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Couverture de la série Ma vie dans les bois
Ma vie dans les bois

J’aime beaucoup ce manga… et, encore aujourd’hui, les raisons de cette appréciation continuent de me poser question. Pourquoi, en effet, me suis-je passionné pour ce récit d’un mangaka qui s’en va construire sa maison au milieu des bois et se passionne pour la pêche ? Les réponses à cette question sont multiples et parfois franchement étonnantes. La plus étonnante de toutes à mes yeux, c’est le dessin. Pourquoi celui-ci m’a t’il fait penser au regretté Michel Plessix (oui, je sais, quand on regarde la couverture, c’est encore plus étonnant) ? J’ai d’abord pensé à la calligraphie employée (ce qui n’était pas idiot)… mais il n’y a pas que ça. La manière de dessiner la forêt et ses arbres, mais aussi les visages des personnages a un petit quelque chose de Plessix (période Julien Boisvert ou, mieux encore, La Déesse aux Yeux de Jade). Ce trait m’a beaucoup plu, même lorsqu’il se fait plus caricatural. Il est expressif et dynamique, ce qui convient parfaitement au thème, mais il peut devenir très détaillé à l'occasion. Enfin, je lui trouve une vraie personnalité. Ensuite vient le thème en lui-même. Il y a dans celui-ci un léger parfum du mythe de l’île déserte. Depuis l’île mystérieuse (véritable livre de chevet durant ma jeune adolescence), j’ai toujours été fasciné par les récits dans lesquels des humains parviennent à construire quelque chose à la seule force de leurs mains, de leur courage, de leur ingéniosité et de leur obstination. Et d’autant plus fasciné lorsque les techniques employées nous sont livrées sans pour autant que l’intrigue en souffre. J’ai retrouvé un peu de cet esprit dans cet album, qui nous explique très clairement et dans le détail mais sans que cela ne devienne trop technique comment construire une maison en rondins au cœur d’une forêt pour un budget réduit, comment construire un four, comment fabriquer une canne à pêche à partir de bambous... Franchement, ça donne envie de se lancer dans l’aventure même si tout n'est pas réalisable sous nos latitudes. Et puis, il y a le ton employé et la personnalité de Shin Morimura. Obstiné et positif, le mangaka fait montre d’humilité et d’humour mais parvient à donner vie à ce qui ressemblait pourtant à une douce utopie. Ce retour à la nature et aux travaux manuels a certes un franc côté bobo (je ne sais pas s’ils emploient ce qualificatif au Japon mais dans l’esprit on en est proche) mais un bobo réaliste, un rêveur pragmatique. Les questionnements du personnage sont une des composantes essentielles du récit… et donc de mon appréciation. L’humour est également bien présent, et comme souvent dans les mangas en relation directe avec la scatologie. En temps normal, je peux trouver ça très vite gonflant mais ici, ça passe plutôt bien. Les photos qui viennent illustrer la fin de nombreux chapitres jouent aussi dans mon appréciation d'ensemble, car elles matérialisent ce récit, le font rentrer dans le concret. Bon, je dois admettre qu'il y a une petite baisse de régime entre la fin du tome 4 et le tome 7. Le fait que Shin Morimura semblait avoir réalisé tout ce qui était possible et nécessaire à son habitation après ces quatre premiers tomes est certainement la cause principale de cette baisse d'intérêt de ma part. La part prise par ses récits de pêche depuis le tome 3, et qui ne cesse de grandir depuis est une autre raison (et une conséquence de la première ?) Les changements de traducteurs ont aussi joué un rôle (principalement dans le cas du tome 6). Heureusement les trois derniers tomes ont réussi à réveiller mon intérêt. Le tome 9 qui aborde la thématique de la transmission ainsi que les voyages en chien de traineau m'a particulièrement plu, le positionnant au même niveau que les tout premiers tomes de la série dans mon classement personnel. Quoiqu'il en soit, pour l'évocation de ses chiens, pour les pages consacrées à sa perception de la catastrophe de Fukushima (il habite à seulement 80 km de la centrale nucléaire et son habitat naturel, maison, potager, forêt nourricière, a donc été exposé aux radiations), pour la bonhomie qui se dégage de ses récits, pour son ingéniosité et son obstination (on ne peut pas dire que je me passionne pour une canne à pêche mais les siennes sont vraiment des œuvres d'art autant que d'artisan), je considère cette série comme un de mes mangas préférés, sinon mon préféré. Vraiment à découvrir !

