Voilà un album jeunesse qui aura su me conquérir et se révéler d'une grande justesse en abordant un sujet difficile.
Yeowoo est une jeune renarde de 5 ans quand ses parents décident de divorcer. Son père l’emmène s'installer temporairement chez son grand-père et sa tante qui habitent ensemble. Mais le "temporaire" va s'éterniser et c'est finalement jusqu'à ses 16 ans que Yeowoo va devoir vivre là-bas. Sa mère ne donnera pas signe de vie et son père lui promet entre chaque visite toujours plus espacée de la ramener "bientôt"... Yeowoo fait chèrement payer à son entourage ces sentiments d'abandon et d'injustice et c'est grâce à Paulette, (une poule rejetée par les siennes par ce qu'elle ne pondait pas) venue s'installer à côté du grand-père de Yeowoo que cette dernière va petit à petit apprendre à vivre et grandir malgré tout.
Si le dessin de l'autrice Yunbo qui fait très "album jeunesse" ne m'inspirait pas de prime abord, c'est grâce à son récit très bien construit que je suis rentré petit à petit dans un album qui se révèle au final très complet et subtil. Les sujets abordés, qu'il s'agisse du rejet, de l'abandon, de la différence, le sont de manière intelligente, sans être pédant ou didactique. Les personnages sont d'une rare justesse et on finit par se laisser porter par ce récit et cette relation singulière qui va se tisser entre Paulette et Yeowoo. Le contraste entre cette colère sourde de Yeowoo qui ne demande qu'à exploser et ce graphisme animalier "enfantin" très poétique est surprenant, mais l'équilibre trouvé par l'autrice est redoutable et force l'admiration : parti dans cette lecture plus par curiosité que par conviction j'en suis sorti conquis.
Un album à découvrir et une autrice à suivre !
Quelle fraicheur !
C'est pas prétentieux et diablement inventif !
Voilà un petit univers où l'on se sent bien. La créativité constamment renouvelée en fait un peu un Julius Corentin Acquefacques mais abordable par tout le monde, avec un petit côté peps coloré en plus !
C'est imbattable !
Wow
wow
wow
Alors ça, je m'y attendais pas.
Il est rare que le scénario soit au dessus du dessin (qui est très bon). Cette bd c'est un thriller ! Un roman, graphique, thriller, dystopique (les dystopies sont souvent négatives...)
C'est vraiment très bien écrit, il y a un rythme, une narration, du chien !
Et surtout, c'est très original. Les personnages dans leur ensemble, sont crédibles, divers, bien campés, originaux, cohérents. Leurs chemins se recoupent par fils scénaristiques habiles.
Il y a une relecture de la société, actuelle, en devenir, en dystopie qui fait un peu flipper tout le monde. Ce qui pourrait être mon seul mini bémol : je suis une petite flippette et cette bd m'a légèrement angoissée à la lecture (en même temps c'est un "thrilleur dystopique") et quelques scènes gores pour moi.
La partie "science fiction" est très bien gérée, ce qu'il faut, intriguante. L'idée des robots atlas est géniale. La dystopie avec l'histoire française et algérienne est je trouve assez fine, et constitue une trame de fond bien dosée, qui rajoute du corps à l'ensemble.
Bref ça fonctionne à merveille. C'est intelligent, dense, rythmé.
Une bd assez rare, j'ai hésité avec les 5 étoiles.
Vivement recommandée.
Ce "Raptor" est envoûtant, mystique et poétique.
Le Pays de Galles au XIX° siècle, l'histoire de deux hommes, l'un, Arthur, a perdu sa femme, l'autre, Sókol (faucon en slave) erre dans un monde fantastique chassant les monstres.
Mon troisième McKean et ils ont tous un point commun, celui d'avoir comme fil conducteur un animal. Le chat pour Cages, le chien pour Black Dog - Les Rêves de Paul Nash et ici un rapace et plus particulièrement un faucon. Dans la mythologie celtes, le faucon est la mémoire du monde, un symbole ascensionnel, il annonce aussi la victoire de la lumière sur les ténèbres. Il aura toute sa place dans ce récit.
Une narration a deux niveaux, l'un ancré dans le réel et l'autre dans l'imaginaire.
