Les derniers avis (9597 avis)

Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Henriquet - L'homme-reine
Henriquet - L'homme-reine

Henri de Valois ou plus exactement Henri III n’a pas laissé un grand souvenir dans l’Histoire. Alors que les guerres de religion se déchainent et que les passions s’exacerbent, notre bon roi se sent dépassé par les événements. Entre sa mère, toujours intrigante, et son frère cadet qui n’a de cesse d’organiser un soulèvement contre le roi, Henriquet a fort à faire et ses parties fines avec ses mignons n’arrangent rien. Je viens de relire cet album après avoir relu Charly 9. C’est un régal. Subtile, drôle, intelligente, truculente… que dire encore… Une franche réussite pour un très bon moment de lecture… plein de surprises, d’anachronismes et de petits arrangements avec la vérité historique. Comme dans Charly 9, les textes sont un régal et les injures… aux petits oignons. A recommander sans hésitations !

11/03/2021 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ion Mud
Ion Mud

Wow ! Pour un premier album, ça claque ! "Ion Mud" m'a ramené quelques années en arrière, quand j'ai commencé à plonger mon nez du côté des mangas et que j'avais découvert Blame !. Un univers immense, empli d'architecture industrielle paumée et délabrée où s'égayent une tripotée de créatures mutantes et le cyborg Killy, en quête d'un programme qui aurait échappé à la contamination responsable du désastre ambiant. Ici point de cyborg, mais un homme assez âgé évoluant dans un vaisseau incommensurable qui semble avoir été contaminé par un virus qui fait muter toutes les formes de vies environnantes. Ce n'est pas directement un remède que cherche notre homme mais une torada, une porte noire qui lui permettrait de rejoindre la partie sauve et isolée du vaisseau. On le sent, les influences scénaristiques sont palpables, et le dessin n'est pas en reste. Car c'est ce qui fait la force et la singularité de cet album : son dessin tout de noir et blanc vêtu qui habille une architecture froide et démentielle. On est rapidement happé par ces décors titanesques dans lesquels évolue notre mystérieux et solitaire Lupo. D'ailleurs tout est ici source de mystère pour les pauvres spectateurs que nous sommes dans ce vaisseau aux trompeuses apparences d'abandon. Car si la nonchalance de notre protagoniste impressionne au fil de ses pérégrinations dans cette carcasse sans fin, elle n'est pas non plus exempte de dangers... et loin de là ! Un virus fait muter tous les êtres vivants contaminés les transformant en monstres sanguinaires et difformes. Ajoutez à cela l'armada de drones qui erre dans tous les recoins pour assurer la maintenance du vaisseau et éradiquer toutes ces formes de vies intrusives et mutantes et vous commencez à avoir une idée du topo. Les balades de Lupo ne sont pas un long fleuve tranquille ! Alors oui les questions bouillonnent page après page quand on avale ces quelques 300 pages et tout cela peut sembler n'avoir pas beaucoup de sens ; on se sent un peu comme notre Lupo, perdus dans un labyrinthe insondable qui nous consumerait petit à petit. Mais Amaury Bündgen a du ressort et clos son one shot en nous apportant l'essentiel des réponses, tout en laissant une certaine ouverture à la conclusion de son oeuvre. Voilà donc un album surprenant et assez hypnotique pour un premier essai qui montre tout le talent et le potentiel d'un auteur prometteur. Quelqu'un à suivre de près.

10/03/2021 (modifier)
Par Josq
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Comanche
Comanche

