Les derniers avis (9600 avis)

Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Lucarne
Lucarne

Fraichement lesté du Prix Révélation lors du dernier festival d’Angoulême, le britannique Joe Kessler propose avec Lucarne une expérience graphique radicale qui, à défaut sans doute de faire l’unanimité, vous fera envisager votre organe rétinien sous un jour nouveau. Difficile de raconter Lucarne. Certains y verront une succession de plusieurs nouvelles graphiques, d’autres une aventure abracadabrante, énigmatique, riche en rebondissements… On pourrait tenter de résumer cette œuvre, bien entendu, mais ce serait vain, futile, totalement inutile, parce qu’au delà de la narration, c’est une galaxie inconnue qui s’offre à nos yeux ébahis. Ces histoires semblent en effet n’avoir ni début, ni fin, pas plus que de titre… On passe de l’une à l’autre à l’autre un peu à la manière d’un cadavre-exquis. On s’imprègne de différentes ambiances, charge au lecteur de tisser son propre chemin. Ici, la narration passe essentiellement par des sensations. Qu’importe finalement si l’on saute d’un cauchemar de destruction à un jardin inondé de soleil, si l’on suit une espèce de magicien louche et vaguement inquiétant pour finir sur le pont d’un navire en compagnie de deux amants improbables… L’important ici est de vous égarer dans le dédale de ces histoires à tiroir, d’en inventer chaque interstice. Lucarne est une œuvre profondément polysémique qu’il est périlleux d’aborder comme une BD classique. Joe Kessler ne fait pas dans la facilité, sollicitant abondamment l’intelligence et l’imagination de ses lecteurs. Les mauvaises langues affirmeront sans perdre une dent qu’il n’y a rien à comprendre dans Lucarne. Qu’importe finalement : je répondrai qu’il y a tout à imaginer. Ce « travail » d’imagination est servi par un mélange de techniques admirables, qu’il s’agisse des crayonnés, des « feutrés », de l’usage discret de l’ordinateur… Chaque page semble judicieusement adaptée à son propos, et chaque case est une histoire à elle seule. Les ambiances variées évoquées précédemment sont parfaitement rendues avec une fluidité, une aisance et une simplicité remarquables : les scènes nocturnes, le travail des ombres, Les jeux de lumière, les images déformées par l’eau, les impressions visuelles, les attitudes, les poses des personnages… On ne sait plus où donner des yeux, si bien que l’on finit par ne plus distinguer ce qui relève du dessin ou de la pure sensation. Tout se mélange dans un tourbillon frais et coloré. Ca vibre, ça s’agite, ça bondit et rebondit sans cesse. Le pied ! C’est bien entendu l’utilisation des couleurs qui saute immédiatement aux yeux. De toute évidence, Joe Kessler flirte avec le Psychédélisme, tout autant avec l’Impressionnisme. Ses dessins faussement mal dessinés, avec leurs traits souvent épais et tracés au feutre, vous éclatent littéralement au visage, renvoyant à l’enfance, au plaisir éprouvé à barbouiller de couleurs de larges feuilles blanches. On sent une énergie dévorante et communicative parcourir chaque page. Cette silhouette verte presque phosphorescente est-ce une peau qui frissonne dans la fraîcheur du soir ? Et ces contours flous et grossiers sont-ils les échos d’un rêve obsédant qui s’attarde au réveil ?… Le traitement des cases prend tout son sens au fil de la lecture, ce que ne permet pas un feuilletage rapide. Il n’y a pas de place pour la demi-mesure : ou le lecteur accepte la découverte, ou il repose l’objet avec dédain dans un jugement hâtif et forcément erroné. D’ailleurs, en forçant le trait (ha ha), on peut se hasarder à penser que toute tentative de caractérisation de ce livre serait de fait bancale. Comment résumer une telle expérience ? Car c’est bien d’une expérience dont il s’agit ici, tant graphique que physique. En ce sens, Lucarne m’évoque, toutes proportions gardées, le cinéma russe qui selon moi est peut-être le meilleur cinéma au monde : L’Île de Lounguine, Le Soleil de Sokourov ou bien encore Requiem pour un massacre de Klimov… Tout comme ces quelques films cités à titre d’exemples, Lucarne est une œuvre dense où le fond et la forme sont inextricables. Par le biais même de son trait, on touche à l’intime de son auteur, et pour un peu on pénétrerait son âme. Alors pour terminer cette vague tentative de synthèse, je me contenterai de paraphraser Dante, en te suggérant, ô aventurier qui entrera dans ces pages, d’abandonner ici tout jugement et de commencer à rêver.

