Les derniers avis (9597 avis)

Par Josq
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Partition de Flintham
La Partition de Flintham

Je ne vais pas être original en disant que La Partition de Flintham est une véritable claque graphique. C'est d'ailleurs son principal intérêt, à la fois sa plus grande qualité et son plus gros défaut. On ne peut que louer la magnificence des peintures (car c'est bien plus que du simple dessin) de Barbara Baldi. Chaque case ou presque est une toile à elle seule, évoquant bien sûr William Turner, mais aussi tout l'art impressionniste qui se développera le siècle suivant, à peu près à l'époque où prend place le scénario de La Partition de Flintham. C'est réellement magnifique, on aime se perdre dans les cases où Barbara Baldi représente, de manière parfois sommaire mais toujours puissamment évocatrice, les paysages de l'Angleterre. Magnifiés par le trait de la dessinatrice, qui n'hésite pas à pasticher certains tableaux d'époque (cf. l'avis d'Alix ci-dessous), ces paysages participent beaucoup à l'atmosphère sombre et mélancolique qui se dégage de l'ensemble, et séduit instantanément par sa force d'évocation. Le noir envahit la plupart des cases, renvoyant au parcours introspectif auquel on assiste durant cette bande dessinée. Le laconisme des dialogues renforce cette sensation d'isolement subi par le personnage principal, et l'empathie qu'on ressent pour elle. Néanmoins, il faut bien reconnaître que cette bande dessinée peut décevoir par la simplicité de son scénario. Renouant avec le roman victorien (on pense immédiatement aux sœurs Brontë, bien sûr), Barbara Baldi peine à donner du relief à son histoire. Les péripéties sont très peu nombreuses, mais surtout, la narration est parfois desservie par ces dialogues trop laconiques, incapables de donner aux personnages l'épaisseur qu'ils auraient pu avoir. Ce qui m'a surtout frappé et déçu, c'est l'absence brutale de transition entre certaines scènes. Il arrive qu'on passe d'une scène à une autre sans que rien ne prévienne ce passage abrupt, ce qui risque de laisser le lecteur un peu sur sa faim (moi, en tous cas). Cela donne un aspect parfois décousu à la narration (pas toujours), qui amoindrit légèrement le plaisir de lecture. Ce dernier est toutefois bien présent, grâce à la puissance graphique dont fait preuve l'auteur/dessinatrice. La mise en scène, brillante en tous points, et les choix graphiques opérés par Barbara Baldi sont vraiment ce pour quoi il faut lire La Partition de Flintham, plus qu'un scénario convenu et sans grande saveur. Il est dommage que ce dernier laisse ce petit arrière-goût d'inachevé à la fin de la lecture. Il n'empêche que cette bande dessinée est à lire au moins une fois dans sa vie. A défaut d'être un chef-d'œuvre, c'est une expérience assez mémorable.

