Le mot qui ressort des autres avis est « conteur »… et là je crois que tout est dit.
Je ne suis pas spécialement fan de loufoque, mais impossible de résister au talent de conteur de Pierre-Henry Gomont. En partant d’un fait avéré (le vol du cerveau de Einstein), il tisse une histoire rocambolesque aux personnages hauts en couleurs. J’adore l’ingéniosité narrative, l’inventivité dans l’utilisation du medium de la BD (par exemple la représentation de la perte de la parole de Einstein), et de manière générale j’ai beaucoup accroché à l’humour.
La mise en image est réussie, et innove elle aussi souvent, notamment dans le découpage et le symbolisme et les métaphores graphiques.
Voila, l’histoire est peut-être un chouïa longue, avec une baisse de rythme vers le milieu, mais je ressors de ma lecture ravi. Bravo à l’auteur !
Nous sommes bien loin des enquêtes de l'inspecteur Canardo. Mais la patte Sokal est très reconnaissable. Voilà un récit particulièrement réussi. C’est émouvant. On ne va pas ménager votre petit cœur ! Emotions assurées en perspective.
Augustin Morel est jeune homme quand il s’engage dans la résistance en 1943 à la mort de son père. C’est au cours de cette époque qu’il fait la connaissance de Marianne, une jeune et belle femme. La passion est immédiatement au rendez-vous. Sa dulcinée prend une balle par une patrouille allemande. C’est un déchirement. Augustin ne pourra jamais se remettre de cette tragédie. Pour exorciser ses démons il écrit un roman pour raconter son histoire.
50 ans par la mort de Marianne, Augustin revient dans ce village où il a connu l’amour et la douleur. Une adaptation cinématographique de son roman est prévue. La réalisatrice l’a invité avec l’idée qu’il puisse jouer son propre rôle dans le film.
Tout ne se passe pas comme convenu. Le passé resurgi. En creusant un peu, la vérité est moins glorieuse que celle que l’on a voulu nous faire croire. Les rancœurs sont toujours bien présentes.
Graphiquement c’est magnifique. Le trait de Benoit Sokal est élégant et agréable. Bien évidement il ne pouvait s’empêcher de dessiner dans cet album, sans quelques reproductions d’animaux. Le sanglier et les chiens sont particulièrement réussis. Et que dire du chat d’Augustin ? il est sublime.
On passe d’une époque à une autre avec une grande facilité. Ceci n’impacte pas la fluidité dans la lecture. Au contraire. Il y a du rythme. La cadence est soutenue. On lit à perdre haleine. Le découpage entre le passé et le présent est jubilatoire. C’est puissant même si le scénario n’est pas très original. Le suspens est préservé jusqu’au dénouement final. Perso je n’ai rien vu venir.
Voilà le type d’album qui me font apprécier la BD. Un gros coup de cœur pour ce récit. Merci monsieur Sokal pour ce moment de lecture intense .
J'ai hésité à placer cette Bd en historique, finalement j'ai opté pour l'aventure car il y a certes des éléments historiques mais le récit est quand même très aventureux. Il ne faut pas se méprendre, j'ai vu cette Bd sur internet classée en western, mais ce n'est pas un western de l'époque classique du genre, c'est une sorte de faux western on va dire, d'avant l'époque des pistoleros et des sheriffs, on est en 1778 et non en 1880 ; il est question ici de cavaliers du corps des dragons chargés de conquérir le Mexique à l'époque où ce pays est sous occupation espagnole, et en même temps chargés de surveiller la frontière du Mexique.
Je conçois que ça peut tromper le lecteur moyen car cette histoire emprunte des éléments de western, surtout avec les Indiens et les paysages, mais c'est comme dans la Bd de Kresse, Les Peaux-Rouges, c'est l'époque qui détermine le genre ; le récit est avant tout celui d'un sauvetage, et ça a plus l'allure d'un récit d'aventure sur fond historique.
Les auteurs espagnols placent le sauvetage de cette religieuse au centre du récit tout en décrivant avec précision la culture des peuples apaches au sein de grands espaces arides peuplés de rochers, de montagnes et de crotales. Ivan Gil offre de très belles images dans un découpage aéré et change d'univers après l'épopée napoléonienne de La Bataille et de Bérézina ; son dessin est lumineux et met en valeur les superbes paysages de ces contrées, mais il montre aussi des images violentes et parfois choc avec des charges de cavalerie, des scènes de batailles et des affrontements sanglants.
Connu pour 2 bonnes séries chez Glénat, La Sueur du soleil (déjà située en Amérique précolombienne) et Justin Hiriart (sur les chasseurs de baleines au Nouveau Monde), Gregorio Harriet place l'aventure initiatique d'un jeune vétérinaire au coeur d'une tourmente guerrière opposant cavalerie espagnole et tribus apaches auxquelles se joignent des Comanches. Les références historiques renforcent le contexte d'un récit de sang et d'héroïsme, rappelant les Bd d'aventure à l'ancienne tout en apportant un souffle nouveau et un côté épique. Le tout est bien rythmé et multiplie les péripéties, la conclusion se fera dans un tome 2 que je lirai avec un grand plaisir.
