Je commence ma découverte de Torpedo par cet album se situant en 1972, soit quarante ans après la série mère.
Un prologue en début d'album retrace une petite biographie de notre gangster, des années 1930 à 1972. Le décor est planté.
Forcément notre coupe-jarret a pris quelques rides, parkinson fait trembloter sa main gauche et une petite surcharge pondérale n'en font plus un tueur sanguinaire. Mais il faut se méfier de l'eau qui dort. D'ailleurs, malgré son grand âge, il n'aura pas besoin de la fameuse pilule bleue. Son acolyte, Rascal, est toujours présent après toutes ces années, avec un penchant pour le bourbon. Une sacrée paire de truands.
Abuli décrit un monde sombre et décalé où le cynisme, la violence et l'humour noir seront de la partie.
Ce n'est pas l'intrigue du siècle, mais elle est rondement menée. Une narration maîtrisée qui va droit au but et elle ne fait pas dans la dentelle.
Un personnage central, qui ne laisse pas indifférent, il a un caractère de merde, il n'est pas tendre avec la gente féminine (un euphémisme) et il a la gâchette facile. Pourtant, je me suis pris d'une certaine affection pour ce triste sir.
Je vais faire le même reproche que ci-dessous, c'est trop court (46 planches).
J'aime beaucoup le dessin de Risso, il est percutant et efficace, avec des arrières plans minimalistes et une mise en page cinématographique.
Un style qui se rapproche du comics.
Un polar qui décoiffe (avec ou sans borsalino). Je recommande chaudement.
Nouveau très bel album signé Jeff Lemire. Dans celui-ci l’auteur canadien nous parle du deuil et de l’acceptation au travers d’un récit qui, comme souvent chez lui, flirte avec les limites du fantastique.
Le récit est touchant et Lemire parvient à nous faire partager l’état d’égarement de ce père endeuillé qui ne parvient pas à tourner la page, angoissé, terrorisé même du fait qu’il commence à oublier les traits du visage de sa fille. L’allégorie du labyrinthe dont ce père va devoir trouver le centre est très bien trouvée puisque justement elle se réfère directement à cet état d’égarement et à cette nécessité de terminer quelque chose avant de pouvoir en commencer une autre.
L’opposition entre le caractère insensé de la quête du père et son environnement très réaliste m’a fait penser au « Fisher King » de Terry Gilliam (film dans lequel un personnage sombre dans une folie douce après le décès de sa compagne et s’imagine investi d’une mission divine).
La mise en page est inventive. Ici, un fil rouge symbolise la marche à suivre tel le fil d’Ariane. Là, le découpage plonge directement le personnage au cœur d’un labyrinthe. Le trait de Lemire convient toujours aussi bien pour illustrer ce genre de personnage au bord de la rupture, il s’en dégage une fragilité touchante, encore accentuée par une colorisation qui donne à ses traits un air maladif tout à fait adéquat.
Avec ce récit, l’auteur parvient à cristalliser les angoisses des parents devant ce qui, je suppose, doit être leur plus grande crainte (la perte d’un enfant) mais il le fait grâce à un récit original et créatif… et, en définitive, optimiste.
J’ai vraiment bien aimé.
Des rares femmes qui ont émergé de l’Histoire – écrite par et pour des hommes ! – Aliénor est sans doute l’une de celles qui a le plus marqué de son empreinte son époque. En retrait sans doute (mais pas que), mais toujours au cœur du pouvoir, de ses centres de décisions. Qui plus est dans ce cœur du moyen-âge qui m’intéresse au plus haut point. C’est dire si j’attendais beaucoup de cette série.