27/03/2020 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Château de mon père - Versailles ressuscité
Le Château de mon père - Versailles ressuscité

J’étais passé à côté de cet album lors de sa sortie fin 2019, la faute à un sujet et un graphisme que j’avais bêtement jugé trop austère… comme j’avais tort ! J’adore quand une BD mélange l’Histoire avec un grand « H » (ici la renaissance du Château de Versailles, mais aussi la politique de l’époque, la 1ere guerre mondiale) et les drames plus humains, à savoir la vie de Pierre de Nolhac, attaché au Château de Versailles. On y retrouve des thèmes universels, avec cet homme qui a du mal à concilier son travail très prenant et sa vie de famille parfois difficile (certains passages m’ont beaucoup touché). Le travail de documentation est impressionnant (voir mini dossier et bibliographie en fin de volume), mais sans que cela n’alourdisse l’histoire, qui reste fluide et facile à lire. La mise en image d’Alexis Vitrebert est superbe, avec notamment des lavis du plus bel effet. Quel plaisir de visiter le Versailles mais aussi le Paris de l’époque. Un album que j’ai englouti d’une traite, malgré mes préjugés. A recommander à tout amateur de BD historique.

27/03/2020 (modifier)
Par AlainM
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Pestiférés
Les Pestiférés

J’ai découvert cette BD il y a peu et le moins qu’on puisse dire est qu’elle prend une dimension particulière dans le contexte actuel de pandémie et de confinement. Cette œuvre inachevée de Pagnol a pu être terminée grâce au fait que celui-ci avait raconté la fin à sa femme et c’est grâce à Nicolas Pagnol, petit-fils de Marcel, que la BD a pu être réalisée. La trame de l’histoire se base sur un fait réel : l’épidémie de peste qui sévit à Marseille en 1720 et qui eut des conséquences dramatiques. On y suit les habitants d’un quartier isolé qui tentent de survivre au fléau contre lequel il n’existait aucun remède à l’époque. On y retrouve bien sûr le style de Pagnol avec sa truculence, son anticléricalisme et ses personnages hauts en couleur mais le propos est assez différent de ses autres œuvres car il s’agit ici d’un drame basé sur des événements qui se sont réellement passés et où l’on côtoie sans cesse la mort, ce qui n’empêche pas des touches d’humour à certains moments. L’intrigue est extrêmement bien construite, les motivations de chacun sont très plausibles et les rebondissements nombreux jusqu’à un final inattendu. Vous l’aurez compris : cette BD est un chef d’œuvre qui montre ce qu’était une épidémie au début du XVIIIème siècle. Lecture à conseiller à tous - sauf aux âmes sensibles et stressées par la pandémie actuelle, qui, même si elle est sévère et dramatique pour beaucoup, n’est en rien comparable avec ce qui pouvait se passer à une époque où la médecine était encore embryonnaire.

26/03/2020 (modifier)
Par clem
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Enfants de la Résistance
Les Enfants de la Résistance

Cette série est vraiment géniale. Je n'aime pas l'histoire ni la guerre, pourtant j'adore cette BD. J'attends avec impatience le tome 7. J'espère qu'il va bientôt arriver. Merci au jeu du salon du livre qui m'a fait découvrir cette BD extraordinaire. Quand j'ai commencé cette série, j'ai su tout de suite que cette BD était pour moi. C'est ma BD préférée et cela fait déjà un moment. Merci à tout le monde !!!!!!!!!!!!!!

