Dans mes lectures récentes, cette BD est une de mes favorites ! J'avais déjà fait connaissance avec l'auteur à travers sa BD Le Sourire des Marionnettes, mais celle-ci est encore plus réussie à mes yeux.
Le thème de l'art et de la Renaissance italienne, enrobé dans une histoire sentant fortement la réalité (les peintres ayant existé, plusieurs tableaux exposés sont réels ...) et le tout servi par un dessin sans fioriture, efficace et osant des fulgurances créatives dans la mise en page, moi je dis oui ! Trois fois oui !
Au cours de mes années d'études, j'avais eu quelques cours d'Histoire de l'art, ce qui m'a permis de mieux appréhender le sujet qui est exposé, mais je pense que c'est une BD qui convient à tout le monde, tant elle se suffit à elle-même. Mais un petit bagage permet d'apprécier les différentes mentions qui sont faites parfois et rajoutent un panorama historique derrière, telle la mention des peintres flamands -comme les néerlandais avec Jérôme Bosch.
La BD est donc proto-historique, ne se vantant pas d'être un récit parfaitement historique mais puisant largement dedans pour en faire sa toile de fond et développer son propos sur l'art et l'humain. Si l'histoire est prenante, c'est qu'elle va nous présenter plusieurs personnages intéressants. De l'homme obsédé par la beauté d'une femme et voulant la fixer à tout prix à l'épouse qui subit l'admiration de son époux, en passant par le peintre voulant rendre la vie sur toile, les personnages ont leurs visions du monde, leur faiblesses et leurs envies, qui guideront leurs vies et leurs actes. C'est d'autant plus important que la vie est rude, en ces temps, et la peste, la maladie et la fatalité frappent durement. Mais cela donne plus de poids à leur ambitions de vie.
La BD est servie par son dessin, qui allie une sobriété bienvenue (notamment au niveau des couleurs, peu vives mais parfaitement accordées au ton) avec des petites touches de créativités glissés de ci de là. J'ai notamment adoré les personnages qui traversent une case découpée mais dont le fond est toujours raccordé, ou ces pages présentant la vieillesse qui marque le visage de la femme, autour de laquelle les cases racontent le temps qui passe. C'est marquant visuellement et également bien représentatif d'une idée développée en amont du récit : la vieillesse qui marque un corps, alors que la peinture gardera la jeunesse éternelle. Bref, une adéquation bien trouvée entre le fond et la forme. C'est ce genre de trouvailles qui me font réellement apprécier les BD, et celle-ci m'a beaucoup plu !
Je ne peux que vous recommander la lecture de cette œuvre, pleine de qualités et d'inventivité, parlant d'un sujet universel et d'une belle façon, contenant sa part de tragédie (peut-être même plus qu'il n'en faut) et de moments marquants, finissant même sur une image rude et brusque, mais sincère. C'est une très belle BD, que j'ai été ravi de découvrir !
Que voilà un excellent documentaire sur le sujet. Tout d'abord très agréable à lire, pas lourdingue pour deux sous malgré le sujet, avec une mise en page aérée et colorée. Ceux qui connaissent Lécroart savent ses talents de raconteur et d'illustrateur, tout cela est bel et bien fait.
Maintenant sur les tenants et aboutissants de ce dérèglement climatique qui nous concerne tous, il s'est adjoint un mathématicien spécialiste du chaos et de l'économique (qui, soit dit en passant, a inspiré le personnage du Dr Malcolm de Jurassik park). Les auteurs ont entamé l'ouvrage en 2020, ce qui permet d'avoir des données récentes par rapport aux autres bds traitant du sujet, je pense forcément au non moins excellent Saison brune qui n'a que l'inconvénient de dater d'avant Fukushima.
Un choix que j'ai grandement apprécié dans ce documentaire, c'est de ne finalement s'attarder que peu sur la « technique » du dérèglement climatique, ainsi que sur ses conséquences physiques. Ces sujets sont maintenant suffisamment évoqués par divers médias, des reportages télé (bon, ça dépend sur quelles chaînes) pour que tout un chacun puisse connaître à peu près ce qui se passe déjà et ce qui nous attend.
Là, on a une approche bien historique de l'économie mondialisée. Bien sûr, ce commerce mondial ne date pas d'hier mais l'ouvrage montre bien l'évolution parallèle du commerce, de l'industrie, de la finance et de ce qu'il faut bien appeler le capitalisme effréné. On voit bien ce mouvement qui a conduit à la situation actuelle, mais ce n'est pas manichéen. Les auteurs évoquent bien sûr le progrès que cette progression du commerce a engendré, sur le plan sanitaire (sauf Covid évidemment), sur le confort obtenu dans les pays riches …. au prix bien sûr d'une dépendance de plus en plus forte aux énergies fossiles.