Les conseils de l'ami Agecanonix et mon goût immodéré pour Greg, un de mes auteurs de bande dessinée préférés, ne pouvaient pas me faire passer plus longtemps à côté d'une de ses séries phares, que j'ai pourtant ignorée jusqu'à il y 2 ou 3 ans. Et indéniablement, on est là sur du très, très gros calibre... J'ai un rapport un peu ambivalent au western : étonnamment, ce n'est jamais (ou rarement) un genre dans lequel j'ai spontanément envie de me plonger, alors même que je reconnais sans aucun problème qu'il a donné des films et des bandes dessinées parmi les meilleurs de l'histoire de leur art. J'ai d'ailleurs grandi avec les John Ford et les Henry Hathaway, que mon père aime tant, puis j'ai découvert plus tard les Sergio Leone, qui a imposé un style radicalement novateur et grandiose. D'ailleurs, mon film de divertissement préféré, le trop mal-aimé Lone Ranger est un formidable hommage à tout cet héritage, particulièrement l'extraordinaire Il était une fois dans l'Ouest. Bref, donc j'ai commencé Comanche comme tout western : un peu à reculons, tout en espérant trouver une grande richesse narrative et humaine dans le récit. Et indéniablement, Greg a dépassé toutes mes attentes ! Le coup de cœur a été presque immédiat. Dès le premier tome, on atteint une forme de perfection presque absolue, tant l'alchimie entre le dessin d'Hermann et le scénario de Greg est totale ! L'auteur renoue avec le plus pur style leonien, et se l'approprie avec un génie impressionnant. J'ai rarement lu une saga où les personnages étaient aussi bien développés. Comme dans le meilleur des westerns, le recours à cette époque et à ce lieu n'est pas gratuit, il permet de nous livrer une impressionnante étude de caractères, au croisement de deux mondes, un ancien qui prend fin et un nouveau qui peine à débuter. Cette charnière dans l'histoire des Etats-Unis et finalement, de l'Humanité, Greg l'illustre à merveille, et c'est ce qui fait de Comanche un vrai chef-d'œuvre à mes yeux. On voit sous nos yeux un monde mourir au profit d'un autre, qui tente d'être meilleur sans parvenir à tracer la voie qui correspond à ses idéaux. Au service de cette représentation saisissante d'un monde et d'une époque, les personnages sont des prodiges de nuance et de subtilité. Je ne saurais dire quel est mon personnage préféré, tant chacun est attachant et complexe. Et pourtant, ce qui me fait apprécier la saga encore plus, on ne sombre jamais dans le relativisme visant à supprimer toute notion de "méchant" et de "gentil". Certes, chaque personnage porte sa part d'ombre, mais on peut tout de même trouver nos repères, entre des "bons" et des "mauvais", sans que ces repères soient jamais caricaturaux. Beaucoup d'artistes (auteurs comme scénaristes de film) devraient en prendre de la graine, aujourd'hui... Enfin, comme dit ci-dessus, le dessin d'Hermann est vraiment excellent. Si je préfère le style des premiers tomes à celui, un peu plus lisse, qu'il développe à partir du tome 6, il trouve en tous cas le parfait équilibre graphique pour représenter à sa juste valeur le Far West. C'est sale, mais jamais trop, c'est réaliste mais juste assez stylisé pour garder la distance nécessaire à une bande dessinée, c'est à la fois noir et envoûtant. Non, vraiment, c'est quasiment parfait, j'adore toujours ouvrir un tome de Comanche pour replonger, ne serait-ce que quelques minutes, dans cet univers âpre et lumineux à la fois, où le pire et le meilleur de l'humanité cohabitent parfois de la manière la plus étonnante qui soit. C'est une vraie odyssée, grandiose et intime à la fois, qui réconcilie tous les extrêmes pour créer une des formes les plus parfaites de bande dessinée qui soit. Si je devais expliquer à un néophyte comment on peut atteindre une véritable forme de pureté dans l'art, je lui mettrais un tome de Comanche entre les mains. Ce serait plus éloquent que n'importe lequel des discours.

10/03/2021 (modifier)
Couverture de la série Bluebells wood
Bluebells wood

Envouté le rythme de l'histoire, le sublime des planches, l'ambiance. Que dire de plus ? Pour avoir lu pas mal de bd de Guillaume Sorrel, j'ai le sentiment qu'avec Bluebells wood le point d'équilibre entre tous ses talents est trouvé. Le dessin, la colorisation, l'atmosphère, l'histoire et son découpage, l'onirisme, aucun de ces éléments ne prend le pas sur un autre, ils se complètent dans un dosage parfait. Vivement recommandé.

09/03/2021 (modifier)
Couverture de la série Les Enquêtes de Lord Harold, douzième du nom
Les Enquêtes de Lord Harold, douzième du nom