Petit coup de cœur, une œuvre assez fine (dans les deux sens du terme), servie par un dessin agréable et terriblement efficace pour retranscrire les sentiments et les non dits d’une petite communauté attachante. Vraiment une belle œuvre de bout en bout, pas d’aventures ici mais la grande aventure de la vie qui s’écoule, ses erreurs, ses victoires du quotidien. Une Lecture qui fait du bien.
Dans son contexte historique cette œuvre est encore plus appréciable, d’autres ici l’on bien explique. Le scénario de Batman vieillissant était une idée de génie et les pages retranscrivent à merveille le combat d’un Homme faisant face à l’âge et qui refuse de s’avouer vaincu.
Et le dessin puissant et dur ne laissera pas indifférent, j’aime infiniment ce qu’il apporte à Batman même si parfois je le trouve moche, souvent je le trouve emblématique et incomparable. Inégal, sans doute mais excellent.
Bref. Un monument.
Et tout ça malgré un dessin qui me laisse souvent de marbre... sans doute avec intelligence pour laisser assez de place à son histoire.
Vraiment, quelle claque que ce scénario ! Des personnages semblant inspirés de des héros classiques (Batman, Punisher...) révèlent leur coté sombre, naïf, humain ou inhumain. Tout y passe avec finesse, le bien, le mal, la fin qui justifie les moyens.
Rien à dire pour moi, il faut lire et relire Watchmen.
Tout est quasiment parfait ici pour moi. L’édition est magnifique, l’objet est superbe, la matière parfaite, l’impression excellente. Le scénario est subtil, raconté par petit à petit et il faut rester concentré de bout en bout. Le dessin est terrifiant, presque doux souvent et cruel pourtant, idéal en somme pour cette œuvre massive a plus d’un titre. Déjà lu et relu il sortira souvent de son étagère.
Je vis à Paris, je n'ai absolument pas de jardin mais, le temps passant (et un peu grâce ou à cause du confinement), de plus en plus je me dis qu'à terme, je ne survivrai peut être pas sans un bout, ou gros bout, de jardin. Une fois qu'on en est là, il y a encore l'embarras du choix, et comme Simon Hureau, je connais tout un tas de gens qui ont des jardins qui se résument à de gigantesques étendues d'herbe coupée à 5mm entourées par des haies étanches de thuyas. Certes, ça peut être pas mal pour se faire un petit foot ou taper le volant, mais pas non plus besoin d'avoir une étendue infinie d'herbe sans vie pour cela. Donc, comment donner de la vie à son jardin, en profiter sans être envahi et dépassé mais tout en respectant la vie et en laissant la nature se développer ? C’est exactement ce que SImon Hureau a voulu faire dans son jardin, et c’est ce qu’il nous explique dans cette bande dessinée d’un peu plus de 100 pages.
100 pages d’explications jardinesques, d’exposition d’insectes en tout genre, on aurait pu craindre que ça fasse un peu lourd et peu digeste. En réalité, c’est tout le contraire. Simon Hureau explique clairement, avec des termes plutôt simples pour le novice que je suis, et en entrecoupant ces explications avec des dialogues, des situations qui lui sont arrivées, ou des pointes d’humour dans la narration. Et, surtout, il ne passe jamais plus de trois ou quatre pages par situation, ce qui fait qu’on ne se lasse pas et qu’il n’y a pas le temps de se perdre. Je ne nie pas que j’ai trouvé certains passages un peu moins passionnants, notamment les doubles pages où sont décrits des insectes et papillons. Mais la beauté du dessin permet de faire passer la chose, les insectes sont vraiment magnifiques sous le pinceau de Hureau. Et globalement, on ne s’ennuie pas. J’ai aimé le sujet et, je l’ai dit, j’ai bien aimé la narration, le choix des mots tantôt techniques tantôt plus familiers, ce qui apporte beaucoup de légèreté à l’ensemble.
Ce livre est agréable à lire car Hureau nous embarque dans son quotidien, sa philosophie, et j’aime cette philosophie. Il a l’air apaisé, sans cesse curieux. Il est dans une démarche respectueuse de la nature : pas de pesticides, nourissage de la terre par des éléments naturels, pas d’élimination de la faune ou très partiellement, dans un souci d’équilibrage. Le but est sans cesse de ramener de la vie dans le jardin, de se créer une petite “oasis” de nature, et à a fermeture du livre on est forcément un peu jaloux de ce qu’il a réussi à faire.
Le dessin est vraiment très bon, j’ai aimé le trait et sa façon de représenter les arbres et plantes. Les insectes en gros plans sont quant à eux totalement magnifiques. Le choix de couleurs douces et vives à la fois marche très bien, l’impression de nature est très bien rendue sans pour autant se transformer en une explosion de couleurs.
Je ne saurais que conseiller la lecture de cette bd qui fait du bien, et redonne le sourire.
De tous les univers de bande dessinée au sein desquels j'ai eu l'occasion de me plonger, je pense que Alim le tanneur est un de ceux (sinon celui) que je préfère. Non que la saga soit irréprochable, mais je trouve que le monde inventé par Lupano pour l'occasion est absolument prodigieux, et bien supérieur à un grand nombre d'autres univers de fantasy vus en bande dessinée.
