AVERTISSEMENT : Si vous voulez profiter au mieux de la lecture de cet album, ne lisez RIEN à son sujet. Faites juste confiance à ceux qui vous diront que c’est un très bon polar typé « années 40 » doublé d’une réflexion sur la crédulité du public face au pouvoir des médias.
Donc, s’il vous plait, si cet album vous tente, ne lisez pas mon avis !!!!
Ceci dit, les auteurs de ce récit sont de magnifiques salopards ! Je le dis avec respect et même admiration mais ce sont tout de même deux salopards magnifiques… j’y reviendrai.
« A Fake Story » se présente comme un récit policier à l’ambiance typique du polar américain de l’entre-deux-guerres. Son personnage pivot, Douglas Burroughs, un ancien journaliste qui s’est tourné vers l’écriture, accepte de rempiler pour une enquête sur le terrain à la demande de son ex-patron, responsable de la chaîne de radio CBS. Douglas Burroughs, c’est aussi le nom de l’auteur du roman dont est tiré ce récit, et le personnage y gagne encore en mystère. Ce récit est-il tiré d’une histoire vraie ? Ou Douglas Burroughs s’est-il mis en scène dans une fiction ?
Dès l’entame du récit, nous sommes donc plongés au cœur d’un jeu de dupe, dans lequel vérités et mensonges sont savamment associés pour créer une nouvelle réalité. C’est le principe même des fake news, d’ainsi mêler des éléments tangibles et des affirmations gratuites ou carrément fausses. Et les auteurs poussent encore le jeu plus loin puisque toute l’intrigue va se construire sur les cendres d’un des canulars les plus célèbres de la radio : l’adaptation radiophonique d’Orson Welles du livre de H.G. Wells « La Guerre des Mondes », une adaptation tellement crédible qu’elle avait créé un mouvement de panique aux Etats-Unis, les auditeurs prenant l’émission en cours de route étant convaincus que les Martiens avaient bel et bien débarqué sur notre chère planète.
Sur cette base, historiquement solide (l’émission d’Orson Welles, le mouvement de panique qui en a résulté) se développe une enquête policière prenante dans laquelle Douglas Burroughs va devoir séparer le vrai du faux pour enfin découvrir la vérité. Cette enquête est également l’occasion de peindre cette Amérique de 1938, avec son racisme ordinaire, la montée en puissance des médias, la fascination pour les armes à feu.
Franchement, le contexte est fabuleux, les personnages sont crédibles, l’enquête offre plus d’un rebondissement. Et le dessin de Jean-Denis Pendanx apporte toute l’atmosphère attendue. Si ces planches avaient une odeur, on humerait des effluves de vieux cuir mouillé et de cendres de cigarette. Pour un amateur de polar noir des années 40, c’est un pur régal.
Et par-delà l’aspect policier du récit émerge une réflexion sur le pouvoir des média et sur la crédulité du public, prêt à prendre pour vraie n’importe quelle affirmation pourvu qu’elle vienne d’une source qui lui inspire confiance.
A peine terminé cette lecture, j’ai voulu en savoir plus sur Douglas Burroughs et sur ce fameux roman. Certaines révélations offertes par la bande dessinée me paraissaient bizarres ou maladroites, ce qui ne faisait encore qu’accroître mon intérêt pour ce romancier journaliste…
Et là, je me suis dit que Laurent Galandon et Jean-Denis Pendanx étaient deux salopards magnifiques… et je les en remercie.
Franchement bien ! Et je suis très heureux d’avoir lu cet album avant même d’en avoir entendu parler. J'espère sincèrement pour vous que ce sera également votre cas et que vous ne lirez mon avis qu'a posteriori.
Je me suis fait un petit plaisir à la lecture de cette BD. J'ai eu le sentiment d'y retrouver de la fantasy à l'ancienne, celle d'avant l'ère Lanfeust qui a entrainé trop de séries similaires, une heroic-fantasy échevelée et pleine d'imagination, s'éloignant des standards et offrant un monde imaginaire excellent et surtout un graphisme exceptionnel.
Je ne connaissais pas Ken Broeders mais j'ai aussitôt reconnu une réelle maîtrise dans sa narration et sa mise en page, clairement pas celle d'un débutant. En effet, même si cet auteur a publié très peu de BD, il officie tout de même depuis 1995. Faut-il en déduire qu'il prend le temps de soigner son oeuvre ? C'est ce qu'on dirait quand on voit le côté impeccable du graphisme et de la mise en scène de cette nouvelle série.
Le dessin se rapproche par moment de l'illustration, un graphisme très soigné qui m'a parfois évoqué Ségur (Légendes des Contrées Oubliées) ou Civiello (La Graine de Folie), mais contrairement à ce dernier qui privilégie l'esthétisme au détriment de la clarté de la lecture, ici celle-ci est irréprochable. Dès la première page, suite à un texte introductif concis et clair, on est plongé dans un monde de fantasy à la fois simple et original, avec ses différents peuples sortant de l'ordinaire et qui évoqueront encore une fois un classique du genre, La Quête de l'Oiseau du Temps.
Le scénario est agréable à lire. Il met en scène deux héros plutôt attachants. L'un est assez convenu dans son genre puisqu'il s'agit d'un voleur roublard et vantard mais finalement sympathique. L'autre est plus spéciale puisque c'est une humaine dans ce monde de créatures magiques, elle aussi envoyée en mission de cambriolage, mais en réalité manipulée et amnésique. Il y a d'autres protagonistes qui sortent eux aussi du lot et dont on sent un réel potentiel. C'est réjouissant.