04/09/2017 (MAJ le 08/09/2022) (modifier)
Couverture de la série Lanfeust de Troy
Lanfeust de Troy

Avis sur le premier cycle : Voilà une saga qui m’aura bien distrait durant quelques années. Pour tout avouer, j’avais trouvé les trois premiers tomes dans une solderie et j’ignorais tout de l’engouement que la série avait engendré. Ce fut donc sans aucun apriori que je découvrais cette série d’héroïc-fantasy à l’humour omniprésent. Et c’est peut-être la raison pour laquelle elle me plut autant. Il faut avouer que le monde de Troy est bien construit. La planète est riche en recoins pittoresques, en bestioles de tout genre et propose un climat agréablement varié. Les personnages sont bien typés. A la limite de la caricature, ils ne choquent pas dans cet univers naturellement parodique. L’histoire a une trame cohérente et une fin véritable. L’humour, bon enfant mais pas léger, léger, est omniprésent et contribue grandement au succès de la série. Les dialogues sont souvent savoureux quand bien même la finesse n’est pas au rendez-vous. La saga souffre bien de quelques longueurs, mais je trouve qu’Arleston s’en sort bien dans l’ensemble et qu’il n’y a pas de véritable creux au cours de ces huit albums. Au final, je coterais cette série dynamique, distrayante et pas prise de tête d’un petit 4/5, car, il faut bien l’avouer, elle n’a quand même rien de révolutionnaire et ne mérite donc pas selon moi d’être cataloguée « Culte ». Avis sur le deuxième cycle : Un avis qui porte sur un cycle que je n'ai pas lu, faut le faire ! Non, en fait, je n'ai pas envie de lire ce nouveau cycle car j'ai abandonné la série après Lanfeust des Etoiles et je crains soit d'être paumé avec ce retour à la série d'origine, soit de me sentir obligé d'acheter tous les tomes parus depuis la fin de Lanfeust des Etoiles. Du coup, le premier cycle me suffisant amplement, j'ai décidé de ne pas continuer l'aventure.

12/03/2009 (MAJ le 08/09/2022) (modifier)
Couverture de la série Royal City
Royal City

Depuis que j’ai découvert cet auteur, j’ai longtemps entretenu un drôle de rapport avec Jeff Lemire et ses productions. Systématiquement, j’étais attiré par ses albums, leur synopsis originaux, l’humanisme qui s’en dégage malgré la dimension souvent fantastique des scénarios proposés. Systématiquement, j’avais envie d’essayer… et systématiquement, je n’étais jamais aussi séduit que je l’espérais. Puis est venu Royal City… Une fois de plus la couverture m’intrigue. Ce dessin un peu brouillon, brut, duquel se dégagent une étrange sensibilité, une espèce de fêlure attire mon regard aussi surement qu’un être tortueux au milieu d’une plantation de bouleaux. Petit coup d’œil sur le résumé qui laisse sourdre l’idée qu’il s’agit plus ici d’une sorte de roman graphique –avec une touche de fantastique tout de même- que d’un récit fantastique pur et dur et me voilà définitivement ferré. A la lecture, je suis charmé. Ce récit aux allures classiques (la petite ville paumée, la fratrie réunie suite au coma du paternel, les tensions entre habitants devant le projet de fermeture de la principale usine du bled) prend une autre dimension grâce à une pointe de fantastique. Cet aspect fantastique n’est pas du tout artificiel. Je dirais même qu’il est essentiel au récit car c’est lui qui va révéler chaque personnage, l’éclairant sous un autre angle. Du coup, même si nous sommes devant un récit fantastique, son côté roman graphique prédomine… et inversement (oui, je sais, difficile d’être moins clair mais c’est vraiment mon ressenti). Le dessin très brut pourra déplaire à certains. A titre personnel, et même si je trouve que Jeff Lemire aurait pu un peu mieux fignoler certains visages, je suis plutôt séduit. Comme dit plus haut, je trouve que ce dessin dégage une certaine fêlure, une fragilité, une maladresse qui cadrent bien avec le propos. Je me suis jeté sur chaque tome à sa sortie, et ce jusqu’au terme de la série (même si aujourd’hui, on parle d’une suite dont je ne comprends pas bien l’intérêt). A chaque tome, j’ai trouvé ce que j’espérais jusqu’à la conclusion que je trouve juste et touchante. Royal City a constitué ma porte d’entrée dans l’univers de Jeff Lemire et depuis lors je me suis penché sur d’autres productions de l’auteur (parfois antérieure à cette série) sans toujours retrouver un tel niveau d’émotion. Pour moi, cette série gardera donc toujours un goût particulier.