Je me suis laissé aller au gré des ressacs, les ressacs de l'art, la nature, la vie et la mort. Des thèmes exploités de façon lyrique. Quelle maestria !
Visuellement c'est toujours aussi beau et les couleurs sont superbes. Du travail d'orfèvre.
Une lecture immersive.
Un diamant ciselé.
Note réelle : 4,5.
Cet avis est pour réfuter les arguments des personnes mettant une note inférieure à 3 pour ce travail de très haute volée.
Le moine fou est un roman graphique. Ce n'est pas du dessin, mais plutôt de la peinture (genre aquarelle, ce qui explique les couleurs diluées). On peut mesurer le travail effectué !
Pour les personnes nées après les années 80, juger Le moine fou vieillot, c'est comme le comparer à un manga (par exemple, Nori Taka le roi de la baston), c'est comme regarder un film d'Indiana Jones, sans aucun trucage numérique et le comparer avec...Uncharted, qui a des effets spectaculaires, mais une histoire ultra prévisible et des personnages creux (sans parler des films à milliards de Marvel, ou seuls les effets comptent, c'est à pleurer).
Essayons d'élever le débat. Je trouve que c'est une oeuvre difficile, parce qu'elle fourmille de détails qui parlent à ceux qui connaissent un peu la culture chinoise (pour ceux que ça intéresse, lisez les romans du Juge Ti, qui sont une manière accessible, intrigante et rapide d'apprendre quelques détails sur la vie médiévale en Chine).
Ici, le rendu de l'ambiance médiévale chinoise est excellent, les paysages magnifiques, surtout quand on a eu la chance de visiter la Chine.
Les coutumes et détails sont très bien rendus. Les arts martiaux aussi, même si ON N'EST PAS DANS UN MANGA des années 2010-2020, avec des effets de mouvement qui illustrent la force ou la violence des coups. Les poses paraissent figées, mais quand on connait les arts martiaux, on sait ce qu'elles signifient et quels sont leurs effets !
Certains ne s'identifient pas à une fille, fusse-t-telle garçon manqué ? Et bien justement, c'est un ouvrage féministe bien avant l'heure et cela me convient très bien. Les femmes y sont victimes ou conquérantes, les hommes souvent laids ou quelconques, sauf ceux dont la personnalité sort de l'ordinaire.
Je comprends qu'une certaine confusion soit perçue, car j'ai parfois l'impression d'avoir raté une case. Mais cela laisse plus de place à la réflexion et l'imagination.
Cette oeuvre fait partie de mes préférées et m'y plonger est vraiment dépaysant pour moi. Un voyage dans le temps, l'espace, et la culture d'une autre civilisation. Ah oui, car la spiritualité est très bien évoquée, ici. Je vous l'ai dit, c'est exigeant.
Notez que j'ai des goûts très éclectiques en matière d'art, pas seulement de BD. A ceux qui mettent moins de 3, j'aimerais bien savoir ce qui mérite vos 4 ou 5 étoiles ! Bien sûr, la note est subjective, mais moins de 3, c'est insultant !
Yes Yes Yes !!!
Je suis à genoux devant l'œuvre monumentale de Jarry, ce gars doit avoir une porte spatio-temporelle dans sa chambre pour retranscrire ce qui se passe dans le vrai monde de la fantasy.
Les nains, ces cognards dont on se fout du gueuloir dans les livres de trousse-pets, s'exposent ici pleinement comme ce qu'ils ont été, sont et seront toujours: des durs, des cupides, des passionnés, des bourrus...
L'idée géniale est de présenter tout leur panel au travers des 5 ordres qui fondent leur peuple, à la fois soudé et furieusement axé sur le "chacun pour sa gueule". Et comment chacun de ces ordres a ses propres coutumes, héros et modes de fonctionnement, chaque lecteur y trouvera des affinités ou réticences. Approchez approchez, mesdames et messieurs, on a de tout:
- la forge et ses légendes (le cycle culte de Redwin est devenu pour moi une référence, achat de la trilogie obligatoire!)