J'ai craint à un moment que l'histoire manque d'envergure, avec une partie adverse certes peu banale mais assez limitée en terme de développement, mais aux trois quarts du premier tome, cette adversité est plus ou moins balayée pour laisser la place à un contexte nouveau et à une menace d'un autre ordre et davantage intrigante.
Coup de coeur pour moi et grosse envie de lire la suite !
Je tenais à donner mon avis car je constate, avec regret, que personne ne semble avoir beaucoup apprécié cet ouvrage. Il représente à mes yeux un petit chef d'œuvre de la BD belge, que je classerais au même titre que L'Ombre du Corbeau de Comès ou, dans un toute autre registre, "L'Enfant Penchée" de Schuiten.
Je ne connaissais pas bien Julos Beaucarne au moment de découvrir l'œuvre (et je ne le connais pas d'avantage aujourd'hui) mais je n'ai pas eu de mal à me faire happée par l'histoire - que j'ai d'ailleurs relue plusieurs fois. Je ne me risquerais pas à une interprétation exhaustive, parce que je pense que l'art ne doit pas être toujours intellectualisé, mais je n'ai pu m'empêcher de voir de nombreuses métaphores, parfois cyniques, caustiques ou ironiques, à l'égard du monde contemporain.
Tout d'abord, on remarque rapidement que seul le personnage principal vit encore en chair et en os. Les autres ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes : bustes de statues animées, personnages masqués, marionnettes de bois et de ficelles, les êtres qui gravitent autour du protagoniste sont tous, d'une certaine manière, en quête d'une humanité perdue. Il en va de même pour la bêbête, une créature un peu niaise, qui court éperdument après le dernier des hommes pour le dévorer vivant (et retrouver, ainsi, un peu de son humanité ?) Cette bêbête, d'ailleurs, est prise peu à peu en affection. Loin d'y voir la décadence de l'espèce humaine, le lecteur y reconnaît plutôt le double du dernier survivant. La bêbête représente ce que le héros pourrait devenir à tout instant du récit, s'il venait à oublier qui il est ; s'il venait à se perdre dans les 'fables', les "croyances", les "récits absurdes" qui circulent autour de lui. Ces fables sont nombreuses : elles concernent les canons esthétiques, l'existence du soleil, ou encore, l'amour. Le héros lui-même court après un amour perdu, mais son parcourt, loin d'une quête chevaleresque, ressemble à une éternelle transgression. Plutôt que de répondre aux énigmes qui lui sont adressées, il préfère lancer des calembours, s'esquiver, user de ruse ! Il s'aventure peu à peu dans une grotte qui n'est pas sans rappeler la caverne de Platon, avant de s'élever, au moyen d'un vélo solaire, vers le ciel nuageux. Là-haut, près de l'astre éternel, il retrouve ses semblables. Je donne le mot de la fin à Julos Beaucarne :
"Croyez en l'extase des nuages
qui traversent les grands horizons,
au petit vent du soir,
au cœur de l'été chaud."
Cette relecture du mythe de Thésée est une excellente surprise, je n'y croyais qu'à moitié, et bien m'en a pris de me lancer dans cette lecture passionnante. On pourrait croire que la Bd fait partie de la collection la Sagesse des Mythes éditée par Glénat et dont j'ai déjà lu quelques albums, mais il n'en est rien, les auteurs revisitent la Mythologie grecque par l'effarante révélation que Thésée ne fut pas un homme mais une femme ; une femme cependant au caractère bien trempé, qui a vécu une jeunesse chaotique, est devenue une guerrière ne pensant qu'à sa vengeance contre son père Egée qui se révèle un immonde roi, et qui au final devra affronter le Minotaure.
On peut tordre, malmener ou transformer la Mythologie dans la mesure où ce n'est pas des récits historiques mais des récits chimériques destinés à magnifier l'héroïsme, colportés par des générations d'aèdes. Les auteurs ne s'en privent pas et jouent allègrement des affirmations, des vues et des idées que l'on a tous de cette histoire mythologique de Thésée, du labyrinthe du roi Minos en Crète, du fil d'Ariane etc... tout est remis en question et réinventé dans un récit violent, captivant, plein de cruauté et d'un dynamisme remarquable, sans temps morts, à tel point que le tome 1 qui laissait de belles espérances, parvient à enchaîner un tome 2 aussi palpitant qui clôture cette nouvelle variation mythologique en donnant étrangement une vérité, un aspect très plausible, on se surprend à trouver ce récit aussi crédible avec une femme pour héroïne, parce que tout colle à merveille, le scénariste s'est joué de l'histoire connue pour la rendre parfaitement acceptable, assortie d'un twist final d'une grande audace.
La partie graphique me laisse un peu dubitatif par endroits car elle est irrégulière : plusieurs cases sont superbes, d'autres sont moyennes c'est très curieux ; j'ai l'impression que le dessin lorgne vers le style de Miville-Deschênes (sur Reconquêtes) mais en moins bien, les visages sont peu précis voire maladroits par endroits, le soin se reportant sur les décors. La représentation du Minotaure est conforme à ce que j'imaginais, c'est moins grandiose que celle vue dans Thésée et le Minotaure, mais quand j'étais petit, j'avais une collection d'images sur la Mythologie où le dessin du Minotaure était à peu près identique à celui que livre ici le dessinateur italien Francesco Trifogli.