C’est dire aussi si j’ai été satisfait de voir que cette histoire ne serait pas traitée en un one-shot trop condensé, réduit à empiler des dates dans une vision didactique sèche, comme sur d’autres séries du même genre. 3 albums prévus au départ, puis les auteurs ont décidé d’étirer le tout en faisant deux triptyques (il faut dire qu’elle a été deux fois reine, dans les deux grands royaumes de l’époque). Du coup, c’est l’effet inverse que je craignais un peu, à savoir un délayage malheureux, un remplissage risquant de faire perdre crédibilité (trop « d’inventions » pour boucher les trous laissés par nos connaissances) et rythme au récit.
Je dois dire que les auteurs évitent ces deux écueils (même si le second menace dans le second cycle), même s’il faut d’emblée admettre qu’ils ont fait un choix clair (et en partie discutable), à savoir celui d’une vision très noire et machiavélique – dès son plus jeune âge ! – de cette femme. C’est là qu’ils prennent sans doute trop de libertés, ainsi qu’avec le personnage inventé de Vincent, opportunément omniprésent (trop je pense). Mais bon, pour le reste, c’est clairement très documenté, et cela permet au récit d’être dynamique, on ne s’ennuie pas du tout.
Quant au dessin, je l’ai trouvé à mon goût. Les quelques menus défauts s’estompent rapidement, j’ai trouvé qu’il s’améliorait au fur et à mesure. Claire, dynamique, efficace, le résultat est bon. La colorisation des deux préposés est aussi globalement réussie – même si le rendu de certains visages est parfois trop lisse, en particulier dans le second cycle, moins réussi dans ce domaine.
Je dois dire que c’est aussi au niveau du récit que j’ai trouvé le second triptyque un chouia moins réussi. Peut-être par ce que le scénario doit improviser davantage par rapport à des connaissances historiques moins sûres. Sans doute aussi parce qu’il délaye une période plus resserrée, je ne sais pas (ce triptyque aurait pu être condensé et réduit d’un album). Et puis, sur la fin, c’est un peu rapide, même s’il est amusant de voir réunis Robin de Locksley et Guillaume le Maréchal au chevet d’Aliénor mourante.
Malgré quelques bémols, c’est en tout cas une fresque historique captivante, au service d’une femme au destin peu commun. Une lecture recommandée à tous les amateurs de la période.
Une série de disparitions et de meurtres inexpliqués d’un côté, un fripier/indic de la police qui fait du trafic de viande et de vêtements d’occasion de l’autre, et au milieu : une police qui ne fait même pas semblant de prendre en compte les signalements qui s’accumulent contre ce monsieur Haarman. Face aux preuves et à cet aveuglement volontaire des forces de l’ordre, le lecteur sent monter la tension dramatique. C’est bien écrit, très bien dessiné. La misère humaine sur fond de laquelle se déroule le scénario fait d’autant plus ressortir la cruauté de celui qu’on appellera « le boucher de Hanovre » dans sa folie sanguinaire. Un album sombre de grande qualité.
Le dessin est magnifique ou plus exactement les dessins sont magnifiques, l'auteur change plusieurs fois de style dans cet album avec à chaque fois un niveau d'excellence surprenant pour un lecteur comme moi qui n'a jamais lu une bd de Dave Mc Kean.
A chaque style correspond un monde différent, une alternance permise par des styles et des couleurs très différentes qui nous font voyager entre les mondes créés par un auteur qui possède en plus de son talent de dessinateur, d'un talent de conteur qui impose son style avec ses univers qui oscillent entre rêve et réalité.
Le scénario est plus ambigu dans la séparation des mondes, les personnages du monde réel tentent d'accéder à un monde parallèle où la rationalité n'a pas sa place. L'auteur nous plonge dans un univers où le fantastique et le monde réel se côtoient, en créant des personnages encrés dans la société réelle Mac Kean réussi à rendre légitime les passages dans un univers fantastique.
Pour avoir le temps de savourer toute cette aventure dans cette ambiance fantastique, cette histoire aurait méritée à mon goût plus de pages.