04/03/2021 (modifier)
Couverture de la série Zaroff
Zaroff

Je crois n'avoir jamais mis de 5 étoiles à une Bd récente, mais voila c'est fait, je n'ai pu résister à cet album qui m'a en plus replongé dans des souvenirs de jeunesse exaltants ; j'ai en effet vu très jeune, alors que j'étais ado ou pré-ado le film de Shoedsack et Pichel au ciné-club de la 2 que présentait Claude-Jean Philippe à la fin d'Apostrophes chez Pivot, c'est vous dire si ça remonte. Mais le souvenir est tellement vivace, ce film m'a tellement marqué, c'est un chef-d'oeuvre du cinéma fantastique, et je me souviens que dans la semaine qui suivit je voyais aussi le Frankenstein de James Whale et le King Kong de 1933 car le ciné-club consacrait un cycle au ciné fantastique des années 30. D'un coup, je faisais mon éducation ciné avec 3 énormes classiques. Les Chasses du comte Zaroff (the Most dangerous game) a été tourné en 1932 par la même équipe que King Kong ; on y retrouvait Shoedsack à la réalisation avec Merian C. Cooper, puis la même actrice Fay Wray, et la musique était signée aussi par le légendaire Max Steiner ; les décors utilisaient le même plateau, avec des décors de jungle issus de Skull Island, les scènes de King Kong étaient tournées le jour par Cooper, et la nuit Shoedsack prenait le relais et tournait celles du Comte Zaroff qui visiblement était une petite production de la RKO devant servir de test au prestigieux projet mené par Shoedsack et Cooper : King Kong. Mais ce soi-disant petit film possédait d'indéniables qualités artistiques et techniques où la traque, la forteresse vaguement gothique, les marécages brumeux, la forêt dense constituaient une atmosphère hostile et angoissante, et qui faisait de Zaroff un aristocrate raffiné et cruel tout à fait fascinant. D'où le fait que ce film a fait date et qu'il a inspiré plusieurs remakes ; j'en citerai 2 qui présentent des qualités intéressantes : la Chasse sanglante en 1974 qui revisitait le mythe de façon plus bestiale et beaucoup plus violente, et la même année, la Comtesse perverse, un film espagnol de Jess Franco, le maître de l'érotisme et de l'horrifique bis, où sa comtesse chassait nue des vierges sur son île, un film qui je me souviens, avait émoustillé ma libido de très jeune adulte au début des années 80. On peut y ajouter Chasse à l'homme, remake moderne et premier film américain de John Woo qui lançait le cogneur belge Jean-Claude Van Damme chassé par d'horribles riches oisifs en Louisiane. Après ce cours d'histoire cinématographique, parlons de la Bd de Runberg et Miville-Deschênes, un album qui m'a entièrement ravi et où j'ai retrouvé plein de sensations. En fait, c'est une extrapolation d'un film mythique, lui-même adapté fidèlement d'une nouvelle, puisque Runberg imagine ce qui se passe après le film, c'est donc un prolongement librement interprété ; les auteurs résument le film dans les premières pages en une sorte de noir & blanc, qui permettent de comprendre la chronologie des événements précédents. Ce qui fait la force de ce scénario, c'est bien évidemment le dessin de Miville-Deschênes que j'avais déjà tellement admiré sur Reconquêtes, précedente Bd d'antic-fantasy du duo Runberg-MD. Ce dessin est toujours aussi somptueux et saisissant, MD crée un background hyper consistant qui donne une force incroyable à ce récit, à tel point que ça en devient presque immersif. Le décor de cette île maléfique constitué d'une jungle luxuriante, d'affrontements, et d'animaux sauvages (déjà MD se régalait avec ses bêtes monstrueuses dans Reconquêtes), tout ceci forme un univers extraordinaire et fantasmé. Certaines images renvoient à l'imaginaire des romans d'aventure du XIXème siècle, c'est proprement fabuleux. Au final, ce récit qui revisite le film avec 2 groupes de chasseurs qui se chassent mutuellement, et tout aussi psychopathes l'un que l'autre, est non seulement haletant, mais surtout parfaitement construit et bien conduit, quelle idée formidable de réinventer cette trame et de n'avoir pas cherché simplement à faire une banale adaptation du film, l'ambiance est parfaitement recréée, ça sera sans doute moins probant pour ceux qui n'ont pas vu le film évidemment, je pense qu'ils perdent beaucoup, mais je peux vous assurer que pour un gars comme moi qui a baigné dans cette atmosphère très jeune qui plus est, je suis tombé à la renverse devant tant d'excellence. Un album sensationnel à lire absolument !

04/03/2021 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Charly 9
Charly 9

Certes, il avait un bon fond… mais quand même ! Charly 9, ce jeune roi qui a sombré dans la folie après avoir ordonné le massacre de la Saint-Barthélemy, n’aurait pas dû régner. Il n’était pas du tout fait pour ça ! Drôle, grave et truculent, cet album offre un super bon moment de lecture. Les premières pages avec tous les efforts faits par son entourage pour convaincre Charles IX de signer l’ordre de massacrer les Huguenots sont dramatiquement drôles et le désespoir croissant du roi le rend attachant. Le drame qui se joue ensuite transpire le sang qui semble s’écouler des images sans pouvoir s’arrêter. Juste sur les enjeux historiques des guerres de religions et de succession au pouvoir, Guérineau nous livre la clef de tous ces drames avec une Catherine de Médicis déterminée et odieuse. Les textes sont très bons, les injures… un régal et les dessins en plans larges ou serrés sont parfaits pour porter le récit. A recommander sans l’ombre d’un doute !

