Prestige de l'uniforme

Note: 3.53/5
(3.53/5 pour 15 avis)

Paul Forvolino est un chercheur médiocre. Sa spécialité, ce sont les lichens, ces végétaux qui résultent de la symbiose entre un champignon et une alue, leurs propriétés se combinant en un végétal plus fort, plus résistant que la simple somme de leurs particularités. Sa vie privée est ordinaire. Il est marié, a une petite fille qu'il ne voit guère car il passe l'essentiel de son temps au travail. Sa vie de couple est morne.


Aire Libre La BD au féminin Les super-héros 'à la française' Super-héros Super-pouvoirs

Il est mal dans sa peau et son quotidien l'étouffe un peu plus chaque jour. Par mégarde, il renverse le contenu d'une éprouvette sur son bras. Une métamorphose étonnante s'opère alors peu à peu. Son physique se fait plus attractif, sa force est décuplée, ses sensations aussi. Sa femme est aux anges, et ses amis ravis. Cette nouvelle nature qui prend possession de lui le comblera-t-elle ?

Scénario
Dessin
Couleurs
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 08 Juin 2005
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Prestige de l'uniforme © Dupuis 2005
Les notes
Note: 3.53/5
(3.53/5 pour 15 avis)
Cliquez pour afficher les avis.

