Les derniers avis (9595 avis)

Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Sursis
Le Sursis

La Seconde Guerre mondiale est une source inépuisable d’inspiration pour des histories à hauteur d’homme. Jean-Pierre Gibrat nous propose ici un diptyque qui se déroule à Campeyrac, un village de l’Aveyron. Un jeune planqué qui a échappé au STO se cache, et depuis sa cachette, il observe ce qui se passe sur la place du village, juste sous sa fenêtre. Et le temps s’écoule lentement. Les saisons se succèdent et notre héros est toujours là, derrière ses persiennes. La guerre semble tellement loin de la vie paisible du village, du pastis et des parties de cartes à la Pagnol. Derrière cette apparente sérénité, les collabos surveillent et la résistance se prépare. Comme en opposition au drame de la guerre, Julien, notre héros, a pour seule préoccupation son amour pour la belle Cécile et sa jalousie envers d’éventuels prétendants. A travers ses différents personnages principaux ou secondaires, Gibrat dresse le portrait d’une micro-société avec ses courageux, ses couards, ses ambitieux, ses généreux, ses idéalistes… Chaque personnage est intéressant et dépeint avec subtilité et humour. On se croirait dans une pièce de théâtre. J’ai vraiment aimé le rythme paisible de ce diptyque, jusqu’à ce que la guerre fasse brutalement irruption dans la vie du village. Le dessin de Gibrat est magnifique, la finesse des traits, les couleurs douces et le jeu d’ombres et de lumière restituent parfaitement l’ambiance. Et pourtant, la guerre n’est pas si loin Gibrat sait nous rappeler sa présence par petites touches (le marché noir, la radio clandestine, le casque Adrian du mannequin, les jours sans alcool…). Tout à coup, l’armée allemande fait irruption sur la scène et l’histoire change de ton. Le scénario est bien construit et bien écrit, mais l’histoire d’amour (à faibles rebondissements) est quelque peu gentille. Le focus sur la jolie Cécile (qui ressemble tellement aux autres personnages féminins de Gibrat) fait disparaître toutes les autres jolies filles du village alors qu’il y a de nombreux personnages masculins. C’est assez étrange. Bref, c’est une très belle histoire, agréable à lire et aux dessins sublimes. Un régal pour les yeux.

07/03/2022 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Black Jake
Black Jake

Voilà un album admirable ! je vous le dis tout de go, tout est réuni pour passer un bon moment de lecture. Jack Brennan est un flic de Los Angeles. Un putain de flic ripoux et raciste qui se voit confier l’enquête sur le meurtre et le viol d’une religieuse. Il mène une vie de débauche le garçon entre les putes et la coke. Son coéquipier le couvre même quand il y a une bavure terrible. Il est divorcé - quelle surprise - et il ne prête pas trop d’attention à sa fille qu’il voit 1 fois tous les quinze jours. Sa dope il faut bien la payer alors il fait des paris hasardeux sur les matchs de baseball. Son bookmaker – un membre d’un gang latino des bas-fonds de la cité des anges n’est pas enclin a effacer son ardoise car vous l’avez compris , il a la poisse, il a perdu ! C’est le moment de vérité ! Le moment de payer l’addition de cette vie dissolue ! Je me suis régalé comme jamais à suivre les pérégrinations de ce flic peu recommandable mais au final attachant. Il s’engouffre dans un tourbillon infernal violent pour notre plus grand plaisir. C’est poisseux bien évidemment et bien noir. Le scénario tient en haleine tout au long des 152 planches de cet album avec de nombreux rebondissements. Côté graphisme le trait est rugueux mais ô combien sublime. C’est une vraie bonne pioche ce récit bien sombre. Vous ne pourrez pas refermer le bouquin avant d’avoir lu la fin. Je recommande vivement.