- le talion et ses marionnettistes contrôlant le pouvoir (le moins emballant pour moi mais qui expliquent bien des choses sur le monde dans sa globalité)
- le temple et ses apports mystiques (quelle galerie, on ne s'attend pas à autant de diversité)
- les errants et ses servitudes (mais aussi ses libertés de choix même s'ils auront toujours un coût monstrueux)
- le bouclier et ses batailles incessantes (se faire botter le cul durant tant d'années pour casser des peaux vertes durant des siècles, ça impose le respect)
On s'attache aux personnes, les quitte à regret puis les retrouve avec plaisir lors d'un tome suivant, merveilleuses croisées de destins.
Beaucoup d'histoires font du fan service pour d'autres types de lecteurs qui auront une bonne raison pour se lancer dans cette série (on y revit des scènes du film 300 ou Braveheart, de la série Game of Thrones, de livres fantastiques divers et variés.
Seul reproche, les histoires devant se terminer en 1 tome, il y a parfois de grosses ellipses et la fin un peu vite expédiée. Mais ce n'est que pour mieux se réjouir de découvrir d'autres personnages le tomes suivants. Ah et autre chose, faut un peu vous calmer avec ces effets de colorisation numérique, on n'est pas aux States les gars.
Reste maintenant à découvrir les autres séries de cet univers : Elfes, Orcs et gobelins, Mages... que de belles choses à découvrir, merci à vous !
J’avais quelques réticences à m’engager dans cette lecture, la couverture ne fait pas spécialement envie et je craignais de tomber sur une œuvre trop technique, trop engagée, trop sentencieuse ou que sais-je. Mais dès la lecture entamée, je n’ai plus su l’abandonner !
Deux mains dans la terre dresse un tableau à la fois alarmant et enthousiasmant de l’agriculture et de l’élevage du XXIème siècle en Europe (et plus précisément en France dans le cas présent). Alarmant car il met en lumière toutes les limites de l’agriculture ‘moderne’ née après la deuxième guerre mondiale, poussée par une nécessité de productivité à l’époque mais coupable d’épuisement des sols, d’érosion, de réchauffement climatique, de surendettement chez les producteurs, de disparition de la biodiversité, de spéculation financière et d’autres joyeusetés. Enthousiasmant car il présente une alternative cohérente, basée sur des savoirs ancestraux, des études récentes, des expériences actuelles. Rien de farfelu, rien d’utopique mais un futur possible, plus respectueux des hommes et de la nature, qui est une réalité dans bien des parties du monde et qui nous poussera à repenser notre mode de production et de consommation, qui poussera les politiques à repenser la destination des financements publics (oui, bon, là on sait bien que ça va grincer des dents et freiner des pieds et que les lobbies vont mettre plus d’un bâton dans les roues mais si la population montre la voie, les politiques devront suivre) mais qui me convainc .
Je savais que tous ces aspects allaient être abordés, je ne m’attendais pas à ce que ce pan très instructif de cette bande dessinée soit aussi agréable à lire, fluide, léger. C’est tout simplement parfait !
L’album prend par ailleurs la forme d’une fiction en nous présentant un producteur qui commence à se poser des questions sur sa manière de produire et va progressivement se documenter, assister à des conférences, écouter les journaux parlés, aller vers d’autres producteurs utilisant d’autres techniques. Et tout ce processus d’apprentissage nous permet d’apprendre en même temps que lui.
Le dessin de Laëtita Rouxel s’efface au profit du message, mais il n’est pas désagréable pour la cause. Il ne constitue en tous les cas en aucune manière un frein à la lecture.
Le dossier en fin d’album permet de revenir sur différents points abordés dans celui-ci pour les repréciser.
Par-dessus tout, j’ai apprécié le positivisme qui se dégage de ce récit. J’ai également beaucoup aimé le volet consacré à l’élevage dans le dossier de fin d’album. Une vision plus nuancée et plus proche de mes propres convictions que celle que l’on peut encore trop souvent lire par ailleurs. Mais je pourrais encore parler de plusieurs volets qui m’ont énormément plu car… tout m’a plu.
Si le sujet vous intéresse, c’est vraiment un très bon exercice de vulgarisation, didactique et très complet (et enthousiasmant).