Un diptyque non conventionnel qui en transformant l'histoire bien connue, offre une autre alternative au mythe et étonnera pas mal de lecteurs passionnés par la Mythologie, tout comme les néophytes qui se satisferont d'un récit solide et bien mené.
Un conte merveilleux au dessin déroutant et efficace.
L'histoire avance sur le modèle du conte initiatique : l'héroïne, bébé incongru tombé du ciel, pas à la bonne échelle, grandit au fil des rencontres et des erreurs (les siennes, celles des autres...). Une sorte de mélange entre les 12 travaux d'Hercule et Alice au pays des merveilles, qui convoquerait un imaginaire grec, italien, catholique et féministe à la fois.
Pourtant, les questions que la géante se pose sont logiques, rationnelles et ressemblent à celles que nous nous posons en grandissant, ce qui touchera chacun de nous. Son caractère simple et bienveillant l'aide à se faire des ami.e.s, des amants, des professeur.e.s, mais aussi des ennemi.e.s. Comme le monde qui nous est proposé est très loin de la réalité, on ne cherchera pas l'épaisseur des personnages secondaires, mais leur rôle dans le parcours de Céleste, et cet enchainement est bien huilé.
Pour moi, c'est le dessin qui fait le force de cet album, il intrigue, apaise, déroute le lecteur. N'importe quel autre trait, plus fin, plus précis, plus réaliste, plus riche aurait pu paraître exagéré ou gnangnan. Ici l'autrice va à l'essentiel. Le corps de céleste, rebondi, à la peau rose, au grandes oreilles chargées de contenir sa capricieuse chevelure rousse, à la grande mâchoire arrondie, semble une force de la nature. Tous les personnages gardent cette allure potelée au regard vide mais aux paroles pleines.
L'énigme de l'apparition de Céleste sur terre restera inexpliquée, et cette frustration, qui est une part de la motivation pour tourner chaque page, restera pleine et entière, une fois le livre refermé ! Les dernières pages manquent de l'intelligence naïve et rationnelle à la fois qui caractérise le livre. Comme pour un road-movie, on se demande à la fin du voyage : Tout ça pour ça ? mais n'est-ce pas la conclusion de toute vie, finalement....
Pas loin de l'excellence!!
Il y a quelques jours le jeu de la couverture mystère mettait à l'honneur cette BD. Ni une ni deux je vais jeter un oeil aux avis et à la galerie. Là les choses s'éclairent; je connais le sujet pour avoir vu ce qui était alors le premier film de Ridley Scott en 1977 "Les Duellistes" avec Harvey Keitel et Keith Carradine. Film peu connu mais dont je me souviens qu'il m'avait marqué. Ah ces costumes de hussards napoléoniens!.
Achat donc de l'objet (merci Momox), lecture et l'avis qui suit.
J'ai été embarqué immédiatement par cette épopée qui met aux prises deux soldats de l'armée napoléonienne qui pendant vingt ans vont s'affronter en duel sur les champs de bataille pour une querelle quasi inexistante. Tout le sel de l'album est contenu non pas tant par les combats proprement dits mais par les liens qui unissent les deux duellistes. Liens faits de haine mais aussi de respect mutuel, voire l'épisode de la retraite de Russie ou les deux combattants unissent leurs forces dans une scène qui n'est pas dénuée d'humour.
Bien souvent au cours des années les deux duellistes ne sont plus maitres de leur destin, étant devenus des héros les différents corps d'armée les obligent quasiment à combattre l'un contre l'autre, "le combat des titans", ainsi sont-ils surnommés par la troupe.
Pour magnifier cette histoire de 185 pages il fallait un dessinateur à la hauteur, ce qui est le cas avec Renaud Farace qui a ma connaissance n'a produit que cet album. C'est en tout cas un coup de maitre avec ce dessin tout en noir et blanc acéré parfois à la limite de l'esquisse ce qui n'exclut pas une grande expressivité dans les visages. Foutre dieu que c'est beau et efficace.
Je lis ici ou là que parfois les choses tirent un peu en longueur, pour ma part ce ne fut pas le cas. Vraiment du très bon dont je fais sans problème mon coup de cœur du moment. Faites tourner évidemment.
Cet album bénéficie d'un bon scénario, clair et facile à comprendre, sans digressions, c'est probablement parmi les quelques albums que j'ai lus de cette collection, le meilleur. Bon, faut dire que les batailles antiques me passionnent plus que les batailles napoléoniennes ou celles de Louis XIV.
Cette bataille a eu lieu en 31 avant J.C. au large des côtes orientales de la Grèce, près du golfe d'Ambrasie, elle est citée par les historiens comme étant l'une des batailles les plus importantes de l'Antiquité par son ampleur et ses enjeux.
En effet, non seulement elle hâta la fin de la guerre civile, mais les conséquences seront que Octave en défaisant son adversaire, va s'octroyer le contrôle de la riche province d'Egypte, le contrôle des routes maritimes et surtout qu'il accédera au trône impérial.