06/03/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Chat du kimono
Le Chat du kimono

Nancy Peña nous entraine dans un monde onirique à la poursuite d'un matou bien insaisissable. L'autrice prend appui sur un conte Japonais beau et triste pour nous faire voyager. Voyage géographique et artistique puisqu'elle nous invite à plusieurs représentations bien distinctes de l'image du chat par des artistes de différents pays. C'est à la fois un voyage poétique qui croise les destins de Matt le marin sensible, des Barnes et de Sherlock ( qui avait un chien) et un voyage réel qui doit résoudre une intrigue à la Conan Doyle. Nous allons au gré des allées et venues du chat mais aussi des visions hallucinogènes des uns et des autres. Rationnalistes purs et durs abstenez vous car ce voyage risque de vous faire tourner la tête. Nancy Peña y ajoute une atmosphère en noire et blanc sans qu'on sache vraiment qui est noir et qui est blanc. Son trait fluide privilégie le mouvement et l'expression des corps principalement dans la tristesse et l'abandon. Une oeuvre originale qui sort des productions ordinaires. 4+

06/03/2022 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Chevalier du crépuscule
Le Chevalier du crépuscule

Je découvre ces deux auteurs espagnols et j'en ressors satisfait avec quelques petites réserves. Nous évoluons dans un monde futuriste dominé par le Noyau avec à sa tête l'Archonte et sa cour. Les autres castes sont les aristocrates et les marchands. Un soldat, Oskar Arpad, est le seul survivant de la cité Parazyn suite à la bataille de Zalsunda contre les barbares. Oskar de retour dans sa ville natale a pour mission de déjouer un complot qui serait fomenté par le chevalier du crépuscule contre le Noyau. Il sera aidé dans son périple par Solgo le trafiquant. Ramon a su créer un monde cohérent avec ses codes et ses strates. Une enquête qui fera voir du pays et mènera sur un trafique d'haleine de dragon. Je me suis attaché à notre lieutenant et à son acolyte, ils vont rencontrer de nombreux protagonistes, tous très différents, sur leur route. Mes petits reproches, Oskar a un profil un peu trop stéréotypé, celui du militaire héros et enfin une narration qui prend des raccourcis à plusieurs reprises. Ma grosse surprise reste le dessin de Horrach, il est particulier avec ses visages "allongés", des décors magnifiques et dépaysants. J'adore la façon dont il peint le ciel tout en simplicité. La mise en couleur dans des tons chauds apporte sa pierre à la réussite graphique. Le seul reproche que je peux lui faire, il est un peu statique. En conclusion, un bon scénario avec quelques lacunes et un graphisme que je trouve très beau Un coup de cœur pour le dessin, 4 étoiles de justesse, pour le plaisir procuré.

05/03/2022 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Futur antérieur
Futur antérieur

Mon troisième Toppi, après Tanka et Sharaz-De, toujours aussi délectable. Donc après le conte et le Japon médiéval me voici plongé entre monstres et machines aux rouages bien huilés. Neuf histoires courtes aux thèmes très différents. Toppi sous des récits fantastiques nous dévoile la face noire de l'homme avec des sujets toujours d'actualité : virus, médicaments, pass vaccinal, guerre et migrant. J'ai particulièrement aimé l'histoire qui revisite l'enfer et le mythe de Sisyphe. J'adore sa narration singulière et particulièrement l'humour décalé qu'il emploie tout le long de l'album. Toutes les planches sont d'une beauté renversante. Le summum du noir et blanc, toujours son trait hachuré d'une précision chirurgical. Il sait tout représenter avec justesse et brio, une inventivité hors norme. Je crois que je n'ai jamais vu un hélicoptère aussi réaliste (page 79). A lire évidemment mais surtout à contempler. Note réelle : 4,5.

04/03/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Musée de l'étrange
Le Musée de l'étrange

Contrairement à l’avis du lecteur précédent, je m’inscris totalement en faux en regard de cette opinion: au contraire, autant sur le fond que sur la forme, j’ai apprécié sans réserve ce chef d’œuvre de la ligne claire qui m’a fait renouer avec un certain âge d’or de la bd classique. De l’aventure, un peu de fantastique, de l’ésotérisme original qui tranche avec un certain conformisme actuel qui n’a d’intérêt que pour les récits à vocation «  progressistes », et le plus souvent, sans saveur, et avec un dessin qui se veut «  novateur » et qui n’a que cet alibi «  bien pensant »pour en dissimuler la laideur. Alors oui, je suis un amateur de la ligne «  claire » qui ne voulait que distraire et faire rêver ses lecteurs avec des scenarii qui se tenaient. Cet album est une authentique réussite qui a ravi le lecteur sexagénaire qui a gardé l’illumination de sa jeunesse.