Je vois trois raisons à cela :
- Déjà, la magnificence du dessin de Virginie Augustin, qui donne corps à ce monde de la plus belle des manières. Son trait est absolument somptueux, chaque image est bourrée d'idées sans être dans quelque chose de surchargé. Il y a une pureté graphique qui n'exclut pas une très grande richesse et une grande densité visuelle, c'est très fort. Jamais ce monde n'a l'air trop étroit, ou trop statique. On y respire, on s'y sent bousculé, on s'y émerveille... Vraiment, le dessin est une des plus grandes réussites de cette saga, même si je trouve que dans le dernier tome, on perd un petit quelque chose que je ne saurai trop décrire.
- Ensuite, la complexité des intrigues géopolitiques. Clairement, Wilfrid Lupano n'y va pas de main-morte ! Sans jamais perdre son lecteur, il crée des personnages d'une densité humaine étonnante, chacun ayant des motivations qu'on comprend très bien, qu'ils soient bons ou méchants. Alors que le discours manque un peu de nuance à mes yeux, les personnages sont en revanche parfaitement écrits. Aucun manichéisme dans tout cela : évidemment, il y a des personnages meilleurs que d'autres, et il y a des méchants, mais sans basculer dans le pathos, même les pires antagonistes ont droit à leur moment d'empathie. On ressent quelque chose de positif pour chaque personnage à un moment où à un autre. Je trouve ça exceptionnel, la manière avec laquelle Lupano fait parfois surgir de la noblesse ou de la douleur chez un personnage qu'on détestait jusque-là. Evidemment, ça ne rend pas forcément le personnage meilleur (Khélob, typiquement), mais ça peut expliquer comment il en est arrivé là et ainsi, nous permettre de comprendre sa trajectoire depuis le début du récit. En outre, les rapports de force entre les personnages (ou les groupes) sont extrêmement bien détaillés sans l'être trop. Cela permet d'ajouter en crédibilité à l'intrigue, allant jusqu'à évoquer dans les meilleurs moments de la saga, des univers tels que Game of Thrones ou Dune, et pourtant, sans jamais sacrifier l'action (sauf un peu dans le tome 3). En seulement 4 tomes de BD, chapeau !
- Enfin, les inspirations de Lupano. Une autre chose très réussie, c'est la manière qu'a Lupano de créer de l'imaginaire à partir du réel. Aucun peuple, aucune région présentée n'est sortie de nulle part. On est capable de lier chacune d'entre elles à une région existante (Asie, Afrique, Moyen-Orien, Amérique du Sud, Océanie). De même, dans les différents systèmes sociaux, politiques et religieux représentés, on peut retrouver des éléments empruntés aux catholicisme, à l'islam, à l'hindouisme, au bouddhisme, etc... C'est très fort car ainsi, on n'a pas l'impression que l'auteur s'acharne sur tel ou tel groupe de personnes, il brouille tous les repères afin de rendre son propos plus universel, et c'est très intelligent sur le plan narratif. Et d'ailleurs, même si, dans toutes les civilisations représentées, il y en a qu'on préfère à d'autres, on se rend vite compte que chacune a ses gros défauts et qu'aucune n'est parfaite.
Maintenant, je trouve tout de même que tout ça dégage une vision assez nihiliste de l'Homme et de la civilisation en général, et comme j'ai toujours été un éternel optimiste, je ne peux plus suivre Lupano sur ce terrain-là.
Il est vrai qu'on est tenté, lorsqu'on regarde en arrière, de ne voir tous les systèmes politiques, religieux, sociaux, mis en place dans le passé, que comme vecteurs d'une violence apparemment incompréhensible, et j'ai eu l'impression que c'est ce que faisait Lupano dans Alim. Or, quand bien même ces systèmes ont pu être imparfaits et inégalitaires (pas toujours plus que le nôtre, mais rarement moins), ils nous ont toutefois laissé chacun des traces absolument exceptionnelles, en termes de patrimoine, d'art, de technique, de médecine, de valeurs, etc... C'est là que je suis content de la conclusion du dernier tome qui rappelle que, même si elle s'appuie sur une potentielle supercherie religieuse (potentielle car, finalement, rien ne nous dit que l'histoire de Jésameth est fausse, il est simplement permis d'en douter) et sur un très clair abus de pouvoir, une civilisation peut produire de beaux fruits, quand bien même ces fruits sont issus d'arbres aux racines engluées de sang.
On peut trouver ça bien sombre et désespérant, mais on peut trouver ça aussi très encourageant, très beau sur la capacité de l'Homme à dépasser, notamment par la civilisation (ou en tous cas, la vie en communauté), ses pulsions violentes. J'ai eu la sensation que Lupano, lui, malgré ces deux très belles pages, ne voulait voir dans le processus civilisateur de l'Homme que sa part obscure. Pour ma part, je veux y trouver une raison d'espérer et de croire que, malgré toutes les horreurs dont l'Homme est capable, jamais il n'arrivera à éteindre la flamme qui meut les cœurs les plus purs.
Mais, j'en conviens, il y a encore du boulot.
Le Joker, un gentil ? Complètement rocambolesque ! Et pourtant, c'est le point de départ de cette série imaginée par Sean Murphy, et qui fera date dans l'histoire de Batman. C'est monumental, et à tel point que je ne comprends même pas qu'on ne nous ait pas déjà annoncé une adaptation au cinéma...
On présente trop facilement ce comics comme un renversement des rôles entre Batman et le Joker, mais c'est faux. Batman ne devient pas le bad guy de l'histoire, et le Joker n'en devient pas le grand gentil, c'est beaucoup plus subtil que ça.
