Très bonne BD effectivement : nous sommes dans un monde peuplé d'animaux anthropomorphiques, dans une temporalité qui semble se situer dans un Moyen-Âge alternatif, avec cependant un pays qui reprend tous les codes de l’Égypte antique.
Le personnage principal est un Lion borgne amnésique, souverain déchu, qui partage son corps et son esprit avec une espèce de démon : un gnou au corps à moitié écorché qui se manifeste quand son hôte meurt, et qui cible prioritairement les herbivores (ou tous ceux les menaçant).
Sa route croise un jeune enfant enlevé et utilisé comme esclave par une secte, qu'il va libérer bien involontairement.
S'en suit un voyage entre ces deux compagnons improbables, l'un ayant besoin des muscles de l'autre pour rentrer, et le lion ayant besoin du petit pour le guider et l'aider à retrouver son passé que l'on devine sanglant (il semblerait que le lion soit responsable de la mort de toute sa famille).
Il y a effectivement un très bon équilibre entre combats (sanglants à souhaits mais rigolos, un peu à la manière de Ken le Survivant), intrigues politiques, et simples moments de tendresse incarnés par l'enfant.
Je recommande
William Roy pour son premier album a choisi un sujet très difficile. Même si cela lui a permis d'extérioriser toutes les difficultés et les angoisses qu'il a traversées avec son épouse pour avoir un enfant, la FIV est un sujet technique et éthique assez pointu.
La grande qualité du livre pour moi, est que le scénario ne s'embourbe pas dans une biologie trop lourde avec des protocoles interminables. C'est d'ailleurs la partie vulgarisation des protocoles qui m'a le moins intéressé. Peut-être parce que je me sentais moins concerné ou que je connaissais déjà pas mal de choses.
Par contre j'ai été très agréablement surpris par le déroulé du scénario qui joue sur deux niveaux très bien pensés. Le pauvre Guillaume porte à la fois la culpabilité (illégitime) de rencontrer un problème avec son sperme mais aussi, il porte en lui une blessure relationnelle profonde avec son père.
Cette position centrale d'une paternité voulue mais improbable et d'un modèle paternel qu'il a subi et meurtri construit un surplus d'émotions et d'ambiances psychologiques complexes, ce qui enrichit beaucoup le série. Le paroxysme de cette intensité dramatique est le moment où Guillaume doit choisir entre les retrouvailles avec son père et l'hospitalisation d'Emma.
Ce que je trouve remarquable aussi, est que l'auteur réussit à introduire des moments comiques assez inattendus et très bien placés. L'hommage à Gotlib ne pouvait pas être mieux placé lors des séances de "recueils".
Le graphisme convient parfaitement à ce type de série qui est presque autant reportage/documentaire que roman graphique à mon avis. C'est l'enchaînement des difficultés et la palette des sentiments et des expressions de Guillaume et Emma qui priment sur le réalisme du dessin.
On trouve de petites piques à l'encontre d'une partie des médecins rencontrés. Je dois avouer que j'ai bondi quand ses premiers médecins ne lui ont pas demandé d'arrêter de fumer (surtout 10/j !!!) dès son premier rendez-vous.
Une lecture vraiment intéressante qui a su aller bien au-delà d'un simple exposé de vulgarisation scientifique, mais qui aborde des notions sur la paternité très pertinentes.
Moomin est un curieux personnage, un troll en forme d’hippopotame dont il n’existe qu’une seule famille, vivant dans la vallée des Moomins.
Né de l’imagination d’une artiste finlandaise, il prend vie d’abord sous forme de roman jeunesse à la fin de la guerre. L’auteure le déclinera en bd dans les années 50. C’est donc vieux et pourtant, c’est d’une incroyable modernité.
J’ai découvert les Moomins en cherchant de la littérature jeunesse pour mes enfants. Et bien sûr je lis tout avant de leur donner. Et je suis tombée amoureuse, littéralement. Des romans.
Je n’ai lu la forme bd que bien après, et c’est ça qui me perturbe un peu dans mon avis, j’ai du mal à faire la part des choses.
