous dis pas avec le très grand format de l'édition luxe en tirage limité, ça envoie ! ça agrandit et ça embellit le dessin qui vibre encore plus.
Que dire encore ? rien, il n'y a rien d'autre à dire tant je suis conquis... je recommande à tous les amoureux de BD western de lire absolument cet album, c'est presque une obligation.
Inclassable, en effet, voilà bien ce qui peut qualifier cet album, qui m’a permis de découvrir cet auteur italien on ne peut plus original, mais aussi une œuvre difficile à cerner, à appréhender, et donc à présenter. Je vais quand même m’efforcer d’en dire quelques mots.
Tout d’abord, le lecteur qui se plonge dans cet « Homoblicus » doit être curieux, et ouvert à ce qui sort de l’ordinaire. Et il ne doit pas forcément s’attendre à tout « comprendre », certains passages ayant encore leur part de mystère pour moi. Mais je trouve que le tout justifie les parties, mon sentiment général l’emporte largement sur les quelques points obscurs, voire abscons qui parsèment cette œuvre étrange.
C’est parfois obscur ai-je dit, et la « construction » de « l’histoire » participe de cette difficulté – mais aussi de l’attrait – de cette lecture.
En effet, Ponchione use de styles graphiques différents, mais aussi et surtout balaye le traditionnel gaufrier, pour bâtir des planches originales : des sortes de calligrammes (le texte occupant des « cases » en forme d’objet : voiture, parapluie, cafetière, etc.), des cases lues comme un jeu de l’oie, ça part dans tous les sens, avec quelques passages proches de l’oubapo tellement les contraintes formelles font partie de la narration.
Au milieu de tout ça, Ponchione multiplie les références, les clins d’œil (Escher par exemple). Aux vieux comics, à la pataphysique et à Alfred Jarry – au surréalisme aussi, via certaines allusions ou certains décors (mais Jarry lui-même est une sorte de précurseur du surréalisme, mais aussi de la pataphysique et de l’oulipo/oubapo).
Au milieu de ce « foutoir », cet empilement de références, apparaissent des pages singeant un journal, des catalogues d’exposition, le titre d’un chapitre (Wunderkammer, c’est-à-dire cabinet de curiosités) pouvant tout à fait servir de titre et de résumé à une bonne partie de cet album étrange.
Et du coup, cet « Homoblicus », cette recherche de « l’obliquité », menée par le professeur Hackensack, un savant aux faux airs rétro de Nimbus rappellent que Ponchione souhaite ici s’écarter des canons traditionnels, et s’attache à jeter un regard de biais sur le monde. Et l’Homoblicus n’est en fait que l’imagination, prétendument insufflée aux hommes par ce personnage « oblique » qui se bat contre la normalité, le rationalisme et le banal.
Dans la deuxième moitié de l’album, des sortes de récits de rêves, des cases chargées, très surréalistes, donnent un air poétique à cette quête.
Si j’ai bien aimé le côté visuel, graphique – je suis très friand des œuvres atypiques, qui s’écartent des sentiers battus, et j'aime aussi les références qui irriguent cette œuvre –, j’ai trouvé certains passages un peu moins captivants, ce qui fait que l’ensemble me laisse un peu sur ma faim.
Mais c’est en tout cas un album intriguant, franchement hors norme, et qui, malgré ses quelques défauts, ne peut que titiller la curiosité. Mais c'est à feuilleter avant d'envisager l'achat, car cela peut rebuter pas mal de lecteurs, car c'est le genre de productions qui sont très clivantes.
Note réelle 3,5/5.