Je ne suis nullement une férue de finance et parfois je peine dans les émissions sur l'économie politique à vraiment comprendre le fond des choses. J'ai eu droit ici à un cours que j'ai trouvé extrêmement bien fait. Je n'avais nullement imaginé l'impact des guerres mondiales sur l'essor, post conflit, des industries au XXe siècle par exemple.
Les auteurs montrent bien également les freins à la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, que ce soit de par notre mode de vie, nos politiques toujours soumises aux impératifs économiques, la publicité, et l'agriculture conventionnelle qui n'est pas épargnée.
C'était passionnant, je le relirai. J'ai déjà promis à mon bibliothécaire municipal que je lui prêterai pour qu'il en commande un et le diffuse au maximum. Le seul petit regret que je pourrai avoir : les chiffres et statistiques donnés ne sont pas sourcés directement sur la page concernée, toutes les sources scientifiques sont regroupées en fin d'album, certes ça a le mérite d'aérer la mise en page mais on retrouve moins facilement d'où vient quoi.
Je n'ai pas l'habitude de mettre 5 étoiles, « culte » c'est énorme. Mais là, je ne peux pas faire autrement. Donc culte.
Transitions.
Si vous êtes pointilleux, vous remarquerez le pluriel. Car il ne s'agit pas tant ici de la transition de Lucie/Alex mais surtout de celle d'Anne, sa mère.
En effet, en partant de son incompréhension initiale, du rejet de l'idée et de la sensation de perte, cette dernière entame elle-même un long processus d'acceptation et de compréhension d'un univers dont elle ne fait pas partie et dont elle ignorait même l'existence.
Elle va donc devoir remettre en question ses idées reçues, ses préjugés mais aussi sa propre façon de vivre et de réfléchir.
A travers ce voyage dans la représentation du genre et comment la société l'impose, Anne nous renvoit à nos propres questionnements face à cette société qui évolue (enfin?) et qui permet à certaines personnes de vivre et non plus de survivre.
On ressent de la tristesse, de la joie et beaucoup d'autres émotions lors de cette lecture...on sourit voire rit même parfois (par exemple, lorsqu'Anne passe en mode berzerk et semble vouloir tout révolutionner) et on comprend assurément les épreuves qu'ont endurées ces personnes.
Une oeuvre excellente, tant par la force de sa représentation du tourbillon d'émotions qui déferle sur Anne que par la justesse de son propos. Très bien documentée, forte du récit et du parcours de 2 personnes d'une même famille (Anne et Alex) et intelligemment mise en forme, j'ai tout simplement trouvé la bd géniale.
Là où Catherine Castro dans Appelez moi Nathan m'avait parue trop superficielle et n'entrait jamais dans le vif du sujet, Elodie Durand explique tout en restant toujours ancrée dans le récit et en faisant preuve d'une grande pédagogie. On n'a jamais l'impression qu'on nous explique quelque chose mais qu'au contraire, on est soi-même en train de vivre le changement de paradigme d'Anne et cela pousse à une nouvelle vision des choses.
Bref, c'est très intelligent et ça permet vraiment de se faire une meilleure idée des combats qu'ont à mener certaines personnes et à les comprendre.
Une bd à lire de toute urgence !
J’éprouve une affection particulière pour Victor Hussenot. Non que j’adule ses œuvres mais son travail m’attire. Il s’en dégage une bienveillance qui me plait. L’auteur cherche également à innover, à inventer des modes narratifs un peu en marge de la production habituelle. Enfin, il n’est pas rare de trouver une dimension philosophique et métaphysique dans son travail.
Avec Clown, Victor Hussenot s’amuse vraiment avec sa mise en page et, dans un même temps, trouve une manière originale d’illustrer les mimes de son personnage sans les dessiner, ce qui est conforme au principe du mime, qui permet de donner vie à des objets inexistants… Ici, il nous fait voir ces objets justement parce qu’il ne les dessine pas.
Le dessin, très dépouillé, va à l’essentiel et l’idée est la source principale d’humour. C’est très souvent inventif et espiègle, pas toujours pleinement convaincant mais j’ai trouvé dans cet album ce que j’espère trouver dans un album de cet artiste : de l’inventivité, de l’intelligence et de la bienveillance.
Cet album peut plaire à des lecteurs de tous âges, chacun s’amusera d’un aspect différent de ces histoires… et beaucoup n’adhèreront pas du tout au concept (mais ce ne sera pas dû à une question d’âge).
Enfin, si le récit se découpe en de multiples histoires courtes, ces saynètes mises bout à bout suivent tout de même un fil conducteur et la dernière page clôt parfaitement le livre.
Cet album n’est pas un chef-d’œuvre mais c’est le genre de récit que j’aime lire de temps à autres, parce qu’il m’apporte autre chose que la bande dessinée traditionnelle tout en restant accessible.
Je comprends les précédents avis des lecteurs qui sont restés sur leur faim (sans fin justement à l'époque).
En effet ce "triptyque" annoncé comme tel : 1er tome (2004), 2eme tome (2006) n'a vu sa fin non pas dans un troisième tome, mais dans une intégrale en 2019.
