Gibrat nous propose un récit sous l'Occupation avec un angle fort original.
La guerre semble lointaine dans ce coin d'Aveyron et il faut écouter radio-Londres pour se dire que cela bouge quelque part en Europe.
Cela ressemble plus à un théâtre où chacun y joue son rôle. Serge en milicien abruti ou Paul en résistant communiste.
Mais on continue à se parler ou à jouer aux cartes ensemble puisqu'on est tous presque de la même enfance dans ce petit village. C'est l'apparition tardive des uniformes allemands qui ramènera la froide réalité dans le village.
Julien est-il un héros comme Paul ? Un lâche ? Un salaud ? Profite-t-il d'une situation qui le favorise au balcon de son théâtre où il voit sans être vu ? Il pourrait écrire son journal mais il n'est pas Anne Franck. D'ailleurs a-t-il la perception du danger étouffé par ses soucis sentimentaux ?
Cet abandon et cette contemplation ne sont pas si désagréables si ce n'est cette jalousie qui le ronge. Actif ou passif ? Peut-être a-t-il besoin de matérialiser les enjeux pour se décider ? Comme le jour où il est parti pour le STO ou quand Paul lui apporte les caisses.
C'est le génie de Gibrat qui joue avec notre empathie pour Julien au fil du récit en plus et en moins. Ne nous y trompons pas : garder des armes valait déjà une séance de torture et un peloton en bonne et due forme.
J'aime la similitude avec le Spirou d'Emile Bravo, même époque, même trains du destin, même interrogation sur quoi faire. Quand on se croit sur des rails ira-t-on jusqu'au bout ?
D'ailleurs la belle Cécile qui dévore Zola préfigure le dénouement de La Bête humaine. Tous ces destins qui se croisent !
Le dessin de l'auteur magnifie son excellent scénario. Les décors sont superbes et le village est un personnage en lui-même. Tous ces gestes du quotidien dans la cuisine, dans la chambre sont une exquise capture de moments intimes et uniques.
Cette touche de sensualité apportée par la grâce et les robes de Cécile sont un printemps perpétuel.
Un vrai régal
Je m’aperçois que je n’ai pas avisé cette bd que j’avais découverte grâce au site et lue il y a maintenant presque deux ans. J’étais persuadé de l’avoir fait, et je répare cet oubli de ce pas.
“La Fille dans l’écran” est une très belle histoire, d’amour et d’acceptation de soi et de l’autre. Nous suivons l’histoire de Coline, jeune illustratrice qui est en France et qui cherche à se faire publier ,et de Marley, qui habite au Québec avec son mec, travaille dans un café et, occasionnellement, fait de la photo, sa première passion qu’elle a fini par délaisser. Les deux voient leur chemin se croiser, et, petit à petit, vont se lier et se pousser l’une et l’autre à se surpasser et à retrouver le moral, et à vivre de ce qui leur plaît.
J’ai beaucoup aimé cette histoire pour deux raisons principales :
1° Cette histoire d’amour n’est pas niaise pour un sou, est plutôt mignonne et, surtout, n’est pas “que” une histoire d’amour. C’est aussi une ode à la confiance en soi, à l’acceptation de ses sentiments et au droit que l’on a à faire ce qui nous rend heureux. Car on se rend compte que les deux sont au final assez malheureuses dans leur vie et arrivent à s’en sortir en acceptant les conseils de l’autre. On les voit aller de mieux en mieux au fur et à mesure et ça fait vraiment plaisir. La complicité entre les deux est très bien rendue, et même les scènes de “dispute” ne m’ont parues ni gênantes ni niaises. Les sentiments des deux protagonistes sont bien exprimés, et je me suis attaché aux deux.
2° Le travail de Manon Desvaux et de Lou Lubie à quatre mains est assez bluffant. J’avais déjà lu “Magasin Général” qui était un travail à deux auteurs, où Loisel et Tripp superposaient leur trait. Ici, c’est encore différent car les deux autrices ont chacun leur personnage et leur page, et fonctionnent en alternance : une page pour Manon Desvaux et Coline, et une page pour Lou Lubie et pour Marley. Le risque aurait été d’avoir un récit haché et peu linéaire mais ce n’est pas du tout le cas. Au contraire, j’ai trouvé ma lecture très agréable. Les particularités de chacune des deux sont bien montrées, et soulignées par la colorisation (noir et blanc pour Desvaux et en couleur pour Lubie). Mais on garde une vraie cohérence et une vraie continuité dans l’histoire.
Côté style de dessin, j’ai beaucoup aimé le trait de Manon Desvaux, autrice que je découvrais à cette occasion. Je le trouve très esthétique, esthétique accentuée par le noir et blanc. J’ai un peu moins aimé le trait de Lou Lubie, alors que je l’ai apprécié dans “Goupil ou Face”. Peut-être souffre-t-il un peu, à mes yeux, de la comparaison avec celui de Manon Desvaux, pour lequel j’ai vraiment eu un coup de cœur. Mais très honnêtement, Lou Lubie maîtrise son sujet, c’est très bien réalisé et c’est plus une affaire de goût personnel de ma part. Globalement, cet ouvrage est aussi un bel objet graphique.