J'avais lu, l’Été dernier la version originale chez Dark Horse, mais je m'étais tout de même rendu compte de la complexité de la langue McKeanienne, très littéraire, avec un vocabulaire recherché et précis. Du coup, en voyant la version française chez Futuropolis, je dois bien avouer que j'étais content. Et j'ai donc redécouvert ce très bel album, profond, pas toujours très facile à aborder, mais qui mérite d'une part qu'on aille jusqu'au bout, et d'autre part qui sait se dévoiler progressivement, tout en gardant ses petits secrets !
Une nouvelle fois McKean montre qu'il reste un artiste exceptionnel (j'adore les séquences déclinées avec le faucon et sa proie, que c'est beau !), mais qu'en plus il sait aussi écrire avec une vraie sensibilité des récits qui nous interrogent, nous surprennent et nous émeuvent !
Un voyage qui ne laisse pas indifférent, à lire et à relire !
Très conseillé !
J’ai beaucoup d’affection pour le travail de Dave Mckean… ses albums complets, ceux qu’il scénarise. Je me sens cependant bien seul en ces lieux. Mon avis reste souvent le seul, à part peut-être Cages qui avait attiré plus d’attention, mais pas toujours positive (pas récemment en tout cas – le dernier avis très positif datant de 2006).
Je me suis jeté sur son nouvel album avec trépidation, et je l’ai lu deux fois d’affilée… pour en comprendre les méandres, mais aussi pour en apprécier la richesse. On retrouve le même genre de narration à deux niveaux : une histoire au premier degré, qui nous montre deux personnages tentant de communiquer entre deux mondes, par les écrits. Mais l’auteur l’enrichit (ou l’alourdit, selon le point de vue) de réflexions sur l’art, la vie, la nature… les textes sont poétiques voire abscons, et je suis toujours resté à la limite de la compréhension, persuadé de savoir où l’auteur voulait en venir, mais avec une impression que certains éléments m’échappaient… en tout cas ma lecture fut stimulante et agréable, pas de doute.
Et j’aime toujours son travail graphique, ce mélange de plusieurs techniques, cette poésie ambiante.
Un excellent album pour les fans de l’auteur… mais où sont-ils, exactement ?
J'ai dévoré les deux livres de nicolas Wild. Quelques mois après la chute de Kaboul, une sorte de Saïgon 2, Kaboul Disco 1&2 se lisent avec un autre oeil.
Beaucoup des événements dramatiques , d'un point de vue ONUsien, étaient annoncés dans l'ouvrage de Wild!!
Quel échec malgré les milliards de dollars déversés en un temps record sur Kaboul.
J'ai beaucoup aimé cet ouvrage parce qu'il est un témoignage vécu de premier ordre.
Même reclus dans un quartier d'ONG occidentales, c'est beaucoup de courage que de rester à la merci d'un fanatique à la colère exacerbée par des évènements qui ont eu lieu de l'autre côté du monde ( Guantanamo , Copenhague).
Nicolas Wild décrit avec beaucoup d'humour sa vie quotidienne à la fois dans son travail et dans ses rapports sociaux. Il ne tient pas toujours le beau rôle.
Cette autodérision ajoute à l'humour et à l'autenticité du récit. Cet humour est la grande force de l'histoire mais quelque fois une faiblesse car comment rendre avec humour les massacres des années communistes ou le différentiel de niveau de vie entre les expat ,même associatifs, bourrés de dollars en comparaison des familles afghanes devant élever leurs enfants handicapés avec quelques afghanis qui n'arrivent pas.
Le second livre qui nous montre la lutte contre l'opuim le décrit de façon très explicite. Vouloir imposer une morale, même légitime par la force, a toujours conduit à des catastrophes.
Le 15 août 2021 nicolas Wild devait penser au très beau et prémonitoire passage de son tome 1 écrit en 2007 quand le poète récitait
" Dormez mes enfants car bientôt un roi défunt/ Transplantera, pour accomplir son noir dessin/ La belle rose de l'Afghanistan dans son jardin."
Beaucoup de décideurs auraient du lire les livres de monsieur Wild car il expliquait très simplement ,comme il l'avait fait avec la constitution afghane pour des illétrés, à travers des personnages de BD amusants, les germes de la plus grande humiliation de la "Communauté Internationnale" en ce début de siècle.
Fallait il que cela passe les portes blindées de quelques tours d'ivoire.