J’aime beaucoup la bd. Comme je le disais, malgré l’âge, je la trouve très moderne, le dessin, la mise en page, le rythme. Le dessin est incroyable, quelle expressivité sur ces hippopotames sans bouche, avec quelques traits, toutes les émotions passent. Les autres créatures peuplant cette vallée sont bien expressives aussi. Et l’auteure utilise joyeusement les objets et éléments du décor pour séparer les cases, j’adore.
Le rythme est soutenu, Moomin et ses amis vivent de petites aventures de quelques pages. L’intérêt est renouvelé par les thématiques différentes. Parfois purement divertissantes mais souvent sujets de société. Le rapport à l’autorité, la reconnaissance sociale, l’amitié, le désir de posséder, l’image de soi, la jalousie… Vous ai-je dit déjà que c’était moderne ? On s’attendrait presque à voir un thème sur les réseaux sociaux et les likes…
Voilà, quatre étoiles pour la bd, mais j’en aurais mis cinq pour les romans. Surtout le premier que j’ai lu, « Moumine le troll », petit pamphlet contre la société de consommation bien enrobé en conte pour enfants, j’adore.
Moomin est une institution en Scandinavie. Au Japon aussi où il s’est largement exporté. Succès bien mérité.
J’aime beaucoup les albums de Rodolphe, et son nom sur une couverture est pour moi un signe encourageant… nouvelle bonne pioche avec « Iruene », même si cette histoire est finalement surtout le fruit de l’imagination de Griffo. Ce dernier habite depuis 1990 sur la petite île de La Palma, qui a servi d’inspiration pour ce récit.
J’ai trouvé l’intrigue prenante et bien construite. On nage en plein mystère en début d’album : s’agit-il de rêves ? De réincarnation ? De portes sur d’autres mondes ? De voyage dans le temps ? Les réponses arrivent petit à petit, et sont satisfaisantes, en ce qui me concerne en tout cas. Le dénouement final n’est certes pas des plus originaux, mais m’a personnellement beaucoup plu.
La mise en image de Griffo est exemplaire, le dessin est clair, la narration parfaite. Et le travail d’édition de Daniel Maghen est de qualité, comme d’habitude. A noter une interview intéressante de Griffo par Rodolphe en fin d’album.
Un chouette one shot.
Je me doutais que j’allais aimer, mais c’est au-dessus de mes attentes (à souligner), un album maîtrisé de bout en bout.
Je connaissais Thomas Gilbert via sa série Bjorn le Morphir, sympathique mais sans plus. Ici l’auteur franchit un cap à mes yeux.
La partie graphique est fort réussie, c’est fluide et détaillée. La représentation de la forêt y est magnifique (voir les planches en galerie) et les personnages sont bien campés, excessif/déformé dans leurs émotions.
L’histoire n’est pas en reste, l’adaptation libre de l’auteur d’un fait tristement célèbre est assez magistrale, j’ai beaucoup aimé sa construction jusqu’à l’inéducable. La montée en puissance de la folie humaine dans ce village isolé est très bien rendu, et malheureusement toujours d’actualité avec certains fanatiques.
Après lecture je me suis renseigné d’avantage sur les faits réels pour voir les disparités avec notre récit (en gros ça a touché plusieurs hameaux et aussi quelques hommes). Mais ça n’enlève en rien à la version de l’auteur, bien au contraire. Une œuvre forte.
Franchement bien et à faire tourner.
En 1992 à Rio, 120 chefs d’États dont Bill Clinton nous avaient abreuvé de beaux discours et de belles promesses quant à leur volonté de faire un réel effort pour sauver la planète (pour faire court).
Je lis "Les Bourrinologues" comme une réponse cinglante et documentée à toutes ces paillettes et ces paroles hypocrites qui n'ont été suivies d'aucune réelle volonté politique (à part celle des îles Marshall peut être). "COP = Caca" porte le T-shirt d'Alex pauvre stagiaire de 3eme dont l'avenir est bien compromis auprès de nos trois bourrinologues.
Le scénario développe neuf cas exemplaires qui montrent que depuis 1990 TOUT s'est aggravé dans l'insouciance de nos responsables politiques et de nos populations anesthésiées par internet (le passage avec Larry Page est delicious).
J'ai une préférence pour les récits des tomates bio espagnoles et celui de la Silicone Valley. Mais tous les chapitres sont excellents et révèlent l'hypocrisie et la bêtise de notre comportement aujourd'hui encore.