Un vrai coup de coeur auquel je ne m’attendais pas forcément, et que je retranscris donc sur ce site, avec du retard certes, mais mieux vaut tard que jamais.
Si vous êtes amateurs de carnets de voyage au bout du monde, cet album est fait pour vous.
D’abord parce que l’aspect documentaire est vraiment bien fichu. On en apprend sur les endroits visités (les îles australes françaises), leur faune, leur localisation, et les scientifiques qui y résident. Lepage ajoute aussi à chaque fois quelques rappels historiques assez courts, mais bien amenés, à la fois instructifs et se fondant bien dans la narration d’ensemble.
On en apprend aussi sur le fonctionnement même de ces terres australes, de leur ravitaillement, comment la France les utilise (études scientifiques, stations météo, etc.) et les protège (contrôle de la biodiversité, élimination des espèces exogènes, etc.).
Ce qui rend aussi cet album agréable à lire, c’est le côté humain distillé par Lepage. Mine de rien, plusieurs dizaines de personnes se voient « tirer le portrait », cela densifie la narration, et la rend aussi plus humaine.
Cela fait déjà beaucoup de raisons de lire cet album. Mais il y manque presque la principale, à savoir, comme toujours pour cet auteur, un dessin franchement très beau, souvent exceptionnel, qui use de différentes techniques, mais qui magnifie réellement ce qu’il nous « donne à voir ». On en prend plein les yeux. Que ce soit ce que Lepage a « croqué sur le vif » ou ce qu’il a retranscrit a posteriori, cet épais album est vraiment d’une grande tenue dans ce domaine.
Lecture hautement recommandée bien sûr.
Pour moi les 4 tomes de l'histoire sont une des meilleures histoires que j'ai lues de ma vie. Par l'histoire et les personnages et l'intrigue. Et à la fin on s'attache au personnage principal. Pour moi c'est ce que j'aime le plus dans les histoires comme ça. Du coup, je l'ai adorée, comme les dessins qui sont assez bien faits. L'histoire est drôle, poétique, triste et plein d'autres choses.
Super bd qui, au final, est plus profonde qu’elle n’y paraît. On part sur l’histoire de deux frères qui partent en voiture tous les deux de Paris à l'Italie natale. Ils ne se sont pas vus depuis des années, ils n’ont plus grand chose en commun, et ont plein de choses à se reprocher. On part donc sur un road movie ultra classique, mais très bien réalisé.
Les personnages sont bien développés sans trop en faire, sans tomber dans le pathos. Ils en deviennent touchants, au fur et à mesure que l’on connaît et que l’on comprend leur histoire. J’ai surtout beaucoup aimé le personnage de Fabio, qui est certes classique mais bien développé. Cette histoire d’un homme qui doit apprendre à se pardonner et à accepter ce qu’il a pu faire et faire subir aux autres est très bien rendue. Et les aventures que vivent les deux frères sont somme toute assez plaisantes, et parfois très intéressantes. De celles-ci, j’ai préféré la confrontation entre le prêtre et Fabio, confrontation de deux camps ennemis étrangement similaires.
Le dessin est très agréable, j’aime le trait d’Alfred, simple sans vraiment l’être. Les personnages sont aisément reconnaissables et les couleurs chaudes, rendant ainsi très bien l’atmosphère méditerranéenne de l’histoire. Par rapport à “Pourquoi j’ai tué Pierre”, l’autre album dessiné par Alfred que j’ai lu, j’ai trouvé que le dessin s’était amélioré, étant plus esthétique. Bref, un beau dessin et une bonne histoire, que demande le peuple ?
"La Trilogie Nikopol" est le chef d'oeuvre qui a propulsé Bilal au firmament du monde de la BD.
C'est une oeuvre assez particulière dans sa conception puisque chacun des épisodes est séparé de six ans.
Pourtant la ligne directrice du scénario reste assez stable ainsi que la qualité graphique si particulière à Bilal.
Le tome 1 est centré sur Nikopol père, le tome 2 sur Jill et le tome 3 sur Nikopol Jr mais Horus reste bien présent et permet la liaison entre les trois épisodes.
Il m'a fallu plusieurs lectures pour apprécier cette imbrication si coordonnée entre le monde post apocalyptique et la présence de la mythologie égyptienne.
C'est l'une des forces du récit de Bilal de rendre cette présence de Horus ou de Bastet naturelle.
On sent qu'il y beaucoup de Bilal dans Nikopol qui renvoie les Rouges et les Noirs à leurs délires criminels.
La vraie place de Nikopol est ailleurs, chez Baudelaire ou dans les bras de jolies femmes.
A ce propos la coordination des vers de Baudelaire avec le script est remarquable.
J'ai redécouvert les très belles couleurs proposées par l'auteur surtout le contraste bleu/rouge de Jill, presque comme un symbole.
Une fin en forme de boucle où le père devient le fils et inversement. Mais cela, c'était écrit depuis le tome 1 !!
Que c'est bon de lire ou relire certaines séries 50 ans après les parutions.