Que d'attente pour les impatients de la première heure.
Moi, j'ai eu la chance de tomber dessus dernièrement (lors du dernier confinement, qui n'en était pas un puisqu'on avait seulement des restrictions) et que les magasins comme les librairies étaient vraiment essentiel aux Français (alors que je ne pouvais pas acheter de chaussures à mes enfants, ni de lave linge, ni de frigo) M'enfin j'ai trouvé cette BD, Couverture + scénariste JDM ont suffit à me convaincre.
Ça fait partie de ces quelques séries qui ont le mérite d'avoir été terminées et d'avoir une fin dans
une intégrale comme BIG K, REDHAND ou WITNESS 4.
Contrairement à beaucoup d'autres qui ont été définitivement abandonnées (et elles sont nombreuses).
Série sans doute desservie aussi par un choix très "original" de noms super compliqués.
D'origine la série s'appelle "Nirta Omirli" renommée "Clones en série" sur l'intégrale.
La planète "NéVé-Rikosse" est peuplée d'autochtones hostiles: les "Pètzétatis-Qcouzinas"
L'amiral "Danyel Hammarskjöld" est l'un des personnages.
Pas très facile à retenir et donc pas très vendeur tout cela !
Sûr, il y a des ressemblances avec Sillage mais,
le dessin est clair et plutôt sympa avec un scénario plutôt bien ficelé et pleins de rebondissements.
Finalement j'ai pris plaisir à lire cette série et c'est le principal.
J'y mets même un coup de cœur pour la faire connaître.
Joe Hill a dégainé l’artillerie lourde ! Voilà une BD complétement barrée, sans temps mort, sombre et haletante. Voilà une bonne tranche de rigolade sanglante à vous retourner l’estomac. Ca pulse dans tous les sens. Dans chaque case vous trouverez une énergie anarchique et subversive. C’est juste dingue et délicieusement bon. L’ironie est entremêlée avec de belle scènes d’horreur. Je me suis régalé comme jamais. Le fiston de Stephen King tient bien de son père.
Le scénario est parfait. Les tensions montent crescendo au fil des pages. Aucun relâchement possible dans la lecture. Vous vous accrochez à l’album pour connaitre le dénouement. Quand le décor est bien planté, les premières têtes tombent … dans le sable. C’est jubilatoire. La petite June, frêle et jolie s’avère être une experte au maniement de la hache ! Elle a de la ressource la gamine. Quand je vous dis que cela envoie du lourd !
Et l’épilogue de cette histoire … décoiffante ? Vous avez déjà reçu un coup de poing au foie ? ben tout pareil ! MA GNI FI QUE !
Le graphisme est au diapason du récit. Le trait de Leomacs est magnifique. Belle dextérité à reproduire toute l’énergie des scènes d’actions, ainsi que l'ambiance démoniaque qui s'invite dans l'histoire plus on avance dans le récit. J’en ai encore la chair de poule.
Il faut éviter de donner le bouquin aux enfants. Ils pourraient avoir les chocottes ! A part ça, je vous invite à lire cet album juste avant de vous endormir. Il vous hantera toute la nuit assurément. Je recommande chaudement ce thriller horrifique sanguinolant.
Un manga incroyable, un scénario très prenant, j'ai été depuis le début sans cesse bluffé par l'écriture et le style de dessin, tous deux si bien réalisés.
J'apprécie toujours quand une bande dessinée nous offre de beaux dialogues mais il est pourtant très fréquent qu'une bonne bande dessinée atteigne pleinement le chef-d'oeuvre dans les moments où elle se passe de mots (le mieux étant quand l'auteur maîtrise les deux à fois, comme le fait Alain Ayroles, par exemple, les cases ou scènes muettes constituant des sommets narratifs au milieu des dialogues déjà brillants de Garulfo, De Cape et de Crocs, ou Les Indes fourbes). De même les dessins d'un Sempé oublient régulièrement les mots pour diffuser une grande poésie, un humour toujours fin voire une certaine émotion.
Si je cite Sempé, ce n'est évidemment pas gratuit, car je trouve que Lupano s'approche régulièrement de la finesse de ce dernier (même si Sempé reste bien sûr inatteignable) dans Un Océan d'amour.
Se passer de tout texte parlé, c'est donc le défi que s'est lancé l'auteur dans cette bande dessinée, et il l'a relevé avec brio !
Les personnages sont très typés, physiquement d'abord, mais Lupano réussit également, sans un seul mot, donc, à leur conférer un caractère très fort, bien marqué, parfois ridicule, mais toujours tempéré par la tendresse très communicative de l'auteur pour ses personnages.
