Qu'est ce que j'ai ri à ma première lecture de cette BD !
Alors, oui, c'est gras, très gras, mais c'est, la plupart du temps, (très) drôle ! Et quel plaisir de lire des saloperies, franchement, quel défouloir !
Après, et cela est toujours le cas dans une BD à strips, c'est inégal (voire très inégal), mais il y a dans cette BD des planches absolument géniales d'humour noir. A l'inverse, je n'ai pas trop compris leur délire avec Satin et Miloutre. Cela me semble moins bon que le reste... Mais dans l'ensemble, j'ai franchement adoré lire les "aventures" de Paf et Hencule !!
Voilà une histoire de vengeance, dans les milieux parisiens de l’art et de la grande bourgeoisie du milieu du XIXème siècle, très bien mise en scène par Sente. En effet, il utilise parfaitement comme pivot de l’intrigue un procès retentissant, ce qui va lui permettre de distiller révélations et rebondissements de façon naturelle.
En tout cas, quand on pense en avoir fini, l’histoire est relancée : en effet, on pouvait penser que l’intrigue était close à la fin du premier tome, mais non. Les rebondissements s’enchainent, sans paraitre trop improbables. En tout cas tous les artifices passent (y compris cette histoire de mains recousue) pour faire avancer ce whodunit bien fichu.
Bon, si cette histoire est aussi réussie et captivante, c’est aussi en grande partie dû au superbe dessin de Rosinski, qui donne le meilleur dans ce diptyque. C’est fluide et agréable à regarder, efficace, vraiment du bel ouvrage ! (juste quelques petits défauts dans les abordages de pirates, mais ne chipotons pas !)
Une chouette lecture.
Waouh ! Eh bien voilà une histoire qui dépote !
Amateurs de dentelles et autres bluettes s’abstenir. Pacifistes et bonzes emplis de zénitude itou.
Car la violence est ici extrême – sans pour autant être totalement gratuite.
Le héros est un nain (assez éloigné de ceux de Blanche neige, mais aussi de ceux de Tolkien) qui en a bavé toute sa vie, de son enfance à l’âge adulte, il a souffert humiliations, violences diverses, accumulant rancune et frustrations. Et puis… Ben et puis à un moment, la soupape étant grippée, ça a explosé, forcément.
Nous suivons donc notre bonhomme, transformé en ange exterminateur, qui prend une revanche sur la vie, sur ceux qui l’ont fait souffrir, et qui va se montrer d’un sadisme assez développé. En effet, les souffrances (le plus souvent atroces) qu’il inflige à ses victimes laissent souvent pantois. Une telle énergie mue par une réserve de haine qui semble inépuisable fait de notre petit bonhomme une boule de folie qui écrase tout sur son passage.
Le dessin est à l’image du scénario, il ne s’embarrasse pas de fioritures, mais il est efficace. Âmes sensibles s’abstenir donc, mais pour les amateurs, on a là un album défouloir, autour d’un type écorché, qui se maintient en vie tant qu’il n’a pas démoli (mais alors vraiment démoli) ses cibles.
Le scénario est peut-être linéaire (quoi que, les flash-backs sur son enfance et la guerre du Vietnam enrichissent la personnalité de notre héros), mais la lecture est intéressante, parfois malsaine, mais on ne s’ennuie pas !
En tout cas, voilà un type qu’il ne faut pas énerver !
Note réelle 3,5/5.
Nicolas Wild fut probablement la rencontre idéale pour Sean Langan afin de transcrire sur papier sa terrible expérience de captivité chez les Talibans.
En bon connaisseur de la vie afghane (voir Kaboul Disco), Nicolas Wild était l'homme de la situation pour délivrer un Sean Langan de sa prison psychique.
J'ai lu Kaboul requiem comme une catharsis pour journaliste occidental un peu présomptueux.
Contrairement aux autres récits de Nicolas Wild, l'auteur ne vit pas directement la situation. Pourtant je trouve que son déroulé du récit est d'une grande limpidité et permet de suivre la captivité de Langan presque de l'intérieur. Wild entrecoupe la sécheresse de l'emprisonnement des deux hommes (avec le fixeur) avec des épisodes flashback sur la carrière de Langan ou sur sa vie de famille ce qui permet des espaces de respiration dans cette atmosphère si confinée.