Non, le personnage que l'on découvre réellement et sur qui toute l'histoire est centrée n'est pas le Joker, mais bien Jack Napier, c'est-à-dire sa version humaine, tout autant qu'on découvre une nouvelle facette de Harleen Quinzel, que Murphy propulse au rang des personnages les mieux écrits et les plus attachants de tout l'univers DC.
De fait, ce qui frappe instantanément, c'est le soin extrême apporté à l'écriture des personnages. Je n'avais plus ressenti une telle intelligence d'écriture depuis la claque Watchmen (même si on est un petit cran en-dessous d'Alan Moore) ! Ici, les dialogues, que je craignais un peu trop démonstratifs au début, se révèlent d'une intelligence prodigieuse, introduisant des dilemmes insoupçonnés chez chacun des personnages, et étoffant leur relation avec une subtilité étonnante.
La dualité schizophrénique entre Jack Napier et le Joker est bien sûr au centre de l'intrigue. Traitée de manière certes classique, l'éclairage nouveau qu'elle apporte sur la personnalité de Napier n'en est pas moins profondément original, et permet finalement d'aborder le personnage de manière totalement inattendue. La fascination qu'il exerce soudain sur Nightwing, Jim Gordon, Duke Thomas et à leur suite le lecteur, est merveilleusement retranscrite. Contrairement à ce qu'on aurait pu craindre, le revirement de Napier, passant du statut d'ennemi public n°1 à celui de sauveur de Gotham City n'a rien d'artificiel. Sean Murphy développe à partir de ce point de départ une réflexion extrêmement bien menée sur le repentir dont une personne est capable, le pardon que la société et les institutions sont capables de lui accorder ou non, la complexité de l'âme humaine et de la justice, etc... On retrouve toute l'intelligence dont Christopher Nolan a imprégné durablement l'univers Batman dans ses célèbres adaptations.
Véritable plongée au fond de la psyché humaine, Batman - White Knight nous propose ainsi, au-delà du seul Napier qui accapare certes une bonne partie de notre attention, toute une galerie de personnages torturés, nous exposant merveilleusement les doutes et les interrogations de chacun. Le parcours de Bruce Wayne est évidemment particulièrement soigné lui aussi, et ses hésitations nous agitent les méninges plus qu'on ne voudrait l'avouer, que ce soit lorsqu'il se demande si on doit imposer des limites à Batman ou non, ou lorsqu'il découvre que le passé de sa famille est peut-être moins glorieux qu'il ne le croyait.
Enfin, Harleen Quinzel connaît la même évolution que le Joker, et le fait d'avoir scindé en deux personnes distinctes le personnage de Harley Quinn est une vraie réussite, tant Quinzel gagne ainsi une humanité incroyable.
Comme dans toute bonne histoire de super-héros, ce qui est particulièrement bien pensé, dans ce Batman - White Knight, c'est la manière de montrer des personnages qui ont brouillé les limites entre le Bien et le Mal, si tant est que ces notions existent en-dehors de nous. Sean Murphy déploie ainsi toute l'étendue de ses capacités réflexives dans des scènes toutes plus cultes les unes que les autres, multipliant les dialogues d'une ambiguïté profondément marquante.
Rares sont les comics qui réussissent à ce point à maîtriser les arcs narratifs d'un tel nombre de personnages ! Sean Murphy s'en tire haut la main et même si la plupart des méchants ne se verront pas très développés, l'auteur sait valoriser chacun des personnages essentiels à l'intrigue, tout en multipliant les clins d'oeils et les emprunts à l'univers DC.
Narrativement, donc, Batman - White Knight est tout autant une merveille que sur le plan philosophique. On se prend rapidement à la narration, parfaitement dosée, et l'on suit avec le même intérêt les échanges verbaux parfois denses et musclés et les séquences d'action, dantesques à souhait.
Le trait de Sean Murphy n'a rien à envier aux plus grands noms du comics, des grands noms aux côtés desquels Murphy semble tout prêt à ajouter le sien. Graphiquement, Batman - White Knight est à la hauteur de l'événement qu'il entend créer dans l'univers DC. Son dessin est sombre et glauque à souhait, comme on s'y attend lorsqu'on plonge dans le Gotham réaliste aux antipodes des films de Burton. Les traits des personnages sont excellents et correspondent parfaitement aux différents caractères, revêtant une personnalité forte, de la brutalité rentrée d'un Batman à la délicatesse infinie d'une Harleen Quinzel en passant par cette noblesse machiavélique qui caractérise tant Jack Napier/le Joker.
Développant un univers sombre et fascinant à souhait, Batman - White Knight est donc une véritable perle graphique.
Ainsi, le comics de Sean Murphy fera date dans tout l'univers DC de par la puissance de ses choix narratifs et scénaristiques radicaux, ne ménageant pas des personnages qu'on apprécie et qu'on connaît, tout en les redécouvrant pourtant sous un jour tout-à-fait nouveau ici. Réussir à apporter une bonne dose de nouveauté sans jamais trahir le classicisme d'un des univers de bande dessinée les plus connus, tel était le défi de Sean Murphy en s'attaquant à un tel monument. Telle est la réussite magistrale de son oeuvre.