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Seizième printemps
Voilà un album jeunesse qui aura su me conquérir et se révéler d'une grande justesse en abordant un sujet difficile. Yeowoo est une jeune renarde de 5 ans quand ses parents décident de divorcer. Son père l’emmène s'installer temporairement chez son grand-père et sa tante qui habitent ensemble. Mais le "temporaire" va s'éterniser et c'est finalement jusqu'à ses 16 ans que Yeowoo va devoir vivre là-bas. Sa mère ne donnera pas signe de vie et son père lui promet entre chaque visite toujours plus espacée de la ramener "bientôt"... Yeowoo fait chèrement payer à son entourage ces sentiments d'abandon et d'injustice et c'est grâce à Paulette, (une poule rejetée par les siennes par ce qu'elle ne pondait pas) venue s'installer à côté du grand-père de Yeowoo que cette dernière va petit à petit apprendre à vivre et grandir malgré tout. Si le dessin de l'autrice Yunbo qui fait très "album jeunesse" ne m'inspirait pas de prime abord, c'est grâce à son récit très bien construit que je suis rentré petit à petit dans un album qui se révèle au final très complet et subtil. Les sujets abordés, qu'il s'agisse du rejet, de l'abandon, de la différence, le sont de manière intelligente, sans être pédant ou didactique. Les personnages sont d'une rare justesse et on finit par se laisser porter par ce récit et cette relation singulière qui va se tisser entre Paulette et Yeowoo. Le contraste entre cette colère sourde de Yeowoo qui ne demande qu'à exploser et ce graphisme animalier "enfantin" très poétique est surprenant, mais l'équilibre trouvé par l'autrice est redoutable et force l'admiration : parti dans cette lecture plus par curiosité que par conviction j'en suis sorti conquis. Un album à découvrir et une autrice à suivre !
Imbattable
Quelle fraicheur ! C'est pas prétentieux et diablement inventif ! Voilà un petit univers où l'on se sent bien. La créativité constamment renouvelée en fait un peu un Julius Corentin Acquefacques mais abordable par tout le monde, avec un petit côté peps coloré en plus ! C'est imbattable !
Le Dernier Atlas
Wow wow wow Alors ça, je m'y attendais pas. Il est rare que le scénario soit au dessus du dessin (qui est très bon). Cette bd c'est un thriller ! Un roman, graphique, thriller, dystopique (les dystopies sont souvent négatives...) C'est vraiment très bien écrit, il y a un rythme, une narration, du chien ! Et surtout, c'est très original. Les personnages dans leur ensemble, sont crédibles, divers, bien campés, originaux, cohérents. Leurs chemins se recoupent par fils scénaristiques habiles. Il y a une relecture de la société, actuelle, en devenir, en dystopie qui fait un peu flipper tout le monde. Ce qui pourrait être mon seul mini bémol : je suis une petite flippette et cette bd m'a légèrement angoissée à la lecture (en même temps c'est un "thrilleur dystopique") et quelques scènes gores pour moi. La partie "science fiction" est très bien gérée, ce qu'il faut, intriguante. L'idée des robots atlas est géniale. La dystopie avec l'histoire française et algérienne est je trouve assez fine, et constitue une trame de fond bien dosée, qui rajoute du corps à l'ensemble. Bref ça fonctionne à merveille. C'est intelligent, dense, rythmé. Une bd assez rare, j'ai hésité avec les 5 étoiles. Vivement recommandée.
Raptor
Ce "Raptor" est envoûtant, mystique et poétique. Le Pays de Galles au XIX° siècle, l'histoire de deux hommes, l'un, Arthur, a perdu sa femme, l'autre, Sókol (faucon en slave) erre dans un monde fantastique chassant les monstres. Mon troisième McKean et ils ont tous un point commun, celui d'avoir comme fil conducteur un animal. Le chat pour Cages, le chien pour Black Dog - Les Rêves de Paul Nash et ici un rapace et plus particulièrement un faucon. Dans la mythologie celtes, le faucon est la mémoire du monde, un symbole ascensionnel, il annonce aussi la victoire de la lumière sur les ténèbres. Il aura toute sa place dans ce récit. Une narration a deux niveaux, l'un ancré dans le réel et l'autre dans l'imaginaire. Je me suis laissé aller au gré des ressacs, les ressacs de l'art, la nature, la vie et la mort. Des thèmes exploités de façon lyrique. Quelle maestria ! Visuellement c'est toujours aussi beau et les couleurs sont superbes. Du travail d'orfèvre. Une lecture immersive. Un diamant ciselé. Note réelle : 4,5.