Car si on connait le dénouement de la captivité, au moins pour Langan, dès le début du récit, Wild réussit à créer une ambiance d'angoisse telle que l'on est captif du récit et que l'on attend chaque décision des Talibans avec autant de frayeurs que les otages. Je trouve que c'est vraiment très bien fait et Wild confirme son excellence de série en série.
Wild n'intervient pas ou presque dans le récit. Or l'auteur aime à se mettre en scène le plus souvent dans l'autodérision pour décrisper des récits souvent très lourds. Dans Kaboul Requiem il introduit quelques scènes, l'interview sur les pets ou le pétard de Langan, à valeur humoristique pour détendre la lecture. Cela a marché plus ou moins dans mon cas (je n'ai pas aimé la scène du pétard).
J'ai beaucoup aimé le soin apporté à la description psychologique des principaux intervenants. Pas de manichéisme ni de jugements hâtifs des uns ou des autres, on a vite de l'empathie pour Nour Khan qui garde les prisonniers chez lui.
C'est aussi un récit sur la vanité des ambitions : l'interview de Siraj Haqqani, vécue comme un grand jour par Langan, n'aura jamais lieu et ses employeurs sont déjà passés à " Happy days" avec Fonzie (de la variété).
Pour finir, je trouve que le graphisme de Wild devient de plus en plus abouti au fil des séries. Ici ses extérieurs sont vraiment très détaillés, son trait devient plus souple ce qui enjolive les détails statiques et améliore l'expressivité de la gestuelle de ses personnages.
Par exemple la dégradation physique de Langan est saisissante et très réussie.
Nicolas Wild continue à nous livrer de très bonnes séries. Une lecture captivante pour qui aime ce genre.
"Trois contes" n'est pas une oeuvre mineure de Gustave Flaubert même si c'est son 'Madame Bovary" qui l'a rendu célèbre.
Luc Duthil reprend à juste titre l'ordre des 3 contes : un Coeur Tendre, la Légende de saint Julien l'Hospitalier et Hérodias.
L'ordre est important car plus on avance plus on s'enfonce dans le passé. Trois récits bien mis en scène par Luc Duthil qui respecte les messages de Flaubert.
Drame intimiste et psychologique à caractère autobiographique pour le premier conte. Drame à caractère fantastique et surnaturel rempli de violence pour le second. Enfin récit politique et historique un poil shakespearien pour le dernier.
Au delà de l'histoire ce sont les ressorts psychologiques des personnages avec leurs forces et leurs faiblesses que la BD met en valeur.
C'est dans ce cadre qu'évoluent les trois dessinateurs/trices : économie de mouvements et couleurs sombres presque en lumières tamisées pour un Coeur Tendre. Au contraire de Saint Julien qui nous propose une pléthore de scènes violents dans des paysages tourmentés. Pour finir avec les lumières et les couleurs de l'Orient en ce jour de fête au palais d'Hérode.
Une série qui peut être un bon apport pour accompagner l'oeuvre originale de Flaubert. Une bonne lecture. 3.5
40 ans, ça valait bien une réécriture de mon avis.
Jérôme K. Jérôme Bloche est une série policière estampillée « Journal de Spirou » et qui dit Journal de Spirou dit série disposant d’une grande lisibilité la rendant accessible à un large public, série s’appuyant sur des personnages auxquels il est facile de s’identifier, série non dénuée d’humour (même s’il n’est pas nécessaire qu’elle soit humoristique), série distillant une certaine morale (en règle générale, le bien triomphe).
Et si une série tient aussi longtemps dans le journal, devenant même un des fers de lance de celui-ci, alors vous pouvez être convaincus que tous les éléments mentionnés ci-dessus sont bel et bien présents. Mais ça, ce n’est que la base de travail, le cahier des charges. Ce qui permet de tenir dans la durée, c’est l’originalité, l’art de se renouveler, la capacité à coller à l’actualité et à répondre aux attentes nées de l’évolution de nos sociétés. La capacité également à créer autour du personnage central un panel de seconds rôles complémentaires et hauts en couleur. Et là encore, Jérôme K. Jérôme Bloche est une série qui excelle dans ces domaines.
Alors, certes, les enquêtes policières en elles-mêmes ne sont pas toujours des plus prenantes et souvent le lecteur aura la certitude de pouvoir deviner avant le héros le nom du coupable. Mais là encore, c’est une des forces de la série. Car Jérôme K. Jérôme Bloche est un détective maladroit, pas un génie à la Sherlock Holmes. Ses enquêtes sont souvent laborieuses et nécessitent parfois un brin de chance pour être résolues. Mais je le lui pardonne aisément car ce personnage, du fait même de sa maladresse et de son étourderie, montre toute son humanité, une humanité renforcée encore par ses qualités (sa gentillesse, sa bonne volonté, son obstination).