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La Fuite du cerveau
Le mot qui ressort des autres avis est « conteur »… et là je crois que tout est dit. Je ne suis pas spécialement fan de loufoque, mais impossible de résister au talent de conteur de Pierre-Henry Gomont. En partant d’un fait avéré (le vol du cerveau de Einstein), il tisse une histoire rocambolesque aux personnages hauts en couleurs. J’adore l’ingéniosité narrative, l’inventivité dans l’utilisation du medium de la BD (par exemple la représentation de la perte de la parole de Einstein), et de manière générale j’ai beaucoup accroché à l’humour. La mise en image est réussie, et innove elle aussi souvent, notamment dans le découpage et le symbolisme et les métaphores graphiques. Voila, l’histoire est peut-être un chouïa longue, avec une baisse de rythme vers le milieu, mais je ressors de ma lecture ravi. Bravo à l’auteur !
Le vieil homme qui n’écrivait plus
Nous sommes bien loin des enquêtes de l'inspecteur Canardo. Mais la patte Sokal est très reconnaissable. Voilà un récit particulièrement réussi. C’est émouvant. On ne va pas ménager votre petit cœur ! Emotions assurées en perspective. Augustin Morel est jeune homme quand il s’engage dans la résistance en 1943 à la mort de son père. C’est au cours de cette époque qu’il fait la connaissance de Marianne, une jeune et belle femme. La passion est immédiatement au rendez-vous. Sa dulcinée prend une balle par une patrouille allemande. C’est un déchirement. Augustin ne pourra jamais se remettre de cette tragédie. Pour exorciser ses démons il écrit un roman pour raconter son histoire. 50 ans par la mort de Marianne, Augustin revient dans ce village où il a connu l’amour et la douleur. Une adaptation cinématographique de son roman est prévue. La réalisatrice l’a invité avec l’idée qu’il puisse jouer son propre rôle dans le film. Tout ne se passe pas comme convenu. Le passé resurgi. En creusant un peu, la vérité est moins glorieuse que celle que l’on a voulu nous faire croire. Les rancœurs sont toujours bien présentes. Graphiquement c’est magnifique. Le trait de Benoit Sokal est élégant et agréable. Bien évidement il ne pouvait s’empêcher de dessiner dans cet album, sans quelques reproductions d’animaux. Le sanglier et les chiens sont particulièrement réussis. Et que dire du chat d’Augustin ? il est sublime. On passe d’une époque à une autre avec une grande facilité. Ceci n’impacte pas la fluidité dans la lecture. Au contraire. Il y a du rythme. La cadence est soutenue. On lit à perdre haleine. Le découpage entre le passé et le présent est jubilatoire. C’est puissant même si le scénario n’est pas très original. Le suspens est préservé jusqu’au dénouement final. Perso je n’ai rien vu venir. Voilà le type d’album qui me font apprécier la BD. Un gros coup de cœur pour ce récit. Merci monsieur Sokal pour ce moment de lecture intense .
Les Dragons de la frontière
J'ai hésité à placer cette Bd en historique, finalement j'ai opté pour l'aventure car il y a certes des éléments historiques mais le récit est quand même très aventureux. Il ne faut pas se méprendre, j'ai vu cette Bd sur internet classée en western, mais ce n'est pas un western de l'époque classique du genre, c'est une sorte de faux western on va dire, d'avant l'époque des pistoleros et des sheriffs, on est en 1778 et non en 1880 ; il est question ici de cavaliers du corps des dragons chargés de conquérir le Mexique à l'époque où ce pays est sous occupation espagnole, et en même temps chargés de surveiller la frontière du Mexique. Je conçois que ça peut tromper le lecteur moyen car cette histoire emprunte des éléments de western, surtout avec les Indiens et les paysages, mais c'est comme dans la Bd de Kresse, Les Peaux-Rouges, c'est l'époque qui détermine le genre ; le récit est avant tout celui d'un sauvetage, et ça a plus l'allure d'un récit d'aventure sur fond historique. Les auteurs espagnols placent le sauvetage de cette religieuse au centre du récit tout en décrivant avec précision la culture des peuples apaches au sein de grands espaces arides peuplés de rochers, de montagnes et de crotales. Ivan Gil offre de très belles images dans un découpage aéré et change d'univers après l'épopée napoléonienne de La Bataille et de Bérézina ; son dessin est lumineux et met en valeur les superbes paysages de ces contrées, mais il montre aussi des images violentes et parfois choc avec des charges de cavalerie, des scènes de batailles et des affrontements sanglants. Connu pour 2 bonnes séries chez Glénat, La Sueur du soleil (déjà située en Amérique précolombienne) et Justin Hiriart (sur les chasseurs de baleines au Nouveau Monde), Gregorio Harriet place l'aventure initiatique d'un jeune vétérinaire au coeur d'une tourmente guerrière opposant cavalerie espagnole et tribus apaches auxquelles se joignent des Comanches. Les références historiques renforcent le contexte d'un récit de sang et d'héroïsme, rappelant les Bd d'aventure à l'ancienne tout en apportant un souffle nouveau et un côté épique. Le tout est bien rythmé et multiplie les péripéties, la conclusion se fera dans un tome 2 que je lirai avec un grand plaisir.