De même, sur le plan narratif, Lupano maîtrise a fond son récit, c'est même peut-être la BD que j'ai lue de lui que je préfère (enfin, à égalité avec Alim le tanneur). Les péripéties s'enchaînent de manière parfois rocambolesques mais toujours cohérente, les enjeux sont forts pour les personnages et suscitent une belle empathie du lecteur pour eux. Le plus beau, c'est qu'en même temps, Lupano en profite pour diffuser un message écologique, de façon assez subtile pour une fois, peut-être justement parce qu'il n'utilise que le pouvoir de l'image pour le rendre d'autant plus efficace.
Depuis le début, je parle de Lupano, parce qu'il est le premier à féliciter pour la réussite du concept qu'il a mis en place, mais il est tout de même temps de rendre également hommage au talent incroyable de Grégory Panaccione. Ici, forcément, il est déterminant, et il partage à égalité le succès de l'œuvre.
Sa patte graphique est vraiment très jolie. On retrouve toute l'atmosphère de la Bretagne, brumeuse et lumineuse, triste et pleine d'espoir à la fois, une ambiance fascinante parfaitement retransmise par le trait affûté du dessinateur. Les graphismes sont ronds, très expressifs, et donnent parfaitement vie aux personnages imaginés par Lupano.
Il accentue à la fois le côté loufoque des péripéties, mais aussi l'humour, tantôt absurde, tantôt plein de délicatesse, et renforce grandement l'efficacité narrative par la force de son trait, nouvelle preuve du pouvoir de l'image, tour à tour ici comique, tragique, politique, poétique, très complète.
En un mot, voilà ce qu'est Un Océan d'amour : une bande dessinée complète. On rit, on pleure, on réfléchit, on est ému, on est révolté... Bref, pendant 200 pages, on vit. On vit une aventure extérieure captivante et une odyssée intérieure non moins exceptionnelle, qui font définitivement de cette bande dessinée un incontournable à lire et relire sans trop de modération.
"Ta fille s’est noyée lors de ta première tentative d’embarquer sur un canot.. Et toi, tu pues.
Tes parents priaient à l’église quand une bombe de Boko Haram les a fait sauter avec les bibles, les crucifix et tous les autres symboles d’un dieu auquel tu ne crois plus... Tu as traversé le désert pour sauver ta peau, mais ils t'ont arrêté... Et tu pues."
Voici l'un des extraits de cette BD qui prend aux tripes. Des passages comme cela, il y en a des dizaines et des dizaines.
"Libye" raconte le quotidien des Libyens à partir de 2011, la période "post-Kadhafi". Le tout est raconté selon divers points de vue : le garde-côte, la mère de famille, la milice, l'Erythréenne qui tente de passer en Italie... Il s'agit d'un documentaire qui ne nous donne pas l'impression d'en être un. Tout est raconté avec une puissance des mots, avec une cruelle vérité qui dérange. Le tout, appuyé par un dessin en noir et blanc juste et précis. Je dis juste, car on ne tombe pas dans le gore et trash pour autant. Vu ce qui est raconté, les auteurs auraient pu faire le choix de nous montrer des scènes choquantes et traumatisantes visuellement, or ce n'est pas le cas. Mais attention, on montre bien des scènes de massacres, d'esclavagisme et diverses autres horreurs, mais sans tomber dans le trash inutile.
Avant ma lecture, je n'avais que de vagues connaissances sur le sujet, celles qu'on obtient en regardant le JT de 20h. J'ai donc été plus d'une fois surpris, bouleversé dans mes croyances. Par exemple, je ne m'imaginais pas une seconde que de nombreux Libyens regrettaient l'époque Kadhafi. Mais au vu des événements postérieurs à Kadhafi, je ne peux que le comprendre dorénavant. Cette BD remet énormément d'éléments à leur place, recontextualise et apporte un regard nouveau (en tout cas pour moi, petit homme blanc privilégié) sur la Libye de 2011 à 2019.
Cette lecture est accessible à tout le monde. Elle ne nécessite aucune connaissance au préalable.
Voilà encore une BD qui devrait faire partie du programme scolaire des plus grands.
4 étoiles + coup de cœur
MAUPERTUIS, OSE ET RIT !
Aaah...Canardo.
C'est noir, c'est cynique voire carrément crado parfois mais tellement bon.
Les pérégrinations de ce privé désabusé (voire complètement dépressif) ont de quoi troubler le lecteur non averti qui pensait lire des histoires de roman policier de gare...
La grande force de cette série, c'est qu'elle laisse au second plan le côté policier/détective justement et met en avant les personnages et les situations cruelles ou sombres dans lesquelles ils évoluent.
Le dessin de Sokal est très bon même si je préfère celui des premiers tomes, plus chargé, plus chaotique, plus sombre, car je trouve qu'il correspond mieux à l'univers dans lequel évolue notre pauvre canard détective.
Les tomes sont inégaux mais il y a de vraies perles et certaines histoires sont juste excellentes.