A l’heure actuelle, 28 tomes sont parus, de qualité inégale mais jamais médiocre, avec des albums devenus des classiques (« Zelda », « L’absent ») avec des diptyques réellement prenants (« Un chien dans un jeu de quille/Fin de contrat ») et avec des sujets qui reviennent sur le carreau à intervalle régulier (le mariage de Jérôme avec sa fiancée de toujours, Babette, sujet qui se trouve justement au cœur du récit « Et pour le pire », sorti dernièrement). Le premier tome est sorti alors que je n’avais que 15 ans (l’âge idéal pour s’identifier au personnage) et encore maintenant, quand un tome de Jérôme K. Jérôme Bloche sort, je n’hésite pas une seconde à l’acheter, y retrouvant sinon la passion des débuts, du moins une enquête policière bien construite, des personnages profondément humains, des bons sentiments, un dessin facile à lire, de l’humour et une morale sauve.
A mes yeux, clairement, Jérôme K. Jérôme Bloche est une très bonne série populaire ! Pas un chef-d’œuvre, pas une œuvre marquante mais une série qui s’est construite petit à petit, s’imposant finalement comme une évidence dans le paysage de la bande dessinée franco-belge. Rares sont les tomes qui, pris individuellement, méritent un 4/5 mais pour l'ensemble de l'œuvre, pour la manière dont ce personnage est devenu une figure incontournable du journal de Spirou, j'accorde un "franchement bien !" bien mérité.
Moynot est un auteur éclectique, d’habitude plutôt tourné vers le polar noir. C’en est ici très éloigné, puisque nous naviguons dans un univers loufoque, absurde, rempli d’un humour un peu débile, un peu noir aussi.
A côté de quelques animaux de la savane et quelques chasseurs et/ou politiciens, les personnages principaux sont des écrivains, surtout des philosophes (de toutes les époques), vivant « en liberté » dans une sorte de savane africaine, poursuivi par des chasseurs, une sorte d’espèce en voie de disparition au cœur de l’Afrique.
Les textes alternent citations desdits philosophes et dialogues absurdes – comme les situations qu’ils animent. Quelques échanges totalement décalés sont assez savoureux ! Et une chute très con et drôle.
Bien sûr il faut être adepte de ce type de production, mais le résultat est assez amusant, et j’ai bien aimé ma lecture.
A noter qu’en fin d’album, des jeux, un « dossier » (auxquels ont participé quelques collègues) semblent vouloir confirmer la pseudo volonté « sérieuse » et « scientifique » de l’ensemble, mais aussi sa réalité totalement décalée.
Note réelle 3,5/5.
"Cases Départs" est un petit ouvrage issu de la collaboration des éditions Petit à Petit et de la société ADP - les aéroports de Paris. C'est une très bonne surprise.
Bien sûr la lecture de ces dix petites histoires est très rapide mais aucune n'est bâclée et chacune présente un intérêt certain.
Comme c'est un ouvrage collectif les genres et les styles graphiques sont différents mais c'est la poésie et le rêve qui dominent l'ensemble.
Le scénario est conçu comme le déroulé d'une journée dans cette immense lieu/ville traversé par des millions de passagers.
L'ouvrage a surtout pour but de rendre visibles tous les employés invisibles qui travaillent à des tâches pas aussi glamours que les pilotes ou les hôtesses mais sans qui rien ne serait possible. Les agents de sécurité, les techniciens de surfaces, les porteurs et d'autres sont mis à l'honneur dans cette sympathique série. Une belle initiative de la direction d'ADP pour souder son personnel autour d'un esprit d'entreprise.
Chaque histoire courte est introduite par un petit poème d'Olivier Ka de très bonne facture.
Les styles graphiques sont donc variés et les dessins très soignés sans aucune répétition d'une histoire à l'autre.
Une petite série très bien réussie.
Davodeau ne m’est pas inconnu mais c’est sa 1ère bd reportage/documentaire que je lis, une découverte bien tardive d’une de ses facettes.
Les ignorants m’a procuré un très bon moment de lecture, ce récit d’une double initiation est une chouette idée. Pendant une grosse année, l’auteur a partagé son quotidien avec un vigneron, chacun découvrant l’art de l’autre.