24/06/2005 | ArzaK
Modifier


Par Présence
Note: 4/5
L'avatar du posteur Présence

Où était la lâcheté ? Où était l’héroïsme ? - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2005, il a bénéficié d’une réédition en 2016. Il a été réalisé par Loo Hui Phang pour le scénario, et par Hughes Micol pour les dessins et les couleurs. Il comprend soixante-dix-huit planches de bande dessinée. Dans le réseau sanguin d’un être humain, un organisme de type lichen est en train de se développer et de coloniser les globules. Assis sur un banc, Paul Forvolino contemple la ville. Il avait compté sur une amnésie progressive. Il espérait qu’après son visage, sa famille et sa vie, cette chose lui enlèverait la mémoire. C’était encore miser sur la facilité. Il ne faut pas miser sur la facilité. Il devrait le savoir maintenant. On appelle cela la maturité. Longtemps, il a pensé que le point culminant de la vie d’un homme était le moment où il devient un héros. Mais il n’a jamais su ce que cela signifiait, être un héros. Il croyait qu’il suffisait d’être quelqu’un de bien, un bon mari, un père exemplaire, un employé modèle. Il a passé sa vie à essayer. Il était un minable. Le pire c’est qu’il devait déjà le savoir à l’époque. Comment l’ignorer ? Il suffisait de le regarder pour le deviner. Dans un grand laboratoire en plateau paysager, des hommes en blouse unie manipule des éprouvettes, des tubes à essai et des microscopes. Ceux qui portent une blouse rouge sont les chercheurs de niveau un. Ceux de niveau deux portent une blouse jaune, de niveau trois une verte. Quant à Paul, il porte une blouse grise et il est en train de téléphoner à son épouse Rebecca, qu’il est désolé, qu’il a encore des choses à terminer, de l’excuser auprès de Marc et Delphine, le couple qui les invités. Rebecca Forvolino, poussée vers Paul par un saint esprit de sacrifice, à moins qu’il ne s’agisse d’une prédisposition particulière à la souffrance. À table chez leurs amis, elle leur explique que son mari a encore des choses à terminer, qu’il arrivera plus tard. Elle répond à une question d’Olivier : Paul a beaucoup de chance de travailler chez Metacorp, c’est l’un des meilleurs laboratoires de recherche au monde, d’autant plus qu’il a su s’y rendre indispensable. Il a un poste de recherche médicale, il travaille dans le département des champignons et des culture type moisissures et… Elle est interrompue par Marc qui lui fait observer qu’ils sont à table. Olivier intervient pour dire qu’il a lu un article sur ce laboratoire : c’est un truc colossal, ils fournissent soixante pourcents des médicaments en circulation. Ça ne l’étonne pas que Paul fasse des heures supplémentaires. Finalement ce dernier parvient à se libérer, et il arrive chez ses hôtes juste pour le café, portant encore sa blouse grise. Répondant à une question, il explique que le gris signifie qu’il est chercheur de niveau quatre, sur cinq… et que le niveau un n’est pas le plus bas de l’échelle. Le couple finit par rentrer chez eux ; ils libèrent la baby-sitter, qui les rassure : leur fille Zoé a été sage, mais elle s’est couchée un peu tard. Ils vont se coucher, et Paul explique à sa femme qu’il est trop fatigué pour répondre à ses avances. Dans les premières pages, le personnage principal explique qu’il a longtemps pensé que le point culminant de la vie d’un homme était le moment où il devient un héros. Le texte de la quatrième de couverture présente le récit comme une relecture intimiste du mythe du super-héros, utilisant les codes du genre pour dépeindre le monde contemporain, où la quête du bonheur se heurte à la cruauté sociale. Il continue par : Métamorphose du corps, exploration des sentiments, quête existentielle sont quelques-uns des composants chimiques de cette mythologie moderne. Ça fait déjà beaucoup pour une unique histoire, et le ressenti du lecteur va dépendre de ses inclinations et de ce qui lui parle le plus. Oui, il est possible de considérer cette histoire comme relevant du genre superhéros, avec un individu soumis acquérant des superpouvoirs dans un accident de laboratoire, évoquant de loin la trame du destin de Peter Parker, sans costume moulant ni supercriminel. Oui, il y a une forme de cruauté sociale, entre l’exploitation sans vergogne des salariés par l’employeur Metacorp, qui les utilise comme des fournitures jetables. Oui, Paul Forvolino explicite ses sentiments, son sentiment d’impuissance, son complexe d’infériorité, son inadéquation à la vie en société. On peut même rajouter une mise en scène d’une dynamique de couple, entre complémentarité et toxicité. Dès la prise en main de l’album, le lecteur se trouve intrigué par la couverture, surtout celle de la réédition de 2016. Une image composite qui nécessite du temps pour la lire : ce gros visage bleu sur la gauche dont la nature devient compréhensible à la lecture, cette enfant en train de jouer avec une tortue (Zoé, la fille du couple Forvolino, ces gens étrangement costumés au second plan comme pour une partie fine à tendance sadomaso (c’est bien le cas), et les deux tours de réfrigération d’une centrale nucléaire en arrière-plan. Mais pourquoi y a-t-il un fauteuil vide ? Et pourquoi Rebecca Forvolino porte-t-elle une minerve ? Enfin ce mode de représentation semble mélanger une approche descriptive attentive aux détails, et une forme de caricature apportée par des traits un peu lâches par endroit, et des zones de noir aux formes torturées plutôt que