J'aime beaucoup le graphisme qui mêle dessins et photos. Les exposés sont précis, clairs et terrifiants. C'est moderne avec un public cible d'ados de 15/18 ans. Mais dialogues et graphisme s'adressent à tous grâce à un HDV (Humour De Vieux) particulièrement percutant.
Une série engagée et assez terrifiante quand on gomme le second degré. J'ai vraiment beaucoup aimé.
Cette série a été une vraie surprise quand je l'ai lue. Je connais Joël Alessandra pour ses histoires africaines (Séjour en Afrique, Fikrie) où son graphisme aquarelle fait la part belle à l'onirisme de ses récits le plus souvent humanistes.
Pour Fleur la poésie ne trouve sa place que sur la tout fin du récit lorsqu'elle a vaincu une partie des obstacles rencontrés depuis ses quatre ans.
Comme Derib (Jo), Lax (Des maux pour le dire), Aurélie Crop (Comme une comète), Alessandra prête son grand talent et sa profondeur humaine pour faire connaître une maladie génétique : la Neurofibromatose de type 1.
La structure du récit est assez similaire à chaque fois. Insouciance bienheureuse, découverte de la maladie, angoisses, difficultés rencontrées puis soutiens médicaux et associatifs et réveil de la combativité pour mettre à mal la fatalité pour finalement découvrir en soi des ressources et des potentiels insoupçonnés.
On sent Alessandra attentif à ne pas trahir les jeunes patients qu'il a rencontrés, quitte à mettre un frein à sa créativité personnelle que l'on trouve dans ses autres ouvrages.
Son graphisme est très soigné tant dans les extérieurs bretons que dans les expressions de Fleur et de ses parents, ainsi que pour les personnages du milieu médical ou scolaire. Pas vraiment d'intensité dramatique car Fleur reste à un stade handicapant mais contrôlé au moins pendant le temps choisi du récit.
C'est donc un ouvrage de soutien optimiste qui rend hommage à tous les professionnels ou bénévoles qui gravitent autour de cette maladie.
J'ai toujours un faible pour ce type d'ouvrage et on ne peut que remercier les artistes qui mettent leur talent au service des plus vulnérables.
Une lecture attendrissante de bonne qualité.
Je suis bien d'accord avec Gruizzli, la jeune artiste roumaine Ileana Surducan est vraiment talentueuse. La série qu'elle nous propose avec Ced est un petit bijou d'oeuvre pour la jeunesse.
Directement inspiré d'une ambiance à la Poe, ce récit fantastique est très bien construit avec une véritable intrigue et un dénouement à la fois tendre et fort, loin de toute mièvrerie commerciale.
Car le scénario aborde des thèmes forts comme la mort, le pardon ou la séparation d'êtres que l'on a appris à aimer.
J'aime bien ces histoires à la Shining ou l'enfant possède le don de voir ce que les adultes ignorent. Il y a une sorte de passerelle entre le monde de l'enfance et le monde de l'artiste. Cela nous libère parfois d'un rationalisme borné.
Le graphisme d'Ileana se prête à merveille à l'illustration du scénario avec une Charlotte pas si je-sais-tout que çà. Je trouve qu'elle dégage une expressivité très empathique avec ses grands yeux, sa figure aux crayons de couleurs dans cet univers si coloré mélange de crayons de couleurs et d'aquarelles.
L'introduction de Chuck est une vraie trouvaille à la fois dans le scénario mais aussi grâce au graphisme. La représentation des fantômes est aussi très aboutie soit sous leur forme humaine soit sous leur forme spirituelle.
Je trouve cette série très équilibrée entre sa construction littéraire et sa construction graphique.
Une belle découverte et une lecture très plaisante pour les jeunes mais pas que.