Magasin général
Petit coup de cœur, une œuvre assez fine (dans les deux sens du terme), servie par un dessin agréable et terriblement efficace pour retranscrire les sentiments et les non dits d’une petite communauté attachante. Vraiment une belle œuvre de bout en bout, pas d’aventures ici mais la grande aventure de la vie qui s’écoule, ses erreurs, ses victoires du quotidien. Une Lecture qui fait du bien.
Batman - The Dark Knight returns
Dans son contexte historique cette œuvre est encore plus appréciable, d’autres ici l’on bien explique. Le scénario de Batman vieillissant était une idée de génie et les pages retranscrivent à merveille le combat d’un Homme faisant face à l’âge et qui refuse de s’avouer vaincu. Et le dessin puissant et dur ne laissera pas indifférent, j’aime infiniment ce qu’il apporte à Batman même si parfois je le trouve moche, souvent je le trouve emblématique et incomparable. Inégal, sans doute mais excellent. Bref. Un monument.
Watchmen
Et tout ça malgré un dessin qui me laisse souvent de marbre... sans doute avec intelligence pour laisser assez de place à son histoire. Vraiment, quelle claque que ce scénario ! Des personnages semblant inspirés de des héros classiques (Batman, Punisher...) révèlent leur coté sombre, naïf, humain ou inhumain. Tout y passe avec finesse, le bien, le mal, la fin qui justifie les moyens. Rien à dire pour moi, il faut lire et relire Watchmen.
Les Ogres-Dieux
Tout est quasiment parfait ici pour moi. L’édition est magnifique, l’objet est superbe, la matière parfaite, l’impression excellente. Le scénario est subtil, raconté par petit à petit et il faut rester concentré de bout en bout. Le dessin est terrifiant, presque doux souvent et cruel pourtant, idéal en somme pour cette œuvre massive a plus d’un titre. Déjà lu et relu il sortira souvent de son étagère.
L'Oasis
Je vis à Paris, je n'ai absolument pas de jardin mais, le temps passant (et un peu grâce ou à cause du confinement), de plus en plus je me dis qu'à terme, je ne survivrai peut être pas sans un bout, ou gros bout, de jardin. Une fois qu'on en est là, il y a encore l'embarras du choix, et comme Simon Hureau, je connais tout un tas de gens qui ont des jardins qui se résument à de gigantesques étendues d'herbe coupée à 5mm entourées par des haies étanches de thuyas. Certes, ça peut être pas mal pour se faire un petit foot ou taper le volant, mais pas non plus besoin d'avoir une étendue infinie d'herbe sans vie pour cela. Donc, comment donner de la vie à son jardin, en profiter sans être envahi et dépassé mais tout en respectant la vie et en laissant la nature se développer ? C’est exactement ce que SImon Hureau a voulu faire dans son jardin, et c’est ce qu’il nous explique dans cette bande dessinée d’un peu plus de 100 pages. 100 pages d’explications jardinesques, d’exposition d’insectes en tout genre, on aurait pu craindre que ça fasse un peu lourd et peu digeste. En réalité, c’est tout le contraire. Simon Hureau explique clairement, avec des termes plutôt simples pour le novice que je suis, et en entrecoupant ces explications avec des dialogues, des situations qui lui sont arrivées, ou des pointes d’humour dans la narration. Et, surtout, il ne passe jamais plus de trois ou quatre pages par situation, ce qui fait qu’on ne se lasse pas et qu’il n’y a pas le temps de se perdre. Je ne nie pas que j’ai trouvé certains passages un peu moins passionnants, notamment les doubles pages où sont décrits des insectes et papillons. Mais la beauté du dessin permet de faire passer la chose, les insectes sont vraiment magnifiques sous le pinceau de Hureau. Et globalement, on ne s’ennuie pas. J’ai aimé le sujet et, je l’ai dit, j’ai bien aimé la narration, le choix des mots tantôt techniques tantôt plus familiers, ce qui apporte beaucoup de légèreté à l’ensemble. Ce livre est agréable à lire car Hureau nous embarque dans son quotidien, sa philosophie, et j’aime cette philosophie. Il a l’air apaisé, sans cesse curieux. Il est dans une démarche respectueuse de la nature : pas de pesticides, nourissage de la terre par des éléments naturels, pas d’élimination de la faune ou très partiellement, dans un souci d’équilibrage. Le but est sans cesse de ramener de la vie dans le jardin, de se créer une petite “oasis” de nature, et à a fermeture du livre on est forcément un peu jaloux de ce qu’il a réussi à faire. Le dessin est vraiment très bon, j’ai aimé le trait et sa façon de représenter les arbres et plantes. Les insectes en gros plans sont quant à eux totalement magnifiques. Le choix de couleurs douces et vives à la fois marche très bien, l’impression de nature est très bien rendue sans pour autant se transformer en une explosion de couleurs. Je ne saurais que conseiller la lecture de cette bd qui fait du bien, et redonne le sourire.