lissées. En effet, tout du long, le lecteur apprécie le soin apporté à la dimension descriptive des dessins : l’évocation du paysage urbain vu depuis le banc d’un parc, l’horreur de ce laboratoire baignant dans une teinte verdâtre avec ces chercheurs alignés dans des box, l’aménagement soigné du salon de Delphine & Olivier avec les tableaux aux murs, les montants du lit du couple, le bureau très classique de la maîtresse de Zoé, quelques scènes de rue d’une ville bétonnée et grisâtre, l’architecture verre et métal des locaux de Metacorp, le confort de l’appartement des parents de Paul, le sombre de la végétation du parc, les costumes cuir et lingerie rendus tristes par l’éclairage trop rouge du club, la masse impénétrable de la centrale nucléaire, etc. Dans un premier temps, le lecteur sent qu’il s’enfonce dans une ambiance cafardeuse : les choix de couleurs assombrissent les peaux, les paysages, tout. À tel point que, parfois, cet effet peut étouffer la lecture de certains dessins. Cela détourne l’attention du lecteur de certains éléments, en focalisant son attention vers le ressenti. De temps à autre, il remarque presque incidemment un détail ou un autre, par exemple une caractéristique architecturale, le bâtiment verre et métal de Metacorp très différent des façades plus haussmanniennes des bâtiments autour de l’école de Zoé. Par ailleurs, ce mode de représentation ne s’avère pas très flatteur pour les personnages : un front trop dégarni, un menton pas assez affirmé, une mâchoire trop carrée, des lèvres trop grossières, etc. Il n’y a quasiment que Rebecca qui soit séduisante, et Zoé qui soit charmante dans sa candeur enfantine. Pour autant, les personnages ne provoquent pas non plus une sensation de dégoût : ils apparaissent très humains, car imparfaits. La narration visuelle prend soin d’être entièrement au service du récit, sans esbroufe, l’usage d’un unique registre graphique mettant tout sur le même plan, sans l’effet Whaouh ! habituel dans les comics de superhéros par exemple. Cela permet de plus facilement faire accepter l’apparence de plus en plus extraordinaire de Paul Forvolino au fur et à mesure de sa transformation. L’histoire est donc racontée par Paul Forvolino qui se dépeint comme un individu soumis, conscient de son inadéquation sociale : soumis à sa hiérarchie professionnelle qui l’exploite, mauvais mari trop fatigué (et trompé par son épouse), père absent et ami toujours absent aux invitations. À la suite d’un accident de laboratoire, un organisme s’infiltre dans son corps, se développant progressivement. Tel Peter Parker, sa vie en est transformée. Il s’agit là de sa vie professionnelle et privée : il ne revêt pas un costume moulant et voyant, son corps devient athlétique, il gagne en intelligence. Il devient ce dont il a rêvé : un employé exceptionnel et reconnu par sa hiérarchie, un père attentionné, un ami disponible, un amant remarquable. Certes, il doit faire avec une vilaine tâche bleuâtre sur la main droite. Ses chefs le respectent (il fait gagner de l’argent à l’entreprise), ses amis le respectent, sa femme l’admire… Enfin cette dernière sent bien que cela remet la fonction qu’elle avait dans le couple. Le lecteur repense à la présentation initiale que l’autrice fait d’elle (Rebecca Forvolino, poussée vers Paul par un saint esprit de sacrifice, à moins qu’il ne s’agisse d’une prédisposition particulière à la souffrance) et il mesure à quel point la scénariste a joué cartes sur table. Lui sent bien qu’il n’est pas à l’aise dans ce rôle de gagnant, d’individu remarquable. Il y a un prix à payer : l’invasion corporelle du lichen peut être prise au premier degré comme un récit d’horreur corporelle, ainsi que comme une métaphore. Cette réussite contamine la personnalité même de Paul Forvolino, ce dont il a conscience et ce qui le mine. Au fond de lui-même, il reste cet individu qui encaisse, qui ravale, qui voit ses propres manquements, qui se dénigre. La caractéristique polymorphe du récit continue : le personnage principal ne sait que faire de ces capacités incroyables ce qui l’amène à se sentir toujours aussi inadapté et inutile, la relation avec son épouse ne retrouve pas une dynamique constructive, celle avec sa fille se trouve dégradée par son apparence. Il a la sensation que ses capacités extraordinaires proviennent uniquement de l’organisme qui est en lui, plutôt que de lui-même. De l’état d’inadapté, il est passé à celui de paria. Certes, il pourrait jouir du prestige de l’uniforme, celui d’employé performant, ou celui de mari attentionné, de père gentil, ou de fils prenant soin de ses parents, mais autant les circonstances que sa personnalité l’en empêche. Derrière une couverture des plus singulières, le lecteur découvre la vie de Paul Forvolino, chercheur dans un laboratoire pharmaceutique, mari et père, exploité par son employeur et absent auprès de sa famille et encore plus de ses amis. La narration visuelle entraîne le lecteur dans des lieux très concrets et banals, bien détaillés, et baignant dans une ambiance à la fois cafardeuse et doucereuse à laquelle il est impossible d’échapper. Le personnage principal obtient ce qu’il veut grâce à un accident professionnel fortuit. Mais il faut faire attention à ce que l’on souhaite car le pire est que cela risque d’arriver. Or même ces circonstances extraordinaires sont impuissantes à changer la nature d’un individu. Comment apprécier ce que l’on a ? Une belle réflexion adulte.