Cet album est comme les autres de la collection au niveau construction, tout au moins ceux que j'ai lus, il possède les mêmes qualités et les mêmes défauts, à savoir une analyse politique qui précède la bataille en elle-même qui est toujours aussi peu montrée, et un bon dessin. L'analyse politique est assez poussée, à la différence qu'ici, comme je le disais au début, elle est clairement expliquée, sans épisodes inutiles, avec les intrigues sénatoriales et les cabales menées par Octave pour discréditer son rival Antoine. En faisant croire au Sénat que ce dernier s'est laissé ensorceler par Cléopâtre avec qui il entretient une relation amoureuse , et qu'il y a une possibilité que Rome soit assujetie à l'Egypte, le perfide Octave, poussé par son arrogance et son ambition effrénée, parvient à monter une armée et une flotte.
L'album s'ouvre par l'assassinat de César, mais comme dans les autres tomes de la collection, sont donc exposés les enjeux politiques et les stratégies de guerre, avant de montrer vers la fin en quelques pages le déroulement de la bataille. Dans le cas d'Actium, c'est peut-être pas plus mal car cette bataille fut peu spectaculaire, elle est importante surtout par son terme. Les forces d'Antoine comptaient environ 500 navires, celles d'Octave 400, et il y eut plus de tués dans les rangs d'Octave, mais une mauvaise organisation et des contre-ordres décidèrent de son issue : Cléopâtre craignant autant la défaite d'Antoine que sa victoire qui ferait de lui le maître de Rome en l'éloignant d'elle, fit brusquement retirer son escadre, et Antoine la suivit ; le reste de la flotte sans chef, se rendit, et les 100 000 hommes d'Antoine sur terre, se rallièrent à Octave à qui Actium livrait ce qui allait devenir l'Empire romain.
Tout ceci est bien relaté, c'est plus accrocheur je trouve que dans d'autres narrations de Delitte, c'est très instructif et divertissant ; le dessin y participe, je l'ai trouvé très correct et précis, j'avais déjà apprécié le trait de Filippo Cenni sur l'album Saint Louis de la collection Ils ont fait l'Histoire.
Magistral, épique, psychédélique et rock'n'roll...
Cette adaptation incroyable est un des chefs d'oeuvre de Druillet dont le style controversé est pour certains incompréhensible et inabordable mais que j'adore.
Le trait est dynamique, la mise en page dinguesque (ouais, j'invente), et ça ne fait que renforcer le récit qui est déjà très bon au départ. Si ce dernier passe malgré tout au second plan, l'ensemble est vraiment hallucinant et sans doute l'expérience la plus proche que l'on puisse faire d'un mélange de drogues psychotropes puissantes sans craindre pour sa vie.
Ce côté "Métal Hurlant" et rebelle des années 80 n'est pour moi pas du tout daté mais au contraire, intemporel... quelque chose qui peut vous sortir de votre quotidien parfois morne et gris et exploser en un fourmillement de couleurs et de cadrages psychédingos vus absolument nulle part ailleurs.
Bref, un ovni certes, mais sans doute le plus bel ovni (objet visuellement novateur intemporel) que j'aie lu.
Gros coup de cœur.
Batman Année Un, c’est LE comics pour débuter cet Ordre de Lecture DC, c’est LE comics pour commencer Batman dans l’âge moderne, c’est LE comics à découvrir ou à redécouvrir de DC… bref c’est LE comics de référence.
---> Lire la suite sur le blog lecture DC
INTRIGUES : 5/5
DESSINS : 5/5
PERSONNAGES : 5/5
LES PLUS
La narration dynamique Gordon / Batman
Le développement de la vie privée des personnages principaux
Une patte artistique intemporelle, surtout pour une œuvre de 1988
LES MOINS
Que la Catwoman présentée ne soit pas celle qui soit « canonisée », mais ce n’est pas un gros problème
Il y a quelques années, j’ai acheté dans une vente aux enchères une planche de l’italien Giorgio Tabet datant des années 40. Le graphisme était particulièrement sublissime. Un condensé à la gouache et au crayon sur papier cartonné. Tout en noir blanc gris. Un peu en mode sépia style roman photo du magazine « nous deux » de nos grands-parents. Un côté passéiste génial. J’étais subjugué, j’ai craqué !
Avec Shutter Island de Christian De Metter j’ai retrouvé ce graphisme bien particulier mais ô combien génial. Du grand art à l’état pur. Visuellement c’est magnifique. Un moment de lecture jubilatoire croyez-moi.
Au-delà de la partie graphisme, bien évidemment j’avais encore en mémoire le film de Martin Scorsese avec Leonardo DiCaprio. C’est un peu dommage car la fin je la connaissais avant de commencer la lecture de ce thriller psychologique. Mais bon cela n’a pas trop atténué le plaisir de découvrir cet album.
L’univers de cet hôpital psychiatrique avec ses joyeux drilles est oppressant et rendrait aisément neurasthénique le premier quidam venu. Même la mouette rieuse de Gaston serait désœuvrée. Le parfum de la parano s’installe peu à peu en nous au fur et à mesure que nous avançons dans cette histoire lugubre. C’est fascinant.
Vous pouvez vous procurer cette BD. Ce n’est pas dangereux pour votre santé ! C’est juste angoissant, effrayant, et cauchemardesque. Et vous allez très certainement perdre pied. Hummmm mais que c’est bon.