22/02/2018 (MAJ le 08/09/2022) (modifier)
Couverture de la série Frère Joyeux
Frère Joyeux

Renaud Dillies adapte avec ce "Frère Joyeux" un conte de Grimm que je ne connaissais pas. Un récit assez court de 32 planches où Dillies nous peint un personnage mi clown mi marionnette qui n'est pas un saint mais qui pourrait le devenir grâce à la générosité du coeur et à son intelligence de l'instant. Au milieu d'un monde de misères, ses mensonges sont bien plus une protection qu'une volonté de nuire. Un conte pour enfants ? Oui et non. Dillies ne verse pas dans du Disney et rappelle qu'à l'origine les contes étaient destinés à un public adulte. Le caractère complexe de Frère Joyeux va dans ce sens. Cela vaut pour le graphisme proposé par l'auteur. Les figures de marionnettes tristes par leurs yeux, ces nez rouges que l'on croit transis de froid, ces personnages en guenilles n'invitent pas à une ambiance enfantine. De même que la mise en couleur assez pâle ne réchauffe pas le récit. C'est justement cette vision personnelle de Dillies qui en fait son plus grand intérêt. C'est un ouvrage qui permet de sortir des sentiers battus graphiques si on le destine à un enfant (mais peut-être avec un accompagnement). Une bonne lecture. 3.5

08/09/2022 (modifier)
Par Antoine
Note: 4/5
Couverture de la série Sur la route de Whiskyville
Sur la route de Whiskyville

Je surnote un peu. Mais j'ai pris un réel plaisir à lire cette bd. Elle se lit certes assez vite mais constitue un vrai bon divertissement. Les deux anti-héros sont attachants, leurs faiblesses font leurs forces lorsqu'ils sont ensemble. Les différentes tactiques (ou coups fourrés) distillées tout au long du bouquin constituent un running gag particulièrement drôle même si elles ne sont pas toujours expliquées mais simplement mentionnées. Leurs noms ("zigzag à la géorgienne"...) suffisent à faire fonctionner les zygomatiques. Leur quête aussi peut être considérée comme un running gag : de la "découverte" de la carte jusqu'aux différents chemins empruntés, tout est excuse à la drôlerie. La galerie de personnages présentée presque tout au long de l’œuvre est parfois jouissive, la caricature est assumée et ça fait du bien : le flic bourrin et complètement débile, le roi des bas-fond fêtard, l'ensemble des hobos empreints de liberté... En revanche, j'ai moins aimé l'arrivée des derniers personnages vers la fin, cela ne m'a pas semblé nécessaire, la galerie était déjà suffisante. Le dessin est chouette, très dynamique. Les couleurs sentent bon le sud des States. Tout cela colle parfaitement à ce qui nous est raconté. A lire en vacances, les doigts de pied en éventail et en sirotant votre breuvage préféré !

07/09/2022 (modifier)
Par Antoine
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Moi, ce que j'aime, c'est les monstres
Moi, ce que j'aime, c'est les monstres