Pour moi c'est le cas de "La Croisière des Oubliés" du duo Christin-Bilal. Le temps de l'histoire a lentement donné son verdict.
Cette fable écolo-poétique et anti militariste montre les talents ,visionnaires et artistiques, des auteurs.
Il fut une époque pas si lointaine où l'écologie était cataloguée comme provenant de chevelu(e)s aux looks moisis.
Nos deux troublions mettent à mal le système militaro-industriel dans l'intention de redonner vie à une France qui se meurt dans l'indifférence des média.
Quand on voit les orientations d'urbanismes(front de mer), industrielles (pollution des rivières), militaires ou politiques depuis des décénies force est de reconnaître que les auteurs avaient du flair.
Bien sûr, tout pays doit se moderniser mais faut-il le faire de façon brutale, en jouant les apprentis sorciers et en se coupant de ses racines? C'est une des questions du livre.
C'est ma lecture contemporaine de l'oeuvre de Christin et Bilal. Je n'y vois pas spécialement de revendication régionnaliste très en cour à l'époque.
En effet il n'y a ni demande culturelle linguistique, ni demande d'autonomie politique comme en Corse ou en Bretagne. J'y lis plus une réflexion écologique sur le progrès.
Bilal amplifie sa thématique graphiquement avec le contraste de la transformation génétique abominable des militaires, premiers cobayes de leur expérience, et la paisible fête colorée des habitants de Liternos.
Bilal n'a pas atteint sa pleinitude graphique (dessins et couleurs) de Nikopol mais le talent est là, prêt à éclore en grand.
D'une certaine manière, des lanceurs d'alertes qui nous montraient combien notre environnement (lac, océan, forêt) est beau et fragile afin de le préserver. C'était il y a 50 ans.
Je pensais m'attaquer à une saga mineure de Charlier, mais je me trompais du tout au tout. Tiger Joe est du très grand Charlier, au même titre que Barbe-Rouge, Buck Danny ou encore Tanguy et Laverdure, une énorme surprise pour ma part ! C'est donc à la trilogie originale que je consacre cet avis, car je ne sais pas quand j'aurais l'occasion de me plonger dans sa continuation par Greg.
En attendant, Tiger Joe période Charlier synthétise tout ce qui fait que j'aime la bande dessinée en général, et Charlier en particulier. Malgré mon amour pour ces sagas qui ont bercé mon enfance, j'avoue avoir été un peu lassé au bout d'un moment par les sagas d'aviation de l'auteur, alors c'est avec un immense plaisir que je le vois partir en des terres exotiques, ici, dans l'Afrique coloniale des années 50. Le dépaysement est garanti, et renforcé par le charme à toute épreuve de ces récits d'antan, dont j'ai parfois l'impression qu'on a perdu la recette.
Il faut dire que Charlier n'a pas son pareil pour mettre en scène l'Afrique coloniale, aidé par un Hubinon en immense forme. Le trait toujours rigoureux du dessinateur, et les couleurs chaudes du studio Leonardo recréent une Afrique de carte postale absolument fascinante, où on n'échappera certes à aucun cliché du genre, et qui, pourtant, résiste bien aux attaques du temps.
Quand je parle des clichés, j'évoque surtout les clichés narratifs, car j'ai été très agréablement surpris par la tonalité du récit et ses innombrables nuances, très loin du racisme qu'on veut à tout prix attribuer aux récits coloniaux de cette époque. Et de fait, si Tiger Joe propage évidemment une vision très colonialiste de l'Afrique (en même temps, vu le contexte, comme le lui reprocher ?), jamais Charlier ne fait jamais preuve de racisme, grâce à son talent incroyable pour l'écriture des personnages.
Déjà, chaque tome est d'une densité narrative impressionnante, on en a clairement pour son argent. C'est ce qui permet à l'auteur de multiplier les péripéties, toutes plus captivantes les unes que les autres, et d'apporter à sa vision des choses une nuance très anti-manichéenne, à laquelle on ne s'attend pas. Ainsi, jamais les auteurs ne cherchent à mettre les Blancs en situation de supériorité par rapport aux Noirs. Si on a droit aux traditionnelles images de caravanes de chasseurs blancs suivis d'une cohorte de porteurs noirs, Tiger Joe et ses acolytes les traitent toujours d'égal à égal. Si certaines tribus reculées parlent le langage petit-nègre, d'autres parlent un Français tout-à-fait correct sans fautes grammaticales. Si certains Noirs veulent la mort des Blancs à tout prix, d'autres sont amis avec eux et d'autres y sont tout simplement indifférents. Si la plupart des Blancs colonisateurs semblent des humanistes en puissance, les scénarios successifs n'oublient pas non plus de montrer la cruauté ou la corruption de certains autres Blancs.
Bref, Tiger Joe donne une vision étonnamment complète de l'Afrique colonialiste et ça fait plutôt plaisir, même s'il subsiste parfois quelques saillies plus désagréables, heureusement très rares et nuancées par tout ce que je viens de résumer. Colonialiste, oui, Tiger Joe l'est et on en pensera ce qu'on voudra, raciste, non, et c'est très bien comme ça.