Sorti conjointement avec l'album Jesse James, dans cette collection la Véritable histoire du Far West, avec une superbe couverture, l'album "Wild Bill Hickok" adopte la même approche, il s'agit d'un biopic très réaliste où Dobbs, comme il l'a fait sur Jesse James, revisite le mythe du personnage devenu une véritable légende vivante. Ses exploits sont en effet légendaires car ils ont été considérablement romancés, aussi, il est louable que les auteurs de cet album jouent la carte d'un biopic historique. Hickok fut l'une des plus fameuses gâchettes de l'Ouest, il a marqué cette histoire du vieux Far West et a inspiré de nombreux films parmi lesquels on retiendra surtout Une aventure de Buffalo Bill en 1936, avec Gary Cooper dans le rôle d'Hickok, Little Big Man en 1970 où le rôle était tenu par Jeff Corey (dans une scène cocasse), le Bison blanc en 1977, récit imaginaire mais fidèle à la légende où Hickok était incarné par Charles Bronson, et surtout Wild Bill en 1995 où Jeff Bridges campait le gunfighter face à Ellen Barkin en Calamity Jane. C'est probablement le film qui s'approche le plus de la vraie histoire d'Hickok, et Bridges s'était fait la tête adéquate.
Wild Bill eut une vie bien remplie et tumultueuse, il a représenté la loi au Kansas, mais c'était surtout un gunfighter, il a tué pas mal de types, qui l'avaient sûrement mérité, c'est pourquoi il était rongé par de vieux démons (violence, alcool, femmes, jeu), c'est ce qui est montré dans cette biographie que j'ai trouvé plutôt fidèle en la comparant à mon Histoire du Far West de jean-Louis Rieupeyrout. Les auteurs content sa vie au travers de divers souvenirs, la narration se fait par flashbacks jusqu'à sa mort tragique, en relatant le passé par tranches de vie qui semblent très courtes et que je trouve un peu trop résumées (notamment la relation avec Calamity Jane). Cependant, ils ont su saisir le personnage à travers ces épisodes si courts soient-ils, tout en révélant des pans moins connus de sa personnalité, le récit reste constamment captivant.
Hickok a inspiré aussi des Bd ces derniers temps chez d'autres éditeurs, preuve que le personnage fascine le public avide de western, puisqu'on le retrouve dans la série Wild West et aussi dans West Legends ; je n'ai pas encore lu le second, mais le premier s'intéresse surtout à sa relation avec Calamity Jane, on peut donc dire que toutes ces Bd ne se cumulent pas, elles sont complémentaires et cernent le personnage sous différents angles. A noter que Hickok était aussi apparu dans un tome de la série Trent.
Le dessin adopte un angle sombre, violent et crépusculaire, comme dans Jesse James, c'est un dessin musclé et nerveux qui est en même temps nostalgique, avec une mise en page impressionnante, des cadrages de différentes tailles, des angles de vue audacieux et cinématographiques, j'aime beaucoup ce découpage. Ennio Bufi a reproduit fidèlement la silhouette familière de Wild Bill avec sa grande moustache, sa longue chevelure et son habit long caractéristique qui lui donnait une allure de dandy. La dernière page montre son assassinat honteux à l'âge de 39 ans, tué alors qu'il jouait au poker ; sa combinaison de cartes fut surnommée ensuite Dead man's hand (la main du mort) avec 2 as noirs, 2 huit noirs et le valet de carreau.
Voila encore un bon one-shot qui en annonce d'autres dans cette collection, en espérant qu'il soient d'excellente qualité, et qui compte pour l'instant 2 belles réussites. On trouvera en fin d'album un remarquable dossier historique qui donne des infos complémentaires dont certaines non développées dans la narration.
J'aime bien le travail de Jano dans sa vision sur l'Afrique des années 80. J'avais déjà beaucoup apprécié "Sur la Piste du Bongo" et je retrouve sa vision à la fois tendre et humoristique dans son carnet de voyage.
Je suis bien d'accord avec Mac Arthur quand il précise que l'on peut difficilement considérer cette série comme une BD. Mais je suis encore plus d'accord avec Ro sur la valeur de l'ouvrage. L'unité du récit tient au delà des dialogues et des mots sur l'universalité des situations rencontrées, quel que soit le coin d'Afrique visité.
Du Soudan au Congo, du désert à la forêt, on retrouve cette harmonie avec l'environnement. La mise en couleur chaude est vraiment à mon goût et j'aime bien sa représentation mi humaine mi animalière des personnages.