A lire si vous aimez les canards cyniques en imper ! (vous ne le savez pas encore, mais vous aimez sûrement)
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La Vision de Bacchus
Dans mes lectures récentes, cette BD est une de mes favorites ! J'avais déjà fait connaissance avec l'auteur à travers sa BD Le Sourire des Marionnettes, mais celle-ci est encore plus réussie à mes yeux. Le thème de l'art et de la Renaissance italienne, enrobé dans une histoire sentant fortement la réalité (les peintres ayant existé, plusieurs tableaux exposés sont réels ...) et le tout servi par un dessin sans fioriture, efficace et osant des fulgurances créatives dans la mise en page, moi je dis oui ! Trois fois oui ! Au cours de mes années d'études, j'avais eu quelques cours d'Histoire de l'art, ce qui m'a permis de mieux appréhender le sujet qui est exposé, mais je pense que c'est une BD qui convient à tout le monde, tant elle se suffit à elle-même. Mais un petit bagage permet d'apprécier les différentes mentions qui sont faites parfois et rajoutent un panorama historique derrière, telle la mention des peintres flamands -comme les néerlandais avec Jérôme Bosch. La BD est donc proto-historique, ne se vantant pas d'être un récit parfaitement historique mais puisant largement dedans pour en faire sa toile de fond et développer son propos sur l'art et l'humain. Si l'histoire est prenante, c'est qu'elle va nous présenter plusieurs personnages intéressants. De l'homme obsédé par la beauté d'une femme et voulant la fixer à tout prix à l'épouse qui subit l'admiration de son époux, en passant par le peintre voulant rendre la vie sur toile, les personnages ont leurs visions du monde, leur faiblesses et leurs envies, qui guideront leurs vies et leurs actes. C'est d'autant plus important que la vie est rude, en ces temps, et la peste, la maladie et la fatalité frappent durement. Mais cela donne plus de poids à leur ambitions de vie. La BD est servie par son dessin, qui allie une sobriété bienvenue (notamment au niveau des couleurs, peu vives mais parfaitement accordées au ton) avec des petites touches de créativités glissés de ci de là. J'ai notamment adoré les personnages qui traversent une case découpée mais dont le fond est toujours raccordé, ou ces pages présentant la vieillesse qui marque le visage de la femme, autour de laquelle les cases racontent le temps qui passe. C'est marquant visuellement et également bien représentatif d'une idée développée en amont du récit : la vieillesse qui marque un corps, alors que la peinture gardera la jeunesse éternelle. Bref, une adéquation bien trouvée entre le fond et la forme. C'est ce genre de trouvailles qui me font réellement apprécier les BD, et celle-ci m'a beaucoup plu ! Je ne peux que vous recommander la lecture de cette œuvre, pleine de qualités et d'inventivité, parlant d'un sujet universel et d'une belle façon, contenant sa part de tragédie (peut-être même plus qu'il n'en faut) et de moments marquants, finissant même sur une image rude et brusque, mais sincère. C'est une très belle BD, que j'ai été ravi de découvrir !
Urgence climatique
Que voilà un excellent documentaire sur le sujet. Tout d'abord très agréable à lire, pas lourdingue pour deux sous malgré le sujet, avec une mise en page aérée et colorée. Ceux qui connaissent Lécroart savent ses talents de raconteur et d'illustrateur, tout cela est bel et bien fait. Maintenant sur les tenants et aboutissants de ce dérèglement climatique qui nous concerne tous, il s'est adjoint un mathématicien spécialiste du chaos et de l'économique (qui, soit dit en passant, a inspiré le personnage du Dr Malcolm de Jurassik park). Les auteurs ont entamé l'ouvrage en 2020, ce qui permet d'avoir des données récentes par rapport aux autres bds traitant du sujet, je pense forcément au non moins excellent Saison brune qui n'a que l'inconvénient de dater d'avant Fukushima. Un choix que j'ai grandement apprécié dans ce documentaire, c'est de ne finalement s'attarder que peu sur la « technique » du dérèglement climatique, ainsi que sur ses conséquences physiques. Ces sujets sont maintenant suffisamment évoqués par divers médias, des reportages télé (bon, ça dépend sur quelles chaînes) pour que tout un chacun puisse connaître à peu près ce qui se passe déjà et ce qui nous attend. Là, on a une approche bien historique de l'économie mondialisée. Bien sûr, ce commerce mondial ne date pas d'hier mais l'ouvrage montre bien l'évolution parallèle du commerce, de l'industrie, de la finance et de ce qu'il faut bien appeler le capitalisme effréné. On voit bien ce mouvement qui a conduit à la situation actuelle, mais ce n'est pas manichéen. Les auteurs évoquent bien sûr le progrès que cette progression du commerce a engendré, sur le plan sanitaire (sauf Covid évidemment), sur le confort obtenu dans les pays riches …. au prix bien sûr d'une dépendance de plus en plus forte aux énergies fossiles. Je ne suis nullement une férue de finance et parfois je peine dans les émissions sur l'économie politique à vraiment comprendre le fond des choses. J'ai eu droit ici à un cours que j'ai trouvé extrêmement bien fait. Je n'avais nullement imaginé l'impact des guerres mondiales sur l'essor, post conflit, des industries au XXe siècle par exemple. Les auteurs montrent bien également les freins à la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, que ce soit de par notre mode de vie, nos politiques toujours soumises aux impératifs économiques, la publicité, et l'agriculture conventionnelle qui n'est pas épargnée. C'était passionnant, je le relirai. J'ai déjà promis à mon bibliothécaire municipal que je lui prêterai pour qu'il en commande un et le diffuse au maximum. Le seul petit regret que je pourrai avoir : les chiffres et statistiques donnés ne sont pas sourcés directement sur la page concernée, toutes les sources scientifiques sont regroupées en fin d'album, certes ça a le mérite d'aérer la mise en page mais on retrouve moins facilement d'où vient quoi. Je n'ai pas l'habitude de mettre 5 étoiles, « culte » c'est énorme. Mais là, je ne peux pas faire autrement. Donc culte.