04/03/2021 (modifier)
Couverture de la série Nevada (Delcourt)
Nevada (Delcourt)

C'est vrai que la couverture fait très western, et surtout que l'album s'ouvre par une première page avec une image splendide et très Far West avec deux Indiens à cheval sur fond de mesa tabulaire à la Monument Valley. Mais on y voit aussi dans la case suivante un type en moto ! ah oui bin alors on est dans un western oui ou non ? Je réponds catégoriquement non, cette Bd joue allègrement avec les décors et les codes du western mais c'est clairement un polar, de plus l'époque est celle des Années Folles au début du 20ème siècle, ce n'est plus l'époque classique du western, les conflits indiens, la ruée vers l'Ouest et les convois de bétail, tout ça c'est fini, place à l'industrie cinématographique à Hollywood, et d'ailleurs quelques pages plus loin, on est à Beverly Hills dans un décor luxueux californien, ça tranche avec le décor de petite ville de la frontière américano-mexicaine du début. Pour faire consensuel, je dirais qu'on est dans un western contemporain, mais avec une trame de polar, le mélange est habile. Ceci étant dit, je me suis régalé dès ce premier album, qu'est-ce que j'aime ces histoires et ce genre d'ambiance. L'intrigue est classique mais très plaisante, comme quoi c'est toujours dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes, en utilisant habilement des codes westerniens auxquels se mêle une intrigue policière mouvementée, pleine de péripéties et basée sur de l'action en veux-tu en voila. Le héros, Nevada Marquez, est un anticonformiste assez charismatique, un personnage intéressant et pittoresque avec sa vieille moto, qui rappelle les privés des romans noirs mais qui se débat dans des affaires qui sentent le souffre, au sein de bandidos mexicains d'abord, puis au milieu de la mafia de Chinatown à San Francisco ensuite. Le tome 1 introduit tous ces éléments, et le niveau monte indéniablement d'un cran dans le tome 2, à chaque fois, le final est prévisible mais la bande a suffisamment de qualités graphiques, visuelles et thématiques ainsi qu'un background bien nourri, pour accrocher sans problème. Le dessin de Colin Wilson, je connais bien, ici il rend à merveille cette atmosphère poussiéreuse et ces paysages arides et grandioses, j'aime beaucoup l'ambiance créée dans ces 2 tomes qui ont le mérite en plus d'offrir à chaque fois une histoire complète ; malgré quelques visages qui ont l'air vite dessinés, le trait est très séduisant. C'est de la BD facile qui ne vise avant tout que le divertissement, il en faut.

04/03/2021 (modifier)
Par CVI
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Duke
Duke

Je viens d'acheter les tomes 4 et 5 et de relire l'ensemble. C'est une très bonne BD western, on est pris dedans et on ne veut pas la relâcher. Les tomes se suivent et l'histoire se complète habilement. Le scénario est bien fait. Les personnages sont bien travaillés. Un bémol, le dessin qui peut sembler limité, avec des approximations et des couleurs fades. On confond parfois les personnages.

03/03/2021 (modifier)
Couverture de la série Traverser l'autoroute
Traverser l'autoroute