Pour conclure, Jano nous fait un portrait d'une Afrique où il fait bon vivre même si corruption et coupeurs de routes sont présents au détour d'une page. La bière coule à flot, la musique à donf, les filles sont jolies, on y voyage librement. Un vrai petit ballon d'oxygène un brin nostalgique. 3.5
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L'Ogre Lion
Très bonne BD effectivement : nous sommes dans un monde peuplé d'animaux anthropomorphiques, dans une temporalité qui semble se situer dans un Moyen-Âge alternatif, avec cependant un pays qui reprend tous les codes de l’Égypte antique. Le personnage principal est un Lion borgne amnésique, souverain déchu, qui partage son corps et son esprit avec une espèce de démon : un gnou au corps à moitié écorché qui se manifeste quand son hôte meurt, et qui cible prioritairement les herbivores (ou tous ceux les menaçant). Sa route croise un jeune enfant enlevé et utilisé comme esclave par une secte, qu'il va libérer bien involontairement. S'en suit un voyage entre ces deux compagnons improbables, l'un ayant besoin des muscles de l'autre pour rentrer, et le lion ayant besoin du petit pour le guider et l'aider à retrouver son passé que l'on devine sanglant (il semblerait que le lion soit responsable de la mort de toute sa famille). Il y a effectivement un très bon équilibre entre combats (sanglants à souhaits mais rigolos, un peu à la manière de Ken le Survivant), intrigues politiques, et simples moments de tendresse incarnés par l'enfant. Je recommande
De père en FIV
William Roy pour son premier album a choisi un sujet très difficile. Même si cela lui a permis d'extérioriser toutes les difficultés et les angoisses qu'il a traversées avec son épouse pour avoir un enfant, la FIV est un sujet technique et éthique assez pointu. La grande qualité du livre pour moi, est que le scénario ne s'embourbe pas dans une biologie trop lourde avec des protocoles interminables. C'est d'ailleurs la partie vulgarisation des protocoles qui m'a le moins intéressé. Peut-être parce que je me sentais moins concerné ou que je connaissais déjà pas mal de choses. Par contre j'ai été très agréablement surpris par le déroulé du scénario qui joue sur deux niveaux très bien pensés. Le pauvre Guillaume porte à la fois la culpabilité (illégitime) de rencontrer un problème avec son sperme mais aussi, il porte en lui une blessure relationnelle profonde avec son père. Cette position centrale d'une paternité voulue mais improbable et d'un modèle paternel qu'il a subi et meurtri construit un surplus d'émotions et d'ambiances psychologiques complexes, ce qui enrichit beaucoup le série. Le paroxysme de cette intensité dramatique est le moment où Guillaume doit choisir entre les retrouvailles avec son père et l'hospitalisation d'Emma. Ce que je trouve remarquable aussi, est que l'auteur réussit à introduire des moments comiques assez inattendus et très bien placés. L'hommage à Gotlib ne pouvait pas être mieux placé lors des séances de "recueils". Le graphisme convient parfaitement à ce type de série qui est presque autant reportage/documentaire que roman graphique à mon avis. C'est l'enchaînement des difficultés et la palette des sentiments et des expressions de Guillaume et Emma qui priment sur le réalisme du dessin. On trouve de petites piques à l'encontre d'une partie des médecins rencontrés. Je dois avouer que j'ai bondi quand ses premiers médecins ne lui ont pas demandé d'arrêter de fumer (surtout 10/j !!!) dès son premier rendez-vous. Une lecture vraiment intéressante qui a su aller bien au-delà d'un simple exposé de vulgarisation scientifique, mais qui aborde des notions sur la paternité très pertinentes.