Transitions - Journal d'Anne Marbot
Transitions. Si vous êtes pointilleux, vous remarquerez le pluriel. Car il ne s'agit pas tant ici de la transition de Lucie/Alex mais surtout de celle d'Anne, sa mère. En effet, en partant de son incompréhension initiale, du rejet de l'idée et de la sensation de perte, cette dernière entame elle-même un long processus d'acceptation et de compréhension d'un univers dont elle ne fait pas partie et dont elle ignorait même l'existence. Elle va donc devoir remettre en question ses idées reçues, ses préjugés mais aussi sa propre façon de vivre et de réfléchir. A travers ce voyage dans la représentation du genre et comment la société l'impose, Anne nous renvoit à nos propres questionnements face à cette société qui évolue (enfin?) et qui permet à certaines personnes de vivre et non plus de survivre. On ressent de la tristesse, de la joie et beaucoup d'autres émotions lors de cette lecture...on sourit voire rit même parfois (par exemple, lorsqu'Anne passe en mode berzerk et semble vouloir tout révolutionner) et on comprend assurément les épreuves qu'ont endurées ces personnes. Une oeuvre excellente, tant par la force de sa représentation du tourbillon d'émotions qui déferle sur Anne que par la justesse de son propos. Très bien documentée, forte du récit et du parcours de 2 personnes d'une même famille (Anne et Alex) et intelligemment mise en forme, j'ai tout simplement trouvé la bd géniale. Là où Catherine Castro dans Appelez moi Nathan m'avait parue trop superficielle et n'entrait jamais dans le vif du sujet, Elodie Durand explique tout en restant toujours ancrée dans le récit et en faisant preuve d'une grande pédagogie. On n'a jamais l'impression qu'on nous explique quelque chose mais qu'au contraire, on est soi-même en train de vivre le changement de paradigme d'Anne et cela pousse à une nouvelle vision des choses. Bref, c'est très intelligent et ça permet vraiment de se faire une meilleure idée des combats qu'ont à mener certaines personnes et à les comprendre. Une bd à lire de toute urgence !
Clown (Hussenot)
J’éprouve une affection particulière pour Victor Hussenot. Non que j’adule ses œuvres mais son travail m’attire. Il s’en dégage une bienveillance qui me plait. L’auteur cherche également à innover, à inventer des modes narratifs un peu en marge de la production habituelle. Enfin, il n’est pas rare de trouver une dimension philosophique et métaphysique dans son travail. Avec Clown, Victor Hussenot s’amuse vraiment avec sa mise en page et, dans un même temps, trouve une manière originale d’illustrer les mimes de son personnage sans les dessiner, ce qui est conforme au principe du mime, qui permet de donner vie à des objets inexistants… Ici, il nous fait voir ces objets justement parce qu’il ne les dessine pas. Le dessin, très dépouillé, va à l’essentiel et l’idée est la source principale d’humour. C’est très souvent inventif et espiègle, pas toujours pleinement convaincant mais j’ai trouvé dans cet album ce que j’espère trouver dans un album de cet artiste : de l’inventivité, de l’intelligence et de la bienveillance. Cet album peut plaire à des lecteurs de tous âges, chacun s’amusera d’un aspect différent de ces histoires… et beaucoup n’adhèreront pas du tout au concept (mais ce ne sera pas dû à une question d’âge). Enfin, si le récit se découpe en de multiples histoires courtes, ces saynètes mises bout à bout suivent tout de même un fil conducteur et la dernière page clôt parfaitement le livre. Cet album n’est pas un chef-d’œuvre mais c’est le genre de récit que j’aime lire de temps à autres, parce qu’il m’apporte autre chose que la bande dessinée traditionnelle tout en restant accessible.