Ce n’est pas nouveau : je suis fan de Julie Rocheleau. Son style vif, expressif et dépouillé m’emballe à chacune de ses œuvres… et pourtant son trait reste avant tout au service du récit. Il ne l’écrase pas mais le sublime (oui, je sais, je m’emballe mais que voulez-vous, ma p’tite dame ? Quand on aime, on ne compte pas ses superlatifs). « Traverser l’autoroute » ne se résume donc pas à une démonstration graphique. Au contraire, même ! Le scénario est essentiel. Il porte ce récit, soutenu par le trait de Julie Rocheleau. « Mais de quoi que ça cause ? » vous demandez-vous (vu que vous n’avez pas lu le résumé, bande de feignasses !) Et bien, il s’agit d’un roman graphique qui explore les relations ‘père/fils’ et les problèmes de communications qui surgissent si fréquemment au moment où l’adolescent se mure dans un silence d’ennui tandis que le père se retrouve sans objectifs personnels, trop confortablement installé dans son boulot, sa maison, son train-train… Sophie Bienvenu opte dans les deux premiers chapitres pour une construction par angle de vue. Le père pour le premier chapitre, le fils pour le deuxième vont ainsi pouvoir nous faire partager leurs ressentis. Et dès ces deux premiers chapitres, quelques passages d’anthologie m’auront convaincu. Je ne pouvais plus lâcher l'affaire. C’est cruel et tendre à la fois, tout en dérision et en petite lâchetés du quotidien. Puis vient cet étrange road-movie en quête d’un gâteau pour le diner du dimanche et dans lequel un chien errant va permettre au père et au fils d’enfin se retrouver, de retrouver en l’autre cette part de lui-même qu’il croyait perdue. Du courage, de la détermination, du respect… Et l’album de se clore sur un ton optimiste, sans que rien n’ait fondamentalement changé sinon le regard de chacun sur l’autre… et l’arrivée d’un chien dans le foyer. C’est fin, c’est léger, c’est touchant, c’est profond, c’est drôle, c’est mordant… c’est une très chouette bande dessinée.

02/03/2021 (modifier)
Couverture de la série Le Chevalier d'Eon (Glénat)
Le Chevalier d'Eon (Glénat)

Dès le tome 1, j'ai senti que cette Bd allait me plaire malgré le fait que le XVIIIème siècle n'est pas ma période historique préférée. Mais la figure singulière du chevalier d'Eon est tellement fascinante, elle a tant marqué la mémoire populaire et j'ai tellement lu d'ouvrages et vu de documentaires sur lui qu'il ne me manquait plus qu'une Bd, ne serait-ce que pour vérifier comment le sujet est traité. Et ça me plait d'autant plus que les auteurs ont opté pour la réalité historique avec une narration linéaire et avec l'aide d'un dessinateur réaliste qui est parvenu à bien retranscrire le contexte historique et les ambiances particulières du Siècle des Lumières. La reconstitution des architectures et de lieux célèbres, avec notamment dans le tome 2 le rendu graphique superbe de Saint-Petersbourg, fruit d'un bon travail de documentation, ainsi que de beaux costumes, donnent un relief indéniable à cette Bd, dont le scénario écrit à 4 mains par un duo rompu aux Bd historiques (Mogavino et Delalande ayant déjà collaboré à la collection des Reines de Sang), est fort bien ficelé. On sent qu'il y a du boulot derrière ce récit, on sent qu'ils ont fait des recherches sur la période décrite et sur le personnage du chevalier d'Eon, né à Tonnerre en Bourgogne en 1728 ; j'ai vu sa maison natale lors d'un séjour en Bourgogne, c'est un petit hôtel particulier qui est hélas occupé par une banque, je sais pas comment on a pu permettre ça, mais ça m'a plutôt déçu. Le chevalier a connu une ascension fulgurante, il a été militaire, s'est battu pendant la guerre de Sept Ans, puis est devenu agent d'ambassade à Londres, tout en entretenant l'ambiguïté sur son sexe, car en effet, on s'est longtemps posé la question de savoir si c'était un homme ou une femme. Ici, les auteurs laissent de côté le mystère de cette identité sexuelle, c'est bien un homme qui sait d'ailleurs profiter des plaisirs de la vie. La narration se concentre avant tout sur l'ascension du jeune chevalier vers de hautes fonctions, puis sur les coulisses de l'espionnage au XVIIIème siècle, sur les intrigues politiques et ses nombreuses tractations et complots à l'échelle européenne, l'ennemi de la France demeurant comme souvent l'Angleterre et accessoirement la Prusse son alliée. Le tout est vu à travers le personnage du chevalier d'Eon, véritable caméléon du déguisement, ayant joué un rôle essentiel dans la diplomatie officielle et parallèle sous l'égide de Louis XV. A côté de cette partie historique réelle, se greffent des épisodes secondaires romancés, je m'y attendais un peu, c'était en effet très tentant au regard de la vie mouvementée et si pittoresque du chevalier. Je possède un exemplaire de ses Mémoires, je n'en ai lu qu'une partie, mais je gage que les 2 scénaristes ont dû s'inspirer de certains passages trop honnêtes pour être vrais, même si on a l'impression qu'ils sont rocambolesques. Parmi ces intrigues romancées, on trouve notamment un complot au sein de la cour de Russie, et une attirance homosexuelle du prince de Conti pour le chevalier au visage si fin, surtout lorsqu'il est déguisé en femme. Ceci s'appuie quand même sur une vérité, car si l'on sait que Conti n'éprouva rien pour le chevalier, on sait par contre que d'Eon a séduit plusieurs hommes tombés sous son charme, preuve que son travestissement en femme était très convainquant. Toujours est-il que les auteurs sont doués pour développer des ramifications d'espionnage fictives et des sous-intrigues en les reliant aux faits historiques réels, opérant de telle façon qu'on les croit vrais, on s'y perd entre le vrai et le fictif, c'est très habile. D'ailleurs, le tome 2 montre bien comment la France et l'Angleterre ont tenté se signer une alliance avec la Russie, ce fait est historiquement avéré. On s'aperçoit que la politique de ce temps était une véritable foire d'empoigne où tous les coups étaient permis, même les plus bas, et que d'Eon s'est retrouvé plongé dans un vrai panier de crabes où il devait absolument garder le secret de sa véritable identité, au risque de voir échouer sa mission. Les informations sont assez denses, la narration est touffue, il faut donc être attentif à la lecture. Mais au-dela de ce jeu politique qui sans doute ennuirait le lecteur moyen, les auteurs prennent soin de s'attacher à la personnalité du chevalier d'Eon qui est le véritable moteur de cette Bd ; sans lui, ce serait moins captivant. Voici donc une Bd historique comme je les aime, au scénario travaillé et bien charpenté, à la narration claire quoique bien chargée, et au dessin précis, malgré quelques finitions de fonds de décors qui laissent à désirer ; une Bd qui se lit avec beaucoup de plaisir à travers l'un des personnages les plus ambigus de l'Histoire de France, qui a alimenté de nombreuses rumeurs, et cela même si on est peu versé dans les récits historiques.