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A Fake Story (d'après le roman de Douglas Burroughs)
AVERTISSEMENT : Si vous voulez profiter au mieux de la lecture de cet album, ne lisez RIEN à son sujet. Faites juste confiance à ceux qui vous diront que c’est un très bon polar typé « années 40 » doublé d’une réflexion sur la crédulité du public face au pouvoir des médias. Donc, s’il vous plait, si cet album vous tente, ne lisez pas mon avis !!!! Ceci dit, les auteurs de ce récit sont de magnifiques salopards ! Je le dis avec respect et même admiration mais ce sont tout de même deux salopards magnifiques… j’y reviendrai. « A Fake Story » se présente comme un récit policier à l’ambiance typique du polar américain de l’entre-deux-guerres. Son personnage pivot, Douglas Burroughs, un ancien journaliste qui s’est tourné vers l’écriture, accepte de rempiler pour une enquête sur le terrain à la demande de son ex-patron, responsable de la chaîne de radio CBS. Douglas Burroughs, c’est aussi le nom de l’auteur du roman dont est tiré ce récit, et le personnage y gagne encore en mystère. Ce récit est-il tiré d’une histoire vraie ? Ou Douglas Burroughs s’est-il mis en scène dans une fiction ? Dès l’entame du récit, nous sommes donc plongés au cœur d’un jeu de dupe, dans lequel vérités et mensonges sont savamment associés pour créer une nouvelle réalité. C’est le principe même des fake news, d’ainsi mêler des éléments tangibles et des affirmations gratuites ou carrément fausses. Et les auteurs poussent encore le jeu plus loin puisque toute l’intrigue va se construire sur les cendres d’un des canulars les plus célèbres de la radio : l’adaptation radiophonique d’Orson Welles du livre de H.G. Wells « La Guerre des Mondes », une adaptation tellement crédible qu’elle avait créé un mouvement de panique aux Etats-Unis, les auditeurs prenant l’émission en cours de route étant convaincus que les Martiens avaient bel et bien débarqué sur notre chère planète. Sur cette base, historiquement solide (l’émission d’Orson Welles, le mouvement de panique qui en a résulté) se développe une enquête policière prenante dans laquelle Douglas Burroughs va devoir séparer le vrai du faux pour enfin découvrir la vérité. Cette enquête est également l’occasion de peindre cette Amérique de 1938, avec son racisme ordinaire, la montée en puissance des médias, la fascination pour les armes à feu. Franchement, le contexte est fabuleux, les personnages sont crédibles, l’enquête offre plus d’un rebondissement. Et le dessin de Jean-Denis Pendanx apporte toute l’atmosphère attendue. Si ces planches avaient une odeur, on humerait des effluves de vieux cuir mouillé et de cendres de cigarette. Pour un amateur de polar noir des années 40, c’est un pur régal. Et par-delà l’aspect policier du récit émerge une réflexion sur le pouvoir des média et sur la crédulité du public, prêt à prendre pour vraie n’importe quelle affirmation pourvu qu’elle vienne d’une source qui lui inspire confiance. A peine terminé cette lecture, j’ai voulu en savoir plus sur Douglas Burroughs et sur ce fameux roman. Certaines révélations offertes par la bande dessinée me paraissaient bizarres ou maladroites, ce qui ne faisait encore qu’accroître mon intérêt pour ce romancier journaliste… Et là, je me suis dit que Laurent Galandon et Jean-Denis Pendanx étaient deux salopards magnifiques… et je les en remercie. Franchement bien ! Et je suis très heureux d’avoir lu cet album avant même d’en avoir entendu parler. J'espère sincèrement pour vous que ce sera également votre cas et que vous ne lirez mon avis qu'a posteriori.
Une histoire de voleurs et de trolls
Je me suis fait un petit plaisir à la lecture de cette BD. J'ai eu le sentiment d'y retrouver de la fantasy à l'ancienne, celle d'avant l'ère Lanfeust qui a entrainé trop de séries similaires, une heroic-fantasy échevelée et pleine d'imagination, s'éloignant des standards et offrant un monde imaginaire excellent et surtout un graphisme exceptionnel. Je ne connaissais pas Ken Broeders mais j'ai aussitôt reconnu une réelle maîtrise dans sa narration et sa mise en page, clairement pas celle d'un débutant. En effet, même si cet auteur a publié très peu de BD, il officie tout de même depuis 1995. Faut-il en déduire qu'il prend le temps de soigner son oeuvre ? C'est ce qu'on dirait quand on voit le côté impeccable du graphisme et de la mise en scène de cette nouvelle série. Le dessin se rapproche par moment de l'illustration, un graphisme très soigné qui m'a parfois évoqué Ségur (Légendes des Contrées Oubliées) ou Civiello (La Graine de Folie), mais contrairement à ce dernier qui privilégie l'esthétisme au détriment de la clarté de la lecture, ici celle-ci est irréprochable. Dès la première page, suite à un texte introductif concis et clair, on est plongé dans un monde de fantasy à la fois simple et original, avec ses différents peuples sortant de l'ordinaire et qui évoqueront encore une fois un classique du genre, La Quête de l'Oiseau du Temps. Le scénario est agréable à lire. Il met en scène deux héros plutôt attachants. L'un est assez convenu dans son genre puisqu'il s'agit d'un voleur roublard et vantard mais finalement sympathique. L'autre est plus spéciale puisque c'est une humaine dans ce monde de créatures magiques, elle aussi envoyée en mission de cambriolage, mais en réalité manipulée et amnésique. Il y a d'autres protagonistes qui sortent eux aussi du lot et dont on sent un réel potentiel. C'est réjouissant. J'ai craint à un moment que l'histoire manque d'envergure, avec une partie adverse certes peu banale mais assez limitée en terme de développement, mais aux trois quarts du premier tome, cette adversité est plus ou moins balayée pour laisser la place à un contexte nouveau et à une menace d'un autre ordre et davantage intrigante. Coup de coeur pour moi et grosse envie de lire la suite !