C’est fluide, bien raconté et porté par un dessin « simple » mais efficace. Vraiment du tout bon.
Chaque chapitre est intéressant. Au programme : travail dans les vignes, festoch’ de bd, visite chez les supports techniques (éditeur, tonnelier, imprimeur …) et nombreuses rencontres avec d’autres passionnés.
J’ai appris pas mal de choses, et ce sans lourdeur, l’ensemble est relevé par quelques positions amusantes et bienvenues (la biodynamie, Moebius, les vins de resto … mais surtout le parallèle fait sur la création d’un vin et d’une bd et leurs multiples champs de possibilités).
Un bon cru.
Un album bien écrit, profond et avec beaucoup de nuances dans le caractère du personnage principal : Doutor Pereira, journaliste en charge de la page culturelle du Journal de Lisbonne. Ce bon bonhomme, solitaire depuis la mort de sa femme, se passionne pour la littérature et pour les traductions qu’il fait pour son journal. Sa vie s’écoule lentement, mollement, sans surprise. Une question le hante : la vie après la mort. Cette question va l’amener à rencontrer un jeune étudiant en philosophie, Francesco Monteiro Rossi, rencontre qui va bouleverser sa vie. Lui qui vivait en marge de la politique, sous un régime totalitaire, il va devoir se confronter à l’engagement et au courage d’exprimer ses opinions. Fin de la petite vie tranquille pour Doutor Pereira en proie à des sentiments contradictoires et obligé de regarder ce qu’il ne voulait pas voir. J’aime beaucoup les albums de Pierre Henri Gaumont, j’aime ses scénarios et son dessin nerveux, l’expression des pensées contradictoire qui tiraillent Pereira et toutes les petites bulles qui évoquent ses soupirs et ses angoisses. Un album qui amène à réfléchir, un album plein d’émotion. Pierre Henri Gaumont nous emmène dans les quartiers bien connus de Lisbonne. Les couleurs sont chaudes et les pages superbes. Un gros coup de cœur pour le scénario et le dessin.
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Paf & Hencule
Qu'est ce que j'ai ri à ma première lecture de cette BD ! Alors, oui, c'est gras, très gras, mais c'est, la plupart du temps, (très) drôle ! Et quel plaisir de lire des saloperies, franchement, quel défouloir ! Après, et cela est toujours le cas dans une BD à strips, c'est inégal (voire très inégal), mais il y a dans cette BD des planches absolument géniales d'humour noir. A l'inverse, je n'ai pas trop compris leur délire avec Satin et Miloutre. Cela me semble moins bon que le reste... Mais dans l'ensemble, j'ai franchement adoré lire les "aventures" de Paf et Hencule !!
La Vengeance du Comte Skarbek
Voilà une histoire de vengeance, dans les milieux parisiens de l’art et de la grande bourgeoisie du milieu du XIXème siècle, très bien mise en scène par Sente. En effet, il utilise parfaitement comme pivot de l’intrigue un procès retentissant, ce qui va lui permettre de distiller révélations et rebondissements de façon naturelle. En tout cas, quand on pense en avoir fini, l’histoire est relancée : en effet, on pouvait penser que l’intrigue était close à la fin du premier tome, mais non. Les rebondissements s’enchainent, sans paraitre trop improbables. En tout cas tous les artifices passent (y compris cette histoire de mains recousue) pour faire avancer ce whodunit bien fichu. Bon, si cette histoire est aussi réussie et captivante, c’est aussi en grande partie dû au superbe dessin de Rosinski, qui donne le meilleur dans ce diptyque. C’est fluide et agréable à regarder, efficace, vraiment du bel ouvrage ! (juste quelques petits défauts dans les abordages de pirates, mais ne chipotons pas !) Une chouette lecture.