25/03/2020 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Macadam Byzance
Macadam Byzance

Ça commence avec l'histoire du braquage raté d'une paire de minables zonards de banlieue, piliers de comptoir, incapables de braquer une baraque à frites. Ça sent la loose et à priori rien de palpitant. Mais au fil des histoires courtes que contient cet album, on va apprendre à connaître le petit peuple de cette banlieue ouvrière, ces fameux minables en grande partie alcooliques, bagarreurs et presque tous chômeurs, et on va s'y attacher fortement. C'est un récit empli d'humour, mais aussi d'une bonne dose de sentiments voire même de poésie. Les personnages, tous plus bancaux les uns que les autres, sont pleins de vie, avec des personnalités originales et régulièrement touchantes malgré leur côté loser. Le ton est particulièrement juste. Jamais trop tourné vers l'humour, jamais vers le pathos, jamais trop vers la dérision, il reste crédible et en même temps souvent extrêmement drôle. Il règne une ambiance à la Renaud et un petit côté désuet à la Franck Margerin, rappelant l'ambiance banlieusarde des années 80, mais le récit est sans âge et s'adapte aussi bien à notre cadre de vie actuel. Ce ne sont pas à proprement parler des histoires indépendantes car il y a bien une progression dans le récit et une avancée dans les relations entre les protagonistes et leur entourage. Le dessin de Pierre Place se révèle très bon lui aussi. Il est à la fois plein de personnalité et maîtrisé. Il soigne particulièrement les tronches de ses personnages pour leur donner une vraie âme et en même temps parfois des bouilles franchement marrantes. Alors que l'entame de l'album ne me disait rien, j'ai pris rapidement de plus en plus de plaisir à la lecture de cette BD, à vivre de l'intérieur les petites aventures d'un quotidien un peu minable de cette bande d'amis zonards et de leur quartier. Et alors que certains m'horripilaient au départ - je pense à Hervé notamment, l'ami boulet et sans arrêt bourré - j'ai fini par m'attacher à quasiment chacun d'entre eux, à les trouver touchants et drôles, et à ressentir avec une certaine allégresse la conclusion ensoleillée de cette suite de récits qui aura su me charmer et m'amuser. Clairement un bon moment à passer et une lecture qui m'a fait plaisir.

25/03/2020 (modifier)
Couverture de la série Fleurdelys et Patacrac
Fleurdelys et Patacrac

Quelle joie, enfin un éditeur publie les aventures de cette petite série que j'adorais dans le journal Tintin lorsque j'étais enfant, et qui jusqu'ici, n'avait jamais fait l'objet d'une parution en albums. C'est une création de Luc Mazel qui a eu quelques personnages amusants dans Tintin, et qui a ici bénéficié de l'écriture souvent subtile de Vicq pour des récits courts de 6 à 8 pages ; la série est apparue dans le numéro 907 de Tintin en 1966 sous cette forme, et fera l'objet de 18 récits complets, 1 récit long et 11 planches-gag jusqu'en 1968. Le récit long "Fleurdelys contre les Pirates" paru en 1967 fait l'objet du tome 1 chez Pan Pan, tandis que le second tome reprend des récits courts. Après le dernier récit "la Botte de noeud-vert" en 1968, Mazel quitte le journal Tintin pour aller chez le concurrent Spirou et y créer "Caline et Calebasse" qui deviendra ensuite Les Mousquetaires (Caline et Calebasse), j'avoue que je lui en ai un peu voulu à l'époque de quitter Tintin pour créer une série identique, quand on est gosse, on comprend mal ces choses là. Toujours est-il que la bande qui s'appelait à l'époque "Fleurdelys" est le prédécesseur et la cousine de Caline et Calebasse qui était selon moi un peu plus enfantine ; le lectorat dans Tintin étant un peu plus âgé, "Fleurdelys" était certes humoristique et empilait les gags, mais possédait aussi un petit fond historique et s'adressait plus à un public d'ados. Pan Pan l'a retitrée "Fleurdelys et Patacrac" à juste titre parce que la bande qui fonctionne selon la bonne vieille formule du duo complémentaire, pense que les 2 compères ont autant d'importance l'un que l'autre, et je dirais même que Patacrac qui est l'élément comique du duo, a plus de répondant, c'est lui qui déclenche souvent les aventures, qui fait l'objet des gags et qui courtise la dédaigneuse Artémise, alors que Fleurdelys est le blond et sage mousquetaire sans histoire, il n'est pas fade mais il répare souvent les gaffes et bévues de son comparse. C'est un duo qui fonctionne un peu à l'image de celui d'Astérix et Obélix ou de Tanguy et Laverdure. "Fleurdelys" était selon moi, très drôle et assez subtile grâce aux idées de Vicq qui lançait les 2 mousquetaires dans le siècle de Louis XIII généreusement parodié, tout le monde était plus ou moins gentiment caricaturé, aussi bien le roi, la reine que le cardinal Richelieu ou ses gardes ; Vicq se servait du fond historique qu'il tournait en dérision en le parsemant de situations comiques et de duels d'escrime. Le dessin à la fois expressif et élégant de Mazel accentuait la drolerie tout en respectant costumes et jolis décors, avec notamment une bonne reconstitution de la Bastille. Voila donc une Bd de mes jeunes années que j'avais envie de faire connaitre sur BDT, et qui a fait partie de ces nombreuses séries humoristiques qui ont égayé les pages du journal Tintin à une époque d'insouciance, comme Bob Binn, L'Indésirable Désiré, Tim et Anthime, Strapontin ou Rataplan...