Maintenant, si j'ai autant adoré Tiger Joe, c'est avant tout pour la qualité extrême des scénarios. Toujours prenants, les récits de chaque tome donnent à voir un aspect différent de l'Afrique profonde, et jouent agréablement de la mythologie typique des aventures africaines de ce genre. On aura ainsi droit au cimetière d'éléphant, aux sectes sanguinaires, aux animaux sauvages en tous genres, aux lacs meurtriers, etc.
Tout cela donne un parfum vintage absolument charmant à cette saga, qui traverse bien les âges, car Charlier n'oublie jamais de donner une dimension humaine importante à ses différentes histoires. Ainsi, le premier tome nous propose une approche des personnages très originale, car on les découvre à travers les yeux d'une femme qui n'a jamais mis le pied en Afrique et qui se heurte à la rudesse de Tiger Joe et de son acolyte. Cela la précipite évidemment dans les bras du méchant, et pendant une bonne partie du premier tome, Tiger Joe n'a pas le bon rôle, ce qui permet de mieux nous faire entrer dans la tête des personnages et de comprendre la méfiance de l'héroïne.
A cette image, Charlier donne beaucoup de sentiments à ses différents personnages, ce qui permet de les rendre toujours attachants. Cela permet au lecteur de mieux s'immiscer dans l'atmosphère fascinante d'une Afrique où le danger rôde à chaque seconde, et dont on n'est jamais sûr de sortir vivant.
Bref, Tiger Joe est clairement un gros coup de cœur, qui prouve une nouvelle fois que Charlier et son fidèle dessinateur Hubinon n'ont pas leur pareil pour mettre en scène l'Aventure dans la plus grande tradition de l'Art. On en ressort nostalgique et enthousiaste, comme au terme d'un voyage dont on aurait vécu les moindres détails. Et ça, c'est fort.
Bah oui, culte...
Culte parce que ce récit synthétise l'ensemble de mes attentes lorsque l'on me promet un récit de piraterie : de l'aventure, une base historique, des personnages charismatiques, un destin cruellement scellé dès l'entame du récit, des combats navals, de l'exotisme, une utopie proche de l'anarchie, de la passion, du souffle épique....
Culte parce que je ne pensais pas retrouver cet engouement pour un sujet que j'ai déjà lu en de multiples versions. Et pourtant ce récit m'a passionné, happé, envoûté, charmé, marqué...
Culte parce que, par delà les clichés véhiculés, ce récit a réussi à me surprendre ne fusse qu'au travers du pourtant classique journal de bord mais qui, dans le cas présent, offre une petite originalité bien plaisante, qui apporte détachement et ironie à un récit par ailleurs dramatiquement poignant.
Culte parce que rarement (en fait jamais) piraterie, esclavagisme et histoire n'ont été aussi habilement liés à mes yeux. Les personnages sont crédibles, leurs aspirations sont marquantes et leurs destins dramatiques. La psychologie des différents acteurs est bien développée et chacun agit avec sa logique propre, que l'on comprend et que l'on partage... alors même que certaines de ces aspirations s'opposent.
Le seul point faible pour moi (mais il s'agit déjà à la base d'un goût personnel) réside dans l'encrage très marqué qui donne un style proche des comics à ces planches. Mais il s'efface au fil du temps, me faisant oublier l'épaisseur du trait au profit de la souplesse des formes. Ce que le dessin perd en finesse, il le gagne en dynamisme... et au final, je ne peux qu'approuver !
Culte donc, même si les esprits chagrins ne trouveront rien de neuf dans ce récit. Mais, à titre personnel, j'ai pris mon pied !
Cette série de divertissement allie la SF, l'histoire et beaucoup d'humour. Kris et Duhamel s'essayent à un exercice périlleux.
Ils s'attaquent à la modification d'éléments historiques majeurs tout en restant crédibles et en retombant sur leurs pieds. C'est dire la qualité du scénario.
Pour les deux premiers épisodes, ils y ajoutent une touche d'explications ethnographiques sur la culture Aztèque rencontrée par les Espagnols au XVIème siècle.
Comme toujours avec Duhamel les dessins sont parfaits dans son style semi réaliste de BD jeunesse mais cachant un humour noir décapant.
La magie de chacun des ouvrages est l'imprévisibilité de la page qui suit (en tout cas pour moi).
C'est créatif, drôle et nous rappelle à la fois le côté grandiose de l'affaire, conquérir le Mexique avec 600 hommes sans aucune connaissance du terrain, et le côté meurtrier qui a suivi.
Sous ce côté récréatif Kris et Duhamel nous disent que l'histoire, qui semble linéaire, est en fin de compte très contingente. Les Japonais auraient-ils pu débarquer en Californie ou en Australie ? Peut être si l'USS Enterprise avait coulé..
Encore du haut de gamme récréatif sous les pinceaux de Duhamel et de ses collègues, scénariste et coloriste.
Pour conclure, juste mon point de vue sur la remarque légitime de Pol à propos de la déformation des noms. J'y vois plus un effet comique à la Goscinny réservé aux "brutes" dont Kallaghan , tout de suite rectifié par Montcalm.