04/03/2022 (modifier)
Couverture de la série Fagin le Juif
Fagin le Juif

La BD, l'illustration ou la littérature de divertissement sont des médias très puissants. Ils s'adressent à un très large public souvent jeune ou malléable qui peut manquer de discernement. "Le stéréotype constitue un outil essentiel du langage narratif de la bande dessinée, c'est aux auteurs qu'il incombe de reconnaître son impact sur le regard porté par la société." écrit le professeur Eisner dans sa préface. Dickens (excusez du peu mais il égratigne aussi Shakespeare !) a eu beau s'en défendre, le vocabulaire et les illustrations qui ont accompagné son célébrissime Oliver Twist ont contribué à fixer une image fausse et discriminatoire des personnes de religion juive dans l'inconscient collectif de nombreuses générations. Il faut bien l'immense talent graphique et narratif de Will Eisner pour pouvoir faire entendre la voix de la raison face à l'affective dévotion des fans de Dickens. "Fagin" m'a remué. Je n'ai pas lu Oliver Twist et je le découvre avec un oeil neuf. Mais quelle logique narrative, quelle ambiance de ce Londres miséreux du XIXème siècle. Pas une fausse note à mon avis dans cette implacable démonstration (par l'absurde) contre ces paradigmes qui peuvent devenir vite criminels. La démonstration est d'autant plus forte que le graphisme est à un niveau solaire. Fluidité des lignes, enchaînement des situations, regards, langage corporel, éclairages et décors, il ne manque rien pour ajouter l'émotif au raisonnable. A mon avis un ouvrage de référence pour sa préface et sa postface et la démonstration du récit. Un vrai livre de chevet pour tous les créateurs tellement chaque mot utilisé ou chaque dessin délivré peut influencer en bien ou en mal le public.

04/03/2022 (modifier)
Couverture de la série Macbeth Roi d'Écosse
Macbeth Roi d'Écosse

Perso je trouve cette série magnifique. Je triche car je suis un amoureux du théâtre de Shakespeare ( sauf Shylock) et particulièrement de la pièce de "Mac Beth". La pièce maudite du répertoire anglais "The scottish play". Tout d'abord, les auteurs s'affranchissent d'un suivi à la virgule de la pièce de Shakespeare. C'est bienvenue car cela leur laisse une marge de liberté et donne beaucoup de cohérence au récit. En outre cela amplifie la personnalité de la scottish Lady, Lady Mac Beth. Inutile de jouer au jeu des différences, elles sont nombreuses mais Shakespeare avait fait de même quand il s'était approprié la légende des époux Mac Beth. Pour moi le plus important est que l'esprit de la légende soit respecté de très belle façon. Je trouve le travail effectué par Thomas Day époustouflant. Prendre le texte de Shakespeare, le brasser de mille façons, le couper pour nous le restituer compréhensible dans cet espace si restreint est un exploit digne d'éloge. Thomas Day ne se contente pas de le restituer, il fait chanter le texte avec des tournures certes difficiles mais qui correspondent si bien à l'esprit de l'oeuvre originale. Un texte de théâtre s'écoute plus qu'il ne se lit, et c'est au lecteur de trouver le rythme du phrasé pour rentrer dans l'oeuvre . Evidemment le théâtre Elisabéthain n'a pas grand chose à voir avec notre théâtre classique. Chez Shakespeare ,et donc chez les auteurs de la série, pas de règles d'unités ni de bienséance. On tue, on écorche, on s'aime et on se bat. Les mystères, les sorcières ou les fantômes font parties de tout ce que l'on ne comprend pas. Je trouve même que Day magnifie le personnage puissant de Lady Mac Beth comme le duo Peña-Le Callet l'avait fait avec l'excellent Médée. Ces deux disciples d'Hécate me permettent de relier les deux oeuvres qui reprennent les deux grandes figures du mal chez une femme. Représentation véhiculée par des hommes qui n'hésitent pas à faire bien pire au nom de la raison d'Etat. Si je ne me suis pas ennuyé une seconde à découvrir ce magnifique texte ; j'en ai pris aussi plein les yeux. Sorel peint la lande écossaise, les brumes, les sorcières et leurs maléfices , les fêtes, les batailles d'une manière à couper le souffle. Mais surtout le paroxysme est atteint avec ces face-à-face entre les deux époux maudits unis dans ce tourbillon de vies et de morts. Pas forcément une oeuvre d'un abord facile mais elle mérite qu'on s'y accroche. J'ai une préférence pour le tome 1 mais le 2 est de très bonne facture.