L'Appel de Madame la Baronne
Je tenais à donner mon avis car je constate, avec regret, que personne ne semble avoir beaucoup apprécié cet ouvrage. Il représente à mes yeux un petit chef d'œuvre de la BD belge, que je classerais au même titre que L'Ombre du Corbeau de Comès ou, dans un toute autre registre, "L'Enfant Penchée" de Schuiten. Je ne connaissais pas bien Julos Beaucarne au moment de découvrir l'œuvre (et je ne le connais pas d'avantage aujourd'hui) mais je n'ai pas eu de mal à me faire happée par l'histoire - que j'ai d'ailleurs relue plusieurs fois. Je ne me risquerais pas à une interprétation exhaustive, parce que je pense que l'art ne doit pas être toujours intellectualisé, mais je n'ai pu m'empêcher de voir de nombreuses métaphores, parfois cyniques, caustiques ou ironiques, à l'égard du monde contemporain. Tout d'abord, on remarque rapidement que seul le personnage principal vit encore en chair et en os. Les autres ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes : bustes de statues animées, personnages masqués, marionnettes de bois et de ficelles, les êtres qui gravitent autour du protagoniste sont tous, d'une certaine manière, en quête d'une humanité perdue. Il en va de même pour la bêbête, une créature un peu niaise, qui court éperdument après le dernier des hommes pour le dévorer vivant (et retrouver, ainsi, un peu de son humanité ?) Cette bêbête, d'ailleurs, est prise peu à peu en affection. Loin d'y voir la décadence de l'espèce humaine, le lecteur y reconnaît plutôt le double du dernier survivant. La bêbête représente ce que le héros pourrait devenir à tout instant du récit, s'il venait à oublier qui il est ; s'il venait à se perdre dans les 'fables', les "croyances", les "récits absurdes" qui circulent autour de lui. Ces fables sont nombreuses : elles concernent les canons esthétiques, l'existence du soleil, ou encore, l'amour. Le héros lui-même court après un amour perdu, mais son parcourt, loin d'une quête chevaleresque, ressemble à une éternelle transgression. Plutôt que de répondre aux énigmes qui lui sont adressées, il préfère lancer des calembours, s'esquiver, user de ruse ! Il s'aventure peu à peu dans une grotte qui n'est pas sans rappeler la caverne de Platon, avant de s'élever, au moyen d'un vélo solaire, vers le ciel nuageux. Là-haut, près de l'astre éternel, il retrouve ses semblables. Je donne le mot de la fin à Julos Beaucarne : "Croyez en l'extase des nuages qui traversent les grands horizons, au petit vent du soir, au cœur de l'été chaud."
Le Feu de Thésée
Cette relecture du mythe de Thésée est une excellente surprise, je n'y croyais qu'à moitié, et bien m'en a pris de me lancer dans cette lecture passionnante. On pourrait croire que la Bd fait partie de la collection la Sagesse des Mythes éditée par Glénat et dont j'ai déjà lu quelques albums, mais il n'en est rien, les auteurs revisitent la Mythologie grecque par l'effarante révélation que Thésée ne fut pas un homme mais une femme ; une femme cependant au caractère bien trempé, qui a vécu une jeunesse chaotique, est devenue une guerrière ne pensant qu'à sa vengeance contre son père Egée qui se révèle un immonde roi, et qui au final devra affronter le Minotaure. On peut tordre, malmener ou transformer la Mythologie dans la mesure où ce n'est pas des récits historiques mais des récits chimériques destinés à magnifier l'héroïsme, colportés par des générations d'aèdes. Les auteurs ne s'en privent pas et jouent allègrement des affirmations, des vues et des idées que l'on a tous de cette histoire mythologique de Thésée, du labyrinthe du roi Minos en Crète, du fil d'Ariane etc... tout est remis en question et réinventé dans un récit violent, captivant, plein de cruauté et d'un dynamisme remarquable, sans temps morts, à tel point que le tome 1 qui laissait de belles espérances, parvient à enchaîner un tome 2 aussi palpitant qui clôture cette nouvelle variation mythologique en donnant étrangement une vérité, un aspect très plausible, on se surprend à trouver ce récit aussi crédible avec une femme pour héroïne, parce que tout colle à merveille, le scénariste s'est joué de l'histoire connue pour la rendre parfaitement acceptable, assortie d'un twist final d'une grande audace. La partie graphique me laisse un peu dubitatif par endroits car elle est irrégulière : plusieurs cases sont superbes, d'autres sont moyennes c'est très curieux ; j'ai l'impression que le dessin lorgne vers le style de Miville-Deschênes (sur Reconquêtes) mais en moins bien, les visages sont peu précis voire maladroits par endroits, le soin se reportant sur les décors. La représentation du Minotaure est conforme à ce que j'imaginais, c'est moins grandiose que celle vue dans Thésée et le Minotaure, mais quand j'étais petit, j'avais une collection d'images sur la Mythologie où le dessin du Minotaure était à peu près identique à celui que livre ici le dessinateur italien Francesco Trifogli. Un diptyque non conventionnel qui en transformant l'histoire bien connue, offre une autre alternative au mythe et étonnera pas mal de lecteurs passionnés par la Mythologie, tout comme les néophytes qui se satisferont d'un récit solide et bien mené.