Le dessin est un régal pour les yeux
Dès les premières pages, graphisme, couleurs et lettrage interpellent. Cela promet une ambiance genre Transylvanie qui durera jusqu'à la fin du récit.
Le scénario n'est pas des plus originaux mais il est bien travaillé et le récit se laisse lire avec plaisir. Un empêcheur de magouiller tranquillement dans une petite communauté où les notables préfèrent se débarrasser des fouineurs, cela est assez convenu.
Il n'y a pas de grosses surprises si ce n'est la fin choisie par l'auteur. Clod aurait pu faire l'effort d'approfondir les personnages du maire malade ou les ambitions du commissaire.
Par contre je trouve la partie traitée par Benoît Frebourg vraiment excellente. Ses couleurs dominées par les jaunes et les bleus, son graphisme du village, de la neige et des personnages à la façon d'un Tim Burton installent une véritable atmosphère fantastique dès les premières cases.
Un lettrage original et très travaillé complète l'excellence et la beauté des cases. On se laisse facilement porter par les images même si l'histoire aurait pu être plus rigoureuse.
Une bonne note pour ce graphisme.
3,5
L’adaptation d’un roman que je ne connaissais pas, le moins que l’on puisse dire c’est que ça ne plaira pas à tout le monde.
Le politiquement correct n’est pas prévu au programme, tout est noir et morbide dans cette petite communauté isolée, à commencer par notre jeune héros psychopathe.
Une histoire bien glauque et dérangeante mais qui m’a bien plu dans sa mise en place, l’horreur à vison d’enfants, et surtout la proposition qu’en font les 2 auteurs.
Au scénario, on retrouve Gaet’s qui m’avait déjà bien emballé avec RIP (une ambiance pas si lointaine), très bon découpage et voix off. On enchaine les chapitres, c’est fluide et « léger » malgré toutes les monstruosités qu’on découvre.
Le graphisme n’est pas en reste, j’aime beaucoup les ambiances proposées par Munoz, sombres, lisibles avec des persos aux sacrés trognes. Je préfère son travail ici que sur ses récents albums.
Les 2 parties créent un bel équilibre pour faire passer cette histoire macabre et qui possède son originalité.
Une chouette petite découverte pour les amateurs de récits grinçants.
A noter que dans mon album, une suite à l’aventure est annoncée pour 2022 avec un autre dessinateur, j’y jetterai un œil.
C'est en parcourant le sujet du forum réservé aux plus belles couvertures de BD que je suis tombé sur celle du tome 1 de Papeete. Quelle claque visuelle ! Sublime. Tout comme celle du tome 2.
Le dessin de Morice est d'ailleurs très beau. J'ai adoré me plonger dans ses planches. L'art de la perspective est maîtrisé à l'absolu, par exemple. Bel artiste. Et gentil bonhomme qui plus est. Rencontré deux fois à Angougou en 2012 et 2013 pour deux dédicaces des deux tomes de Papeete, Morice est vraiment un homme abordable et adorable (cela va souvent ensemble me direz-vous). Je le suivrai désormais, c'est sûr.
L'histoire maintenant. Un tome 1 alléchant. Envoûtant. La petite histoire dans la grande Histoire. Tout est bien ficelé, tout donne envie de tourner les pages. A partir d'un évènement peu connu de la Grande Guerre, Didier Quella-Guyot nous emmène dans un polar efficace qui nous transporte dans Tahiti. J'ai vraiment adoré ce tome. Le rythme, les coups de théâtre, les odeurs, les couleurs sont bien retranscrites à travers le dessin, certes, mais aussi par le scénario. Le tome 2 est dans la même veine. Sauf qu'il manque peut-être un tome 3 en effet. Je ne sais pas si c'est de la frustration ou si, en effet, l'histoire se termine trop vite mais j'ai trouvé ce tome 2 un peu trop rapide.
Mais il faut bien une fin à tout...