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Le Sursis
Gibrat nous propose un récit sous l'Occupation avec un angle fort original. La guerre semble lointaine dans ce coin d'Aveyron et il faut écouter radio-Londres pour se dire que cela bouge quelque part en Europe. Cela ressemble plus à un théâtre où chacun y joue son rôle. Serge en milicien abruti ou Paul en résistant communiste. Mais on continue à se parler ou à jouer aux cartes ensemble puisqu'on est tous presque de la même enfance dans ce petit village. C'est l'apparition tardive des uniformes allemands qui ramènera la froide réalité dans le village. Julien est-il un héros comme Paul ? Un lâche ? Un salaud ? Profite-t-il d'une situation qui le favorise au balcon de son théâtre où il voit sans être vu ? Il pourrait écrire son journal mais il n'est pas Anne Franck. D'ailleurs a-t-il la perception du danger étouffé par ses soucis sentimentaux ? Cet abandon et cette contemplation ne sont pas si désagréables si ce n'est cette jalousie qui le ronge. Actif ou passif ? Peut-être a-t-il besoin de matérialiser les enjeux pour se décider ? Comme le jour où il est parti pour le STO ou quand Paul lui apporte les caisses. C'est le génie de Gibrat qui joue avec notre empathie pour Julien au fil du récit en plus et en moins. Ne nous y trompons pas : garder des armes valait déjà une séance de torture et un peloton en bonne et due forme. J'aime la similitude avec le Spirou d'Emile Bravo, même époque, même trains du destin, même interrogation sur quoi faire. Quand on se croit sur des rails ira-t-on jusqu'au bout ? D'ailleurs la belle Cécile qui dévore Zola préfigure le dénouement de La Bête humaine. Tous ces destins qui se croisent ! Le dessin de l'auteur magnifie son excellent scénario. Les décors sont superbes et le village est un personnage en lui-même. Tous ces gestes du quotidien dans la cuisine, dans la chambre sont une exquise capture de moments intimes et uniques. Cette touche de sensualité apportée par la grâce et les robes de Cécile sont un printemps perpétuel. Un vrai régal
La Fille dans l'écran
Je m’aperçois que je n’ai pas avisé cette bd que j’avais découverte grâce au site et lue il y a maintenant presque deux ans. J’étais persuadé de l’avoir fait, et je répare cet oubli de ce pas. “La Fille dans l’écran” est une très belle histoire, d’amour et d’acceptation de soi et de l’autre. Nous suivons l’histoire de Coline, jeune illustratrice qui est en France et qui cherche à se faire publier ,et de Marley, qui habite au Québec avec son mec, travaille dans un café et, occasionnellement, fait de la photo, sa première passion qu’elle a fini par délaisser. Les deux voient leur chemin se croiser, et, petit à petit, vont se lier et se pousser l’une et l’autre à se surpasser et à retrouver le moral, et à vivre de ce qui leur plaît. J’ai beaucoup aimé cette histoire pour deux raisons principales : 1° Cette histoire d’amour n’est pas niaise pour un sou, est plutôt mignonne et, surtout, n’est pas “que” une histoire d’amour. C’est aussi une ode à la confiance en soi, à l’acceptation de ses sentiments et au droit que l’on a à faire ce qui nous rend heureux. Car on se rend compte que les deux sont au final assez malheureuses dans leur vie et arrivent à s’en sortir en acceptant les conseils de l’autre. On les voit aller de mieux en mieux au fur et à mesure et ça fait vraiment plaisir. La complicité entre les deux est très bien rendue, et même les scènes de “dispute” ne m’ont parues ni gênantes ni niaises. Les sentiments des deux protagonistes sont bien exprimés, et je me suis attaché aux deux. 2° Le travail de Manon Desvaux et de Lou Lubie à quatre mains est assez bluffant. J’avais déjà lu “Magasin Général” qui était un travail à deux auteurs, où Loisel et Tripp superposaient leur trait. Ici, c’est encore différent car les deux autrices ont chacun leur personnage et leur page, et fonctionnent en alternance : une page pour Manon Desvaux et Coline, et une page pour Lou Lubie et pour Marley. Le risque aurait été d’avoir un récit haché et peu linéaire mais ce n’est pas du tout le cas. Au contraire, j’ai trouvé ma lecture très agréable. Les particularités de chacune des deux sont bien montrées, et soulignées par la colorisation (noir et blanc pour Desvaux et en couleur pour Lubie). Mais on garde une vraie cohérence et une vraie continuité dans l’histoire. Côté style de dessin, j’ai beaucoup aimé le trait de Manon Desvaux, autrice que je découvrais à cette occasion. Je le trouve très esthétique, esthétique accentuée par le noir et blanc. J’ai un peu moins aimé le trait de Lou Lubie, alors que je l’ai apprécié dans “Goupil ou Face”. Peut-être souffre-t-il un peu, à mes yeux, de la comparaison avec celui de Manon Desvaux, pour lequel j’ai vraiment eu un coup de cœur. Mais très honnêtement, Lou Lubie maîtrise son sujet, c’est très bien réalisé et c’est plus une affaire de goût personnel de ma part. Globalement, cet ouvrage est aussi un bel objet graphique. Un vrai coup de coeur auquel je ne m’attendais pas forcément, et que je retranscris donc sur ce site, avec du retard certes, mais mieux vaut tard que jamais.