Ces deux tomes forment un cycle qui pourrait s’auto-suffire mais ce serait quand même malheureux de s’arrêter là alors que plusieurs pistes restent à être explorées. L’état d’esprit général laisse penser que ce récit se destine principalement aux jeunes lecteurs. Je pense surtout qu’il s’agit d’une œuvre « tout public ». Une œuvre capable de séduire le jeune adolescent grâce à son ton léger et certains rebondissements quelque peu naïfs. Mais aussi capable de plaire à l’adulte -voire au quinquagénaire- désireux de retrouver une série bien dans la lignée de celles publiées dans sa jeunesse. A la limite, j’ai même le sentiment que la série trouvera plus rapidement preneur du côté du jeune lecteur d’hier que de celui du jeune lecteur d’aujourd’hui. Niveau ambiance, nous nous retrouvons devant une série policière teintée de fantastique. Le cadre choisi est celui du Londres de l’époque victorienne. Le héros est un jeune Lord idéaliste et enthousiaste auquel il est facile de s’attacher. Naïf du fait de son manque d’expérience mais loin d’être idiot et plutôt débrouillard, il trace sa route avec candeur dans les bas-fonds londoniens. Cette opposition de style entre un jeune Lord bien éduqué et cultivé et des brigands roublards et sans pitié est bien entendu à l'origine de passages humoristiques et fait tout le sel de la série. Les éléments d’apparence fantastique trouvent quant à eux une explication logique en cours d’enquête. Cette première enquête est bien menée, avec ce qu'il faut de blancheur dans le fil pour garantir au lecteur une lecture 'facile', balisée. Ce qui ne l'empêche pas d'être prenante et divertissante. Franchement, ça fait vraiment bd franco-belge classique. Et le style graphique de Xavier Fourquemin accentue encore ce sentiment. Ce dont je ne me plaindrai absolument pas ! A réserver donc aux lecteurs en quête d’un récit policier léger distillant à parts égales humour, action et réflexion. Et personnellement, je fais partie du groupe !

09/03/2021 (modifier)
Couverture de la série Negalyod
Negalyod

Comme à peu près tous les posteurs précédents, j'ai le cul entre deux chaises... Cet album est très beau, et assez imposant (très bon choix que d'avoir publié ce récit en un unique volume, même si la tendance semble être assez générale). Ses pages, grandioses, pleines de grands espaces, de dinosaures, de méga-constructions et même d'action palpitante, nous emportent facilement dans ce monde pas si simple. D'un autre côté, le scénario est parfois assez obscur, et d'autres fois un peu trop facile, et on se dit quand même que les hasards qui font cette aventure sont parfois un peu forts. Le rythme peut sembler hésitant, entre des lenteurs apparentes et des scènes survoltées. Et pour finir, la fin pourra laisser assez perplexe et avec un goût de trop rapide. Cet album aurait sans doute pu être plein d'autres choses que ce qu'il est. Plus creusé et intello, plus charmant avec des personnages attachants, plus aventureux, plus ceci, moins cela... Mais justement, en étant ce qu'il est, il est à la croisée de tous ces possibles. Et c'est sans doute ce mélange de trop et de trop peu, les différentes thématiques qu'il effleure sans les creuser outre mesure, les possibles qu'il laisse imaginer sans les avoir développés, qui font que j'en ressors en ayant la sensation d'avoir passé un excellent moment de lecture. Alors, au final... Est-ce l'album du siècle ? Non. Est-ce une lecture qui en met plein les yeux et qui tourne dans la tête ? Oui. Note réelle : 3,5, mais un coup de coeur.

08/03/2021 (modifier)
Par Ju
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Magritte - Ceci n'est pas une biographie
Magritte - Ceci n'est pas une biographie

