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1984 (Coste)

Note: 4/5
(4/5 pour 2 avis)

Une adaptation dans laquelle Xavier Coste parvient à donner à un monument de la littérature des images fortes


Adaptations de romans en BD Format carré George Orwell Londres Romans de science-fiction adaptés en BD Utopies, Dystopies

Dans une Angleterre uchronique issue de la Guerre Froide, Winston est un employé ordinaire. Surveillé à chaque instant par des caméras, des espions, des voisins, il travaille à la réécriture de l’Histoire. Il sent confusément que quelque chose ne va pas dans le monde tel qu’il le connaît. Qu’il doit bien exister du sens, quelque part. Un secret. C’est alors qu’il rencontre Julia… Sous la plume de Xavier Coste, l’intemporelle dystopie Orwellienne, plus glaçante que jamais. Dans un bouquet final saisissant, un superbe pop-up donne vie à ce monde désincarné !

Scénariste
Auteur oeuvre originale
Dessinateur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 06 Janvier 2021
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série 1984 (Coste)

06/03/2021 | Blue boy
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L'avatar du posteur ThePatrick

A la lecture de cet imposant album, j'ai bien été obligé de constater que je n'avais pas accordé la même importance aux différents éléments de 1984 (le roman). Certains éléments qui pour moi avaient été très marquants (l'explication sur le fonctionnement de la novlangue, par exemple) ne prennent ici qu'une ou deux pages, et je serais curieux de relire le roman pour voir ce qu'il en est. De même, la représentation que je m'étais faite de cet univers était sans doute plus conceptuelle que visuelle. Ici, on se prend tout cet univers graphique en pleine figure, et c'est une vraie claque. Ces images sont en effet assez fabuleuses, relevant bien souvent plus de la peinture que de séquences narratives de bande dessinée, et leur puissance est assez phénoménale et écrasante. La lecture de la grande partie de cet album a commencé par me laisser un sentiment un peu mitigé à cause de ces deux points. Et puis Winston a été arrêté. Et c'est dans cette partie que la puissance de l'oeuvre d'Orwell se déchaîne, grâce à un dessin qui devient un pur chef d'oeuvre, certaines pages évoquant la folie et surpassant même l'enfer de Dante. Alors au final, si cet album ne m'a pas complètement transporté, la fin m'a totalement balayé. Et si ça n'est pas encore fait, lisez 1984.

26/03/2021 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Blue boy

En s’emparant de ce chef d’œuvre dont aucune adaptation cinématographique n’a réussi à égaler la version originale, Xavier Coste, lui, est parvenu à se l’approprier totalement en décuplant par les images la puissance du texte de George Orwell. Visuellement, son « 1984 » est une œuvre d’art, rien de moins. Tout en restant très fidèle au fil narratif du roman, Coste a produit des images fortes et glaçantes qui risquent bien d’imprégner pour longtemps l’imaginaire du lecteur. Le point fort de cette adaptation est le rapprochement temporel du cadre de l’histoire vers notre époque (rappelons qu’Orwell a écrit le livre en 1948) par l’intégration d’un décor très contemporain. Car l’architecture représentée ici tient une place majeure. L’auteur s’est inspiré de constructions existantes, par exemple les « Espaces d’Abraxas » de Ricardo Bofill et les « Arènes de Picasso » de Yanowky, les deux situées à Noisy-le-grand, ou simplement des lieux pouvant évoquer des centres commerciaux géants, tels les Quatre Temps à la Défense. Des architectures étonnantes qui fascinent, mais qui, sous le pinceau de Coste, prennent une dimension étouffante, cloisonnante, où la nature est totalement absente. Cette nature, limitée aux jardins publics ou aux quartiers en friche, où Winston et Julia se rendent pour tenter de vivre secrètement leur amour, symbolise le refuge permettant d’échapper temporairement à la surveillance de Big Brother, de façon tout à fait illusoire bien sûr. Globalement, on pense beaucoup à l’univers ultra urbanisé et claustrophobique du « Métropolis » de Fritz Lang. L’une des images les plus fortes restera celle de ces caméras de surveillance que Coste n’aura même pas eu besoin d’inventer puisqu’elles sont déjà présentes dans bon nombre de nos villes en 2021. Ce dernier aurait presque pu insérer des drones dans le ciel, mais il a choisi de se limiter aux hélicoptères, peut-être pour ne pas dénaturer à outrance le récit d’Orwell. D’un point de vue graphique, sa démarche tient plus de la peinture que du dessin par son aspect suggestif, souvent au bord de l’esquisse. Le choix d’une bichromie différente pour accompagner le découpage des séquences est bienvenu, le rendu est juste magnifique. On reste admiratif devant ces doubles pleines pages, souvent sans textes, qui permettent au talent de Coste de s’épanouir pleinement. En reprenant le texte d’Orwell pour la narration, Xavier Coste a su sélectionner les éléments essentiels et les plus marquants, notamment lorsqu’il reproduit des bouts de pages arrachées du livre de l’ « opposant » Emmanuel Goldstein, avec des passages qui encore une fois trouvent des points de convergence troublants avec la plupart des systèmes politico-économiques actuels. Les similitudes avec notre époque évoquées plus haut concourent à faire réfléchir sur le glissement progressif de nos sociétés vers une spirale infernale, quasi-obsessionnelle, où les faits et gestes de chacun devront être consignés. On pourra relever que les autorités dirigeantes, en France ou ailleurs, sous couvert d’assurer la sécurité du citoyen apeuré par les boniments anxiogènes de certains médias, en profitent pour quadriller l’espace public d’outils de surveillance à la technologie de plus en plus sophistiquée. A ce titre, il n’est pas rare d’entendre certains de nos politiques préconiser, dans leur novlangue bien à eux, l’utilisation du terme « vidéo-protection » au lieu de « vidéo-surveillance »… Et à ceux qui oseraient encore douter des dérives potentielles de ces technologies dont les thuriféraires prétendent œuvrer pour le bien du citoyen, on pourrait leur opposer l’exemple du régime chinois, champion du contrôle des masses — si l’on exclut celui, plus archaïque, de la Corée du nord —, qui est en train de mettre en place la reconnaissance faciale à travers tout l'Empire du milieu. Mais voyons mon bon monsieur ! La Chine, c’est tout de même très loin de chez nous et ce n’est pas demain la veille que ça arrivera dans nos démocraties "exemplaires et éternelles"… En résumé, le pari des éditions Sarbacane est totalement réussi. Cet album se hisse déjà au niveau des meilleures bandes dessinées de ce début d’année, ce qui, pour l’adaptation d’une œuvre culte, est tout à fait remarquable. A la qualité éditoriale digne de ce nom, qui est un peu la caractéristique de l’éditeur, s’ajoute ce formidable pop-up en fin d’ouvrage, qui a été produit uniquement pour la première édition. Sans doute un gadget pour certains, mais qui fera la joie des collectionneurs !

06/03/2021 (modifier)