Géante - Histoire de celle qui parcourut le monde à la recherche de la liberté
Un conte merveilleux au dessin déroutant et efficace. L'histoire avance sur le modèle du conte initiatique : l'héroïne, bébé incongru tombé du ciel, pas à la bonne échelle, grandit au fil des rencontres et des erreurs (les siennes, celles des autres...). Une sorte de mélange entre les 12 travaux d'Hercule et Alice au pays des merveilles, qui convoquerait un imaginaire grec, italien, catholique et féministe à la fois. Pourtant, les questions que la géante se pose sont logiques, rationnelles et ressemblent à celles que nous nous posons en grandissant, ce qui touchera chacun de nous. Son caractère simple et bienveillant l'aide à se faire des ami.e.s, des amants, des professeur.e.s, mais aussi des ennemi.e.s. Comme le monde qui nous est proposé est très loin de la réalité, on ne cherchera pas l'épaisseur des personnages secondaires, mais leur rôle dans le parcours de Céleste, et cet enchainement est bien huilé. Pour moi, c'est le dessin qui fait le force de cet album, il intrigue, apaise, déroute le lecteur. N'importe quel autre trait, plus fin, plus précis, plus réaliste, plus riche aurait pu paraître exagéré ou gnangnan. Ici l'autrice va à l'essentiel. Le corps de céleste, rebondi, à la peau rose, au grandes oreilles chargées de contenir sa capricieuse chevelure rousse, à la grande mâchoire arrondie, semble une force de la nature. Tous les personnages gardent cette allure potelée au regard vide mais aux paroles pleines. L'énigme de l'apparition de Céleste sur terre restera inexpliquée, et cette frustration, qui est une part de la motivation pour tourner chaque page, restera pleine et entière, une fois le livre refermé ! Les dernières pages manquent de l'intelligence naïve et rationnelle à la fois qui caractérise le livre. Comme pour un road-movie, on se demande à la fin du voyage : Tout ça pour ça ? mais n'est-ce pas la conclusion de toute vie, finalement....
Duel
Pas loin de l'excellence!! Il y a quelques jours le jeu de la couverture mystère mettait à l'honneur cette BD. Ni une ni deux je vais jeter un oeil aux avis et à la galerie. Là les choses s'éclairent; je connais le sujet pour avoir vu ce qui était alors le premier film de Ridley Scott en 1977 "Les Duellistes" avec Harvey Keitel et Keith Carradine. Film peu connu mais dont je me souviens qu'il m'avait marqué. Ah ces costumes de hussards napoléoniens!. Achat donc de l'objet (merci Momox), lecture et l'avis qui suit. J'ai été embarqué immédiatement par cette épopée qui met aux prises deux soldats de l'armée napoléonienne qui pendant vingt ans vont s'affronter en duel sur les champs de bataille pour une querelle quasi inexistante. Tout le sel de l'album est contenu non pas tant par les combats proprement dits mais par les liens qui unissent les deux duellistes. Liens faits de haine mais aussi de respect mutuel, voire l'épisode de la retraite de Russie ou les deux combattants unissent leurs forces dans une scène qui n'est pas dénuée d'humour. Bien souvent au cours des années les deux duellistes ne sont plus maitres de leur destin, étant devenus des héros les différents corps d'armée les obligent quasiment à combattre l'un contre l'autre, "le combat des titans", ainsi sont-ils surnommés par la troupe. Pour magnifier cette histoire de 185 pages il fallait un dessinateur à la hauteur, ce qui est le cas avec Renaud Farace qui a ma connaissance n'a produit que cet album. C'est en tout cas un coup de maitre avec ce dessin tout en noir et blanc acéré parfois à la limite de l'esquisse ce qui n'exclut pas une grande expressivité dans les visages. Foutre dieu que c'est beau et efficace. Je lis ici ou là que parfois les choses tirent un peu en longueur, pour ma part ce ne fut pas le cas. Vraiment du très bon dont je fais sans problème mon coup de cœur du moment. Faites tourner évidemment.