10/06/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
L'avatar du posteur Ro

La genèse d'un super-héros à la française, ou plutôt d'un super-héros malgré lui. Davantage qu'un récit de pouvoirs extraordinaires, c'est une histoire qui s'intéresse aux conséquences psychologiques, sociales et familiales d'une transformation que son protagoniste ne maîtrise ni ne comprend vraiment. J'ai apprécié la quantité d'idées originales que l'album développe alors qu'il a désormais plus de vingt ans. La symbiose avec le lichen, la critique du monde de l'entreprise, la réflexion sur la réussite sociale, le couple et le regard des autres donnent au récit une personnalité particulière, loin des codes habituels du super-héros américain. L'accident qui met Paul en symbiose avec un lichen et lui confère progressivement des capacités extraordinaires pourrait donner naissance à un récit de super-héros classique. Pourtant, l'album prend une direction bien plus originale. Les pouvoirs restent finalement secondaires face à l'exploration de l'identité du héros, de son mal-être chronique et de son incapacité à trouver sa place, même lorsqu'il obtient enfin la reconnaissance qu'il recherchait. J'ai été assez amusé par l'entreprise dystopique où le héros se dévoue aveuglément au travail au détriment de sa famille, organisée selon un système de couleurs de blouses qui détermine le rang des chercheurs. C'est caricatural, mais suffisamment pertinent pour illustrer un univers professionnel déshumanisé où chacun est réduit à sa fonction et à sa rentabilité. L'autre originalité de ce récit est sa relation avec son épouse Rebecca. On découvre progressivement qu'elle mène en secret une vie liée au BDSM, élément qui pourrait sembler gratuit ou provocateur mais qui trouve finalement sa place dans la dynamique du couple. Ce qui la lie à Paul n'est pas seulement de l'amour ou de la compassion : elle voit en lui quelqu'un qu'elle peut protéger, soutenir et accompagner précisément parce qu'il est fragile et imparfait. Cette relation étrange, parfois un peu loufoque, reste pourtant étonnamment crédible et constitue le moteur émotionnel de l'intrigue. À mesure que la transformation de Paul progresse, c'est tout l'équilibre du couple qui se trouve remis en question. Graphiquement, je suis plus réservé. Le dessin est maîtrisé et possède une vraie personnalité, avec un style qui m'a souvent rappelé celui de Blutch. En revanche, son aspect sombre, rugueux et parfois volontairement peu flatteur pour les personnages n'est pas ma tasse de thé. Cela participe toutefois parfaitement à l'ambiance mélancolique et pessimiste du récit. Même si je ne suis jamais totalement entré dans cette atmosphère dépressive qui imprègne l'album jusqu'à son terme, j'ai apprécié l'originalité de son scénario, la richesse de ses thèmes et cette façon singulière de détourner le mythe du super-héros.

04/06/2026 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Étrange, amusant et un peu angoissant, mais aussi un peu inabouti, voilà les réflexions qui me viennent à l’esprit après avoir fini cet album. Comme dans le film « La mouche » de Cronenberg, nous suivons Paul, un scientifique qui, suite à une fausse manipulation, voit son corps et son comportement modifiés – son métabolisme, son « être », est envahi par le lichen (sur lequel il menait des recherches), avec lequel il fusionne. Du coup Paul, exploité cyniquement par ses employeurs, écrasé par ses collègues carriéristes, moqué et humilié par ses « amis », se transforme brutalement en winner hyper positif et infatigable, évinçant ses collègues, bluffant son patron – qui ne songe plus à le lourder, etc. Mais c’est surtout avec sa femme que cela change : il pourrait la reconquérir – en effet, peu satisfaite de son falot de mari (jamais présent, toujours au boulot), celle-ci satisfait ses besoins sexuels auprès de compagnons sado-masochistes. Mais voilà, les métamorphoses de Paul ne s’arrêtent pas, il ne maîtrise pas la force du lichen qui est en lui ! Devenu un super héros, mais aussi une super menace, il n’arrive pas à trouver un équilibre satisfaisant. L’histoire, à mi-chemin entre le loufoque et le fantastique, se laisse lire facilement. Au fantastique se mêlent des questionnements intemporels, comme l’exploitation salariale, le poids des laboratoires pharmaceutiques, l’hypocrisie et la vacuité de certaines relations sociales : certains dialogues (entre les couples « d’amis ») sont d’une sobre violence. Il y a aussi, des réflexions autour de la norme, du statut de héros, et des possibilités pour un « super-héros » de redevenir un être normal. En cela la réflexion finale de Paul est d’une amertume très dure. Et couvre d’ironie le titre de l’album (que j’ai lu dans son édition d’origine, avec une couverture que j’ai trouvée plus proche de ce que contient l’album – et plus belle). Le dessin de Micol, au trait gras, avec une colorisation elle aussi sombre et « pâteuse », convient très bien à la narration de l’intrigue. Une lecture sympathique, que je vous recommande. Note réelle 3,5/5.