Je l'avoue, je ne suis pas convaincu que j'aurais acquis cette bd sans le tapage consécutif à son Fauve à Angoulême. Cela aurait été dommage. Comme quoi, les prix, même s'ils peuvent nous apparaître trop élitistes par moments, peuvent être utiles... J'ai vraiment beaucoup aimé me plonger dans ce pavé. L'expérience visuelle est incroyable. Le dessin est absolument somptueux. C'est, certes, aller un peu loin mais certains portraits sont proches de la photographie, tellement ils s'approchent de la réalité (en tout cas, celle qui nous est présentée). Là, où je me dis que je suis clairement un client de ce genre graphique, c'est quand je me revois, pendant ma lecture, avancer de quelques pages pour essayer de trouver une planche particulièrement belle, un peu comme un accro ayant besoin de sa dose, ou revenir en arrière pour en explorer une autre, déjà vue, en quête d'un deuxième shoot. Le dessin mérite clairement un 5/5, de mon avis en tout cas. Côté scénario, on est sur du solide aussi. Deux histoires, deux parcours qui s'imbriquent dans l'Histoire, de façon assez habile la plupart du temps. Bon, on n'est pas tout à fait dans du Spiegelman ou du Levi pour la partie contant la période pré-nazisme et nazie mais l'émotion passe et certains passages, peut-être moins importants pour l'Histoire (je pense ici aux scènes dans le bordel ou aux passages avec l'ami-protecteur noir de Karen, rejeté par la société de bien trop de manières), sont bien décrits et fond froid dans le dos. Et c'est là où on touche à ce qui m'a le plus plu dans le scénario d'Emil Ferris : les détails. Ces petites choses, ces petits évènements, qui rendent une histoire (l'Histoire ?) plus consistante et accessible finalement. J'ai adoré l'héroïne, cette gamine en marge qui choisit de cultiver sa marge, pour se protéger sûrement, mais aussi parce que c'est vachement plus drôle d'être à contre-courant. C'est sans doute un peu caricatural par moment, en particulier dans ses relations avec son frère et sa mère, mais c'est convaincant, on entre dans leur intimité volontiers et on pleure avec eux, on rit aussi. Je ne veux pas trop en dire, pour ne pas spoiler les futurs lecteurs, mais certains twists, même si je m'y attendais pour quelques-uns, font le sel du scénario. Pour conclure, il ne faut pas avoir peur de ce pavé, le début est certes plus dense, plus contraignant également, que la suite mais le dessin happe le lecteur que je suis, et je l'espère que vous serez en plongeant dans cette œuvre. Œuvre que je classerai sans doute "culte" après la lecture du tome 2, si celui-ci est du même niveau.

07/09/2022 (modifier)
Couverture de la série Retour de flammes (Glénat)
Retour de flammes (Glénat)

Je n'avais pas prévu de lire cette Bd, je suis tombé dessus par hasard en bibli, ce fut une excellente surprise. Les auteurs font revivre de superbe façon le cinéma français dans le Paris occupé de 1941, avec notamment la firme Continental Films, société de production française financée par des capitaux allemands ; créée en 1940 par Goebbels dans un but de propagande, elle sera destinée à produire des films légers et à la limite un peu crétins, de façon à endormir le peuple français, mais Alfred Greven, son patron francophile suivra très peu les directives de Berlin, produisant au contraire de bons films qui étaient loin d'être infantiles ou stupides, tels la Main du diable, l'Assassin habite au 21, les Inconnus dans la maison, le Corbeau, l'Assassinat du Père-Noël... qui sont devenus de grands classiques. Plusieurs vedettes tourneront pour la Continental, comme Raimu, Fernandel, Danielle Darrieux, Suzy Delair, Bernard Blier, Pierre Fresnay, Michel Simon... posant ainsi l'épineux dilemme de l'art placé au-dessus de la politique ou celui de la collaboration honteuse avec l'occupant, on en apprend d'ailleurs beaucoup à travers cette Bd, sur les milieux artistiques de l'époque. C'est donc une excellente idée d'évoquer cette période riche pour le cinéma français à travers ce polar historique, matiné de thriller, émaillé de rebondissements, qui bénéficie d'une remarquable reconstitution d'époque richement documentée. On y voit plein de têtes connues pour qui connait ce cinéma français des années 40, des acteurs ou des réalisateurs comme Clouzot. Le récit est prenant, l'enquête est bien ficelée, et les personnages sont consistants, au travers du contexte politico-historique d'une période sombre en France. L'ambiance est bien rendue grâce à de nombreuses références, et le tout est joliment illustré par le dessin d'Alicia Grande ; j'ai d'ailleurs l'impression de connaître ce dessin, il me rappelle d'autres dessinateurs, en tout cas, il est précis dans les détails et les décors, son travail est aussi remarquable au niveau recherches et documentation pour faire revivre cette période d'Occupation à Paris, bref c'est un vrai plaisir de lecture.