Big Man Plans
Waouh ! Eh bien voilà une histoire qui dépote ! Amateurs de dentelles et autres bluettes s’abstenir. Pacifistes et bonzes emplis de zénitude itou. Car la violence est ici extrême – sans pour autant être totalement gratuite. Le héros est un nain (assez éloigné de ceux de Blanche neige, mais aussi de ceux de Tolkien) qui en a bavé toute sa vie, de son enfance à l’âge adulte, il a souffert humiliations, violences diverses, accumulant rancune et frustrations. Et puis… Ben et puis à un moment, la soupape étant grippée, ça a explosé, forcément. Nous suivons donc notre bonhomme, transformé en ange exterminateur, qui prend une revanche sur la vie, sur ceux qui l’ont fait souffrir, et qui va se montrer d’un sadisme assez développé. En effet, les souffrances (le plus souvent atroces) qu’il inflige à ses victimes laissent souvent pantois. Une telle énergie mue par une réserve de haine qui semble inépuisable fait de notre petit bonhomme une boule de folie qui écrase tout sur son passage. Le dessin est à l’image du scénario, il ne s’embarrasse pas de fioritures, mais il est efficace. Âmes sensibles s’abstenir donc, mais pour les amateurs, on a là un album défouloir, autour d’un type écorché, qui se maintient en vie tant qu’il n’a pas démoli (mais alors vraiment démoli) ses cibles. Le scénario est peut-être linéaire (quoi que, les flash-backs sur son enfance et la guerre du Vietnam enrichissent la personnalité de notre héros), mais la lecture est intéressante, parfois malsaine, mais on ne s’ennuie pas ! En tout cas, voilà un type qu’il ne faut pas énerver ! Note réelle 3,5/5.
Kaboul Requiem
Nicolas Wild fut probablement la rencontre idéale pour Sean Langan afin de transcrire sur papier sa terrible expérience de captivité chez les Talibans. En bon connaisseur de la vie afghane (voir Kaboul Disco), Nicolas Wild était l'homme de la situation pour délivrer un Sean Langan de sa prison psychique. J'ai lu Kaboul requiem comme une catharsis pour journaliste occidental un peu présomptueux. Contrairement aux autres récits de Nicolas Wild, l'auteur ne vit pas directement la situation. Pourtant je trouve que son déroulé du récit est d'une grande limpidité et permet de suivre la captivité de Langan presque de l'intérieur. Wild entrecoupe la sécheresse de l'emprisonnement des deux hommes (avec le fixeur) avec des épisodes flashback sur la carrière de Langan ou sur sa vie de famille ce qui permet des espaces de respiration dans cette atmosphère si confinée. Car si on connait le dénouement de la captivité, au moins pour Langan, dès le début du récit, Wild réussit à créer une ambiance d'angoisse telle que l'on est captif du récit et que l'on attend chaque décision des Talibans avec autant de frayeurs que les otages. Je trouve que c'est vraiment très bien fait et Wild confirme son excellence de série en série. Wild n'intervient pas ou presque dans le récit. Or l'auteur aime à se mettre en scène le plus souvent dans l'autodérision pour décrisper des récits souvent très lourds. Dans Kaboul Requiem il introduit quelques scènes, l'interview sur les pets ou le pétard de Langan, à valeur humoristique pour détendre la lecture. Cela a marché plus ou moins dans mon cas (je n'ai pas aimé la scène du pétard). J'ai beaucoup aimé le soin apporté à la description psychologique des principaux intervenants. Pas de manichéisme ni de jugements hâtifs des uns ou des autres, on a vite de l'empathie pour Nour Khan qui garde les prisonniers chez lui. C'est aussi un récit sur la vanité des ambitions : l'interview de Siraj Haqqani, vécue comme un grand jour par Langan, n'aura jamais lieu et ses employeurs sont déjà passés à " Happy days" avec Fonzie (de la variété). Pour finir, je trouve que le graphisme de Wild devient de plus en plus abouti au fil des séries. Ici ses extérieurs sont vraiment très détaillés, son trait devient plus souple ce qui enjolive les détails statiques et améliore l'expressivité de la gestuelle de ses personnages. Par exemple la dégradation physique de Langan est saisissante et très réussie. Nicolas Wild continue à nous livrer de très bonnes séries. Une lecture captivante pour qui aime ce genre.