Clones en série (Nirta Omirli)
Je comprends les précédents avis des lecteurs qui sont restés sur leur faim (sans fin justement à l'époque). En effet ce "triptyque" annoncé comme tel : 1er tome (2004), 2eme tome (2006) n'a vu sa fin non pas dans un troisième tome, mais dans une intégrale en 2019. Que d'attente pour les impatients de la première heure. Moi, j'ai eu la chance de tomber dessus dernièrement (lors du dernier confinement, qui n'en était pas un puisqu'on avait seulement des restrictions) et que les magasins comme les librairies étaient vraiment essentiel aux Français (alors que je ne pouvais pas acheter de chaussures à mes enfants, ni de lave linge, ni de frigo) M'enfin j'ai trouvé cette BD, Couverture + scénariste JDM ont suffit à me convaincre. Ça fait partie de ces quelques séries qui ont le mérite d'avoir été terminées et d'avoir une fin dans une intégrale comme BIG K, REDHAND ou WITNESS 4. Contrairement à beaucoup d'autres qui ont été définitivement abandonnées (et elles sont nombreuses). Série sans doute desservie aussi par un choix très "original" de noms super compliqués. D'origine la série s'appelle "Nirta Omirli" renommée "Clones en série" sur l'intégrale. La planète "NéVé-Rikosse" est peuplée d'autochtones hostiles: les "Pètzétatis-Qcouzinas" L'amiral "Danyel Hammarskjöld" est l'un des personnages. Pas très facile à retenir et donc pas très vendeur tout cela ! Sûr, il y a des ressemblances avec Sillage mais, le dessin est clair et plutôt sympa avec un scénario plutôt bien ficelé et pleins de rebondissements. Finalement j'ai pris plaisir à lire cette série et c'est le principal. J'y mets même un coup de cœur pour la faire connaître.
Basketful of heads
Joe Hill a dégainé l’artillerie lourde ! Voilà une BD complétement barrée, sans temps mort, sombre et haletante. Voilà une bonne tranche de rigolade sanglante à vous retourner l’estomac. Ca pulse dans tous les sens. Dans chaque case vous trouverez une énergie anarchique et subversive. C’est juste dingue et délicieusement bon. L’ironie est entremêlée avec de belle scènes d’horreur. Je me suis régalé comme jamais. Le fiston de Stephen King tient bien de son père. Le scénario est parfait. Les tensions montent crescendo au fil des pages. Aucun relâchement possible dans la lecture. Vous vous accrochez à l’album pour connaitre le dénouement. Quand le décor est bien planté, les premières têtes tombent … dans le sable. C’est jubilatoire. La petite June, frêle et jolie s’avère être une experte au maniement de la hache ! Elle a de la ressource la gamine. Quand je vous dis que cela envoie du lourd ! Et l’épilogue de cette histoire … décoiffante ? Vous avez déjà reçu un coup de poing au foie ? ben tout pareil ! MA GNI FI QUE ! Le graphisme est au diapason du récit. Le trait de Leomacs est magnifique. Belle dextérité à reproduire toute l’énergie des scènes d’actions, ainsi que l'ambiance démoniaque qui s'invite dans l'histoire plus on avance dans le récit. J’en ai encore la chair de poule. Il faut éviter de donner le bouquin aux enfants. Ils pourraient avoir les chocottes ! A part ça, je vous invite à lire cet album juste avant de vous endormir. Il vous hantera toute la nuit assurément. Je recommande chaudement ce thriller horrifique sanguinolant.
Alpi the Soul Sender
Un manga incroyable, un scénario très prenant, j'ai été depuis le début sans cesse bluffé par l'écriture et le style de dessin, tous deux si bien réalisés.