J'ai vraiment beaucoup aimé ce diptyque et je le conseille à tous les amateurs de polars et à toutes les personnes qui aiment voyager et apprendre des autres.
La mort de Staline retrace les évènements qui suivent directement le malaise qui entrainera la mort du leader communiste et les tractations internes des autres cadres du parti quant à sa "succession". L'histoire retracée dans cette BD est proche de la réalité bien que bien des thèses avancées par les auteurs fassent aujourd'hui encore débat tellement les rouages du Politburo étaient et sont encore très flous pour ceux qui n'y étaient pas directement impliqués. J'ai trouvé ces 2 tomes de très bonne facture. Ils m'ont permis de me replonger dans l'Histoire passionnante de l'URSS. Les auteurs, très bien documentés, nous font vivre de l'intérieur les manipulations et les horreurs du communisme soviétique. D'ailleurs, comme à chaque fois que je lis une fiction, une semi-fiction et même une histoire vraie liée à l'URSS, je me pose toujours la même question : qu'aurait donné (que donnerait) le communisme si celui-ci avait été mis en place par des hommes bons et non pas par des hommes vils, emplis de soif de pouvoir et de richesse voire complètement fous pour certains ? Je me pose d'ailleurs la même question pour d'autres idéologies politiques, certaines assez opposées aux communisme...
Je sais, c'est naïf. Mais la lecture de cette BD m'a vraiment fait ressentir cela. Et c'est là, en dehors d'une bonne histoire de manipulation et de trahison, que finalement les auteurs réussissent leur coup. En nous contant une période de l'Histoire, ils nous font réfléchir sur les arcanes du pouvoir, quelle que soit l'idéologie derrière celui-ci. Sans entrer dans les détails et sans faire de politique, l'épisode avec le fils de Staline, propulsé général par son père alors qu'incompétent, rappelle, à degré moindre évidemment, bien des choses... C'est un exemple parmi d'autres qui m'ont fait aimer cette BD.
Avant de conclure, un petit mot sur le dessin, plutôt bon. Les visages sont biens réalisés, ce qui est indispensable pour une telle histoire. On reconnaît assez aisément les personnages et cela nous permet de ne pas se perdre avec tous les protagonistes. Mais surtout, ce que je veux signaler dans le travail graphique, c'est le découpage. Je le trouve magnifique : pages pleines avec incrustations, cases "blanches" avec dessins noirs au milieu de cases "traditionnelles"... tout y passe. Un réel plaisir. Et cela colle parfaitement avec l'histoire. Du beau boulot !
Pour terminer, je dirais simplement que cette BD est utile pour se replonger dans cet univers (ce que j'ai fait depuis) et se rappeler des horreurs commises au nom d'une idéologie, qui n'était guère plus qu'une excuse pour faire ce que l'on voulait finalement...
J'aime bien ces bouquins où il ne se passe vraiment pas grand chose mais qui nous font vivre un pan de la vie de plusieurs personnes. "De mal en pis" est exactement dans cette veine. Un bon gros pavé qui nous plonge dans New-York, ville fascinante, et dans la vie de trentenaires à la croisée des chemins. J'ai vraiment pris du plaisir à suivre les "aventures" amoureuses, amicales et professionnelles de ces jeunes en quête d'identité. C'est vraiment divertissant et cela m'a bien détendu dans mon lit le soir pendant 2 ou 3 jours. Non, vraiment, il ne se passe pas grand chose mais on veut connaître la suite, alors on tourne les pages inlassablement... Que dire de plus sur l'histoire ? Je ne saurais dire. C'est la vie, avec ses questions existentielles, ses déboires, ses moments de joie ou de franche rigolade... Le dessin est joli. En noir et blanc. Il colle bien à l'ambiance un peu "plate" de l’œuvre, un peu underground en effet. Très bon roman graphique. A lire. Vraiment.