Gustave Flaubert - Trois contes en BD
"Trois contes" n'est pas une oeuvre mineure de Gustave Flaubert même si c'est son 'Madame Bovary" qui l'a rendu célèbre. Luc Duthil reprend à juste titre l'ordre des 3 contes : un Coeur Tendre, la Légende de saint Julien l'Hospitalier et Hérodias. L'ordre est important car plus on avance plus on s'enfonce dans le passé. Trois récits bien mis en scène par Luc Duthil qui respecte les messages de Flaubert. Drame intimiste et psychologique à caractère autobiographique pour le premier conte. Drame à caractère fantastique et surnaturel rempli de violence pour le second. Enfin récit politique et historique un poil shakespearien pour le dernier. Au delà de l'histoire ce sont les ressorts psychologiques des personnages avec leurs forces et leurs faiblesses que la BD met en valeur. C'est dans ce cadre qu'évoluent les trois dessinateurs/trices : économie de mouvements et couleurs sombres presque en lumières tamisées pour un Coeur Tendre. Au contraire de Saint Julien qui nous propose une pléthore de scènes violents dans des paysages tourmentés. Pour finir avec les lumières et les couleurs de l'Orient en ce jour de fête au palais d'Hérode. Une série qui peut être un bon apport pour accompagner l'oeuvre originale de Flaubert. Une bonne lecture. 3.5
Jérôme K. Jérôme Bloche
40 ans, ça valait bien une réécriture de mon avis. Jérôme K. Jérôme Bloche est une série policière estampillée « Journal de Spirou » et qui dit Journal de Spirou dit série disposant d’une grande lisibilité la rendant accessible à un large public, série s’appuyant sur des personnages auxquels il est facile de s’identifier, série non dénuée d’humour (même s’il n’est pas nécessaire qu’elle soit humoristique), série distillant une certaine morale (en règle générale, le bien triomphe). Et si une série tient aussi longtemps dans le journal, devenant même un des fers de lance de celui-ci, alors vous pouvez être convaincus que tous les éléments mentionnés ci-dessus sont bel et bien présents. Mais ça, ce n’est que la base de travail, le cahier des charges. Ce qui permet de tenir dans la durée, c’est l’originalité, l’art de se renouveler, la capacité à coller à l’actualité et à répondre aux attentes nées de l’évolution de nos sociétés. La capacité également à créer autour du personnage central un panel de seconds rôles complémentaires et hauts en couleur. Et là encore, Jérôme K. Jérôme Bloche est une série qui excelle dans ces domaines. Alors, certes, les enquêtes policières en elles-mêmes ne sont pas toujours des plus prenantes et souvent le lecteur aura la certitude de pouvoir deviner avant le héros le nom du coupable. Mais là encore, c’est une des forces de la série. Car Jérôme K. Jérôme Bloche est un détective maladroit, pas un génie à la Sherlock Holmes. Ses enquêtes sont souvent laborieuses et nécessitent parfois un brin de chance pour être résolues. Mais je le lui pardonne aisément car ce personnage, du fait même de sa maladresse et de son étourderie, montre toute son humanité, une humanité renforcée encore par ses qualités (sa gentillesse, sa bonne volonté, son obstination). A l’heure actuelle, 28 tomes sont parus, de qualité inégale mais jamais médiocre, avec des albums devenus des classiques (« Zelda », « L’absent ») avec des diptyques réellement prenants (« Un chien dans un jeu de quille/Fin de contrat ») et avec des sujets qui reviennent sur le carreau à intervalle régulier (le mariage de Jérôme avec sa fiancée de toujours, Babette, sujet qui se trouve justement au cœur du récit « Et pour le pire », sorti dernièrement). Le premier tome est sorti alors que je n’avais que 15 ans (l’âge idéal pour s’identifier au personnage) et encore maintenant, quand un tome de Jérôme K. Jérôme Bloche sort, je n’hésite pas une seconde à l’acheter, y retrouvant sinon la passion des débuts, du moins une enquête policière bien construite, des personnages profondément humains, des bons sentiments, un dessin facile à lire, de l’humour et une morale sauve. A mes yeux, clairement, Jérôme K. Jérôme Bloche est une très bonne série populaire ! Pas un chef-d’œuvre, pas une œuvre marquante mais une série qui s’est construite petit à petit, s’imposant finalement comme une évidence dans le paysage de la bande dessinée franco-belge. Rares sont les tomes qui, pris individuellement, méritent un 4/5 mais pour l'ensemble de l'œuvre, pour la manière dont ce personnage est devenu une figure incontournable du journal de Spirou, j'accorde un "franchement bien !" bien mérité.