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Harley Quinn & les Sirènes de Gotham
Un album qui réunit les 10 premiers numéros de la série Gotham City Sirens qui est parue il y a une dizaine d'années et qui mettait en vedette les trois super-vilaines les plus connues de l'univers de Batman, à savoir Catwoman, Poison Ivy et Harley Quinn. La plupart des épisodes sont écrits par Paul Dini, un scénariste que j'aime bien et c'est la raison principale pour laquelle je voulais lire cet album. Je ne fus pas déçu. Ce sont des histoires mettant en vedette trois personnages que j'aime bien dans des rôles d'anti-héroïnes. Elles sont capables de faire le bien, mais elles restent tout de même des criminels. Leurs motivations et psychologies sont bien maîtrisées et exploitées. Les histoires mélangent le drame, le comique, l'aventure et un peu de psychologie. La narration est fluide même lorsque les personnages faisaient des monologues intérieurs alors que souvent je trouve ce procédé un peu lourd. C'est de l'aventure dont le but principal est le divertissement donc je pense que pour apprécier cet album il faut aimer un peu les comics de super-héros et aussi l'univers de Batman. J'aime bien comment Paul Dini exploite cet univers. Il a des idées géniales et il sait comment faire du comics de super-héros de divertissement sans tomber dans les travers du genre. Pour le genre, ses histoires sont intelligentes et j'adore quand il met en avant les pensées des personnages. Le dessin est pas mal pour du comics moderne quoique je préviens que le dessinateur principal met bien en avant le look sexy des personnages, alors ceux qui trouvent ça putassier des plans de fesses toutes les deux-trois pages risquent de moins aimer que moi. Ah oui, ces épisodes se passent à la même époque que Paul Dini écrivait d'autres histoires de Batman et qui ont été réunies dans la série ''Paul Dini présente Batman''. Comme Dini fait souvent des références à ses récits, peut-être qu'il faudrait mieux lire cette série avant celle-ci.
Enfin libre
Chouette, un nouvel album d’Enfin Libre, duo d’auteurs dont j’ai apprécié toutes les œuvres parues à ce jour… et rebelote avec ce nouvel album éponyme. L’originalité est à nouveau de mise : on suit l’enquête d’un papa désespéré pour retrouver sa fille disparue… mais qu’en est-il vraiment ? Le ton tourne rapidement au loufoque, à l’onirisme, et des indices parsemés çà et là nous suggèrent que les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent. Ma lecture fut stimulante, je participais à l’enquête, j’observais les indices dissimulés dans les planches, je me posais plein de questions sur les noms de personnages, de lieux, (qui est ce Shaun T. ? Une référence à l’auteur Shaun Tan ? Et pourquoi ne voit-on jamais son visage ?) Je n’ai pas vu venir le dénouement, mais j’en avais perçu des bribes… et je ressors vraiment satisfait de ma lecture. Je pense avoir compris où les auteurs voulaient en venir, mais je serais quand même curieux de discuter de ce dénouement avec d’autres lecteurs. La mise en image est sublime. Le dessin fourmille de milles détails, et les couleurs aquarelles illuminent les planches. De nombreuses trouvailles graphiques contribuent grandement à la narration et à l’onirisme ambiant. Pour conclure, « Enfin libre » est un excellent album, qui devrait ravir les amateurs de ces deux auteurs hors du commun.
Voix de la Nuit
Je me suis mis en tête de référencer sur le site l’intégralité du catalogue des éditions Cà et Là (notamment grâce à mon abonnement Izneo, qui propose de nombreux albums de cet éditeur). Ce genre d’exercice complétiste un peu fastidieux fait que je tombe sur des œuvres en tout genre, et que de temps en temps, au détour d’albums moyens ou bizarroïdes, je me prends une grosse baffe dans la gueule. Et BAF. Mince, je ne l’avais pas vu venir celle-là. J’ai entamé ma lecture sans grande conviction, rebuté par le nombre de pages (364 quand même), et par un début d’album un peu abscons. Mais une fois que l’histoire décolle, je n’ai plus vu passer les pages. La double narration suit deux personnages aux destins amenés à se croiser : Hermann Karnau, un acousticien obsédé par les sons humains, qui finira par mettre ses services (et sa folie ?) aux services des nazis dans des expériences scientifiques qui font froid dans le dos. Et Helga, ainée du ministre de la propagande nazie, qui tente tant bien que mal de s’occuper de ses 5 frères et sœurs dans des circonstances de plus en plus difficiles, à l’approche de la défaite Allemande. C’est cet aspect du récit qui m’a le plus marqué, presque traumatisé par moments : ces enfants naïfs et innocents pris dans une tourmente dont ils ne comprennent rien. Mon cœur se serre juste à l’écriture de ces lignes, en repensant à certains passages. La réalisation même est superbe. Le dessin est beau et plein de petites trouvailles graphiques, et les couleurs aquarelles sont non seulement superbes, mais participent aussi judicieusement au jeu narratif, avec ces deux tons chromiques (sombre pour l’acousticien, rose bonbon pour les enfants) qui se rejoignent petit à petit. Si je devais chipoter, je dirais que la narration semble inutilement lourde et confuse par moment. Je n’ai pas lu le roman, je ne peux donc pas juger du travail d’adaptation, mais je note quand même des passages assez lourds en textes, défaut inhérent à ce genre d’exercice. Mais rien de bien grave, et en tout cas rien qui n’ait gâché ma lecture. Un album coup de cœur, et surtout « coup de poing dans le bide » en ce qui me concerne.