07/09/2022 (modifier)
Couverture de la série Les Mystères de Tana
Les Mystères de Tana

Ce fut un vrai plaisir de lire cette série de deux volumes écrite et dessinée par Franco Clerc. Ce dernier est un auteur malgache dont je découvre le talent. Il nous propose un récit de type thriller/polar dans la face cachée de Tananarive. Son récit est classique mais très bien construit facile à suivre malgré les divers clans rivaux. Vaness et Ed forment un couple bien improbable au début du récit mais l'aventure montrera qu'ils ont bien plus de points communs qu'ils ne le pensaient. J'ai trouvé beaucoup de points positifs dans la série de Franco Clerc. Un récit bien élaboré depuis le début, des personnages à la personnalité formée et crédible, une description de l'intérieur des quartiers de Tana et de sa brousse environnante. Le récit est dynamique, sans longueur avec des rebondissements intéressants. La fin est un peu convenue mais s'accorde bien avec l'esprit positif et bon enfant du récit. La vraie surprise a été pour le graphisme de Franco Clerc. J'y ai trouvé du Corto Maltese dans ses personnages et ses ambiances en clairs-obscurs. Pour moi une vraie découverte d'un talent de Madagascar.

07/09/2022 (modifier)
Couverture de la série Châteaux Bordeaux - A table !
Châteaux Bordeaux - A table !

Après plus de 10 ans de Châteaux Bordeaux, Corbeyran et Espé se lancent en 2018 dans un spin off qui après le vin, vise la gastronomie 4 étoiles, les deux étant complémentaires ; on ne peut apprécier un bon vin qu'avec un bon plat, c'est bien connu. On est donc toujours en Gironde, au Chêne Courbe, chez Alexandra Baudricourt et ses 2 frères. Il est d'ailleurs assez rare de retrouver tous les mêmes personnages de base dans un spin off. On sent instantanément la grande aisance narrative de Corbeyran dans ce projet, il est de plus en terrain connu, son angle d'attaque est certes classique mais très bien conçu, avec des personnages bien pensés et au caractère bien trempé, du suspense, une bonne progression et des rouages bien élaborés, le tout étant bien documenté et s'appuyant comme dans Châteaux Bordeaux, sur du réel. Son inséparable complice Espé améliore encore son style graphique, c'est un dessin propre, très soigné, qui reproduit parfaitement des lieux bordelais et des paysages médocains : les îles sur la Garonne existent vraiment, on en compte une dizaine, de taille différente, elles s'étalent surtout sur la Garonne qui ensuite devient la Gironde lorsqu'elle est rejointe par sa grande soeur Dordogne au Bec d'Ambès. Je connais par exemple l'île de Patiras (non loin de Blaye) où il y a un restaurant gastronomique au milieu de nulle part, un peu comme celui d'Alexandra, j'ai eu l'occasion d'y aller avec mon association culturelle, l'endroit est très dépaysant. Au final, à défaut d'être originale dans son fond, cette Bd prolonge très agréablement la série mère, j'ai pris beaucoup de plaisir à la lire, elle est sans doute plus parlante pour un Girondin ou un Bordelais par quelques détails connus des locaux (les fameux cannelés bordelais, les Capus, une institution bordelaise, ou encore Jean-Pierre Xiradakis, chef qui officie à la Tupina, restaurant très coté, situé non loin des quais, où descendaient Johnny Hallyday ou François Mitterrand lors de leurs passages à Bordeaux). Je regrette même que la Bd ne se décline qu'en un seul diptyque, je trouve que Corbeyran aurait pu pousser un peu plus sur un autre diptyque, c'est dommage, le potentiel est bon.

07/09/2022 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série La Gigantesque Barbe du Mal
La Gigantesque Barbe du Mal

La couverture et le titre intriguant de cet album ont tout de suite attiré mon attention en librairie, et le résumé et une rapide feuilletage m’ont un peu rappelé le style de Shaun Tan (Là où vont nos pères, La Chose Perdue). Résultat : passage en caisse direct, et je suis content de mon achat. L’histoire est remplie de symbolisme, et aborde (selon moi) le thème de la peur du changement, de l’inconnu, de notre préférence pour le traintrain quotidien qu’on établit pour éviter toute surprise. En tout cas je me suis laissé prendre au jeu, intrigué par les évènements, mais aussi par la narration originale : la composition des planches est parfois surprenante, et j’aime la façon dont l’auteur mêle les mots des phylactères aux mots présents sur les dessins (pas facile à expliquer)… surtout que le dessin en question est très joli. Voilà, un album assez spécial, qui m’avait moyennement convaincu lors d’une première lecture… mais une relecture (pour l’écriture de cet avis) a été beaucoup plus fructueuse. Je pense qu’il faut être d’humeur pour ce genre d’histoire surréaliste !

07/09/2022 (modifier)