03/03/2022 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Enfer pour Aube
L'Enfer pour Aube

La rencontre de deux auteurs de talent, Philippe Pélaez et Tiburce Oger. Paris, 1903. Des notables de la ville sont exécutés et on retrouve sur chaque scène de crime, un louis d'or. Les soupçons se portent sur un homme au chapeau avec une écharpe rouge. Pélaez nous transporte dans le Paris du début du vingtième siècle, trente ans après la Commune. On se promène sur le chantier du métro, au cimetière du Père Lachaise, les catacombes et des grands magasins Dufayel. Il a comme dans Maudit sois-tu ce savoir-faire pour mélanger fiction et réalité comme l'incendie du métro le dix août. C'est une vraie plus value au récit. Il distille quelques indices sur les raisons de ces assassinats grâce à cet inspecteur qui sort des standards. La description réaliste de Paris est vraiment soignée, on y côtoye les apaches, des brigands de la belle époque, identifiables à leur ceinture rouge, souvent des anciens communards. Une narration fluide où les voix off des protagonistes donnent la cadence et où chaque chapitre est séparé par une Une pleine page du Petit Journal, quotidien de la capitale. J'ai été happé par cette intrigue dont une partie du voile sera révélée. Oger dont j'ai déjà apprécié le travail sur Gorn, La Forêt et Ghost Kid est au sommet de son art. Ici, son style est toujours reconnaissable mais légèrement différent, plus aboutit. Toujours aussi fluide et une colorisation monochrome qui met en valeur la multitude de détails. Juste le rouge tranche dans ce monde de chaos. Une merveille. Si le second tome est du même niveau, alors cet Enfer pour Aube fera partie des immanquables. Un cahier graphique explicatif sous forme de revue de presse des plus intéressants en fin d'album.

02/03/2022 (modifier)
Par Hervé
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La République du Crâne
La République du Crâne

Depuis 2010, je suis de près le travail du duo Brugeas/Toulhoat notamment avec leur série emblématique Block 109 et ses dérivés sur laquelle je m'étais enthousiasmé. J'avoue, par la suite, avoir été moins réceptif à Ira Dei. Mais là, avec "la République du crâne" je retrouve toute mon âme d'enfance, même si ce one shot s'adresse à un public plus adulte, lorsque je découvrais les films de pirates à la télé. Hasard de mes les lectures, je viens de relire Le Testament du Capitaine Crown et l'incontournable Long John Silver de Dorison et Lauffray est toujours dans mon esprit. Mais c'est sous un regard neuf et nouveau, que Brugeas & Toulhoat nous présentent cette histoire de pirates, loin des trésors enfouis dans des îles inaccessibles, mais plus proches des valeurs humanistes, le tout magnifié par le dessin parfaitement maitrisé de Ronan Toulhoat. Il restitue parfaitement aussi bien les combats navals, que les scènes nocturnes qui sont d'une beauté renversante. Son dessin est tout nettement flamboyant. Mais le point fort de cette bande dessinée réside sans hésiter dans son scénario. Autour de 4 personnages, Olivier de Vannes, la mystérieuse et intrigante Maryam, le flamboyant Sylla et l'insaisissable Abyeda, se retrouvent aussi bien la démocratie, le courage,la fierté, la loyauté et l'humanisme, des qualités souvent très éloignées du monde de la piraterie. En outre, le choix du livre de bord pour nous raconter ce récit est assez audacieux et un pari risqué mais très payant. Cet album de près de 210 pages se lit avec plaisir et envie, et on regrette d'arriver à la chute finale, abrupte et dure . Il faut noter que l'album est suivi d'un dossier assez bien foutu sur l'histoire des pirates, qui m'a appris pas mal de choses. Ce one shot constitue pour moi une des meilleures lectures de cette année, et je suis sûr que je vais le relire souvent. Bref un incontournable que tout amateur de bd se doit de lire.

01/03/2022 (modifier)