Lonesome
Quel plaisir de retrouver Swolfs sur un western, spécialement quand on est fan de l'auteur comme je le suis, car depuis le dernier épisode de Durango que j'ai lu, paru en 2009 (El Cobra), Swolfs n'avait plus dessiné de western. Alors j'entend dire à droite à gauche que c'est un décalque ou un reboot de Durango, je ne suis pas tout à fait d'accord, car si cette série qui a fait connaitre Swolfs était purement une Bd de détente, certes d'un très haut niveau, ici il y a plutôt un mélange de différents styles en western, et surtout une trame de fond beaucoup moins simple. L'envie de Swolfs était je crois de faire un western à l'ancienne, un concept marqué par des réminiscences de western spaghetti dans la veine de Sergio Leone ou de Sergio Corbucci, mais pas que, parce qu'on y trouve aussi des références plus actuelles comme la série télévisée Deadwood ou le film Brimstone qui ont pu l'influencer ; j'y décèle aussi un soupçon de Pale Rider, spécialement à propos des hordes de ruffians qui s'opposent aux sbires du prêcheur Markham, un religieux belliqueux et violent qui emploie des méthodes contestables. Se greffe également un petit côté crépusculaire sur tout ça, on voit donc que les références sont multiples et pas seulement issues du western spaghetti qui faisaient uniquement l'objet de Durango. C'est pourquoi il n'est pas tout à fait faux de dire que c'est du western spaghetti, mais ce n'est pas tout à fait vrai non plus, et cela sans tenir compte aussi du décor neigeux, je crois qu'il y a en plus une influence du film de Tarantino, les Huit salopards, pour l'aspect violent des gunfights surtout. Quoi qu'il en soit, ce qui caractérise surtout ce western, c'est son fond historique que Durango n'avait pas, il y a une épaisseur plus importante des personnages et même des personnages secondaires qui jouent tous parfaitement leur rôle dans ce récit, mais surtout un fond politique dans un contexte très particulier situé à l'aube de la guerre de Sécession, avec manigances politiques et enjeux économiques en sous-main, venant directement de financiers magouilleurs et retors, le regard que pose Swolfs sur ces rivalités entre abolitionistes et esclavagistes est donc assez complexe. Il s'agit d'un épisode peu connu dans l'Histoire de l'Ouest, le Kansas sanglant survenu entre 1854 et 1861 qui annonce une guerre entre Nord et Sud qui sera un vrai désastre pour cette grande nation américaine. Swolfs nous expose une vaste théorie de complot qui aurait favorisé la guerre de Sécession pour que tout explose parce que c'était l'intérêt de plusieurs financiers et banquiers européens, c'est audacieux de prétendre ça, mais je ne suis pas assez bien renseigné sur ce point pour l'affirmer. Tout ceci est parsemé par des duels nombreux et des tueries savamment orchestrées par Swolfs qui n'a rien perdu de sa vigueur au niveau de la narration. Son héros est un gars ténébreux, solitaire, peu loquace et à la gâchette facile qui tire juste et bien, j'aime ce genre de type qui poursuit en plus une vengeance personnelle dans cet engrenage où il est rentré. Sa capacité à voir le passé rien qu'en touchant les gens (héritage de son passé chez les Indiens ?) est délivrée de façon non exagérée, ça donne une petite touche fantastique mais qui n'est pas gênante, et il livre des informations sur le passé de son héros sans nom par petites touches, on en saura sans doute plus dans les prochains albums. Graphiquement, Swolfs n'a rien perdu non plus de sa vigueur, j'aime ce trait à la fois puissant et travaillé sur les décors, les vêtements et les visages, avec des gueules de types patibulaires tout à fait conformes à ce qu'on voit dans les westerns modernes, son dessin n'a pas bougé, toujours aussi solide et appliqué, faut dire qu'entretemps, il avait réalisé Légende, il a donc toujours la même maîtrise graphique et son style immédiatement identifiable, c'est valable aussi dans ses cadrages très influencés par les westerns hollywoodiens et italiens. C'est donc un excellent western qu'il offre avec "Lonesome" qui marque son grand retour comme auteur complet à un genre qui fut celui de ses premières amours de dessinateur.