Voyage aux îles de la Désolation
Si vous êtes amateurs de carnets de voyage au bout du monde, cet album est fait pour vous. D’abord parce que l’aspect documentaire est vraiment bien fichu. On en apprend sur les endroits visités (les îles australes françaises), leur faune, leur localisation, et les scientifiques qui y résident. Lepage ajoute aussi à chaque fois quelques rappels historiques assez courts, mais bien amenés, à la fois instructifs et se fondant bien dans la narration d’ensemble. On en apprend aussi sur le fonctionnement même de ces terres australes, de leur ravitaillement, comment la France les utilise (études scientifiques, stations météo, etc.) et les protège (contrôle de la biodiversité, élimination des espèces exogènes, etc.). Ce qui rend aussi cet album agréable à lire, c’est le côté humain distillé par Lepage. Mine de rien, plusieurs dizaines de personnes se voient « tirer le portrait », cela densifie la narration, et la rend aussi plus humaine. Cela fait déjà beaucoup de raisons de lire cet album. Mais il y manque presque la principale, à savoir, comme toujours pour cet auteur, un dessin franchement très beau, souvent exceptionnel, qui use de différentes techniques, mais qui magnifie réellement ce qu’il nous « donne à voir ». On en prend plein les yeux. Que ce soit ce que Lepage a « croqué sur le vif » ou ce qu’il a retranscrit a posteriori, cet épais album est vraiment d’une grande tenue dans ce domaine. Lecture hautement recommandée bien sûr.
Le Rêve du papillon
Pour moi les 4 tomes de l'histoire sont une des meilleures histoires que j'ai lues de ma vie. Par l'histoire et les personnages et l'intrigue. Et à la fin on s'attache au personnage principal. Pour moi c'est ce que j'aime le plus dans les histoires comme ça. Du coup, je l'ai adorée, comme les dessins qui sont assez bien faits. L'histoire est drôle, poétique, triste et plein d'autres choses.
Come Prima
Super bd qui, au final, est plus profonde qu’elle n’y paraît. On part sur l’histoire de deux frères qui partent en voiture tous les deux de Paris à l'Italie natale. Ils ne se sont pas vus depuis des années, ils n’ont plus grand chose en commun, et ont plein de choses à se reprocher. On part donc sur un road movie ultra classique, mais très bien réalisé. Les personnages sont bien développés sans trop en faire, sans tomber dans le pathos. Ils en deviennent touchants, au fur et à mesure que l’on connaît et que l’on comprend leur histoire. J’ai surtout beaucoup aimé le personnage de Fabio, qui est certes classique mais bien développé. Cette histoire d’un homme qui doit apprendre à se pardonner et à accepter ce qu’il a pu faire et faire subir aux autres est très bien rendue. Et les aventures que vivent les deux frères sont somme toute assez plaisantes, et parfois très intéressantes. De celles-ci, j’ai préféré la confrontation entre le prêtre et Fabio, confrontation de deux camps ennemis étrangement similaires. Le dessin est très agréable, j’aime le trait d’Alfred, simple sans vraiment l’être. Les personnages sont aisément reconnaissables et les couleurs chaudes, rendant ainsi très bien l’atmosphère méditerranéenne de l’histoire. Par rapport à “Pourquoi j’ai tué Pierre”, l’autre album dessiné par Alfred que j’ai lu, j’ai trouvé que le dessin s’était amélioré, étant plus esthétique. Bref, un beau dessin et une bonne histoire, que demande le peuple ?
La Trilogie Nikopol
"La Trilogie Nikopol" est le chef d'oeuvre qui a propulsé Bilal au firmament du monde de la BD. C'est une oeuvre assez particulière dans sa conception puisque chacun des épisodes est séparé de six ans. Pourtant la ligne directrice du scénario reste assez stable ainsi que la qualité graphique si particulière à Bilal. Le tome 1 est centré sur Nikopol père, le tome 2 sur Jill et le tome 3 sur Nikopol Jr mais Horus reste bien présent et permet la liaison entre les trois épisodes. Il m'a fallu plusieurs lectures pour apprécier cette imbrication si coordonnée entre le monde post apocalyptique et la présence de la mythologie égyptienne. C'est l'une des forces du récit de Bilal de rendre cette présence de Horus ou de Bastet naturelle. On sent qu'il y beaucoup de Bilal dans Nikopol qui renvoie les Rouges et les Noirs à leurs délires criminels. La vraie place de Nikopol est ailleurs, chez Baudelaire ou dans les bras de jolies femmes. A ce propos la coordination des vers de Baudelaire avec le script est remarquable. J'ai redécouvert les très belles couleurs proposées par l'auteur surtout le contraste bleu/rouge de Jill, presque comme un symbole. Une fin en forme de boucle où le père devient le fils et inversement. Mais cela, c'était écrit depuis le tome 1 !!