22/03/2020 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Shino ne sait pas dire son nom
Shino ne sait pas dire son nom

Plutôt inattendu ce one-shot, mais ma foi assez réussi. Il raconte l'histoire de Shino, une adolescente un brin titmide, mais hélas porteuse d'un handicap : elle a un trouble de la parole qui l'empêche de dire son nom. Puis d'autres mots. Elle devient rapidement la risée de sa classe. Et quand on sait l'ampleur que peut prendre le harcèlement scolaire, appelé ijime, au Japon... Mais heureusement une de ses camarades va la prendre en amitié, et la secouer en même temps. Si le début de l'histoire est relativement classique, on est vite happé par l'histoire en raison de son côté véridique ; et pour cause, puisqu'il s'agit de celle de l'auteur lui-même, qui a "simplement" changé de sexe et de nom pour l'occasion (même si celui de Shino est phonétiquement assez proche du sien). Et en effet cette véracité lui a permis d'autant mieux de raconter cette histoire, qu'il évite tout enjolivement, et que la fin, pour bizarre qu'elle soit, n'en apparaît que plus réaliste. Côté dessin, la finesse habituelle du trait d'Oshimi est ici visiblement transcendée par l'implication qu'il a dans l'histoire, et c'est un vrai régal, même si c'est un roman graphique. Je recommande, pour le sujet et pour le dessin.

21/03/2020 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Viva l'anarchie ! - La Rencontre de Makhno et Durruti
Viva l'anarchie ! - La Rencontre de Makhno et Durruti

Oubliez tout ce que vous croyez savoir sur l'anarchie. Quand vous étiez plus jeunes à un moment ou un autre vous avez du crier le fameux "Ploum, ploum tralala l'anarchie vaincra !". Personnellement, je l'ai fait mais sans y rien comprendre, l'anarchie n'est pas ce que le plus grand nombre croit, à savoir un modèle où la vie n'est plus qu'un grand foutoir où tout un chacun fait n'importe quoi. Pour plus d'informations, je vous renvoie à cette excellente BD qui n'a rien de didactique tout au contraire. Il faut savoir qu'avant 1914 et pendant toute la période de l'entre-deux-guerres le mouvement libertaire a eu une influence non-négligeable en France ainsi qu'en Espagne notamment en Catalogne. Au début des années 1920, les deux leaders anarchistes se sont réfugiés en France. Bruno Loth imagine qu'à la sortie de prison des deux hommes ceux-ci se sont rencontrés et entourés de compagnons de lutte chacun évoquent son parcours. Nous sommes dans une période ou la violence est un mode d'action en réponse à l'envoi de briseurs de grèves particulièrement violents ainsi que l'intervention de l'armée. Le graphisme est percutant et exprime parfaitement les ambiances en Ukraine ou en Catalogne rehaussé par une colorisation tout en douceur de Corentin Loth. Pour moi c'est une excellente Bd qui redonne à l'anarchie ses lettres de noblesse, qui permet d'y voir un peu plus clair autour de ce mouvement, notant également la présence d'un faux journal avec la BD qui replace le contexte de l'époque et finissant par une bel article intitulé "Et de l'anarchisme naquit l'écologie sociale". Le deuxième tome que j'attends avec impatience, évoquera la Makhnovtchina et les débuts de la guerre civile espagnole. La boucle est bouclée, Bruno, ne reste plus après cela qu'à relire Les Fantômes de Ermo. Coup de cœur évidemment.