Voici une bd que j'avais achetée à Bruxelles dans une librairie d'occase comme il y en a nombre là-bas. Magritte étant un artiste que ma copine aime bien, nous l'avions prise. Mais j'ai fini par oublier qu'il y avait cette bd dans ma bibliothèque, et cherchant quelque chose à lire, je suis retombé sur cet ouvrage. J'ai été au départ un peu décontenancé. En effet, j'étais un peu perdu et me suis dit que cette bd se réservait à un public de connaisseurs, et que j'allais avoir du mal à bien comprendre et à m'immerger pleinement dans la bd. J'ai vu une expo de Magritte une fois et j'avais beaucoup aimé, mais je ne me suis pas plus penché sur son oeuvre et son histoire. Mais si j'ai au tout début pu avoir cette crainte car on est immédiatement plongé dans l'univers si particulier de Magritte, j'ai vite été rassuré. La plongée dans cet univers n'a pas été trop agressive et est bien amenée. Nous suivons un homme, Singullier, qui ne connait rien à Magritte et qui va se retrouver plongé dans son univers, au départ il est rebuté puis se prend au jeu, un peu comme le lecteur. Nous suivons donc, avec Singullier, l'histoire de Magritte, le cheminement de la pensée qui l'a conduite à peindre ces tableaux. On est également en contact avec ses oeuvres tout au long de la lecture, et cette bd est finalement très pédagogique. Je ne pense pas qu'il faille la lire si on n'a jamais entendu parler de Magritte, car on serait vite perdu. Mais si on connait un peu l'artiste et qu'on a envie d'en savoir plus, comme moi, c'est parfait. Je n'ai pas été perdu, en sait maintenant plus sur l'auteur, et ça me donne envie de voir d'autres de ses tableaux. J'ai aussi aimé cette biographie car ce n'en est pas une, comme il est dit dans la dans le titre. Ou du moins ce n'est pas une biographie classique. L'histoire que l'on suit est celle de M. Singullier, qui est plongé dans l'univers de Magritte qui, lui, ne veut pas qu'on vienne fouiller chez lui, dans son œuvre et son intimité. Singullier finit par persévérer, percer les secrets de l'artiste en rencontrant divers personnages ou entités, comme des tableaux, tous liés à Magritte, qui lui expliquent, directement ou non, des concepts, des tableaux, ou l'histoire de Magritte l'homme. Les défauts de Magritte son également traités, on sent que les auteurs sont fascinés par le personnage mais restent objectifs. Le fait d'avoir une petite histoire à côté de la biographie de Magritte est très agréable car cela apporte de la légèreté ; le chapeau vissé à la tête, l'histoire avec la femme, tout cela apporte un petit plus farfelu qui s'accorde très bien à l'univers de Magritte. Le dessin est quant à lui grandement inspiré du style de Magritte et, évidemment, se prête idéalement au propos et à l'univers. J'aime les oeuvres de Magritte, j'ai donc beaucoup aimé ce dessin et la façon dont il se marie avec la narration et avec les mots, exactement comme le fait le peintre belge qui a toujours associé peinture et idées. Au final, je conseille évidemment la lecture qui, pourtant, en laissera certains de marbre. Personnellement, je tire mon chapeau (melon) aux auteurs, qui sont, ça se voit, passionnés et se sont réellement intéressés à Magritte. Et quand on est intéressés par ce qu'on fait, on est très souvent intéressant.

08/03/2021 (modifier)
Couverture de la série Mojo Hand
Mojo Hand

Je suis particulièrement preneur de ce type de récit. Le Mississippi Delta, une des sources majeures du blues aux Etats-Unis, est en effet à mes yeux un terreau d’une richesse extrême. Et Arnaud Floc’h exploite parfaitement cet univers avec son récit, nous entrainant sur des pistes auxquelles on ne s’attend pas de prime abord tout en restant parfaitement pertinent et en accord avec l’image que nous avons de cet univers. Mojo Hand débute en Louisiane, dans le bayou, alors qu’un père de famille noir découvre au lendemain d’un ouragan un enfant blanc miraculé du cataclysme. En décidant de le recueillir, il sait qu’il se met en danger mais voit en cet enfant un signe du destin. Il a en effet déjà perdu un fils tandis que son propre enfant encore vivant est frappé de cécité. Sur cette base, l’auteur va construire un récit qui nous parlera du racisme ordinaire, d’amitié et de rivalité, de la difficulté de trouver sa place et sa voie. Et, bien sûr, il nous parlera du blues, de ces salles de concert minables, de ces bluesmen aux destins chaotiques, souvent guidés par l’alcool et la drogue, de ces musiciens mythiques qui nourrissaient leur musique d’un quotidien fait de souffrances, de déchirements mais aussi de petites joies éphémères. Ne vous attendez pas à un récit condescendant, Arnaud Floc’h n’épargne en rien ses personnages. Son dessin caricatural donne à ceux-ci des visages souvent déformés dans lesquels l’agressivité devient laideur. Il les dote également de défauts parfois détestables. Pas de concession, donc… et pourtant ces personnages inspirent bien plus la pitié que le mépris. Avec ce récit, j’ai passé un excellent moment de lecture. La narration est fluide, les sujets abordés m’ont parlé et le destin des personnages m’a touché. Alors, même si je ne suis pas un fan inconditionnel de ce type de dessin, je ne peux rien dire d’autre que « franchement bien ! » (Et un grand merci à l’auteur d’avoir glissé en fin d’album le nom des différent.e.s musicien.ne.s qui l’ont accompagné durant la réalisation de cet album. Cela m’a permis de faire quelques découvertes musicales bien plaisantes).