Alim le tanneur
De tous les univers de bande dessinée au sein desquels j'ai eu l'occasion de me plonger, je pense que Alim le tanneur est un de ceux (sinon celui) que je préfère. Non que la saga soit irréprochable, mais je trouve que le monde inventé par Lupano pour l'occasion est absolument prodigieux, et bien supérieur à un grand nombre d'autres univers de fantasy vus en bande dessinée. Je vois trois raisons à cela : - Déjà, la magnificence du dessin de Virginie Augustin, qui donne corps à ce monde de la plus belle des manières. Son trait est absolument somptueux, chaque image est bourrée d'idées sans être dans quelque chose de surchargé. Il y a une pureté graphique qui n'exclut pas une très grande richesse et une grande densité visuelle, c'est très fort. Jamais ce monde n'a l'air trop étroit, ou trop statique. On y respire, on s'y sent bousculé, on s'y émerveille... Vraiment, le dessin est une des plus grandes réussites de cette saga, même si je trouve que dans le dernier tome, on perd un petit quelque chose que je ne saurai trop décrire. - Ensuite, la complexité des intrigues géopolitiques. Clairement, Wilfrid Lupano n'y va pas de main-morte ! Sans jamais perdre son lecteur, il crée des personnages d'une densité humaine étonnante, chacun ayant des motivations qu'on comprend très bien, qu'ils soient bons ou méchants. Alors que le discours manque un peu de nuance à mes yeux, les personnages sont en revanche parfaitement écrits. Aucun manichéisme dans tout cela : évidemment, il y a des personnages meilleurs que d'autres, et il y a des méchants, mais sans basculer dans le pathos, même les pires antagonistes ont droit à leur moment d'empathie. On ressent quelque chose de positif pour chaque personnage à un moment où à un autre. Je trouve ça exceptionnel, la manière avec laquelle Lupano fait parfois surgir de la noblesse ou de la douleur chez un personnage qu'on détestait jusque-là. Evidemment, ça ne rend pas forcément le personnage meilleur (Khélob, typiquement), mais ça peut expliquer comment il en est arrivé là et ainsi, nous permettre de comprendre sa trajectoire depuis le début du récit. En outre, les rapports de force entre les personnages (ou les groupes) sont extrêmement bien détaillés sans l'être trop. Cela permet d'ajouter en crédibilité à l'intrigue, allant jusqu'à évoquer dans les meilleurs moments de la saga, des univers tels que Game of Thrones ou Dune, et pourtant, sans jamais sacrifier l'action (sauf un peu dans le tome 3). En seulement 4 tomes de BD, chapeau ! - Enfin, les inspirations de Lupano. Une autre chose très réussie, c'est la manière qu'a Lupano de créer de l'imaginaire à partir du réel. Aucun peuple, aucune région présentée n'est sortie de nulle part. On est capable de lier chacune d'entre elles à une région existante (Asie, Afrique, Moyen-Orien, Amérique du Sud, Océanie). De même, dans les différents systèmes sociaux, politiques et religieux représentés, on peut retrouver des éléments empruntés aux catholicisme, à l'islam, à l'hindouisme, au bouddhisme, etc... C'est très fort car ainsi, on n'a pas l'impression que l'auteur s'acharne sur tel ou tel groupe de personnes, il brouille tous les repères afin de rendre son propos plus universel, et c'est très intelligent sur le plan narratif. Et d'ailleurs, même si, dans toutes les civilisations représentées, il y en a qu'on préfère à d'autres, on se rend vite compte que chacune a ses gros défauts et qu'aucune n'est parfaite. Maintenant, je trouve tout de même que tout ça dégage une vision assez nihiliste de l'Homme et de la civilisation en général, et comme j'ai toujours été un éternel optimiste, je ne peux plus suivre Lupano sur ce terrain-là. Il est vrai qu'on est tenté, lorsqu'on regarde en arrière, de ne voir tous les systèmes politiques, religieux, sociaux, mis en place dans le passé, que comme vecteurs d'une violence apparemment incompréhensible, et j'ai eu l'impression que c'est ce que faisait Lupano dans Alim. Or, quand bien même ces systèmes ont pu être imparfaits et inégalitaires (pas toujours plus que le nôtre, mais rarement moins), ils nous ont toutefois laissé chacun des traces absolument exceptionnelles, en termes de patrimoine, d'art, de technique, de médecine, de valeurs, etc... C'est là que je suis content de la conclusion du dernier tome qui rappelle que, même si elle s'appuie sur une potentielle supercherie religieuse (potentielle car, finalement, rien ne nous dit que l'histoire de Jésameth est fausse, il est simplement permis d'en douter) et sur un très clair abus de pouvoir, une civilisation peut produire de beaux fruits, quand bien même ces fruits sont issus d'arbres aux racines engluées de sang. On peut trouver ça bien sombre et désespérant, mais on peut trouver ça aussi très encourageant, très beau sur la capacité de l'Homme à dépasser, notamment par la civilisation (ou en tous cas, la vie en communauté), ses pulsions violentes. J'ai eu la sensation que Lupano, lui, malgré ces deux très belles pages, ne voulait voir dans le processus civilisateur de l'Homme que sa part obscure. Pour ma part, je veux y trouver une raison d'espérer et de croire que, malgré toutes les horreurs dont l'Homme est capable, jamais il n'arrivera à éteindre la flamme qui meut les cœurs les plus purs. Mais, j'en conviens, il y a encore du boulot.