Moomin
Moomin est un curieux personnage, un troll en forme d’hippopotame dont il n’existe qu’une seule famille, vivant dans la vallée des Moomins. Né de l’imagination d’une artiste finlandaise, il prend vie d’abord sous forme de roman jeunesse à la fin de la guerre. L’auteure le déclinera en bd dans les années 50. C’est donc vieux et pourtant, c’est d’une incroyable modernité. J’ai découvert les Moomins en cherchant de la littérature jeunesse pour mes enfants. Et bien sûr je lis tout avant de leur donner. Et je suis tombée amoureuse, littéralement. Des romans. Je n’ai lu la forme bd que bien après, et c’est ça qui me perturbe un peu dans mon avis, j’ai du mal à faire la part des choses. J’aime beaucoup la bd. Comme je le disais, malgré l’âge, je la trouve très moderne, le dessin, la mise en page, le rythme. Le dessin est incroyable, quelle expressivité sur ces hippopotames sans bouche, avec quelques traits, toutes les émotions passent. Les autres créatures peuplant cette vallée sont bien expressives aussi. Et l’auteure utilise joyeusement les objets et éléments du décor pour séparer les cases, j’adore. Le rythme est soutenu, Moomin et ses amis vivent de petites aventures de quelques pages. L’intérêt est renouvelé par les thématiques différentes. Parfois purement divertissantes mais souvent sujets de société. Le rapport à l’autorité, la reconnaissance sociale, l’amitié, le désir de posséder, l’image de soi, la jalousie… Vous ai-je dit déjà que c’était moderne ? On s’attendrait presque à voir un thème sur les réseaux sociaux et les likes… Voilà, quatre étoiles pour la bd, mais j’en aurais mis cinq pour les romans. Surtout le premier que j’ai lu, « Moumine le troll », petit pamphlet contre la société de consommation bien enrobé en conte pour enfants, j’adore. Moomin est une institution en Scandinavie. Au Japon aussi où il s’est largement exporté. Succès bien mérité.
Iruene
J’aime beaucoup les albums de Rodolphe, et son nom sur une couverture est pour moi un signe encourageant… nouvelle bonne pioche avec « Iruene », même si cette histoire est finalement surtout le fruit de l’imagination de Griffo. Ce dernier habite depuis 1990 sur la petite île de La Palma, qui a servi d’inspiration pour ce récit. J’ai trouvé l’intrigue prenante et bien construite. On nage en plein mystère en début d’album : s’agit-il de rêves ? De réincarnation ? De portes sur d’autres mondes ? De voyage dans le temps ? Les réponses arrivent petit à petit, et sont satisfaisantes, en ce qui me concerne en tout cas. Le dénouement final n’est certes pas des plus originaux, mais m’a personnellement beaucoup plu. La mise en image de Griffo est exemplaire, le dessin est clair, la narration parfaite. Et le travail d’édition de Daniel Maghen est de qualité, comme d’habitude. A noter une interview intéressante de Griffo par Rodolphe en fin d’album. Un chouette one shot.
Les Filles de Salem
Je me doutais que j’allais aimer, mais c’est au-dessus de mes attentes (à souligner), un album maîtrisé de bout en bout. Je connaissais Thomas Gilbert via sa série Bjorn le Morphir, sympathique mais sans plus. Ici l’auteur franchit un cap à mes yeux. La partie graphique est fort réussie, c’est fluide et détaillée. La représentation de la forêt y est magnifique (voir les planches en galerie) et les personnages sont bien campés, excessif/déformé dans leurs émotions. L’histoire n’est pas en reste, l’adaptation libre de l’auteur d’un fait tristement célèbre est assez magistrale, j’ai beaucoup aimé sa construction jusqu’à l’inéducable. La montée en puissance de la folie humaine dans ce village isolé est très bien rendu, et malheureusement toujours d’actualité avec certains fanatiques. Après lecture je me suis renseigné d’avantage sur les faits réels pour voir les disparités avec notre récit (en gros ça a touché plusieurs hameaux et aussi quelques hommes). Mais ça n’enlève en rien à la version de l’auteur, bien au contraire. Une œuvre forte. Franchement bien et à faire tourner.
Les Bourrinologues
En 1992 à Rio, 120 chefs d’États dont Bill Clinton nous avaient abreuvé de beaux discours et de belles promesses quant à leur volonté de faire un réel effort pour sauver la planète (pour faire court). Je lis "Les Bourrinologues" comme une réponse cinglante et documentée à toutes ces paillettes et ces paroles hypocrites qui n'ont été suivies d'aucune réelle volonté politique (à part celle des îles Marshall peut être). "COP = Caca" porte le T-shirt d'Alex pauvre stagiaire de 3eme dont l'avenir est bien compromis auprès de nos trois bourrinologues. Le scénario développe neuf cas exemplaires qui montrent que depuis 1990 TOUT s'est aggravé dans l'insouciance de nos responsables politiques et de nos populations anesthésiées par internet (le passage avec Larry Page est delicious). J'ai une préférence pour les récits des tomates bio espagnoles et celui de la Silicone Valley. Mais tous les chapitres sont excellents et révèlent l'hypocrisie et la bêtise de notre comportement aujourd'hui encore. J'aime beaucoup le graphisme qui mêle dessins et photos. Les exposés sont précis, clairs et terrifiants. C'est moderne avec un public cible d'ados de 15/18 ans. Mais dialogues et graphisme s'adressent à tous grâce à un HDV (Humour De Vieux) particulièrement percutant. Une série engagée et assez terrifiante quand on gomme le second degré. J'ai vraiment beaucoup aimé.