Le Moine fou
Cet avis est pour réfuter les arguments des personnes mettant une note inférieure à 3 pour ce travail de très haute volée. Le moine fou est un roman graphique. Ce n'est pas du dessin, mais plutôt de la peinture (genre aquarelle, ce qui explique les couleurs diluées). On peut mesurer le travail effectué ! Pour les personnes nées après les années 80, juger Le moine fou vieillot, c'est comme le comparer à un manga (par exemple, Nori Taka le roi de la baston), c'est comme regarder un film d'Indiana Jones, sans aucun trucage numérique et le comparer avec...Uncharted, qui a des effets spectaculaires, mais une histoire ultra prévisible et des personnages creux (sans parler des films à milliards de Marvel, ou seuls les effets comptent, c'est à pleurer). Essayons d'élever le débat. Je trouve que c'est une oeuvre difficile, parce qu'elle fourmille de détails qui parlent à ceux qui connaissent un peu la culture chinoise (pour ceux que ça intéresse, lisez les romans du Juge Ti, qui sont une manière accessible, intrigante et rapide d'apprendre quelques détails sur la vie médiévale en Chine). Ici, le rendu de l'ambiance médiévale chinoise est excellent, les paysages magnifiques, surtout quand on a eu la chance de visiter la Chine. Les coutumes et détails sont très bien rendus. Les arts martiaux aussi, même si ON N'EST PAS DANS UN MANGA des années 2010-2020, avec des effets de mouvement qui illustrent la force ou la violence des coups. Les poses paraissent figées, mais quand on connait les arts martiaux, on sait ce qu'elles signifient et quels sont leurs effets ! Certains ne s'identifient pas à une fille, fusse-t-telle garçon manqué ? Et bien justement, c'est un ouvrage féministe bien avant l'heure et cela me convient très bien. Les femmes y sont victimes ou conquérantes, les hommes souvent laids ou quelconques, sauf ceux dont la personnalité sort de l'ordinaire. Je comprends qu'une certaine confusion soit perçue, car j'ai parfois l'impression d'avoir raté une case. Mais cela laisse plus de place à la réflexion et l'imagination. Cette oeuvre fait partie de mes préférées et m'y plonger est vraiment dépaysant pour moi. Un voyage dans le temps, l'espace, et la culture d'une autre civilisation. Ah oui, car la spiritualité est très bien évoquée, ici. Je vous l'ai dit, c'est exigeant. Notez que j'ai des goûts très éclectiques en matière d'art, pas seulement de BD. A ceux qui mettent moins de 3, j'aimerais bien savoir ce qui mérite vos 4 ou 5 étoiles ! Bien sûr, la note est subjective, mais moins de 3, c'est insultant !