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Torpedo 1972
Je commence ma découverte de Torpedo par cet album se situant en 1972, soit quarante ans après la série mère. Un prologue en début d'album retrace une petite biographie de notre gangster, des années 1930 à 1972. Le décor est planté. Forcément notre coupe-jarret a pris quelques rides, parkinson fait trembloter sa main gauche et une petite surcharge pondérale n'en font plus un tueur sanguinaire. Mais il faut se méfier de l'eau qui dort. D'ailleurs, malgré son grand âge, il n'aura pas besoin de la fameuse pilule bleue. Son acolyte, Rascal, est toujours présent après toutes ces années, avec un penchant pour le bourbon. Une sacrée paire de truands. Abuli décrit un monde sombre et décalé où le cynisme, la violence et l'humour noir seront de la partie. Ce n'est pas l'intrigue du siècle, mais elle est rondement menée. Une narration maîtrisée qui va droit au but et elle ne fait pas dans la dentelle. Un personnage central, qui ne laisse pas indifférent, il a un caractère de merde, il n'est pas tendre avec la gente féminine (un euphémisme) et il a la gâchette facile. Pourtant, je me suis pris d'une certaine affection pour ce triste sir. Je vais faire le même reproche que ci-dessous, c'est trop court (46 planches). J'aime beaucoup le dessin de Risso, il est percutant et efficace, avec des arrières plans minimalistes et une mise en page cinématographique. Un style qui se rapproche du comics. Un polar qui décoiffe (avec ou sans borsalino). Je recommande chaudement.
Le Labyrinthe inachevé
Nouveau très bel album signé Jeff Lemire. Dans celui-ci l’auteur canadien nous parle du deuil et de l’acceptation au travers d’un récit qui, comme souvent chez lui, flirte avec les limites du fantastique. Le récit est touchant et Lemire parvient à nous faire partager l’état d’égarement de ce père endeuillé qui ne parvient pas à tourner la page, angoissé, terrorisé même du fait qu’il commence à oublier les traits du visage de sa fille. L’allégorie du labyrinthe dont ce père va devoir trouver le centre est très bien trouvée puisque justement elle se réfère directement à cet état d’égarement et à cette nécessité de terminer quelque chose avant de pouvoir en commencer une autre. L’opposition entre le caractère insensé de la quête du père et son environnement très réaliste m’a fait penser au « Fisher King » de Terry Gilliam (film dans lequel un personnage sombre dans une folie douce après le décès de sa compagne et s’imagine investi d’une mission divine). La mise en page est inventive. Ici, un fil rouge symbolise la marche à suivre tel le fil d’Ariane. Là, le découpage plonge directement le personnage au cœur d’un labyrinthe. Le trait de Lemire convient toujours aussi bien pour illustrer ce genre de personnage au bord de la rupture, il s’en dégage une fragilité touchante, encore accentuée par une colorisation qui donne à ses traits un air maladif tout à fait adéquat. Avec ce récit, l’auteur parvient à cristalliser les angoisses des parents devant ce qui, je suppose, doit être leur plus grande crainte (la perte d’un enfant) mais il le fait grâce à un récit original et créatif… et, en définitive, optimiste. J’ai vraiment bien aimé.
