In Waves

Note: 4/5
(4/5 pour 2 avis)

La perte d’un être cher et la façon dont on traverse le deuil, en surfant comme on peut la crête d’une grosse vague. Tantôt au-dessus de l’écume, tantôt envahi et fracassé par le poids de l’eau.


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Avec beaucoup de finesse et de pudeur, AJ Dungo, immortalise les instants de grâce de sa relation avec Kristen. La légèreté et l’émotion des premières rencontres, la violence du combat contre la maladie, la noblesse de la jeune femme qui se bat avec calme. Il évoque en parallèle leur passion commune pour le surf, l’océan. Et évite très justement l’écueil du pathos en intercalant dans son récit personnel, un petit précis d’histoire du surf.

Scénariste
Dessinateur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 21 Août 2019
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série In Waves
Les notes (2)
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13/08/2019 | Mac Arthur
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L'avatar du posteur Guillaume.M

« In Waves » est un voyage dans le monde du surf et dans l’intimité, l’amour puis le deuil d’AJ Dungo pour Kristen, fauchée par le cancer. Une véritable émotion se dégage de ce roman graphique, page après page. Malgré le caractère éminemment personnel du scénario, l’auteur parvient à garder une grande pudeur tout en faisant preuve d’une honnêteté qui force le respect. Pour écrire « In Waves », AJ Dungo se livre et a forcément dû mettre ses tripes sur la table. Parvenir à le faire avec tant de classe et une telle douceur, malgré la violence du sujet traité, a dû lui demander un immense travail d’introspection et du recul. Tout cela n’est pas sans me rappeler le fameux Pilules bleues de Frederik Peeters, la poésie en plus. La trame narrative mêle habilement l’histoire personnelle de Kristen et AJ et l’histoire du surf, notamment par les biographies de Duke Kahanamoku et Tom Blake, légendes de ce sport. Si ce mélange peut sembler étonnant, voire superficiel, au début de l’album, les liens entre l’autobiographie et le surf se resserrent peu à peu jusqu’à devenir une évidence. À ce propos, la citation qui suit, directement tirée de l’album, résume parfaitement le parallèle qu’AJ Dungo tire entre le deuil et l’océan : « Cela vient par vague. C’est une réponse un peu lapidaire, mais juste. Le vide est constant. Mais le chagrin du deuil n’a pas de forme propre. Il va et il vient. Il demeure imprévisible. Il naît d’une tempête au loin, au plus profond de l’océan, à l’abri des regards, en faisant gronder les flots. Il surgit, canalisé, concentré, se forme, se précipite, chargeant toute sa force avant d’atteindre le point de rupture. Il croît jusqu’à ne plus pouvoir tenir sa forme. Il devient instable et s’effondre. Il finit par se répandre en une surface uniforme et calme. Et puis l’eau se retire, avant que la vague ne se reforme à nouveau. (…) Il faut surfer. » Cet album n’est pas seulement une réussite scénaristique. Il est également un succès graphique. Quel talent, quelle souplesse et quelle force malgré la simplicité et la douceur du trait, presque liquide. Les planches s’enchaînent avec une homogénéité et une fluidité qui rappellent l’eau. Cela commence déjà avec la fort jolie couverture et se confirme tout au long de l’album. Quant à la mise en couleur, là encore c’est une réussite, avec le sépia pour l’histoire du surf et le bleu pour la partie autobiographique. « In Waves » est un coup de cœur et sans doute l’un des albums les plus marquants de l’année 2019. Plusieurs heures après sa lecture, j’en suis encore imprégné…

26/08/2019 (modifier)
L'avatar du posteur Mac Arthur

Très beau récit que celui-ci, qui a réussi à me toucher alors que le pari n’était pas gagné d’avance. Ce qui marque tout d’abord, avec ce ‘In Waves’, c’est bien sûr (et il suffit de jeter un œil sur la couverture) son aspect graphique. AJ Dungo fait montre d’un talent énorme. Ses dessins combinent élégance, pureté et esthétisme. Chaque case me semble réalisée avec le même souci de recherche, d’épure, le même soin, la même cohérence pour qu’à chaque fois je reste stupéfait par l’harmonie et la douceur qui se dégagent de ce trait, de ce style démodé et moderne à la fois… intemporel en somme. Bon, c’est clair, côté visuel, je suis sous le charme. Mais bien souvent, avec ce type de livre qui s’admire pour chaque case, l’histoire a tendance à passer au second plan et l’émotion du récit n’atteint jamais l’émotion suscitée par le trait. Du coup, d’ordinaire avec ce genre d’objet j’admire… mais je ne suis pas ‘dedans’. Et bien ici, l’émotion du récit est bien réelle. Ce livre est un magnifique hommage d’un auteur pour sa compagne défunte, une œuvre emplie de respect, de pudeur… et, on y revient, d’élégance. Roman graphique par son sujet autobiographique, cette œuvre m’a marqué par sa sincérité et par la capacité de l’auteur à nous faire partager son amour pour Kristen au travers d’un portrait simple et d’une grande finesse. Finesse qui se dégage aussi dans la pertinence de l’alternance entre les pages consacrées à l’histoire du surf et celles dédiées à l’aspect autobiographique. Car en racontant les vies de Duke Kahanamoku et de Tom Blake, AJ Dungo ne se contente pas de retracer une page d’histoire. Il lie cette histoire à sa propre expérience, Duke le flamboyant et Tom le solitaire… Kristen et AJ… Elle, belle intelligente et pleine de vie et lui solitaire, renfermé, maladroit. Enfin, derrière ce drame d’une existence rongée par la maladie se love une leçon de vie, celle que nous donne Kristen qui cherchera aussi longtemps possible à ‘rester sur la vague’… et celle que nous offre AJ Dungo pour qui ce deuil est comme une vague qui parfois le submerge et parfois le laisse dans le creux. Et finalement, ce livre nous parle de résilience dans le sens le plus noble du terme, dans cette capacité qu’a l’être humain de se construire au travers de ses expériences, quand bien même celles-ci sont terriblement douloureuses.

13/08/2019 (modifier)