08/03/2021 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série 1984 (Coste)
1984 (Coste)

En s’emparant de ce chef d’œuvre dont aucune adaptation cinématographique n’a réussi à égaler la version originale, Xavier Coste, lui, est parvenu à se l’approprier totalement en décuplant par les images la puissance du texte de George Orwell. Visuellement, son « 1984 » est une œuvre d’art, rien de moins. Tout en restant très fidèle au fil narratif du roman, Coste a produit des images fortes et glaçantes qui risquent bien d’imprégner pour longtemps l’imaginaire du lecteur. Le point fort de cette adaptation est le rapprochement temporel du cadre de l’histoire vers notre époque (rappelons qu’Orwell a écrit le livre en 1948) par l’intégration d’un décor très contemporain. Car l’architecture représentée ici tient une place majeure. L’auteur s’est inspiré de constructions existantes, par exemple les « Espaces d’Abraxas » de Ricardo Bofill et les « Arènes de Picasso » de Yanowky, les deux situées à Noisy-le-grand, ou simplement des lieux pouvant évoquer des centres commerciaux géants, tels les Quatre Temps à la Défense. Des architectures étonnantes qui fascinent, mais qui, sous le pinceau de Coste, prennent une dimension étouffante, cloisonnante, où la nature est totalement absente. Cette nature, limitée aux jardins publics ou aux quartiers en friche, où Winston et Julia se rendent pour tenter de vivre secrètement leur amour, symbolise le refuge permettant d’échapper temporairement à la surveillance de Big Brother, de façon tout à fait illusoire bien sûr. Globalement, on pense beaucoup à l’univers ultra urbanisé et claustrophobique du « Métropolis » de Fritz Lang. L’une des images les plus fortes restera celle de ces caméras de surveillance que Coste n’aura même pas eu besoin d’inventer puisqu’elles sont déjà présentes dans bon nombre de nos villes en 2021. Ce dernier aurait presque pu insérer des drones dans le ciel, mais il a choisi de se limiter aux hélicoptères, peut-être pour ne pas dénaturer à outrance le récit d’Orwell. D’un point de vue graphique, sa démarche tient plus de la peinture que du dessin par son aspect suggestif, souvent au bord de l’esquisse. Le choix d’une bichromie différente pour accompagner le découpage des séquences est bienvenu, le rendu est juste magnifique. On reste admiratif devant ces doubles pleines pages, souvent sans textes, qui permettent au talent de Coste de s’épanouir pleinement. En reprenant le texte d’Orwell pour la narration, Xavier Coste a su sélectionner les éléments essentiels et les plus marquants, notamment lorsqu’il reproduit des bouts de pages arrachées du livre de l’ « opposant » Emmanuel Goldstein, avec des passages qui encore une fois trouvent des points de convergence troublants avec la plupart des systèmes politico-économiques actuels. Les similitudes avec notre époque évoquées plus haut concourent à faire réfléchir sur le glissement progressif de nos sociétés vers une spirale infernale, quasi-obsessionnelle, où les faits et gestes de chacun devront être consignés. On pourra relever que les autorités dirigeantes, en France ou ailleurs, sous couvert d’assurer la sécurité du citoyen apeuré par les boniments anxiogènes de certains médias, en profitent pour quadriller l’espace public d’outils de surveillance à la technologie de plus en plus sophistiquée. A ce titre, il n’est pas rare d’entendre certains de nos politiques préconiser, dans leur novlangue bien à eux, l’utilisation du terme « vidéo-protection » au lieu de « vidéo-surveillance »… Et à ceux qui oseraient encore douter des dérives potentielles de ces technologies dont les thuriféraires prétendent œuvrer pour le bien du citoyen, on pourrait leur opposer l’exemple du régime chinois, champion du contrôle des masses — si l’on exclut celui, plus archaïque, de la Corée du nord —, qui est en train de mettre en place la reconnaissance faciale à travers tout l'Empire du milieu. Mais voyons mon bon monsieur ! La Chine, c’est tout de même très loin de chez nous et ce n’est pas demain la veille que ça arrivera dans nos démocraties "exemplaires et éternelles"… En résumé, le pari des éditions Sarbacane est totalement réussi. Cet album se hisse déjà au niveau des meilleures bandes dessinées de ce début d’année, ce qui, pour l’adaptation d’une œuvre culte, est tout à fait remarquable. A la qualité éditoriale digne de ce nom, qui est un peu la caractéristique de l’éditeur, s’ajoute ce formidable pop-up en fin d’ouvrage, qui a été produit uniquement pour la première édition. Sans doute un gadget pour certains, mais qui fera la joie des collectionneurs !

06/03/2021 (modifier)
Par Ingrid
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Extases
Extases

J'ai vraiment adoré cette BD, et tout le monde à la maison, surtout les femmes, l'ont trouvé génial. Très courageux de la part de l'auteur de nous livrer son intimité avec détails et sans pudeur. Une façon de découvrir l'intimité masculine sans tabous ni gêne !

06/03/2021 (modifier)