Traverser l'autoroute
C'est bien rigolo, ça ! L'écrivaine Sophie Bienvenu, née en Belgique mais qui a passé toute sa vie d'adulte au Québec, y est connue pour ses romans enlevés, au ton léger. Elle fait ici ses premiers pas en bande dessinée, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle s'en sort pas mal. Ce récit à deux voix, celui d'un père quadra un brin dépressif et de son fils un brin dédaigneux (bref, des gens NORMAUX) nous les montre à un moment décisif de leur vie, lorsqu'au détour d'une sortie en voiture pour aller chercher un gâteau à la pâtisserie du coin (par définition, au Québec, c'est à 30 km), le père va faire un truc totalement fou, qui va changer leur vie à jamais. Un truc tout simple, aussi. J'avoue m'être bien marré en lisant les dialogues (attention, il y a quelques expressions idiomatiques typiquement québécoises), mais surtout les pensées des deux hommes, mais aussi la façon dont chacun voyait l'autre : le fils qui voit son père comme une sorte de prétentieux complètement naze, et le vieux qui voit son héritier comme un machin suintant qui passe son temps collé aux écrans. En deux-trois scènes, on se sent en terrain connu... Sophie Bienvenu travaille sur le coup avec Julie Rocheleau, avec son style semi-réaliste assez débridé, très expressif. Et ça marche bien. La lecture sympa du moment.
Memoria (Le Naufragé de Mémoria)
Bon, vous aurez pensé à Matrix et à d'autres créations du même genre en lisant le résumé de l'histoire (Dans les villages ?). Alors à l'occasion de sa réédition 20 ans après, l'éditeur précise que ce récit est antérieur à l'univers des frères Wachowski, et même à Existenz, de David Cronenberg. On est en plein dans l'héritage d'Alice au pays des Merveilles, où un personnage de "fiction" va découvrir l'univers non-fictionnel. En tout cas c'est que le lecteur croit ! Ce récit plutôt bien mené, mais un peu brouillon dans son tronçon central, nous montre comment un monde réel et un monde fictionnel peuvent s'interpénétrer. La deuxième partie est une longue traque d'un intrus venu du monde virtuel, opérant dans ce qu'il appelle l'Ombre, et qui, sans espoir de sauvetage pour sa part, va devoir lutter pour rétablir la vérité. C'est plutôt dense, intéressant. Le récit est servi par un dessin classique, aux cadrages osés mais bien vus la plupart du temps, mais qui pâtit d'une mise en couleurs un peu datée, même si les différents niveaux de réalité sont matérialisés par des textures et des ambiances différentes. L'ensemble est fort divertissant, et l'on ne risque pas de s'ennuyer en le lisant.
Le Choix
Ce n'est pas un hasard si je lis et avise cet album ce 8 mars 2020, Journée internationale des droits des femmes. Car celui-ci (dont c'est une réédition) nous parle de l'un des droits les plus contestés des femmes dans le monde : celui du choix d'avorter. Vaste sujet, sur lequel je ne m'étendrai pas, ce n'est ici pas le but, mais sur lequel Désirée Frappier, dont la mère a avorté, et qui a elle-même mis fin volontairement à sa première grossesse, apporte son témoignage. Elle remonte en effet à ses origines, en parlant de son enfance heureuse auprès de sa grand-mère (voilà pour la partie "poétique" qui est évoquée par ailleurs), puis de son parcours d'enfant placée, d'une famille d'accueil à des foyers, en passant par des chambres individuelles lorsqu'elle en avait l'âge. Désirée Frappier consacre une bonne partie de son ouvrage à la lutte militante, aux débats politiques houleux qui ont entouré la loi Veil, en vigueur depuis maintenant 45 ans et pour laquelle de nombreuses féministes restent mobilisées. l'autrice parle également du cas de plusieurs femmes rencontrées dans le cadre de son action militante au MLAC (Mouvement pour la légalisation de l'avortement et de la contraception), ou de ses activités professionnelles (en dernier lieu en tant que scénariste BD, évoquant l'expérience d'un autre auteur). Elle évite les détails "rebutants", parlant de souffrance, non seulement physique mais aussi psychologique, car un avortement n'est jamais anodin. Jamais. Elle nous montre le contenu d'une valise-type de militante du MLAC, permettant de pratiquer une IVG. Elle évite tous les écueils : militante, elle n'est pas rageuse. Ses mots ne sont pas percutants, mais restent efficaces pour évoquer cet évènement qui a lieu 200 000 fois par an dans les années 2000. Face aux arguments des "pro-vie", elle avance ceux de médecins, infirmières, responsables de planning familial, sociologues, psychanalystes et militantes. De quoi aborder le sujet de manière peut-être pas exhaustive, mais tout de même globale, ajoutant même l'avis -positif envers l'IVG- d'un médecin catholique fervent. Au crayon son mari Alain Frappier propose un trait froid, presque clinique, qui se permet simplement quelques effet de noir et blanc, afin d'accompagner le récit raisonné de son épouse. Je ne sais pas si c'était le cas dans la première édition, mais celle de Steinkis comportent une bonne vingtaine de pages de bonus, comportant des extraits de documents d'époque, des "scènes coupées", des témoignages supplémentaires, ainsi que des ressources documentaires et informationnelles (comme le site ivg.gouv.fr). Pour terminer de parler de cet ouvrage nécessaire, voire essentiel, je citerai Marie-Pierre Martinet, ex-secrétaire générale du planning familial (citation présente dans l'album) : Chaque année en France, plus de 200 000 femmes avortent. Elles n'ont pas à se justifier, se sentir coupables ni demander pardon. L'avortement est un droit. C'est l'histoire d'un choix, le leur.