30/01/2021 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
L'avatar du posteur Gaston

La déconstruction du mythe de super-héros n'est pas nouvelle vu que c'est en vogue de faire ça depuis au moins les années 80. J'ai donc lu cet album en ayant un peu peur de voir un truc déjà vu , surtout que le héros ressemble vraiment à Docteur Manhattan et que lui aussi est chercheur qui devient par accident un super-héros avec des pouvoirs. Heureusement, j'ai bien accroché. Le héros est un vrai loser et sa vie va bien sur basculer lorsqu'il va obtenir ses pouvoirs. Le scénario est bien ficelé et j'ai bien aimé comment les auteurs mettent en avant la vie familiale du personnage principal et comment le fait d'avoir des pouvoirs va avoir des répercussions sur sa vie privée. C'est un thème très utilisé dans les comics de super-héros normal, mais ici c'est utilisé de manière tellement intelligente et un peu noir que ça m'a paru original ! Il y a des thèmes abordés intéressants et de bons dialogues. Le dessin ne m'a pas dérangé quoique je comprends que certains n'aiment pas ce style. Un bon album qui mélange habillement les super-héros et le roman graphique !

31/08/2019 (modifier)
Par Jetjet
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Jetjet

Traiter de la genèse des Super-héros n'est pas une entrée inédite en la matière notamment depuis les années 80 et l'école Moore-Miller et leurs œuvres fondatrices respectives. Pourtant la scénariste Loo Hui Phang propose un point de vue audacieux en s’immisçant dans le quotidien d'un loser qui a tout loupé, de sa vie familiale sur le point d'imploser et d'un quotidien professionnel écrasant et pessimiste. Le trait charbonneux de Hugues Micol rappelant par moments celui de Blutch appuie tout à fait un scénario anxiogène : les couleurs sont ternes afin de plomber encore plus un destin qui échappe à tout contrôle. Un grand pouvoir engage de grandes responsabilités. C'est ici tout à fait le contraire : Paul Forvolino travaille dans une entreprise pharmaceutique à une cadence infernale. Les employés sont socialement désignés par la couleur de la blouse qu'ils portent. Sa vie de couple n'est pas des plus sereines. Il ne voit sa gamine qu'au coucher et réchauffe régulièrement ses plats pendant que son épouse Rebecca trompe cet ennui conjugal par des pratiques libertines Sado Maso. C'est à la suite d'une fausse manipulation à base de lichen que Paul va muer en une espèce d'être bleu rappelant Docteur Manhattan. Il lui sera par ensuite impossible de vivre normalement avec ce nouveau corps. Adieu boulot et libido, Paul va se terrer comme une bête incomprise jusqu'au déclic final qui fera de lui un héros ou un éternel solitaire ? Malgré quelques facilités, il faut prendre Le Prestige de l'Uniforme pour ce qu'il est et n'a jamais cessé d'être : un conte social d'une extrême noirceur. Plus proche de l'adaptation de La Mouche par Cronenberg que de Spider-Man (dont Paul emprunte le masque pour cacher sa nouvelle apparence), ce récit est à la fois d'une poésie extrême avec de savoureux dialogues qu'un constat amer sur l'isolement. Le couple Paul-Rebecca est parfaitement mis en lumière et sans concessions. Hugues Micol se révèle une fois de plus l'artiste idéal pour illustrer cette histoire. Certains de ses cadrages (notamment lors de la transformation/rêverie) sont tout simplement époustouflants. On peut regretter certains choix mais pas la direction artistique qui fait du Prestige de l'Uniforme une pépite comme on peut rarement en lire. Dommage que la couverture de la réédition en fera fuir plus d'un, les autres lecteurs qui passeront ce cap vont se retrouver avec un condensé de dépression sous haute tension. La fin est de surcroît juste parfaite.

23/05/2019 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
L'avatar du posteur Erik

Le prestige de l'uniforme a été plutôt une vraie surprise. Je ne suis pas habitué à découvrir des super-héros sous cette forme. On se demande presque si on est dans l'univers de ces fameux super-héros. Cela peut dérouter pas mal de lecteurs ... En guise de départ pour ce récit, nous aurons même droit à un super loser. Il va peu à peu prendre de l'assurance en même temps que sa transformation physique suite à une expérience de laboratoire qui a mal tourné avec une culture de lichens. Cependant, ce qui est vraiment original, c'est le fait qu'avant de se découvrir au monde, il va y avoir un véritable enjeu familial. Tout va se concentrer sur la relation plutôt bizarre qu'il entretient avec son épouse qui ne veut pas le perdre. J'ai trouvé cela assez touchant. Cela donne un peu d'humanité à un univers qui est généralement plus proche du fantastique que de la chronique proche d'un roman graphique. Pour accéder à la gloire, il faut toujours payer un prix ... L'originalité étant de mise, j'accorde allègrement les 4 étoiles d'autant que la lecture a été plutôt agréable avec un dessin conforme à mes attentes même si la forme aurait pu faire l'objet d'une nette amélioration graphique.