Aliénor - La Légende noire
Des rares femmes qui ont émergé de l’Histoire – écrite par et pour des hommes ! – Aliénor est sans doute l’une de celles qui a le plus marqué de son empreinte son époque. En retrait sans doute (mais pas que), mais toujours au cœur du pouvoir, de ses centres de décisions. Qui plus est dans ce cœur du moyen-âge qui m’intéresse au plus haut point. C’est dire si j’attendais beaucoup de cette série. C’est dire aussi si j’ai été satisfait de voir que cette histoire ne serait pas traitée en un one-shot trop condensé, réduit à empiler des dates dans une vision didactique sèche, comme sur d’autres séries du même genre. 3 albums prévus au départ, puis les auteurs ont décidé d’étirer le tout en faisant deux triptyques (il faut dire qu’elle a été deux fois reine, dans les deux grands royaumes de l’époque). Du coup, c’est l’effet inverse que je craignais un peu, à savoir un délayage malheureux, un remplissage risquant de faire perdre crédibilité (trop « d’inventions » pour boucher les trous laissés par nos connaissances) et rythme au récit. Je dois dire que les auteurs évitent ces deux écueils (même si le second menace dans le second cycle), même s’il faut d’emblée admettre qu’ils ont fait un choix clair (et en partie discutable), à savoir celui d’une vision très noire et machiavélique – dès son plus jeune âge ! – de cette femme. C’est là qu’ils prennent sans doute trop de libertés, ainsi qu’avec le personnage inventé de Vincent, opportunément omniprésent (trop je pense). Mais bon, pour le reste, c’est clairement très documenté, et cela permet au récit d’être dynamique, on ne s’ennuie pas du tout. Quant au dessin, je l’ai trouvé à mon goût. Les quelques menus défauts s’estompent rapidement, j’ai trouvé qu’il s’améliorait au fur et à mesure. Claire, dynamique, efficace, le résultat est bon. La colorisation des deux préposés est aussi globalement réussie – même si le rendu de certains visages est parfois trop lisse, en particulier dans le second cycle, moins réussi dans ce domaine. Je dois dire que c’est aussi au niveau du récit que j’ai trouvé le second triptyque un chouia moins réussi. Peut-être par ce que le scénario doit improviser davantage par rapport à des connaissances historiques moins sûres. Sans doute aussi parce qu’il délaye une période plus resserrée, je ne sais pas (ce triptyque aurait pu être condensé et réduit d’un album). Et puis, sur la fin, c’est un peu rapide, même s’il est amusant de voir réunis Robin de Locksley et Guillaume le Maréchal au chevet d’Aliénor mourante. Malgré quelques bémols, c’est en tout cas une fresque historique captivante, au service d’une femme au destin peu commun. Une lecture recommandée à tous les amateurs de la période.
Haarmann - Le Boucher de Hanovre
Une série de disparitions et de meurtres inexpliqués d’un côté, un fripier/indic de la police qui fait du trafic de viande et de vêtements d’occasion de l’autre, et au milieu : une police qui ne fait même pas semblant de prendre en compte les signalements qui s’accumulent contre ce monsieur Haarman. Face aux preuves et à cet aveuglement volontaire des forces de l’ordre, le lecteur sent monter la tension dramatique. C’est bien écrit, très bien dessiné. La misère humaine sur fond de laquelle se déroule le scénario fait d’autant plus ressortir la cruauté de celui qu’on appellera « le boucher de Hanovre » dans sa folie sanguinaire. Un album sombre de grande qualité.
Raptor
Le dessin est magnifique ou plus exactement les dessins sont magnifiques, l'auteur change plusieurs fois de style dans cet album avec à chaque fois un niveau d'excellence surprenant pour un lecteur comme moi qui n'a jamais lu une bd de Dave Mc Kean. A chaque style correspond un monde différent, une alternance permise par des styles et des couleurs très différentes qui nous font voyager entre les mondes créés par un auteur qui possède en plus de son talent de dessinateur, d'un talent de conteur qui impose son style avec ses univers qui oscillent entre rêve et réalité. Le scénario est plus ambigu dans la séparation des mondes, les personnages du monde réel tentent d'accéder à un monde parallèle où la rationalité n'a pas sa place. L'auteur nous plonge dans un univers où le fantastique et le monde réel se côtoient, en créant des personnages encrés dans la société réelle Mac Kean réussi à rendre légitime les passages dans un univers fantastique. Pour avoir le temps de savourer toute cette aventure dans cette ambiance fantastique, cette histoire aurait méritée à mon goût plus de pages. Le dessin est un régal pour les yeux
Le Testament du Docteur Weiss (Georg Weiss)
Dès les premières pages, graphisme, couleurs et lettrage interpellent. Cela promet une ambiance genre Transylvanie qui durera jusqu'à la fin du récit. Le scénario n'est pas des plus originaux mais il est bien travaillé et le récit se laisse lire avec plaisir. Un empêcheur de magouiller tranquillement dans une petite communauté où les notables préfèrent se débarrasser des fouineurs, cela est assez convenu. Il n'y a pas de grosses surprises si ce n'est la fin choisie par l'auteur. Clod aurait pu faire l'effort d'approfondir les personnages du maire malade ou les ambitions du commissaire. Par contre je trouve la partie traitée par Benoît Frebourg vraiment excellente. Ses couleurs dominées par les jaunes et les bleus, son graphisme du village, de la neige et des personnages à la façon d'un Tim Burton installent une véritable atmosphère fantastique dès les premières cases. Un lettrage original et très travaillé complète l'excellence et la beauté des cases. On se laisse facilement porter par les images même si l'histoire aurait pu être plus rigoureuse. Une bonne note pour ce graphisme.