Phoolan Devi, reine des bandits
A ne pas manquer ! Rares sont les BD qui m'ont fait autant vibrer... Que ce soit dans les dessins, dans l'histoire, dans la thématique, l'autrice a réussi le combo gagnant ! Mon coup de coeur de l'année...
Jusqu'au dernier
Le scénariste Félix connait ses classiques, son scénario lorgne vers des Bd et des films connus, il emprunte autant à Il était une fois dans l'Ouest, L'Homme des hautes plaines et Impitoyable qu'à Blueberry et Comanche. Les personnages sont remarquablement campés, les ressorts de l'intrigue sont brillamment échafaudés, et le sujet de fond (le déclin des cowboys et des convoyeurs de troupeaux) est bien choisi car même le western à l'écran l'a peu montré. Ce qui est bien c'est que la trame scénaristique évite les sentiers trop battus du genre : pas d'attaques de diligence ou de banque, pas de hors-la-loi, pas de rivalités entre fermiers, pas d'Indiens, pas de vrai méchant qui tient sous sa coupe un patelin, de sorte que le manichéisme habituel en western est absent. Il s'agit d'une histoire de colère qui va sombrer dans une spirale tragique. Cependant, Félix brasse plusieurs thèmes dont le principal est la couardise qui souvent a fait l'objet de remarquables scénarios au cinéma, comme par exemple dans Un homme est passé (sorte de faux western moderne) ou L'Homme des hautes plaines, où les héros se frottaient à la lâcheté collective d'une petite communauté. Après un premier tiers de mise en contexte, l'intrigue démarre vraiment à cause d'une mort impromptue, mais le plus étonnant avec cet album, c'est qu'on s'attend à une histoire de vengeance classique, et Félix nous emmène là où on ne s'y attend pas, en partant dans des directions opposées ou différentes, même à la fin, qui je ne le cache pas, m'a laissé un peu dubitatif et amer, pas véritablement déçu mais grandement surpris, car ce n'est pas celle à laquelle je m'attendais. D'un autre côté, elle est sans doute plus noble dans le fait que Tom 10 ans plus tard, a retiré quelque chose de bon de cet épisode sanglant qui a marqué son ancien village devenu aujourd'hui une ville prospère grâce au chemin de fer, mais bâtie sur le crime, il n'a malgré toutes ces morts inutiles, pas d'acrimonie, il s'est amendé en ne cherchant pas la rancoeur et à faire payer la lâcheté des habitants. C'est comme ça que j'ai accepté cet épilogue, même si je trouve que c'est une fin trop ouverte pour un one-shot. L'enchainement parfois un peu rapide et la façon dont Russell et Kirby s'opposent dans le canyon, peuvent faire regretter que les auteurs n'aient pas préféré un traitement en diptyque ou alors, quitte à utiliser le one-shot, ils auraient pu ajouter une dizaine de pages en s'attardant sur 2 ou 3 scènes et en évitant 2 ou 3 autres qui ne font pas avancer l'intrigue. D'ailleurs le ton crépusculaire incite souvent à l'étirement, mais ceci n'est pas bien grave, telle qu'elle se présente, cette Bd est magistrale. Le dessin ? ah ben là, j'en suis encore tout abasourdi, émerveillé et admiratif, c'est d'une splendeur sans nom, voila ce que j'aime comme dessin en BD réaliste, et spécialement dans le western, genre que j'aime par dessus tout, c'est comme ça que je conçois un western de cette tenue. Gastine dont je ne connaissais pas le travail, rejoint sans problème les dessinateurs ayant oeuvré dans le western et dont je suis fan, tels Giraud, Hermann, Derib, Swolfs et Meyer, il est dorénavant pour moi dans ce panthéon. Son dessin est une pure merveille, d'une grande application, ça se sent, ça se voit, c'est un mélange étonnant de rudesse et de finesse dans le trait, la composition très cinématographique de ses cadrages, avec gros plans, plans larges et inserts, est stupéfiante, la colorisation très étudiée pour chaque ambiance, la beauté des paysages très remplis, la rugosité des visages, l'atmosphère fascinante qui se dégage de tout ceci, spécialement les scènes sous la pluie, composent un rendu passionnant, ça donne envie de s'attarder sur chaque image, chaque planche est un tour de force, bref c'est du très haut de gamme, et je vous dis pas avec le très grand format de l'édition luxe en tirage limité, ça envoie ! ça agrandit et ça embellit le dessin qui vibre encore plus. Que dire encore ? rien, il n'y a rien d'autre à dire tant je suis conquis... je recommande à tous les amoureux de BD western de lire absolument cet album, c'est presque une obligation.