À Fleur de Peau
Cette série a été une vraie surprise quand je l'ai lue. Je connais Joël Alessandra pour ses histoires africaines (Séjour en Afrique, Fikrie) où son graphisme aquarelle fait la part belle à l'onirisme de ses récits le plus souvent humanistes. Pour Fleur la poésie ne trouve sa place que sur la tout fin du récit lorsqu'elle a vaincu une partie des obstacles rencontrés depuis ses quatre ans. Comme Derib (Jo), Lax (Des maux pour le dire), Aurélie Crop (Comme une comète), Alessandra prête son grand talent et sa profondeur humaine pour faire connaître une maladie génétique : la Neurofibromatose de type 1. La structure du récit est assez similaire à chaque fois. Insouciance bienheureuse, découverte de la maladie, angoisses, difficultés rencontrées puis soutiens médicaux et associatifs et réveil de la combativité pour mettre à mal la fatalité pour finalement découvrir en soi des ressources et des potentiels insoupçonnés. On sent Alessandra attentif à ne pas trahir les jeunes patients qu'il a rencontrés, quitte à mettre un frein à sa créativité personnelle que l'on trouve dans ses autres ouvrages. Son graphisme est très soigné tant dans les extérieurs bretons que dans les expressions de Fleur et de ses parents, ainsi que pour les personnages du milieu médical ou scolaire. Pas vraiment d'intensité dramatique car Fleur reste à un stade handicapant mais contrôlé au moins pendant le temps choisi du récit. C'est donc un ouvrage de soutien optimiste qui rend hommage à tous les professionnels ou bénévoles qui gravitent autour de cette maladie. J'ai toujours un faible pour ce type d'ouvrage et on ne peut que remercier les artistes qui mettent leur talent au service des plus vulnérables. Une lecture attendrissante de bonne qualité.
Hôtel Pennington
Je suis bien d'accord avec Gruizzli, la jeune artiste roumaine Ileana Surducan est vraiment talentueuse. La série qu'elle nous propose avec Ced est un petit bijou d'oeuvre pour la jeunesse. Directement inspiré d'une ambiance à la Poe, ce récit fantastique est très bien construit avec une véritable intrigue et un dénouement à la fois tendre et fort, loin de toute mièvrerie commerciale. Car le scénario aborde des thèmes forts comme la mort, le pardon ou la séparation d'êtres que l'on a appris à aimer. J'aime bien ces histoires à la Shining ou l'enfant possède le don de voir ce que les adultes ignorent. Il y a une sorte de passerelle entre le monde de l'enfance et le monde de l'artiste. Cela nous libère parfois d'un rationalisme borné. Le graphisme d'Ileana se prête à merveille à l'illustration du scénario avec une Charlotte pas si je-sais-tout que çà. Je trouve qu'elle dégage une expressivité très empathique avec ses grands yeux, sa figure aux crayons de couleurs dans cet univers si coloré mélange de crayons de couleurs et d'aquarelles. L'introduction de Chuck est une vraie trouvaille à la fois dans le scénario mais aussi grâce au graphisme. La représentation des fantômes est aussi très aboutie soit sous leur forme humaine soit sous leur forme spirituelle. Je trouve cette série très équilibrée entre sa construction littéraire et sa construction graphique. Une belle découverte et une lecture très plaisante pour les jeunes mais pas que.