La Philosophie dans la savane
Moynot est un auteur éclectique, d’habitude plutôt tourné vers le polar noir. C’en est ici très éloigné, puisque nous naviguons dans un univers loufoque, absurde, rempli d’un humour un peu débile, un peu noir aussi. A côté de quelques animaux de la savane et quelques chasseurs et/ou politiciens, les personnages principaux sont des écrivains, surtout des philosophes (de toutes les époques), vivant « en liberté » dans une sorte de savane africaine, poursuivi par des chasseurs, une sorte d’espèce en voie de disparition au cœur de l’Afrique. Les textes alternent citations desdits philosophes et dialogues absurdes – comme les situations qu’ils animent. Quelques échanges totalement décalés sont assez savoureux ! Et une chute très con et drôle. Bien sûr il faut être adepte de ce type de production, mais le résultat est assez amusant, et j’ai bien aimé ma lecture. A noter qu’en fin d’album, des jeux, un « dossier » (auxquels ont participé quelques collègues) semblent vouloir confirmer la pseudo volonté « sérieuse » et « scientifique » de l’ensemble, mais aussi sa réalité totalement décalée. Note réelle 3,5/5.
Cases départs
"Cases Départs" est un petit ouvrage issu de la collaboration des éditions Petit à Petit et de la société ADP - les aéroports de Paris. C'est une très bonne surprise. Bien sûr la lecture de ces dix petites histoires est très rapide mais aucune n'est bâclée et chacune présente un intérêt certain. Comme c'est un ouvrage collectif les genres et les styles graphiques sont différents mais c'est la poésie et le rêve qui dominent l'ensemble. Le scénario est conçu comme le déroulé d'une journée dans cette immense lieu/ville traversé par des millions de passagers. L'ouvrage a surtout pour but de rendre visibles tous les employés invisibles qui travaillent à des tâches pas aussi glamours que les pilotes ou les hôtesses mais sans qui rien ne serait possible. Les agents de sécurité, les techniciens de surfaces, les porteurs et d'autres sont mis à l'honneur dans cette sympathique série. Une belle initiative de la direction d'ADP pour souder son personnel autour d'un esprit d'entreprise. Chaque histoire courte est introduite par un petit poème d'Olivier Ka de très bonne facture. Les styles graphiques sont donc variés et les dessins très soignés sans aucune répétition d'une histoire à l'autre. Une petite série très bien réussie.
Les Ignorants
Davodeau ne m’est pas inconnu mais c’est sa 1ère bd reportage/documentaire que je lis, une découverte bien tardive d’une de ses facettes. Les ignorants m’a procuré un très bon moment de lecture, ce récit d’une double initiation est une chouette idée. Pendant une grosse année, l’auteur a partagé son quotidien avec un vigneron, chacun découvrant l’art de l’autre. C’est fluide, bien raconté et porté par un dessin « simple » mais efficace. Vraiment du tout bon. Chaque chapitre est intéressant. Au programme : travail dans les vignes, festoch’ de bd, visite chez les supports techniques (éditeur, tonnelier, imprimeur …) et nombreuses rencontres avec d’autres passionnés. J’ai appris pas mal de choses, et ce sans lourdeur, l’ensemble est relevé par quelques positions amusantes et bienvenues (la biodynamie, Moebius, les vins de resto … mais surtout le parallèle fait sur la création d’un vin et d’une bd et leurs multiples champs de possibilités). Un bon cru.
Pereira prétend
Un album bien écrit, profond et avec beaucoup de nuances dans le caractère du personnage principal : Doutor Pereira, journaliste en charge de la page culturelle du Journal de Lisbonne. Ce bon bonhomme, solitaire depuis la mort de sa femme, se passionne pour la littérature et pour les traductions qu’il fait pour son journal. Sa vie s’écoule lentement, mollement, sans surprise. Une question le hante : la vie après la mort. Cette question va l’amener à rencontrer un jeune étudiant en philosophie, Francesco Monteiro Rossi, rencontre qui va bouleverser sa vie. Lui qui vivait en marge de la politique, sous un régime totalitaire, il va devoir se confronter à l’engagement et au courage d’exprimer ses opinions. Fin de la petite vie tranquille pour Doutor Pereira en proie à des sentiments contradictoires et obligé de regarder ce qu’il ne voulait pas voir. J’aime beaucoup les albums de Pierre Henri Gaumont, j’aime ses scénarios et son dessin nerveux, l’expression des pensées contradictoire qui tiraillent Pereira et toutes les petites bulles qui évoquent ses soupirs et ses angoisses. Un album qui amène à réfléchir, un album plein d’émotion. Pierre Henri Gaumont nous emmène dans les quartiers bien connus de Lisbonne. Les couleurs sont chaudes et les pages superbes. Un gros coup de cœur pour le scénario et le dessin.