02/03/2021 (modifier)
Par sonia
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Une vie toute tracée
Une vie toute tracée

J'ai été attirée par cet ouvrage en ayant lu une super critique dans la magazine DBD et je n'ai pas été déçue ! C'est le genre de livre qu'on garde dans sa bibliothèque pour donner une part de soi même à lire aux autres, peut être pour se rappeler aussi qui on est, ce qui nous définit... Il parait que notre bibliothèque en dit beaucoup sur nous. Le personnage de Jean, dans la BD, va emmener les livres de son père, les garder avec lui et découvrir les passages surlignés par son père disparu. Jean est étonnant, touchant, sensible et renfermé.. c'est un véritable loser mais il arrive à faire quelque chose de sa lose. Peut être que vous allez détester cette histoire si vous êtes vous même un loser et que vous n'en faites rien. Jean, lui, a le courage de suivre à l'étranger sa copine qui travaille pour une ONG. Je n'ai pas lu les précédent livres de l'auteur mais j'ai vu que dans Un Faux boulot il allait s'occuper de personnes ayant un handicap. Voilà, on y est... faire quelque chose de sa lose et ne pas garder toute sa colère au fond de soi... Un livre qui devrait être remboursé par la sécu !

02/03/2021 (modifier)
Par cac
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Walt & Skeezix
Walt & Skeezix