Wild Bill Hickok
Sorti conjointement avec l'album Jesse James, dans cette collection la Véritable histoire du Far West, avec une superbe couverture, l'album "Wild Bill Hickok" adopte la même approche, il s'agit d'un biopic très réaliste où Dobbs, comme il l'a fait sur Jesse James, revisite le mythe du personnage devenu une véritable légende vivante. Ses exploits sont en effet légendaires car ils ont été considérablement romancés, aussi, il est louable que les auteurs de cet album jouent la carte d'un biopic historique. Hickok fut l'une des plus fameuses gâchettes de l'Ouest, il a marqué cette histoire du vieux Far West et a inspiré de nombreux films parmi lesquels on retiendra surtout Une aventure de Buffalo Bill en 1936, avec Gary Cooper dans le rôle d'Hickok, Little Big Man en 1970 où le rôle était tenu par Jeff Corey (dans une scène cocasse), le Bison blanc en 1977, récit imaginaire mais fidèle à la légende où Hickok était incarné par Charles Bronson, et surtout Wild Bill en 1995 où Jeff Bridges campait le gunfighter face à Ellen Barkin en Calamity Jane. C'est probablement le film qui s'approche le plus de la vraie histoire d'Hickok, et Bridges s'était fait la tête adéquate. Wild Bill eut une vie bien remplie et tumultueuse, il a représenté la loi au Kansas, mais c'était surtout un gunfighter, il a tué pas mal de types, qui l'avaient sûrement mérité, c'est pourquoi il était rongé par de vieux démons (violence, alcool, femmes, jeu), c'est ce qui est montré dans cette biographie que j'ai trouvé plutôt fidèle en la comparant à mon Histoire du Far West de jean-Louis Rieupeyrout. Les auteurs content sa vie au travers de divers souvenirs, la narration se fait par flashbacks jusqu'à sa mort tragique, en relatant le passé par tranches de vie qui semblent très courtes et que je trouve un peu trop résumées (notamment la relation avec Calamity Jane). Cependant, ils ont su saisir le personnage à travers ces épisodes si courts soient-ils, tout en révélant des pans moins connus de sa personnalité, le récit reste constamment captivant. Hickok a inspiré aussi des Bd ces derniers temps chez d'autres éditeurs, preuve que le personnage fascine le public avide de western, puisqu'on le retrouve dans la série Wild West et aussi dans West Legends ; je n'ai pas encore lu le second, mais le premier s'intéresse surtout à sa relation avec Calamity Jane, on peut donc dire que toutes ces Bd ne se cumulent pas, elles sont complémentaires et cernent le personnage sous différents angles. A noter que Hickok était aussi apparu dans un tome de la série Trent. Le dessin adopte un angle sombre, violent et crépusculaire, comme dans Jesse James, c'est un dessin musclé et nerveux qui est en même temps nostalgique, avec une mise en page impressionnante, des cadrages de différentes tailles, des angles de vue audacieux et cinématographiques, j'aime beaucoup ce découpage. Ennio Bufi a reproduit fidèlement la silhouette familière de Wild Bill avec sa grande moustache, sa longue chevelure et son habit long caractéristique qui lui donnait une allure de dandy. La dernière page montre son assassinat honteux à l'âge de 39 ans, tué alors qu'il jouait au poker ; sa combinaison de cartes fut surnommée ensuite Dead man's hand (la main du mort) avec 2 as noirs, 2 huit noirs et le valet de carreau. Voila encore un bon one-shot qui en annonce d'autres dans cette collection, en espérant qu'il soient d'excellente qualité, et qui compte pour l'instant 2 belles réussites. On trouvera en fin d'album un remarquable dossier historique qui donne des infos complémentaires dont certaines non développées dans la narration.
Carnet d'Afrique
J'aime bien le travail de Jano dans sa vision sur l'Afrique des années 80. J'avais déjà beaucoup apprécié "Sur la Piste du Bongo" et je retrouve sa vision à la fois tendre et humoristique dans son carnet de voyage. Je suis bien d'accord avec Mac Arthur quand il précise que l'on peut difficilement considérer cette série comme une BD. Mais je suis encore plus d'accord avec Ro sur la valeur de l'ouvrage. L'unité du récit tient au delà des dialogues et des mots sur l'universalité des situations rencontrées, quel que soit le coin d'Afrique visité. Du Soudan au Congo, du désert à la forêt, on retrouve cette harmonie avec l'environnement. La mise en couleur chaude est vraiment à mon goût et j'aime bien sa représentation mi humaine mi animalière des personnages. Pour conclure, Jano nous fait un portrait d'une Afrique où il fait bon vivre même si corruption et coupeurs de routes sont présents au détour d'une page. La bière coule à flot, la musique à donf, les filles sont jolies, on y voyage librement. Un vrai petit ballon d'oxygène un brin nostalgique. 3.5