Nains
Yes Yes Yes !!! Je suis à genoux devant l'œuvre monumentale de Jarry, ce gars doit avoir une porte spatio-temporelle dans sa chambre pour retranscrire ce qui se passe dans le vrai monde de la fantasy. Les nains, ces cognards dont on se fout du gueuloir dans les livres de trousse-pets, s'exposent ici pleinement comme ce qu'ils ont été, sont et seront toujours: des durs, des cupides, des passionnés, des bourrus... L'idée géniale est de présenter tout leur panel au travers des 5 ordres qui fondent leur peuple, à la fois soudé et furieusement axé sur le "chacun pour sa gueule". Et comment chacun de ces ordres a ses propres coutumes, héros et modes de fonctionnement, chaque lecteur y trouvera des affinités ou réticences. Approchez approchez, mesdames et messieurs, on a de tout: - la forge et ses légendes (le cycle culte de Redwin est devenu pour moi une référence, achat de la trilogie obligatoire!) - le talion et ses marionnettistes contrôlant le pouvoir (le moins emballant pour moi mais qui expliquent bien des choses sur le monde dans sa globalité) - le temple et ses apports mystiques (quelle galerie, on ne s'attend pas à autant de diversité) - les errants et ses servitudes (mais aussi ses libertés de choix même s'ils auront toujours un coût monstrueux) - le bouclier et ses batailles incessantes (se faire botter le cul durant tant d'années pour casser des peaux vertes durant des siècles, ça impose le respect) On s'attache aux personnes, les quitte à regret puis les retrouve avec plaisir lors d'un tome suivant, merveilleuses croisées de destins. Beaucoup d'histoires font du fan service pour d'autres types de lecteurs qui auront une bonne raison pour se lancer dans cette série (on y revit des scènes du film 300 ou Braveheart, de la série Game of Thrones, de livres fantastiques divers et variés. Seul reproche, les histoires devant se terminer en 1 tome, il y a parfois de grosses ellipses et la fin un peu vite expédiée. Mais ce n'est que pour mieux se réjouir de découvrir d'autres personnages le tomes suivants. Ah et autre chose, faut un peu vous calmer avec ces effets de colorisation numérique, on n'est pas aux States les gars. Reste maintenant à découvrir les autres séries de cet univers : Elfes, Orcs et gobelins, Mages... que de belles choses à découvrir, merci à vous !
Deux mains dans la terre
J’avais quelques réticences à m’engager dans cette lecture, la couverture ne fait pas spécialement envie et je craignais de tomber sur une œuvre trop technique, trop engagée, trop sentencieuse ou que sais-je. Mais dès la lecture entamée, je n’ai plus su l’abandonner ! Deux mains dans la terre dresse un tableau à la fois alarmant et enthousiasmant de l’agriculture et de l’élevage du XXIème siècle en Europe (et plus précisément en France dans le cas présent). Alarmant car il met en lumière toutes les limites de l’agriculture ‘moderne’ née après la deuxième guerre mondiale, poussée par une nécessité de productivité à l’époque mais coupable d’épuisement des sols, d’érosion, de réchauffement climatique, de surendettement chez les producteurs, de disparition de la biodiversité, de spéculation financière et d’autres joyeusetés. Enthousiasmant car il présente une alternative cohérente, basée sur des savoirs ancestraux, des études récentes, des expériences actuelles. Rien de farfelu, rien d’utopique mais un futur possible, plus respectueux des hommes et de la nature, qui est une réalité dans bien des parties du monde et qui nous poussera à repenser notre mode de production et de consommation, qui poussera les politiques à repenser la destination des financements publics (oui, bon, là on sait bien que ça va grincer des dents et freiner des pieds et que les lobbies vont mettre plus d’un bâton dans les roues mais si la population montre la voie, les politiques devront suivre) mais qui me convainc . Je savais que tous ces aspects allaient être abordés, je ne m’attendais pas à ce que ce pan très instructif de cette bande dessinée soit aussi agréable à lire, fluide, léger. C’est tout simplement parfait ! L’album prend par ailleurs la forme d’une fiction en nous présentant un producteur qui commence à se poser des questions sur sa manière de produire et va progressivement se documenter, assister à des conférences, écouter les journaux parlés, aller vers d’autres producteurs utilisant d’autres techniques. Et tout ce processus d’apprentissage nous permet d’apprendre en même temps que lui. Le dessin de Laëtita Rouxel s’efface au profit du message, mais il n’est pas désagréable pour la cause. Il ne constitue en tous les cas en aucune manière un frein à la lecture. Le dossier en fin d’album permet de revenir sur différents points abordés dans celui-ci pour les repréciser. Par-dessus tout, j’ai apprécié le positivisme qui se dégage de ce récit. J’ai également beaucoup aimé le volet consacré à l’élevage dans le dossier de fin d’album. Une vision plus nuancée et plus proche de mes propres convictions que celle que l’on peut encore trop souvent lire par ailleurs. Mais je pourrais encore parler de plusieurs volets qui m’ont énormément plu car… tout m’a plu. Si le sujet vous intéresse, c’est vraiment un très bon exercice de vulgarisation, didactique et très complet (et enthousiasmant).