Un océan d'amour
J'apprécie toujours quand une bande dessinée nous offre de beaux dialogues mais il est pourtant très fréquent qu'une bonne bande dessinée atteigne pleinement le chef-d'oeuvre dans les moments où elle se passe de mots (le mieux étant quand l'auteur maîtrise les deux à fois, comme le fait Alain Ayroles, par exemple, les cases ou scènes muettes constituant des sommets narratifs au milieu des dialogues déjà brillants de Garulfo, De Cape et de Crocs, ou Les Indes fourbes). De même les dessins d'un Sempé oublient régulièrement les mots pour diffuser une grande poésie, un humour toujours fin voire une certaine émotion. Si je cite Sempé, ce n'est évidemment pas gratuit, car je trouve que Lupano s'approche régulièrement de la finesse de ce dernier (même si Sempé reste bien sûr inatteignable) dans Un Océan d'amour. Se passer de tout texte parlé, c'est donc le défi que s'est lancé l'auteur dans cette bande dessinée, et il l'a relevé avec brio ! Les personnages sont très typés, physiquement d'abord, mais Lupano réussit également, sans un seul mot, donc, à leur conférer un caractère très fort, bien marqué, parfois ridicule, mais toujours tempéré par la tendresse très communicative de l'auteur pour ses personnages. De même, sur le plan narratif, Lupano maîtrise a fond son récit, c'est même peut-être la BD que j'ai lue de lui que je préfère (enfin, à égalité avec Alim le tanneur). Les péripéties s'enchaînent de manière parfois rocambolesques mais toujours cohérente, les enjeux sont forts pour les personnages et suscitent une belle empathie du lecteur pour eux. Le plus beau, c'est qu'en même temps, Lupano en profite pour diffuser un message écologique, de façon assez subtile pour une fois, peut-être justement parce qu'il n'utilise que le pouvoir de l'image pour le rendre d'autant plus efficace. Depuis le début, je parle de Lupano, parce qu'il est le premier à féliciter pour la réussite du concept qu'il a mis en place, mais il est tout de même temps de rendre également hommage au talent incroyable de Grégory Panaccione. Ici, forcément, il est déterminant, et il partage à égalité le succès de l'œuvre. Sa patte graphique est vraiment très jolie. On retrouve toute l'atmosphère de la Bretagne, brumeuse et lumineuse, triste et pleine d'espoir à la fois, une ambiance fascinante parfaitement retransmise par le trait affûté du dessinateur. Les graphismes sont ronds, très expressifs, et donnent parfaitement vie aux personnages imaginés par Lupano. Il accentue à la fois le côté loufoque des péripéties, mais aussi l'humour, tantôt absurde, tantôt plein de délicatesse, et renforce grandement l'efficacité narrative par la force de son trait, nouvelle preuve du pouvoir de l'image, tour à tour ici comique, tragique, politique, poétique, très complète. En un mot, voilà ce qu'est Un Océan d'amour : une bande dessinée complète. On rit, on pleure, on réfléchit, on est ému, on est révolté... Bref, pendant 200 pages, on vit. On vit une aventure extérieure captivante et une odyssée intérieure non moins exceptionnelle, qui font définitivement de cette bande dessinée un incontournable à lire et relire sans trop de modération.
Libye
"Ta fille s’est noyée lors de ta première tentative d’embarquer sur un canot.. Et toi, tu pues. Tes parents priaient à l’église quand une bombe de Boko Haram les a fait sauter avec les bibles, les crucifix et tous les autres symboles d’un dieu auquel tu ne crois plus... Tu as traversé le désert pour sauver ta peau, mais ils t'ont arrêté... Et tu pues." Voici l'un des extraits de cette BD qui prend aux tripes. Des passages comme cela, il y en a des dizaines et des dizaines. "Libye" raconte le quotidien des Libyens à partir de 2011, la période "post-Kadhafi". Le tout est raconté selon divers points de vue : le garde-côte, la mère de famille, la milice, l'Erythréenne qui tente de passer en Italie... Il s'agit d'un documentaire qui ne nous donne pas l'impression d'en être un. Tout est raconté avec une puissance des mots, avec une cruelle vérité qui dérange. Le tout, appuyé par un dessin en noir et blanc juste et précis. Je dis juste, car on ne tombe pas dans le gore et trash pour autant. Vu ce qui est raconté, les auteurs auraient pu faire le choix de nous montrer des scènes choquantes et traumatisantes visuellement, or ce n'est pas le cas. Mais attention, on montre bien des scènes de massacres, d'esclavagisme et diverses autres horreurs, mais sans tomber dans le trash inutile. Avant ma lecture, je n'avais que de vagues connaissances sur le sujet, celles qu'on obtient en regardant le JT de 20h. J'ai donc été plus d'une fois surpris, bouleversé dans mes croyances. Par exemple, je ne m'imaginais pas une seconde que de nombreux Libyens regrettaient l'époque Kadhafi. Mais au vu des événements postérieurs à Kadhafi, je ne peux que le comprendre dorénavant. Cette BD remet énormément d'éléments à leur place, recontextualise et apporte un regard nouveau (en tout cas pour moi, petit homme blanc privilégié) sur la Libye de 2011 à 2019. Cette lecture est accessible à tout le monde. Elle ne nécessite aucune connaissance au préalable. Voilà encore une BD qui devrait faire partie du programme scolaire des plus grands. 4 étoiles + coup de cœur MAUPERTUIS, OSE ET RIT !
Canardo
Aaah...Canardo. C'est noir, c'est cynique voire carrément crado parfois mais tellement bon. Les pérégrinations de ce privé désabusé (voire complètement dépressif) ont de quoi troubler le lecteur non averti qui pensait lire des histoires de roman policier de gare... La grande force de cette série, c'est qu'elle laisse au second plan le côté policier/détective justement et met en avant les personnages et les situations cruelles ou sombres dans lesquelles ils évoluent. Le dessin de Sokal est très bon même si je préfère celui des premiers tomes, plus chargé, plus chaotique, plus sombre, car je trouve qu'il correspond mieux à l'univers dans lequel évolue notre pauvre canard détective. Les tomes sont inégaux mais il y a de vraies perles et certaines histoires sont juste excellentes. A lire si vous aimez les canards cyniques en imper ! (vous ne le savez pas encore, mais vous aimez sûrement)