Walt & Skeezix, Gasoline Alley en version originale, est un classique du strip américain nous disent l'éditeur et la préface présentée par Chris Ware. Je veux bien le croire. Ware se dit d'ailleurs fortement influencé par ces strips du début du XXème siècle. Les deux personnages forment un duo atypique, d'un côté Walt gros balourd célibataire et de l'autre Skeezix un bébé abandonné sur le pas de sa porte qu'il va élever comme le sien. Pour autant celui-ci l'appelle toujours oncle Walt et jamais papa. La servante de la maison qu'on voit parfois est une vieille femme noire, au physique caricatural au possible, mais bon comme avec Tezuka, il faut replacer les choses à leur époque. De ce que j'ai compris, ces pages du dimanche comme on le faisait à l'époque dans les journaux existaient déjà dès 1918 avec Walt et des histoires de voitures, puis l'éditeur a demandé l'ajout d'un enfant sans doute pour élargir le public cible. Ce recueil commence en 1921 et s'ouvre sur l'arrivée de Skeezix tombé du ciel devant chez Walt. Celui-ci cherche d'abord à recaser le bébé à des proches puis finalement l'adopte. Aussi simple que ça. Ce qui est très original est qu'on voit les personnages vieillir au fil du temps. Dans les premières pages, Walt se débat avec cette nouvelle paternité et son sommeil perturbé, puis Squeezix commence à balbutier quelques mots et on le voit ensuite jeune enfant et jeune garçon. Le dessin est plutôt bien, je trouve juste étrange au niveau des proportions que l'auteur fasse de toutes petites têtes aux personnages adultes. Le plan est généralement du gaufrier 3 cases par 4 mais on a certaines originalités de cadrage comme quand la page représente une même grande scène découpée en 12 cases. Ainsi par exemple sur les pages de mars et avril 1934 où les enfants jouent dans une maison en construction. On note que sur la première de ces pages les fondations viennent seulement d'être creusées, les enfants imaginant en faire une piscine, quand sur l'autre la maison commence déjà à être bâtie. Encore un exemple du temps qui passe. Sur certaines pages, en gros sur une période 1931-1933, on a aussi un autre strip indépendant qui est ajouté en bas intitulé "that phoney nickel" plus anecdotique où des personnages se refilent une fausse pièce. Au niveau des histoires, elles évoluent selon leurs dates de parution, on a les classiques Halloween, Noël etc., mais aussi selon l'âge du jeune héros, qui rigole des mésaventures de Walt puis fait quelques bêtises, joue avec ses copains etc. Il y a forcément une bonne part d'anecdotes de la vie personnelle de l'auteur dans ces planches. D'ailleurs le personnage de Walt aurait les traits de son propre fils. Pas mal de pages sont assez contemplatives comme celle datant de 1926 qui illustre la couverture où les deux héros admirent la forme des nuages. Vers la fin du recueil on a aussi plusieurs planches où ils visitent différents endroits des États-Unis. On a des pages qui rappellent le Little Nemo de McCay car on vit leurs rêves, ce sont d'ailleurs parmi celles que j'ai préféré. Cet album est une sélection de pages en couleurs, car au fil des ans la production de Frank King a été abondante sur des décennies et en plus de ces pages dominicales il y avait un strip quotidien en noir et blanc. D'autres auteurs ont pris la suite et c'est une des séries qui a la plus longue longévité. Une édition intégrale est en cours chez l'éditeur Drawn et Quaterly. Très beau travail d'édition en français de 2024, éditeur que j'ai découvert il y a peu et que je vais suivre avec attention. L'ouvrage est de très grand format ce qui permet de respecter le format original des pages du journal Chicago Tribune. Très intéressant, non seulement pour le côté patrimonial mais aussi par son contenu qui n'est pas désuet. Cela permet d'avoir un bon aperçu car je crois que sur la longueur je ne serai pas plus intéressé que ça pour compulser de gros pavés faisant l'intégrale des strips quotidiens.

01/03/2021 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Faucon déniché
Le Faucon déniché

Le Faucon déniché est un roman destiné à la jeunesse sorti en 1972, et vite devenu un classique. Ces aventures d'un adolescent passionné par les faucons et déterminé à récupérer celui qu'il a déniché, au mépris des privilèges seigneuriaux, constitue un beau récit mouvementé, mais aussi une initiation à la société médiévale pour les plus jeunes. En creux, il propose une réflexion sur une question brûlante : faut-il se plier à une loi inique ? La réponse est évidente, et le jeune Martin l'illustre de façon à la fois attachante et qui suscite l'admiration. En outre l'histoire évite les écueils de l'angélisme, et sa conclusion, bien que surprenante, n'en est pas moins inéluctable. Le scénariste Maxe l'Hermenier, initiateur de la collection Pépites chez Jungle, a su à mon avis conserver tout l'esprit de ce roman. Son adaptation n'élude pas le sous-texte de l'oeuvre originale. Il a en outre trouvé en Steven Dupré un illustrateur solide, à la fois rapide et doué, qui a su affiner son style médiéval sur Kaamelott notamment. Une belle adaptation.

01/03/2021 (modifier)