La Croisière des Oubliés
Que c'est bon de lire ou relire certaines séries 50 ans après les parutions. Pour moi c'est le cas de "La Croisière des Oubliés" du duo Christin-Bilal. Le temps de l'histoire a lentement donné son verdict. Cette fable écolo-poétique et anti militariste montre les talents ,visionnaires et artistiques, des auteurs. Il fut une époque pas si lointaine où l'écologie était cataloguée comme provenant de chevelu(e)s aux looks moisis. Nos deux troublions mettent à mal le système militaro-industriel dans l'intention de redonner vie à une France qui se meurt dans l'indifférence des média. Quand on voit les orientations d'urbanismes(front de mer), industrielles (pollution des rivières), militaires ou politiques depuis des décénies force est de reconnaître que les auteurs avaient du flair. Bien sûr, tout pays doit se moderniser mais faut-il le faire de façon brutale, en jouant les apprentis sorciers et en se coupant de ses racines? C'est une des questions du livre. C'est ma lecture contemporaine de l'oeuvre de Christin et Bilal. Je n'y vois pas spécialement de revendication régionnaliste très en cour à l'époque. En effet il n'y a ni demande culturelle linguistique, ni demande d'autonomie politique comme en Corse ou en Bretagne. J'y lis plus une réflexion écologique sur le progrès. Bilal amplifie sa thématique graphiquement avec le contraste de la transformation génétique abominable des militaires, premiers cobayes de leur expérience, et la paisible fête colorée des habitants de Liternos. Bilal n'a pas atteint sa pleinitude graphique (dessins et couleurs) de Nikopol mais le talent est là, prêt à éclore en grand. D'une certaine manière, des lanceurs d'alertes qui nous montraient combien notre environnement (lac, océan, forêt) est beau et fragile afin de le préserver. C'était il y a 50 ans.
Tiger Joe
Je pensais m'attaquer à une saga mineure de Charlier, mais je me trompais du tout au tout. Tiger Joe est du très grand Charlier, au même titre que Barbe-Rouge, Buck Danny ou encore Tanguy et Laverdure, une énorme surprise pour ma part ! C'est donc à la trilogie originale que je consacre cet avis, car je ne sais pas quand j'aurais l'occasion de me plonger dans sa continuation par Greg. En attendant, Tiger Joe période Charlier synthétise tout ce qui fait que j'aime la bande dessinée en général, et Charlier en particulier. Malgré mon amour pour ces sagas qui ont bercé mon enfance, j'avoue avoir été un peu lassé au bout d'un moment par les sagas d'aviation de l'auteur, alors c'est avec un immense plaisir que je le vois partir en des terres exotiques, ici, dans l'Afrique coloniale des années 50. Le dépaysement est garanti, et renforcé par le charme à toute épreuve de ces récits d'antan, dont j'ai parfois l'impression qu'on a perdu la recette. Il faut dire que Charlier n'a pas son pareil pour mettre en scène l'Afrique coloniale, aidé par un Hubinon en immense forme. Le trait toujours rigoureux du dessinateur, et les couleurs chaudes du studio Leonardo recréent une Afrique de carte postale absolument fascinante, où on n'échappera certes à aucun cliché du genre, et qui, pourtant, résiste bien aux attaques du temps. Quand je parle des clichés, j'évoque surtout les clichés narratifs, car j'ai été très agréablement surpris par la tonalité du récit et ses innombrables nuances, très loin du racisme qu'on veut à tout prix attribuer aux récits coloniaux de cette époque. Et de fait, si Tiger Joe propage évidemment une vision très colonialiste de l'Afrique (en même temps, vu le contexte, comme le lui reprocher ?), jamais Charlier ne fait jamais preuve de racisme, grâce à son talent incroyable pour l'écriture des personnages. Déjà, chaque tome est d'une densité narrative impressionnante, on en a clairement pour son argent. C'est ce qui permet à l'auteur de multiplier les péripéties, toutes plus captivantes les unes que les autres, et d'apporter à sa vision des choses une nuance très anti-manichéenne, à laquelle on ne s'attend pas. Ainsi, jamais les auteurs ne cherchent à mettre les Blancs en situation de supériorité par rapport aux Noirs. Si on a droit aux traditionnelles images de caravanes de chasseurs blancs suivis d'une cohorte de porteurs noirs, Tiger Joe et ses acolytes les traitent toujours d'égal à égal. Si certaines tribus reculées parlent le langage petit-nègre, d'autres parlent un Français tout-à-fait correct sans fautes grammaticales. Si certains Noirs veulent la mort des Blancs à tout prix, d'autres sont amis avec eux et d'autres y sont tout simplement indifférents. Si la plupart des Blancs colonisateurs semblent des humanistes en puissance, les scénarios successifs n'oublient pas non plus de montrer la cruauté ou la corruption de certains autres Blancs. Bref, Tiger Joe donne une vision étonnamment complète de l'Afrique colonialiste et ça fait plutôt plaisir, même s'il subsiste parfois quelques saillies plus désagréables, heureusement très rares et nuancées par tout ce que je viens de résumer. Colonialiste, oui, Tiger Joe l'est et on en pensera ce qu'on