20/03/2020 (MAJ le 20/03/2020) (modifier)
Couverture de la série El Paso
El Paso

Il y a ici clairement un style propre à cette oeuvre tant graphique que scénaristique. Le dessin est difficile à décrire. Représentations simplistes, paysages contours et personnages un peu flous, souvent baignés de jaune, orange, rouge. Mais il retranscrit à merveille ce que l'on imagine de ces routes américaines qui traversent déserts poussiéreux et patelins paumés. Au final, avec un découpage qui suit bien le rythme de l'aventure ou des moments plus intimes, l'ensemble reste compréhensif et se lit facilement. L'histoire du road trip du père et de son fils semble assez classique voir banale : ce voyage leur donne l'occasion de se découvrir et peut-être de nouer un amour père-fils? Mais la spécificité de ce voyage est comme dans la vraie vie, on ne donne pas toutes les clefs en une fois, non, il faut être patient et écouter, regarder, attendre. Il n'y a pas de grands discours mais plutôt des petites attentions discrètes. Et c'est comme cela, au long du voyage que l'on comprend leur histoire et qu'on s'attache à ce petit garçon triste et ce père paumé.

18/03/2020 (modifier)
Couverture de la série Paul au parc
Paul au parc

Cela faisait plusieurs années que j'avais envie de découvrir cette série, mais je n'avais jamais franchi le pas. Le festival d'Angoulême a été l'occasion d'y remédier, l'auteur y étant présent cette année. Grand bien m'en a pris ! Dès les premières pages j'ai été happée par cette BD. Le trait en apparence très simple fourmille de détails qui nous immergent dans la petite ville où habite Paul. J'aime beaucoup ressentir l'atmosphère d'un lieu quand je lis une bande dessinée, et là c'était le cas du début à la fin. On suit Paul durant deux années dans les différents aspects de sa vie. J’ai aimé le suivre dans ses déambulations en solitaire propices à la rêverie. J’ai souri aux scènes de sa vie de famille, théâtre de l’opposition entre sa mère et une grand-mère quelque peu envahissante. J’ai ressenti l’enthousiasme débordant propre à cet âge lorsqu’il se lance dans ses premières BD. J’ai aimé découvrir son parcours chez les scouts, partir avec lui en camp d’été et ressentir cette douce insouciance des grandes vacances. Il plane sur l’album un doux parfum de nostalgie, et chaque détail semble tellement juste que j’avais le sentiment d’y être. À tel point que des souvenirs d'enfance refaisaient surface tout au long de ma lecture, alors même que mon enfance n'avait pas grand chose en commun avec la sienne. Le récit est également jalonné de sujets plus graves reliés à l'actualité de l'époque, évoquant les actions menées par le FLQ et en particulier la crise d’octobre. J’avoue honteusement que je ne me souviens pas avoir entendu parler de ces événements auparavant, mais c'était justement intéressant de plonger dans ce contexte politique particulier. Et puis il y a la fin… je n’en dirai pas grand-chose pour ceux qui ne l’ont pas lue, mais je peux dire que j’avais les larmes aux yeux après le mot « Fin »… Ma première rencontre avec Paul est donc une totale réussite, j’ai d’ores et déjà hâte de lire les autres albums de la série.

18/03/2020 (modifier)