Actium
Cet album bénéficie d'un bon scénario, clair et facile à comprendre, sans digressions, c'est probablement parmi les quelques albums que j'ai lus de cette collection, le meilleur. Bon, faut dire que les batailles antiques me passionnent plus que les batailles napoléoniennes ou celles de Louis XIV. Cette bataille a eu lieu en 31 avant J.C. au large des côtes orientales de la Grèce, près du golfe d'Ambrasie, elle est citée par les historiens comme étant l'une des batailles les plus importantes de l'Antiquité par son ampleur et ses enjeux. En effet, non seulement elle hâta la fin de la guerre civile, mais les conséquences seront que Octave en défaisant son adversaire, va s'octroyer le contrôle de la riche province d'Egypte, le contrôle des routes maritimes et surtout qu'il accédera au trône impérial. Cet album est comme les autres de la collection au niveau construction, tout au moins ceux que j'ai lus, il possède les mêmes qualités et les mêmes défauts, à savoir une analyse politique qui précède la bataille en elle-même qui est toujours aussi peu montrée, et un bon dessin. L'analyse politique est assez poussée, à la différence qu'ici, comme je le disais au début, elle est clairement expliquée, sans épisodes inutiles, avec les intrigues sénatoriales et les cabales menées par Octave pour discréditer son rival Antoine. En faisant croire au Sénat que ce dernier s'est laissé ensorceler par Cléopâtre avec qui il entretient une relation amoureuse , et qu'il y a une possibilité que Rome soit assujetie à l'Egypte, le perfide Octave, poussé par son arrogance et son ambition effrénée, parvient à monter une armée et une flotte. L'album s'ouvre par l'assassinat de César, mais comme dans les autres tomes de la collection, sont donc exposés les enjeux politiques et les stratégies de guerre, avant de montrer vers la fin en quelques pages le déroulement de la bataille. Dans le cas d'Actium, c'est peut-être pas plus mal car cette bataille fut peu spectaculaire, elle est importante surtout par son terme. Les forces d'Antoine comptaient environ 500 navires, celles d'Octave 400, et il y eut plus de tués dans les rangs d'Octave, mais une mauvaise organisation et des contre-ordres décidèrent de son issue : Cléopâtre craignant autant la défaite d'Antoine que sa victoire qui ferait de lui le maître de Rome en l'éloignant d'elle, fit brusquement retirer son escadre, et Antoine la suivit ; le reste de la flotte sans chef, se rendit, et les 100 000 hommes d'Antoine sur terre, se rallièrent à Octave à qui Actium livrait ce qui allait devenir l'Empire romain. Tout ceci est bien relaté, c'est plus accrocheur je trouve que dans d'autres narrations de Delitte, c'est très instructif et divertissant ; le dessin y participe, je l'ai trouvé très correct et précis, j'avais déjà apprécié le trait de Filippo Cenni sur l'album Saint Louis de la collection Ils ont fait l'Histoire.
Salammbô
Magistral, épique, psychédélique et rock'n'roll... Cette adaptation incroyable est un des chefs d'oeuvre de Druillet dont le style controversé est pour certains incompréhensible et inabordable mais que j'adore. Le trait est dynamique, la mise en page dinguesque (ouais, j'invente), et ça ne fait que renforcer le récit qui est déjà très bon au départ. Si ce dernier passe malgré tout au second plan, l'ensemble est vraiment hallucinant et sans doute l'expérience la plus proche que l'on puisse faire d'un mélange de drogues psychotropes puissantes sans craindre pour sa vie. Ce côté "Métal Hurlant" et rebelle des années 80 n'est pour moi pas du tout daté mais au contraire, intemporel... quelque chose qui peut vous sortir de votre quotidien parfois morne et gris et exploser en un fourmillement de couleurs et de cadrages psychédingos vus absolument nulle part ailleurs. Bref, un ovni certes, mais sans doute le plus bel ovni (objet visuellement novateur intemporel) que j'aie lu.
Batman - Année Un (Year One)
Gros coup de cœur. Batman Année Un, c’est LE comics pour débuter cet Ordre de Lecture DC, c’est LE comics pour commencer Batman dans l’âge moderne, c’est LE comics à découvrir ou à redécouvrir de DC… bref c’est LE comics de référence. ---> Lire la suite sur le blog lecture DC INTRIGUES : 5/5 DESSINS : 5/5 PERSONNAGES : 5/5 LES PLUS La narration dynamique Gordon / Batman Le développement de la vie privée des personnages principaux Une patte artistique intemporelle, surtout pour une œuvre de 1988 LES MOINS Que la Catwoman présentée ne soit pas celle qui soit « canonisée », mais ce n’est pas un gros problème
Shutter Island
Il y a quelques années, j’ai acheté dans une vente aux enchères une planche de l’italien Giorgio Tabet datant des années 40. Le graphisme était particulièrement sublissime. Un condensé à la gouache et au crayon sur papier cartonné. Tout en noir blanc gris. Un peu en mode sépia style roman photo du magazine « nous deux » de nos grands-parents. Un côté passéiste génial. J’étais subjugué, j’ai craqué ! Avec Shutter Island de Christian De Metter j’ai retrouvé ce graphisme bien particulier mais ô combien génial. Du grand art à l’état pur. Visuellement c’est magnifique. Un moment de lecture jubilatoire croyez-moi. Au-delà de la partie graphisme, bien évidemment j’avais encore en mémoire le film de Martin Scorsese avec Leonardo DiCaprio. C’est un peu dommage car la fin je la connaissais avant de commencer la lecture de ce thriller psychologique. Mais bon cela n’a pas trop atténué le plaisir de découvrir cet album. L’univers de cet hôpital psychiatrique avec ses joyeux drilles est oppressant et rendrait aisément neurasthénique le premier quidam venu. Même la mouette rieuse de Gaston serait désœuvrée. Le parfum de la parano s’installe peu à peu en nous au fur et à mesure que nous avançons dans cette histoire lugubre. C’est fascinant. Vous pouvez vous procurer cette BD. Ce n’est pas dangereux pour votre santé ! C’est juste angoissant, effrayant, et cauchemardesque. Et vous allez très certainement perdre pied. Hummmm mais que c’est bon.