Un léger bruit dans le moteur
3,5 L’adaptation d’un roman que je ne connaissais pas, le moins que l’on puisse dire c’est que ça ne plaira pas à tout le monde. Le politiquement correct n’est pas prévu au programme, tout est noir et morbide dans cette petite communauté isolée, à commencer par notre jeune héros psychopathe. Une histoire bien glauque et dérangeante mais qui m’a bien plu dans sa mise en place, l’horreur à vison d’enfants, et surtout la proposition qu’en font les 2 auteurs. Au scénario, on retrouve Gaet’s qui m’avait déjà bien emballé avec RIP (une ambiance pas si lointaine), très bon découpage et voix off. On enchaine les chapitres, c’est fluide et « léger » malgré toutes les monstruosités qu’on découvre. Le graphisme n’est pas en reste, j’aime beaucoup les ambiances proposées par Munoz, sombres, lisibles avec des persos aux sacrés trognes. Je préfère son travail ici que sur ses récents albums. Les 2 parties créent un bel équilibre pour faire passer cette histoire macabre et qui possède son originalité. Une chouette petite découverte pour les amateurs de récits grinçants. A noter que dans mon album, une suite à l’aventure est annoncée pour 2022 avec un autre dessinateur, j’y jetterai un œil.
Papeete 1914
C'est en parcourant le sujet du forum réservé aux plus belles couvertures de BD que je suis tombé sur celle du tome 1 de Papeete. Quelle claque visuelle ! Sublime. Tout comme celle du tome 2. Le dessin de Morice est d'ailleurs très beau. J'ai adoré me plonger dans ses planches. L'art de la perspective est maîtrisé à l'absolu, par exemple. Bel artiste. Et gentil bonhomme qui plus est. Rencontré deux fois à Angougou en 2012 et 2013 pour deux dédicaces des deux tomes de Papeete, Morice est vraiment un homme abordable et adorable (cela va souvent ensemble me direz-vous). Je le suivrai désormais, c'est sûr. L'histoire maintenant. Un tome 1 alléchant. Envoûtant. La petite histoire dans la grande Histoire. Tout est bien ficelé, tout donne envie de tourner les pages. A partir d'un évènement peu connu de la Grande Guerre, Didier Quella-Guyot nous emmène dans un polar efficace qui nous transporte dans Tahiti. J'ai vraiment adoré ce tome. Le rythme, les coups de théâtre, les odeurs, les couleurs sont bien retranscrites à travers le dessin, certes, mais aussi par le scénario. Le tome 2 est dans la même veine. Sauf qu'il manque peut-être un tome 3 en effet. Je ne sais pas si c'est de la frustration ou si, en effet, l'histoire se termine trop vite mais j'ai trouvé ce tome 2 un peu trop rapide. Mais il faut bien une fin à tout... J'ai vraiment beaucoup aimé ce diptyque et je le conseille à tous les amateurs de polars et à toutes les personnes qui aiment voyager et apprendre des autres.