Homoblicus
Inclassable, en effet, voilà bien ce qui peut qualifier cet album, qui m’a permis de découvrir cet auteur italien on ne peut plus original, mais aussi une œuvre difficile à cerner, à appréhender, et donc à présenter. Je vais quand même m’efforcer d’en dire quelques mots. Tout d’abord, le lecteur qui se plonge dans cet « Homoblicus » doit être curieux, et ouvert à ce qui sort de l’ordinaire. Et il ne doit pas forcément s’attendre à tout « comprendre », certains passages ayant encore leur part de mystère pour moi. Mais je trouve que le tout justifie les parties, mon sentiment général l’emporte largement sur les quelques points obscurs, voire abscons qui parsèment cette œuvre étrange. C’est parfois obscur ai-je dit, et la « construction » de « l’histoire » participe de cette difficulté – mais aussi de l’attrait – de cette lecture. En effet, Ponchione use de styles graphiques différents, mais aussi et surtout balaye le traditionnel gaufrier, pour bâtir des planches originales : des sortes de calligrammes (le texte occupant des « cases » en forme d’objet : voiture, parapluie, cafetière, etc.), des cases lues comme un jeu de l’oie, ça part dans tous les sens, avec quelques passages proches de l’oubapo tellement les contraintes formelles font partie de la narration. Au milieu de tout ça, Ponchione multiplie les références, les clins d’œil (Escher par exemple). Aux vieux comics, à la pataphysique et à Alfred Jarry – au surréalisme aussi, via certaines allusions ou certains décors (mais Jarry lui-même est une sorte de précurseur du surréalisme, mais aussi de la pataphysique et de l’oulipo/oubapo). Au milieu de ce « foutoir », cet empilement de références, apparaissent des pages singeant un journal, des catalogues d’exposition, le titre d’un chapitre (Wunderkammer, c’est-à-dire cabinet de curiosités) pouvant tout à fait servir de titre et de résumé à une bonne partie de cet album étrange. Et du coup, cet « Homoblicus », cette recherche de « l’obliquité », menée par le professeur Hackensack, un savant aux faux airs rétro de Nimbus rappellent que Ponchione souhaite ici s’écarter des canons traditionnels, et s’attache à jeter un regard de biais sur le monde. Et l’Homoblicus n’est en fait que l’imagination, prétendument insufflée aux hommes par ce personnage « oblique » qui se bat contre la normalité, le rationalisme et le banal. Dans la deuxième moitié de l’album, des sortes de récits de rêves, des cases chargées, très surréalistes, donnent un air poétique à cette quête. Si j’ai bien aimé le côté visuel, graphique – je suis très friand des œuvres atypiques, qui s’écartent des sentiers battus, et j'aime aussi les références qui irriguent cette œuvre –, j’ai trouvé certains passages un peu moins captivants, ce qui fait que l’ensemble me laisse un peu sur ma faim. Mais c’est en tout cas un album intriguant, franchement hors norme, et qui, malgré ses quelques défauts, ne peut que titiller la curiosité. Mais c'est à feuilleter avant d'envisager l'achat, car cela peut rebuter pas mal de lecteurs, car c'est le genre de productions qui sont très clivantes. Note réelle 3,5/5.