03/04/2010 (modifier)
Par Miranda
Note: 2/5
L'avatar du posteur Miranda

Je suis assez déçue par cette lecture, je pensais avoir affaire à un récit plus fantastique alors qu'il est essentiellement axé roman graphique. Il ne s'agit quasiment que de la vie privée et des pensées intimes de Paul Forvolino, sa transformation en homme de lichen doté de super-pouvoirs n'est que prétexte à une analyse intérieure. Il n'est question que de sa famille, ses amis, ses collègues de travail, son petit train-train quotidien, sa petite vie morne et fade, tout ceci pour aboutir à un constat peu enthousiasmant : quand on est médiocre on le reste quoi qu'il arrive et même si l'on devient un super-héros. Le titre est par contre bien trouvé, Forfolino, petit soldat qui mène sa petite guerre intérieure. Malheureusement le dessin qui est d'une grande laideur n'arrange pas les choses, c'est un style me direz-vous, mais lorsque je vois le superbe graphisme de Micol dans Terre de feu, j'accepte encore moins cette horreur visuelle. Dans la même veine j'ai préféré L'Enfer des Désirs avec aussi un super-héros qui se pose un tas de questions sur sa condition de sauveur ainsi que sur sa vie personnelle, mais ici au moins c'est beau, bien écrit et pas déprimant.

27/08/2009 (modifier)
Par pol
Note: 3/5
L'avatar du posteur pol

J’ai trouvé cette histoire plutôt pas mal. Le héros est un véritable loser sur toute la ligne. Aussi bien au boulot qu’avec ses amis ou même sa famille, rien ne se passe bien. Il a tout faux du début à la fin. Ce personnage est bien mis en scène et il est très crédible. C’est parfois un peu touchant de le voir rater sa vie comme ça. Certaines situations font elles un peu sourire. Finalement je suis passé par pas mal de sentiments au cours de cette lecture. Il y a quelques passages où l’histoire aurait mérité d’être développée un peu plus, comme l’accident par exemple. Enfin la dernière partie est intéressante. Notre loser se retrouve dans la peau d’un super héros un peu particulier. Comment va t-il vivre cette nouvelle vie ? Cela va t-il régler ses nombreux problèmes ? Les réponses apportent une vision très différente du super héros habituel. Un mot sur le dessin pour conclure : pas du tout mon style, dommage je n’ai pas trop accroché.

16/11/2007 (modifier)
Par L'Ymagier
Note: 3/5

Un album d'une certaine longueur -quelque 80 pages- qui ne se fait pourtant pas ressentir à sa lecture. J'y ai suivi Paul, employé dans une entreprise pharmaceutique, dont la charge de travail lui fait délaisser sa famille et ses amis. Pourtant, Paul n'est pas ce qu'on pourrait appeler un employé "modèle". Alors qu'il va recevoir sa lettre de licenciement, une expérience ratée va changer le cours de sa vie... Loo Hui Phang, UNE scénariste (plutôt rare en BD) m'a ici proposé une variation -empreinte de féminité- familiale autour du mythe du super-héros malgré lui ; un personnage qui va plonger dans le doute. Cette fable, car c'en est une, est finement élaborée au niveau psychologique. Une fable, d'ailleurs, qui va prendre une véritable épaisseur graphique sous le trait puissant, dense, et surtout charbonneux de Micol. Comme l'eau et le feu. Pour un heureux mélange. Concepts textuels et graphique intéressants.

01/03/2007 (modifier)
L'avatar du posteur DaredevilVF

J'ai vraiment accroché au désespoir du personnage principal, à sa société absurde qui caricature tellement bien la nôtre, à la médiocrité de tout le monde, à ce combat du train-train quotidien et de comment y échapper. Le thème du super-héros a été bien réapproprié, avec dessus une belle réflexion plus noire et plus effrayante que celle de Moore par exemple (à mon avis). Un volume que je suis fier d'avoir dans ma bibliothèque.

07/08/2006 (modifier)