voudra, raciste, non, et c'est très bien comme ça. Maintenant, si j'ai autant adoré Tiger Joe, c'est avant tout pour la qualité extrême des scénarios. Toujours prenants, les récits de chaque tome donnent à voir un aspect différent de l'Afrique profonde, et jouent agréablement de la mythologie typique des aventures africaines de ce genre. On aura ainsi droit au cimetière d'éléphant, aux sectes sanguinaires, aux animaux sauvages en tous genres, aux lacs meurtriers, etc. Tout cela donne un parfum vintage absolument charmant à cette saga, qui traverse bien les âges, car Charlier n'oublie jamais de donner une dimension humaine importante à ses différentes histoires. Ainsi, le premier tome nous propose une approche des personnages très originale, car on les découvre à travers les yeux d'une femme qui n'a jamais mis le pied en Afrique et qui se heurte à la rudesse de Tiger Joe et de son acolyte. Cela la précipite évidemment dans les bras du méchant, et pendant une bonne partie du premier tome, Tiger Joe n'a pas le bon rôle, ce qui permet de mieux nous faire entrer dans la tête des personnages et de comprendre la méfiance de l'héroïne. A cette image, Charlier donne beaucoup de sentiments à ses différents personnages, ce qui permet de les rendre toujours attachants. Cela permet au lecteur de mieux s'immiscer dans l'atmosphère fascinante d'une Afrique où le danger rôde à chaque seconde, et dont on n'est jamais sûr de sortir vivant. Bref, Tiger Joe est clairement un gros coup de cœur, qui prouve une nouvelle fois que Charlier et son fidèle dessinateur Hubinon n'ont pas leur pareil pour mettre en scène l'Aventure dans la plus grande tradition de l'Art. On en ressort nostalgique et enthousiaste, comme au terme d'un voyage dont on aurait vécu les moindres détails. Et ça, c'est fort.
La République du Crâne
Bah oui, culte... Culte parce que ce récit synthétise l'ensemble de mes attentes lorsque l'on me promet un récit de piraterie : de l'aventure, une base historique, des personnages charismatiques, un destin cruellement scellé dès l'entame du récit, des combats navals, de l'exotisme, une utopie proche de l'anarchie, de la passion, du souffle épique.... Culte parce que je ne pensais pas retrouver cet engouement pour un sujet que j'ai déjà lu en de multiples versions. Et pourtant ce récit m'a passionné, happé, envoûté, charmé, marqué... Culte parce que, par delà les clichés véhiculés, ce récit a réussi à me surprendre ne fusse qu'au travers du pourtant classique journal de bord mais qui, dans le cas présent, offre une petite originalité bien plaisante, qui apporte détachement et ironie à un récit par ailleurs dramatiquement poignant. Culte parce que rarement (en fait jamais) piraterie, esclavagisme et histoire n'ont été aussi habilement liés à mes yeux. Les personnages sont crédibles, leurs aspirations sont marquantes et leurs destins dramatiques. La psychologie des différents acteurs est bien développée et chacun agit avec sa logique propre, que l'on comprend et que l'on partage... alors même que certaines de ces aspirations s'opposent. Le seul point faible pour moi (mais il s'agit déjà à la base d'un goût personnel) réside dans l'encrage très marqué qui donne un style proche des comics à ces planches. Mais il s'efface au fil du temps, me faisant oublier l'épaisseur du trait au profit de la souplesse des formes. Ce que le dessin perd en finesse, il le gagne en dynamisme... et au final, je ne peux qu'approuver ! Culte donc, même si les esprits chagrins ne trouveront rien de neuf dans ce récit. Mais, à titre personnel, j'ai pris mon pied !
Les Brigades du Temps
Cette série de divertissement allie la SF, l'histoire et beaucoup d'humour. Kris et Duhamel s'essayent à un exercice périlleux. Ils s'attaquent à la modification d'éléments historiques majeurs tout en restant crédibles et en retombant sur leurs pieds. C'est dire la qualité du scénario. Pour les deux premiers épisodes, ils y ajoutent une touche d'explications ethnographiques sur la culture Aztèque rencontrée par les Espagnols au XVIème siècle. Comme toujours avec Duhamel les dessins sont parfaits dans son style semi réaliste de BD jeunesse mais cachant un humour noir décapant. La magie de chacun des ouvrages est l'imprévisibilité de la page qui suit (en tout cas pour moi). C'est créatif, drôle et nous rappelle à la fois le côté grandiose de l'affaire, conquérir le Mexique avec 600 hommes sans aucune connaissance du terrain, et le côté meurtrier qui a suivi. Sous ce côté récréatif Kris et Duhamel nous disent que l'histoire, qui semble linéaire, est en fin de compte très contingente. Les Japonais auraient-ils pu débarquer en Californie ou en Australie ? Peut être si l'USS Enterprise avait coulé.. Encore du haut de gamme récréatif sous les pinceaux de Duhamel et de ses collègues, scénariste et coloriste. Pour conclure, juste mon point de vue sur la remarque légitime de Pol à propos de la déformation des noms. J'y vois plus un effet comique à la Goscinny réservé aux "brutes" dont Kallaghan , tout de suite rectifié par Montcalm.