Batman - White Knight
Le Joker, un gentil ? Complètement rocambolesque ! Et pourtant, c'est le point de départ de cette série imaginée par Sean Murphy, et qui fera date dans l'histoire de Batman. C'est monumental, et à tel point que je ne comprends même pas qu'on ne nous ait pas déjà annoncé une adaptation au cinéma... On présente trop facilement ce comics comme un renversement des rôles entre Batman et le Joker, mais c'est faux. Batman ne devient pas le bad guy de l'histoire, et le Joker n'en devient pas le grand gentil, c'est beaucoup plus subtil que ça. Non, le personnage que l'on découvre réellement et sur qui toute l'histoire est centrée n'est pas le Joker, mais bien Jack Napier, c'est-à-dire sa version humaine, tout autant qu'on découvre une nouvelle facette de Harleen Quinzel, que Murphy propulse au rang des personnages les mieux écrits et les plus attachants de tout l'univers DC. De fait, ce qui frappe instantanément, c'est le soin extrême apporté à l'écriture des personnages. Je n'avais plus ressenti une telle intelligence d'écriture depuis la claque Watchmen (même si on est un petit cran en-dessous d'Alan Moore) ! Ici, les dialogues, que je craignais un peu trop démonstratifs au début, se révèlent d'une intelligence prodigieuse, introduisant des dilemmes insoupçonnés chez chacun des personnages, et étoffant leur relation avec une subtilité étonnante. La dualité schizophrénique entre Jack Napier et le Joker est bien sûr au centre de l'intrigue. Traitée de manière certes classique, l'éclairage nouveau qu'elle apporte sur la personnalité de Napier n'en est pas moins profondément original, et permet finalement d'aborder le personnage de manière totalement inattendue. La fascination qu'il exerce soudain sur Nightwing, Jim Gordon, Duke Thomas et à leur suite le lecteur, est merveilleusement retranscrite. Contrairement à ce qu'on aurait pu craindre, le revirement de Napier, passant du statut d'ennemi public n°1 à celui de sauveur de Gotham City n'a rien d'artificiel. Sean Murphy développe à partir de ce point de départ une réflexion extrêmement bien menée sur le repentir dont une personne est capable, le pardon que la société et les institutions sont capables de lui accorder ou non, la complexité de l'âme humaine et de la justice, etc... On retrouve toute l'intelligence dont Christopher Nolan a imprégné durablement l'univers Batman dans ses célèbres adaptations. Véritable plongée au fond de la psyché humaine, Batman - White Knight nous propose ainsi, au-delà du seul Napier qui accapare certes une bonne partie de notre attention, toute une galerie de personnages torturés, nous exposant merveilleusement les doutes et les interrogations de chacun. Le parcours de Bruce Wayne est évidemment particulièrement soigné lui aussi, et ses hésitations nous agitent les méninges plus qu'on ne voudrait l'avouer, que ce soit lorsqu'il se demande si on doit imposer des limites à Batman ou non, ou lorsqu'il découvre que le passé de sa famille est peut-être moins glorieux qu'il ne le croyait. Enfin, Harleen Quinzel connaît la même évolution que le Joker, et le fait d'avoir scindé en deux personnes distinctes le personnage de Harley Quinn est une vraie réussite, tant Quinzel gagne ainsi une humanité incroyable. Comme dans toute bonne histoire de super-héros, ce qui est particulièrement bien pensé, dans ce Batman - White Knight, c'est la manière de montrer des personnages qui ont brouillé les limites entre le Bien et le Mal, si tant est que ces notions existent en-dehors de nous. Sean Murphy déploie ainsi toute l'étendue de ses capacités réflexives dans des scènes toutes plus cultes les unes que les autres, multipliant les dialogues d'une ambiguïté profondément marquante. Rares sont les comics qui réussissent à ce point à maîtriser les arcs narratifs d'un tel nombre de personnages ! Sean Murphy s'en tire haut la main et même si la plupart des méchants ne se verront pas très développés, l'auteur sait valoriser chacun des personnages essentiels à l'intrigue, tout en multipliant les clins d'oeils et les emprunts à l'univers DC. Narrativement, donc, Batman - White Knight est tout autant une merveille que sur le plan philosophique. On se prend rapidement à la narration, parfaitement dosée, et l'on suit avec le même intérêt les échanges verbaux parfois denses et musclés et les séquences d'action, dantesques à souhait. Le trait de Sean Murphy n'a rien à envier aux plus grands noms du comics, des grands noms aux côtés desquels Murphy semble tout prêt à ajouter le sien. Graphiquement, Batman - White Knight est à la hauteur de l'événement qu'il entend créer dans l'univers DC. Son dessin est sombre et glauque à souhait, comme on s'y attend lorsqu'on plonge dans le Gotham réaliste aux antipodes des films de Burton. Les traits des personnages sont excellents et correspondent parfaitement aux différents caractères, revêtant une personnalité forte, de la brutalité rentrée d'un Batman à la délicatesse infinie d'une Harleen Quinzel en passant par cette noblesse machiavélique qui caractérise tant Jack Napier/le Joker. Développant un univers sombre et fascinant à souhait, Batman - White Knight est donc une véritable perle graphique. Ainsi, le comics de Sean Murphy fera date dans tout l'univers DC de par la puissance de ses choix narratifs et scénaristiques radicaux, ne ménageant pas des personnages qu'on apprécie et qu'on connaît, tout en les redécouvrant pourtant sous un jour tout-à-fait nouveau ici. Réussir à apporter une bonne dose de nouveauté sans jamais trahir le classicisme d'un des univers de bande dessinée les plus connus, tel était le défi de Sean Murphy en s'attaquant à un tel monument. Telle est la réussite magistrale de son oeuvre.