Raptor
J'avais lu, l’Été dernier la version originale chez Dark Horse, mais je m'étais tout de même rendu compte de la complexité de la langue McKeanienne, très littéraire, avec un vocabulaire recherché et précis. Du coup, en voyant la version française chez Futuropolis, je dois bien avouer que j'étais content. Et j'ai donc redécouvert ce très bel album, profond, pas toujours très facile à aborder, mais qui mérite d'une part qu'on aille jusqu'au bout, et d'autre part qui sait se dévoiler progressivement, tout en gardant ses petits secrets ! Une nouvelle fois McKean montre qu'il reste un artiste exceptionnel (j'adore les séquences déclinées avec le faucon et sa proie, que c'est beau !), mais qu'en plus il sait aussi écrire avec une vraie sensibilité des récits qui nous interrogent, nous surprennent et nous émeuvent ! Un voyage qui ne laisse pas indifférent, à lire et à relire ! Très conseillé !
Raptor
J’ai beaucoup d’affection pour le travail de Dave Mckean… ses albums complets, ceux qu’il scénarise. Je me sens cependant bien seul en ces lieux. Mon avis reste souvent le seul, à part peut-être Cages qui avait attiré plus d’attention, mais pas toujours positive (pas récemment en tout cas – le dernier avis très positif datant de 2006). Je me suis jeté sur son nouvel album avec trépidation, et je l’ai lu deux fois d’affilée… pour en comprendre les méandres, mais aussi pour en apprécier la richesse. On retrouve le même genre de narration à deux niveaux : une histoire au premier degré, qui nous montre deux personnages tentant de communiquer entre deux mondes, par les écrits. Mais l’auteur l’enrichit (ou l’alourdit, selon le point de vue) de réflexions sur l’art, la vie, la nature… les textes sont poétiques voire abscons, et je suis toujours resté à la limite de la compréhension, persuadé de savoir où l’auteur voulait en venir, mais avec une impression que certains éléments m’échappaient… en tout cas ma lecture fut stimulante et agréable, pas de doute. Et j’aime toujours son travail graphique, ce mélange de plusieurs techniques, cette poésie ambiante. Un excellent album pour les fans de l’auteur… mais où sont-ils, exactement ?
Kaboul Disco
J'ai dévoré les deux livres de nicolas Wild. Quelques mois après la chute de Kaboul, une sorte de Saïgon 2, Kaboul Disco 1&2 se lisent avec un autre oeil. Beaucoup des événements dramatiques , d'un point de vue ONUsien, étaient annoncés dans l'ouvrage de Wild!! Quel échec malgré les milliards de dollars déversés en un temps record sur Kaboul. J'ai beaucoup aimé cet ouvrage parce qu'il est un témoignage vécu de premier ordre. Même reclus dans un quartier d'ONG occidentales, c'est beaucoup de courage que de rester à la merci d'un fanatique à la colère exacerbée par des évènements qui ont eu lieu de l'autre côté du monde ( Guantanamo , Copenhague). Nicolas Wild décrit avec beaucoup d'humour sa vie quotidienne à la fois dans son travail et dans ses rapports sociaux. Il ne tient pas toujours le beau rôle. Cette autodérision ajoute à l'humour et à l'autenticité du récit. Cet humour est la grande force de l'histoire mais quelque fois une faiblesse car comment rendre avec humour les massacres des années communistes ou le différentiel de niveau de vie entre les expat ,même associatifs, bourrés de dollars en comparaison des familles afghanes devant élever leurs enfants handicapés avec quelques afghanis qui n'arrivent pas. Le second livre qui nous montre la lutte contre l'opuim le décrit de façon très explicite. Vouloir imposer une morale, même légitime par la force, a toujours conduit à des catastrophes. Le 15 août 2021 nicolas Wild devait penser au très beau et prémonitoire passage de son tome 1 écrit en 2007 quand le poète récitait " Dormez mes enfants car bientôt un roi défunt/ Transplantera, pour accomplir son noir dessin/ La belle rose de l'Afghanistan dans son jardin." Beaucoup de décideurs auraient du lire les livres de monsieur Wild car il expliquait très simplement ,comme il l'avait fait avec la constitution afghane pour des illétrés, à travers des personnages de BD amusants, les germes de la plus grande humiliation de la "Communauté Internationnale" en ce début de siècle. Fallait il que cela passe les portes blindées de quelques tours d'ivoire.