La Mort de Staline
La mort de Staline retrace les évènements qui suivent directement le malaise qui entrainera la mort du leader communiste et les tractations internes des autres cadres du parti quant à sa "succession". L'histoire retracée dans cette BD est proche de la réalité bien que bien des thèses avancées par les auteurs fassent aujourd'hui encore débat tellement les rouages du Politburo étaient et sont encore très flous pour ceux qui n'y étaient pas directement impliqués. J'ai trouvé ces 2 tomes de très bonne facture. Ils m'ont permis de me replonger dans l'Histoire passionnante de l'URSS. Les auteurs, très bien documentés, nous font vivre de l'intérieur les manipulations et les horreurs du communisme soviétique. D'ailleurs, comme à chaque fois que je lis une fiction, une semi-fiction et même une histoire vraie liée à l'URSS, je me pose toujours la même question : qu'aurait donné (que donnerait) le communisme si celui-ci avait été mis en place par des hommes bons et non pas par des hommes vils, emplis de soif de pouvoir et de richesse voire complètement fous pour certains ? Je me pose d'ailleurs la même question pour d'autres idéologies politiques, certaines assez opposées aux communisme... Je sais, c'est naïf. Mais la lecture de cette BD m'a vraiment fait ressentir cela. Et c'est là, en dehors d'une bonne histoire de manipulation et de trahison, que finalement les auteurs réussissent leur coup. En nous contant une période de l'Histoire, ils nous font réfléchir sur les arcanes du pouvoir, quelle que soit l'idéologie derrière celui-ci. Sans entrer dans les détails et sans faire de politique, l'épisode avec le fils de Staline, propulsé général par son père alors qu'incompétent, rappelle, à degré moindre évidemment, bien des choses... C'est un exemple parmi d'autres qui m'ont fait aimer cette BD. Avant de conclure, un petit mot sur le dessin, plutôt bon. Les visages sont biens réalisés, ce qui est indispensable pour une telle histoire. On reconnaît assez aisément les personnages et cela nous permet de ne pas se perdre avec tous les protagonistes. Mais surtout, ce que je veux signaler dans le travail graphique, c'est le découpage. Je le trouve magnifique : pages pleines avec incrustations, cases "blanches" avec dessins noirs au milieu de cases "traditionnelles"... tout y passe. Un réel plaisir. Et cela colle parfaitement avec l'histoire. Du beau boulot ! Pour terminer, je dirais simplement que cette BD est utile pour se replonger dans cet univers (ce que j'ai fait depuis) et se rappeler des horreurs commises au nom d'une idéologie, qui n'était guère plus qu'une excuse pour faire ce que l'on voulait finalement...
De mal en pis
J'aime bien ces bouquins où il ne se passe vraiment pas grand chose mais qui nous font vivre un pan de la vie de plusieurs personnes. "De mal en pis" est exactement dans cette veine. Un bon gros pavé qui nous plonge dans New-York, ville fascinante, et dans la vie de trentenaires à la croisée des chemins. J'ai vraiment pris du plaisir à suivre les "aventures" amoureuses, amicales et professionnelles de ces jeunes en quête d'identité. C'est vraiment divertissant et cela m'a bien détendu dans mon lit le soir pendant 2 ou 3 jours. Non, vraiment, il ne se passe pas grand chose mais on veut connaître la suite, alors on tourne les pages inlassablement... Que dire de plus sur l'histoire ? Je ne saurais dire. C'est la vie, avec ses questions existentielles, ses déboires, ses moments de joie ou de franche rigolade... Le dessin est joli. En noir et blanc. Il colle bien à l'ambiance un peu "plate" de l’œuvre, un peu underground en effet. Très bon roman graphique. A lire. Vraiment.